Revue de l’année 2014

Dans cette émission, Sel et Lumière revient sur les grands évènements de l’Église qui ont émaillées l’année 2014. Au Canada d’abord: le 350ème anniversaire de la basilique cathédrale Notre-Dame de Québec, l’ouverture de sa Porte sainte, son archevêque, Mgr Gérald Cyprien Lacroix élevé à la pourpre cardinalice, la canonisation de Mgr François de Laval et de Marie de l’Incarnation. À Rome ensuite: la canonisation de Jean XXIII et Jean-Paul II, et le synode sur la famille.

La “voie de la beauté” : Entrevue avec Rodolfo Papa

Cette semaine à Focus catholique nous vous présentons une entrevue réalisée auprès de Rodolfo Papa en octobre dernier lors de notre visite à Rome pour le Synode extraordinaire des évêques sur la famille. C’est à cette occasion que nous avons pu rencontrer ce peintre et historien de l’art qui a eu la gentillesse de nous recevoir dans son atelier. C’est donc, d’une certaine façon, chez lui qu’il nous parler de sa passion pour la peinture. Bien que nous ne l’ayons pas abordé dans l’entrevue, Rodolfo Papa est un très grand spécialiste du peintre Caravage dont plusieurs de ses peintures sont aujourd’hui connues partout dans le monde. Malheureusement non disponibles en français, les ouvrages de Rodolfo Papa sur celui que l’on appelle en italien le « Carravaggio » ont la particularité de traiter de la théologie qui se retrouve dans les peintures elles-mêmes. Malheureusement, beaucoup d’ouvrages publiés aujourd’hui sur ce peintre se divisent en deux tendances majeures. Soit on a affaire à des livres pour initiés uniquement c’est-à-dire pour des grands spécialistes s’intéressant à la technique du clair-obscur dont il fut l’un, si ce n’est le plus grand représentant. D’un autre côté, on assiste à plusieurs livres, et même film, relatant la vie rocambolesque du personnage Caravage et de sa vie tumultueuse. Les visites guidées qui font le tour des églises et musées de Rome, où se trouvent un grand nombre de ses œuvres, ne font pas exception à ces deux tendances. Pour Rodolfo Papa, il existe une voie médiane qui, sans laisser de côté ces deux aspects, se concentre surtout sur le sens et la théologie qui se trouve derrière ces peintures. [Read more…]

Événements pour souligner la mémoire de l’archevêque de Rimouski et président de l’Assemblée des évêques du Québec

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 Pierre-André Fournier (1943 – 2015)
Les événements pour souligner la mémoire de l’archevêque de Rimouski et
président de l’Assemblée des évêques du Québec

 

Vigile à Québec mercredi
Funérailles à Rimouski dimanche
Autocar de Québec et webdiffusion

Québec, le 12 janvier 2015 – En mémoire de Mgr Pierre-André Fournier, archevêque de Rimouski et président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, une vigile de prière présidée par le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, aura lieu à Québec ce mercredi 14 janvier à 19 h 30 en l’église Saint-Roch (590, rue Saint-Joseph), où Pierre-André servit comme curé de 1983 à 1995.

Les funérailles de Mgr Fournier seront célébrées par le cardinal Lacroix le dimanche 18 janvier 2015 à 14 h 30 en l’église de Saint-Robert-Bellarmin de Rimouski (233, rue Saint-Laurent Ouest). La cérémonie sera diffusée en direct sur Internet grâce à la collaboration de la webtélé de l’Église catholique de Québec, www.ecdq.tv.

Un transport par autocar nolisé sera offert à partir de Québec au coût de 22 $ pour assister aux funérailles à Rimouski. Le départ se fera à 7 h 30, dimanche le 18 janvier, des Services diocésains de Québec (1073, boul. René-Lévesque Ouest), stationnements gratuits disponibles sur place. Pour ce voyage, il est nécessaire de réserver avant le jeudi 15 janvier à 16 h, par téléphone au 418-688-1211 poste 218 ou par courriel à diane.huot@ecdq.orgAucune place ne sera disponible au moment du départ.

