Discours du pape François lors de la Prière oecuménique dans la Basilique inférieure Saint-François d’Assise

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Vers 15:15, suivant un repas en commun au Couvent des franciscains d’Assise, le Pape a rencontré individuellement Sa Sainteté Bartholomée 1er, Patriarche Oecuménique de Constantinople, Sa Sainteté Ignatius Ephram II, Patriarche de l’église syrienne orthodoxe d’Antioche, Son excellence Justin Welby, Archevêque de Canterbury et Primat de la Communion anglicane, Le professeur Zygmut Bauman, sociologue et philosophe (Pologne), le professeur Din Syansuddin, Président du Conseil Uléma (Indonésie) ainsi que le Rabbin David Rosen (Israël).

À 16:00, les représentants des différentes religions ont priés pour la paix à différents endroits d’Assise. Tous les chrétiens se sont réunis dans la Basilique inférieur Saint-François pour une prière oecuménique durant laquelle furent mentionnés 28 pays en guerre. Une chandelle fut également allumés pour chacun d’eux. Vous trouverez ci-dessous le texte de la méditation du pape François:

Devant Jésus crucifié résonnent pour nous aussi ses paroles : « J’ai soif » (Jn 19, 28). La soif, encore plus que la faim, est le besoin extrême de l’être humain, mais en représente aussi l’extrême misère. Nous contemplons ainsi le mystère du Dieu Très-Haut, devenu, par miséricorde, miséreux parmi les hommes.

De quoi a soif le Seigneur ? Certainement d’eau, élément essentiel pour la vie. Mais surtout d’amour, élément non moins essentiel pour vivre. Il a soif de nous donner l’eau vive de son amour, mais aussi de recevoir notre amour. Le prophète Jérémie a exprimé la satisfaction de Dieu pour notre amour : « Je me souviens de la tendresse de tes jeunes années, ton amour de jeune mariée » (2, 2). Mais il a donné aussi une voix à la souffrance divine, quand l’homme, ingrat, a abandonné l’amour, quand – aujourd’hui aussi, semble dire le Seigneur – « ils m’ont abandonné, moi, la source d’eau vive et ils se sont creusés des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau » (v. 13). C’est le drame du “cœur desséché”, de l’amour non rendu, un drame qui se renouvelle dans l’Évangile, quand, à la soif de Jésus l’homme répond par le vinaigre, qui est du vin tourné. Comme, prophétiquement, se lamentait le psalmiste : « Quand j’avais soif, ils m’ont donné du vinaigre » (Ps 69, 22).

“L’Amour n’est pas aimé” : selon certains récits, c’était la réalité qui troublait saint François d’Assise. Lui, par amour du Seigneur souffrant, n’avait pas honte de pleurer et de se lamenter à haute voix (cf. Sources franciscaines, n. 1413). Cette réalité même doit nous tenir à cœur en contemplant le Dieu crucifié, assoiffé d’amour. Mère Teresa de Calcutta a voulu que, dans les chapelles de chacune de ses communautés, près du Crucifié soit écrit “J’ai soif”. Étancher la soif d’amour de Jésus sur la croix par le service des plus pauvres parmi les pauvres a été sa réponse. Le Seigneur est en effet assoiffé de notre amour de compassion, il est consolé lorsque, en son nom, nous nous penchons sur les misères d’autrui. Au jugement, il appellera “bénis” tous ceux qui ont donné à boire à qui avait soif, qui ont offert un amour concret à qui en avait besoin : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).

Les paroles de Jésus nous interpellent, elles demandent accueil dans notre cœur et réponse par notre vie. Dans son “J’ai soif”, nous pouvons entendre la voix de ceux qui souffrent, le cri caché des petits innocents exclus de la lumière de ce monde, la supplication qui vient du fond du cœur des pauvres et de ceux qui ont le plus besoin de paix. Elles implorent la paix, les victimes des guerres qui polluent les peuples de haine et la terre d’armes ; ils implorent la paix, nos frères et sœurs qui vivent sous la menace des bombardements ou sont contraints de laisser leurs maisons et d’émigrer vers l’inconnu, dépouillés de tout. Tous ceux-là sont des frères et des sœurs du Crucifié, petits dans son Royaume, membres blessés et desséchés de sa chair. Ils ont soif. Mais à eux il leur est souvent donné, comme à Jésus, le vinaigre amer du refus. Qui les écoute ? Qui se préoccupe de leur répondre ? Ils rencontrent trop souvent le silence assourdissant de l’indifférence, de l’égoïsme de celui qui est agacé, la froideur de celui qui éteint leur cri à l’aide avec la facilité avec laquelle on change un canal de télévision.

