La crédibilité passe par l’humilité

CNS photo/Bob Roller (Évêques américains en procession d’entrée au Séminaire Mundelein, Illinois, rassemblée pour une retraite extraordinaire)

À peine sommes-nous entrés en 2019 que le Vatican publie l’agenda du Saint-Père pour la nouvelle année. Comme c’est son habitude, un programme chargé l’amènera aux quatre coins de la planète afin de prêcher la Bonne nouvelle sans relâche. Plusieurs rencontres sur différents thèmes seront également organisées. La réunion qui se tiendra au Vatican du 21 au 24 février prochain et qui rassemblera l’ensemble des présidents des conférences épiscopales du monde entier pour réfléchir sur la crise mondiale des abus sexuels dans l’Église retiendra certainement l’attention. Bien qu’il soit encore difficile de connaître les détails entourant cette assemblée, nous pouvons désormais en discerner l’esprit. En effet, le 1er janvier dernier, le pape François publiait une lettre aux évêques américains destinée à leur manifester sa proximité au moment où ils entamaient la retraite qu’il leur avait lui-même suggéré de faire suite à la crise des abus sexuels l’année dernière. Selon moi, ce message manifeste quelques-uns des points qui seront abordés lors de la rencontre de février.

S’arrêter pour mieux discerner

S’inspirant de l’Évangile, le pape François manifeste d’abord la centralité de la prière et de l’écoute de la Parole de Dieu afin de ne pas « vicier les décisions, options, actions et intentions par les tensions internes » qui, comme chez les apôtres, peuvent aussi exister entre évêques. En effet, de nombreuses mesures sont possibles devant une crise. Toutes ne sont pas forcément applicables à l’Église. Rien de ce qui porte en soi « la saveur de l’Évangile » ne pourra porter les fruits exigés par la situation actuelle.

Ainsi, nous pouvons comprendre que la rencontre de février portera forcément avec elle une démarche spirituelle forte de contrition et d’écoute de l’Esprit Saint par la prière fraternelle.

L’opportunité d’une crise de crédibilité

Il est clair que le Pontificat du pape François est marqué par sa volonté d’imprégner à tous les niveaux de l’Église un esprit missionnaire. Dans bien des cas, ce renouvellement requiert une véritable conversion intérieure et structurelle de l’Église, une « metanoia » (no1). À première vue, rien de pire qu’une crise de crédibilité quand on a un message à faire passer! Toutefois, une crise de crédibilité peut être l’occasion de prendre au sérieux cet appel à la conversion. En effet, cette situation n’offre aucun autre choix que celui d’une l’humilité confiante dans la perspective divine qui n’a souvent que faire de nos stratégies et calculs.

Comme le dit le Pape :

« La crédibilité nait de la confiance, et la confiance nait du service sincère et quotidien, humble et gratuit envers tous […] Un service qui ne se conçoit pas comme une opération de marketing ou comme une simple stratégie pour récupérer la place qui a été perdue ou la reconnaissance sociale mais en tant qu’il appartient à la substance même de l’Évangile (Gaudete et Exsultate, no 97) » (no2) .

On ne doit donc pas s’attendre non plus à de grands coups d’éclat médiatiques suivant une logique trop humaine. Lorsque l’on a plus de crédibilité, le flot des paroles ne sert qu’à accentuer la suspicion. Loin des méthodes et réformes purement organisationnelles, nous devons donc retourner au cœur de l’identité chrétienne et de ce que signifie véritablement être disciple du Christ.

Jésus-Christ crucifié

Lorsqu’on s’y arrête un peu, on voit souvent dans nos démarches ecclésiales une tendance à fuir la croix que Dieu nous présente. Faisant référence « aux tensions et contradictions » chez les disciples, le pape manifeste aux évêques américains que c’est au moment même de « l’heure de Jésus et du don de soi ultime sur la croix » que ces dernières se manifestent clairement et ouvertement. En ce sens, c’est souvent la peur de la souffrance et de la mort qui nous porte à chercher des boucs émissaires au sein même de nos communautés. Quel terreau fertile pour « l’ennemi de la nature humaine » (no 1)!

