Église en sortie 5 mai 2017

Cette semaine à Église en sortie nous recevons Marie-Astrid Dubant, directrice d’ALPHA-Québec qui s’entretient avec Francis Denis sur la mission d’évangélisation au Québec et de la plus récente série de films Alpha. On vous présente également un reportage sur le lancement de la « nouvelle série de films Alpha » qui a eu lieu à l’église anglicane St. Jax de Montréal suivi de quelques extraits de cette série incontournable pour la nouvelle évangélisation au Québec et au Canada francophone.

Les évêques du Québec participent à une nouvelle initiative du pape François

Vous trouverez ci-dessous le texte complet du communiqué de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec suivant la rencontre avec le pape François lors de la visite ad limina:

Les évêques du Québec participent à une nouvelle initiative du pape François

Rome, 5 mai 201 – Le jeudi 4 mai, les évêques du Québec en visite « ad limina apostolorum »1 à Rome ont participé à une rencontre d’une durée de trois heures avec le Pape François et des collaborateurs de la Curie romaine. Cette rencontre s’inscrit dans une série d’initiatives entreprises par le Pape pour enrichir les liens de communion, de partage et d’écoute mutuelle entre les évêques diocésains, le Pape et la Curie romaine.

La rencontre s’est déroulée en trois temps. Après un moment de prière, Mgr Paul Lortie, évêque de Mont-Laurier et président de l’AÉCQ, Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal et le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, ont brièvement partagé la réalité de l’Église au Québec ainsi que les défis pastoraux de la mission aujourd’hui.

Dans un deuxième temps, les évêques du Québec ont partagé leur expérience personnelle en nommant leurs défis, leurs attentes et leurs espoirs. Parmi les sujets abordés, les évêques ont mentionné ceux-ci : la transmission de la foi dans notre Québec moderne, les défis dans les communautés chrétiennes au plan des ressources humaines et économiques, l’importance du rôle des laïcs hommes et femmes dans l’Église et dans le monde, et la participation de l’Église dans les débats de société. Les collaborateurs du Pape, membres de divers secteurs de la vie de l’Église, étaient invités à tour de rôle à présenter leurs propres observations, en fonction de leur champ de compétence.

Enfin, en conclusion, le Pape François a exprimé des paroles d’encouragement aux évêques du Québec, en les invitant au courage et à l’audace dans leurs propres diocèses. Il a utilisé des expressions comme : « Église au Québec, lève-toi ! Va et écoute ! N’oublie pas que le Seigneur ressuscité est toujours avec nous ! »

Les évêques du Québec se sont réjouis de l’opportunité de pouvoir participer à une telle rencontre. Ils ont beaucoup apprécié la sollicitude du Pape François et l’espérance qui l’habite. Le président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, Mgr Paul Lortie a partagé cette réaction à la sortie de la rencontre : « Un nouveau souffle pour notre Assemblée dans un climat d’écoute, de partage et de simplicité dans la vérité. »

Source : Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ)

Reconnaissance des vertus héroïques du Cardinal Van Thuan

CNS photo/L’Osservatore Romano via EPA

Nguyen Van Thuan

Prisonnier politique du régime communiste pendant 13 ans, dont 9  en confinement, l’expérience de François Xavier Nguyen Van Thuan est un témoignage puissant de foi en l’Eucharistie, du pouvoir du pardon et de la valeur rédemptrice de la croix. Les textes spirituels du cardinal Van Thuan, spécialement ceux qu’il a écrits en prison où il célébrait la Messe en secret avec une goutte de vin dans la paume de sa main, ont fait le tour du monde et ont donné de l’espoir à des millions de personnes. Qui peut oublier les mots de saint Jean-Paul II à son propos  concluant  la retraite du carême de la Curie romaine en 2001 retraite  prêchée par le Cardinal Van Thuan lui-même :

« Avec la simplicité et le souffle de l’inspiration divine, il nous a guidés sur le chemin de l’approfondissement de notre vocation de témoins de l’espoir évangélique en ce début de troisième millénaire. Témoin de la croix durant ses longues années d’emprisonnement au Vietnam, il nous a fréquemment fait le récit de ses souffrances lorsqu’il était en prison et, ainsi, il nous a renforcés dans cette certitude consolante selon laquelle, lorsque tout s’écroule autour de nous, et même en nous, le Christ est notre support indéfectible. »

Au mois de septembre 2007, la cause de béatification du Cardinal Van Thuan fut ouverte à Rome. Comme prisonnier, il fut victime des pires tortures et d’une déshumanisation la plus complète. Toutefois, Van Thuan n’a jamais cessé d’aimer ses gardes de prison qui pourtant abusaient de lui. Certains des gardiens furent si touchés par son exemple qu’ils se convertirent plus tard au christianisme. Van Thuan écrit : « ni les armes, ni les menaces mais seul l’amour chrétien peut changer les cœurs… c’est l’amour qui prépare le chemin de l’annonce de l’Évangile. Omnia Vincit Amor, « L’amour peut tout conquérir ».

Télévision Sel + Lumière a produit un documentaire touchant sur la vie de ce saint homme dont la première mondiale a eu lieu au Congrès Eucharistique international de Québec en 2008. Ce film a contribué à répandre le message d’amour et d’espérance du cardinal Van Thuan. Dès lors que le pape François a signé le décret reconnaissant les vertus héroïques de cet extraordinaire homme de foi, François Xavier Nguyen Van Thuan, mort en 2002 à Rome,  est actuellement sur le chemin de la béatification et de la canonisation.

