Dans cet épisode de “Sur la route des diocèses”, Francis Denis nous transporte dans le diocèse d’Amos à la rencontre des différents visages de cette église particulière. Sous l’épiscopat de Mgr Gilles Lemay, évêque du lieu, l’Église à Amos est pleinement engagée dans la transformation missionnaire voulue par le pape François. Que ce soit dans sa volonté de transmettre son riche héritage ou par la proximité avec les pauvres, les jeunes et toute personne habitant sur ce territoire aux dimensions démesurées, l’Église catholique à Amos est un bon exemple d’un Peuple de Dieu au service des besoins spirituels et humains des âmes auxquelles il est envoyé.
Échos du Vatican
Alors que s’ouvre à Rome le Synode des évêques sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel, nous donnons la parole à trois participants qui nous livrent leurs attentes.
Église en sortie 28 septembre 2018
Cette semaine à Église en sortie, on parle du livre Cinq défenseurs de la foi et de la raison avec l’économiste et auteur Richard Bastien. On vous présente un reportage sur le lancement de l’année pastorale de l’archidiocèse de Québec. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis reçoit Jacques Lison, Conseiller éditorial, Novalis-Bayard Canada, sur son tout dernier livre Le bon Dieu permet-il vraiment le mal ?
Échos du Vatican
Revivez dans cette émission le 25ème voyage apostolique du pape François, dans les pays baltes, en Lituanie, Lettonie, et Estonie.
Message du pape François aux catholiques chinois et à l’Église universelle
Vous trouverez ci-dessous le texte complet de la lettre du message du pape François aux catholiques chinois et à l’Église universelle tel que publié le 26 septembre 2018 (CNS photo/How Hwee Young, EPA):
« Éternel est son amour,
sa fidélité demeure d’âge en âge »Ps 100 (99), 5
Chers frères dans l’épiscopat, prêtres, personnes consacrées et tous les fidèles de l’Eglise catholique en Chine, remercions le Seigneur parce qu’éternelle est sa miséricorde, et reconnaissons qu’« il nous a faits, et nous sommes à lui, nous, son peuple, son troupeau ! » (Ps 100 [99] 3).
En ce moment retentissent en mon âme les paroles par lesquelles mon vénéré Prédécesseur dans sa lettre du 27 mai 2007 vous exhortait : « Église catholique en Chine, petit troupeau présent et agissant dans le vaste territoire d’un peuple immense qui marche dans l’histoire, comme elles résonnent pour toi, encourageantes et provocantes, les paroles de Jésus: “Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume” (Lc 12, 32)![…] : c’est pourquoi, “que votre lumière brille devant les hommes: alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux” » (Mt 5, 16) (Benoît XVI, Lettre aux Catholiques chinois, 27 mai 2007, n. 5).
1. Ces derniers temps, ont circulé de nombreuses voix discordantes sur le présent et, surtout, sur l’avenir des communautés catholiques en Chine. Je suis conscient qu’un tel tourbillon d’opinions et de considérations puisse avoir créé beaucoup de confusion, suscitant dans beaucoup de cœurs des sentiments opposés. Pour certains, se lèvent doutes et perplexité ; d’autres ont la sensation d’avoir été comme abandonnés par le Saint-Siège et en même temps, ils se posent la question poignante sur la valeur des souffrances affrontées pour vivre dans la fidélité au Successeur de Pierre. Chez beaucoup d’autres, au contraire, prévalent des attentes positives et des réflexions animées par l’espérance d’un avenir plus serein pour un témoignage fécond de la foi en terre chinoise.
Cette situation a été accentuée surtout en référence à l’Accord Provisoire entre le Saint-Siège et la République Populaire de Chine qui, comme vous le savez, a été signé les jours derniers à Pékin. Dans une circonstance très significative pour la vie de l’Eglise, par ce bref Message, je désire, avant tout, vous assurer que vous êtes quotidiennement présents dans ma prière et partager avec vous les sentiments qui habitent mon cœur.
