Discours du Pape François lors de la rencontre avec les Autorités civiles et politiques du Panama

Vous trouverez ci-dessous le discours du Pape François tel que prononcé lors de la rencontre officielle avec le Président du Panama ainsi que les autorités civiles et politiques:

Monsieur le Président,
Distinguées Autorités,
Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie, Monsieur le Président, pour vos paroles de bienvenue et pour votre aimable invitation à venir visiter cette nation. Je désire saluer en votre personne et remercier tout le peuple panaméen qui, de Darien à Chiriqui et Bocas del Toro, a accompli des efforts sans mesure pour accueillir tant de jeunes provenant de toutes les parties du monde. Merci de nous ouvrir les portes de votre maison.

Je commence mon pèlerinage en ce lieu historique où Simon Bolivar, affirmant que « si le monde devait choisir une capitale, l’isthme de Panama serait désigné pour être cette auguste destination », appela les leaders de son temps pour forger le rêve de l’unification de la Grande Patrie. Appel qui nous aide à comprendre que nos peuples sont capables de créer, forger et surtout rêver une grande patrie qui sache et puisse héberger, respecter et embrasser la richesse multiculturelle de chaque peuple et culture. Suivant cette inspiration, nous pouvons contempler Panama comme une terre d’appel et de rêves.

1. Une terre d’appel
C’est ainsi que l’a présentée le Congrès Amphictyonique, et c’est aussi ce que fait voir aujourd’hui le débarquement de milliers de jeunes qui portent avec eux le désir et l’envie de se rencontrer et de célébrer.

Votre pays, par sa position privilégiée, est devenu une enclave stratégique non seulement pour la région mais aussi pour le monde entier. Pont entre les océans et terre naturelle de rencontres, Panama, le pays le plus étroit de tout le continent américain, est le symbole du développement durable qui naît de la capacité à créer des liens et des alliances. Cette capacité constitue le cœur du peuple panaméen.

Chacun de vous a un rôle particulier dans la construction de la nation et est appelé à veiller à ce que cette terre puisse accomplir sa vocation à être une terre d’appels et de rencontres ; cela implique la décision, l’engagement et le travail quotidien pour que tous les habitants de ce sol aient l’opportunité de se sentir acteurs de leur destin, de leurs familles et de toute la nation. Il est impossible de penser l’avenir d’une société sans la participation active – et non seulement théorique – de chacun de ses membres, en sorte que la dignité se voit reconnue et garantie par l’accès à une éducation de qualité et la promotion d’emplois dignes. Ces deux réalités possèdent la force d’aider à reconnaitre et valoriser le génie et le dynamisme créateur de ce peuple et, par ailleurs, elles sont le meilleur antidote à tout type de tutelle qui prétendrait réduire la liberté et soumettre ou supprimer la dignité civile, plus particulièrement celle des plus pauvres.

Le génie de ces terres est marqué par la richesse de ses peuples d’origine : bribi, buglé, embera, kuna, nasoteribe, ngäbe et waunana, qui ont tant à dire et à rappeler à partir de leurs cultures et de leur vision du monde : je leur adresse mes salutations et ma gratitude. Etre terre d’appel suppose de célébrer, reconnaître et écouter ce qu’il y a de particulier en chacun de ces peuples et chez tous les hommes et les femmes qui constituent le visage panaméen, et c’est oser tisser un avenir d’espérance ; car c’est seulement si on est capable de défendre le bien commun par-dessus les intérêts de quelques- uns ou pour quelques-uns qu’existe la ferme décision de partager avec justice ses biens.

Les nouvelles générations, par leur joie et leur enthousiasme, par leur liberté, leur sensibilité et leur capacité critique demandent aux adultes, mais spécialement à tous ceux qui ont un leadership dans la vie publique, de mener une vie conforme à la dignité et à l’autorité qu’ils revêtent et qui leur a été confiées. C’est une invitation à vivre avec rigueur et transparence dans la responsabilité concrète pour les autres et pour le monde ; mener une vie qui montre que la fonction publique est synonyme d’honnêteté et de justice, et antinomique avec toute forme de corruption. Ils réclament un engagement où tous – à commencer par ceux que nous appelons chrétiens – nous ayons l’audace de construire « une politique authentiquement humaine » (Const. past. Gaudium et spes, n. 73) qui mette la personne au centre comme le cœur de tout, lequel pousse à créer une culture de plus grande transparence chez les pouvoirs publics, le secteur privé et toute la population, comme le demande cette belle prière que vous avez pour la patrie : « Donne-nous le pain de chaque jour : que nous puissions le manger chacun dans sa maison et avec une santé digne d’êtres humains ».

2. Terre de rêves
Ces jours-ci, Panama ne va pas être rappelé seulement comme centre régional et point stratégique pour le commerce et le passage de personnes ; elle va se changer en un “hub” de l’espérance. Point de rencontre où des jeunes provenant des cinq continents, remplis de rêves et d’espérances, vont célébrer, se rencontrer, prier et raviver le désir et leur engagement pour créer un monde plus humain. Ils vont mettre au défi les regards myopes à court terme qui, tentés par la résignation, l’avidité, ou prisonniers du paradigme technocratique, croient que le seul chemin possible passe par « le jeu de la compétitivité, [de la spéculation] et de la loi du plus fort, où le puissant mange le plus faible » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 53), fermant le lendemain à une nouvelle imagination de l’humanité. En accueillant les rêves de ces jeunes, Panama devient une terre de rêves qui défie beaucoup de certitudes de notre époque et génère des horizons de vie qui indiquent une nouvelle manière de marcher avec un regard respectueux et plein de compassion sur les autres. Durant ce temps nous serons témoins de l’ouverture de nouveaux canaux de communication et de compréhension, de solidarité, de créativité et d’aide mutuelle ; des canaux à dimension humaine qui stimulent l’engagement et rompent l’anonymat et l’isolement en vue d’une nouvelle manière de construire l’histoire.