Au contraire, pour le Pape, le temps est venu de « trouver une nouvelle présence au monde conforme à la croix du Christ » (no2). Le temps des excuses et des stratégies humaines pour éloigner la souffrance est révolu. Comme le disait le père Cantalamessa, prédicateur officiel de la Maison Pontificale et de l’actuelle retraite des évêques américains : « Qui cherche Jésus sans la croix trouvera la croix sans Jésus »[7].

Conclusion 

Alors que le mois de février arrive à grands pas et que les représentants des épiscopats mondiaux se préparent à cette rencontre importante, le pape a déjà manifesté l’esprit dans lequel les délibérations devront avoir lieu. Dans un esprit de prière pénitentielle et tournés vers la réconciliation, les évêques en union avec le successeur de Pierre réfléchiront sur les leçons à tirer du scandale des horribles crimes d’abus sexuels. Loin des stratégies cherchant à minimiser ou à faire abstraction du mal commis, le pape François indique le chemin de la contemplation du Christ crucifié qui, accueilli communautairement, resserre les liens et rend possible le miracle du don total au service des autres. Ainsi, cette vérité que « Dieu peut tirer le plus grand bien du mal même »[8] pourra être manifestée avec plus d’authenticité et d’éclat. La crédibilité perdue sera retrouvée et la mission s’en trouvera renouvelée. Pour en savoir plus sur le sujet, ne manquez pas la semaine prochaine à Église en Sortie, mon entretien de début d’année avec Mgr Lionel Gendron, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada.

[8] Dom Dysmas de Lassus et Card. Robert Sarah, La Force du silence : Contre la dictature du bruit, Fayard, p. 329.

Un évêque canadien avec le Pape au Pérou

Du 18 au 21 janvier 2018, le pape François sera en voyage apostolique au Pérou. Lors de son passage dans ce pays, le successeur de Pierre visitera l’Église et la société péruvienne toute entière. Pour l’occasion, le pape François a expressément demandé à la Conférence des évêques du Canada d’envoyer un représentant. C’est Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal, qui a été désigné puisque Mgr Lionel Gendron, actuel président de la CECC, ne pouvait s’y rendre étant en Israël au même moment. J’ai eu le plaisir de m’entretenir avec Mgr Lépine avant son départ pour le Pérou prévu pour le mercredi le 17 janvier prochain.

Selon l’archevêque de Montréal, le Pape désire s’inscrire dans la continuité avec saint Jean-Paul II pour qui « il était important de garder une vision unitaire de l’Amérique ». En effet, bien qu’étant divisée en trois hémisphères distincts, l’Amérique doit prendre conscience des éléments communs du continent américain. Constructeur de pont de paix, s’il en est un, le pape François sait que l’avenir et la paix internationale passe par le fait de souligner ce qu’il y a de commun entre les peuples. L’Église canadienne doit donc se sentir spécialement concernée par ce voyage du pape au Chili et au Pérou, d’où la demande papale d’envoyer sur place un représentant des évêques canadiens. Cela permettra, à la fois, de témoigner de la solidarité canadienne envers les enjeux que vivent nos frères et sœurs du sud, et à la fois de s’inspirer de la vitalité et des innovations sociales et ecclésiales de ce pays latino-américain.

Mgr Christian Lépine fera donc partie de ce marathon de prière, de dialogue et de rencontres que sont les voyages apostoliques du pape François. Tout comme ses frères évêques péruviens, il affirme être spécialement touché par les grandes priorités que s’est données le Pape lors de ce voyage. Promouvoir la paix, la justice et laisser le Christ faire surgir en nous l’espérance sont des défis pour le monde entier. Ainsi, cette visite au Pérou peut nous inspirer nous aussi.