Devant le Christ crucifié, « puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1 Co 1, 24), nous chrétiens, nous sommes appelés à contempler le mystère de l’Amour non aimé et à répandre de la miséricorde sur le monde. Sur la croix, arbre de vie, le mal a été transformé en bien ; nous aussi, disciples du Crucifié, nous sommes appelés à être des “arbres de vie” qui absorbent la pollution de l’indifférence et restituent au monde l’oxygène de l’amour. Du côté du Christ en croix sort de l’eau, symbole de l’Esprit qui donne la vie (cf. Jn 19 34) ; ainsi, que de nous, ses fidèles, sorte de la compassion pour tous les assoiffés d’aujourd’hui.

Comme Marie près de la Croix, que le Seigneur nous accorde d’être unis à Lui et proches de celui qui souffre. En nous approchant de tous ceux qui aujourd’hui vivent comme des crucifiés et en puisant la force d’aimer au Crucifié ressuscité, croîtront encore plus l’harmonie et la communion entre nous. « C’est Lui, le Christ, qui est notre paix » (Ep 2, 14), lui qui est venu pour annoncer la paix à ceux qui sont proches et à ceux qui sont loin (cf. v. 17). Qu’il nous garde tous dans l’amour et nous rassemble dans l’unité, dans laquelle nous sommes en chemin, pour que nous devenions ce que lui désire : « un » (Jn 17, 21).

Église en sortie 16 septembre 2016

Cette semaine à Église en sortie, nous recevons monsieur Éric Sylvestre p.s.s, recteur du Collège pontifical Canadien à Rome qui nous parle de l’œuvre des prêtres de Saint-Sulpice dans l’histoire de la ville et du diocèse de Montréal ainsi que de l’institution dont il est responsable à Rome. Nous vous présentons un reportage sur le lancement pastoral du diocèse de Mont-Laurier. En troisième partie de l’émission, Francis Denis s’entretient avec Mme Anne Leahy, diplomate de carrière (ancienne ambassadeure du Canada au Saint-Siège) et professeur à l’Université McGill, sur le thème de la Doctrine sociale de l’Église.

 

La pédagogie conciliaire du pape François

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CNS/Paul Haring

Du 26 au 31 juillet dernier, avaient lieu à Cracovie les 31e Journées mondiales de la Jeunesse. Cet évènement fut une réussite non seulement parce qu’aucun incident majeur n’est venu ternir l’espérance célébrée mais aussi parce que la piété qui y fut exprimée a vraisemblablement eu l’impact désiré. En faisant la rétrospective de leur expérience suivant leur retour à la maison, les jeunes pourront relire les différents discours qui leur étaient adressés, sinon revivre ces évènements en revoyant notre couverture via notre chaîne YouTube !

De mon côté, j’ai pu suivre les JMJ de cette année par l’entremise de notre équipe sur le terrain et grâce à notre diffusion des différentes étapes du pèlerinage pontifical. Vous avez certainement suivi nos émissions quotidiennes intitulées Centrale JMJ qui faisaient un résumé complet de chacune de ces journées polonaises. Ayant moi-même suivi attentivement cette semaine intense tant physiquement que spirituellement, un élément a particulièrement retenu mon attention : la pédagogie toute conciliaire du pape François.

En effet, par l’utilisation dans ses discours d’images concrètes, le pape François montre à quel point il connaît, à la fois, la réalité des jeunes d’aujourd’hui et les recommandations du Concile Vatican II.

La question fondamentale ici est de savoir quel langage est le mieux adapté à l’expression du Mystère révélé en Jésus Christ afin qu’il soit compréhensible. De fait, notre discours a souvent bien de la difficulté à mettre des mots sur cette relation éternelle à laquelle nous sommes invités. Le recours à la précision théologique peut être d’un certain secours mais celle-ci ne peut être la seule solution parce que Dieu n’est pas venu sur terre pour créer des théologiens mais plutôt pour sauver l’humanité ! Ce dilemme (no2), le Concile l’avait identifié et le pape François semble l’avoir très bien assimilé.