Un autre monde est possible, nous le savons et les jeunes nous invitent à nous impliquer dans sa construction pour que les rêves ne tombent pas dans l’éphémère ou l’éthéré, mais pour qu’ils stimulent un pacte social dans lequel tous puissent avoir l’opportunité de rêver un lendemain : le droit à l’avenir est aussi un droit humain.

Les paroles de Ricardo Miró, chantant le terroir de ses amours, semblent prendre corps dans cet horizon ; il disait : « Pourquoi en te voyant, Patrie, on disait / que la volonté divine t’a formée / parce que sous le soleil qui t’éclaire / l’Humanité entière se réunira » (Patria de mis amores).

Je vous renouvelle mes remerciements pour tous ce que vous avez fait pour que cette rencontre soit possible, et je vous exprime, Monsieur le Président, à toutes les personnes ici présentes et à celles qui suivent à travers les moyens de communication, mes vœux les meilleurs d’une espérance renouvelée de joie dans le service du bien commun.
Que Santa Maria La Antigua bénisse et protège le Panama. [00111-FR.01] [Texte original: Espagnol]

Message du pape François pour la Journée mondiale des Communications sociales 2019

Vous trouverez ci-dessous le Message du Pape François pour la 53e Journée Mondiale des Communications sociale et qui sera célébré cette année lors de la Solennité de l’Ascension de notre Seigneur le 2 juin 2019. Chaque année, le Vatican publie son message en la mémoire de saint François de Sales, patron des journalistes, le 24 janvier.

«Nous sommes membres les uns des autres» (Ép. 4,25).
Des communautés de réseaux sociaux à la communauté humaine

Chers frères et sœurs,
depuis l’avènement de l’Internet, l’Église a toujours cherché à en promouvoir l’utilisation au service de la rencontre entre les personnes et de la solidarité entre tous. Avec ce Message, je voudrais vous inviter une fois de plus à réfléchir sur le fondement et l’importance de notre être-en- relation et à redécouvrir, dans l’immensité des défis du contexte actuel de la communication, le désir de l’homme qui ne veut pas rester dans sa solitude.

Les métaphores du “réseau” et de la “communauté”

L’environnement des médias est aujourd’hui tellement envahissant qu’on ne peut le distinguer de la sphère de la vie quotidienne. Le réseau est un atout de notre temps. C’est une source de connaissances et de relations naguère impensables. De nombreux experts, cependant, à propos des transformations profondes imprimées par la technologie aux logiques de production, de circulation et d’utilisation des contenus, soulignent également les risques qui menacent la recherche et le partage d’une information authentique à l’échelle globale. Si l’Internet représente une possibilité extraordinaire d’accès au savoir, il est également vrai qu’il s’est avéré l’un des lieux les plus exposés à la désinformation et à la distorsion consciente et ciblée des faits et des relations interpersonnelles, qui souvent prennent la forme de discrédit.

Il faut reconnaître que les réseaux sociaux, s’ils servent d’une part à nous relier davantage, à nous permettre de nous retrouver et de nous entraider, de l’autre ils se prêtent aussi à une manipulation de données personnelles, visant à obtenir des avantages politiques ou économiques, sans le respect dû à la personne et à ses droits. Parmi les plus jeunes, les statistiques révèlent qu’un sur quatre est mêlé à des épisodes de cyber-harcèlement. [1]

Dans la complexité de ce contexte, il peut être utile de réfléchir à nouveau sur la métaphore du réseau mis initialement à la base de l’Internet, pour en redécouvrir le potentiel positif. L’image du réseau nous invite à réfléchir sur la multiplicité des parcours et des nœuds qui en assurent la solidité, en l’absence d’un centre, d’une structure hiérarchique, d’une organisation de type vertical. Le réseau fonctionne grâce à la coparticipation de tous les éléments.

Ramenée à la dimension anthropologique, la métaphore du réseau rappelle une autre figure riche de significations: celle de la communauté. Une communauté est d’autant plus forte qu’elle est cohésive et solidaire, animée par des sentiments de confiance et poursuivant des objectifs partagés. La communauté comme réseau solidaire requiert l’écoute mutuelle et le dialogue, basé sur l’utilisation responsable du langage.

Il est évident pour tous que, dans le contexte actuel, la communauté des réseaux sociauxn’est pas automatiquement synonyme de communauté. Dans le meilleur des cas, les communautésréussissent à montrer cohésion et solidarité, mais elles ne restent souvent que des agrégats d’individus qui se reconnaissent autour d’intérêts ou d’arguments caractérisés par des liens faibles. En outre, dans le Web social trop souvent l’identité est basée sur l’opposition à l’autre, à l’étranger au groupe: on se définit à partir de ce qui divise plutôt que de ce qui unit, laissant cours à la suspicion et à l’explosion de toute sorte de préjugés (ethniques, sexuels, religieux et autres). Cette tendance alimente des groupes qui excluent l’hétérogénéité, qui nourrissent, également dans l’environnement numérique, un individualisme effréné qui finit parfois par fomenter des spirales de haine. Ce qui devrait être une fenêtre sur le monde devient ainsi une vitrine dans laquelle exhiber le propre narcissisme.