 Tous ceux et celles qui souhaitent lui rendre un dernier hommage sont aussi invités à se rendre au grand salon de l’archevêché de Rimouski (34, rue de l’Évêché Ouest) où son corps sera exposé le vendredi 16 janvier et le samedi 17 janvier, de 14 h à 16 h 30 et de 19 h à 21 h 30. Le dimanche 18 janvier, jour des funérailles, la dépouille mortelle sera exposée en chapelle ardente en l’église de Saint-Robert-Bellarmin à partir de midi. Les funérailles auront lieu à 14 h 30, suivies de l’inhumation aux Jardins commémoratifs Saint-Germain de Rimouski.

Les témoignages sur Mgr Fournier peuvent aussi être partagés sur le site Web de l’Église catholique de Québecwww.ecdq.org (de nombreuses personnes l’ont déjà fait – hyperlien direct).

Mère Julienne du Rosaire: missionnaire et adoratrice

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En janvier de cette année nous célébrons le 20e anniversaire du décès de Mère Julienne du Rosaire. Pourtant, elle est à ce jour peu connue en-dehors de sa ville natale, Québec.

Déjà adolescente, elle sent bien un appel à la vie consacrée et est certaine que sa vocation aura un caractère missionnaire. Mais une santé fragile l’obligera de considérer une autre avenue. C’est à ce moment-là qu’elle entre dans une communauté de dominicaines et elle y trouve enfin sa place. Auprès de saint Dominique surgit en elle un autre désir, celui de donner des adorateurs au Père. Encore une fois, sa santé s’affaiblit, cette fois-ci de façon considérable, à cause d’un empoisonnement. Incapable de retrouver la santé rapidement, on lui demande de quitter la communauté. Convaincue de son appel, elle fera, malgré tout, des vœux de chasteté, d’obéissance et de pauvreté, en privé, le 19 mars 1942.

La triple spécificité de sa vocation, dominicaine, missionnaire et adoratrice, se concrétise le 7 octobre 1948, lorsqu’elle crée une nouvelle communauté : les Dominicaines missionnaires adoratrices. Leur maison mère se trouve maintenant à Beauport au Québec. Mais son héritage va au-delà des murs du couvent.

Un héritage qui pourrait se résumer en une seule phrase, pleine de sens, qu’il faudrait tout une vie pour la saisir totalement. « Amour et gloire à la Trinité par le cœur eucharistique de Jésus ». Ces paroles coulaient dans le sang de Mère Julienne comme elles coulent aujourd’hui dans le sang des sœurs de sa communauté. Elle désirait que tous les membres du corps du Christ, vous et moi, goûtent à la vie intérieure de Jésus. Pour que l’apostolat porte du fruit, Mère Julienne nous demande de puiser dans cette vie intérieure de Jésus, qui atteint son sommet dans le don de lui-même sur la croix. Elle nous invite à faire grandir notre amour pour lui dans l’Eucharistie, par la messe et l’adoration du Saint Sacrement.

Ce que Mère Julienne nous demande c’est d’unir tous nos efforts quotidiens au cœur eucharistique de Jésus. Elle qui voulait que sa « vie soit une messe », nous invite dans ce même élan de don de soi, en demeurant toujours conscient de l’amour de Dieu en chacun de nous.

Je vous invite à découvrir cette femme, Mère Julienne du Rosaire, « femme de lumière et de feu ». C’est le titre du livre que j’ai sous les mains et qui raconte sa vie et son œuvre. Son contenu ne représente qu’une parcelle du rayonnement de cette religieuse qui portait un message destiné au monde entier.

Voici une prière qu’elle a composée. Puissions-nous faire de notre vie une « messe » à la manière de Mère Julienne.

Jésus, je te donne mon cœur
 pour que tu y mettes le tien à la place
 et que, par conséquent, j’aime comme Toi Dieu Notre Père; j’aime comme Toi tous mes frères et soeurs.

Que ce ne soit plus moi
 qui vive, mais Toi;
 plus moi qui prie, qui adore mais Toi;
 que ce ne soit plus moi qui travaille, mais Toi;

 plus moi qui souffre, mais toi. Que ce ne soit plus moi qui aime mais Toi.

