Message du pape François pour la 55e journée de prière pour les vocations

CNS photo/Tyler Orsburn

Vous trouverez ci-dessous le message du pape François pour la 55e journée de prière pour les vocations:

Écouter, discerner, vivre l’appel du Seigneur

Chers frères et sœurs,
En octobre prochain, se déroulera la XVème Assemblée Générale ordinaire du Synode des évêques, qui sera consacrée aux jeunes, en particulier au rapport entre jeunes, foi et vocation. A cette occasion, nous aurons la possibilité d’approfondir comment, au centre de notre vie, il y a l’appel à la joie que Dieu nous adresse et comment cela est «le projet de Dieu pour les hommes et les femmes de tout temps» (SYNODE DES ÉVÊQUES, XVEME ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE, Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel, Introduction).

Il s’agit d’une bonne nouvelle qui nous est annoncée avec force par la 55ème Journée mondiale de Prière pour les Vocations : nous ne sommes pas plongés dans le hasard, ni entraînés par une série d’évènements désordonnés, mais, au contraire, notre vie et notre présence dans le monde sont fruits d’une vocation divine !

Même dans nos temps inquiets, le Mystère de l’Incarnation nous rappelle que Dieu vient toujours à notre rencontre et il est Dieu-avec-nous, qui passe le long des routes parfois poussiéreuses de notre vie et, accueillant notre poignante nostalgie d’amour et de bonheur, nous appelle à la joie. Dans la diversité et dans la spécificité de chaque vocation, personnelle et ecclésiale, il s’agit d’écouter, de discerner et de vivre cette Parole qui nous appelle d’en-haut et qui, tandis qu’elle nous permet de faire fructifier nos talents, nous rend aussi instruments de salut dans le monde et nous oriente vers la plénitude du bonheur.

Ces trois aspects – écoute, discernement et vie – servent aussi de cadre au début de la mission de Jésus, qui, après les jours de prière et de lutte dans le désert, visite sa synagogue de Nazareth, et là, se met à l’écoute de la Parole, discerne le contenu de la mission que le Père lui a confiée et annonce qu’il est venu pour la réaliser “aujourd’hui” (cf. Lc 4, 16-21).

Écouter

L’appel du Seigneur – il faut le dire tout de suite – n’a pas l’évidence de l’une des nombreuses choses que nous pouvons sentir, voir ou toucher dans notre expérience quotidienne. Dieu vient de manière silencieuse et discrète, sans s’imposer à notre liberté. Aussi, on peut comprendre que sa voix reste étouffée par les nombreuses préoccupations et sollicitations qui occupent notre esprit et notre cœur.

Il convient alors de se préparer à une écoute profonde de sa Parole et de la vie, à prêter aussi attention aux détails de notre quotidien, à apprendre à lire les évènements avec les yeux de la foi, et à se maintenir ouverts aux surprises de l’Esprit.

Nous ne pourrons pas découvrir l’appel spécial et personnel que Dieu a pensé pour nous, si nous restons fermés sur nous-mêmes, dans nos habitudes et dans l’apathie de celui qui passe sa propre vie dans le cercle restreint de son moi, perdant l’opportunité de rêver en grand et de devenir protagoniste de cette histoire unique et originale que Dieu veut écrire avec nous.

Jésus aussi a été appelé et envoyé ; pour cela, il a eu besoin de se recueillir dans le silence, il a écouté et lu la Parole dans la Synagogue et, avec la lumière et la force de l’Esprit Saint, il en a dévoilé la pleine signification, référée à sa personne-même et à l’histoire du peuple d’Israël.

Cette attitude devient aujourd’hui toujours plus difficile, plongés comme nous le sommes dans une société bruyante, dans la frénésie de l’abondance de stimulations et d’informations qui remplissent nos journées. Au vacarme extérieur, qui parfois domine nos villes et nos quartiers, correspond souvent une dispersion et une confusion intérieure, qui ne nous permettent pas de nous arrêter, de savourer le goût de la contemplation, de réfléchir avec sérénité sur les évènements de notre vie et d’opérer, confiants dans le dessein bienveillant de Dieu pour nous, un discernement fécond.

Mais, comme nous le savons, le Royaume de Dieu vient sans faire de bruit et sans attirer l’attention (cf. Lc 17, 21), et il est possible d’en accueillir les germes seulement lorsque, comme le prophète Elie, nous savons entrer dans les profondeurs de notre esprit, le laissant s’ouvrir à l’imperceptible souffle de la brise divine (cf. 1 R 19, 11-13).

Discerner

En lisant, dans la synagogue de Nazareth, le passage du prophète Isaïe, Jésus discerne le contenu de la mission pour laquelle il a été envoyé et il le présente à ceux qui attendaient le Messie : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur » (Lc 4, 18-19).

De la même manière, chacun de nous peut découvrir sa propre vocation seulement à travers le discernement spirituel, un «processus grâce auquel la personne arrive à effectuer, en dialoguant avec le Seigneur et en écoutant la voix de l’Esprit, les choix fondamentaux, à partir du choix de son état de vie (Synode des Évêques, XVème Assemblée Générale Ordinaire, Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel, II, 2).

Nous découvrons en particulier, que la vocation chrétienne a toujours une dimension prophétique. Comme nous témoigne l’Ecriture, les prophètes sont envoyés au peuple dans des situations de grande précarité matérielle et de crise spirituelle et morale, pour adresser au nom de Dieu des paroles de conversion, d’espérance et de consolation. Comme un vent qui soulève la poussière, le prophète dérange la fausse tranquillité de la conscience qui a oublié la Parole du Seigneur, discerne les évènements à la lumière de la promesse de Dieu et aide le peuple à apercevoir des signes d’aurore dans les ténèbres de l’histoire.

Aujourd’hui aussi, nous avons grand besoin du discernement et de la prophétie ; de dépasser les tentations de l’idéologie et du fatalisme et de découvrir, dans la relation avec le Seigneur, les lieux, les instruments et les situations à travers lesquels il nous appelle. Chaque chrétien devrait pouvoir développer la capacité à “lire à l’intérieur” de sa vie et à saisir où et à quoi le Seigneur l’appelle pour continuer sa mission.

Vivre

Enfin, Jésus annonce la nouveauté de l’heure présente, qui enthousiasmera beaucoup et durcira d’autres : les temps sont accomplis et c’est Lui le Messie annoncé par Isaïe, oint pour libérer les prisonniers, rendre la vue aux aveugles et proclamer l’amour miséricordieux de Dieu à toute créature. Vraiment « aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre » (Lc 4, 20), affirme Jésus.