Le réseau est une occasion pour promouvoir la rencontre avec les autres, mais il peut également renforcer notre auto-isolement, telle une toile d’araignée susceptible de piéger. Les enfants se trouvent les plus exposés à l’illusion que le Web social puisse pleinement les satisfaire au plan relationnel, jusqu’au phénomène dangereux des jeunes « ermites sociaux » qui courent le risque de se rendre complètement étranger à la société. Cette dynamique dramatique révèle une faille sérieuse dans le tissu relationnel de la société, une lacération que nous ne pouvons ignorer.

Cette réalité multidimensionnelle et insidieuse pose diverses questions de caractère éthique, sociale, juridique, politique, économique, et interpelle aussi l’Église. Tandis que les gouvernements cherchent des voies de réglementation légale pour sauver la vision originelle d’un réseau libre, ouvert et sécurisé, nous avons tous la possibilité et la responsabilité d’en favoriser une utilisation positive.

Il est clair qu’il ne suffit pas de multiplier les connexions pour faire augmenter également la compréhension mutuelle. Comment retrouver, par conséquent, la vraie identité communautaire en ayant conscience de la responsabilité que nous avons les uns envers les autres aussi sur le réseau en ligne ?

“Nous sommes membres les uns des autres”

Une réponse possible peut être esquissée à partir d’une troisième métaphore, celle du corps et des membres, que Saint Paul utilise pour parler de la relation de réciprocité entre les personnes, fondée dans un organisme qui les unit. « Débarrassez-vous donc du mensonge, et dites la vérité, chacun à son prochain, parce que nous sommes membres les uns des autres. » (Ep 4,25). Être membres les uns des autres est la motivation profonde avec laquelle l’Apôtre exhorte à se débarrasser du mensonge et à dire la vérité: l’obligation de garder la vérité découle de la nécessité de ne pas nier la relation réciproque de la communion. La vérité, en fait, se révèle dans la communion. Le mensonge au contraire est un refus égoïste de reconnaître la propre appartenance au corps; c’est le refus de se donner aux autres, perdant ainsi la seule voie de se retrouver soi-même.

La métaphore du corps et des membres nous amène à réfléchir sur notre identité, qui est basée sur la communion et sur l’altérité. Comme chrétiens, nous nous reconnaissons tous membres de l’unique corps dont le Christ est la tête. Cela nous aide à ne pas voir les personnes comme des concurrents potentiels, mais à considérer même les ennemis comme des personnes. Il n’y a plus besoin de l’adversaire pour se définir soi-même, parce que le regard d’inclusion que nous apprenons du Christ nous fait découvrir l’altérité d’une nouvelle manière, comme partie intégrante et condition de la relation et de la proximité.

Une telle capacité de compréhension et de communication entre les personnes humaines a son fondement dans la communion de l’amour entre les Personnes divines. Dieu n’est pas Solitude, mais Communion; Dieu est Amour, et donc communication, parce que l’amour communique toujours, et bien plus se communique soi-même pour rencontrer l’autre. Pour communiquer avec nous et pour se communiquer à nous Dieu s’adapte à notre langage, établissant dans l’histoire un véritable dialogue avec l’humanité (cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Dei Verbum, 2).

En vertu de notre être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu qui est communion et communication-de-soi, nous portons toujours dans le cœur la nostalgie de vivre en communion, d’appartenir à une communauté. « Rien, en fait – affirme Saint Basile –, n’est plus conforme à notre nature que de nous fréquenter mutuellement, d’avoir besoin les uns des autres ».[2]

Le contexte actuel nous appelle tous à investir dans les relations, à affirmer aussi sur le réseau et à travers le réseau le caractère interpersonnel de notre humanité. À plus forte raison nous, chrétiens, sommes appelés à manifester cette communion qui est la marque de notre identité de croyants. La foi elle-même, en fait, est une relation, une rencontre; et sous la poussée de l’amour de Dieu, nous pouvons communiquer, accueillir et comprendre le don de l’autre et y correspondre.

C’est la communion à l’image de la Trinité qui distingue la personne de l’individu. De la foi en un Dieu qui est Trinité, il découle que, pour être moi-même, j’ai besoin de l’autre. Je suis vraiment humain, vraiment personnel, seulement si je me mets en relation avec les autres. Le terme de personne désigne en fait l’être humain comme « visage », face à l’autre, engagé avec les autres. Notre vie grandit en humanité avec le passage du caractère individuel à celui personnel; l’authentique chemin d’humanisation va de l’individu qui perçoit l’autre comme un rival, à la personne qui le reconnaît comme un compagnon de voyage.

Du “j’aime” à l’“Amen”

L’image du corps et des membres nous rappelle que l’utilisation du Web social est complémentaire de la rencontre en chair et en os, qui vit à travers le corps, le cœur, les yeux, le regard, le souffle de l’autre. Si le réseau est utilisé comme une extension ou comme une attente d’une telle rencontre, alors il ne se trahit pas et demeure une ressource pour la communion. Si une famille utilise le réseau pour être plus connectée, pour ensuite se réunir à table et se regarder dans les yeux, alors c’est une ressource. Si une communauté ecclésiale coordonne sa propre activité à travers le réseau, pour ensuite célébrer l’Eucharistie ensemble, alors c’est une ressource. Si le réseau est une occasion pour se rapprocher des histoires et des expériences de beauté ou de souffrance physiquement loin de moi, pour prier ensemble et ensemble chercher le bien dans la redécouverte de ce qui nous unit, alors c’est une ressource.