Tout au long de son pontificat, le pape François s’est fait remarquer, entre autres, par ce don tout spécial qu’il possède d’utiliser des images. Cela manifesta tout autant sa connaissance de la foi que de la réalité concrète de la vie quotidienne des gens. Comme l’enseigne Vatican II dans le document Lumen Gentium :

« C’est sous des images variées que la nature intime de l’Église nous est montrée, images tirées soit de la vie pastorale ou de la vie des champs, soit du travail de construction ou encore de la famille et des épousailles, et qui se trouvent ébauchées déjà dans les livres des prophètes. » (no6)

En ce sens, le discours du pape François lors de la Veillée de prières au Campus Misericordiae m’a non seulement fait réfléchir mais m’a également fait bien rire :

« Dans la vie, il y a une autre paralysie encore plus dangereuse et souvent difficile à identifier, et qu’il nous coûte beaucoup de reconnaître. J’aime l’appeler la paralysie qui naît lorsqu’on confond le BONHEUR avec un DIVAN ! Oui, croire que pour être heureux, nous avons besoin d’un bon divan. Un divan qui nous aide à nous sentir à l’aise, tranquilles, bien en sécurité. Un divan – comme il y en a maintenant, modernes, avec des massages y compris pour dormir – qui nous garantissent des heures de tranquillité pour nous transférer dans le monde des jeux vidéo et passer des heures devant l’ordinateur. »

Il est vrai que tous les choix de notre vie dépendent de l’idée que l’on se fait du bonheur. Le pape François semble avoir une bonne idée des différentes tentations qui guettent la jeunesse d’aujourd’hui, bombardée de messages publicitaires de toutes sortes ; menaçant souvent même d’exclusion ceux qui refuseraient de se conformer aux nouveaux dogmes de la société du déchet.

En ce sens, les JMJ de Cracovie furent certainement l’occasion pour tous ces jeunes d’apprendre davantage sur leur vocation à la sainteté. Ils ont pu se mettre ensemble à l’écoute d’un message clair leur donnant, à la fois, l’enseignement nécessaire pour prendre des décisions face aux possibilités qui s’offrent à eux et recevoir l’impulsion essentielle sans laquelle tous ces jeunes réunis pourraient, comme tant d’autres, préférer le confort de leur sofa et l’anesthésie de leur console de jeux vidéos aux nombreux défis que comporte toute vie réussie.

L’Église et le développement international: Entretien avec Robert Calderisi (2e partie)

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CNS photo/Georgi Licovski, EPA

Du 9 au 14 août se tient, à Montréal, le Forum Social Mondial. Cette rencontre internationale a pour but de favoriser la mise en commun des différentes luttes pour la justice sociale en approfondissant la connaissance et l’engagement des participants aux nombreuses problématiques actuelles. Ayant assisté à quelques-unes des 1400 activités prévues lors de l’évènement, j’ai eu l’occasion de rencontrer Robert Calderisi auteur de Earthly Mission: The Catholic Church and World Development (Mission sur terre : l’Église catholique et le développement mondial) paru à la prestigieuse Yale University Press. Expert des questions entourant l’aide internationale et le développement, il a travaillé pendant 24 ans à la Banque Mondiale. Originaire de Montréal, il a également travaillé auprès d’organismes tels que l’OCDE et l’Agence canadienne pour le développement. Vous trouverez ci-dessous l’intégral de l’entrevue que j’ai pu réaliser avec lui à la fois sur l’enjeu de l’aide internationale, en Afrique plus particulièrement ainsi que du rôle joué par l’Église catholique dans ce que Bx Paul VI nommait populorum progressio.

Francis Denis : Quelle est votre évaluation du capitalisme et du marché global actuel ?

Robert Calderisi : Les grands progrès économiques et sociaux dans le monde sont le résultat du fonctionnement du marché. Au début, chez nous mais aussi en Amérique latine et en Asie, on essayait d’être plus dirigistes dans les politiques économiques gouvernementales. Cela a fonctionné dans plusieurs pays. La Corée du Sud est un bon exemple de pays qui a imposé ses propres politiques et ses propres objectifs même dans le secteur privé, et a fait de l’investissement public un outil très fort de développement national. On a vu cela également dans des dictatures à l’époque en Asie (Thaïlande,1799393-gf Taiwan, Indonésie) où les gouvernements ont fortement promu les services des santé et d’éducation de base, sachant que sans ces derniers la population ne pourrait contribuer à l’essor du pays et que, donc, la croissance ne serait pas au rendez-vous.

