Homélie du Cardinal Gérald Cyprien Lacroix lors de la Messe du 200e anniversaire de l’évangélisation dans l’Ouest et le nord du Canada

Vous trouverez ci-dessous le texte officiel de l’homélie de Monsieur le cardinal Gérald Cyprien Lacroix Archevêque de Québec et Primat du Canada telle que prononcée lors de la Messe du 15e Dimanche du Temps Ordinaire « B »  et du 200e anniversaire de l’évangélisation dans l’Ouest et le nord du Canada sur le Parvis de la Cathédrale St-Boniface, Saint-Boniface, Manitoba, 15 juillet 2018. (Am 7, 12-15  •  Ps 84 (85)  •  Ep 1, 3-14  •  Mc 6, 7-13):

« Allez ! En avant la mission ! »

Très chers frères et sœurs,

Si nous conjuguions le verbe aller à l’indicatif présent, nous remarquerions qu’il change d’aspect, passant de je vais, tu vas, il/elle va, à nous allons, vous allez et revenir à la forme initiale ils vont. Le même phénomène se produit à l’impératif : Va, allons, allez. Pourtant, il s’agit toujours de ce même verbe qui exprime si bien l’action et le mouvement. Cette petite allusion aux caprices de la grammaire française n’est pas tout à fait anodine si vous avez remarqué que l’aspect du verbe ressemble le plus au concept du verbe aller lorsqu’il se décline au pluriel, allez. Peut-être sommes-nous plus actifs, plus entreprenants lorsque nous agissons collectivement ? C’est en tous cas cet élan missionnaire vécu audacieusement ensemble par des pionniers d’abord, ensuite par vous tous, qui se résume dans ce verbe aller. C’est le mot-clef pour comprendre la Parole de Dieu en ce dimanche festif, en ce jubilé pour les 200 ans de l’évangélisation de l’Ouest et du Nord du Canada.

C’est parce que des hommes et des femmes ont répondu en grand nombre à l’appel du Christ, qu’ils ont franchi les frontières de leurs foyers et de leur confortpour aller porter la Bonne Nouvelle de l’Évangile jusque dans les lointaines périphéries de cet immense territoire, que nous sommes réunis en ce lieu, aujourd’hui.

Vous avez sans doute remarqué qu’il y a beaucoup de mouvement dans les textes bibliques de ce dimanche. Le Seigneur appelle des personnes à Le joindre. Il séduit leur âme et répond à leurs attentes les plus fondamentales, puis il les envoie en mission. C’est ainsi qu’a pris naissance et que s’est déroulée l’histoire du salut depuis que l’Évangile a embrasé le cœur et la vie d’hommes et de femmes qui ont fait la rencontre personnelle avec Celui qui a changé leur vie. Cette rencontre a poussé ces disciples à partager leur foi, leur espérance et leur amour. Ils sont ainsi devenus des missionnaires. En fait, disciples et missionnaires sont deux mots, deux réalités qui participent tellement du même élan du cœur que le pape François en a fait un concept nouveau en reliant les deux mots par un trait d’union : disciples-missionnaires.

Comment rencontrer le Christ, goûter à la vie nouvelle qu’Il nous apporte sans être épris par un désir irrésistible de partager cette Bonne Nouvelle ? C’est ici, à Saint-Boniface, que l’Église-mère de tout l’Ouest et du Nord du Canada est née, s’est épanouie et qu’elle poursuit son élan missionnaire grâce à des femmes et des hommes habités par cette rencontre, cette amitié avec le Christ. Pas surprenant que cette semence d’Évangile ait porté tant de fruits et que vous puissiez aujourd’hui en apprécier la valeur et célébrer ce magnifique parcours.

Lorsque l’Évangile, porté par des témoins du Christ ressuscité, arrive dans une région, lorsque des disciples-missionnaires s’enracinent dans un coin de pays, c’est un nouveau chapitre de l’histoire humaine qui s’écrit car l’Évangile ne se résume pas à des paroles. Il est un projet de vie, de famille, de communauté. Le message évangélique propose un éventail de valeurs et d’attitudes qui rayonnent dans la société et la transforment tel un levain dans la pâte. Les célébrations de votre bicentenaire vous donnent l’occasion de mesurer avec encore plus de justesse tous les bienfaits de l’action de l’Église chez-vous.