Que Ton regard transfigure mes yeux
 pour que je voie mes semblables
 comme toi, tu les vois,
 avec bonté et bienveillance.

 Que Ta lumière remplisse mon esprit; qu’à travers moi elle rayonne
 et éclaire ceux que je rencontre.

Que Ton Amour brûle mon cœur
 et passe dans des paroles et des gestes
 pleins de ta douceur, de ta bonté, de ton humilité et de ta tendresse.

Que ma vie soit une incessante 
louange d’adoration
 et d’amour à Dieu Notre Père, 
par un oui sincère 
à ta volonté de tous les instants. Amen.

L’Église condamne l’attentat contre Charlie Hebdo, le Pape prie pour les victimes

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Ce jeudi 8 janvier 2015 la France est sous le choc. Une journée de deuil national a été décrétée, les drapeaux sont en bernes, l’émotion est totale. L’attentat perpétré la veille à Paris contre le journal satirique Charlie Hebdo a coûté la vie à 12 personnes, en blessant 11 autres. Cette attaque terroriste est la plus meurtrière en France depuis 50 ans. Elle a été orchestrée par 3 individus cagoulés, lourdement armés, criant « Allah akbar ! Nous avons vengé le Prophète ! ». Face à cette horreur, les responsables politiques français appellent à l’unité nationale, tandis que les réactions internationales abondent. Indignation. Condamnation. Solidarité.

Dès hier soir, le Pape exprimait sa « plus ferme condamnation pour l’horrible attentat ». Le Souverain Pontife participe dans la prière à la souffrance des blessés et des familles défunts. Il exhorte tout le monde à « s’opposer par tous les moyens à la diffusion de la haine et de toute forme de violence, physique et morale, qui détruit la vie humaine, viole la dignité des personnes, mine radicalement le bien fondamental de la cohabitation pacifique entre les personnes et les peuples, malgré les différences de nationalité, de religion et de culture ». Par la voie du directeur de la salle de presse du Saint-Siège le Saint-Père rappelle que « quelle que puisse être la motivation, la violence homicide est abominable, jamais justifiable. La vie et la dignité de tous doivent être garanties et défendues avec décision, toute instigation à la haine refusée, le respect de l’autre cultivé ».

Ce jeudi matin le Souverain pontife célébrait la messe à l’intention de victimes et de leurs familles. Il dénonçait dans son homélie cette « cruauté humaine » et le « terrorisme ». En priant pour les victimes de cette barbarie, le Saint-Père a également demandé que le seigneur change le cœur de ses auteurs. Souhaitant que le cœur de l’homme soit converti par l’amour de Dieu.

Avec la même émotion, les évêques de France condamnent cet acte abominable. Dans un communiqué, la Conférence des Évêques de France exprime sa « profonde émotion et l’horreur » que provoque un tel geste. « Une telle horreur est inqualifiable. Rien ne peut justifier une telle violence. Elle touche la liberté d’expression, élément fondamental de notre société. Cette société, constituée de diversités de toutes sortes, doit travailler sans cesse à la construction de la paix et de la fraternité. La barbarie ainsi exprimée dans cet assassinat nous blesse tous. Dans cette situation où la colère peut nous envahir, nous devons plus que jamais redoubler d’attention à la fraternité fragilisée et à la paix toujours à consolider ».

De l’autre côté de l’Atlantique, au Canada, l’Église catholique de Québec est en communion avec l’Église de France. Les cloches de la cathédrale Notre-Dame de Québec sonnaient le glas à midi ce jeudi, en solidarité avec Notre-Dame de Paris qui lançait l’initiative. Alors que la France est en deuil, la presse mondiale se drape de noir.

Charlie Hebdo : le Pape François condamne un « horrible attentat »

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Un texte de Radio-Vatican

(RV) Le Pape François a exprimé mercredi soir sa « plus ferme condamnation pour l’horrible attentat » qui a frappé dans la matinée la rédaction deCharlie Hebdo, faisant au moins 12 morts, « semant la mort, jetant dans la consternation toute la société française, bouleversant profondément tous les amants de la paix, bien au-delà des frontières de la France ».