La joie de l’Evangile, qui nous ouvre à la rencontre avec Dieu et avec les frères, ne peut attendre nos lenteurs et nos paresses ; elle ne nous touche pas si nous restons accoudés à la fenêtre, avec l’excuse de toujours attendre un temps propice ; elle ne s’accomplit pas non plus pour nous si nous n’assumons pas aujourd’hui-même le risque d’un choix. La vocation est aujourd’hui ! La mission chrétienne est pour le présent ! Et chacun de nous est appelé – à la vie laïque dans le mariage, à la vie sacerdotale dans le ministère ordonné, ou à la vie de consécration spéciale – pour devenir témoin du Seigneur, ici et maintenant.

Cet “aujourd’hui” proclamé par Jésus, en effet, nous assure que Dieu continue à “descendre” pour sauver notre humanité et nous rendre participants de sa mission. Le Seigneur appelle encore à vivre avec lui et à marcher derrière lui dans une relation de proximité particulière, à son service direct. Et s’il nous fait comprendre qu’il nous appelle à nous consacrer totalement à son Royaume, nous ne devons pas avoir peur ! C’est beau – et c’est une grande grâce – d’être entièrement et pour toujours consacrés à Dieu et au service des frères.

Le Seigneur continue aujourd’hui à appeler à le suivre. Nous ne devons pas attendre d’être parfaits pour répondre notre généreux “me voici”, ni nous effrayer de nos limites et de nos péchés, mais accueillir avec un cœur ouvert la voix du Seigneur. L’écouter, discerner notre mission personnelle dans l’Église et dans le monde, et enfin la vivre dans l’aujourd’hui que Dieu nous donne.

Que Marie la très Sainte, la jeune fille de périphérie, qui a écouté, accueilli et vécu la Parole de Dieu faite chair, nous garde et nous accompagne toujours sur notre chemin.

Du Vatican, 3 décembre 2017 Premier Dimanche de l’Avent

[01850-FR.01] [Texte original: Italien]

FRANÇOIS

Vidéo du pape François aux jeunes du Canada

Vous trouverez ci-dessous l’article de Radio Vatican sur le vidéo-message du pape François aux jeunes canadiens:

(RV) L’Église catholique prépare le prochain synode des évêques sur les jeunes qui aura lieu dans un an, en octobre 2018, au Vatican. C’est le cas notamment au Canada où, dimanche 22 octobre 2017, la chaine de télévision Sel et Lumière a programmé une émission spéciale pour aider les évêques canadiens à se préparer à cet événement. Le Pape François est intervenu dans un vidéo-message.

« Je vous demande de ne pas laisser [le monde] être abîmé par ceux qui pensent seulement à en profiter et à le détruire sans scrupules. Je vous invite à inonder les lieux dans lesquels vous vivez avec la joie et l’enthousiasme typiques de votre âge, à irriguer le monde et l’histoire avec la joie qui vient de l’Évangile, d’avoir rencontré une Personne : Jésus, qui vous a fasciné et vous a attiré à ses côtés ». C’est ainsi que le Pape François s’est adressé aux jeunes Canadiens.

Il a répété un de ses thèmes favoris quand il s’adresse aux plus jeunes : « ne vous laissez pas voler votre jeunesse ». Il les a mis en garde contre ceux qui veulent les transformer en bâtisseurs de murs et source de division. Au contraire, les jeunes sont des « tisseurs de relations marquées par la confiance, le partage, l’ouverture jusqu’aux confins du monde ». Ils doivent construire des ponts.

Le Pape espère que les jeunes ont entendu l’appel de Dieu et que, grâce « à l’accompagnement de guides experts », ils sauront entreprendre un chemin de discernement pour découvrir le projet que Dieu a pour chacun d’eux.

François a souligné le besoin que l’Église a d’avoir des « jeunes courageux, qui n’ont pas peur devant les difficultés, qui affrontent les épreuves, qui tiennent les yeux et le cœur bien ouverts sur la réalité, pour que personne ne vienne refoulé, ne soit victime d’injustice, de violence, ou soit privé de la dignité de la personne humaine ». Le Pape se veut ainsi confiant dans la jeunesse d’aujourd’hui, dans le fait qu’elle ne restera pas sourde aux cris d’aide des nombreux autres jeunes qui cherchent la liberté, du travail, des études et la possibilité de donner un sens à leur vie.

« Laissez-vous atteindre par le Christ. Laissez-le vous parler, vous embrasser, vous consoler, guérir vos blessures, dissoudre vos doutes et vos peurs et vous serez prêts pour l’aventure fascinante de la vie, don précieux et impayable que Dieu dépose chaque jour dans vos mains », a encore exhorté le Pape.

 

Forum de la jeunesse canadienne sur « Les jeunes, la foi et le discernement »

Forum de la jeunesse canadienne sur « Les jeunes, la foi et le discernement ».
À la télévision canadienne Sel et Lumière, le 22 octobre 2017
Avec la participation du pape François et du cardinal Kevin Farrell

Le dimanche soir 22 octobre 2017, sera diffusé le forum national jeunesse sur le thème « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » sur la chaîne de télévision catholique Sel et Lumière. Enregistrée dans le studio Père Micheal McGivney du centre de diffusion de Sel et Lumière à Toronto le 10 octobre 2017, cette émission de 90 minutes est co-animée par le cardinal Kevin Farrell, préfet du dicastère pour les laïcs, la vie et la famille, le P. Thomas Rosica c.s.b., PDG et fondateur de Télévision Sel et Lumière ; ainsi qu’ Emilie Callan et Julian Paparella, jeunes leaders de Sel et Lumière.

 

 Le pape François a pu participer à cette émission par l’entremise d’une vidéo spéciale envoyée pour l’occasion. Ce message est adressé aux jeunes Canadiens « d’un océan à l’autre » et leur rappelle qu’ils sont les protagonistes de ce dialogue unique en préparation du Synode des évêques de 2018 qui se tiendra au Vatican en octobre 2018.