Ainsi, nous pouvons passer du diagnostic à la thérapie: en ouvrant le chemin au dialogue, à la rencontre, au sourire, à la caresse… Ceci est le réseau que nous voulons. Un réseau qui n’est pas fait pour piéger, mais pour libérer, pour prendre soin de la communion entre des personnes libres. L’Église elle-même est un réseau tissé par la communion eucharistique, où l’union n’est pas fondée sur « j’aime », mais sur la vérité, sur l’“Amen”, avec lequel chacun adhère au Corps du Christ en accueillant les autres.

Du Vatican, le 24 janvier 2019 Mémoire de Saint François de Sales

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FRANCISCUS

[1] Pour endiguer ce phénomène un Observatoire international sur le cyber-harcèlement sera créé, avec son siège au V atican.
[2] Les Grandes Règles, III, 1: PG 31, 917; cf. Benoit XVI, Message pour la 43ème Journée mondiale des Communications Sociales (2009).

[00134-FR.01] [Texte original: Italien]

Messe pour les vocations sacerdotales de l’Archidiocèse de Montréal sur S+L

En EXCLUSIVITÉ sur les ondes de Sel et Lumière, voyez EN DIRECT la télé diffusion de la Messe pour les vocations sacerdotales de l’Archidiocèse de Montréal le vendredi 8 février prochain à 19h30. Cette Messe célébrée à la magnifique chapelle du Grand Séminaire de Montréal sera présidée par S.Exc. Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal. L’animation de cette Messe est confiée aux communautés présentent sur le territoire de l’Archidiocèse de Montréal ainsi qu’aux séminaristes étudiants au Grand Séminaire de Montréal.

Veuillez noter que cette Messe sera également disponible en direct sur la chaîne web de Sel et Lumière dès 19h30. Un rendez-vous à ne pas manquer!

Église en Sortie 19 janvier 2019

Cette semaine à Église en Sortie, on s’entretient avec Ivan Marcil, intervenant en soins spirituels à l’Hôpital Pierre-Boucher de Longueuil et auteur du livre « De la pleine conscience à la pleine confiance ». On vous présente un reportage sur le Camp diocésain du « Lac Pouce » de Chicoutimi au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis reçoit Mgr Thomas Dowd, évêque auxiliaire de Montréal et père synodale à la XVe Assemblée générale du Synode sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ».

Homélie du pape François lors de l’ouverture de la semaine pour l’unité des chrétiens

À 17h30 cet après-midi en la basilique Saint-Paul-Hors-les-Murs à Rome, le pape François a présidé à la célébration des Vêpres de la première semaine du temps ordinaire pour souligner le commencement de la 52e semaine de prière pour l’Unité des chrétiens. Le thème de cette année est inspiré du livre du Deutéronome: « ils jugeront le peuple en de justes jugements » (Dt 16, 18-20). Des représentants d’églises chrétiennes non-catholiques ainsi que de communautés chrétiennes étaient également présents lors de cette célébration. À la fin des Vêpres et avant la bénédiction apostolique, son Éminence le Cardinal Kurt Koch, Président du Conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens a également prononcé un mot de remerciement pour le Saint-Père. Vous trouverez ci-dessous la version française du texte de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de cette célébration solennelle:

Aujourd’hui a commencé la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, au cours de laquelle nous sommes tous invités à invoquer de Dieu ce grand don. L’unité des chrétiens est un fruit de la grâce de Dieu et nous devons nous disposer à l’accueillir avec un cœur généreux et disponible. Ce soir, je suis particulièrement heureux de prier avec les représentants des autres Eglises présentes à Rome, auxquelles j’adresse un cordial et fraternel salut. Je salue aussi la délégation œcuménique de la Finlande, les étudiants de l’Ecumenical Institute of Bossey, en visite à Rome pour approfondir leur connaissance de l’Eglise catholique, et les jeunes orthodoxes et orthodoxes orientaux qui étudient ici avec le soutien du Comité de Collaboration culturelle avec les Églises orthodoxes, travaillant auprès du Conseil pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens.

Le livre du Deutéronome imagine le peuple d’Israël installé dans les plaines de Moab, sur le point d’entrer dans la Terre que Dieu lui a promise. Ici, Moïse, comme un père prévenant et un chef désigné par le Seigneur, répète la Loi au peuple, l’instruit et lui rappelle qu’il devra vivre avec fidélité et justice une fois qu’il se sera établi dans la terre promise.

Le passage que nous venons d’écouter fournit des indications sur la manière de célébrer les trois principales fêtes de l’année : Pesach (Pâque), Shavuot (Pentecôte), Sukkot (Tabernacles). Chacune de ces fêtes appelle Israël à la gratitude pour les biens reçus de Dieu. La célébration d’une fête demande la participation de tous. Personne ne peut être exclu : « Tu te réjouiras en présence du Seigneur ton Dieu, au lieu choisi par le Seigneur ton Dieu pour y faire demeurer son nom, et avec toi se réjouiront ton fils et ta fille, ton serviteur et ta servante, le lévite qui réside dans ta ville, l’immigré, l’orphelin et la veuve qui sont au milieu de toi » (Dt 16, 11).

Pour chaque fête, il faut accomplir un pèlerinage « dans le lieu choisi par le Seigneur ton Dieu pour y faire demeurer son nom » (v. 2). Là, le fidèle israélite doit se placer devant Dieu. Bien que chaque israélite ait été esclave en Égypte, sans aucune possession personnelle, « personne ne paraîtra les mains vides devant la face du Seigneur » (v. 16) et le don de chacun sera à la mesure de la bénédiction que le Seigneur lui aura donnée. Tous recevront donc leur part de la richesse du pays et bénéficieront de la bonté de Dieu.