Par la voie du directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, le Souverain Pontife affirme« participer dans la prière à la souffrance des blessés et des familles des défunts et exhorter tout le monde à s’opposer par tous les moyens à la diffusion de la haine et de toute forme de violence, physique et morale, qui détruit la vie humaine, viole la dignité des personnes, mine radicalement le bien fondamental de la cohabitation pacifique entre les personnes et les peuples, malgré les différences de nationalité, de religion et de culture ».

« Quelle que soit la motivation, a poursuivi le Saint-Père, la violence assassine est abominable, jamais justifiable, la vie et la dignité de chacun doivent être garanties et protégées avec décision, toute instigation à la haine doit être refusée, le respect d’autrui cultivé».

Le Pape a enfin exprimé « sa proximité, sa solidarité spirituelle et son soutien pour tous ceux qui, selon leurs responsabilités, continuent de s’engager pour la paix, la justice et le droit, pour guérir en profondeur les sources et les causes de la haine, en ce moment douloureux et dramatique, en France et dans chaque partie du monde marquée par des tensions et des violences ».

Attentat Charlie-Hebdo: L’Église en France condamne et rappelle l’exigence de la fraternité

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La Conférence des Évêques de France tient à exprimer sa profonde émotion et l’horreur que provoque l’attentat perpétré au siège du journal Charlie Hebdo.
A l’heure actuelle, ce sont 12 personnes qui ont été assassinées lors d’une attaque organisée tandis que plusieurs autres sont encore entre la vie et la mort.
L’Église en France adresse d’abord ses pensées aux familles et aux proches des victimes qui se trouvent face à l’horreur et à l’incompréhension. Elle assure aussi la rédaction et l’équipe de Charlie Hebdo de sa grande tristesse.
Une telle terreur est évidemment inqualifiable.
Rien ne peut justifier une telle violence.
Elle touche de plus la liberté d’expression, élément fondamental de notre société.
Cette société, constituée de diversités de toutes sortes, doit travailler sans cesse à la construction de la paix et de la fraternité. La barbarie ainsi exprimée dans cet assassinat nous blesse tous.
Dans cette situation où la colère peut nous envahir, nous devons plus que jamais redoubler d’attention à la fraternité fragilisée et à la paix toujours à consolider.

Mgr Olivier Ribadeau Dumas
Secrétaire général de la Conférence des Évêques de France, Porte-parole.

Message de Noël du Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, Mgr Paul-André Durocher

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Image: Courtoisie de CNS

Je rédige ce message de Noël à peine une semaine après le jour du Souvenir, marqué par la mémoire encore vive des récents assassinats de deux réservistes des Forces armées canadiennes. Cette année, Noël au Canada prendra des teintes un peu différentes, tamisées, assombries, à cause de ces événements qui ont ébranlé nos cœurs et nos esprits. Plusieurs ont affirmé que le Canada avait « perdu son innocence » en octobre 2014. Je comprends et je partage ce sentiment. Toutefois, il faut se rappeler que l’histoire canadienne a été marquée par plusieurs actes de violence sporadiques : l’enlèvement du chef Donnacona par Jacques Cartier, l’assassinat du député fédéral Thomas D’Arcy McGee, la mort violente des manifestants pendant la grève générale de Winnipeg, l’attentat à l’Assemblée nationale du Québec, le massacre à l’École Polytechnique de Montréal. Ces exemples, parmi tant d’autres, devraient dissiper nos illusions. Mais elle n’existe pas seulement que dans notre passé. Aujourd’hui, nous sommes confrontés par la violence familiale, les crimes de gangs, les agressions sexuelles et le harcèlement en milieu de travail. Toute cette violence m’a convaincu que, malheureusement, nous ne sommes pas aussi innocents que nous aimerions le croire.

