Une Église au service de la jeunesse

CNS/Reuters

Depuis quelques semaines déjà, nous avons amorcé une lecture approfondie du document préparatoire au Synode des évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel». Je vous propose de parcourir, aujourd’hui, l’aspect vocationnel du document en soulignant, non seulement, les raisons du souci de l’Église pour la cause des jeunes mais également les intuitions qui la portent à aller à leur rencontre et à les accompagner dans leur cheminement.

Une préoccupation humaine et divine

Il est évident que la première préoccupation de l’Église soit celle de Dieu Lui-même désirant une communion nouvelle avec l’humanité ! En effet, en nous donnant son Fils unique, « pierre angulaire » et « Époux de l’Église », Dieu a voulu que l’humanité renoue avec sa vocation originelle à l’Amour et au don de soi. L’Église ne peut donc pas seulement « attendre que jeunesse se passe ». Elle doit y être plongée et se faire jeune avec les jeunes.

Cette préoccupation de la jeunesse, l’Église la vit également du point de vue humain. Comment ne pas être à l’écoute des difficultés que traversent les jeunes d’aujourd’hui ? Comment rester insensible à leur réalité c’est-à-dire à « leurs joies et leurs espoirs, leurs tristesses et leurs angoisses » ! À l’image du cœur de Jésus, l’Église cherche les différentes voies qui l’aideront à être solidaire de la jeunesse.

Un potentiel surprenant à découvrir

Pour aller à la rencontre des jeunes, le Peuple de Dieu dans son ensemble, doit avoir la conviction de l’action invisible de l’Esprit qui prépare les cœurs. Nous ne devons pas trop nous conforter dans nos propres plans et stratégies qui mettent souvent des obstacles à ce Dieu « qui surprend ». Enfin, nous devons prendre garde à ni sous-estimer la force des vérités révélées ni sous-estimer l’intelligence des jeunes qui nous sont confiés. ; ce que nous faisons souvent lorsque nous essayons, par souci d’adaptation immodéré, de diluer le message pour le rendre accessible.

Au contraire, suivant une pédagogie similaire à celle de Dieu dans l’Ancien Testament, l’Église doit aider les jeunes à découvrir les dons mais également la flamme qui demeure en eux qu’ils doivent allumer et alimenter tout au long de leur vie. Cette flamme, c’est la vie divine qui ne demande qu’à grandir et, ce, à une vitesse souvent encore plus rapide que la croissance physique !

Accompagner pour mieux aimer

Pour ce faire, tous les membres de l’Église doivent se mettre à la tâche en acceptant que cet accompagnement qui est dû aux jeunes soit un apprentissage d’une « liberté humaine authentique ». Nous devons donc manifester l’urgence des choix qui doivent être faits durant cette étape de la vie, sans toutefois choisir à leur place. Cette logique de l’accompagnement, le document nous la présente dans une perspective magnifique :

« L’Esprit parle et agit à travers les événements de la vie de chacun, mais les événements par eux-mêmes sont muets ou ambigus, dans la mesure où on peut leur donner des interprétations diverses. Éclairer leur signification en vue d’une décision requiert un itinéraire de discernement. Les trois verbes qui le décrivent dans Evangelii gaudium, 51 – reconnaître, interpréter et choisir – peuvent nous aider à définir un itinéraire adapté tant aux individus qu’aux groupes et communautés, en sachant que, dans la pratique, les frontières entre les diverses phases ne sont jamais aussi nettes. »

Ce chemin vers le synode d’octobre prochain ne fera qu’intensifier les discussions sur ce thème de la jeunesse et du discernement vocationnel. Cette réflexion préparatoire peut être perçue comme un chemin personnel de conversion aux besoins de plus en plus urgents d’une jeunesse qui parfois souffre de la pauvreté la plus grave qui soit, le vide existentiel. Ainsi, parce qu’aimer implique le désir que chaque personne accomplisse son plein potentiel et sa vocation au don total d’elle-même, nous devons, avec le pape François, nous mettre à l’écoute de cette jeunesse qui, bien qu’elle refuse souvent de l’admettre, désire ardemment que l’on s’occupe d’elle.

L’Église et les jeunes: un discernement à double sens

CNS photo/Max Rossi, Reuters

Il y a quelques semaines, le Secrétariat de la 15e Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques publiait un document préparatoire ainsi qu’un questionnaire sur le thème « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » pour les diocèses du monde entier. Suivant la même méthodologie que les précédents synodes sur la famille, ce document a pour but d’amorcer la réflexion en vue des discussions qui auront lieu à Rome en octobre prochain. Ce texte subdivisé en trois parties manifeste non seulement la richesse doctrinale, humaine et pastorale qui fait de l’Église, selon les mots du bienheureux Paul VI, une « experte en humanité » (no 13) mais également sa volonté d’inclure les jeunes dans cette démarche de réflexion qui vise à mieux les accompagner dans leur processus de discernement vocationnel. Ainsi donc, la conversion demandée à toute l’Église est déjà mise en pratique dans le processus même du synode !

À chacun sa vocation

Tout être humain a une vocation, c’est-à-dire un appel à l’amour qui prend « une forme concrète dans la vie quotidienne à travers une série de choix, qui allie état de vie (mariage, ministère ordonné, vie consacrée, etc.), profession, modalité d’engagement social et politique, style de vie, gestion du temps et de l’argent, etc. » (Intro). L’Homme étant un être social, il ne pourra découvrir le sens de sa vie que par l’entremise d’autres personnes qui l’aideront à déployer son plein potentiel tout au long de sa vie. La qualité de ce « parcours “ réflexif ” » (no3) dépendra donc énormément du milieu dans lequel les jeunes évoluent, d’où l’importance d’une approche adaptée à notre monde et à leur destinée intemporelle.