La sollicitude du Pape envers les autochtones et les questions environnementales de la région de l’Amazonie sont pour le pape les éléments clefs de ce voyage apostolique. Selon radio-Vatican,  « Plusieurs attendent une homélie importante du pape François sur la question amazonienne. Elle offrira des orientations fortes aux travaux préparatoires au Synode sur l’Amazonie ».

Enfin, lorsqu’on lui demande ce qu’il pourra éventuellement retirer d’une telle expérience, Mgr Lépine souligne que cela lui permettra certainement de se rapprocher de toutes les communautés latino de son archidiocèse : « Mon expérience en Italie m’a beaucoup aidé à me rapprocher des communautés italiennes de mon diocèse. Je suis certain que la même chose va se produire avec les diocésains latino-américains. Je dois donc dès maintenant intensifier mon apprentissage de l’espagnol! »

Dès son retour, Mgr Lépine sera en studio pour nous faire le récit de son voyage. D’ici là, restez à l’antenne de Sel et Lumière pour suivre le voyage du Pape au Chili et au Pérou dans le cadre de notre programmation spéciale et exclusive.

135e Convention suprême des Chevaliers de Colomb

CNS photo/Tom Tracy

Du 1er au 3 août prochain, se tiendra à Saint-Louis au Missouri (USA) la 135e Convention suprême des Chevaliers de Colomb. Succédant à Toronto dans l’accueil de cet événement incontournable de l’Église en Amérique du Nord, la ville de Saint-Louis sera le lieu de ce rassemblement des 2500 représentants provenant des 15 342 Conseils des Chevaliers de Colomb (selon les statistiques de l’année dernière) répartis à travers le monde. Le thème de cette année est tiré du Message du pape François pour la célébration de la 50e journée mondiale de la paix : « Convaincu de l’amour et de la puissance de Dieu » (no 3). Ce sera donc l’occasion pour ces milliers d’hommes engagés au nom de leur foi, de prier, réfléchir, partager et faire le point sur la réalité de leur ordre en 2017, 135 ans après sa fondation par le vénérable Michael J. McGivney.

Une impressionnante somme de travail de qualité

Il est toujours impressionnant de penser que les Chevaliers de Colomb compte aujourd’hui tout près de 2 millions de membres et ce partout dans le monde. Selon le rapport annuel 2015 publié l’an dernier, les Chevaliers de Colomb ont distribué 175 millions de dollars en œuvres de charité et travaillé quelque 73.5 millions d’heures bénévoles. Ces chiffres en soi impressionnants viennent s’ajouter aux statistiques des années précédentes. Ce qui fait un total de 700 765 880 millions d’heures de bénévolat seulement durant la dernière décennie. Si nous devions chiffrer ces heures, nous arriverions à des montants astronomiques et, surtout, insoutenables pour les services publics. Sans faire trop de bruit, les Chevaliers de Colomb remettent la « logique de la gratuité »[4] au cœur de la cité, À l’heure où, particulièrement au Québec, les services publics craquent de partout sous le poids des besoins liés au vieillissement de la population, le travail des Chevaliers de Colomb est plus nécessaire que jamais.

Des priorités toujours plus urgentes

Comment continuer à améliorer la vie de nos frères et sœurs en humanité fera également partie des réflexions tout au long de cette convention. Seront bien évidemment objets de discussion, l’engagement des Chevaliers de Colomb à mettre au centre de leurs préoccupations la promotion d’une culture de la vie, d’une vie familiale unie dans l’amour de Dieu, la liberté de religion sans oublier la cause encore trop négligée des chrétiens persécutés. Parallèlement, sera remis comme à chaque année, le prix Gaudium et Spes, à une personnalité s’étant démarquée par son dévouement pour la création d’un monde plus juste, où rayonne la joie et l’espérance de l’Évangile.