Célébrer 200 ans de présence de disciples du Christ et de leurs réalisations, si brillantes soient-elles, ne se résume pas à contempler le passé. C’est aussi une excellente occasion de se sentir interpellés à poursuivre l’œuvre commencée car il reste tant à faire. Il suffit d’observer l’urgence de parfaire les relations communautaires dans l’harmonie, le respect et la justice. Il suffit de mesurer lechemin à parcourir pour que la réconciliation guérisse les blessures du passé et rassemble tous les croyants, peu importent la couleur de leur peau ou leur originesocioéconomique, dans une communauté chrétienne unie et solidaire « afin que le monde croie. »

Les textes bibliques qui ont été proclamés aujourd’hui sont une invitation à nous engager sur les routes de la mission. Comme au temps d’Amos, le Seigneur choisit son élu et lui dit : « Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël. » À toi, peuple fidèle de l’Église de l’Ouest et du Nord du Canada, le Seigneur te dit : « Va, tu seras prophète pour mon peuple du Manitoba, de la Saskatchewan, d’Alberta, de la Colombie Britannique, du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut. »

Quelle heure est-il dans votre immense territoire ? C’est l’heure d’évangéliser ! Nous sommes bien conscients des énormes défis qui doivent être relevés dans notre pays. Nous observons un énorme déficit d’espérance chez un grand nombre de nos concitoyens et concitoyennes et dans nos communautés, toutes provenances confondues. Dans un pays aussi prospère que le Canada, aussi riche en ressources humaines et matérielles, n’est-il pas scandaleux d’observer le grand nombre de personnes et de familles souffrir parce qu’elles ne trouvent pas leur place au sein d’une communauté ; d’autres particulièrement des enfants, avoirfaim et soif de pain et d’affection ; d’autres peiner pour échapper un tant soit peu à la misère ou pâtir d’êtres d’éternelles victimes de ségrégation et d’ostracisme ?Comment répondre chrétiennement de tant d’injustices et d’inégalités lorsque leSeigneur affirme : « En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait au moindre de miens, c’est à moi que vous l’avez fait. » ?

C’est l’heure d’évangéliser ! C’est l’heure de sortir de notre confort pour aller à la rencontre des frères et des sœurs qui sont en quête de sens, d’espérance, d’une vie juste, de sécurité et de paix. Nous avons rencontré Celui qui répond aux besoins de l’être humain : le Christ Jésus. Son Évangile est un chemin de vie car c’est Lui « le Chemin, la Vérité et la Vie. » Allons le porter !

Frères et sœurs, osez partir en mission ! Il ne s’agit pas de parcourir mers et mondes mais bien d’ouvrir son esprit et son cœur aux besoins de ceux et celles avec qui nous vivons, nous travaillons, nos frères et sœurs en humanité qui attendent des signes de réconciliation, de bonté, de justice et d’amour. Ce que Jésus fait avec les douze Apôtres dans l’évangile de ce dimanche, c’est ce qu’Il attend denous. Il nous appelle à aimer le monde pour lequel Il est venu et qu’il a sauvé. Il nous invite à tendre la main, à servir notre prochain comme Il l’a fait, à nouer le tablier et peut-être même à se salir les mains.

Cette grande mission, Jésus la confie à toute l’Église, pas seulement au pape, aux évêques et aux prêtres. Nous sommes tous responsables de la mise en œuvre du mandat missionnaire car c’est à nous tous que Jésus s’adresse lorsqu’il dit à ses Apôtres : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples ; baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. »

Imaginez l’ardeur, le zèle apostolique qui habitaient le père Joseph-Norbert Provencher et ses compagnons lorsqu’ils se sont embarqués pour le long voyage qui les a conduits de Québec jusqu’ici, à la Rivière Rouge. Imaginez l’audace et le courage des premières religieuses Sœurs de la Charité qui ont choisi librement devenir œuvrer à la mission dans un pays à bâtir.

Chers amis, c’est de personnes jeunes et moins jeunes de cette trempe dontl’Église a besoin aujourd’hui pour poursuivre sa mission d’évangélisation. Le Seigneur a besoin d’ouvriers dans ses champs parce que la moisson est abondante.Vous en savez quelque chose en matière de moissons en observant les vastes étendues de vos prairies. Ayons le courage et l’audace de ces Éphésiens auxquels saint Paul dit : « Vous aussi, après avoir écouté la parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et après y avoir cru, vous avez reçu la marque de l’Esprit Saint. » L’Esprit Saint nous pousse à partir évangéliser, principalement par la cohérence de notre témoignage de vie et les principes évangéliques auxquels nous sommes liés par notre baptême.