Un double discernement

Pour être en mesure d’aider les jeunes à grandir, à gagner en maturité et à faire les choix qui s’imposent dans tout discernement vocationnel, l’Église doit se mettre à leur portée dans un processus d’accompagnement qui tient compte du monde dans lequel ces jeunes vivent. Pour ce faire, une réflexion profonde sur les grandes dynamiques actuelles qui sont également opportunités et défis doit avoir lieu.

L’une des constatations du document est que la jeunesse ne représente pas un bloc monolithique. Nous avons affaire à « une pluralité de mondes des jeunes (no 1), ce qui demande une attention particulière aux subtilités culturelles, économiques, sociales, politiques, artistiques et j’en passe. Loin de vouloir faire une analyse exhaustive de ces différences, le document cherche à souligner quelques grands courants qui influencent les jeunes de toute société.

Par exemple, on souligne cette énergie de la jeunesse à vouloir s’impliquer, « sa disponibilité à participer et à se mobiliser pour des actions concrètes, où l’apport personnel de chacun peut être une occasion de reconnaissance identitaire ». Elle pourra trouver en l’Église le catalyseur de cette volonté d’engagement total tout en la préservant des différentes dérives de notre temps, qu’elles soient consuméristes ou idéologiques.

Cependant, l’Église doit se départir des attitudes qui pourraient infantiliser les jeunes et les porter à cette « insatisfaction envers des milieux où les jeunes ressentent, à tort ou à raison, qu’ils ne trouvent pas leur place ou dont ils ne reçoivent pas de stimuli ». Ainsi, une transformation missionnaire « d’une Église qui accompagne » (Evangelii Gaudium, no 24) les jeunes dans leur discernement lui permettra également d’exercer un examen de conscience sur ses propres pratiques. En ce sens, lorsque le Pape affirme : « Je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités. », cela signifie aussi donner des responsabilités aux jeunes sachant que, comme tout le monde, ils feront des erreurs mais qu’au bout du compte, ils seront à la hauteur des responsabilités que nous leur confierons.

La semaine prochaine, nous continuerons l’analyse de ce document important sur le processus de transformation missionnaire de l’Église tel que voulu par le pape François.

 

Église en sortie 27 mai 2016

Cette semaine à Église en sortie, nous vous présentons une entrevue avec Mgr Raymond Poisson, évêque de Joliette et membre de la Commission Justice & Paix de la Conférence des évêques catholiques du Canada. Il nous parle des relations de l’Église catholique avec les autochtones. Nous nous rendons à la Marche Nationale pour la vie 2016 à Ottawa, le 12 mai dernier. Enfin, dans la troisième partie de l’émission nous nous entretenons avec Charles Le Bourgeois qui nous parle de son expérience à l’intérieur des deux synodes sur la famille au Vatican ainsi que de sa série documentaire « Charité Sans Frontières ».

Église en sortie 20 mai 2016

Cette semaine à Église en sortie, nous vous présentons une entrevue avec Sr. Marie-Paule Sansfaçon et Sr. Nicole Joly qui nous présente la revue « Le Précurseur » ainsi que leur communauté : Les sœurs Missionnaires de l’Immaculée Conception. Dans la deuxième partie, nous assistons à la conférence de presse du diocèse de Québec suite à la publication de l’exhortation apostolique post-synodale « Amoris Laetitia ». Enfin, ans la dernière partie nous rencontrons l’abbé Jean-Philippe Auger, prêtre de l’archidiocèse de Québec et auteur du livre « Comment Jésus a coaché douze personnes ordinaires pour en faire des leaders extraordinaires ».

Commentaire du père Thomas Rosica, c.s.b. sur l’Exhortation Apostolique « Amoris Laetitia »

« Après avoir participé de manière officielle aux Synodes de 2014 et de 2015, l’Exhortation Apostolique est un portrait juste de ce qui a été étudié et discuté au cours des deux Synodes. L’exhortation nous saisit grâce à son étendue et au soin apporté au détail. Amoris Laetitia (La joie de l’amour) est un document pastoral riche et audacieux qui reflète la vision positive et encourageante du pape François pour l’Église. Bien ancré dans la tradition catholique, ce document majeur offre à l’Église et au monde des exemples concrets de la beauté de la vie de famille, malgré les nombreux défis qui se présentent à elle. Ceux qui liront le document seront agréablement surpris de voir à quel point il est précis, concret et personnel. Nous avons un Pape qui a un cœur profondément pastoral et qui s’insère dans la réalité quotidienne de la vie familiale.

Le pape François nous avertit que « tous les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions magistérielles ». En effet, dans certaines situations, dans « chaque pays ou région, peuvent être cherchées des solutions plus inculturées, attentives  aux traditions et aux défis locaux. Car ‘les cultures sont très diverses entre elles et chaque principe général […] a besoin d’être inculturé, s’il veut être observé et appliqué’ » (AL, 3).