Ce sont des sentiments de remerciement au Seigneur et de sincère admiration – qui est l’admiration de l’Eglise catholique tout entière – pour le don de votre fidélité, de la constance dans l’épreuve, de la confiance enracinée dans la Providence de Dieu, même quand certains événements se sont montrés particulièrement défavorables et difficiles.
Ces expériences douloureuses appartiennent au trésor spirituel de l’Eglise en Chine et de tout le Peuple de Dieu en pèlerinage sur la terre. Je vous assure que le Seigneur, justement à travers le creuset des épreuves, ne manque jamais de nous remplir de ses consolations et de nous préparer à une joie plus grande. Avec le Psaume 126 [125] nous sommes plus que certains que « celui qui sème dans les larmes moissonne dans la joie » ! (v. 5).
Continuons, donc, à fixer le regard sur l’exemple de nombreux fidèles et Pasteurs qui n’ont pas hésité à offrir leur « beau témoignage » (cf. 1Tm 6, 13) à l’Evangile, jusqu’au don de leur propre vie. Ils sont à considérer comme vrais amis de Dieu !
2. Pour ma part, j’ai toujours regardé la Chine comme une terre riche de grandes opportunités et le Peuple chinois comme artisan et gardien d’un inestimable patrimoine de culture et de sagesse, qui s’est raffiné en résistant aux adversités et en intégrant les diversités, et qui, non par hasard, depuis les temps anciens est entré en contact avec le message chrétien. Comme le disait avec une grande sagacité le P. Matteo Ricci, S.J., nous défiant de la vertu de la confiance, « avant de contracter amitié, il faut observer; après l’avoir contractée, il faut faire confiance » (De Amicitia, 7).
C’est aussi ma conviction que la rencontre ne peut être authentique et féconde seulement si elle arrive à travers la pratique du dialogue, qui signifie se connaître, se respecter et « marcher ensemble » pour construire un avenir commun de plus haute harmonie.
Dans ce sillon se place l’Accord Provisoire, qui est le fruit du long et complexe dialogue institutionnel du Saint-Siège avec les Autorités gouvernementales chinoises, inauguré déjà par saint Jean-Paul II et poursuivi par le Pape Benoît XVI. A travers ce parcours, le Saint-Siège n’avait pas – et n’a pas – à l’esprit autre chose que de réaliser les finalités spirituelles et pastorales propres de l’Eglise, et c’est-à-dire soutenir et promouvoir l’annonce de l’Evangile, et atteindre et conserver la pleine et visible unité de la communauté catholique en Chine.
Sur la valeur de cet Accord et sur ses finalités je voudrais vous proposer quelques réflexions, vous offrant aussi quelques points de spiritualité pastorale pour le chemin que, en cette nouvelle phase, nous sommes appelés à parcourir.
Il s’agit d’un chemin qui, comme la section précédente « demande du temps et présuppose la bonne volonté des Parties » (Benoît XVI, Lettre aux Catholiques chinois, 27 mai 2007, n. 4), mais pour l’Eglise, à l’intérieur et à l’extérieur de la Chine, il ne s’agit pas seulement d’adhérer à des valeurs humaines, mais de répondre à une vocation spirituelle : sortir de soi-même pour embrasser « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent » (Concile Œcuménique Vatican II, Constitution apostolique ‘Gaudium et Spes’, n. 1) et les défis du présent que Dieu lui confie. Il y a, par conséquent, un appel ecclésial à se faire pèlerins sur les sentiers de l’histoire, faisant confiance avant tout à Dieu et à ses promesses, comme le firent Abraham et nos Pères dans la foi.
Abraham, appelé par Dieu, obéit en partant pour une terre inconnue qu’il devait recevoir en héritage, sans connaître le chemin qui s’ouvrait devant lui. Si Abraham avait exigé des conditions, sociales et politiques, idéales avant de sortir de sa terre, peut-être qu’il ne serait jamais parti. Lui, au contraire, a fait confiance à Dieu, et sur sa Parole il a laissé sa maison et ses propres sécurités. Ce ne furent donc pas les changements historiques qui lui permirent de faire confiance à Dieu, mais ce fut sa foi pure qui provoqua un changement dans l’histoire. La foi, en effet, est « la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas. C’est elle qui a valu aux anciens un bon témoignage » (Lettre aux Hébreux : 11, 1-2).