Ce forum de la jeunesse canadienne, le premier de notre histoire, réunit plusieurs groupes de jeunes dans différentes villes du Canada telles que Vancouver, Colombie-Britannique; Calgary, Alberta; Windsor, Ontario; Toronto, Ontario, Montréal et Québec au Québec. Chaque groupe de jeunes est composé de représentants du secondaire, du cégep, de l’université ainsi que de différentes professions ou états de vie, certains étant candidats à la vie religieuse et au ministère ordonné. Plusieurs sont impliqués dans la pastorale jeunesse ou dans les aumôneries étudiantes partout au pays. Certains n’ont que peu de lien avec l’Église. Le Forum s’est tenu dans les deux langues officielles du Canada, le français et l’anglais. Dans les semaines précédant le forum, les jeunes ont pu travailler et réfléchir en compagnie de leurs agents de pastorale jeunesse et d’aumôniers afin d’approfondir la Lettre aux jeunes du pape François (janvier 2017) dans laquelle il annonçait la tenue d’un synode des évêques sur « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Plusieurs de ces jeunes ont étudié le Document préparatoire au synode pour mieux participer à ce forum.

Dans sa Lettre aux jeunes publiée plus tôt cette année ainsi que dans une allocution entraînante dédiée aux jeunes à Rome le dimanche des Rameaux 2017, le Saint-Père a clairement exprimé qu’il désire ardemment entendre la voix de tous les jeunes adultes, incluant les catholiques, les athées et agnostiques et tous ceux qui sont loin de l’Église.

« Toute jeune personne a quelque chose à dire aux autres, a quelque chose à dire aux adultes, aux prêtres, aux religieux, aux évêques et au Pape ».

Dans son message très énergique adressé aux jeunes Canadiens durant le forum, le pape François a louangé « les merveilles de la technologie qui, si elles sont utilisées positivement, nous donnent l’occasion de rencontrer et d’échanger d’une façon impensable encore récemment.

Le Saint-Père encourage les jeunes du Canada à être des « artisans de relations basées sur la confiance, le partage et l’ouverture et cela, jusqu’aux confins du monde. N’érigez pas des murs de division, n’érigez pas des mûrs de division! Construisez plutôt des ponts comme vous le faites en ce moment par cet échange extraordinaire qui vous réunit d’un océan à l’autre. Vous vivez un moment d’intense préparation pour le prochain synode –le synode des évêques qui vous concerne d’une manière particulière, car il veut impliquer toute la communauté chrétienne. »

Tout au long des 90 minutes de cette émission, les jeunes de chaque partie du Canada ont offert des réflexions, posé des questions et partagé leurs espoirs pour le Synode 2018 sous la responsabilité du Cardinal Farrell et du pape François. Dans chacune des villes, un jeune producteur de la Télévision Sel et Lumière a facilité les échanges et permis un réel dialogue avec l’audience et le cardinal Farrell à Toronto. La délégation de Québec a pu profiter de la présence du Cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec et Primat de l’Église au Canada.

« C’est votre moment, c’est votre temps » a affirmé le cardinal Kevin Farrell aux participants du forum canadien. « L’Église entière vous dit, le Pape vous dit : Ne laissez pas le monde vous contrôler, vous êtes aux commandes du monde ».

Lorsqu’il s’agit d’évangéliser, le cardinal Farrell a dit aux jeunes qu’ils devraient considérer aller eux-mêmes à la rencontre de leurs pairs, d’être présents sur les médias sociaux et de les considérer comme un lieu où ils sont beaucoup plus efficaces que leurs « aînés » dans l’Église.

« Si saint Paul était encore avec nous aujourd’hui, où serait-il ? Il serait un expert des 140 caractères de twitter! Et c’est là que vous devez être » a-t-il affirmé.

Le Saint-Père veut que vous changiez le monde » a-t-il poursuivi. « Faites une différence. Ne laissez pas le monde vous contrôler, ne le laissez pas vous tirer vers le bas. Mais dites-nous comment nous pouvons vous aider à l’améliorer et le rendre meilleur ».

Le cardinal Farrell a également rappelé à la jeunesse de partout au Canada que le Synode des évêques de 2018 est une extension des deux synodes de 2014 et 2015. Durant ces rencontres, les évêques du monde entier ont réfléchi sur les défis auxquels font face les familles modernes. Ces discussions ont mené à la publication de l’Exhortation apostolique « Amoris Laetitia », un document qui presse les prêtres et les ministres à réfléchir sur les moyens de mieux aider les familles.

Diffusée ce dimanche soir 22 octobre 2017 à 19h30 et 23h30 HE/ 16h30 et 20h30 HP sur les ondes de la Télévision canadienne Sel et Lumière, cette émission sera également en livestream sur notre site internet. L’émission sera également diffusée dans sa version française à 21h00 et 1h00.

Le message du Saint-Père au Canada sera également disponible dimanche soir dès 19h30 HE. Pour plus d’information, visitez la page web dédiée à la couverture complète de ce forum jeunesse 2017 au http://seletlumieretv.org/jfdforum2017/.

Forum Canada 2017: Jeunes, foi et discernement
Avec la participation du Cardinal Kevin Farrell,
le pape François et la jeunesse canadienne.
Dimanche 22 octobre 2017
21h00 et 1h00 HE (français)
19h30 et 23h30 HE (anglais)
http://seletlumieretv.org/jfdforum2017/

anglais: https://saltandlighttv.org/ypfdforum2017/

Père Thomas Rosica, c.s.b.
PDG, Fondation catholique Sel et Lumière média
16 Octobre, 2017

Une Église au service de la jeunesse

CNS/Reuters

Depuis quelques semaines déjà, nous avons amorcé une lecture approfondie du document préparatoire au Synode des évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel». Je vous propose de parcourir, aujourd’hui, l’aspect vocationnel du document en soulignant, non seulement, les raisons du souci de l’Église pour la cause des jeunes mais également les intuitions qui la portent à aller à leur rencontre et à les accompagner dans leur cheminement.

Une préoccupation humaine et divine

Il est évident que la première préoccupation de l’Église soit celle de Dieu Lui-même désirant une communion nouvelle avec l’humanité ! En effet, en nous donnant son Fils unique, « pierre angulaire » et « Époux de l’Église », Dieu a voulu que l’humanité renoue avec sa vocation originelle à l’Amour et au don de soi. L’Église ne peut donc pas seulement « attendre que jeunesse se passe ». Elle doit y être plongée et se faire jeune avec les jeunes.

Cette préoccupation de la jeunesse, l’Église la vit également du point de vue humain. Comment ne pas être à l’écoute des difficultés que traversent les jeunes d’aujourd’hui ? Comment rester insensible à leur réalité c’est-à-dire à « leurs joies et leurs espoirs, leurs tristesses et leurs angoisses » ! À l’image du cœur de Jésus, l’Église cherche les différentes voies qui l’aideront à être solidaire de la jeunesse.