Un événement ouvert à tous

Encore une fois cette année, Sel et Lumière sera sur place à Saint-Louis au Missouri afin de vous faire vivre cet événement de l’intérieur. Pour l’occasion, le père Thomas Rosica, Émilie Callan et moi-même, nous vous rapporterons des témoignages, reportages et entrevues exclusifs en compagnie de nombreux acteurs de la vie de l’Église. Pour plus de renseignements vous pouvez consulter l’horaire complet des diffusions en direct sur nos ondes en cliquant ici. C’est un rendez-vous à ne pas manquer!

“Une citoyenneté franciscaine” Réflexion sur quatre ans de pontificat

Nous savons tous à quel point la citoyenneté, l’engagement social et le souci du Bien commun sont importants et nécessaires pour notre société. La citoyenneté est au cœur des actualités depuis quelques années déjà, et spécialement durant les derniers mois. Nous entendons souvent parler des questions liées à la citoyenneté comme les frontières, les murs, nos passeports, etc. Nous voyons des personnes fuir des régimes oppressifs et d’autres touchées par la pauvreté au Moyen-Orient, en Afrique et ailleurs fuir dans des embarcations de fortune pour se retrouver souvent au milieu de drames horribles causant de nombreuses victimes en Méditerrannée. Les fermetures de frontières et des histoires de déportation remplissent les chaînes de nouvelles. Les leaders du monde enclenchent la sonnette d’alarme en votant des législations favorisant l’extradition des non-citoyens ou en empêchant tout simplement leur entrée dans leur pays. Des chefs d’État construisent des murs au lieu d’ériger des ponts. La crise mondiale des réfugiés  qui nous affecte tous est une histoire troublante d’un désir de citoyenneté, de justice et de rêve de liberté. En ce moment même, la citoyenneté est au premier plan dans l’esprit de nombreuses personnes à travers le monde. Le cri du pape François selon lequel « nous sommes tombés dans une globalisation de l’indifférence » a résonné en 2013 dans la baie de Lampedusa ainsi qu’à de nombreux autres lieux de par le monde.

Quels sont les devoirs et les obligations d’une bonne citoyenneté ? Qu’est-ce que ce Pape jésuite a enseigné au monde à propos de la citoyenneté durant ces quatre années de pontificat ? D’abord, il nous rappelle qu’en ce monde, nous n’avons pas de cité qui perdure. Nous serons toujours des pèlerins, des étrangers sur le chemin de la Nouvelle Jérusalem. Nous aurons toujours ce sentiment d’inconfort en nous à mesure que nous constatons que nous ne correspondons pas à de nombreuses « voies de ce monde ». Le pape François nous enseigne également que la citoyenneté du ciel ne nous enlève pas nos responsabilités, nos devoirs et nos obligations inhérentes à notre séjour sur terre. N’est-ce pas ce que le président des États-Unis John F. Kennedy avait en tête lorsqu’il affirmait dans son discours inaugural « Avec une bonne conscience notre seule récompense sûre, avec l’histoire qui est juge final de nos actions, avançons [] en demandant Sa bénédiction, Son aide tout en sachant qu’ici sur terre, le travail de Dieu doit être vraiment le nôtre » ?

Durant les quatre dernières années, le pape François nous a donné trois bons manuels qui nous aiderons à vivre comme bons citoyens sur la terre alors même que nous nous préparons à nous rendre à notre maison du ciel. Nous en connaissons les titres : Evangelii Gaudium, Laudato Si, Amoris Laetitia. Evangelii Gaudium est le livre de lecture du « comment vivre dans notre monde ? » en nous offrant le cadre de notre relation avec Dieu et avec les autres tout en nous enseignant quelles doivent être nos priorités. Laudato Sì est la maison que Dieu nous a donné : la terre, ses ressources et ses richesses. Nous sommes responsables de cette maison. Amoris Laetitia nous offre un manuel important sur comment vivre nos vies à l’intérieur de cette maison dans nos relations avec les autres.