3. Comme Successeur de Pierre, je désire vous confirmer dans cette foi (cf. Lc 22, 32) – dans la foi d’Abraham, dans la foi de la Vierge Marie, dans la foi que vous avez reçue – vous invitant à mettre avec une conviction toujours plus grande votre confiance dans le Seigneur de l’histoire et dans le discernement de sa volonté accomplie par l’Eglise. Invoquons le don de l’Esprit, afin qu’il illumine les esprits et réchauffe les cœurs et nous aide à comprendre où il veut nous conduire, à dépasser les inévitables moments de désarroi et à avoir la force de poursuivre avec décision sur la route qui s’ouvre devant nous.
Justement dans le but de soutenir et de promouvoir l’annonce de l’Evangile en Chine et de reconstruire la pleine et visible unité dans l’Eglise, il était fondamental d’affronter, en premier lieu, la question des nominations épiscopales. Il est connu de tous que, malheureusement, l’histoire récente de l’Eglise catholique en Chine a été douloureusement marquée par de profondes tensions, blessures et divisions, qui se sont polarisées surtout autour de la figure de l’Evêque comme gardien de l’authenticité de la foi et garant de la communion ecclésiale.
Lorsque, dans le passé, on a prétendu déterminer aussi la vie interne des communautés catholiques, imposant le contrôle direct au-delà des compétences légitimes de l’Etat, dans l’Eglise en Chine est apparu le phénomène de la clandestinité. Une telle expérience – on doit le souligner – ne rentre pas dans la normalité de la vie de l’Eglise et « l’histoire montre que Pasteurs et fidèles y ont recours uniquement avec le désir tourmenté de maintenir intègre leur propre foi » (Benoît XVI, Lettre aux Catholiques chinois, 27 mai 2007, n. 8).
Je voudrais vous faire savoir que, depuis que m’a été confié le ministère pétrinien, j’ai éprouvé de grandes consolations en constatant le désir sincère des Catholiques chinois de vivre leur foi en pleine communion avec l’Eglise universelle et avec le Successeur de Pierre, qui est « le principe perpétuel et visible et le fondement de l’unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la multitude des fidèles » (Concile œcuménique Vatican II, Constitution Apostolique ‘Lumen Gentium’, n. 23). De ce désir me sont parvenus au cours de ces années de nombreux signes et témoignages concrets, même de la part de ceux, y compris des Evêques, qui ont blessé la communion dans l’Eglise, à cause de faiblesse et d’erreurs, mais aussi, souvent, par de fortes et indues pressions extérieures.
C’est pourquoi, après avoir attentivement examiné chaque situation particulière personnelle et écouté divers avis, j’ai beaucoup réfléchi et prié cherchant le vrai bien de l’Eglise en Chine. Enfin, devant le Seigneur et avec sérénité de jugement, en continuité avec l’orientation de mes Prédécesseurs immédiats, j’ai décidé d’accorder la réconciliation aux sept Evêques « officiels » restant, ordonnés sans Mandat Pontifical et, ayant supprimé toute sanction canonique relative à leurs cas, de les réadmettre dans la pleine communion ecclésiale. En même temps, je leur demande d’exprimer, par des gestes concrets et visibles, l’unité retrouvée avec le Siège apostolique et avec les Eglises répandues dans le monde, et de s’y maintenir fidèles malgré les difficultés.
4. En la sixième année de mon Pontificat, que j’ai mis depuis ses premiers pas sous le signe de l’Amour miséricordieux de Dieu, j’invite en conséquence tous les Catholiques chinois à se faire artisans de réconciliation, se rappelant avec une passion apostolique toujours renouvelée les paroles de Paul : « Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation » (Deuxième Lettre aux Corinthiens : 5, 18).