Dans le dernier paragraphe de l’Exhortation, le Pape affirme : « aucune famille n’est une réalité céleste et constituée une fois pour toutes, mais la famille exige une maturation progressive de sa capacité d’aimer […] Tous, nous sommes appelés à maintenir vive la tension vers un au-delà de nous-mêmes et de nos limites, et chaque famille doit vivre dans cette stimulation constante. Cheminons, familles, continuons à marcher ! » L’Exhortation est positive, remplie d’espérance, réaliste, encourageante, inspirante et édifiante. Quel grand cadeau pour nous pendant ce Jubilé de la miséricorde. »

Père Thomas Rosica, c.s.b.
Président-directeur général, Fondation catholique Sel et Lumière média Canada
Assistant langue anglaise, Salle de Presse du Saint-Siège

La révolution de la normalité

Réflexion du père Thomas Rosica c.s.b. pour le troisième anniversaire de l’élection du pape François (Traduit de l’anglais par Francis Denis)

Ce dimanche 13 mars 2016 marque le troisième anniversaire de l’élection du Cardinal Jorge Mario Bergoglio comme évêque de Rome. Après son élection, dans la chapelle Sixtine il y a déjà trois ans, il prit le nom de François en l’honneur de Saint François d’Assise qu’il aime tant. Durant ces trois années, plusieurs observateurs ont associé le nouveau Pape, à cause de ses gestes et de ses actions, au « poverello » au petit pauvre d’Assise, celui qui est peut-être le saint le plus aimé dans la tradition catholique. En effet, c’est en une journée de fin du 12e siècle que le jeune Giovanni di Pietro di Bernardone (que l’on nommera plus tard « François ») a entendu la plainte de Jésus « Vas et rebâtis mon Église » depuis le crucifix de la chapelle abandonnée de Saint Damien dans les faubourgs d’Assise. C’est certainement ce qu’il fit durant toute sa vie et ensuite par l’entremise de l’immense famille franciscaine qu’il a laissée derrière lui afin de perpétuer son rêve et de continuer l’œuvre qu’il avait entreprise.

Nous pouvons facilement nous laisser captiver par les nombreuses images accrocheuses, le buzz médiatique, les photos touchantes ou les belles expressions du pape François reprises régulièrement. Par exemple, plusieurs ont été surpris par l’abandon des chaussures rouges qui, soit dit en passant, ne furent jamais un vêtement officiel des Souverains pontifes! On est émerveillés de voir un Pape qui s’habille modestement, qui paie ses propres factures, qui se déplace dans la cité du Vatican dans une Ford Focus ou bien dans une petite voiture lorsqu’il est à l’extérieur. On est heureux de voir un Pape qui invite les gens de la rue à son déjeuner d’anniversaire et qui demande à son chauffeur d’arrêter devant le mur entre Jérusalem et Bethléem afin de pouvoir prier devant une preuve flagrante de divisions et de douleurs. On est enchantés de voir un Pape inviter des clercs musulmans à faire un bout de chemin avec lui dans la papemobile en République Centrafricaine, pays déchiré par la guerre. Avec les années, ce pontife romain est devenu spécialiste non seulement des embrassades de bébés mais également des malades, des corps défigurés et des rejetés de nos sociétés. Il sait comment utiliser un téléphone et il l’utilise souvent. Il attend en ligne pour retrouver son manteau dans le hall du Synode au Vatican et se réjouit de passer beaucoup de temps avec les journalistes dans l’avion lors de ses nombreux voyages alors que nombre d’évêques retiennent leur souffle à chacune de ces rencontres devenues légendaires. Il a restauré le Synode des évêques en lui redonnant la place qui lui revient c’est-à-dire en faisant des ces rencontres des lieux de libre expression, de prises de parole courageuses, franches et ouvertes plutôt que des prestations arrangées d’avance pour manifester une pseudo concorde.

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Plusieurs se disent intérieurement et en souriant : « Quel changement! », « Quelle révolution! » « Quelle simplicité! », « Wow », « Enfin !». Cependant, plusieurs observateurs sont sous le choc et ressentent de l’angoisse se demandant : « Que fait-il donc? », « Comment peut-il continuer à ce rythme ? », « Ne se rappelle-t-il pas qu’il est le Vicaire du Christ? ».

« Est-ce que la Réforme de François sera un succès? ». La réponse est oui. La réforme de François est inévitable parce qu’elle n’émane ni d’Assise, ni de Loyola, ni de Mansera ou même de Rome, aussi importants que soient ces saints lieux! Elle est fondée sur la grande histoire venue d’ailleurs et qui s’est tenue à Bethléem, à Nazareth, à Naïm, à Emmaus, au Mont Tabor, en Galilée, à Jérusalem la décapole, les terres de la Bible. Le pape François a fondé son ministère pétrinien sur l’Évangile du charpentier et qui était Fils de Dieu et Seigneur, Sauveur et Rédempteur de la famille humaine.

Le pape François veut que nous soyons chaleureux, accueillants et prompts à pardonner comme Jésus nous en a donné l’exemple dans chaque page du Nouveau Testament. Jour après jour, il nous rappelle que nous avons un Maître et Seigneur qui partage la joie des épouses de Cana, de Galilée ainsi que les angoisses de la veuve de Naïm, que nous avons un Maître et Seigneur qui entre dans la maison de Jaïre, touchée par la mort, la maison de Béthanie, parfumée de nard. Un Maître qui a pris sur lui la maladie et les souffrances au point de donner sa vie en rançon pour la multitude.

Suivre le Christ signifie aller dans la même direction que lui, prendre en charge, comme le bon samaritain, le blessé que nous rencontrons sur la route, aller à la recherche de la brebis égarée. Comme Jésus, être près des gens, partager leurs joies et leurs peines, manifester par notre amour le visage paternel de Dieu ainsi que la caresse maternelle de l’Église. François veut que nous mangions avec les pécheurs et les collecteurs d’impôts. Il veut que nous pardonnions à la femme adultère (tout en l’invitant à ne plus pécher). Il veut que nous accueillions et respections les étrangers (même nos ennemis). Et, par-dessus tout, il ne veut pas que nous jugions les autres. Le pape François a parlé bellement et fortement de retrouver l’unité perdue. Il veut que nous construisions des ponts que tous pourront traverser. Il est spécialement conscient du sort réservé aux pauvres et à ceux qui sont marginalisés, ceux que l’on garde dans les périphéries de la société. Il a parlé fortement de la crise des réfugiés et déploré le mal que sont l’avortement et l’euthanasie. Il demande une éthique de la vie cohérente avec un respect de son intégrité, depuis la conception jusqu’à la mort naturelle.