Un potentiel surprenant à découvrir

Pour aller à la rencontre des jeunes, le Peuple de Dieu dans son ensemble, doit avoir la conviction de l’action invisible de l’Esprit qui prépare les cœurs. Nous ne devons pas trop nous conforter dans nos propres plans et stratégies qui mettent souvent des obstacles à ce Dieu « qui surprend ». Enfin, nous devons prendre garde à ni sous-estimer la force des vérités révélées ni sous-estimer l’intelligence des jeunes qui nous sont confiés. ; ce que nous faisons souvent lorsque nous essayons, par souci d’adaptation immodéré, de diluer le message pour le rendre accessible.

Au contraire, suivant une pédagogie similaire à celle de Dieu dans l’Ancien Testament, l’Église doit aider les jeunes à découvrir les dons mais également la flamme qui demeure en eux qu’ils doivent allumer et alimenter tout au long de leur vie. Cette flamme, c’est la vie divine qui ne demande qu’à grandir et, ce, à une vitesse souvent encore plus rapide que la croissance physique !

Accompagner pour mieux aimer

Pour ce faire, tous les membres de l’Église doivent se mettre à la tâche en acceptant que cet accompagnement qui est dû aux jeunes soit un apprentissage d’une « liberté humaine authentique ». Nous devons donc manifester l’urgence des choix qui doivent être faits durant cette étape de la vie, sans toutefois choisir à leur place. Cette logique de l’accompagnement, le document nous la présente dans une perspective magnifique :

« L’Esprit parle et agit à travers les événements de la vie de chacun, mais les événements par eux-mêmes sont muets ou ambigus, dans la mesure où on peut leur donner des interprétations diverses. Éclairer leur signification en vue d’une décision requiert un itinéraire de discernement. Les trois verbes qui le décrivent dans Evangelii gaudium, 51 – reconnaître, interpréter et choisir – peuvent nous aider à définir un itinéraire adapté tant aux individus qu’aux groupes et communautés, en sachant que, dans la pratique, les frontières entre les diverses phases ne sont jamais aussi nettes. »

Ce chemin vers le synode d’octobre prochain ne fera qu’intensifier les discussions sur ce thème de la jeunesse et du discernement vocationnel. Cette réflexion préparatoire peut être perçue comme un chemin personnel de conversion aux besoins de plus en plus urgents d’une jeunesse qui parfois souffre de la pauvreté la plus grave qui soit, le vide existentiel. Ainsi, parce qu’aimer implique le désir que chaque personne accomplisse son plein potentiel et sa vocation au don total d’elle-même, nous devons, avec le pape François, nous mettre à l’écoute de cette jeunesse qui, bien qu’elle refuse souvent de l’admettre, désire ardemment que l’on s’occupe d’elle.

L’Église et les jeunes: un discernement à double sens

CNS photo/Max Rossi, Reuters

Il y a quelques semaines, le Secrétariat de la 15e Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques publiait un document préparatoire ainsi qu’un questionnaire sur le thème « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » pour les diocèses du monde entier. Suivant la même méthodologie que les précédents synodes sur la famille, ce document a pour but d’amorcer la réflexion en vue des discussions qui auront lieu à Rome en octobre prochain. Ce texte subdivisé en trois parties manifeste non seulement la richesse doctrinale, humaine et pastorale qui fait de l’Église, selon les mots du bienheureux Paul VI, une « experte en humanité » (no 13) mais également sa volonté d’inclure les jeunes dans cette démarche de réflexion qui vise à mieux les accompagner dans leur processus de discernement vocationnel. Ainsi donc, la conversion demandée à toute l’Église est déjà mise en pratique dans le processus même du synode !

À chacun sa vocation

Tout être humain a une vocation, c’est-à-dire un appel à l’amour qui prend « une forme concrète dans la vie quotidienne à travers une série de choix, qui allie état de vie (mariage, ministère ordonné, vie consacrée, etc.), profession, modalité d’engagement social et politique, style de vie, gestion du temps et de l’argent, etc. » (Intro). L’Homme étant un être social, il ne pourra découvrir le sens de sa vie que par l’entremise d’autres personnes qui l’aideront à déployer son plein potentiel tout au long de sa vie. La qualité de ce « parcours “ réflexif ” » (no3) dépendra donc énormément du milieu dans lequel les jeunes évoluent, d’où l’importance d’une approche adaptée à notre monde et à leur destinée intemporelle.

Un double discernement

Pour être en mesure d’aider les jeunes à grandir, à gagner en maturité et à faire les choix qui s’imposent dans tout discernement vocationnel, l’Église doit se mettre à leur portée dans un processus d’accompagnement qui tient compte du monde dans lequel ces jeunes vivent. Pour ce faire, une réflexion profonde sur les grandes dynamiques actuelles qui sont également opportunités et défis doit avoir lieu.

L’une des constatations du document est que la jeunesse ne représente pas un bloc monolithique. Nous avons affaire à « une pluralité de mondes des jeunes (no 1), ce qui demande une attention particulière aux subtilités culturelles, économiques, sociales, politiques, artistiques et j’en passe. Loin de vouloir faire une analyse exhaustive de ces différences, le document cherche à souligner quelques grands courants qui influencent les jeunes de toute société.

Par exemple, on souligne cette énergie de la jeunesse à vouloir s’impliquer, « sa disponibilité à participer et à se mobiliser pour des actions concrètes, où l’apport personnel de chacun peut être une occasion de reconnaissance identitaire ». Elle pourra trouver en l’Église le catalyseur de cette volonté d’engagement total tout en la préservant des différentes dérives de notre temps, qu’elles soient consuméristes ou idéologiques.

Cependant, l’Église doit se départir des attitudes qui pourraient infantiliser les jeunes et les porter à cette « insatisfaction envers des milieux où les jeunes ressentent, à tort ou à raison, qu’ils ne trouvent pas leur place ou dont ils ne reçoivent pas de stimuli ». Ainsi, une transformation missionnaire « d’une Église qui accompagne » (Evangelii Gaudium, no 24) les jeunes dans leur discernement lui permettra également d’exercer un examen de conscience sur ses propres pratiques. En ce sens, lorsque le Pape affirme : « Je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités. », cela signifie aussi donner des responsabilités aux jeunes sachant que, comme tout le monde, ils feront des erreurs mais qu’au bout du compte, ils seront à la hauteur des responsabilités que nous leur confierons.