En effet, comme j’ai eu l’occasion de l’écrire à la fin du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde : « Aucune loi ni précepte ne peut empêcher Dieu d’embrasser de nouveau le fils qui revient vers lui reconnaissant s’être trompé mais décidé à recommencer au début. Ne s’arrêter qu’à la loi, c’est rendre vaines la foi et la miséricorde divine. […]. Même dans les cas les plus difficiles, où l’on est tenté de faire prévaloir une justice qui vient seulement des normes, on doit croire en la force qui jaillit de la grâce divine » (Lettre Apostolique Misericordia et Misera, 20 novembre 2016, n. 11).
Dans cet esprit et avec les décisions prises, nous pouvons commencer un parcours inédit, qui nous l’espérons aidera à guérir les blessures du passé, à rétablir la pleine communion de tous les Catholiques chinois et à ouvrir une phase de collaboration plus fraternelle, pour assumer avec un engagement renouvelé la mission de l’annonce de l’Evangile. En effet, l’Eglise existe pour témoigner de Jésus Christ et de l’Amour pardonnant et salvifique du Père.
5. L’Accord Provisoire paraphé avec les Autorités chinoises, tout en se limitant à quelques aspects de la vie de l’Eglise et étant nécessairement perfectible, peut contribuer – pour sa part – à écrire cette page nouvelle de l’Eglise catholique en Chine. Pour la première fois, il introduit des éléments stables de collaboration entre les Autorités de l’Etat et le Siège Apostolique, avec l’espérance d’assurer à la Communauté catholique de bons Pasteurs.
Dans ce contexte, le Saint-Siège entend faire jusqu’au bout la part qui est de sa compétence, mais aussi à vous, Evêques, prêtres, personnes consacrées et fidèles laïcs, revient un rôle important : chercher ensemble de bons candidats qui soient en mesure d’assumer dans l’Eglise le délicat et important service épiscopal. Il ne s’agit pas, en effet, de nommer des fonctionnaires pour la gestion des questions religieuses, mais d’avoir d’authentiques Pasteurs selon le cœur de Jésus, engagés à agir généreusement au service du Peuple de Dieu, spécialement des plus pauvres et des plus faibles, mettant à profit les paroles du Seigneur : « Celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l’esclave de tous » (Marc : 10, 43-44).
A ce sujet, il apparaît évident qu’un Accord n’est rien d’autre qu’un instrument et ne pourra à lui seul résoudre tous les problèmes existants. Au contraire, il s’avèrerait inefficace et stérile, au cas où il ne serait pas accompagné d’un profond engagement de renouveau des attitudes personnelles et des comportements ecclésiaux.
6. Sur le plan pastoral, la Communauté catholique en Chine est appelée à être unie, pour dépasser les divisions du passé que tant de souffrances ont causées et causent au cœur de nombreux Pasteurs et fidèles. Que tous les chrétiens, sans distinction, posent maintenant des gestes de réconciliation et de communion. A ce sujet, mettons à profit l’avertissement de saint Jean de la Croix : « Au crépuscule de la vie, nous serons jugés sur l’Amour ! » (Paroles de lumière et d’amour : 1, 57).
Sur le plan civil et politique, que les Catholiques chinois soient de bons citoyens, aiment pleinement leur Patrie et servent leur pays avec engagement et honnêteté, selon leurs propres capacités. Sur le plan éthique, qu’ils soient conscients que beaucoup de concitoyens s’attendent de leur part à une mesure plus haute dans le service du bien commun et du développement harmonieux de la société tout entière. En particulier, que les Catholiques sachent offrir cette contribution prophétique et constructive qu’ils tirent de leur foi dans le Règne de Dieu. Cela peut leur demander aussi l’effort de dire une parole critique, non par opposition stérile mais dans le but d’édifier une société plus juste, plus humaine et plus respectueuse de la dignité de toute personne.