Jusqu’à quel point avons-nous pris au sérieux la question cruciale du pape François dans son encyclique sur le soin à donner à notre maison commune : « Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèderons, aux enfants qui grandissent ? » (No 160). Cette question de l’environnement ne peut être considérée seule et isolément. Elle ne peut être abordée de façon fragmentaire. Cette question nous mène à nous poser la question du sens de notre existence et des valeurs fondamentales de notre vie sociale : « Quelle est la raison d’être de notre vie en ce monde ? Quel est le but de notre travail et de nos efforts ? Qu’est-ce que le monde attend de nous? »  Si nous n’examinons pas continuellement nos consciences avec ces questions, nous ne serons pas de bons citoyens.

François nous rappelle constamment que nous ne pouvons pas vivre dans nos propres cocons, nous retirant dans l’isolement de nos projets personnels en ignorant ce qui se passe autour de nous. Ce pape argentin a souvent insisté sur le fait que, plus que jamais, nous avons besoin « d’une Église qui est de nouveau capable de restaurer la citoyenneté de tant de ses enfants qui marchent comme en exode. La citoyenneté chrétienne est avant tout une conséquence de la miséricorde de Dieu. Le Pape veut que l’Église soit un instrument de réconciliation et d’accueil, une Église capable de réchauffer les cœurs, une Église qui n’est pas centrée sur elle-même mais toujours à la recherche de ceux qui sont dans les périphéries et ceux qui sont perdus, une Église capable d’amener les personnes à la maison ».

Comment oublier le discours émouvant du pape François, premier Pontife en provenance de l’Amérique latine, au Congrès américain le 24 septembre 2015. Ce fut un moment électrisant et une leçon fascinante sur ce qu’est une citoyenneté authentique.  En exaltant les différentes vertus et qualités du peuple américain, François a voulu incarné son discours en présentant quatre exemples tirés de l’histoire américaine : Abraham Lincoln, Martin Luther King, Dorothy Day et Thomas Merton. Selon François, Lincoln était « le gardien de la liberté, qui a travaillé sans relâche de sorte que ‘‘cette nation, sous Dieu, [puisse] avoir une nouvelle naissance de liberté’’. Bâtir un avenir de liberté demande l’amour du bien commun et la coopération dans un esprit de subsidiarité et de solidarité.

De son côté, Dr. Martin Luther King représente ce « besoin de vivre unis, en vue de bâtir comme un tout le plus grand bien commun : celui de la communauté qui sacrifie ses intérêts particuliers pour partager, dans la justice et dans la paix, ses biens, ses intérêts, sa vie sociale.

À la surprise de plusieurs, le Pape a ensuite fait référence à Dorothy Day, fondatrice du Mouvement des travailleurs catholiques. De cette grande dame il a dit : « Son activisme social, sa passion pour la justice et pour la cause des opprimés étaient inspirés par l’Évangile, par sa foi et par l’exemple des saints ».

Pour compléter ce quattuor de héros, le pape François a offert aux puissants politiciens réunis ce matin-là au Capitole un portrait de Thomas Merton comme étant celui qui « demeure la source d’une inspiration spirituelle et un guide pour beaucoup […] Merton était avant tout un homme de prière, un penseur qui a défié les certitudes de son temps et ouvert de nouveaux horizons pour les âmes et pour l’Église. Il était aussi un homme de dialogue, un promoteur de paix entre les peuples et les religions ».