Chers frères et sœurs de l’Ouest et du Nord du Canada, que « L’amour du Christ nous presse ». L’heure est venue de chausser nos bottes de marche et des’engager sur les terrains de la mission. Un vaste chantier nous y invite et nous attend. Vos origines témoignent d’une riche diversité culturelle. Dès l’arrivée des premiers missionnaires, il y avait ici des peuples autochtones, des Métis, des Anglais et rapidement se sont ajoutés des peuples venus de partout sur la planète. Tout ceci représente des défis de taille pour vivre ensemble dans l’harmonie et la paix, mais cette richesse culturelle et spirituelle offre aussi une belle opportunité de témoigner que l’Évangile ouvre à une qualité de vie et permet le dépassement car l’Église se construit sur les fondations de l’amour et de la vérité.

À l’invitation de Jésus, partons avec l’essentiel, l’amour de Dieu que nous goûtons grâce à notre rencontre avec le Christ ressuscité et témoignons de sa présence vivante et agissante dans notre vie. En route, le Seigneur nous apprendra à vivre ensemble comme de véritables frères et sœurs. Ne dites surtout pas que c’est une mission impossible. Le Seigneur a appelé Amos alors qu’il était derrière un troupeau de bétail et en a fait un prophète. Il a appelé des humbles pêcheurs de Galilée pour qu’ils deviennent ses apôtres, ses envoyés. Le Seigneur ne choisit pas des gens capables. Il rend capables ceux qu’il choisit.

Tout cela est possible si nous répondons au commandement du Seigneur Jésus qui nous dit : « Allez ! » Cette mission devient possible lorsque notre réponses’abreuve aux sources de l’Esprit et dans l’audace de notre foi en sa présence. Chacun d’entre nous peut dire : je vais, tu vas, il va. Ensemble nous comptons les uns sur les autres pour affirmer : nous allons, vous allez, ils vont. Et l’esprit missionnaire qui nourrit notre zèle pour que toute personne soit figure du Christ et toute communauté le foyer de son Église.

Frères et sœurs de l’Ouest et du Nord du Canada, « Allez ! » En avant la mission !

Allocution du cardinal Gérald Cyprien Lacroix au terme de la Messe du 200e de l’évangélisation de l’Ouest et du Nord canadien

Vous trouverez ci-dessous le texte des remarques de Monsieur le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, Archevêque de Québec, Primat du Canada au terme de la célébration eucharistique d’action de grâces pour les 200 ans de l’évangélisation de l’Ouest et du Nord canadien telles que prononcées sur le parvis de la Cathédrale St-Boniface, Saint-Boniface, Manitoba, 15 juillet 2018:

Pendant mon bref séjour Rome, il y a une semaine, j’ai eu la joie d’être accueilli et de m’entretenir fraternellement avec le pape François. Ce fut l’occasion d’échanger avec lui sur la vie de l’Église au Canada et particulièrement sur l’annonce de l’Évangile aux nombreuses communautés autochtones, métis, et autres collectivités d’origines diverses vivant sur ce vaste territoire de notre pays.

Aux peuples autochtones et à l’ensemble de la population canadienne, le Saint-Père tient à exprimer, par ma voix et par ma présence parmi vous, sa proximité et sa sollicitude alors que se déroule le processus de guérison, de réconciliation et de recherche d’harmonie. Il nous appelle à poursuivre cetimportant quoiqu’exigeant travail, dans la compréhension mutuelle, le respect et la justice. Comme il le mentionne dans la lettre dans laquelle il m’a délégué à cette célébration, le Saint-Père invite les peuples autochtones à « consacrer un peu de temps à retrouver l’harmonie sereine avec la création, à réfléchir sur notre style de vie et sur nos idéaux, à contempler le Créateur, qui vit parmi nous et dans ce qui nous entoure, dont la présence ne doit pas être fabriquée, mais découverte, dévoilée. »

Contrairement à ce qui a été véhiculé au cours des derniers mois dans l’espace public, le Pape ne se désintéresse pas des démarches qui s’opèrent présentement afin de parvenir le mieux et le plus rapidement possible à des solutions sociales consensuelles et à l’harmonisation des relations des peuples autochtones avec l’Église catholique. Bien au contraire, je vous en assure. Le Saint-Père nous exhorte à persévérer lucidement et généreusement, tous ensemble, sur ce chemin délicat et nécessaire de la guérison des cœurs et des vies pour que la paix et la joie règnent dans les communautés.