Intentions de prière du pape François de Mai 2017: “Chrétiens d’Afrique, témoins de la paix”

Courtoisie Radio Vatican:

La «vidéo d’intentions de prière du Pape» de ce mois de mai 2017, proposée par le Réseau mondial de prière du Pape, concerne les «Chrétiens d’Afrique, témoins de la paix». La voici ainsi que le texte du Pape dans son intégralité.

«Quand nous regardons l’Afrique, nous y voyons bien davantage que ses grandes richesses naturelles.

Elle conserve sa joie de vivre et son espérance au milieu d’un très riche patrimoine intellectuel, culturel et religieux.

Néanmoins, nous ne pouvons ignorer les guerres fratricides qui déciment les populations et détruisent leurs richesses naturelles et culturelles.

Unissons-nous à nos frères de ce grand continent et prions ensemble pour les chrétiens d’Afrique, afin qu’ils rendent un témoignage prophétique de réconciliation, de justice et de paix, en prenant pour modèle Jésus Miséricordieux.»

La Vidéo du Pape est une initiative développée par le Réseau Mondial de Prière du Pape (Apostolat de la Prière) pour collaborer à la diffusion des intentions mensuelles du Saint-Père à propos des défis de l’humanité.Intentions de prière du Pape François – Mai 2017

Échos du Vatican

Retour dans cette émission sur le voyage apostolique du pape François en Égypte, et compte rendu de sa conférence de presse à l’issue de son déplacement.

Déclaration commune de Sa Sainteté François et le patriarche copte orthodoxe Tawadros II

Vous trouverez ci-dessous le texte de la déclaration commune de Sa Sainteté François et de Sa Sainteté Tawadros II:

Nous, François, Évêque de Rome et Pape de l’Église catholique, et Twardros II, Pape d’Alexandrie et Patriarche du Siège de saint Marc, remercions Dieu dans l’Esprit Saint de nous offrir la joyeuse occasion de nous rencontrer une fois encore, pour échanger une fraternelle accolade et pour nous unir de nouveau dans la prière. Nous glorifions le Tout-Puissant pour les liens de fraternité et d’amitié existant entre le Siège de saint Pierre et le Siège de saint Marc. Le privilège d’être ensemble ici, en Égypte, est le signe que la solidité de notre relation s’accroît d’année en année, que nous grandissons dans la proximité, dans la foi et dans l’amour du Christ notre Seigneur. Nous remercions Dieu pour l’Égypte bien-aimée, cette ‘‘patrie qui vit en nous’’ comme aimait le dire Sa Sainteté Shenouda III, pour le ‘‘peuple béni de Dieu’’ (cf. Is 19, 25), avec cette antique civilisation des pharaons, avec l’héritage grec et romain, avec la tradition copte et la présence islamique. L’Égypte est le lieu où la Sainte Famille a trouvé refuge, une terre de martyrs et de saints.

Notre profond lien d’amitié et de fraternité a son origine dans la pleine communion qui a existé entre nos Églises au cours des premiers siècles et qui était exprimée de multiples manières par les premiers Conciles œcuméniques, jusqu’au Concile de Nicée en 325 et par la contribution du courageux Père de l’Église saint Athanase, qui a reçu le titre de ‘‘Protecteur de la foi’’. Notre communion était exprimée par la prière et par des pratiques liturgiques similaires, par la vénération des mêmes martyrs et saints, ainsi que par le développement et par l’expansion du monachisme, suivant l’exemple du grand saint Antoine, connu comme le Père des moines.

Cette même expérience de communion avant le temps de la séparation a une signification spéciale dans nos efforts pour restaurer la pleine communion aujourd’hui. La plupart des relations existant au cours des premiers siècles entre l’Église catholique et l’Église copte orthodoxe ont perduré jusqu’aujourd’hui malgré les divisions, et ont été revivifiées récemment. Elles nous incitent à intensifier nos efforts communs afin de persévérer dans la recherche d’une unité visible dans la diversité, sous la conduite de l’Esprit Saint.

Nous nous souvenons avec gratitude de la rencontre historique, il y a quarante-quatre ans, entre nos prédécesseurs, le Pape Paul VI et le Pape Shenouda III, dans une accolade de paix et de fraternité, après plusieurs siècles où nos liens mutuels d’amour n’étaient pas capables de trouver une expression à cause de la distance qui est survenue entre nous. La Déclaration commune qu’ils ont signée le 10 mai 1973 a représenté un jalon sur le chemin de l’œcuménisme, et a servi de point de départ à la Commission pour le dialogue théologique entre nos deux Églises, qui a porté beaucoup de fruit et a ouvert la voie à un dialogue plus large entre l’Église catholique et toute la famille des Églises Orientales orthodoxes. Dans cette Déclaration, nos Églises ont reconnu que, en lien avec la tradition apostolique, elles professent «une foi dans le Dieu Un Trine» et «la divinité de l’Unique Fils né de Dieu… Dieu parfait pour ce qui est de sa divinité, et homme parfait pour ce qui est de son humanité». Il a également été reconnu que «la vie divine nous est donnée et est nourrie en nous à travers les sept sacrements» et que «nous vénérons la Vierge Marie, Mère de la Vraie Lumière», la «Theotokos».