L’Afrique a commencé après les autres, cela a été plus difficile. Déjà dans les années 70-80, on voyait les limites d’un développement dirigé lourdement par l’État. Sans parler du fait que les états africains de l’époque étaient faibles. Il y avait très peu de tradition dans le domaine de l’administration publique en Afrique. On a voulu chercher un meilleur équilibre entre les investissements de l’État et ceux du marché privé. Depuis 30 ans, on cherche un équilibre entre les deux. En ce sens, à la Banque Mondiale et au FMI, souvent critiqués et traités comme des « loups dans la bergerie », on essaye d’expliquer qu’il ne s’agit pas de choisir entre le public et le privé mais de choisir la manière d’encadrer publiquement l’initiative privée pour que les efforts des investisseurs privés puissent bénéficier au plus grand nombre.  Malheureusement tous ne peuvent participer à la croissance pour une panoplie de raisons telles que l’isolement géographique ou l’analphabétisme, par exemple.

Dans ce contexte, la Banque Mondiale et le FMI ont essayé de donner un nouveau souffle au privé pour des raisons sociales. Lorsque j’étais en Côte d’Ivoire, je disais souvent que l’efficacité est importante non seulement pour les hommes d’affaires et pour les banquiers mais aussi pour les paysans et les ouvriers. En Côte d’Ivoire, la Banque Mondiale se battait non pas en faveur mais bien contre les monopoles. J’avais du mal à convaincre les pharmacies en Côte d’Ivoire de permettre la vente des produits génériques plutôt que d’imposer aux gens, y compris aux pauvres, des produits provenant de France à coût très élevé. Ainsi, contrairement à ce qu’on véhicule parfois, nous étions davantage du côté des « bons » que du côté des « méchants ». Ces discussions se faisant en coulisse, il est normal qu’elles n’attirent pas beaucoup l’attention des gens.

Je crois que pour nous chrétiens et catholiques d’ici, le grand défi est de relativiser nos propres problèmes de répartition des richesses et de pauvreté au Canada. Le défi d’en arriver à une répartition plus juste au niveau global est beaucoup plus important et compliqué et c’est cela qui devrait attirer davantage notre attention.

Francis Denis : Quelle est votre évaluation de l’engagement social du pape François ?

Robert Calderisi : Je lis ce que le Pape dit tous les jours ! C’est un homme qui m’inspire beaucoup. Dans mon livre sur l’action sociale de l’Église, je posais la question à savoir si la question sociale dans l’Église était en train de mourir. À ce moment-là, je voyais vieillir et disparaître toute une génération inspirée par le souffle social du Concile Vatican II. Un mois à peine après son élection, on voyait déjà revivre cette riche tradition, cet aspect missionnaire de l’Église dans la réalité concrète des gens. Je pense qu’il a aussi eu le génie d’exprimer cette tension entre la mission spirituelle et temporelle de l’Église en disant que, bien sûr notre premier rôle comme institution est de vivre et d’annoncer le Christ et ses valeurs. Comme il le disait lui-même dans sa première homélie comme Pape : « l’Église n’est pas une ONG », l’Église est plus importante, plus riche et plus ambitieuse qu’une ONG. Par contre, l’engagement caritatif est une partie de sa mission. Pour exprimer cela, le pape François avait utilisé une phrase qui réconcilie ces deux dimensions lorsqu’il a dit : que « la mission sociale de l’Église est une prolongation de l’Incarnation ». Dans une Église souvent divisée entre les dits « traditionalistes » et les dits « progressistes », je pense qu’il a trouvé un juste milieu qui inspire la plupart des catholiques dans le monde.

 

Témoignage de Rand Mittri, 26 ans d’Alep en Syrie lors de la Veillée de prière avec le pape François

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Je m’appelle Rand Mittri. J’ai 26 ans et je viens d’Alep, en Syrie. Comme vous le savez peut-être, notre ville a été détruite, ruinée et brisée. Le sens de notre vie a été anéanti. Nous sommes la ville oubliée.

Cela peut être difficile pour une grande partie d’entre vous de comprendre l’étendue de ce qui se passe maintenant dans mon pays bien-aimé, en Syrie. Il va m’être très difficile de vous donner une image de la vie pleine de douleur en quelques phrases, mais je vais partager avec vous quelques aspects de notre réalité.

Chaque jour, nous vivons entourés de la mort. Mais comme vous, le matin, nous fermons la porte quand nous allons au travail ou à l’école. C’est à ce moment que nous sommes pris par la peur de ne pas pouvoir rentrer pour retrouver nos maisons et nos familles. Peut-être serons- nous tués ce jour. Peut-être nos familles ne seront plus en vie. C’est un sentiment dur et douloureux de savoir que tu es entouré de la mort et de la tuerie, et qu’il n’y a pas de possibilité de s’enfuir : il n’y a personne pour t’aider.