Il encourage les pasteurs et les fidèles de l’Église catholique au Canada à prier pour cette intention et à s’engager résolument à annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ promise aux artisans de paix, « en tous lieux, en toutes occasions, sans répulsion et sans peur. »

Le pape François nous assure de son indéfectible prière, de son grand intérêt à être constamment informé de la progression des travaux et de son affection la plus sincère. Enfin, il nous demande, comme il le fait toujours,de prier pour lui.

Le président du Panama invite les jeunes Canadiens à la JMJ 2019

Vous trouverez ci-dessus l’invitation du président du Panama Juan Carlos Varela aux jeunes du Canada en vue des JMJs de 2019.

Hymne officiel des JMJ au Panama 2019

L’hymne des JMJ, caractérisé par une rythmique typique de la culture panaméenne, reprend le thème des JMJ choisi par le Pape « que tout m’advienne selon ta parole » (Lc. 1. 38). Ce chant de louange qui sera diffusé et chanté dans le monde entier a été écrit et composé par Abdiel JIMÉNEZ, auteur de plusieurs pièces de musique liturgique, et aussi membre de plusieurs chorales. Il a étudié à la Faculté de Sciences Religieuses de l’Université Catholique Santa María La Antigua. Une version française est à paraitre prochainement !

Intentions de pière du Pape juillet 2018: Les prêtres et leur ministère pastoral

La fatigue des prêtres ! Savez-vous combien de fois j’y pense ? Les prêtres, avec leurs vertus et leurs défauts, exercent leur ministère dans de nombreux domaines. Du fait de ces nombreux fronts ouverts, ils ne peuvent pas s’arrêter sur une déception. Dans ces moments-là, il est bon qu’ils se souviennent que les gens aiment leurs pasteurs, ont besoin d’eux et ont confiance en eux. Prions ensemble pour que les prêtres qui vivent leur travail pastoral difficilement et dans la solitude se sentent aidés et réconfortés par l’amitié du Seigneur et de leurs frères.

Homélie du pape François pour la Solennité des saints apôtres Pierre et Paul

CNS photo/Paul Haring

Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la Messe de la Solennité des saints apôtres Pierre et Paul et dans laquelle les nouveaux archevêques du monde entier on reçu le Pallium:

Les lectures proclamées nous permettent d’entrer en contact avec la tradition apostolique, celle qui «n’est pas une transmission de choses ou de paroles, une collection de choses mortes. LaTradition est le fleuve vivant qui nous relie aux origines, le fleuve vivant dans lequel les origines sont toujours présentes» (Benoît XVI, Catéchèse, 26 avril 2006) et nous offrent les clés du Royaume des cieux (cf. Mt 16, 19). Tradition pérenne et toujours nouvelle qui ravive et rafraîchit lajoie de l’Evangile, et nous permet ainsi de confesser avec nos lèvres et notre cœur: «“Jésus-Christ est Seigneur!” à la gloire de Dieu le Père» (Ph 2, 11).

Tout l’Evangile veut répondre à la question qui habitait le cœur du Peuple d’Israël et qui aujourd’hui encore ne cesse d’habiter tant de visages assoiffés de vie: «Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?» (Mt 11, 3). Question que Jésus reprend et pose à ses disciples: «Et vous que dites-vous? Pour vous qui suis-je?» (Mt 16, 15).

Pierre, prenant la parole, attribue à Jésus le titre le plus grand avec lequel il pouvaitl’appeler: «Tu es le Messie» (cf. Mt 16, 16); c’est-à-dire l’Oint, le Consacré de Dieu. J’aime savoirque c’est le Père qui a inspiré cette réponse à Pierre qui voyait comment Jésus “oignait” son peuple. Jésus, l’Oint qui, de village en village, marchait avec l’unique désir de sauver et de soulagerquiconque était considéré comme perdu: “il oint” le mort (cf. Mc 5, 41-42 ; Lc 7, 14-15), il oint le malade (cf. Mt 6, 13); Jc 5, 14), il oint les blessures (cf. Lc 10, 34), il oint le pénitent (cf. Mt 6, 17).Il oint l’espérance (cf. Lc 7, 38.46; 10, 34; Jn 11, 2; 12, 3). Dans une telle onction, chaque pécheur, chaque vaincu, chaque malade, chaque païen – là où il se trouvait – a pu se sentir un membre aiméde la famille de Dieu. Par ses gestes, Jésus lui disait d’une façon personnelle: tu m’appartiens.Comme Pierre, nous aussi nous pouvons confesser avec nos lèvres et notre cœur non seulement ce que nous avons entendu, mais aussi l’expérience concrète de notre vie: nous avons été ressuscités,soignés, renouvelés, remplis d’espérance par l’onction du Saint. Chaque joug d’esclavage est détruitgrâce à son onction (cf. Is 10, 27). Il n’est pas permis de perdre la joie et la mémoire de nous savoir délivrés, cette joie qui nous porte à confesser: “Tu es le Fils du Dieu vivant” (cf. Mt 16, 16).