C’est avec une profonde gratitude que nous nous rappelons notre rencontre fraternelle à Rome, le 10 mai 2013, et la proclamation du 10 mai comme le jour où chaque année nous approfondissons l’amitié ainsi que la fraternité entre nos Églises. Cet esprit renouvelé de proximité nous a rendus capables de reconnaître une fois encore que le lien qui nous unit était reçu de notre unique Seigneur le jour de notre baptême. Car c’est à travers le baptême que nous devenons membres du corps unique du Christ qu’est l’Église (cf. 1 Co 12, 13). Cet héritage commun est la base du pèlerinage que nous faisons ensemble vers la pleine communion, tandis que nous grandissons dans l’amour et la réconciliation.

Nous sommes conscients d’avoir encore un long chemin à parcourir dans ce pèlerinage, cependant nous nous souvenons de tout ce qui a été déjà accompli. En particulier, nous nous rappelons la rencontre entre le Pape Shenouda III et saint Jean-Paul II, venu en Égypte en pèlerin durant le Grand Jubilé de l’an 2000. Nous sommes déterminés à suivre leurs pas, animés par l’amour du Christ le Bon Pasteur, profondément convaincus qu’en marchant ensemble, nous grandissons dans l’unité. Puissions-nous puiser notre force de Dieu, parfaite source de communion et d’amour !

Cet amour trouve sa plus profonde expression dans la prière commune. Lorsque des chrétiens prient ensemble, ils en viennent à réaliser que ce qui les unit est plus grand que ce qui les divise. Notre désir d’unité est inspiré par la prière du Christ «que tous soient un» (Jn 17, 21). Approfondissons nos racines communes dans la foi apostolique en priant ensemble et en recherchant les traductions communes de la Prière du Seigneur et une date commune pour la célébration de Pâques.

Alors que nous cheminons vers le jour béni où, enfin, nous serons rassemblés autour de la même table eucharistique, nous pouvons coopérer dans plusieurs domaines et démontrer d’une manière tangible la grande richesse qui nous unit déjà. Nous pouvons témoigner ensemble de valeurs fondamentales telles que la sainteté et la dignité de la vie humaine, le caractère sacré du mariage et de la famille, ainsi que le respect de toute la création, qui nous a été confiée par Dieu. Face à de nombreux défis contemporains comme la sécularisation et la globalisation de l’indifférence, nous sommes appelés à offrir une réponse commune fondée sur les valeurs de l’Évangile et sur les trésors de nos traditions respectives. À ce sujet, nous sommes encouragés à entreprendre une étude plus approfondie des Pères orientaux et latins, et à promouvoir un échange fructueux sur le plan pastoral, spécialement dans la catéchèse, et pour un mutuel enrichissement spirituel entre des communautés monastiques et religieuses.

Notre témoignage chrétien commun est un signe de réconciliation et d’espérance rempli de grâce pour la société égyptienne et pour ses institutions, un grain semé pour porter des fruits de justice et de paix. Puisque nous croyons que tout être humain est créé à l’image de Dieu, nous luttons pour la sérénité et la concorde à travers une cohabitation pacifique des chrétiens et des musulmans, en témoignant ainsi du désir de Dieu pour l’unité et l’harmonie de la famille humaine tout entière et pour l’égale dignité de chaque être humain. Nous partageons la préoccupation pour le bien-être et l’avenir de l’Égypte. Tous les membres de la société ont le droit et le devoir de participer pleinement à la vie de la nation., en jouissant de la pleine et égale citoyenneté et en collaborant pour bâtir leur société.  La liberté de religion, incluant la liberté de conscience, enracinée dans la dignité de la personne, est la pierre angulaire de toutes les autres libertés. C’est un droit sacré et inaliénable.

Intensifions notre inlassable prière pour tous les chrétiens en Égypte et de par le monde entier, et spécialement au Moyen Orient. Les expériences tragiques ainsi que le sang versé par nos fidèles persécutés et tués pour la seule raison d’être chrétiens rappellent à nous tous combien davantage l’œcuménisme du martyre nous unit et nous encourage sur le chemin de la paix et de la réconciliation. Car, comme l’a écrit saint Paul : «Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance» (1 Co 12, 26).

Le mystère de Jésus qui est mort et ressuscité par amour se trouve au cœur de notre cheminement vers l’unité. Une fois encore, les martyrs sont nos guides. Dans l’Église primitive, le sang des martyrs était la semence de nouveaux chrétiens. De même, de nos jours, puisse le sang des très nombreux martyrs être la semence d’unité parmi les disciples du Christ, un signe et un instrument de communion comme de paix pour le monde.

Obéissant au travail de l’Esprit Saint, qui sanctifie l’Église, la garde tout au long des siècles, et la conduit vers la pleine unité – cette unité pour laquelle Jésus a prié :

Aujourd’hui nous, Pape François et Pape Tawadros II, en vue de satisfaire le cœur du Seigneur Jésus, ainsi que les cœurs de nos fils et filles dans la foi, nous déclarons mutuellement que, dans le même esprit et d’un même cœur, nous chercherons sincèrement à ne plus répéter le baptême qui a été administré dans nos respectives Églises pour toute personne qui souhaite rejoindre l’une ou l’autre. Nous confessons cela en obéissance aux Saintes Écritures et à la foi des trois Conciles œcuméniques célébrés à Nicée, à Constantinople et à Éphèse.

Nous demandons à Dieu notre Père de nous guider, dans le temps et par les moyens que l’Esprit Saint choisira, vers la pleine unité dans le Corps mystique du Christ.

Laissons-nous, donc, guider par les enseignements et par l’exemple de l’apôtre Paul, qui a écrit : «Ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous» (Ep 4, 3-6).