Est-il possible que ce soit la fin et que nous soyons nés pour mourir en souffrance ? Ou bien sommes-nous nés pour vivre, pour vivre la vie le plus pleinement possible ? Mon expérience de cette guerre a été rude et difficile. Mais tout ça a fait que j’ai mûri et j’ai grandi avant mon âge, que je vois les choses d’une perspective différente.

Je travaille dans le centre Don Bosco à Alep. Notre centre reçoit plus de 700 jeunes hommes et femmes qui s’y rendent en espérant de voir un sourire ou entendre un mot d’encouragement. Ils recherchent aussi quelque chose qui manque dans leurs vies : de vrais soins humanitaires. Mais il est très difficile pour moi de donner de la joie et de la foi aux autres quand moi-même je manque de ces choses dans ma vie.

A travers ma maigre expérience de vie, j’ai appris que ma foi en Jésus Christ l’emporte sur les circonstances de la vie. La vérité n’est pas conditionnée par une vie en paix, exempté de souffrance. De plus en plus je crois que Dieu existe malgré toute notre douleur. Je crois que parfois, à travers notre douleur, Il nous enseigne le vrai sens de l’amour. Ma foi en Jésus Christ est la raison de ma joie et de mon espoir. Personne ne sera jamais capable de me voler cette vraie joie.

Je vous remercie tous et je vous demande sincèrement de prier pour mon pays bien-aimé, la Syrie.

Trad. : Alicja Slowik

Homélie du pape François lors de la messe avec les prêtres, religieux, religieuses, consacrés et séminaristes polonais

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Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie de la messe avec les prêtres, religieux, religieuses, consacrés et séminaristes polonais, samedi 30 juillet :

Le passage de l’Évangile que nous avons entendu (cf. Jn 20, 19-31) nous parle d’un lieu, d’un disciple et d’un livre. 

Le lieu est celui où se trouvaient les disciples le soir de Pâques : de celui-ci on dit seulement que ses portes étaient verrouillées (cf. v. 19). Huit jours après, les disciples se trouvaient encore dans cette maison, et les portes étaient encore verrouillées (cf. v. 26). Jésus y entre, se place au milieu et apporte sa paix, l’Esprit Saint et le pardon des péchés : en un mot, la miséricorde de Dieu. À l’intérieur de ce lieu fermé l’invitation que Jésus adresse aux siens résonne avec force : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (v. 21).

Jésus envoie. Lui, il désire, dès le début, que l’Église soit en sortie, qu’elle aille dans le monde. Et il veut qu’on le fasse comme lui-même a fait, comme lui a été envoyé dans le monde par le Père : non en puissant, mais dans la condition de serviteur (cf. Ph 2, 7), non « pour être servi, mais pour servir » (Mc 10, 45) et pour porter la Bonne Nouvelle (cf. Lc 4, 18) ; ainsi, les siens sont aussi envoyés, en tout temps. Le contraste est frappant : tandis que les disciples ferment les portes par crainte, Jésus les envoie en mission ; il veut qu’ils ouvrent les portes et sortent pour répandre le pardon et la paix de Dieu, avec la force de l’Esprit Saint. 

Cet appel est aussi pour nous. Comment ne pas y entendre l’écho de la grande invitation de saint Jean-Paul II : “Ouvrez les portes !” ? Toutefois, dans notre vie de prêtres et de consacrés, il peut y avoir souvent la tentation de rester, par crainte ou par commodité, un peu enfermés sur nous-mêmes et sur nos milieux. Mais la direction que Jésus indique est à sens unique : sortir de nous-mêmes. C’est un voyage sans billet de retour. Il s’agit d’accomplir un exode de notre moi, de perdre sa vie pour Lui (cf. Mc 8, 35), en suivant la voie du don de soi. D’autre part, Jésus n’aime pas les chemins parcourus à moitié, les portes laissées entrouvertes, les vies à deux quais. Il demande de se mettre en chemin en étant légers, de sortir en renonçant à ses propres sécurités, établis seulement en Lui. 