La bonne nouvelle est que Noël porte en elle une espérance inouïe, presque incroyable : que l’innocence peut être retrouvée. Dans un monde marqué par la violence, défiguré par les cicatrices causées par les guerres, les meurtres, l’exploitation et l’injustice, un enfant est né auquel on a donné le titre invraisemblable de « Prince de la paix ». Les enfants nouveau-nés nous font rêver d’innocence. Devant un enfant sans défense, nos cœurs s’attendrissent, nos passions se calment, nos songes se font plus chaleureux et charitables. Il ne suffit pas de rêver en contemplant l’enfant de Bethléem, car ce dernier nous incite à prendre une décision vers un engagement fondamental en faveur de l’amour véritable. Lui-même grandira et deviendra le prophète d’un monde nouveau où règnent la justice, la paix et la joie. Sur la croix, il confrontera la violence humaine… et il y répondra avec miséricorde et pardon, ouvrant pour le monde entier des chemins inespérés de réconciliation et de libération. Sa résurrection révélera à ses amis le sens ultime de la vie, tissée de grâce surprenante et d’un Esprit qui donne vie. Voilà le mystère que nous célébrons à Noël.

Oui, en Jésus, l’innocence peut être retrouvée, guérie et renouvelée. Chacune et chacun de nous est invité à ouvrir son cœur à cette Bonne nouvelle, à la faire sienne, à la partager avec ses parents, ses amis, son pays. Nous fêtons Noël au moment où les nuits sont les plus longues. N’est-ce pas un signe que l’innocence peut rejaillir au moment même où nous croyions l’avoir perdue? N’ayons donc pas peur de nous souhaiter un joyeux Noël. N’ayons surtout pas peur de le vivre!

+ Paul-André Durocher 
Archevêque de Gatineau
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

L’écologie globale du pape François

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Image: Courtoisie de CNS

Les deux dernières semaines furent très importantes et très chargées pour le pape François. En effet, ce Pape qui exhorte l’Église entière à « sortir de soi-même pour aller aux périphéries existentielles » est le premier à appliquer sa propre consigne. C’est ce qu’il a fait durant les courts mais non moins exigeants voyages des derniers jours alors qu’il s’est rendu à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), au Parlement Européen et en Turquie. À la lecture de ses différents discours et homélies, j’ai pu y saisir un fil conducteur : l’écologie globale.

Par écologie globale, j’entends l’élargissement du souci de protection de l’environnement pour y inclure l’homme. Parfois, un certain discours environnementaliste tend à exclure l’homme de la nature en le considérant comme un indésirable ou, pire, comme un malfaiteur. Selon ce discours, si nous avons des crises comme le réchauffement climatique, c’est uniquement la faute des hommes qui abusent de l’environnement en le réduisant à un simple objet de consommation. Cette critique, bien que s’appuyant sur des faits réels, n’est pas en mesure de dresser un portrait réaliste et est donc incapable d’offrir de véritables solutions. Un bref coup d’œil aux paroles et aux actions du Pape actuel nous donne une meilleure compréhension des défis de notre temps et, ainsi, nous permet d’y apporter des solutions adéquates. [Read more…]

À la recherche du cœur de Marguerite

Atsuko

Je suis une sœur de la Congrégation de Notre-Dame (CND). Le 1er avril 2013, j’ai quitté le Japon pour entreprendre un mandat d’un an comme membre de la communauté internationale de la Maison mère à Montréal.

J’aimerais d’abord vous raconter brièvement l’histoire de la CND au Japon. En 1932, à la requête d’un évêque canadien dominicain responsable de l’Église catholique dans le district de Tohoku au Japon, cinq sœurs canadiennes traversent l’océan Pacifique et mettent sur pied une mission à Fukushima, une petite ville agricole située à 240 kilomètres au nord-est de Tokyo. Même si les sœurs francophones ne peuvent guère communiquer avec la population locale, elles sont accueillies chaleureusement par le petit groupe de catholiques de la paroisse ainsi que par les non-catholiques, peu importe leurs croyances religieuses.

L’œuvre missionnaire des sœurs se poursuit à Fukushima; elles construisent un nouveau couvent et ouvrent un jardin d’enfants. Toutefois, les nuages de la guerre commencent à s’amonceler au-dessus du Japon.