La semaine prochaine, nous continuerons l’analyse de ce document important sur le processus de transformation missionnaire de l’Église tel que voulu par le pape François.

 

Église en sortie 27 mai 2016

Cette semaine à Église en sortie, nous vous présentons une entrevue avec Mgr Raymond Poisson, évêque de Joliette et membre de la Commission Justice & Paix de la Conférence des évêques catholiques du Canada. Il nous parle des relations de l’Église catholique avec les autochtones. Nous nous rendons à la Marche Nationale pour la vie 2016 à Ottawa, le 12 mai dernier. Enfin, dans la troisième partie de l’émission nous nous entretenons avec Charles Le Bourgeois qui nous parle de son expérience à l’intérieur des deux synodes sur la famille au Vatican ainsi que de sa série documentaire « Charité Sans Frontières ».

Église en sortie 20 mai 2016

Cette semaine à Église en sortie, nous vous présentons une entrevue avec Sr. Marie-Paule Sansfaçon et Sr. Nicole Joly qui nous présente la revue « Le Précurseur » ainsi que leur communauté : Les sœurs Missionnaires de l’Immaculée Conception. Dans la deuxième partie, nous assistons à la conférence de presse du diocèse de Québec suite à la publication de l’exhortation apostolique post-synodale « Amoris Laetitia ». Enfin, ans la dernière partie nous rencontrons l’abbé Jean-Philippe Auger, prêtre de l’archidiocèse de Québec et auteur du livre « Comment Jésus a coaché douze personnes ordinaires pour en faire des leaders extraordinaires ».

Commentaire du père Thomas Rosica, c.s.b. sur l’Exhortation Apostolique « Amoris Laetitia »

« Après avoir participé de manière officielle aux Synodes de 2014 et de 2015, l’Exhortation Apostolique est un portrait juste de ce qui a été étudié et discuté au cours des deux Synodes. L’exhortation nous saisit grâce à son étendue et au soin apporté au détail. Amoris Laetitia (La joie de l’amour) est un document pastoral riche et audacieux qui reflète la vision positive et encourageante du pape François pour l’Église. Bien ancré dans la tradition catholique, ce document majeur offre à l’Église et au monde des exemples concrets de la beauté de la vie de famille, malgré les nombreux défis qui se présentent à elle. Ceux qui liront le document seront agréablement surpris de voir à quel point il est précis, concret et personnel. Nous avons un Pape qui a un cœur profondément pastoral et qui s’insère dans la réalité quotidienne de la vie familiale.

Le pape François nous avertit que « tous les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions magistérielles ». En effet, dans certaines situations, dans « chaque pays ou région, peuvent être cherchées des solutions plus inculturées, attentives  aux traditions et aux défis locaux. Car ‘les cultures sont très diverses entre elles et chaque principe général […] a besoin d’être inculturé, s’il veut être observé et appliqué’ » (AL, 3).

Dans le dernier paragraphe de l’Exhortation, le Pape affirme : « aucune famille n’est une réalité céleste et constituée une fois pour toutes, mais la famille exige une maturation progressive de sa capacité d’aimer […] Tous, nous sommes appelés à maintenir vive la tension vers un au-delà de nous-mêmes et de nos limites, et chaque famille doit vivre dans cette stimulation constante. Cheminons, familles, continuons à marcher ! » L’Exhortation est positive, remplie d’espérance, réaliste, encourageante, inspirante et édifiante. Quel grand cadeau pour nous pendant ce Jubilé de la miséricorde. »

Père Thomas Rosica, c.s.b.
Président-directeur général, Fondation catholique Sel et Lumière média Canada
Assistant langue anglaise, Salle de Presse du Saint-Siège

La révolution de la normalité

Réflexion du père Thomas Rosica c.s.b. pour le troisième anniversaire de l’élection du pape François (Traduit de l’anglais par Francis Denis)

Ce dimanche 13 mars 2016 marque le troisième anniversaire de l’élection du Cardinal Jorge Mario Bergoglio comme évêque de Rome. Après son élection, dans la chapelle Sixtine il y a déjà trois ans, il prit le nom de François en l’honneur de Saint François d’Assise qu’il aime tant. Durant ces trois années, plusieurs observateurs ont associé le nouveau Pape, à cause de ses gestes et de ses actions, au « poverello » au petit pauvre d’Assise, celui qui est peut-être le saint le plus aimé dans la tradition catholique. En effet, c’est en une journée de fin du 12e siècle que le jeune Giovanni di Pietro di Bernardone (que l’on nommera plus tard « François ») a entendu la plainte de Jésus « Vas et rebâtis mon Église » depuis le crucifix de la chapelle abandonnée de Saint Damien dans les faubourgs d’Assise. C’est certainement ce qu’il fit durant toute sa vie et ensuite par l’entremise de l’immense famille franciscaine qu’il a laissée derrière lui afin de perpétuer son rêve et de continuer l’œuvre qu’il avait entreprise.

Nous pouvons facilement nous laisser captiver par les nombreuses images accrocheuses, le buzz médiatique, les photos touchantes ou les belles expressions du pape François reprises régulièrement. Par exemple, plusieurs ont été surpris par l’abandon des chaussures rouges qui, soit dit en passant, ne furent jamais un vêtement officiel des Souverains pontifes! On est émerveillés de voir un Pape qui s’habille modestement, qui paie ses propres factures, qui se déplace dans la cité du Vatican dans une Ford Focus ou bien dans une petite voiture lorsqu’il est à l’extérieur. On est heureux de voir un Pape qui invite les gens de la rue à son déjeuner d’anniversaire et qui demande à son chauffeur d’arrêter devant le mur entre Jérusalem et Bethléem afin de pouvoir prier devant une preuve flagrante de divisions et de douleurs. On est enchantés de voir un Pape inviter des clercs musulmans à faire un bout de chemin avec lui dans la papemobile en République Centrafricaine, pays déchiré par la guerre. Avec les années, ce pontife romain est devenu spécialiste non seulement des embrassades de bébés mais également des malades, des corps défigurés et des rejetés de nos sociétés. Il sait comment utiliser un téléphone et il l’utilise souvent. Il attend en ligne pour retrouver son manteau dans le hall du Synode au Vatican et se réjouit de passer beaucoup de temps avec les journalistes dans l’avion lors de ses nombreux voyages alors que nombre d’évêques retiennent leur souffle à chacune de ces rencontres devenues légendaires. Il a restauré le Synode des évêques en lui redonnant la place qui lui revient c’est-à-dire en faisant des ces rencontres des lieux de libre expression, de prises de parole courageuses, franches et ouvertes plutôt que des prestations arrangées d’avance pour manifester une pseudo concorde.