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(CNS photo/Paul Haring)

Au tout début de son ministère pétrinien, il a dit fortement et clairement sur la Place Saint-Pierre : « Un peu de miséricorde fait du monde un endroit moins froid et plus juste. Nous devons comprendre correctement la miséricorde de Dieu, ce Père miséricordieux qui est si patient » (Angelus, 17 Mars 2013). Depuis ce jour, son cri de ralliement est « miséricorde ». Juste avant le début du Carême de cette année, le pape François a écrit un livre personnel ayant pour titre « Le Nom de Dieu est Miséricorde » qui fut publié simultanément à travers le monde. Le thème principal de ce livre est la miséricorde ainsi que les raisons pour lesquelles il a décidé de proclamer l’ouverture d’une Sainte Année de la Miséricorde. La miséricorde est le message le plus important de Jésus. La miséricorde est essentielle parce que nous sommes tous pécheurs. Nous avons tous besoin du pardon de Dieu et de sa grâce, spécialement aujourd’hui, en ce temps où « l’humanité est blessée » et où elle souffre « de tous les esclavages de ce troisième millénaire », pas seulement des guerres, de la pauvreté et de l’exclusion sociale mais aussi du fatalisme, de la dureté du cœur et de la droiture autoproclamée. [Read more…]

Le terrain c’est le monde: Évangéliser dans le monde séculier

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Vous trouverez ci-dessous le texte intégral le discours complet du père Thomas Rosica c.s.b. lors du Symposium théologique du Congrès Eucharistique International 2016 à Cebu aux Philippines le 22 janvier 2016. © Traduction de Sel et Lumière, Francis Denis :

Éminences,
Excellences,
Chers frères et sœurs dans le Christ,

Merci beaucoup pour ce privilège que vous me faites de pouvoir m’adresser à vous lors de ce Symposium théologique du 51e Congrès Eucharistique International à Cebu aux Philippines. Vous m’avez invité à réfléchir sur le thème de « L’évangélisation dans le monde séculier ». C’est un sujet qui me tient à cœur et qui est au centre de mon ministère des 30 dernières années. Parce que je suis un étudiant, un enseignant et un amoureux des Saintes Écritures, j’aimerais vous présenter ce sujet à travers la perspective du Nouveau Testament. Perspective qui m’a procuré la vision, l’énergie, le dynamisme et l’imagerie nécessaire à mon ministère durant toutes ces années.

Pourquoi l’évangélisation est-elle un défi aujourd’hui ? Pourquoi rencontrons-nous une si grande ignorance et de l’indifférence face au message de Jésus-Christ? Pourquoi Dieu est-Il marginalisé dans tant de nos sociétés et de nos cultures respectives? Nous nous demandons parfois comment se fait-il que nos histoires ou notre ministère ne suscitent pas plus de réactions ? Pourquoi les jeunes sont-ils si peu intéressés par ce que nous sommes et ce que nous faisons ? Ne vous êtes-vous jamais arrêtés à penser que peut-être une partie du problème est que nous ne racontons pas notre histoire de la bonne manière ou encore que nous ne la racontons pas, tout simplement? Voyons-nous nos vies comme la toile de fond de l’histoire du salut et de l’histoire biblique? Comment pouvons-nous redécouvrir le trésor et le dynamisme de la Parole de Dieu? Comment pouvons-nous annoncer la Parole de Dieu avec autorité, aujourd’hui? Si le pouvoir de Sa Parole dans l’Écriture Sainte doit être vécu dans la vie et la mission de l’Église, nous devons être vigilants et nous assurer qu’elle ait une place de choix dans nos vies.

Je crois qu’une grande partie des difficultés dont nous faisons l’expérience dans nos efforts pour évangéliser est due à l’ignorance des Écritures. J’aimerais citer Saint Jérôme, père et docteur de l’Église qui affirmait que « L’ignorance de l’Écriture est l’ignorance du Christ ». Cette ignorance, ou analphabétisme biblique, est directement reliée à nos efforts pour évangéliser la culture autour de nous. Comment pouvons-nous faire en sorte que l’Écriture redevienne, une fois de plus, le cœur de nos efforts pour évangéliser notre monde d’aujourd’hui ? Comment le cœur de gens peut-il être enflammé par le Seigneur Ressuscité qui supplie toute personne d’ouvrir les textes contenant ses paroles afin qu’ils soient plus profondément touchés par elles?

À chaque fois que j’ai parlé d’évangélisation, j’ai senti plusieurs craintes chez beaucoup de catholiques. Des peurs qui peuvent faire obstacle à la transformation missionnaire de l’Église. Premièrement, voulant être « polis » et puis motivés par une fausse conception de l’œcuménisme et du dialogue inter religieux, certaines TR IEC2016 Symposium 4personnes refusent de proposer le Christ sous prétexte qu’ils imposeraient leur religion ou qu’une telle chose les mettrait sur une sorte de piédestal.

Deuxièmement, beaucoup de catholiques ont peur du mot même « d’évangélisation » parce qu’ils ont peur d’avoir à répondre à des questions auxquelles ils ne sont pas préparés. Surmonter cet obstacle signifie que nous devons en apprendre davantage sur le Christ, la Bible, les enseignements de l’Église, l’histoire ainsi que notre riche tradition.

Le troisième obstacle est la crise de l’analphabétisme biblique. En effet, évangéliser signifie répandre la Bonne Nouvelle de Jésus Christ telle qu’on la trouve dans le Nouveau Testament. Comment pouvons-nous annoncer cette Bonne Nouvelle si nos interlocuteurs ne connaissent ni notre vocabulaire, ni notre langage ni les images de cette même Bonne Nouvelle?