En 1942, la Guerre du Pacifique éclate. L’armée japonaise confisque le couvent, le convertissant en camp d’internement pour les nationaux étrangers. Quelques sœurs canadiennes retournent dans leur pays tandis que d’autres sont assignées à résidence et envoyées dans la région d’Aizu, dans l’arrière-pays de la préfecture de Fukushima. Dépourvues de moyens de communication avec le monde extérieur et réduites à vivre dans la pauvreté, elles sont sauvées par trois postulantes japonaises qui ont refusé de quitter la Congrégation malgré les conseils répétés de prêtres japonais. Elles restent avec les sœurs canadiennes, leur procurant en secret la nourriture et les autres produits de première nécessité. Ensemble, elles prient et attendent que la paix se rétablisse. La guerre, commencée le jour de la fête de l’Immaculée Conception, se termine finalement en 1945, le jour de la fête de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie. Maintenant libres, les sœurs canadiennes internées à Aizu retournent à Fukushima où elles prennent des orphelins de guerre sous leur protection. L’année suivante, elles ouvrent une école primaire; parmi les élèves figurent les orphelins de guerre.

Depuis, le nombre de nos écoles au Japon a augmenté : un jardin d’enfants, une école primaire, une école secondaire et un collège offrant un programme de deux ans à Fukushima; un jardin d’enfants et une résidence pour filles à Tokyo; une école primaire, une école secondaire de premier cycle et une école secondaire de deuxième cycle à Kita-Kyushu. Actuellement, on compte soixante-dix sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, incluant sept sœurs canadiennes, engagées dans des activités éducatives et apostoliques.

Née de parents catholiques, j’ai été baptisée peu après ma naissance, fait assez inhabituel puisque la majorité des Japonais se déclarent à la fois shintoïstes et bouddhistes. J’ai étudié douze ans dans une école de la Congrégation à Kita-Kyushu, et quatre autres années dans une université de Tokyo tout en vivant à Chofu dans une résidence de la CND pour étudiantes. C’est à l’école primaire, à l’âge de six ans, que j’ai fait ma première rencontre avec Marguerite Bourgeoys. Mon souvenir le plus marquant de mes années d’école est le sourire d’une sœur canadienne d’origine irlandaise. Jamais je n’oublierai jamais le doux et lumineux sourire qui ne quittait jamais son visage.

Pendant mon noviciat, l’une des cinq sœurs pionnières de 1932 m’a appris l’histoire de la Congrégation de Notre-Dame ainsi que la musique. Même si elle n’a pas insisté sur les désagréments et les difficultés dont elle avait fait l’expérience à son arrivée et spécialement pendant la guerre, je pouvais sentir la raison pour laquelle elle est restée au Japon : son amour profond de Jésus, de Marie et de notre fondatrice. Elle est demeurée au Japon parce que c’était la volonté de Dieu; parce que Marie était avec elle; et parce que Marguerite aurait agi de la même façon. Lorsque je réfléchis sur la vie de cette sœur à la lumière de celle de Marguerite, il me semble mieux comprendre Marguerite et ce qui fait sa grandeur. Cette sœur est décdée un an et deux mois après mes premiers vœux, et l’on m’a donné sa croix de profession.

Après mes vœux perpétuels, devenue professeure, j’ai enseigné le japonais dans les écoles secondaires de Fukushima et de Kita-Kyushu. Malgré mon emploi du temps très chargé, l’interaction avec mes jeunes étudiants se révélait une expérience très enrichissante. Certains de nos nouveaux étudiants avaient le cœur brisé à la suite d’un échec aux examens d’entrée à d’autres écoles. Toutefois, ils recevaient un accueil chaleureux dans les écoles de la CND. C’est là qu’ils ont appris : tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime (Isaïe 43,4). Rien ne m’a procuré autant de joie que de les voir retrouver leur estime de soi et retomber sur leurs pieds.