7. Je m’adresse à vous tous, bien-aimés confrères Evêques, prêtres et personnes consacrées, qui « servez le Seigneur dans la joie » ! (Psaume 100 [99], 2). Reconnaissons-nous disciples du Christ dans le service du Peuple de Dieu. Vivons la charité pastorale comme boussole de notre ministère. Dépassons les oppositions du passé, la recherche de l’affirmation d’intérêts personnels, et prenons soin des fidèles faisant nôtres leurs joies et leurs souffrances. Engageons-nous humblement pour la réconciliation et l’unité. Reprenons avec énergie et enthousiasme le chemin de l’évangélisation, comme indiqué par le Concile œcuménique Vatican II.
A vous tous je répète avec affection : « L’exemple de nombreux prêtres, religieuses, religieux et laïcs qui se consacrent à évangéliser et à servir avec grande fidélité, bien des fois en risquant leurs vies et sûrement au prix de leur confort, nous galvanise. Leur témoignage nous rappelle que l’Église n’a pas tant besoin de bureaucrates et de fonctionnaires, que de missionnaires passionnés, dévorés par l’enthousiasme de transmettre la vraie vie. Les saints surprennent, dérangent, parce que leurs vies nous invitent à sortir de la médiocrité tranquille et anesthésiante » (Gaudete et exsultate, 19 mars 2018, n. 138).
Avec conviction je vous invite à demander la grâce de ne pas hésiter quand l’Esprit exige de nous que nous fassions un pas en avant : « Demandons le courage apostolique d’annoncer l’Évangile aux autres et de renoncer à faire de notre vie chrétienne un musée de souvenirs. De toute manière, laissons l’Esprit Saint nous faire contempler l’histoire sous l’angle de Jésus ressuscité. Ainsi, l’Église, au lieu de stagner, pourra aller de l’avant en accueillant les surprises du Seigneur » (Ibidem, n. 139).
8. En cette année, où toute l’Eglise célèbre le Synode des Jeunes, je désire m’adresser spécialement à vous, jeunes catholiques chinois, qui franchissez les portes de la Maison du Seigneur « en rendant grâce, en chantant louange » (Psaume 100 [99], 4). Je vous demande de collaborer à la construction de l’avenir de votre pays avec les capacités personnelles que vous avez reçues en don et avec la jeunesse de votre foi. Je vous exhorte à porter à tous, avec votre enthousiasme, la joie de l’Evangile.
Soyez prêts à accueillir la conduite sûre de l’Esprit Saint, qui indique au monde d’aujourd’hui le chemin vers la réconciliation et la paix. Laissez-vous surprendre par la force rénovatrice de la grâce, même quand il peut vous sembler que le Seigneur demande un engagement supérieur à vos forces. N’ayez pas peur d’écouter sa voix qui vous demande fraternité, rencontre, capacité de dialogue et de pardon, et esprit de service, malgré tant d’expériences douloureuses du passé récent et les blessures encore ouvertes.
Ouvrez grand le cœur et l’esprit pour discerner le dessein miséricordieux de Dieu, qui demande de dépasser les préjugés personnels et les oppositions entre les groupes et les communautés, pour ouvrir un chemin courageux et fraternel à la lumière d’une authentique culture de la rencontre.
Nombreuses sont, aujourd’hui, les tentations : l’orgueil du succès mondain, la fermeture dans ses propres certitudes, le primat donné aux choses matérielles comme si Dieu n’existait pas. Allez à contre-courant et demeurez solides dans le Seigneur : « Il est bon, le Seigneur », seul « éternel est son amour », seule « sa fidélité » demeure « d’âge en âge » (Ibidem, 5).
9. Chers frères et sœurs de l’Eglise universelle, tous nous sommes appelés à reconnaître parmi les signes de notre temps tout ce qui se passe aujourd’hui dans la vie de l’Eglise en Chine. Nous avons une tâche importante : accompagner avec une fervente prière et une fraternelle amitié nos frères et nos sœurs en Chine. En effet, ils doivent sentir que sur le chemin, qui en ce moment s’ouvre devant eux, ils ne sont pas seuls. Il est nécessaire qu’ils soient accueillis et soutenus comme partie vivante de l’Eglise : « Voyez ! Qu’il est bon, qu’il est doux d’habiter en frères tous ensemble » ! (Psaume 133 [132], 1).
