Les évêques du Canada annoncent un engagement financier national de 30 millions de dollars pour soutenir les initiatives de guérison et de réconciliation

Voici une déclaration de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) qui donne plus de détails sur la promesse de s’«engager à recueillir des fonds dans chaque région du pays pour soutenir les initiatives discernées localement avec les partenaires autochtones», faite dans les excuses présentées par les évêques canadiens le 24 septembre dernier.

Les évêques du Canada, avec espérance, comme un témoignage sensible de leur engagement avec les Peuples autochtones, prennent collectivement un engagement financier à l’échelle nationale pour soutenir les initiatives de guérison et de réconciliation pour les survivants et survivantes des pensionnats indiens, leurs familles et leurs communautés.

Il s’agit d’initiatives dans toutes les régions du pays, avec un objectif de 30 millions de dollars sur une période pouvant aller jusqu’à cinq ans. L’effort fourni sera encore plus grand grâce à un encouragement soutenu au niveau local en vue de la participation des paroisses partout au Canada.

Mgr Raymond Poisson, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), est confiant que ces efforts soutiendront des projets significatifs à travers le Canada et feront une différence significative pour un apaisement du traumatisme historique et toujours présent, causé par le système des pensionnats.

« Lorsque les évêques du Canada se sont réunis en Assemblée plénière la semaine dernière, il y avait un consensus unanime sur le fait que les institutions catholiques devaient faire plus et de manière encore plus concrète pour remédier à la souffrance causée par les pensionnats au Canada. Grâce à des initiatives diocésaines locales, cet effort financier aidera à soutenir des programmes et des projets dédiés à l’amélioration de la vie des survivants et survivantes des pensionnats indiens ainsi que de leurs communautés, en garantissant les ressources nécessaires pour entreprendre le chemin de la guérison. »

Le financement des projets seront déterminés localement, en consultation avec les Premières Nations, les Métis et les Inuits de chaque région. Pour ce faire, les évêques du Canada se sont engagés à élaborer une stratégie nationale, à établir des échéanciers et à fournir une communication publique de ces initiatives collectives en novembre.

Mgr William McGrattan, vice-président de la CECC, a souligné l’importance de travailler avec les peuples autochtones sur les objectifs locaux, ainsi que le calendrier et la distribution des fonds. « Les évêques du Canada ont été guidés par le principe selon lequel nous ne devrions pas parler des peuples autochtones sans prendre le soin de parler avec eux. À cette fin, les discussions présentes avec les dirigeants locaux seront utiles pour discerner les programmes qui apporteront le soutien le plus efficace. Il n’y a aucune démarche qui puisse éliminer la douleur ressentie par les survivants et survivantes des pensionnats. Mais en s’écoutant, en cultivant des relations de confiance et en travaillant en collaboration là où nous le pouvons, nous espérons apprendre à marcher ensemble pour une espérance renouvelée.»

La nouvelle d’aujourd’hui fait suite aux excuses officielles présentées par les évêques du Canada le vendredi 24 septembre. Au cours des semaines et des mois à venir, la CECC continuera de fournir des mises à jour sur ce programme qui, avec patience, ouvre un chemin pour la guérison et la réconciliation.

 

Renseignements:
Lisa Gall, Chef, Service des communications
Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC)
Courriel : communications@cecc.ca
Téléphone : 613-241-9461, poste 225

Excuses officielles par les évêques catholiques du Canada aux peuples autochtones de ce pays

La déclaration suivante des évêques catholiques du Canada a été rendue publique le vendredi 24 septembre 2021, lors de l’Assemblée plénière annuelle de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC). Le texte est également disponible sur le site Internet de la CECC.

Nous, les évêques catholiques du Canada, réunis en Assemblée plénière cette semaine, nous profitons de l’occasion pour affirmer aux peuples autochtones de ce pays que nous reconnaissons la souffrance vécue dans les pensionnats indiens du Canada. De nombreuses communautés religieuses et des diocèses catholiques ont servi dans ce système qui a conduit à la suppression des langues, de la culture et de la spiritualité autochtones, sans respecter la richesse de l’histoire, des traditions et de la sagesse des peuples autochtones. Nous reconnaissons les graves abus qui ont été commis par certains membres de notre communauté catholique : physiques, psychologiques, émotionnels, spirituels, culturels et sexuels. Nous reconnaissons également avec tristesse le traumatisme historique et continu, de même que l’héritage de souffrances et de défis qui perdure encore aujourd’hui pour les peuples autochtones. Avec les entités catholiques qui étaient directement impliquées dans le fonctionnement des pensionnats et qui ont déjà présenté leurs propres excuses avec sincérité[1], nous[2], les évêques catholiques du Canada, nous exprimons notre profond remords et nous présentons des excuses sans équivoque.