Cependant, je me posais parfois des questions. Avant mon entrée dans la vie religieuse, j’ai enseigné dans une école protestante où j’ai rencontré plusieurs professeurs laïcs dévoués. Le matin, pendant le culte, ils prêchaient la parole de Dieu et ensuite, ils se rendaient en classe pour enseigner et guider les étudiants. Quelle était la différence entre eux et une enseignante comme moi, une sœur? Cette question me préoccupait. Lorsque l’on m’a offert un mandat d’un an à Montréal, j’ai pensé que cela pourrait être l’occasion de prendre du recul par rapport à ma vie d’enseignante et de réfléchir sur cette question.

Après mon arrivée au Canada, dès que j’avais un moment de libre, je parcourais Montréal une carte à la main. J’ai ainsi visité églises et musées en commençant par la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. Je me suis promenée dans le Vieux-Montréal où notre fondatrice a ouvert la première école de la ville. J’ai aussi contemplé les vieilles tours du Grand Séminaire dans lesquelles nos sœurs ont enseigné aux Amérindiennes. J’ai vu des portraits et des statues de Marguerite dans un grand nombre d’églises et observé que beaucoup d’endroits portaient le nom de notre fondatrice. Tout ce que j’ai vu et entendu porte témoignage de l’affection que lui voue la population de Montréal.

Mon investigation historique et archéologique m’a fait comprendre toute la difficulté de la vie de Marguerite aux premiers jours de Montréal. Le 16 novembre, jour de l’arrivée de Marguerite à Ville-Marie il y a près de quatre siècles, je me suis rendue dans le Vieux-Montréal. Le temps était déjà froid. Avec ses arbres presque tous dénudés, le port paraissait désert. Peu après allait s’installer un hiver des plus rigoureux!

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J’ai relu les écrits et biographies de Marguerite. Entre les lignes je pouvais sentir sa solitude et sa peur de l’inconnu. Dans sa France natale, elle avait prononcé des vœux privés, vécu une vie consacrée et poursuivi un engagement bénévole. Cependant, elle a choisi de sortir de sa zone de confort et trouvé le courage de s’aventurer dans un monde nouveau. Fidèle au plan de Dieu, elle s’est consacrée au service des autres et à l’enseignement de la Bonne Nouvelle, l’Évangile. Elle a recruté des compagnes et elle a fondé une communauté religieuse apostolique. En jetant un regard sur Ville-Marie du point de vue d’aujourd’hui, j’ai été touchée plus que jamais par le courage et l’accomplissement extraordinaire de Marguerite.

Partout dans le monde, nombre de gens remarquables ont édifié un pays. Toutefois la grandeur de Marguerite ne réside pas tant dans sa contribution à la construction de Ville-Marie que dans sa fondation d’une communauté religieuse féminine non cloîtrée vouée à l’éducation

Dans ses Écrits, Marguerite parle de l’amour d’amant. Elle aimait Jésus de cet amour et désirait demeure[r] toujours en la présence de Dieu comme une mère qui est passionnée pour son enfant ne [le] perd point de vue[1]. Elle a donc naturellement choisi la vie consacrée comme mode de vie. À l’imitation de la Vierge Marie conversante avec le prochain, Marie a vécu avec des femmes partageant le même désir : être au service d’autrui et répandre la parole de Dieu. Je pense qu’elle voulait que sa communauté soit un modèle de communauté humaine et un témoignage vivant en ce monde. Elle désirait profondément que les commandements de l’amour soient gravés dans son cœur et dans celui de ses sœurs : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit […] Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Matthieu 22,37-39).

Mes rencontres avec des sœurs impliquées dans diverses formes d’engagement apostolique et éducatif m’ont aidée à approfondir ma compréhension de notre fondatrice. J’ai appris que vivre son charisme est pour les sœurs de la plus grande importance dans leur processus de discernement, de découverte de leur vocation et de leur ministère. Nous devons discerner où nous sommes et où nous sommes appelées en dialogue avec nous-mêmes, avec nos supérieures, avec Jésus et avec Marguerite. Il nous est demandé de grandir personnellement et de croître spirituellement dans la vie religieuse, de comprendre le charisme et de le vivre avec passion.