Source: http://www.news.va/fr/news/le-pape-francois-et-le-pape-copte-tawadros-ii-sign

Discours du Pape François au clergé égyptien

Après la Messe, le pape François a rencontré le clergé, religieux et religieuses et les séminaristes d’Égypte au séminaire Saint-Léon le Grand au Caire. Voici le discours préparé du Pape dans son intégralité:

Al Salamò Alaikum! / La paix soit avec vous!

”Voici le jour qu’a fait le Seigneur, en lui, réjouissons-nous! Le Christ a vaincu la mort pour toujours, en lui, réjouissons-nous!”

Je suis heureux d’être parmi vous en ce lieu où sont formés les prêtres et qui représente le cœur de l’Eglise Catholique en Egypte. Je suis heureux de saluer en vous, prêtres, personnes consacrées du petit troupeau catholique en Egypte, le “levain” que Dieu prépare pour cette terre bénie, afin que, avec nos frères orthodoxes, son Royaume y grandisse (cf. Mt 13,11).

Je veux d’abord vous remercier pour votre témoignage et pour tout le bien que vous faites chaque jour, œuvrant au milieu de tant de défis et, souvent, peu de consolations. Je veux aussi vous encourager ! N’ayez pas peur du poids du quotidien, du poids des situations difficiles que certains d’entre vous doivent traverser. Nous vénérons la Sainte Croix, instrument et signe de notre salut. Qui échappe à la Croix échappe à la Résurrection!

«Sois sans crainte petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12,32).

Il s’agit donc de croire, de témoigner de la vérité, de semer et de cultiver sans attendre la récolte. En réalité, nous recueillons les fruits d’une foule d’autres personnes, consacrées ou non, qui ont généreusement travaillé dans la vigne du Seigneur: votre histoire en est pleine!

Et au milieu de tant de raisons de se décourager, et parmi tant de prophètes de destruction et de condamnation, au milieu de tant de voix négatives et désespérées, soyez une force positive, soyez la lumière et le sel de cette société; soyez la locomotive qui tire le train en avant, droit vers le but; soyez des semeurs d’espérance, des bâtisseurs de ponts et des artisans de dialogue et de concorde.

Cela est possible si le consacré ne cède pas aux tentations qu’il rencontre chaque jour sur sa route. Je voudrais en relever quelques-unes, parmi les plus significatives.

  1. La tentation de se laisser entraîner au lieu de guider. Le Bon Pasteur a le devoir de guider le troupeau (cf. Jn 10,3-4), de le conduire jusqu’à l’herbe fraîche et à la source d’eau (cf. Ps 22). Il ne peut se laisser entraîner par la déception et par le pessimisme : “Qu’est-ce que je peux faire ?” Il est toujours plein d’initiatives et de créativité, comme une source qui jaillit même quand elle est asséchée ; il a toujours la caresse de consolation même quand son cœur est accablé ; il est un père quand les enfants le traitent avec gratitude mais surtout quand ils ne lui sont pas reconnaissants (cf. Lc 15,11-32). Notre fidélité au Seigneur ne doit jamais dépendre de la gratitude humaine : « Ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt 6,4.6.18).
  2. La tentation de se plaindre continuellement. Il est facile d’accuser toujours les autres pour les manquements des supérieurs, pour les conditions ecclésiales ou sociales, pour les faibles possibilités… Mais le consacré est celui qui, par l’onction de l’Esprit, transforme tout obstacle en opportunité et non pas toute difficulté en excuse ! Celui qui se plaint toujours est, en fait, quelqu’un qui ne veut pas travailler. C’est pour cela que le Seigneur, s’adressant aux Pasteurs, dit : « Redressez les mains inertes et les genoux qui fléchissent » (He 12,12 ; cf. Is 35,3).
  3. La tentation du bavardage et de la jalousie. Le danger est sérieux quand le consacré, au lieu d’aider les petits à grandir et de se réjouir du succès de ses frères et de ses sœurs, se laisse dominer par la jalousie et devient quelqu’un qui blesse les autres par son bavardage. Quand, au lieu de de s’efforcer de grandir, il commence par détruire ceux qui sont en train de grandir; au lieu de suivre les bons exemples, il les juge et diminue leur valeur. La jalousie est un cancer qui ruine n’importe quel corps en peu de temps: «Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut pas tenir. Si les gens d’une même maison se divisent entre eux, ces gens ne pourront pas tenir» (Mc 3, 24-25). En effet, «c’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde» (Sg 2,24). Et le bavardage en est le moyen et l’arme.
  4. La tentation de se comparer aux autres. La richesse est dans la diversité et dans l’unicité de chacun de nous. Nous comparer à ceux qui sont meilleurs nous porte souvent à tomber dans la rancœur; nous comparer à ceux qui sont pires nous porte souvent à tomber dans l’orgueil et dans la paresse. Celui qui tend à se comparer toujours aux autres finit par se paralyser. Apprenons des saints Pierre et Paul à vivre la diversité des caractères, des charismes et des opinions dans l’écoute et dans la docilité à l’Esprit Saint.
  5. La tentation du “pharaonisme”, c’est-à-dire de durcir le cœur et de le fermer au Seigneur et aux frères. C’est la tentation de se sentir au-dessus des autres et donc de les soumettre à soi par vaine gloire; d’avoir la présomption de se faire servir au lieu de servir. C’est une tentation commune, depuis le début, parmi les disciples, qui – dit l’Evangile- « en chemin, avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand» (Mc 9,34). L’antidote de ce venin est : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous » (Mc 9,35).
  6. La tentation de l’individualisme. Comme dit le dicton égyptien bien connu: “Après moi le déluge”. C’est la tentation des égoïstes qui, chemin faisant, perdent le but et, au lieu de penser aux autres, pensent à eux-mêmes, n’en éprouvent aucune honte, au contraire, s’en justifient. L’Eglise est la communauté des fidèles, le Corps du Christ, où le salut d’un membre est lié à la sainteté de tous (cf. 1Co 12,12-27 ; Lumen gentium, 7). L’individualiste, au contraire, est motif de scandale et de conflit.
  7. La tentation de marcher sans boussole et sans but. Le consacré perd son identité et commence à être“ni chair ni poisson”. Il vit le cœur partagé entre Dieu et la mondanité. Il oublie son premier amour (cf. Ap 2,4). En réalité, sans avoir une identité claire et solide, le consacré marche sans orientation et, au lieu de guider les autres, il les disperse. Votre identité d’enfants de l’Eglise est celle d’être coptes – c’est-à-dire enracinés dans vos nobles et antiques racines – et d’être catholiques – c’est-à-dire partie de l’Eglise une et universelle : comme un arbre qui est d’autant plus haut dans le ciel qu’il est enraciné dans la terre !