« Trois fils et une fille de ce pays, quatre personnes et quatre rêves : Lincoln, la liberté ; Martin Luther King, la liberté dans la pluralité et la non-exclusion ; Dorothée Day, la justice sociale et les droits des personnes ; et Thomas Merton, la capacité de dialoguer et l’ouverture à Dieu. Quatre représentants du peuple américain. »

Le pape François a conclu ce discours enlevant par ces mots : « Une nation peut être considérée comme grande quand elle défend la liberté comme Lincoln l’a fait, quand elle promeut une culture qui permet aux personnes de ‘‘rêver’’ de droits pléniers pour tous ses frères et sœurs, comme Martin Luther King a cherché à le faire ; quand elle consent des efforts pour la justice et la cause des opprimés, comme Dorothée Day l’a fait par son travail inlassable, fruit d’une foi devenue dialogue et semence de paix dans le style contemplatif de Thomas Merton. »

Pour François, ce discours fut l’équivalent du « I have a dream » du Dr. Martin Luther King. Un message aux chefs d’une nation puissante du monde divisée par des tensions politiques et idéologiques. Il est bon de se rappeler ces paroles prophétiques qui doivent encore résonner à travers l’Amérique et le monde en ce moment où nous faisons mémoire des quatre premières années de pontificat de François : « Nous sommes tous conscients de l’inquiétante situation sociale et politique du monde aujourd’hui, et nous en sommes préoccupés. Notre monde devient de plus en plus un lieu de violents conflits, de haine et d’atrocités brutales, perpétrées même au nom de Dieu et de la religion. […] Le monde contemporain, avec ses blessures ouvertes qui affectent tant de nos frères et sœurs, exige que nous affrontions toute forme de polarisation qui le diviserait en deux camps. Nous savons qu’en nous efforçant de nous libérer de l’ennemi extérieur, nous pouvons être tentés de nourrir l’ennemi intérieur. Imiter la haine et la violence des tyrans et des meurtriers est la meilleure façon de prendre leur place. C’est quelque chose qu’en tant que peuple vous rejetez. »

Prions afin que nous puissions prendre au sérieux l’enseignement du pape François sur la citoyenneté en imitant la vie des hommes et de la femme qu’il nous a laissés ce matin de septembre 2015. Ce fut un moment important des quatre années de son ministère pétrinien. Nous avons beaucoup à apprendre de la vie d’Abraham Lincoln, Martin Luther King, Dorothy Day, Thomas Merton mais également de Jorge Mario Bergoglio a.k.a Francis. Ils sont tous d’important modèles de citoyenneté authentique qui nous guident dans notre pèlerinage vers la Jérusalem céleste.

Le père Thomas Rosica c.s.b. est PDG de la Fondation catholique Sel et Lumière média au Canada. Il a notamment servi comme attaché de presse de langue anglaise de la Salle de Presse du Saint-Siège de 2013 à 2017.

 

Le Pape François écrit au président américain Donald Trump

CNS photo/Carlos Barria, Reuters

Vous trouverez ci-dessous l’article tel que paru sur la page web de Radio Vatican:

(RV) Le Pape François a adressé un message au nouveau président américain Donald Trump, investi ce vendredi 20 janvier 2017. «Sous votre direction, puisse la stature de l’Amérique continuer à être mesurée avant tout par son souci pour les pauvres, les exclus et les nécessiteux qui, comme Lazare, se tiennent devant notre porte» écrit le Saint-Père, lui offrant ses vœux cordiaux pour cette nouvelle présidence.

«À une époque où notre famille humaine est assaillie par de graves crises humanitaires exigeant des réponses politiques ambitieuses et unies, je prie pour que vos décisions soient guidées par les riches valeurs spirituelles et éthiques qui ont façonné l’histoire du peuple américain et l’engagement de votre nation à la promotion de la dignité humaine et de la liberté dans le monde entier» souligne François.

Donald Trump a été investi ce vendredi 20 janvier. Dans son discours sur les marches du Capitole, il s’est engagé à ce que sa présidence montre la voie pour l’Amérique et pour le monde «pour des années», dans un discours aux allures de discours de campagne.