Le fait que le texte biblique passe de la célébration des trois fêtes principales à la nomination des juges ne doit pas nous surprendre. Les fêtes-mêmes exhortent le peuple à la justice, rappelant l’égalité fondamentale entre tous les membres, tous également dépendants de la miséricorde divine, et invitant chacun à partager avec les autres les biens reçus. Rendre honneur et gloire au Seigneur dans les fêtes de l’année va de pair avec le fait de rendre honneur et justice à son prochain, surtout s’il est faible et dans le besoin.

Les chrétiens d’Indonésie, réfléchissant sur le choix du thème pour la Semaine de Prière actuelle, ont décidé de s’inspirer de ces paroles du Deutéronome : « C’est la justice, rien que la justice, que tu rechercheras » (16, 20). En elles, est vivante la préoccupation que la croissance économique de leur pays, animée par la logique de la concurrence, en laisse beaucoup dans la pauvreté permettant seulement à un petit nombre de s’enrichir grandement. C’est mettre en danger l’harmonie d’une société dans laquelle des personnes de différentes ethnies, langues et religions vivent ensemble, partageant le sens d’une responsabilité réciproque.

Mais cela ne vaut pas seulement pour l’Indonésie : cette situation se rencontre dans le reste du monde. Quand la société n’a plus comme fondement le principe de la solidarité et du bien commun, nous assistons au scandale de personnes qui vivent dans l’extrême misère à côté de gratte-ciels, d’hôtels imposants et de luxueux centres commerciaux, symboles d’une richesse éclatante. Nous avons oublié la sagesse de la loi mosaïque, selon laquelle si la richesse n’est pas partagée, la société se divise.

Saint Paul, écrivant aux Romains, applique la même logique à la communauté chrétienne : ceux qui sont forts doivent s’occuper des faibles. Il n’est pas chrétien de « faire ce qui nous plaît » (15, 1). En suivant l’exemple du Christ, nous devons en effet nous efforcer d’édifier ceux qui sont faibles. La solidarité et la responsabilité commune doivent être les lois qui régissent la famille chrétienne.

Comme peuple saint de Dieu, nous aussi sommes toujours sur le point d’entrer dans le Royaume que le Seigneur nous a promis. Mais, en étant divisés, nous avons besoin de rappeler l’appel à la justice que Dieu nous a adressé. Même parmi les chrétiens, il y a le risque que prédomine la logique connue des Israélites dans les temps anciens et du peuple indonésien au jour d’aujourd’hui, c’est-à-dire que, dans la tentative d’accumuler des richesses, nous oublions les faibles et les personnes dans le besoin. Il est facile d’oublier l’égalité fondamentale qui existe entre nous : qu’à l’origine nous étions tous esclaves du péché et que le Seigneur nous a sauvés dans le Baptême, nous appelant ses fils. Il est facile de penser que la grâce spirituelle qui nous a été donnée est notre propriété, quelque chose qui nous revient et qui nous appartient. Il est possible, en outre, que les dons reçus de Dieu nous rendent aveugles sur les dons faits aux autres chrétiens. C’est un grave péché de diminuer ou de mépriser les dons que le Seigneur à concédés aux autres frères, en croyant qu’ils sont en quelque sorte moins privilégiés de Dieu. Si nous nourrissons des pensées semblables, nous permettons que la grâce elle-même reçue devienne source d’orgueil, d’injustice et de division. Et comment pourrons-nous alors entrer dans le Royaume promis ?

Le culte qui sied à ce Royaume, le culte que la justice demande, est une fête qui concerne tout le monde, une fête dans laquelle les dons reçus sont rendus accessibles et partagés. Pour accomplir les premiers pas vers cette terre promise qui est notre unité, nous devons surtout reconnaître avec humilité que les bénédictions reçues ne sont pas nôtres de droit, mais qu’elles sont nôtres par don, et qu’elles nous ont été données afin que nous les partagions avec les autres. En second lieu, nous devons reconnaître la valeur de la grâce concédée aux autres communautés chrétiennes. Par conséquent, ce sera notre désir de participer aux dons des autres. Un peuple chrétien renouvelé et enrichi par cet échange de dons sera un peuple capable de marcher d’un pas assuré et confiant sur la voie qui conduit à l’unité.

[00094-FR.01] [Texte original: Italien]

2018 revue par Sel + Lumière

2018 revue par Sel + Lumière
Comme chaque début d’année Sel + Lumière vous propose une émission spéciale qui fait le bilan de l’année passée. Nos invités évoquent les grands évènements qui ont marqué l’Église catholique en 2018, ainsi que les défis pour l’année qui vient. Ne manquez pas ce rendez-vous, lundi 14 janvier à 19h35 sur Sel et Lumière TV.

 

Église en Sortie 11 janvier 2019

Cette semaine à Église en Sortie, Francis Denis reçoit Julian Paparella, participant au Synode sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » ainsi que Mgr Lionel Gendron p.s.s., évêque de Saint-Jean-Longueuil et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, et on vous présente la première chronique des actualités de la rue 2019 avec l’abbé Claude Paradis.

Message du Pape pour la 27ème journée mondiale du malade

(CNS photo/Max Rossi, Reuters)

Ci-dessous le message du pape François publié à l’occasion de la 27ème journée mondiale du malade, célébrée le 11 février prochain. Cette fête a été instaurée par le saint pape Jean-Paul II en 1992.

« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8)

Chers frères et sœurs, « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8). Ce sont les mots prononcés par Jésus au moment d’envoyer les Apôtres proclamer l’Évangile, afin que son Royaume s’étende à travers des gestes d’amour gratuit. À l’occasion de la XXVIIème Journée Mondiale du Malade, qui sera célébrée de façon solennelle à Calcutta, en Inde, le 11 février 2019, l’Église, Mère de tous ses enfants, surtout des malades, rappelle que les gestes de don gratuit, comme ceux du Bon Samaritain, sont la voie la plus crédible de l’évangélisation. Le soin des malades a besoin de professionnalisme et de tendresse, de gestes gratuits, immédiats et simples comme une caresse, à travers lesquels on fait sentir à l’autre qu’il nous est « cher ». La vie est un don de Dieu, et comme interroge Saint Paul : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » (1 Co 4, 7). Précisément parce que c’est un don, l’existence ne peut pas être considérée comme une simple possession ou comme une propriété privée, surtout face aux conquêtes de la médecine et de la biotechnologie qui pourraient amener l’homme à céder à la tentation de la manipulation de l’«arbre de la vie » (cf. Gn 3, 24).

Face à la culture du déchet et de l’indifférence, je tiens à affirmer que le don doit être considéré comme le paradigme capable de défier l’individualisme et la fragmentation sociale contemporaine, pour établir de nouveaux liens et diverses formes de coopération humaine entre les peuples et les cultures. Le dialogue, qui apparaît comme un présupposé du don, ouvre des espaces relationnels de croissance et de développement humain capables de rompre les schémas établis d’exercice du pouvoir de la société. Donner n’est pas l’équivalent de l’action d’offrir car cela ne peut s’employer que s’il s’agit d’un don de soi et cela ne peut pas être réduit au simple transfert d’une propriété ou de quelque objet. Donner se différencie d’offrir précisément parce que cela contient le don de soi et suppose le désir d’établir un lien. Le don est donc avant tout une reconnaissance réciproque, qui constitue le caractère indispensable du lien social. Dans le don, il y a le reflet de l’amour de Dieu, qui culmine dans l’incarnation du Fils Jésus et dans l’effusion de l’Esprit Saint. Tout homme est pauvre, nécessiteux et indigent. Quand nous naissons, nous avons besoin pour vivre des attentions de nos parents, et de même, à chaque phase et étape de la vie, chacun de nous ne parviendra jamais à se libérer totalement du besoin et de l’aide des autres, il ne réussira jamais à arracher de soi la limite de l’impuissance face à quelqu’un ou quelque chose. C’est aussi une condition qui caractérise notre être de « créature ».

La reconnaissance loyale de cette vérité nous invite à rester humbles et à pratiquer courageusement la solidarité, comme vertu indispensable à l’existence. Cette conscience nous pousse à une pratique responsable et responsabilisante, en vue d’un bien qui est inséparablement personnel et commun. Ce n’est que quand l’homme cesse de se concevoir comme un monde à part, mais comme quelqu’un qui, par nature, est lié à tous les autres, originellement pressentis comme des « frères », qu’une pratique sociale solidaire, imprégnée du sens du bien commun, est possible. Nous ne devons pas craindre de reconnaître que nous sommes pauvres et que nous sommes incapables de nous procurer tout ce dont nous aurions besoin, car seuls et avec nos seules forces, nous ne parvenons pas à vaincre toutes nos limites. Ne craignons pas de le reconnaître, car Dieu lui-même, en Jésus, s’est abaissé (cf. Ph 2, 8) et il se penche sur nous et sur nos pauvretés pour nous aider et nous donner ces biens que seuls nous ne pourrions jamais avoir. En cette circonstance de la célébration solennelle en Inde, je souhaite rappeler avec joie et admiration la figure de la Sainte Mère Teresa de Calcutta, un modèle de charité qui a rendu visible l’amour de Dieu pour les pauvres et les malades. Comme je l’affirmais à l’occasion de sa canonisation : « Mère Teresa, tout au long de son existence, a été une généreuse dispensatrice de la miséricorde divine, en se rendant disponible à tous à travers l’accueil et la défense de la vie humaine, la vie dans le sein maternel comme la vie abandonnée et rejetée. […] Elle s’est penchée sur les personnes abattues qu’on laisse mourir au bord des routes, en reconnaissant la dignité que Dieu leur avait donnée ; elle a fait entendre sa voix aux puissants de la terre, afin qu’ils reconnaissent leurs fautes face aux crimes […] de la pauvreté qu’ils ont créée eux-mêmes. La miséricorde a été pour elle le ‘‘ sel ’’ qui donnait de la saveur à chacune de ses œuvres, et la ‘‘ lumière ’’ qui éclairait les ténèbres de ceux qui n’avaient même plus de larmes pour pleurer leur pauvreté et leur souffrance. Sa mission dans les périphéries des villes et dans les périphéries existentielles perdure de nos jours comme un témoignage éloquent de la proximité de Dieu aux pauvres parmi les pauvres » (Homélie, 4 septembre 2016).