En d’autres termes, la vie de ses disciples les plus intimes, ceux que nous sommes appelés à être, est faite d’amour concret, c’est-à-dire de service et de disponibilité ; c’est une vie où il n’existe pas d’espaces clos et de propriétés privées pour ses propres commodités. Celui qui a choisi de conformer toute son existence sur Jésus ne choisit pas ses propres lieux, mais il va là où il est envoyé ; prêt à répondre à celui qui l’appelle, il ne choisit plus, pas même ses propres temps. La maison où il habite ne lui appartient pas, parce que l’Église et le monde sont les lieux ouverts de sa mission. Son trésor se trouve dans le Seigneur au milieu de la vie, sans rechercher quelque chose d’autre pour soi. Il fuit ainsi les situations satisfaisantes qui le mettraient au centre, il ne se dresse pas sur les piédestaux branlants des pouvoirs du monde et ne se complait pas dans les commodités qui amollissent l’évangélisation ; il ne perd pas de temps à faire des projets pour un avenir sûr et bien rétribué, pour ne pas risquer de devenir isolé et maussade, renfermé dans les murs étroits d’un égoïsme sans espérance et sans joie. Content dans le Seigneur, il ne se satisfait pas d’une vie médiocre, mais brûle du désir de témoigner et de rejoindre les autres ; il aime risquer et il sort, non contraint par des parcours déjà tracés, mais ouvert et fidèle aux caps indiquées par l’Esprit : au lieu de vivoter, il se réjouit d’évangéliser.

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, en second lieu, émerge la figure de l’unique disciple nommé, Thomas. Dans son doute et dans son impatience de vouloir comprendre, ce disciple, aussi plutôt obstiné, nous ressemble un peu et nous est aussi sympathique. Sans le savoir, il nous fait un grand cadeau : il nous conduit plus près de Dieu, parce que Dieu ne se cache pas à celui qui le cherche. Jésus lui montre ses plaies glorieuses, il lui fait toucher de la main l’infinie tendresse de Dieu, les signes vivants de tout ce qu’il a souffert par amour des hommes.

Pour nous disciples, il est si important de mettre notre humanité au contact de la chair du Seigneur, c’est-à-dire lui porter, avec confiance et avec une sincérité totale, jusqu’au bout, ce que nous sommes. Jésus, comme il a dit à sainte Faustine, est content que nous lui parlions de tout, il ne se lasse pas de nos vies qu’il connaît déjà, il attend notre partage, jusqu’au récit de nos journées (cf. Diaire, 6 septembre 1937). On cherche Dieu ainsi, dans une prière qui soit transparente et qui n’oublie pas de confier et de remettre les misères, les peines et les résistances. Le cœur de Jésus est conquis par l’ouverture sincère, par des cœurs qui savent reconnaître et pleurer leurs propres faiblesses, confiants que la miséricorde divine agira justement là. Que nous demande Jésus ? Il désire des cœurs vraiment consacrés, qui vivent du pardon reçu de Lui, pour le reverser avec compassion sur les frères. Jésus cherche des cœurs ouverts et tendres envers les faibles, jamais durs ; des cœurs dociles et transparents, qui ne dissimulent pas devant celui qui a la tâche dans l’Église d’orienter le chemin. Le disciple n’hésite pas à poser des questions, il a le courage d’habiter le doute et de le porter au Seigneur, aux formateurs et aux Supérieurs, sans calculs ni réticences. Le disciple fidèle met en œuvre un discernement vigilant et constant, sachant que le cœur s’éduque chaque jour, à partir des affections, pour fuir toute duplicité dans les attitudes et dans la vie. 

L’apôtre Thomas, à la fin de sa recherche passionnée, n’est pas seulement parvenu à croire en la résurrection, mais il a trouvé en Jésus le tout de la vie, son Seigneur ; il lui a dit : « Mon Seigneur et mon Dieu » (v. 28). Cela nous fera du bien de prier chaque jour avec ces paroles splendides, avec lesquelles lui dire : tu es mon unique bien, la route de mon cheminement, le cœur de ma vie, mon tout.

Dans le dernier verset que nous avons entendu, on parle, enfin, d’un livre : c’est l’Évangile, dans lequel n’ont pas été écrits les nombreux autres signes accomplis par Jésus (v. 30). Après le grand signe de sa miséricorde, nous avons pu comprendre, il n’a pas été plus nécessaire d’ajouter autre chose. Mais il y a encore un défi, il y a un espace pour les signes accomplis par nous, qui avons reçu l’Esprit de l’amour et qui sommes appelés à répandre la miséricorde. On pourrait dire que l’Évangile, livre vivant de la miséricorde de Dieu, qui est lu et relu continuellement, a encore des pages blanches au fond : il reste un livre ouvert, que nous sommes appelés à écrire avec le même style, c’est-à-dire en accomplissant des œuvres de miséricorde. Je vous demande : les pages du livre de chacun de vous, comment sont-elles ? Sont-elles écrites chaque jour ? Sont-elles écrites un peu oui, un peu non ? Sont-elles blanches ? Que la Mère de Dieu nous aide en cela : qu’elle, qui a pleinement accueilli la Parole de Dieu dans sa vie (cf. Lc 8, 20-21), nous donne la grâce d’être des écrivains vivants de l’Évangile ; que notre Mère de miséricorde nous enseigne à prendre soin concrètement des plaies de Jésus dans nos frères et sœurs qui sont dans le besoin, de ceux qui sont proches comme de ceux qui sont loin, du malade comme du migrant, parce qu’en servant celui qui souffre, on honore la chair du Christ. Que la Vierge Marie nous aide à nous dépenser jusqu’au bout pour le bien des fidèles qui nous sont confiés, et à nous prendre en charge les uns les autres, comme de vrais frères et sœurs dans la communion de l’Église, notre sainte Mère.