Montréal, une histoire à redécouvrir

fullsizerender_1

Le 11 décembre prochain, aura lieu le lancement du 375e anniversaire de la ville de Montréal. Cette année sera donc l’occasion de connaître davantage cette Ville-Marie qui allait naître il y a bientôt 375e ans. Outre les nombreuses activités organisées par la ville de Montréal pour célébrer cette riche histoire, tous sont invités à faire mémoire de ce passé pas si loin de nous afin de réfléchir aux grandes orientations qui détermineront les années à venir. En ce sens, la lettre pastorale de Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal, intitulée « Au nom de Jésus » nous offre une profonde réflexion qui peut nous aider à mieux comprendre la métropole du Québec.

Ville-Marie, une aventure mystique

Lorsqu’on côtoie trop souvent une réalité, nous avons tendance à nous y habituer, à ne plus y porter attention et même à la prendre pour acquise. Une ville ne fait pas exception à ce phénomène. Parlez-en à tous ces Parisiens qui ne sont jamais montés dans la tour Eiffel ou à tous ces Torontois qui ne sont jamais montés dans la Tour du CN ! De la même manière, trop peu souvent les Montréalais s’arrêtent et s’interrogent sur l’histoire de leur ville, spécialement son passé religieux, bien que sa fondation soit indissociablement « animée par un souffle d’évangélisation ».

Selon Mgr Lépine, Montréal est d’abord et avant tout un « projet inspiré par Dieu » fondé par des hommes et des femmes qui « au Nom de Jésus […] ont fondé la ville de Montréal le 17 mai 1642 ». Faire abstraction de cette dimension religieuse de la fondation de celle que l’on nommait à l’époque « Ville-Marie » participe, selon moi, de cette « mémoire blessée » selon les mots de l’historien Éric Bédard (19 :45min). Comment surmonter cette amnésie volontaire d’« un monde qui veut souvent se construire sans Dieu » ?

Pour une guérison de la mémoire

Ce monde « sans Dieu » correspond-t-il vraiment aux promesses telles que formulées par certains courants influents lors de la Révolution Tranquille ? Une « juste conception de la laïcité » est bien évidemment louable. Je ne connais aucun évêque ou prêtre désireux de gérer le boulevard Métropolitain. Cependant, faire comme si la forme la plus haute de l’expérience humaine s’exprimait dans la culture du divertissement m’apparaît être une des sources de la crise actuelle telle que décrite dans le document de l’AECQ « Des solidarités à reconstituer et à reconstruire ». Esquiver la tentation de réduire les citoyens à de simples « homo economicus » est l’une des tâches importantes des institutions aujourd’hui, et c’est à ce rendez-vous que nous convie Mgr Christian Lépine lors de ce 375e.

En ce sens, retrouver l’accès à l’inspiration de nos pères fondateurs « par le pardon et la confiance, le dialogue et la réconciliation » dépend d’un nouveau souffle évangélisateur selon les deux conseils du pape François lors de la Messe d’action de grâce pour la canonisation équipollente des saints François de Laval et Marie de l’Incarnation, à Rome, le 12 octobre 2014 :

Le premier est celui-ci : « Souvenez-vous de ceux qui vous ont dirigés : ils vous ont annoncé la parole de Dieu. La mémoire des missionnaires nous soutient au moment où nous faisons l’expérience de la rareté des ouvriers de l’Évangile.

Le second est celui-ci : Rendre hommage à qui a souffert pour nous apporter l’Évangile signifie livrer nous aussi la bonne bataille de la foi, avec humilité, douceur et miséricorde, dans la vie de chaque jour. Et cela porte du fruit.

 Mémoire de ceux qui nous ont précédés, de ceux qui ont fondé notre Église. Église féconde que celle du Québec ! Féconde de nombreux missionnaires qui sont allés partout. []

Maintenant un conseil : que cette mémoire ne nous conduise pas à abandonner la franchise et le courage. Le diable est jaloux et il ne tolère pas qu’une terre soit ainsi féconde de missionnaires. Prions le Seigneur pour que le Québec revienne sur ce chemin de la fécondité, pour donner au monde de nombreux missionnaires. [] Que le Québec redevienne cette source de bons et de saints missionnaires.