Chers consacrés, il n’est pas facile de résister à ces tentations mais c’est possible si nous sommes greffés sur Jésus: «Demeurez en moi comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi» (Jn 15,4). Plus nous sommes enracinés dans le Christ, plus nous sommes vivants et féconds! C’est ainsi seulement que le consacré peut conserver l’étonnement, la passion de la première rencontre, l’attraction et la gratitude dans sa vie avec Dieu et dans sa mission. La qualité de notre consécration dépend de la qualité de notre vie spirituelle.

L’Egypte a contribué à enrichir l’Eglise du trésor inestimable de la vie monastique. Je vous exhorte, par conséquent, à puiser à l’exemple de Saint Paul l’ermite, de Saint Antoine, des Saints Pères du désert, des nombreux moines qui, par leur vie et leur exemple, ont ouvert les portes du ciel à tant de frères et de sœurs ; et ainsi, vous aussi pouvez être lumière et sel, c’est-à-dire cause de salut pour vous-mêmes et pour tous les autres, croyants ou non, et spécialement pour les derniers, ceux qui sont dans le besoin, les abandonnés et les marginalisés.

Que la Sainte Famille vous protège et vous bénisse tous, votre pays et tous ses habitants. Du plus profond de mon cœur je souhaite à chacun de vous tout le bien possible, et à travers vous je salue les fidèles que Dieu a confiés à vos soins. Que le Seigneur vous accorde les fruits de son Saint Esprit : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi » (Ga 5,22).

Vous serez toujours présents dans mon cœur et dans ma prière. Courage et en avant avec l’Esprit Saint! ”Voici le jour qu’a fait le Seigneur, en lui, réjouissons-nous”. Et s’il vous plaît, ne vous découragez pas de prier pour moi !

Homélie du Pape François lors de la Messe au Caire

Le pape François a présidé la Messe avec les égyptiens catholiques samedi matin au “Air Defence Stadium” du Caire. Voici le texte complet de l’homélie du Saint Père ci-dessous:

Al Salamò Alaikum: la paix soit avec vous!

Aujourd’hui, l’évangile du troisième dimanche de Pâques nous parle de l’itinéraire des deux disciples d’Emmaüs qui ont quitté Jérusalem. Un Évangile qu’on peut résumer en trois mots : mort, résurrection et vie.

Mort: les deux disciples retournent à leur vie quotidienne, chargés de déception et de désespoir : le Maître est mort et il est donc inutile d’espérer. Ils étaient désorientés, sans illusions et déçus. Leur chemin est un retour en arrière ; c’est un éloignement de la douloureuse expérience du Crucifié. La crise de la Croix, voire le ‘‘scandale’’ et la ‘‘folie’’ de la Croix (cf. 1 Co 1, 18 ; 2, 2), semble avoir enterré toute leur espérance. Celui sur lequel ils ont construit leur existence est mort, vaincu, emportant avec lui dans la tombe toutes leurs aspirations.

Ils ne pouvaient pas croire que le Maître et le Sauveur qui avait ressuscité les morts et guéri les malades puisse finir pendu à la croix de la honte. Ils ne pouvaient pas comprendre pourquoi Dieu Tout-Puissant ne l’avait pas sauvé d’une mort si ignoble. La croix du Christ était la croix de leurs idées sur Dieu ; la mort du Christ était une mort de ce qu’ils imaginaient que Dieu était. C’étaient eux qui étaient, en effet, les morts dans la tombe de la limitation de leur compréhension. Que de fois l’homme s’auto paralyse, en refusant de surmonter son idée de Dieu, d’un dieu créé à l’image et à la ressemblance de l’homme ; que de fois il désespère, en refusant de croire que la toute-puissance de Dieu n’est pas la toute-puissance de la force, de l’autorité mais qu’elle n’est que la toute-puissance de l’amour, du pardon et de la vie !

Les disciples ont reconnu Jésus à la ‘‘fraction du pain’’, dans l’Eucharistie. Si nous ne laissons pas rompre le voile qui obscurcit nos yeux, si nous ne rompons pas l’endurcissement de notre cœur et de nos préjugés, nous ne pourrons jamais reconnaître le visage de Dieu.