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Plusieurs se disent intérieurement et en souriant : « Quel changement! », « Quelle révolution! » « Quelle simplicité! », « Wow », « Enfin !». Cependant, plusieurs observateurs sont sous le choc et ressentent de l’angoisse se demandant : « Que fait-il donc? », « Comment peut-il continuer à ce rythme ? », « Ne se rappelle-t-il pas qu’il est le Vicaire du Christ? ».

« Est-ce que la Réforme de François sera un succès? ». La réponse est oui. La réforme de François est inévitable parce qu’elle n’émane ni d’Assise, ni de Loyola, ni de Mansera ou même de Rome, aussi importants que soient ces saints lieux! Elle est fondée sur la grande histoire venue d’ailleurs et qui s’est tenue à Bethléem, à Nazareth, à Naïm, à Emmaus, au Mont Tabor, en Galilée, à Jérusalem la décapole, les terres de la Bible. Le pape François a fondé son ministère pétrinien sur l’Évangile du charpentier et qui était Fils de Dieu et Seigneur, Sauveur et Rédempteur de la famille humaine.

Le pape François veut que nous soyons chaleureux, accueillants et prompts à pardonner comme Jésus nous en a donné l’exemple dans chaque page du Nouveau Testament. Jour après jour, il nous rappelle que nous avons un Maître et Seigneur qui partage la joie des épouses de Cana, de Galilée ainsi que les angoisses de la veuve de Naïm, que nous avons un Maître et Seigneur qui entre dans la maison de Jaïre, touchée par la mort, la maison de Béthanie, parfumée de nard. Un Maître qui a pris sur lui la maladie et les souffrances au point de donner sa vie en rançon pour la multitude.

Suivre le Christ signifie aller dans la même direction que lui, prendre en charge, comme le bon samaritain, le blessé que nous rencontrons sur la route, aller à la recherche de la brebis égarée. Comme Jésus, être près des gens, partager leurs joies et leurs peines, manifester par notre amour le visage paternel de Dieu ainsi que la caresse maternelle de l’Église. François veut que nous mangions avec les pécheurs et les collecteurs d’impôts. Il veut que nous pardonnions à la femme adultère (tout en l’invitant à ne plus pécher). Il veut que nous accueillions et respections les étrangers (même nos ennemis). Et, par-dessus tout, il ne veut pas que nous jugions les autres. Le pape François a parlé bellement et fortement de retrouver l’unité perdue. Il veut que nous construisions des ponts que tous pourront traverser. Il est spécialement conscient du sort réservé aux pauvres et à ceux qui sont marginalisés, ceux que l’on garde dans les périphéries de la société. Il a parlé fortement de la crise des réfugiés et déploré le mal que sont l’avortement et l’euthanasie. Il demande une éthique de la vie cohérente avec un respect de son intégrité, depuis la conception jusqu’à la mort naturelle.

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(CNS photo/Paul Haring)

Au tout début de son ministère pétrinien, il a dit fortement et clairement sur la Place Saint-Pierre : « Un peu de miséricorde fait du monde un endroit moins froid et plus juste. Nous devons comprendre correctement la miséricorde de Dieu, ce Père miséricordieux qui est si patient » (Angelus, 17 Mars 2013). Depuis ce jour, son cri de ralliement est « miséricorde ». Juste avant le début du Carême de cette année, le pape François a écrit un livre personnel ayant pour titre « Le Nom de Dieu est Miséricorde » qui fut publié simultanément à travers le monde. Le thème principal de ce livre est la miséricorde ainsi que les raisons pour lesquelles il a décidé de proclamer l’ouverture d’une Sainte Année de la Miséricorde. La miséricorde est le message le plus important de Jésus. La miséricorde est essentielle parce que nous sommes tous pécheurs. Nous avons tous besoin du pardon de Dieu et de sa grâce, spécialement aujourd’hui, en ce temps où « l’humanité est blessée » et où elle souffre « de tous les esclavages de ce troisième millénaire », pas seulement des guerres, de la pauvreté et de l’exclusion sociale mais aussi du fatalisme, de la dureté du cœur et de la droiture autoproclamée. [Read more…]

Le terrain c’est le monde: Évangéliser dans le monde séculier

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Vous trouverez ci-dessous le texte intégral le discours complet du père Thomas Rosica c.s.b. lors du Symposium théologique du Congrès Eucharistique International 2016 à Cebu aux Philippines le 22 janvier 2016. © Traduction de Sel et Lumière, Francis Denis :

Éminences,
Excellences,
Chers frères et sœurs dans le Christ,

Merci beaucoup pour ce privilège que vous me faites de pouvoir m’adresser à vous lors de ce Symposium théologique du 51e Congrès Eucharistique International à Cebu aux Philippines. Vous m’avez invité à réfléchir sur le thème de « L’évangélisation dans le monde séculier ». C’est un sujet qui me tient à cœur et qui est au centre de mon ministère des 30 dernières années. Parce que je suis un étudiant, un enseignant et un amoureux des Saintes Écritures, j’aimerais vous présenter ce sujet à travers la perspective du Nouveau Testament. Perspective qui m’a procuré la vision, l’énergie, le dynamisme et l’imagerie nécessaire à mon ministère durant toutes ces années.

Pourquoi l’évangélisation est-elle un défi aujourd’hui ? Pourquoi rencontrons-nous une si grande ignorance et de l’indifférence face au message de Jésus-Christ? Pourquoi Dieu est-Il marginalisé dans tant de nos sociétés et de nos cultures respectives? Nous nous demandons parfois comment se fait-il que nos histoires ou notre ministère ne suscitent pas plus de réactions ? Pourquoi les jeunes sont-ils si peu intéressés par ce que nous sommes et ce que nous faisons ? Ne vous êtes-vous jamais arrêtés à penser que peut-être une partie du problème est que nous ne racontons pas notre histoire de la bonne manière ou encore que nous ne la racontons pas, tout simplement? Voyons-nous nos vies comme la toile de fond de l’histoire du salut et de l’histoire biblique? Comment pouvons-nous redécouvrir le trésor et le dynamisme de la Parole de Dieu? Comment pouvons-nous annoncer la Parole de Dieu avec autorité, aujourd’hui? Si le pouvoir de Sa Parole dans l’Écriture Sainte doit être vécu dans la vie et la mission de l’Église, nous devons être vigilants et nous assurer qu’elle ait une place de choix dans nos vies.