Sainte Mère Teresa nous aide à comprendre que le seul critère d’action doit être l’amour gratuit envers tous, sans distinction de langue, de culture, d’ethnie ou de religion. Son exemple continue à nous guider pour ouvrir des horizons de joie et d’espérance pour l’humanité qui a besoin de compréhension et de tendresse, surtout pour ceux qui souffrent. La gratuité humaine est le levain de l’action des volontaires qui ont tant d’importance dans le secteur socio-sanitaire et qui vivent de façon éloquente la spiritualité du bon Samaritain. Je remercie et j’encourage toutes les associations de volontaires qui s’occupent du transport et du secours des patients, celles qui pourvoient aux dons de sang, de tissus et d’organes. Un secteur spécial dans lequel votre présence exprime l’attention de l’Église est celui de la protection des droits des malades, surtout de ceux qui sont affectés par des pathologies qui requièrent des soins spéciaux, sans oublier le domaine de la sensibilisation et de la prévention. Vos services revêtent une importance fondamentale dans les structures sanitaires et à domicile, qui vont de l’assistance médicale au soutien spirituel. Beaucoup de personnes malades, seules, âgées, présentant des fragilités psychiques ou motrices, en bénéficient. Je vous exhorte à continuer d’être un signe de la présence de l’Église dans le monde sécularisé. Le volontaire est un ami désintéressé auquel on peut confier ses pensées et ses émotions ; grâce à l’écoute, il crée les conditions qui font passer le malade, d’objet passif de soins, à l’état de sujet actif et protagoniste d’un rapport de réciprocité, capable de retrouver l’espérance, mieux disposé à accepter les thérapies. Le volontariat communique des valeurs, des comportements et des styles de vie qui sont animés par le ferment du don. C’est ainsi également que se réalise l’humanisation des soins. La dimension de la gratuité devrait surtout animer les structures sanitaires catholiques, car c’est la logique évangélique qui caractérise leur action, tant dans les régions les plus avancées que dans les plus défavorisées du monde.

Les structures catholiques sont appelées à exprimer le sens du don, de la gratuité et de la solidarité, en réponse à la logique du profit à tout prix, du donner pour obtenir, de l’exploitation qui ne s’embarrasse pas des personnes. Je vous exhorte tous, à différents niveaux, à promouvoir la culture de la gratuité et du don, indispensable pour dépasser la culture du profit et du déchet. Les institutions sanitaires catholiques ne devraient pas tomber dans le travers consistant à privilégier les intérêts de l’entreprise, mais sauvegarder l’attention à la personne plutôt que le gain. Nous savons que la santé est relationnelle, elle dépend de l’interaction avec les autres et a besoin de confiance, d’amitié et de solidarité ; c’est un bien dont on ne peut jouir « en plénitude » que s’il est partagé. La joie du don gratuit est l’indicateur de santé du chrétien. Je vous confie tous à Marie, Salus infirmorum. Qu’elle nous aide à partager les dons reçus dans l’esprit du dialogue et de l’accueil réciproque, à vivre comme des frères et sœurs attentifs aux besoins les uns des autres, à savoir donner d’un cœur généreux, à apprendre la joie du service désintéressé. Je vous assure que je suis proche de vous tous dans la prière, avec mon affection, et je vous envoie de tout cœur la Bénédiction Apostolique.

Du Vatican, le 25 novembre 2018 Solennité du Christ-Roi de l’Univers

Échos du Vatican

En cette rentrée 2019 on fait le point sur les évènements qui ont marqué la fin d’année 2018, et sur les célébrations de ce début d’année, avec notamment les traditionnels voeux du Saint-Père et son message à la ville et au monde.

Homélie du Pape François en la Solennité de l’Épiphanie du Seigneur

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la célébration de la Solennité de l’Épiphanie du Seigneur en la basilique Saint-Pierre de Rome dimanche 6 janvier 2019(Photo CNS/Paul Haring):

Épiphanie : ce mot signifie la manifestation du Seigneur, qui, comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture (cf. Ep. 3,6), se révèle à tous les peuples, représentés aujourd’hui par les Mages. Se dévoile ainsi la merveilleuse réalité de Dieu qui est venu pour tous : toutes les nations, langues et peuples sont accueillis par lui et aimés de lui. Le symbole de cela est la lumière qui rejoint et illumine toutes choses.

Maintenant, si notre Dieu se manifeste à tous, il est cependant surprenant de constater de quelle façon il se manifeste. Dans l’Évangile est raconté un va-et-vient autour du palais du roi Hérode, alors même que Jésus est présenté comme roi : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » (Mt 2,2), demandent les Mages. Ils le trouveront, mais pas là où ils pensaient : non pas dans le palais royal de Jérusalem, mais dans une humble demeure à Bethléem. Le même paradoxe émergeait à Noël, quand l’Évangile parlait du recensement de toute la terre à l’époque de l’empereur Auguste et du gouverneur Quirinius (cf. Lc 2,2). Mais aucun des puissants d’alors n’a réalisé que le Roi de l’histoire était né en leur temps. Et encore, quand Jésus, âgé d’une trentaine d’années, se manifeste publiquement, précédé par Jean le Baptiste, l’Évangile offre une autre présentation solennelle du contexte, en énumérant tous les « grands » d’alors, les pouvoirs séculiers et spirituels : l’empereur Tibère, Ponce Pilate, Hérode, Philippe, Lysanias, les grands prêtres Hanne et Caïphe. Et il conclut : « la Parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean » (Lc 3,2). Donc à aucun des grands, mais à un homme qui s’était retiré dans le désert. Voilà la surprise : Dieu ne s’élève pas au-devant de la scène du monde pour se manifester.

En écoutant cette liste de personnages illustres, pourrait surgir la tentation de « tourner les projecteurs » sur eux. Nous pourrions penser : c’eût été meilleur si l’étoile de Jésus était apparue à Rome, sur la colline du Palatin, d’où Auguste régnait sur le monde ; tout l’empire serait devenu immédiatement chrétien. Ou, s’il avait illuminé le palais d’Hérode, celui-ci aurait pu faire le bien, plutôt que le mal. Mais la lumière de Dieu ne va pas chez celui qui brille de sa propre lumière. Dieu se propose, il ne s’impose pas ; il éclaire, mais il n’éblouit pas. C’est toujours une grande tentation de confondre la lumière de Dieu et les lumières du monde. Combien de fois nous avons suivi les éclats séduisants du pouvoir et de la scène, convaincus de rendre un bon service à l’Évangile ! Mais nous avons ainsi détourné les lumières du mauvais côté, parce que Dieu n’était pas là. Sa douce lumière resplendit dans l’amour humble. Combien de fois, en tant qu’Église, nous avons essayé de briller de notre propre lumière ! Mais nous ne sommes pas le soleil de l’humanité. Nous sommes la lune, qui, même avec ses ombres, reflète la lumière véritable, le Seigneur. L’Église est le mysterium lunae et le Seigneur est la lumière du monde (cf. Jn 9,5). Lui, non pas nous.