Chers frères et sœurs, chacun de nous garde dans son cœur une page très personnelle du livre de la miséricorde de Dieu : c’est l’histoire de notre appel, la voix de l’amour qui a attiré et transformé notre vie, nous portant à tout laisser sur sa Parole et à le suivre (cf. Lc 5, 11). Ravivons aujourd’hui, avec gratitude, la mémoire de son appel, plus fort que toute résistance et fatigue. En continuant la célébration eucharistique, centre de notre vie, remercions le Seigneur, parce qu’il est entré à travers nos portes fermées avec sa miséricorde ; parce que comme Thomas, il nous a appelé par notre nom, afin qu’il nous donne la grâce de continuer à écrire son Évangile d’amour.

Discours du pape François lors de la visite à l’Hôpital pédiatrique universitaire (UCH) – Cracovie-Prokocim

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Chers frères et sœurs,

au cours de ma visite à Cracovie, la rencontre avec les petits patients de cet Hôpital ne pouvait pas manquer. Je vous salue tous et je remercie de tout cœur le Premier Ministre pour les aimables paroles qu’il m’a adressées. Je voudrais me tenir tout proche de chaque enfant malade, près de son lit, les embrasser un par un, écouter ne serait-ce qu’un moment chacun de vous et faire silence ensemble face aux questions auxquelles il n’y a pas de réponses immédiates. Et prier.

L’Évangile nous montre, à plusieurs reprises, le Seigneur Jésus qui rencontre les malades, les accueille, et va volontiers à leur rencontre. Il les remarque toujours, les regarde comme une mère regarde son fils qui ne se porte pas bien, et il sent la compassion se mouvoir en lui.

Comme je voudrais que, en tant que chrétiens, nous soyons capables de nous tenir près des malades à la manière de Jésus, en silence, avec une caresse, en prière. Notre société est malheureusement polluée par la culture du ‘‘rebut’’, qui est le contraire de la culture de l’accueil. Et les victimes de la culture du rebut sont justement les personnes les plus faibles, les plus fragiles ; et c’est une cruauté. Par contre, il est beau de voir que dans cet Hôpital les plus petits et ceux qui sont le plus dans le besoin sont accueillis et soignés. Merci pour ce signe d’amour que vous nous offrez ! Voici le signe de la vraie civilisation, humaine et chrétienne : mettre au centre de l’attention sociale et politique les personnes les plus défavorisées.

Parfois, les familles se trouvent seules à les prendre en charge. Que faire ? De cet endroit, où on voit l’amour concret, je voudrais dire : multiplions les œuvres de la culture de l’accueil, des œuvres animées par l’amour chrétien, amour du Christ crucifié, de la chair du Christ. Servir avec amour et tendresse les personnes qui ont besoin d’aide nous fait grandir tous en humanité ; et cela nous ouvre le passage à la vie éternelle : celui qui accomplit des œuvres de miséricorde n’a pas peur de la mort.

J’encourage tous ceux qui ont fait de l’invitation évangélique à ‘‘visiter les malades’’ un choix personnel de vie : médecins, infirmiers, tous les agents de santé, ainsi que les aumôniers et les volontaires. Que le Seigneur vous aide à bien accomplir votre travail, dans cet hôpital comme dans chaque hôpital du monde. Et qu’il vous récompense en vous donnant la paix intérieure et un cœur toujours capable de tendresse. 

Merci à tous pour cette rencontre ! Je vous emmène avec moi,  par l’affection et par la prière. Et vous aussi, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. 

Communiqué de Mgr Lebrun après l’assassinat d’un prêtre qui célébrait la messe dans une église de Rouen

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(CNS photo/Pascal Rossignol/Reuters)

Vous trouverez ci-dessous le communiqué de Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, suite à la tuerie survenue mardi 26 juillet 2016, en l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray.