Ce point a fait l’objet de nombreuses interventions en 2008 au Vatican lors du Synode des évêques sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église. Ayant servi comme attaché de presse de langue anglaise lors de ce synode, je fus un témoin oculaire de cet événement ecclésial. Personne n’a mieux mis le doigt sur le problème que feu l’archevêque de Chicago le cardinal Francis George (o.m.i.). En effet, dans sa brève présentation, le Cardinal George a affirmé : « Derrière cette perte d’imagerie biblique se trouve une perte du sens et de l’image de Dieu comme Acteur de l’histoire humaine […] Dans l’Écriture, Dieu est à la fois l’Auteur et l’Acteur principal. Dans l’Écriture, nous rencontrons le Dieu vivant, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ […] Notre peuple, pour la plupart, ne vit et ne réfléchit plus selon les catégories bibliques de l’Esprit, des anges et des démons, de la recherche de la Volonté de Dieu et de ses intentions dans un monde dirigé, en définitive, par sa Providence. […] L’Écriture est classée dans les genres littéraires de la fantaisie et de la fiction et le monde de la Bible devient un embarras pour plusieurs ».

Je crois aussi que nous manquons de ce sentiment de l’urgence de notre mission ou plutôt que nous faisons trop souvent dans la nostalgie. Je vais expliquer ces points plus tard dans cette présentation.

Considérer Jésus

Je vous invite à considérer Jésus, l’évangélisateur par excellence qui nous offre une méthode qui a fait ses preuves en ce qui a trait à la vie et à la proclamation de la Bonne Nouvelle. Il était un maître et communicateur parfait. Il était le modèle pour tous ceux qui cherchent à communiquer la Bonne Nouvelle et à évangéliser la culture d’aujourd’hui. Jésus donnait d’importantes leçons en utilisant des paraboles. Par les paraboles, Jésus cherchait à révéler la vraie nature d’un Dieu aimant et bienveillant. Ces belles histoires portent le témoignage d’un Dieu qui entend les cris des pauvres et défend les veuves, les orphelins et les migrants. Le Dieu de la Bible souffre avec les gens. Dieu vient parmi nous comme un bébé vulnérable, parmi les sans abris. Il a vécu comme un immigrant et un réfugié en s’associant aux proscrits et il compare le Royaume à l’accueil d’un enfant. Ce Dieu est ensuite exécuté et enseveli dans une tombe. Le sens « caché » des paraboles rend la sagesse de Jésus inaccessible à tous ceux qui voudraient en faire une lecture littérale. Jésus utilisait des paraboles pour répondre aux questions brûlantes des disciples et des apôtres sur la présence de Dieu, sur leur vie avec lui et les défis et crises au travers desquelles ils auraient à passer à cause de son nom.

La parabole du semeur

Plusieurs passages de l’Évangile présentent Jésus proposant des histoires pour illustrer son message. Une de ces histoires est une remarquable étude de contrastes. C’est la parabole du semeur. Pour le peuple de Galilée proche de la terre, l’image du semeur que Jésus proposait leur était très familière. La parabole est surprenante à plusieurs égards. Dans un premier temps, elle présente un semeur peu soucieux de son travail, du moins en apparence. Il disperse les semences sans égard à l’endroit où elles tombent; même dans des endroits où elles n’ont aucune chance de pousser. La deuxième graine tombe sur une terre rocailleuse et, grandissant vite, elle meurt rapidement. La troisième graine tombe parmi les épines et voit sa vie submergée par une force supérieure. Finalement, la dernière semence tombe dans une bonne terre et produit du fruit dans des proportions étonnantes et imprévisibles. La récolte normale d’une bonne année peut apporter jusqu’à sept fois la mise, mais jamais trente ou soixante fois et encore moins cent fois! ReactorsLe potentiel d’une telle semence pour une vie surpasse de loin tout ce qu’on peut imaginer! Le rendement final est bouleversant! À la fin, la parabole dresse le portrait d’un semeur généreux et extravagant plutôt que fou et gaspilleur.

J’aimerais porter votre attention sur la parabole du semeur de l’évangile de Matthieu (Mt 12, 1-23). Dans l’explication de la parabole (Mt 1, 18-23), l’emphase est mise sur les différents types de sol sur lesquels la semence tombe. Par exemple, on parle de la disposition des personnes qui reçoivent l’enseignement de Jésus (cf. parallèle dans Marc 4, 14-20; Luc 8, 11-15). Les quatre types de récipients proposés représentent : 1) ceux qui n’acceptent jamais la parole de Dieu (Mt 13, 19); 2) ceux qui croient pour un temps mais tombent à cause des persécutions (13, 20-21); 3) ceux qui croient mais dont la foi est ébranlée par des préoccupations mondaines et la séduction des richesses (Mt, 13, 22); et 4) ceux qui répondent à la Parole et produisent du fruit en abondance (Mt 13, 23).

Matthieu incorpore pratiquement toute la version de la parabole de Marc mais y ajoute sa propre perspective. Il y a une phrase qui retient l’attention dans l’explication de la parabole chez Matthieu. Perplexes face à l’histoire de Jésus, les disciples demandent une explication de sa part. Jésus commence son explication en disant : « le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais. » (Mt 13,38). Dieu travaille dans le monde, pas uniquement dans l’Église. Le monde est un mélange de situations où le bien et le mal se côtoient mais la communauté ne peut s’isoler des mauvaises herbes. Une complète délivrance du mal viendra seulement avec la fin des temps lorsque, selon les mots de la parabole, les justes rayonneront « comme le soleil ». En attendant, la place de la communauté est précisément dans le monde, parmi le blé et les mauvaises herbes.