Et il est intéressant ensuite de noter ce qui suit ce passage de l’Evangile dans lequel Pierreconfesse la foi: «À partir de ce moment, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallaitpartir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter» (Mt 16, 21). L’Oint de Dieu porte l’amour et la miséricorde du Père jusqu’aux conséquences extrêmes. Cet amour miséricordieux demande d’aller dans tous lescoins de la vie pour rejoindre chacun, même si cela coûte “la bonne réputation”, les commodités, lasituation… le martyre.

Devant cette annonce si inattendue, Pierre réagit «Dieu t’en garde, Seigneur! cela net’arrivera pas» (Mt 16, 22) et se transforme immédiatement en pierre d’achoppement sur la route du Messie; et en croyant défendre les droits de Dieu, sans s’en apercevoir, il s’est transformé en sonennemi (il l’appelle “Satan”). Contempler la vie de Pierre et sa confession signifie aussi apprendre à connaître les tentations qui accompagneront la vie du disciple. A la manière de Pierre, comme Eglise, nous serons toujours tentés par ces “murmures” du Malin qui seront une pierre d’achoppement pour la mission. Et je dis “murmures” parce que le démon séduit en cachette, faisanten sorte qu’on ne reconnaisse pas son intention, «sa conduite est celle d’un séducteur: il demande le secret et ne redoute rien tant que d’être découvert» (S. Ignace de Loyola, Exercices spirituels n. 326).

Au contraire, participer à l’onction du Christ, c’est participer à sa gloire, qui est sa Croix:Père, glorifie ton Fils… «Père, glorifie ton nom» (Jn 12, 28). Gloire et croix en Jésus Christ vont ensemble et ne peuvent pas se séparer; parce que lorsqu’on abandonne la croix, même si nousentrons dans la splendeur éblouissante de la gloire, nous nous tromperons, parce que celle-ci ne sera pas la gloire de Dieu, mais la tromperie de l’adversaire.

Nous sentons souvent la tentation d’être chrétiens en maintenant une distance prudente avec les plaies du Seigneur. Jésus touche la misère humaine, nous invitant à rester avec Lui et à toucherla chair souffrante des autres. Confesser la foi avec nos lèvres et notre cœur demande – comme il l’ademandé à Pierre – d’identifier les “murmures” du malin. Apprendre à discerner et découvrir ces“couvertures” personnelles et communautaires qui nous maintiennent à distance de la réalité du drame humain ; qui nous empêchent d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et, endéfinitive, de connaître la force révolutionnaire de la tendresse de Dieu (cf. Exhort. Ap. Evangelii gaudium, n. 270).

En ne séparant pas la gloire de la croix, Jésus veut délivrer ses disciples, son Eglise, des triomphalismes vides: vides d’amour, vides de service, vides de compassion, vides de peuple. Ilveut la délivrer d’une imagination sans limites qui ne sait pas mettre de racines dans la vie duPeuple fidèle ou, ce qui serait pire, croire que le service du Seigneur lui demande de se débarrasser des chemins poussiéreux de l’histoire. Contempler et suivre le Christ exige de laisser le cœur s’ouvrir au Père et à tous ceux avec lesquels il a voulu s’identifier (cf. S. Jean-Paul II, Lett. Ap.Novo millennio ineunte, n. 49), et cela avec la certitude qu’il n’abandonne pas son peuple.

Chers frères, la question: «Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?» (Mt 11, 3) continue d’habiter des millions de visages. Confessons avec nos lèvres et notre cœur: Jésus-Christ est Seigneur (cf. Ph 2, 11). C’est notre cantus firmus que nous sommes invités à entonner tous les jours. Avec la simplicité, la certitude et la joie de savoir que «l’Eglise brille non de sa propre lumière, mais de celle du Christ. Tirant sa propre splendeur du Soleil de justice, ensorte qu’elle peut dire: “ Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi” (Ga 2, 20)» (S. Ambroise Hexaemeron, IV, 8, 32).