La lumière de Dieu va chez celui qui l’accueille. Isaïe, dans la première lecture (cf. 60,2) nous rappelle que la lumière divine n’empêche pas les ténèbres et les brumes épaisses de recouvrir la terre, mais qu’elle resplendit en celui qui est disposé à la recevoir. C’est pourquoi le prophète lance une invitation qui interpelle chacun de nous : « Debout, resplendis » (60,1). Il faut se mettre debout, c’est-à-dire se lever de sa propre sédentarité et se disposer à marcher. Autrement on reste immobile, comme les scribes consultés par Hérode, qui savaient bien où devait naître le Messie, mais qui n’ont pas bougé. Et puis il est nécessaire de se revêtir de Dieu qui est la lumière, chaque jour, jusqu’à ce que Jésus devienne notre vêtement quotidien. Mais pour mettre l’habit de Dieu, qui est simple comme la lumière, il faut d’abord se défaire des vêtements somptueux. Autrement on fait comme Hérode qui, à la lumière divine, préférait les lumières terrestres du succès et du pouvoir. Les Mages, au contraire, réalisent la prophétie, ils se lèvent pour être revêtus de lumière. Eux seuls voient l’étoile dans le ciel : ni les scribes, ni Hérode, personne à Jérusalem. Pour trouver Jésus, il faut déterminer un itinéraire différent, il faut prendre une voie alternative, la sienne, la voie de l’amour humble. Et il faut s’y maintenir. En effet l’Évangile de ce jour conclut en disant que les Mages, ayant rencontré Jésus, « regagnèrent leur pays par un autre chemin » (Mt 2, 12). Un autre chemin, différent de celui d’Hérode. Une voie alternative au monde, comme celle suivie par ceux qui à Noël sont avec Jésus : Marie et Joseph, les bergers. Eux, comme les Mages, ont laissé leurs maisons et sont devenus pèlerins sur les chemins de Dieu. Parce que seul celui qui abandonne ses attachements mondains pour se mettre en chemin trouve le mystère de Dieu.

C’est aussi valable pour nous. Il ne suffit pas de savoir où Jésus est né, comme les scribes, si nous ne rejoignons pas ce . Quand son devient le nôtre, que son quand devient notre quand, sa personne notre vie, alors les prophéties s’accomplissent en nous. Alors Jésus naît au-dedans de nous et il devient Dieu vivant pour moi. Aujourd’hui, frères et sœurs, nous sommes invités à imiter les Mages. Ils ne discutent pas, mais ils marchent ; ils ne restent pas à regarder, mais ils entrent dans la maison de Jésus ; ils ne se mettent pas au centre, mais ils se prosternent devant lui qui est le centre ; ils ne se fixent pas sur leurs plans, mais ils se disposent à prendre d’autres chemins. Dans leurs actes, il y a un contact étroit avec le Seigneur, une ouverture radicale à lui, une implication totale en lui. Avec lui, ils utilisent le langage de l’amour, la même langue que Jésus, encore enfant, parle déjà. En effet, les Mages vont chez le Seigneur non pas pour recevoir, mais pour donner. Demandons-nous : à Noël avons-nous porté un cadeau à Jésus, pour sa fête, ou avons-nous échangé des cadeaux seulement entre nous ?

Si nous sommes allés chez le Seigneur les mains vides, aujourd’hui nous pouvons y remédier. L’֤Évangile présente, en effet, pour ainsi dire, une petite liste de cadeaux : l’or, l’encens et la myrrhe. L’or, considéré comme l’élément le plus précieux, rappelle qu’à Dieu revient la première place. Il doit être adoré. Mais pour le faire, il est nécessaire de se priver soi-même de la première place et de se reconnaître pauvres, et non pas autosuffisants. Voilà alors l’encens, pour symboliser la relation avec le Seigneur, la prière, qui comme un parfum monte vers Dieu (cf. Ps 141,2). Mais, comme l’encens doit brûler pour parfumer, ainsi faut-il pour la prière « brûler » un peu de temps, le dépenser pour le Seigneur. Et le faire vraiment, pas seulement en paroles. A propos des faits, voici la myrrhe, un onguent qui sera utilisé pour envelopper avec amour le corps de Jésus descendu de la croix (cf. Jn 19,39). Le Seigneur désire que nous prenions soin des corps éprouvés par la souffrance, de sa chair la plus faible, de celui qui est laissé en arrière, de celui qui peut seulement recevoir sans rien donner de matériel en échange. Elle est précieuse aux yeux de Dieu la miséricorde envers celui qui n’a rien à redonner, la gratuité ! Elle est précieuse aux yeux de Dieu la gratuité. En ce temps de Noël qui arrive à sa fin, ne perdons pas l’occasion de faire un beau cadeau à notre Roi, venu pour tous, non pas sur les scènes somptueuses du monde, mais dans la pauvreté lumineuse de Bethléem. Si nous le faisons, sa lumière resplendira sur nous.