Résurrection: dans l’obscurité de la nuit la plus sombre, dans le désespoir le plus bouleversant, Jésus s’approche des deux disciples et emprunte leur chemin pour qu’ils puissent découvrir qu’il est « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6). Jésus transforme leur désespoir en vie, car lorsque disparaît l’espérance humaine, commence à briller l’espérance divine : « ce qui est impossible à l’homme est possible à Dieu » (Lc 18, 27 ; cf. 1, 37). Quand l’homme touche le fond de l’échec et de l’incapacité, quand il se défait de l’illusion d’être le meilleur, d’être autosuffisant, d’être le centre du monde, alors Dieu lui tend la main pour transformer sa nuit en aube, son affliction en joie, sa mort en résurrection, sa marche en un retour vers Jérusalem, c’est-à-dire vers la vie et vers la victoire de la Croix (cf. He 11, 34).

Les deux disciples, en effet, après avoir rencontré le Ressuscité, reviennent pleins de joie, de confiance et d’enthousiasme, prêts pour le témoignage. Le Ressuscité les a fait resurgir de la tombe de leur incrédulité et de leur affliction. En rencontrant le Crucifié-Ressuscité, ils ont trouvé l’explication et l’accomplissement de toute l’Écriture, de la Loi et des Prophètes ; ils ont trouvé le sens de l’échec apparent de la Croix.

Celui qui ne traverse pas l’expérience de la Croix jusqu’à la Vérité de la Résurrection s’auto condamne au désespoir. En effet, nous, nous ne pouvons pas rencontrer Dieu sans crucifier d’abord nos idées limitées d’un dieu qui reflète notre compréhension de la toute-puissance et du pouvoir.

Vie: la rencontre avec Jésus ressuscité a transformé la vie de ces deux disciples, parce que rencontrer le Ressuscité transforme toute vie et rend féconde toute stérilité (cf. Benoît XVI, Audience générale, mercredi, 11 avril 2007). En effet, la Résurrection n’est pas une foi née dans l’Église, mais l’Église est née de la foi en la Résurrection. Saint Paul dit : « si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu » (1 Co 15, 14).

Le Ressuscité disparaît de leurs yeux, pour nous enseigner que nous ne pouvons pas retenir Jésus dans son caractère visible historique : « heureux ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 21, 29 ; cf. 20, 17). L’Église doit savoir et croire qu’il est vivant avec elle et la vivifie dans l’Eucharistie, dans les Écritures et dans les Sacrements. Les disciples d’Emmaüs ont compris cela et sont retournés à Jérusalem pour partager avec les autres leur expérience : ‘‘Nous avons vu le Seigneur… Oui, il est vraiment ressuscité’’ (cf. Lc 24, 32).

L’expérience des disciples d’Emmaüs nous enseigne qu’il ne vaut pas la peine de remplir les lieux de culte, si nos cœurs sont vidés de la crainte de Dieu et de sa présence ; il ne vaut pas la peine de prier, si notre prière adressée à Dieu ne se transforme pas en amour du frère ; beaucoup de dévotion ne vaut pas la peine, si elle n’est pas animée par beaucoup de foi et par beaucoup de charité ; il ne vaut pas la peine de soigner l’apparence, car Dieu regarde l’âme et le cœur (cf. 1 Sam 16, 7) et déteste l’hypocrisie (cf. Lc 11, 37-54 ; Ac 5, 3-4) 1. Pour Dieu il vaut mieux ne pas croire que d’être un faux croyant, un hypocrite !

La vraie foi est celle qui nous rend plus charitables, plus miséricordieux, plus honnêtes et plus humains ; c’est celle qui anime les cœurs pour les porter à aimer tout le monde gratuitement, sans distinction et sans préférences ; c’est celle qui nous conduit à voir dans l’autre non pas un ennemi à vaincre, mais un frère à aimer, à servir et à aider ; c’est celle qui nous conduit à diffuser, à défendre et à vivre la culture de la rencontre, du dialogue, du respect et de la fraternité ; qui nous conduit au courage de pardonner à celui qui nous offense ; de tendre la main à celui qui est tombé ; à vêtir celui qui est nu ; à donner à manger à celui qui a faim ; à visiter le détenu ; à aider l’orphelin ; à donner à boire à celui qui a soif ; à aller au secours de la personne âgée et de celui qui est dans le besoin (cf. Mt 25, 31-45). La vraie foi est celle qui nous conduit à protéger les droits des autres, avec la même force et avec le même enthousiasme avec lesquels nous défendons les nôtres. En réalité, plus on grandit dans la foi et dans la connaissance, plus on grandit dans l’humilité et dans la conscience d’être petit.

Chers frères et soeurs,

Dieu n’apprécie que la foi professée par la vie, parce que l’unique extrémisme admis pour les croyants est celui de la charité ! Toute autre forme d’extrémisme ne vient pas de Dieu et ne lui plaît pas!

A présent, comme les disciples d’Emmaüs, retournez à votre Jérusalem, c’est-à-dire à votre vie quotidienne, à vos familles, à votre travail et à votre chère patrie, pleins de joie, de courage et de foi. N’ayez pas peur d’ouvrir votre cœur à la lumière du Ressuscité et laissez-le transformer votre incertitude en force positive pour vous et pour les autres. N’ayez pas peur d’aimer tout le monde, amis et ennemis, car c’est dans l’amour vécu que résident la force et le trésor du croyant!

Que la Vierge Marie et la Sainte Famille, qui ont vécu sur cette terre bénie, illuminent nos cœurs et vous bénissent ainsi que la chère Égypte qui, à l’aube du christianisme, a accueilli l’évangélisation de saint Marc et a donné tout au long de l’histoire de nombreux martyrs et un grand cortège de saints et de saintes!