Que chaque communauté catholique locale, dans le monde entier, s’engage à valoriser et à accueillir le trésor spirituel et culturel propre des Catholiques chinois. Le temps est venu de goûter ensemble les fruits authentiques de l’Evangile semé dans le sein de l’antique « Empire du Milieu » et d’élever vers le Seigneur Jésus Christ le cantique de la foi et de l’action de grâce, enrichi de notes authentiquement chinoises.
10. Je m’adresse avec respect à ceux qui conduisent la République Populaire de Chine et je renouvelle l’invitation à poursuivre, avec confiance, courage et clairvoyance, le dialogue entrepris depuis longtemps. Je désire assurer que le Saint-Siège continuera à œuvrer sincèrement pour grandir dans l’authentique amitié avec le Peuple chinois.
Les contacts actuels entre le Saint-Siège et le Gouvernement chinois se sont montrés utiles pour dépasser les oppositions du passé, même récent, et pour écrire une page de collaboration plus sereine et concrète dans la conviction commune que « l’incompréhension ne sert ni les Autorités chinoises, ni l’Église catholique en Chine » (Benoît XVI, Lettre aux Catholiques chinois, 27 mai 2007, n. 4).
De cette manière, la Chine et le Siège Apostolique, appelés par l’histoire à une tâche ardue mais fascinante, pourront agir plus positivement pour la croissance ordonnée et harmonieuse de la Communauté catholique en terre chinoise, mettront tout en œuvre pour promouvoir le développement intégral de la société, assurant un plus grand respect de la personne humaine y compris dans le domaine religieux, ils travailleront concrètement pour préserver l’environnement dans lequel nous vivons et pour édifier un avenir de paix et de fraternité entre les peuples.
En Chine, il est d’importance fondamentale que, même au niveau local, soient toujours plus fructueuses les relations entre les Responsables des communautés ecclésiales et les Autorités civiles, par un dialogue franc et une écoute sans préjugés qui permette de dépasser des attitudes réciproques d’hostilité. Il y a à apprendre un nouveau style de collaboration simple et quotidienne entre les Autorités locales et les Autorités ecclésiastiques – Evêques, prêtres, Anciens des communautés – de manière à garantir le déroulement ordonné des activités pastorales, en harmonie entre les légitimes attentes des fidèles et les décisions qui sont du ressort des Autorités.
Cela aidera à comprendre que l’Eglise en Chine n’est pas étrangère à l’histoire chinoise, ni ne demande aucun privilège : sa finalité dans le dialogue avec les Autorités civiles est de « parvenir à une relation empreinte de respect réciproque et de connaissance approfondie » (Idem).
11. Au nom de toute l’Eglise j’implore du Seigneur le don de la paix, tandis que je vous invite tous à invoquer avec moi la protection maternelle de la Vierge Marie :
Mère du Ciel, écoute la voix de tes enfants, qui humblement invoquent ton nom.
Vierge de l’espérance, nous te confions le chemin des croyants sur la noble terre de Chine. Nous te prions de présenter au Seigneur de l’histoire les tribulations et les efforts, les supplications et les attentes des fidèles qui te prient, ô Reine du Ciel !
Mère de l’Eglise, nous te consacrons le présent et l’avenir des familles et de nos communautés. Protège-les et soutiens-les dans la réconciliation entre frères et dans le service des pauvres qui bénissent ton nom, ô Reine du Ciel !
Consolatrice des affligés, nous nous adressons à toi pour que tu sois un refuge pour tous ceux qui pleurent dans l’épreuve. Veille sur tes enfants qui louent ton nom, fais qu’ils portent unis l’annonce de l’Evangile. Accompagne leurs pas pour un monde plus fraternel, fais qu’ils portent à tous la joie du pardon, ô Reine du Ciel !