Je crois qu’une grande partie des difficultés dont nous faisons l’expérience dans nos efforts pour évangéliser est due à l’ignorance des Écritures. J’aimerais citer Saint Jérôme, père et docteur de l’Église qui affirmait que « L’ignorance de l’Écriture est l’ignorance du Christ ». Cette ignorance, ou analphabétisme biblique, est directement reliée à nos efforts pour évangéliser la culture autour de nous. Comment pouvons-nous faire en sorte que l’Écriture redevienne, une fois de plus, le cœur de nos efforts pour évangéliser notre monde d’aujourd’hui ? Comment le cœur de gens peut-il être enflammé par le Seigneur Ressuscité qui supplie toute personne d’ouvrir les textes contenant ses paroles afin qu’ils soient plus profondément touchés par elles?

À chaque fois que j’ai parlé d’évangélisation, j’ai senti plusieurs craintes chez beaucoup de catholiques. Des peurs qui peuvent faire obstacle à la transformation missionnaire de l’Église. Premièrement, voulant être « polis » et puis motivés par une fausse conception de l’œcuménisme et du dialogue inter religieux, certaines TR IEC2016 Symposium 4personnes refusent de proposer le Christ sous prétexte qu’ils imposeraient leur religion ou qu’une telle chose les mettrait sur une sorte de piédestal.

Deuxièmement, beaucoup de catholiques ont peur du mot même « d’évangélisation » parce qu’ils ont peur d’avoir à répondre à des questions auxquelles ils ne sont pas préparés. Surmonter cet obstacle signifie que nous devons en apprendre davantage sur le Christ, la Bible, les enseignements de l’Église, l’histoire ainsi que notre riche tradition.

Le troisième obstacle est la crise de l’analphabétisme biblique. En effet, évangéliser signifie répandre la Bonne Nouvelle de Jésus Christ telle qu’on la trouve dans le Nouveau Testament. Comment pouvons-nous annoncer cette Bonne Nouvelle si nos interlocuteurs ne connaissent ni notre vocabulaire, ni notre langage ni les images de cette même Bonne Nouvelle?

Ce point a fait l’objet de nombreuses interventions en 2008 au Vatican lors du Synode des évêques sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église. Ayant servi comme attaché de presse de langue anglaise lors de ce synode, je fus un témoin oculaire de cet événement ecclésial. Personne n’a mieux mis le doigt sur le problème que feu l’archevêque de Chicago le cardinal Francis George (o.m.i.). En effet, dans sa brève présentation, le Cardinal George a affirmé : « Derrière cette perte d’imagerie biblique se trouve une perte du sens et de l’image de Dieu comme Acteur de l’histoire humaine […] Dans l’Écriture, Dieu est à la fois l’Auteur et l’Acteur principal. Dans l’Écriture, nous rencontrons le Dieu vivant, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ […] Notre peuple, pour la plupart, ne vit et ne réfléchit plus selon les catégories bibliques de l’Esprit, des anges et des démons, de la recherche de la Volonté de Dieu et de ses intentions dans un monde dirigé, en définitive, par sa Providence. […] L’Écriture est classée dans les genres littéraires de la fantaisie et de la fiction et le monde de la Bible devient un embarras pour plusieurs ».

Je crois aussi que nous manquons de ce sentiment de l’urgence de notre mission ou plutôt que nous faisons trop souvent dans la nostalgie. Je vais expliquer ces points plus tard dans cette présentation.

Considérer Jésus

Je vous invite à considérer Jésus, l’évangélisateur par excellence qui nous offre une méthode qui a fait ses preuves en ce qui a trait à la vie et à la proclamation de la Bonne Nouvelle. Il était un maître et communicateur parfait. Il était le modèle pour tous ceux qui cherchent à communiquer la Bonne Nouvelle et à évangéliser la culture d’aujourd’hui. Jésus donnait d’importantes leçons en utilisant des paraboles. Par les paraboles, Jésus cherchait à révéler la vraie nature d’un Dieu aimant et bienveillant. Ces belles histoires portent le témoignage d’un Dieu qui entend les cris des pauvres et défend les veuves, les orphelins et les migrants. Le Dieu de la Bible souffre avec les gens. Dieu vient parmi nous comme un bébé vulnérable, parmi les sans abris. Il a vécu comme un immigrant et un réfugié en s’associant aux proscrits et il compare le Royaume à l’accueil d’un enfant. Ce Dieu est ensuite exécuté et enseveli dans une tombe. Le sens « caché » des paraboles rend la sagesse de Jésus inaccessible à tous ceux qui voudraient en faire une lecture littérale. Jésus utilisait des paraboles pour répondre aux questions brûlantes des disciples et des apôtres sur la présence de Dieu, sur leur vie avec lui et les défis et crises au travers desquelles ils auraient à passer à cause de son nom.

La parabole du semeur

Plusieurs passages de l’Évangile présentent Jésus proposant des histoires pour illustrer son message. Une de ces histoires est une remarquable étude de contrastes. C’est la parabole du semeur. Pour le peuple de Galilée proche de la terre, l’image du semeur que Jésus proposait leur était très familière. La parabole est surprenante à plusieurs égards. Dans un premier temps, elle présente un semeur peu soucieux de son travail, du moins en apparence. Il disperse les semences sans égard à l’endroit où elles tombent; même dans des endroits où elles n’ont aucune chance de pousser. La deuxième graine tombe sur une terre rocailleuse et, grandissant vite, elle meurt rapidement. La troisième graine tombe parmi les épines et voit sa vie submergée par une force supérieure. Finalement, la dernière semence tombe dans une bonne terre et produit du fruit dans des proportions étonnantes et imprévisibles. La récolte normale d’une bonne année peut apporter jusqu’à sept fois la mise, mais jamais trente ou soixante fois et encore moins cent fois! ReactorsLe potentiel d’une telle semence pour une vie surpasse de loin tout ce qu’on peut imaginer! Le rendement final est bouleversant! À la fin, la parabole dresse le portrait d’un semeur généreux et extravagant plutôt que fou et gaspilleur.