Nous sommes pleinement engagés dans le processus de guérison et de réconciliation. En plus des nombreuses initiatives pastorales déjà en cours dans les diocèses à travers le pays, et comme une autre expression tangible de cet engagement continu, nous promettons de nous engager à recueillir des fonds dans chaque région du pays pour soutenir les initiatives discernées localement avec les partenaires autochtones. De plus, nous invitons les peuples autochtones à cheminer avec nous dans une nouvelle ère de réconciliation, en nous aidant pour chacun des diocèses de notre pays, à prioriser les initiatives de guérison, écouter l’expérience des peuples autochtones, spécialement les survivants et survivantes des pensionnats indiens, et éduquer les membres de notre clergé, les hommes et femmes consacrés, de même que les fidèles laïcs, sur les cultures et la spiritualité autochtones. Nous nous engageons à poursuivre le travail visant à fournir les documents ou les archives qui aideront à commémorer les personnes qui sont enterrées dans des sépultures anonymes.

Ayant entendu les demandes d’inviter le pape François à s’impliquer dans ce processus de réconciliation, une délégation autochtone, composée de survivants et survivantes, d’aînés/de gardiens et gardiennes du savoir, et de jeunes rencontrera le Saint-Père à Rome en décembre 2021. Le pape François recevra et écoutera les participants et participantes autochtones, afin de discerner comment il peut appuyer notre désir commun de renouveler les relations et de marcher ensemble sur le chemin de l’espérance dans les années à venir. Nous nous engageons à travailler avec le Saint-Siège et nos partenaires autochtones sur la possibilité d’une visite pastorale du Pape au Canada dans le cadre de ce cheminement de guérison.

Nous nous engageons pour continuer de vous accompagner, les Premières Nations, les Métis et les Inuits de ce pays. Respectant votre résilience, votre force et votre sagesse, nous sommes impatients de vous écouter et d’apprendre de vous alors que nous marcherons en solidarité.

Le 24 septembre 2021

[1] Pensionnats indiens et CVR – Conférence des évêques catholiques du Canada (cecc.ca)

[2] Le site Web de la CECC contient un lien vers plusieurs excuses présentées dane le passé par des évêques catholiques, y compris celles présentées par des évêques lors d’événements nationaux de la CVR.

Chaque enfant compte

Choc. Indignation. Tristesse. Souffrance.  Ce ne sont là que quelques-unes des émotions qui ont secoué notre pays et en particulier les communautés autochtones depuis la découverte de 215 enfants enterrés près de l’ancien pensionnat de Kamloops.

Aucune parole ne suffit pour rendre justice devant de telles horreurs. Aucun geste ne pourra compenser pour les violences commises à travers le Canada au cours des décennies et des siècles de notre histoire. Pourtant, nous devons faire briller la lumière de la transparence sur tout ce qui s’est passé.

Nous savons que de nombreux dirigeants ont une responsabilité réelle et urgente à cet égard. Il en va de même pour nous.

Nos cœurs, nos prières et notre solidarité se tournent vers les victimes et les survivants de tous les pensionnats, ainsi qu’à tous nos frères et sœurs autochtones partout au Canada. En même temps, nous devons écouter et avancer ensemble, main dans la main, vers la guérison, la justice, la réconciliation, la dignité et l’espérance d’un meilleur avenir.

Par où pouvons-nous commencer ?

Écouter. Les histoires des anciens élèves des pensionnats autochtones ont souvent rencontré l’indifférence plutôt que l’attention et le profond respect qu’elles méritent. Pour aller de l’avant, il faut comprendre les besoins et les témoignages réels de ceux qui ont souffert. Que peuvent faire chacun et chacune d’entre nous, pour se sensibiliser à la souffrance passée et présente des peuples autochtones ? 