Mairie, Aide des Chrétiens, pour la Chine nous te demandons des jours de bénédiction et de paix. Amen.
Du Vatican, le 26 septembre 2018.
Homélie du pape François lors de la Messe sur la Place de la Liberté de Tallinn, Estonie
Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la Messe célébrée sur la place de la Liberté de Tallinn (Estonie):
En écoutant, dans la première lecture, l’arrivée du peuple hébreu – une fois libéré de l’esclavage en Egypte – au mont Sinaï (cf. Ex 19, 1), il est impossible de ne pas penser à vous en tant que peuple ; il est impossible de ne pas penser à la nation tout entière de l’Estonie, et à tous les pays baltes. Comment ne pas s’en souvenir, dans cette « révolution chantée », ou dans cette chaine de 2 millions de personnes d’ici à Vilnius ? Vous connaissez les luttes pour la liberté, vous pouvez vous identifier à ce peuple. Cela nous fera du bien, par conséquent, d’écouter ce que Dieu dit à Moïse afin de comprendre ce qu’il nous dit en tant que peuple.
Le peuple qui arrive au Sinaï est un peuple qui a déjà vu l’amour de son Dieu manifesté par des miracles et des prodiges. C’est un peuple qui décide de conclure un pacte d’amour, parce que Dieu l’a déjà aimé en premier et lui a manifesté cet amour. Il n’est pas obligé. Dieu le veut libre. Quand nous disons que nous sommes chrétiens, quand nous embrassons un style de vie, nous le faisons sans pressions, sans que cela soit un échange dans lequel nous faisons quelque chose si Dieu fait quelque chose. Mais surtout, nous savons que la proposition de Dieu ne nous enlève rien, au contraire elle conduit à la plénitude, elle renforce toutes les aspirations de l’homme. Certains se considèrent libres lorsqu’ils vivent sans Dieu ou séparés de lui. Ils ne se rendent pas compte que, de cette manière, ils voyagent dans cette vie comme des orphelins, sans maison où revenir. « Ils cessent d’être pèlerins et se transforment en errants, qui tournent toujours autour d’eux-mêmes sans arriver nulle part » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 170).
Il nous revient, comme le peuple sorti d’Égypte, d’écouter et de chercher. Certains pensent parfois que la force d’un peuple se mesure aujourd’hui par d’autres paramètres. Il y a celui qui parle plus fort, qui paraît plus sûr de lui lorsqu’il parle – sans défaillances ni hésitations – ; il y a celui qui ajoute aux cris la menace des armes, le déploiement de troupes, les stratégies… Celui-là semble le plus « solide ». Mais cela, ce n’est pas « chercher » la volonté de Dieu ; c’est accumuler pour s’imposer sur la base de l’avoir. Cette attitude cache en soi un refus de l’éthique et, avec elle, un refus de Dieu. Parce que l’éthique nous met en relation avec un Dieu qui attend de nous une réponse libre et engagée avec les autres, et avec notre entourage, une réponse qui se trouve en dehors des catégories du marché (cf. ibid., n. 57). Vous n’avez pas conquis votre liberté pour finir esclaves du consumérisme, de l’individualisme ni de la soif du pouvoir ou de la domination.
Dieu connaît nos besoins, ceux que nous cachons souvent derrière le désir de posséder ; même nos insécurités surmontées grâce au pouvoir. Cette soif, qui demeure dans tout cœur humain, Jésus, dans l’Evangile que nous avons entendu, nous encourage à la vaincre par la rencontre avec lui. C’est lui qui peut nous rassasier, nous combler de la plénitude de la fécondité de son eau, de sa pureté, de sa force irrésistible. La foi, c’est aussi se rendre compte qu’il est vivant et qu’il nous aime ; qu’il ne nous abandonne pas, et qu’il est donc capable d’intervenir mystérieusement dans notre histoire ; il tire le bien du mal par sa puissance et sa créativité infinie (cf. ibid., n. 278).