[01090-FR.02] [Texte original: Italien]

Homélie du pape François lors du Consistoire pour la création de 14 cardinaux

Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’homélie du pape François lors du Consistoire ordinaire public pour la création de 14 nouveaux cardinaux telle que prononcée par le pape François en la basilique Saint-Pierre de Rome:

«Les disciples étaient en route pour monter à Jérusalem; Jésus marchait devant[1] eux» (Mc10, 32).

Le début de ce passage caractéristique de Marc nous invite à toujours voir comment le Seigneur prend soin de son peuple grâce à une pédagogie incomparable. En route vers Jérusalem, Jésus ne manque pas de précéder (primerear) les siens. Jérusalem représente l’heure des grandes déterminations et décisions. Nous savons tous que, dans la vie, les moments importants et cruciaux font parler le cœur et révèlent les intentions ainsi que les tensions qui nous habitent. Ces carrefours de l’existence nous interpellent et font émerger desquestions ainsi que des désirs pas toujours transparents du cœur humain. Voilà ce que révèle, avec une grande simplicité et réalisme, le passage de l’Évangile que nous venons d’écouter. Face à latroisième et plus dure annonce de la passion, l’Évangéliste ne craint pas de révéler certains secrets ducœur des disciples: recherche des premières places, jalousies, convoitises, intrigues, arrangements et accords; une logique qui non seulement mine et corrode de l’intérieur les relations entre eux, maisqui en outre les enferme et les engage dans des discussions inutiles et de peu d’intérêt. CependantJésus ne s’arrête pas à cela, mais va de l’avant; il les devance (primerea) et avec force il leur dit: «Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur» (Mc 10, 43). Par ce comportement, le Seigneur cherche à recentrer le regard et le cœur de ses disciples,en empêchant que les discussions stériles et autoréférentielles trouvent place au sein de la communauté. À quoi sert-il de gagner le monde entier si l’on est corrompu à l’intérieur? À quoi sert-il de gagner le monde entier si l’on vit tous pris dans les intrigues asphyxiantes qui font dessécher etrendent stérile le cœur et la mission? Dans cette situation – comme quelqu’un l’a fait observer – on pourrait déjà entrevoir les intrigues de palais, y compris dans les curies ecclésiastiques.

«Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi»: une réponse du Seigneur qui est, avant tout, uneinvitation et un effort pour récupérer ce qu’il y a de meilleur chez les disciples et ainsi pour ne pas se laisser corrompre et emprisonner par des logiques mondaines qui détournent le regard de l’essentiel.«Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi»: c’est la voix du Seigneur qui fait éviter à la communautéde se regarder trop elle-même au lieu de diriger le regard, les ressources, les attentes et le cœur versce qui compte: la mission.

Et ainsi Jésus nous enseigne que la conversion, la transformation du cœur et la réforme de l’Église sont et seront toujours d’un point de vue missionnaire, car cela présuppose que l’on cesse devoir et de rechercher ses propres intérêts pour regarder et rechercher les intérêts du Père. La conversion de nos péchés, de nos égoïsmes n’est pas et ne sera jamais une fin en soi, mais viseprincipalement à faire grandir dans la fidélité et dans la disponibilité pour embrasser la mission. Etcela de manière que, à l’heure de vérité, surtout dans les moments difficiles pour nos frères, nous soyons bien disposés et disponibles pour les accompagner et accueillir tous et chacun, et que nous ne devenions pas de très bons repoussoirs, ou par étroitesse de vue[2], ou bien, pire encore, parce que nous discutons et pensons entre nous à celui qui sera le plus important. Quand nous oublions la mission, quand nous perdons de vue le visage concret des frères, notre vie se renferme dans la recherche de nos propres intérêts et de nos propres sécurités. Et ainsi, commencent à grandir le ressentiment, la tristesse et le dégoût. Peu à peu, disparaît l’espace pour les autres, pour lacommunauté ecclésiale, pour les pauvres, pour écouter la voix du Seigneur. De cette manière, on perdla joie et le cœur finit par se dessécher (cf. Exhort. Ap. Evangelii gaudium, n. 2).

«Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi, nous dit le Seigneur, […] celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous» (Mc 10, 43.44). C’est la béatitude et le magnificat que nous sommes appelés chaque jour à entonner. C’est l’invitation que le Seigneur nous adresse pour que nous n’oublions pas que l’autorité dans l’Église grandit avec cette capacité de promouvoir la dignité de l’autre, d’oindre l’autre, pour guérir ses blessures et son espérance tant de fois offensée. C’est noussouvenir que nous sommes ici parce que nous sommes invités à « porter la Bonne Nouvelle auxpauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre enliberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur» (Lc 4, 18-19).

Chers frères Cardinaux et nouveaux Cardinaux, tandis que nous sommes en route vers Jérusalem, le Seigneur marche devant nous pour nous rappeler encore une fois que l’unique autoritécrédible est celle qui naît du fait de se mettre aux pieds des autres pour servir le Christ. C’est celle qui vient du fait de ne pas oublier que Jésus, avant d’incliner la tête sur la croix, n’a pas eu peur de s’incliner devant ses disciples et de leur laver les pieds. C’est la plus haute distinction que nous puissions obtenir, la plus grande promotion qui nous puisse être accordée: servir le Christ dans le peuple fidèle de Dieu, dans celui qui est affamé, dans celui qui est oublié, dans le prisonnier, dans le malade, dans le toxicodépendant, dans la personne abandonnée, dans les personnes concrètes avec leurs histoires et leurs espérances, avec leurs attentes et leurs déceptions, avec leurs souffrances et leurs blessures. Ce n’est qu’ainsi que l’autorité du pasteur aura la saveur de l’Évangile et ne sera pas«qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante» (1 Co 13, 1). Personne parmi nous ne doit sesentir ‘‘supérieur’’ à quelqu’un. Personne parmi nous ne doit regarder les autres de haut. Nous pouvons regarder ainsi une personne uniquement quand nous l’aidons à se relever.

Avec vous, je voudrais rappeler une partie du testament spirituel de saint Jean XXIII, qui en avançant sur le chemin a pu dire: «Né pauvre, mais de gens humbles et honorables, je suis particulièrement heureux de mourir pauvre, en ayant distribué, selon les diverses exigences et circonstances de ma vie simple et modeste, au service des pauvres et de la Sainte Église qui m’a nourri, ce que j’ai eu entre les mains – par ailleurs, dans une mesure assez limitée – durant les années de mon sacerdoce et de mon épiscopat. Des apparences de bien-être ont souvent caché des épinesd’une pauvreté affligeante et qui m’ont empêché de donner toujours avec la largesse que j’auraisouhaitée. Je remercie Dieu de cette grâce de la pauvreté dont j’ai fait vœu dans ma jeunesse, pauvreté d’esprit, comme prêtre du Sacré Cœur, et pauvreté réelle, et qui m’a aidé à ne jamais rien demander: ni des postes, ni de l’argent, ni des faveurs, jamais, ni pour moi, ni pour mes parents ou des amis» (29juin 1954).

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[1] Le verbe proago est le même avec lequel Jésus ressuscité fait annoncer à ses disciples qu’il les ‘‘précèdera’’ en Galilée(cf. Mc 16, 7).
[2] Cf. Jorge Mario Bergoglio, Ejercicios Espirituales a los Obispos espagnoles, 2006.

[01080-FR.01] [Texte original: Italien]

Échos du Vatican

Retour dans cette émission sur la rencontre entre le pape François et le président de la République française, Emmanuel Macron; ainsi que sur les autres évènements de ces derniers jours au Vatican.

Le changement d’une vie…

Je suis une maman d’une fille d’un an, Emma, qui à ce jour s’épanouit et me montre ce qu’est la vie. J’ai toujours su qu’un enfant allait  changer ma vie d’une manière ou d’une autre, mais jamais je n’aurais cru que ça allait avoir un aussi grand impact, surtout au niveau de ma spiritualité. Alors, depuis un an, avec mon époux, nous sommes devenus trois. Quel beau chiffre! À y penser, le chiffre trois a plusieurs significations dans la Bible. Entre autres, ce chiffre peut représenter la Sainte Trinité. Nous sommes maintenant une jeune famille qui vit des hauts et des bas, comme bien d’autres familles, et nous apprenons à vivre avec de nombreux changements et défis que la société d’aujourd’hui nous apporte.