Al Massih Kam/ Bilhakika kam – Le Christ est ressuscité/ Il est vraiment ressuscité!

Église en sortie 28 avril 2017

Cette semaine à Église en sortie, nous recevons Louise Boisvert, Directrice de l’Office de l’éducation à la foi de l’archidiocèse de Montréal qui nous parle de l’Institut Notre-Dame de vie. On vous présente un montage des moments forts de la cérémonie de béatification du père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, fondateur de l’Institut Notre-Dame de vie. Puis en troisième partie, Francis Denis s’entretient avec l’abbé Claude Sarrasin sur le thème de la spiritualité chrétienne et de ses conséquences dans la vie quotidienne, spécialement pour les familles.

Allocution du pape François lors de la rencontre avec le Patriarche orthodoxe-copte Tawadros II

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’allocution du pape François lors de la rencontre oecuménique avec le patriarche orthodoxe copte Sa Sainteté Tawadros II:

Le Seigneur est ressuscité, il est vraiment ressuscité [Al Massih kam, bihakika kam !]

Sainteté, très cher Frère,

C’est depuis peu qu’a eu lieu la grande Solennité de Pâques, centre de la vie chrétienne, que

nous avons eu la grâce de célébrer cette année le même jour. Nous avons ainsi proclamé à l’unisson l’annonce de la Résurrection, en revivant, en un certain sens, l’expérience des premiers disciples, qui ce jour-là, ensemble, « furent remplis de joie en voyant le Seigneur » (Jn 20, 20). Cette joie pascale est aujourd’hui enrichie par le don d’adorer ensemble le Ressuscité dans la prière et d’échanger de nouveau, en son nom, le saint baiser et l’accolade de la paix. J’en suis très reconnaissant : en arrivant ici comme pèlerin, j’étais certain de recevoir la bénédiction d’un Frère qui m’attendait. Grande était l’attente de nous retrouver : en effet, je garde bien vivant le souvenir de la visite de Votre Sainteté à Rome, peu après mon élection, le 10 mai 2013, une date qui est heureusement devenue l’occasion de célébrer chaque année la Journée d’amitié copte-catholique.

Dans la joie de poursuivre fraternellement notre route œcuménique, je voudrais rappeler avant tout ce jalon dans les relations entre le siège de Pierre et celui de Marc qu’est la Déclaration commune signée par nos prédécesseurs il y a plus de quarante ans, le 10 mai 1973. Ce jour-là, après des « siècles d’histoire difficiles », au cours desquels « ont surgi des divergences théologiques qui ont été entretenues et aggravées par des facteurs de caractère non théologique » et par une méfiance toujours plus généralisée dans les relations, grâce à Dieu on est arrivé à reconnaître ensemble que le Christ est « Dieu parfait pour ce qui est de sa divinité, et homme parfait pour ce qui est de son humanité » (Déclaration commune signée par le Saint-Père Paul VI et par Sa Sainteté Amba Shenouda III, 10 mai 1973). Mais non moins importants et non moins actuels sont les mots qui précèdent immédiatement, par lesquels nous avons reconnu « notre Seigneur et Dieu et Sauveur et Roi de nous tous, Jésus Christ ». Par ces expressions, le siège de Marc et celui de Pierre ont proclamé la seigneurie de Jésus : ensemble, nous avons confessé que nous appartenons à Jésus et qu’il est notre tout.

De plus, nous avons compris qu’étant siens, nous ne pouvons plus penser aller chacun son chemin, car nous trahirions sa volonté : que les siens soient « tous […] un […] pour que le monde croie » (Jn 17, 21). Devant le Seigneur, qui nous veut « parfaitement un » (v. 23), il ne nous est plus possible de nous cacher derrière les prétextes des divergences d’interprétation ni non plus derrière des siècles d’histoire et de traditions qui nous ont rendus étrangers. Comme l’a dit ici Sa Sainteté Jean-Paul II : « Il n’y a pas de temps à perdre à ce sujet. Notre communion dans l’unique Seigneur Jésus Christ, dans l’unique Esprit Saint et dans l’unique Baptême constitue déjà une réalité profonde et fondamentale » (Discours lors de la rencontre œcuménique, 25 février 2000). Il y a, en ce sens, non seulement un œcuménisme fait de gestes, de paroles et d’engagement, mais une communion déjà effective, qui grandit chaque jour dans la relation vivante avec le Seigneur Jésus, qui s’enracine dans la foi professée et se fonde réellement sur notre baptême, sur le fait d’être des ‘‘créatures nouvelles’’ (cf. 2 Co 5, 17) en lui : en somme, « un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (Ep 4, 5). D’ici, nous repartons toujours, pour préparer le jour si désiré où nous serons en pleine et visible communion à l’autel du Seigneur.

Sur ce chemin passionnant qui, – comme la vie- n’est pas toujours facile et linéaire, mais sur lequel le Seigneur nous exhorte à aller de l’avant, nous ne sommes pas seuls. Nous accompagne une foule immense de saints et de martyrs, qui déjà pleinement unis, nous poussent à être ici-bas une image vivante de la « Jérusalem céleste » (Ga 4, 26). Parmi eux, se réjouissent certainement aujourd’hui de notre rencontre, à titre particulier, les saints Pierre et Marc. Le lien qui les unit est grand. Qu’il suffise de penser au fait que saint Marc a placé au cœur de son Évangile la profession de foi de Pierre : « Tu es le Christ ». Ce fut la réponse à la question, toujours actuelle, de Jésus : « Mais vous, qui dites-vous que je suis ? » (Mc 8, 29). Aujourd’hui également beaucoup de gens ne savent pas répondre à cette interrogation ; il manque même quelqu’un pour la susciter et surtout pour offrir en réponse la joie de connaître Jésus, cette même joie avec laquelle nous avons la grâce de le confesser ensemble.