Parce que je m’étais trop habituée à ma vie d’enseignante dans l’environnement protecteur des écoles CND, j’ai peut-être perdu de vue la raison pour laquelle j’ai été « envoyée pour la mission ». Ma mission est de suivre Jésus et de partager par mes paroles et mes actions la Bonne Nouvelle : « Vous comptez beaucoup aux yeux de Dieu. Dieu vous aime. Vous avez une immense valeur à ses yeux. » Tel que le souhaitait Marguerite, ma mission consiste à répandre le commandement de l’amour en construisant des relations chaleureuses avec mes compagnes et mes collègues. Ma mission consiste en un engagement sans réserve à la vie consacrée – ce que les premières missionnaires ont tenté de transmettre aux générations futures au risque de leur vie.

Les premières missionnaires ont beaucoup donné au Japon : la parole de Dieu, la spiritualité de Marguerite Bourgeoys, l’éducation, la vie religieuse… Je sais que j’ai beaucoup reçu pendant mon séjour au Canada. Toutefois, je m’interroge au sujet de ce que j’y ai accompli. Une chose est certaine : j’ai parlé de Fukushima.

Le 11 mars 2011, un tremblement de terre et un tsunami dévastaient la côte nord-est du Japon; le séisme détruisait complètement le couvent bâti par les sœurs missionnaires en 1935.

Cette catastrophe sans précédent a sévèrement endommagé la centrale nucléaire de Fukushima. La contamination radioactive causée par la fusion du réacteur nucléaire a entraîné des effets dévastateurs à long terme sur la santé de la population de Fukushima. Plusieurs familles ont quitté Fukushima afin de protéger leurs enfants contre l’exposition aux radiations. En fait, le nombre des étudiants des écoles CND a beaucoup diminué. Ainsi, pour ne considérer que notre jardin d’enfants, 40 % des enfants l’ayant fréquenté ont quitté Fukushima. S’étant demandé ce que Marguerite aurait fait dans cette situation désastreuse, nos sœurs ont lancé plusieurs initiatives. D’abord, elles ont créé un programme de bourses pour aider les enfants touchés par le désastre. Elles ont rebâti le jardin d’enfants qui comprend maintenant un terrain de jeux entouré de murs de verre. Ainsi, les enfants peuvent jouer à l’intérieur sans être exposés à l’air contaminé. En collaboration avec quelques diocèses, quelques sœurs ont conçu le projet d’éloigner les enfants des radiations en les envoyant passer l’été dans un camp de vacances. D’autres sœurs rendent visite régulièrement aux victimes vivant encore dans des logements provisoires pour être à l’écoute de leurs problèmes et de leurs préoccupations, ou tout simplement pour manifester une présence. Récemment, un groupe de personnes bénévoles se sont jointes à ces sœurs. Elles offrent un soutien affectif à des femmes faisant face à un avenir incertain, surtout lorsqu’elles doivent élever des enfants dans des circonstances aussi difficiles.

L’été dernier, j’ai participé comme représentante de la province japonaise à la rencontre du Réseau de justice sociale de la Congrégation de Notre-Dame. À l’aide d’une présentation PowerPoint préparée par les sœurs de Fukushima, j’ai eu l’occasion de faire connaître la situation qui y règne actuellement et la façon dont les sœurs remédient aux difficultés.

Les sœurs et personnes associées de la province américaine de la CND ont lancé le « projet de solidarité de Blessed Sacrament avec Fukushima », un soutien moral et financier considérable pour nos sœurs japonaises. Nos sœurs américaines ont fait preuve d’un véritable sentiment de compassion, à l’imitation de Marguerite. Elles m’ont rappelé que je suis membre à part entière de la famille internationale de la CND.

En avril, je retournerai au Japon où j’exercerai un mandat à Fukushima. J’aimerais beaucoup continuer à jouer le rôle de personne-lien entre Fukushima et mes sœurs nord-américaines. Je rentre chez moi en emportant le cœur de Marguerite que j’ai trouvé à Montréal.

[1] Les textes en italique sont extraits des Écrits de Mère Bourgeoys.

Ce message a été écrit par Sr. Atsuko Nakamoto, CND en Mars 2013. Elle vit actuellement et oeuvre à Fukushima, au Japon.

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