Lorsque je passe à travers une journée plus difficile, il m’arrive souvent de penser aux nombreux obstacles que mes parents on subit et cela me témoigne de deux choses. Premièrement, que leur foi en Dieu est tellement puissante et si bien ancrée dans leurs cœurs que cela leur a permis de surmonter les difficultés à travers les années. Deuxièmement, cette foi les a aidés à trouver un sens à leurs vies et de vouer leurs vies par amour pour ses enfants en réalisant plusieurs sacrifices.  

Étant maintenant nouvelle maman, j’essaie de transmettre les valeurs que je trouve importantes à mon enfant. Évidemment, pour l’instant elle est trop petite pour comprendre ce que le monde subit : terreurs, peur, isolation, guerre, égoïsme, jalousie, pauvreté, etc. Par contre, sans qu’elle le sache, elle me montre ce que je dois faire et comment je dois m’y prendre pour devenir une meilleure chrétienne et ainsi aider à bâtir un monde meilleur. À titre d’exemple, j’ai toujours voulu aider de nos nombreuses familles en leur montrant que tout est possible. Que ce soit à travers la réalisation de leurs rêves, dans leurs projets de vie et tout cela en leur démontrant que, lorsqu’on met Dieu à l’avant,
tout est possible. Et bien, le 24 mars dernier, lors de la Journée mondiale de la Jeunesse 2018 à Montréal, on m’a approchée pour me demander de faire partie de la procession de l’offertoire : en fait, non seulement moi, mais bien ma petite famille. Toutefois,  j’avais déjà une journée très chargée, mais soudainement, un rendez-vous s’est annulé à la dernière minute. Alors, non seulement sommes
nous allés, mais on m’a informé que nous allons représenter une jeune famille qui a choisi l’amour et la vie. Le tout en répondant à ce que l’ange Gabriel a dit à Marie « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu », thème de la JMJ 2018. Nous avons fait un simple geste, mais qui en dit grand ! Grâce à ma fille et à mon époux, nous avons témoigné qu’on est prêt à vivre dans la grâce de Dieu.

Dois-je vous dire que j’étais sans mots?! Je pense avoir  eu des larmes de joie lors de la cérémonie, on dirait que tout prenait son sens. Les nombreuses questions que j’avais dans ma tête ont été répondues par une invitation à témoigner devant plusieurs jeunes que OUI tout est possible si Dieu est avec nous. Par contre, je ne dis pas que tout sera facile. Au contraire, c’est à travers les embûches de la vie, que nous apprenons à nous remonter. Je crois que chaque être humain est ici pour une raison et nous sommes tenus d’être attentifs à l’appel de Dieu. Dieu nous montre le chemin et ça me rappelle les paroles de Jésus « Je serais toujours avec vous jusqu’à la fin de temps » (Mt 28:20).

Enfin, j’ai très vite réalisé qu’on a tous une mission à accomplir devant Dieu. Il est vrai qu’être un jeune catholique, dans une société qui rejette systématiquement la religion et la richesse spirituelle que celle-ci peut engendrer, peut s’avérer difficile. Cependant, il est primordial de ne pas se décourager et de continuer de cheminer dans la foi avec patience et amour, car c’est ainsi que nous pouvons manifester l’amour du Christ envers ses enfants et devenir un exemple à suivre pour ceux qui sont réticents d’exposer leur foi par crainte du jugement des autres. Il existe plusieurs activités et regroupements de jeunes catholiques qui sont une excellente façon de vivre pleinement sa foi, avec d’autres personnes qui vivent une réalité similaire. Par exemple, auparavant, j’ai participé dans différents groupes de jeunes ainsi que dans deux JMJ; celle de Cologne en Allemagne, et celle de Barcelone en Espagne. Ce furent deux expériences magnifiques, mais malgré mes participations actives pour témoigner de ma foi, je sentais qu’il me fallait plus et je me retrouvais en constante recherche de grands projets pour aller vers les jeunes et leur témoigner de Dieu. C’est donc au courant de cette quête qu’Emma est arrivée dans ma vie. En effet, ma fille est arrivée à un moment où j’en avais le plus besoin. Sans qu’elle ne le sache, c’est Dieu qui à travers ce petit ange, me guide de jour en jour pour grandir encore plus dans la foi, et tout cela, en toute humilité. En effet, elle me montre ce que Dieu veut de moi; en me rappelant les paroles de l’annonciation: «Sois sans crainte, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu». 

Maribel Mayorga-Espinoza

Échos du Vatican

Retour dans cette émission sur les déplacements, les discours, les rencontres et les célèbrations du pape François, et sur les autres évènements de ces derniers jours au Vatican.