La communauté de Matthieu avait des problèmes d’identité au milieu des changements cataclysmiques qui s’abattaient alors, à la fois, sur la communauté judéo-chrétienne et sur le judaïsme palestinien à la veille de la révolte juive contre Rome qui a mené à sa destruction en l’an 70 après Jésus-Christ. Dans son Évangile, Matthieu écrit à une communauté judéo-chrétienne prise dans ce tsunami de l’histoire, anxieuse de garder le contact avec son lien identitaire aux racines historiques du judaïsme et tremblant devant un futur qui ne promettait que des changements substantiels voire même dévastateurs.

Dans l’Évangile de Matthieu, Jésus commence son ministère public en insistant sur le fait que sa mission s’oriente vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Mais Jésus anticipe ce revirement par un déplacement d’attention d’abord exclusivement porté sur Israël vers une mission incluant Juifs et gentils. On retrouve cela dans le corpus de l’évangile alors que Jésus rencontre des gentils qui, en un sens, s’immiscent de peine et de misère sur l’avant scène de l’Évangile ! Nous avons des avant goûts de cet élargissement de la mission dans le récit enchanteur de Noël où des mages qui lisent les étoiles se mettent à la recherche du Messie. Nous trouvons la même chose dans l’épisode du centurion romain de Capharnaüm qui supplie Jésus de guérir son serviteur et évoque, en une vision, la mission future de Jésus au-delà des frontières d’Israël. Comment pouvons-nous oublier l’épisode de la Cananéenne brisant la résistance de Jésus par ses insistantes demandes pour sa fille malade ou celui du démoniaque de Gadarene dont la situation critique touche Jésus lorsqu’il était sur la côte d’un territoire étranger à la Décapole. Dans cette histoire provocante, la vie rencontre la mort, enchaînée parmi les tombes.

L’Évangile de Matthieu nous rappelle que la terre à laquelle notre Dieu nous destine est le monde entier et pas seulement l’Église. L’Esprit est vivant dans le monde, au milieu du blé et des mauvaises herbes. Le drame biblique ne cesse de nous montrer que ce que nous considérons comme des événements « séculiers » et même les horreurs les plus déchirantes et les plus destructrices font avancer l’histoire et apportent le cadre de la révélation de Dieu. Le terrain c’est le monde. C’est ce que nous apprend l’étrange ensemble de toutes ces personnes qui sont aux périphéries c’est-à-dire à l’extérieur des périmètres de l’Israël biblique et qui font leur entrée dans l’arène de l’Évangile et deviennent une partie centrale de la mission de Jésus.

Comme le faisait remarquer mon collègue et mentor le père Donald Senior c.p. dans son essai : « Réflexion biblique sur le discernement sur qui nous sommes et où nous allons » :

« Israël ne s’est pas formée dans un espace stérilisé étanche à l’air mais a pris forme suite à des interactions avec les Cananéens et autres anciennes cultures moyennes orientales. Ces interactions avec ces cultures ont donné à Israël sa langue, sa culture, la plupart de ses symboles et rituel religieux, son architecture et sa forme de gouvernement. Les intuitions fondamentales et les symboles qui sont devenus le langage de la foi biblique sont nés au cœur de l’expérience historique d’Israël : le traumatisme de l’oppression, les aspirations à établir une structure politique unifiée et nationale, l’émergence d’une ville comme capitale et d’un sanctuaire central, la tragédie de l’échec et l’exil, l’espoir tenace d’une paix ultime et d’une sécurité ».

 Le père Senior poursuit : Ainsi, beaucoup de symboles religieux de Jésus, tirés de la forte tradition judaïque, sont des métaphores de rassemblement et de guérison, de réconciliation et de pardon, de renouveau et despoir inextinguible pendant de grandes souffrances. La brebis perdue doit être retrouvée, le pécheur et l’exclu doivent être amenés à l’intérieur, le brisé et le malade guéri, l’ennemi pardonné, le mort ressuscité et le Règne de Dieu annoncé et proche. Tout cela reflète le drame qui se déroule dans le monde et dans l’histoire où Jésus se trouvait en son temps.

 Le terrain c’est le monde, et le chemin qui s’ouvre devant nous et qui a été préparé par Dieu pour nous ne viendra pas uniquement si nous nous immergeons dans la tradition de l’Église et dans sa sagesse mais également en étant alertes face au monde et à son drame. Là où l’Esprit est également à l’œuvre. De fait, nous devons faire attention à ne pas être trop absorbés par la vie domestique de l’Église. Nous devons constamment nous tourner vers le monde et être à la bonne place face à la responsabilité qui nous incombe. Le terrain c’est le monde, non pas seulement l’objet de notre mission chrétienne dans l’histoire mais aussi comme catalyseur de l’Esprit qui éveille la conscience de l’Église elle-même. [Read more…]

L’Église est communicatrice depuis les origines

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On le sait, l’Église est communicatrice depuis ses origines. Dans notre tradition chrétienne, nous savons que la Révélation de Dieu s’est inscrite dans l’histoire du peuple d’Israël jusqu’à se faire chair par l’Incarnation du Verbe de Dieu en Jésus-Christ. Cette Révélation de Dieu dans l’histoire allait cependant faire siens les instruments que les hommes utilisent pour communiquer. C’est le cas de l’écriture qui, à travers les siècles, a permis de composer ce que nous appelons la Bible ou les Saintes Écritures. Dans la Bible, nous trouvons plusieurs genres littéraires et plusieurs niveaux de langage qui nécessitent parfois une interprétation vigilante. De son côté, l’Église a elle aussi utilisé l’écriture pour transmettre son message à l’intérieur comme à l’extérieur de ses murs. De l’homélie à l’encyclique en passant par les conciles et les proclamations Ex Cathedra, l’Église sait qu’elle ne peut limiter sa prise de parole à un seul niveau de langage.