Ensemble, nous sommes donc appelés à témoigner de lui, à porter au monde notre foi, avant tout de la manière propre à la foi : en la vivant, car la présence de Jésus se transmet avec la vie et parle le langage de l’amour gratuit et concret. Coptes orthodoxes et Catholiques, nous pouvons toujours plus parler ensemble cette langue commune de la charité : avant d’entreprendre une initiative pour le bien, il serait beau de nous demander si nous pouvons la faire avec nos frères et sœurs qui partagent la foi en Jésus. Ainsi, en édifiant la communion dans le concret quotidien du témoignage vécu, l’Esprit ne manquera pas d’ouvrir des voies providentielles et imprévues d’unité. C’est avec cet esprit apostolique constructif que Votre Sainteté continue de réserver une attention authentique et fraternelle à l’Église copte catholique : une proximité dont je suis très reconnaissant et qui a trouvé une admirable expression dans le Conseil National des Églises Chrétiennes, auquel elle a donné naissance pour que ceux qui croient en Jésus puissent œuvrer toujours davantage ensemble, au bénéfice de la société égyptienne tout entière. J’ai beaucoup apprécié également la généreuse hospitalité offerte à la 13ème rencontre de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et les Églises orthodoxes orientales, qui s’est tenue ici l’année dernière à votre invitation. C’est un beau signe que la rencontre suivante se soit déroulée cette année à Rome, presque pour exprimer une continuité particulière entre les sièges de Marc et de Pierre.

Dans les Saintes Écritures, Pierre semble de quelque manière répondre à l’affection de Marc en l’appelant « mon fils » ( 1P 5, 13). Mais les liens fraternels de l’Évangéliste et son activité apostolique concernent aussi saint Paul qui, avant de mourir martyr à Rome, parle de l’utilité prévenante de Marc dans son ministère (cf. 2 Tm 4, 11) et le cite plus d’une fois (cf. Phm 24 ; Col 4, 10). Charité fraternelle et communion de mission : voici les messages que la Parole divine et nos origines nous livrent. Ce sont les semences évangéliques que nous avons la joie de continuer à irriguer et, par la grâce de Dieu, à faire croître ensemble (cf. 1 Co 3, 6-7).

La maturation de notre chemin œcuménique est soutenue, de manière mystérieuse et plus que jamais actuelle, également par un vrai et authentique œcuménisme du sang. Saint Jean écrit que Jésus est venu « par l’eau et par le sang » (1 Jn 5, 6) ; qui croit en lui, ainsi « est vainqueur du monde » (1 Jn 5, 5). Par l’eau et le sang : en vivant une vie nouvelle dans notre Baptême commun, une vie d’amour toujours et pour tous, y compris au prix du sacrifice du sang. Que de martyrs dans ce pays, depuis les premiers siècles du christianisme, ont vécu la foi héroïquement et jusqu’au fond, en versant leur sang plutôt que de renier le Seigneur et de céder aux illusions du mal ou seulement à la tentation de répondre au mal par le mal. Le vénérable Martyrologue de l’Église copte en témoigne bien. Encore récemment, malheureusement, le sang innocent de fidèles sans défense a été cruellement versé : leur sang innocent nous unit. Très cher Frère, tout comme la Jérusalem céleste est unique, unique est notre martyrologe, et vos souffrances sont aussi nos souffrances. Fortifiés par votre témoignage, œuvrons pour nous opposer à la violence en prêchant et en semant le bien, en faisant grandir la concorde et en maintenant l’unité, en priant afin que tant de sacrifices ouvrent la voie à un avenir de pleine communion entre nous et de paix pour tous.

La merveilleuse histoire de sainteté de cette terre n’est pas particulière uniquement à cause du sacrifice des martyrs. À peine terminées les persécutions antiques, a émergé une forme nouvelle de vie qui, donnée au Seigneur, ne retenait rien pour elle: dans le désert a commencé le monachisme. Ainsi, aux grands signes que Dieu, par le passé, avait accomplis en Égypte et dans la Mer rouge (cf. Ps 106, 21-22), a fait suite le prodige d’une vie nouvelle, qui a fait fleurir de sainteté le désert. Avec vénération pour ce patrimoine commun, je suis venu en pèlerin sur cette terre, où le Seigneur lui-même aime se rendre: ici, glorieux, il est descendu sur le mont Sinaï (cf. Ex 24, 16) ; ici, humble, il a trouvé refuge en tant qu’enfant (cf. Mt 2, 14).

Sainteté, très cher Frère, que le même Seigneur nous accorde de repartir aujourd’hui, ensemble, en pèlerins de communion et en messagers de paix. Sur ce chemin, que nous prenne par la main Celle qui a accompagné ici Jésus et que la grande tradition théologique égyptienne a déclarée depuis l’antiquité Theotokos, Mère de Dieu. À ce titre, s’unissent admirablement l’humanité et la divinité, car dans la Mère, Dieu s’est fait pour toujours homme. Que la Vierge Sainte, qui nous conduit toujours à Jésus, symphonie parfaite du divin avec l’humain, apporte encore un peu du Ciel sur notre terre!

[00620-FR.01] [Texte original: Italien]

Secured By miniOrange