J’aimerais porter votre attention sur la parabole du semeur de l’évangile de Matthieu (Mt 12, 1-23). Dans l’explication de la parabole (Mt 1, 18-23), l’emphase est mise sur les différents types de sol sur lesquels la semence tombe. Par exemple, on parle de la disposition des personnes qui reçoivent l’enseignement de Jésus (cf. parallèle dans Marc 4, 14-20; Luc 8, 11-15). Les quatre types de récipients proposés représentent : 1) ceux qui n’acceptent jamais la parole de Dieu (Mt 13, 19); 2) ceux qui croient pour un temps mais tombent à cause des persécutions (13, 20-21); 3) ceux qui croient mais dont la foi est ébranlée par des préoccupations mondaines et la séduction des richesses (Mt, 13, 22); et 4) ceux qui répondent à la Parole et produisent du fruit en abondance (Mt 13, 23).

Matthieu incorpore pratiquement toute la version de la parabole de Marc mais y ajoute sa propre perspective. Il y a une phrase qui retient l’attention dans l’explication de la parabole chez Matthieu. Perplexes face à l’histoire de Jésus, les disciples demandent une explication de sa part. Jésus commence son explication en disant : « le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais. » (Mt 13,38). Dieu travaille dans le monde, pas uniquement dans l’Église. Le monde est un mélange de situations où le bien et le mal se côtoient mais la communauté ne peut s’isoler des mauvaises herbes. Une complète délivrance du mal viendra seulement avec la fin des temps lorsque, selon les mots de la parabole, les justes rayonneront « comme le soleil ». En attendant, la place de la communauté est précisément dans le monde, parmi le blé et les mauvaises herbes.

La communauté de Matthieu avait des problèmes d’identité au milieu des changements cataclysmiques qui s’abattaient alors, à la fois, sur la communauté judéo-chrétienne et sur le judaïsme palestinien à la veille de la révolte juive contre Rome qui a mené à sa destruction en l’an 70 après Jésus-Christ. Dans son Évangile, Matthieu écrit à une communauté judéo-chrétienne prise dans ce tsunami de l’histoire, anxieuse de garder le contact avec son lien identitaire aux racines historiques du judaïsme et tremblant devant un futur qui ne promettait que des changements substantiels voire même dévastateurs.

Dans l’Évangile de Matthieu, Jésus commence son ministère public en insistant sur le fait que sa mission s’oriente vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Mais Jésus anticipe ce revirement par un déplacement d’attention d’abord exclusivement porté sur Israël vers une mission incluant Juifs et gentils. On retrouve cela dans le corpus de l’évangile alors que Jésus rencontre des gentils qui, en un sens, s’immiscent de peine et de misère sur l’avant scène de l’Évangile ! Nous avons des avant goûts de cet élargissement de la mission dans le récit enchanteur de Noël où des mages qui lisent les étoiles se mettent à la recherche du Messie. Nous trouvons la même chose dans l’épisode du centurion romain de Capharnaüm qui supplie Jésus de guérir son serviteur et évoque, en une vision, la mission future de Jésus au-delà des frontières d’Israël. Comment pouvons-nous oublier l’épisode de la Cananéenne brisant la résistance de Jésus par ses insistantes demandes pour sa fille malade ou celui du démoniaque de Gadarene dont la situation critique touche Jésus lorsqu’il était sur la côte d’un territoire étranger à la Décapole. Dans cette histoire provocante, la vie rencontre la mort, enchaînée parmi les tombes.

L’Évangile de Matthieu nous rappelle que la terre à laquelle notre Dieu nous destine est le monde entier et pas seulement l’Église. L’Esprit est vivant dans le monde, au milieu du blé et des mauvaises herbes. Le drame biblique ne cesse de nous montrer que ce que nous considérons comme des événements « séculiers » et même les horreurs les plus déchirantes et les plus destructrices font avancer l’histoire et apportent le cadre de la révélation de Dieu. Le terrain c’est le monde. C’est ce que nous apprend l’étrange ensemble de toutes ces personnes qui sont aux périphéries c’est-à-dire à l’extérieur des périmètres de l’Israël biblique et qui font leur entrée dans l’arène de l’Évangile et deviennent une partie centrale de la mission de Jésus.

Comme le faisait remarquer mon collègue et mentor le père Donald Senior c.p. dans son essai : « Réflexion biblique sur le discernement sur qui nous sommes et où nous allons » :

« Israël ne s’est pas formée dans un espace stérilisé étanche à l’air mais a pris forme suite à des interactions avec les Cananéens et autres anciennes cultures moyennes orientales. Ces interactions avec ces cultures ont donné à Israël sa langue, sa culture, la plupart de ses symboles et rituel religieux, son architecture et sa forme de gouvernement. Les intuitions fondamentales et les symboles qui sont devenus le langage de la foi biblique sont nés au cœur de l’expérience historique d’Israël : le traumatisme de l’oppression, les aspirations à établir une structure politique unifiée et nationale, l’émergence d’une ville comme capitale et d’un sanctuaire central, la tragédie de l’échec et l’exil, l’espoir tenace d’une paix ultime et d’une sécurité ».

 Le père Senior poursuit : Ainsi, beaucoup de symboles religieux de Jésus, tirés de la forte tradition judaïque, sont des métaphores de rassemblement et de guérison, de réconciliation et de pardon, de renouveau et despoir inextinguible pendant de grandes souffrances. La brebis perdue doit être retrouvée, le pécheur et l’exclu doivent être amenés à l’intérieur, le brisé et le malade guéri, l’ennemi pardonné, le mort ressuscité et le Règne de Dieu annoncé et proche. Tout cela reflète le drame qui se déroule dans le monde et dans l’histoire où Jésus se trouvait en son temps.

 Le terrain c’est le monde, et le chemin qui s’ouvre devant nous et qui a été préparé par Dieu pour nous ne viendra pas uniquement si nous nous immergeons dans la tradition de l’Église et dans sa sagesse mais également en étant alertes face au monde et à son drame. Là où l’Esprit est également à l’œuvre. De fait, nous devons faire attention à ne pas être trop absorbés par la vie domestique de l’Église. Nous devons constamment nous tourner vers le monde et être à la bonne place face à la responsabilité qui nous incombe. Le terrain c’est le monde, non pas seulement l’objet de notre mission chrétienne dans l’histoire mais aussi comme catalyseur de l’Esprit qui éveille la conscience de l’Église elle-même. [Read more…]