De Cracovie, j’apprends la tuerie advenue ce matin à l’église de Saint-Etienne du Rouvray. Elle fait trois victimes : le prêtre, le Père Jacques Hamel, 84 ans, et les auteurs de l’assassinat. Trois autres personnes sont blessées dont une très grièvement.  Je crie vers Dieu, avec tous les hommes de bonne volonté. J’ose inviter les non-croyants à s’unir à ce cri ! Avec les jeunes des JMJ, nous prions comme nous avons prié autour de la tombe du Père Popiulusko à Varsovie, assassiné sous le régime communiste.

Le vicaire général, le Père Philippe Maheut, est sur place depuis les premiers moments. Je serai dès ce soir dans mon diocèse auprès des familles et de la communauté paroissiale très choquée. L’Eglise catholique ne peut prendre d’autres armes que la prière et la fraternité entre les hommes. Je laisse ici des centaines de jeunes qui sont l’avenir de l’humanité, la vraie. Je leur demande de ne pas baisser les bras devant les violences et de devenir des apôtres de la civilisation de l’amour.

Dominique Lebrun
Archevêque de Rouen
26 juillet 2016

Vidéo message du pape François pour les jeunes en Pologne

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Photo: Catholic News Service

Plusieurs jours avant son Voyage apostolique en Pologne à l’occasion de la XXXIe Journée Mondiale de la Jeunesse, le pape François a envoyé un vidéo en italien aux jeunes de Pologne et qui fut télédiffusé à 8:00 pm à travers toute la nation polonaise. Ci-dessous, vous trouverez la traduction française du texte du Message du Saint-Père tel qu’il fut envoyé du Vatican en Pologne.

Chers frères et sœurs,
elle est désormais proche la trente-et-unième Journée mondiale de la Jeunesse, qui m’appelle à rencontrer les jeunes du monde, convoqués à Cracovie, et m’offre aussi l’heureuse occasion de rencontrer la chère nation polonaise. Tout sera sous le signe de la Miséricorde, en cette Année jubilaire, et dans la mémoire reconnaissante et fidèle de saint Jean-Paul II, qui a été l’artisan des Journées mondiales de la Jeunesse et a été le guide du peuple polonais sur son récent chemin historique vers la liberté.

Chers jeunes polonais, je sais que depuis longtemps vous avez préparé, surtout par la prière, la grande rencontre de Cracovie. Je vous remercie de grand cœur pour tout ce que vous faites, et pour l’amour avec lequel vous le faites ; d’avance, je vous embrasse et je vous bénis.

Chers jeunes de toutes les parties de l’Europe, d’Afrique, d’Amérique, d’Asie et d’Océanie ! Je bénis aussi vos pays, vos désirs et vos pas vers Cracovie, afin qu’ils soient un pèlerinage de foi et de fraternité. Que le Seigneur Jésus vous accorde la grâce de faire en vous-mêmes l’expérience de sa parole : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7).

J’ai un grand désir de vous rencontrer, pour offrir au monde un nouveau signe d’harmonie, une mosaïque de visages divers, de tant de races, langues, peuples et cultures, mais tous unis dans le nom de Jésus, qui est le Visage de la Miséricorde.

Et maintenant je m’adresse à vous, chers fils et filles de la nation polonaise ! Je sens que c’est un grand don du Seigneur que celui de venir parmi vous, parce que vous êtes un peuple qui dans son histoire, a traversé tant d’épreuves, certaines très dures, et qui est allé de l’avant avec la force de la foi, soutenu par la main maternelle de la Vierge Marie. Je suis certain que le pèlerinage au sanctuaire de Częstochowa sera pour moi une immersion dans cette foi éprouvée, qui me fera beaucoup de bien. Je vous remercie de vos prières avec lesquelles vous préparez ma visite. Je remercie les Évêques et les prêtres, les religieux et les religieuses, les fidèles laïcs, spécialement les familles, auxquelles j’apporte en pensée l’Exhortation apostolique post synodale Amoris laetitia. La “santé” morale et spirituelle d’une nation se voit dans ses familles : pour cela, saint Jean-Paul II avait tant à cœur les fiancés, les jeunes époux et les familles. Continuez sur cette route !

Chers frères et sœurs, je vous envoie ce message comme gage de mon affection. Restons unis dans la prière. Et à bientôt en Pologne !

[01194-FR.01] [Texte original: Italien]

Vidéo message du pape François pour les jeunes de Pologne:

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