Soutenir. De nombreuses façons, la détresse des peuples autochtones est la blessure la plus profonde de l’histoire canadienne. Il est de plus en plus évident que notre solidarité doit se traduire par des actes concrets de soutien qui promeuvent la dignité et les conditions de vie des personnes autochtones à travers le Canada. Quelles actions pouvez-vous poser dès maintenant ?

Être solidaire. Derrière les tragédies qui défilent dans les émissions d’actualité, il y a des visages, des histoires personnelles, des noms et des prénoms. Que pouvons-nous faire afin de développer des relations personnelles et des amitiés avec nos compatriotes autochtones ? Comment pouvons-nous nous engager personnellement ?

Sel + Lumière Média rend hommage au caractère sacré des vies qui ont été perdues. Chaque enfant compte.

Notre foi nous indique que la vie de chaque être humain est égale aux yeux de Dieu. Les paroles du pape François nous inspirent à reconnaître la dignité de tous les enfants de Dieu : 

« Il est quelque chose de fondamental et d’essentiel à reconnaître pour progresser vers l’amitié sociale et la fraternité universelle : réaliser combien vaut un être humain, combien vaut une personne, toujours et en toute circonstance. Si tous les hommes et femmes ont la même valeur, il faut dire clairement et fermement que  »le seul fait d’être né en un lieu avec moins de ressources ou moins de développement ne justifie pas que des personnes vivent dans une moindre dignité » (Evangelii Gaudium, no. 190) Il s’agit d’un principe élémentaire de la vie sociale qui est souvent ignoré de différentes manières par ceux qui estiment qu’il n’apporte rien à leur vision du monde ni ne sert à leurs fins. » (Fratelli Tutti, no. 106).

On a déjà beaucoup discuté de la nécessité d’une action de la part de l’Église face à ces révélations tragiques. Nous avons confiance que les responsables ecclésiastiques vont travailler avec assiduité pour aborder ce problème d’une manière qui corresponde à la gravité de cette tragédie.

En même temps, nous sommes l’Église. Le chemin de conversion de l’Église passe par chacune de nos vies.

Nous avons, toutes et tous, un rôle à jouer. Nous devons faire notre part pour honorer dignement la mémoire des 215 enfants décédés et rendre hommage à tous ceux qui ont souffert pendant tant d’années.

Que l’Esprit de notre Créateur nous guide sur ce chemin, des profondeurs de la nuit à la clarté d’une aube nouvelle.

 

Père Alan Fogarty, S.J.

Président-Directeur général

Fondation catholique Sel et Lumière média

 

Traduit de l’original anglais

Église en Sortie 11 janvier 2019

Cette semaine à Église en Sortie, Francis Denis reçoit Julian Paparella, participant au Synode sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » ainsi que Mgr Lionel Gendron p.s.s., évêque de Saint-Jean-Longueuil et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, et on vous présente la première chronique des actualités de la rue 2019 avec l’abbé Claude Paradis.

Non à l’instrumentalisation partisane de l’excuse

CNS/L’Osservatore Romano via Reuters

Mardi dernier était publiée une lettre du président de la Conférence des évêques catholiques du Canada adressée aux peuples autochtones. Alors que cette lettre réitérait la sollicitude de la CECC ainsi que son engagement à travailler à « un avenir où les injustices systémiques seront corrigées, où nous apprendrons tous de nouvelles façons de vivre ensemble qui sauront honorer et respecter les Premiers Peuples de notre pays », l’attention fut néanmoins portée sur le soi-disant « refus du pape à s’excuser ».

En effet, pour de nombreux acteurs de la société civile et politique, l’appel à l’action no 58 de la Commission Vérité et Réconciliation demandant « au pape de présenter, au nom de l’Église catholique romaine, des excuses… »* était très attendu. En effet, le Premier Ministre Justin Trudeau en avait lui-même discuté avec le Saint-Père lors de sa plus récente visite au Vatican. Désormais habitué à la politique de l’excuse, il était à prévoir que ce « refus » du Pape à « répondre personnellement » à cette demande allait causer une petite commotion politique et médiatique.