Si l’Église désire être fidèle à cette tradition de transmission de son message à partir de divers niveaux de langage, elle comprendra qu’aujourd’hui, la manière la plus à même d’accomplir cette mission est le dialogue et la rencontre personnel. Comme il l’affirmait dans un discours de commémoration du 50e anniversaire de l’Institution du Synode des évêques : « le sensus fidei empêche que l’on sépare d’une manière rigide « l’Église enseignante » de « l’Église enseignée » puisque les fidèles eux-mêmes ont leur propre « flair » pour discerner les nouvelles voies que le Seigneur ouvre à son Église »[1]. En effet, il est essentiel aujourd’hui de prendre en compte l’individualité des personnes dans le discernement de la Volonté de Dieu celle-ci. De plus, seule cette attention personnelle est en mesure de manifester que les Enseignements de l’Église ne sont pas des principes extérieurs « parachutés » sur la vie des gens mais une loi intérieure qui se trouve déjà en eux et qui seule peut les rendre heureux.

Pour ce faire, chaque chrétien doit développer ce que j’appelle l’excellence du jugement et c’est en ce sens que peuvent être comprise l’exhortation du Pape lors de la rencontre avec les catéchistes et enseignement de Kampala en Ouganda lorsqu’il demandait : « aux évêques et aux prêtres de vous aider par une formation doctrinale, spirituelle et pastorale, en mesure de vous rendre toujours plus efficaces dans votre œuvre »[2]. En d’autres termes, notre siècle demande plus que jamais une formation solide des consciences à la doctrine chrétienne complétée par l’exercice de toutes les vertus, en un mot, la sainteté ! L’excellence du jugement et le défi de la formation me semblent donc les pierres angulaires de cette révolution de la tendresse si chère au pape François.

Discours de conclusion du pape François aux pères synodaux

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Vous trouverez ci-dessous le texte complet du discours du Saint-Père :

Chères Béatitudes, Éminences, Excellences, Chers frères et soeurs,

Je voudrais tout d’abord remercier le Seigneur qui a guidé notre chemin synodal au cours de ces années avec l’Esprit Saint dont le soutien ne manque jamais à l’Église.

Je remercie vraiment de tout coeur Son Eminence le Cardinal Lorenzo Baldisseri, Secrétaire général du Synode, S.E. Mgr Fabio Fabene, Sous-secrétaire, et avec eux je remercie le Relateur Son Eminence le Cardinal Peter Erdő et le Secrétaire spécial S.E. Mgr Bruno Forte, les Présidents délégués, les secrétaires, les consulteurs, les traducteurs et tous ceux qui ont travaillé infatigablement et avec un total dévouement à l’Église : merci de tout coeur !

Je vous remercie tous, chers Pères synodaux, Délégués fraternels, Auditeurs, Auditrices et Assesseurs, curés et familles pour votre participation active et fructueuse.

Je remercie aussi les « anonymes » et toutes les personnes qui ont travaillé en silence contribuant généreusement aux travaux de ce Synode.

Soyez tous sûrs de ma prière afin que le Seigneur vous récompense de l’abondance des dons de sa grâce !

Alors que je suivais les travaux du Synode, je me suis demandé : que signifiera pour l’Église de conclure ce Synode consacré à la famille ?

Il ne signifie certainement pas avoir achevé tous les thèmes inhérents à la famille, mais avoir cherché à les éclairer par la lumière de l’Évangile, de la tradition et de l’histoire bimillénaire de l’Église, infusant en eux la joie de l’espérance sans tomber dans la facile répétition de ce qui est indiscutable ou le déjà dit.

Il ne signifie sûrement pas avoir trouvé des solutions exhaustives à toutes les difficultés et aux doutes qui défient et menacent la famille, mais avoir mis ces difficultés et ces doutes sous la lumière de la Foi, les avoir examinés attentivement, les avoir affrontés sans peur et sans se cacher la tête dans le sable.

Il signifie avoir incité tout le monde à comprendre l’importance de l’institution de la famille et du mariage entre un homme et une femme, fondée sur l’unité et sur l’indissolubilité et à l’apprécier comme base fondamentale de la société et de la vie humaine.

Il signifie avoir écouté et fait écouter les voix des familles et des pasteurs de l’Église qui sont venus à Rome en portant sur leurs épaules les poids et les espérances, les richesses et les défis des familles de toutes les parties du monde.

Il signifie avoir donné la preuve de la vivacité de l’Église catholique qui n’a pas peur de secouer les consciences anesthésiées ou de se salir les mains en discutant de la famille d’une façon animée et franche.

Il signifie avoir cherché à regarder et à lire la réalité, ou plutôt les réalités, d’aujourd’hui avec les yeux de Dieu, pour allumer et pour éclairer avec la flamme de la foi les coeurs des hommes, en un moment historique de découragement et de crise sociale, économique, morale et de négativité dominante.

Il signifie avoir témoigné à tous que l’Évangile demeure pour l’Église la source vive d’éternelle nouveauté, contre qui veut « l’endoctriner » en pierres mortes à lancer contre les autres.

Il signifie encore avoir mis à nu les coeurs fermés qui souvent se cachent jusque derrière les enseignements de l’Église ou derrière les bonnes intentions pour s’asseoir sur la cathèdre de Moïse et juger, quelquefois avec supériorité et superficialité, les cas difficiles et les familles blessées.

Il signifie avoir affirmé que l’Église est Église des pauvres en esprit et des pécheurs en recherche du pardon et pas seulement des justes et des saints, ou plutôt des justes et des saints quand ils se sentent pauvres et pécheurs.

Il signifie avoir cherché à ouvrir les horizons pour dépasser toute herméneutique de conspiration ou fermeture de perspective pour défendre et pour répandre la liberté des enfants de Dieu, pour transmettre la beauté de la Nouveauté chrétienne, quelquefois recouverte par la rouille d’un langage archaïque ou simplement incompréhensible.

Sur le chemin de ce Synode les diverses opinions qui se sont exprimées librement – et malheureusement parfois avec des méthodes pas du tout bienveillantes – ont certainement enrichi et animé le dialogue, offrant une image vivante d’une Église qui n’utilise pas « des formulaires préparés d’avance », mais qui puise à la source inépuisable de sa foi une eau vive pour désaltérer les coeurs desséchés.

Et, au-delà des questions dogmatiques bien définies par le Magistère de l’Église, nous avons vu aussi que ce qui semble normal pour un évêque d’un continent, peut se révéler étrange, presque comme un scandale, pour l’évêque d’un autre continent ; ce qui est considéré violation d’un droit dans une société, peut être requis évident et intangible dans une autre ; ce qui pour certains est liberté de conscience, pour d’autres peut être seulement confusion. En réalité, les cultures sont très diverses entre elles et chaque principe général a besoin d’être inculturé, s’il veut être observé et appliqué. Le Synode de 1985, qui célébrait le vingtième anniversaire de la conclusion du Concile Vatican II, a parlé de l’inculturation comme de l’« intime transformation des authentiques valeurs culturelles par leur intégration dans le christianisme, et l’enracinement du christianisme dans les diverses cultures humaines ». L’inculturation n’affaiblit par les vraies valeurs mais démontre leur véritable force et leur authenticité, puisqu’elles s’adaptent sans se transformer, mais au contraire elles transforment pacifiquement et graduellement les différentes cultures.

Nous avons vu, également à travers la richesse de notre diversité, que le défi que nous avons devant nous est toujours le même : annoncer l’Évangile à l’homme d’aujourd’hui, en défendant la famille de toutes les attaques idéologiques et individualistes.

Et sans jamais tomber dans le danger du relativisme ou du fait de diaboliser les autres, nous avons cherché à embrasser pleinement et courageusement la bonté et la miséricorde de Dieu qui surpasse nos calculs humains et qui ne désire rien d’autre que « tous les hommes soient sauvés » (1 Tm 2, 4), pour insérer et pour vivre ce Synode dans le contexte de l’Année extraordinaire de la Miséricorde que l’Église est appelée à vivre.

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Le message, c’est le Synode !

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Photo: Courtoisie Catholic News Service

En 1964 le Professeur Marshall McLuhan affirmait « Le medium, c’est le message ». Par cette formule qui allait le rendre célèbre, ce professeur de l’université de Toronto signifiait que les instruments de communication ont une grande influence sur la transmission d’un message. Pour McLuhan, les moyens de communications sont loin d’être neutres. Par exemple, l’attention que nous avons envers un livre imprimé est beaucoup plus grande que celle que l’on accorde à un blogue. Dans le même sens, un reportage à la télévision nous semble, de prime abord, beaucoup plus crédible que celui d’une vidéo sur YouTube. Ainsi, cette influence qu’a le média sur le contenu du message transmis est une donnée importante que nous ne pouvons négliger.

Comment donc communiquer l’enseignement de l’Église dans notre monde ? Si, comme le dit McLuhan « le medium, c’est le message », quel niveau de langage sera le plus approprié pour évangéliser aujourd’hui ? La réponse du Pape est la suivante : la « parresia » ou « la liberté et le courage (parresia) du Saint Esprit » et l’institution qui lui correspond le mieux : le Synode des évêques. Dès le premier synode sur la famille, le Pape a demandé aux évêques de s’exprimer librement, sans peur ni gêne d’où les nombreux contrechocs qui ont nourri certains médias aguerris à faire une polémique du moindre désaccord. Toutefois, cette communication franche et ouverte possède plusieurs avantages pour la Nouvelle Évangélisation. J’en veux pour preuve l’attention sans précédent que tous manifestent pour ce procédé. La réalité et l’importance de la famille pour les personnes et la société ne sont-ils pas au centre de nombreux échanges actuellement et qui n’aurait jamais eu lieu sans cette nouvelle approche communicationnelle ? Ainsi, une Église «toute synodale » serait donc plus efficace pour transmettre son message.

La synodalité, ou mode de fonctionnement avec parresia, présente un visage plus humain de l’Église. Ce qui la rapproche grandement des gens, qui lui font ainsi davantage confiance. Beaucoup de personnes sentent que l’Église et les hommes et les femmes qui la composent sont des êtres humains normaux qui partagent les mêmes expériences. Par exemple, dans le cas de la famille, l’expérience du Cardinal Shönborn face au divorce de ses parents a touché beaucoup de gens qui voient ainsi que l’Église comprend leur réalité. Les enseignements ne sont donc plus vus comme des normes imposées de l’extérieur mais comme des propositions, bien que l’assentiment soit toujours nécessaire. Comme le disait le bienheureux Paul VI : « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins » (no 41).

Loin de voir le Synode comme « un parlement » nous voyons que ce dialogue franc prendra de plus en plus de place dans le mode de fonctionnement de l’Église. Comme le dit le Pape, nous ne sommes « qu’à la moitié du chemin ». Cette plus grande attention à la dimension synodale de l’Église semble déjà susciter l’attention de nombreux acteurs qui sentent l’Église plus ouverte au dialogue. En ce sens, les enseignements et préoccupations de l’Église pourront trouver davantage d’interlocuteurs. Ce qui aidera grandement à la transmission du message de l’Église. [Read more…]