Dans une entrevue accordée à CBC, le père Thomas Rosica c.s.b. a tenu à expliquer cette décision du pape François. Pour l’ancien assistant de langue anglaise de la Salle de Presse du Vatican, cette demande de Justin Trudeau « ne prend pas en considération la nature même de l’Église catholique ». De fait, contrairement au fédéralisme centralisateur des Trudeau père et fils, la structure hiérarchique de l’Église est fondamentalement synodale. Cela implique la pleine responsabilité d’une église particulière à l’évêque du lieu ou, dans les cas qui les concernent, à un (e) Supérieur (e) de communauté religieuse (qui sont régis différemment). Dans ce cas-ci, les autorités compétentes se sont excusées à plusieurs reprises. Ainsi, puisque la responsabilité des graves injustices vécues dans les pensionnats fédéraux et gérés par des communautés religieuses n’étaient pas sous la responsabilité des Papes de l’époque, des excuses du pape François s’avèreraient infondées puisqu’ayant personnellement rien à se reprocher.

Un deuxième point soulevé est celui du jeu politique sous-jacent à la requête de Justin Trudeau. Le pape François, comme tout Souverain Pontife, jouit d’une totale liberté politique et morale. Essayer de le forcer à faire quoi que ce soit n’est pas une bonne tactique lors des pourparlers avec l’Église. Les Papes ayant déjà fait leur « mea culpa » par le passé, rien ne laisse donc croire à un geste d’orgueil ou de mauvaise volonté. C’est plutôt du côté de la dissolution actuelle du sens de l’excuse que nous devons chercher. En effet, selon le père Rosica c.s.b. « nous vivons dans une époque où l’excuse est devenue jetable (cheap). Or, pour l’Église, le plus important est le travail concret pour la réconciliation. Ce qui n’est pas toujours le cas lorsque l’on se paye de mot en disant « je m’excuse ». Enfin, pour le père Rosica c.s.b, plusieurs autochtones et personnes directement concernées sont même « frustrés des manœuvres politiques instrumentalisant les excuses » à des fins partisanes plutôt qu’en faveur de la réconciliation.  En ce sens, il est évident que l’Église catholique au Canada est l’une des institutions les plus impliquées sur les terrains auprès des communautés autochtones.

En ce qui a trait à un éventuel voyage du pape François au Canada, cette possibilité est toujours envisageable à moyen terme. Soulignant le fait « qu’aucun gouvernement ne dicte l’agenda d’un Pape lors de ses voyages apostolique », le père Rosica a ajouté que les autochtones sont une priorité pour le pape François. Sollicitude qui s’est manifestée à plusieurs reprises et, encore récemment, lors de son voyage en Bolivie où il a pu rencontrer les peuples autochtones d’Amazonie.

Cela ne fait aucun doute, ce refus de répondre par l’affirmative à l’appel à l’action numéro 58 ne doit pas nous faire conclure à un manque de proximité du pape François avec les peuples autochtones du monde entier. Cette décision communiquée par la lettre du président de la CECC doit plutôt manifester l’entière liberté d’un Pape qui, refusant la récupération politique, est pleinement engagé aux dialogues ainsi qu’à une véritable réconciliation. Cet esprit de réconciliation est pleinement incarné par les évêques du Canada pour qui les peuples autochtones font partie des plus hautes priorités. Pour en apprendre davantage sur la question, vous pourrez écouter mon entrevue exclusive avec Mgr Lionel Gendron à Église en sortie vendredi le 6 avril prochain à 19h30.

Une photo vaut parfois mille mots…

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Quel bonheur de voir une telle photo ! Un bel esprit règne entre les coprésidents nationaux de la campagne Avançons ensemble : Phil Fontaine, Chef national de l’Assemblée des Premières Nations et Mgr James Weisgerber, président de la Confrérence des évêques catholiques du Canada. La voie de la réconciliation est bien entamée avec cette levée de fonds destinée à apporter des changements fondamentaux et durables dans les communautés autochtones canadiennes en soutenant des programmes d’aide à la guérison et à l’éducation.

C’est avec des initiatives comme celle-ci que l’on pourra cicatriser les nombreuses blessures qui ont malheureusement jalonnés l’histoire des relations entre l’Église et les peuples autochtones.

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