Dans le désert, le peuple d’Israël succombera à la tentation de chercher d’autres dieux, d’adorer le veau d’or, de se confier à ses propres forces. Mais Dieu l’attire toujours de nouveau, et eux se souviendront de ce qu’ils ont entendu et vu sur la montagne. Comme ce peuple, nous savons, nous aussi, que nous sommes un peuple « élu, sacerdotal et saint » (cf. Ex 19, 6 ; 1P 2, 9), c’est l’Esprit qui nous rappelle toutes ces choses (cf. Jn 14, 26).
Élus ne signifie pas être les seuls, ou sectaires ; nous sommes la petite portion qui doit fermenter toute la masse, qui ne se cache pas, qui ne se sépare pas, qui ne se considère pas meilleure ni plus pure. L’aigle met à l’abri ses aiglons, il les conduit en des lieux escarpés tant qu’ils ne parviennent pas à s’en sortir tout seuls, mais il doit les pousser à sortir de cet endroit tranquille. Il secoue la nichée, conduit ses petits dans le vide pour qu’ils essayent de voler de leurs propres ailes ; et il reste en dessous d’eux pour les protéger, pour qu’ils ne se fassent pas mal. Dieu fait de même avec son peuple élu, il le veut « en sortie », audacieux dans son vol et toujours protégé par lui seul. Nous devons vaincre la peur et abandonner les espaces sécurisés, parce que, aujourd’hui, le plus grand nombre des Estoniens ne se reconnaissent pas croyants.
Sortir comme des prêtres ; nous le sommes par le baptême. Sortir afin de promouvoir la relation avec Dieu, pour la faciliter, pour favoriser une rencontre d’amour avec celui qui crie : « Venez à moi » (Mt 11, 28). Nous avons besoin de grandir dans un regard de proximité pour contempler, nous émouvoir et nous arrêter devant l’autre, chaque fois que c’est nécessaire. C’est cela, l’“art de l’accompagnement” qui se réalise au rythme salutaire de la “proximité”, avec un regard respectueux et plein de compassion qui est en mesure de guérir, de défaire les nœuds et de faire grandir dans la vie chrétienne (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 169).
Et donner le témoignage d’être un peuple saint. Nous pouvons succomber à la tentation de penser que la sainteté est seulement pour quelques-uns. Cependant, « nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve. » (Exhort. ap. Gaudete et exsultate, n. 14). Cependant, de même que l’eau dans le désert n’était pas un bien personnel mais communautaire, de même que la manne ne pouvait pas être accumulée parce qu’elle se gâtait, la sainteté vécue s’étend, coule, féconde tout ce qui lui est proche. Faisons le choix aujourd’hui d’être des saints, en assainissant les confins et les périphéries de notre société, là où notre frère gît et souffre de son exclusion. Ne permettons pas que ce soit celui qui viendra après moi qui fera le pas pour lui porter secours, et que ce ne soit pas non plus une question à résoudre par les institutions ; c’est nous-mêmes qui fixons notre regard sur ce frère et qui lui tendons la main pour le relever parce que l’image de Dieu est en lui, il est un frère racheté par Jésus Christ. C’est cela être chrétien, et la sainteté vécue jour après jour (cf. ibid., n. 98).
Vous avez manifesté dans votre histoire la fierté d’être Estoniens, vous le chantez en disant : « Je suis Estonien, je resterai Estonien, être Estonien est une belle chose, nous sommes Estoniens ». Comme c’est beau de sentir qu’on fait partie d’un peuple, comme c’est beau d’être indépendants et libres. Allons à la montagne sainte, celle de Moïse, celle de Jésus, et demandons-lui – comme le dit la devise de cette visite – de réveiller nos cœurs, de nous faire le don de l’Esprit pour discerner à chaque moment de l’histoire comment être libres, comment embrasser le bien et se sentir élus, comment permettre à Dieu de faire grandir, ici en Estonie et dans le monde entier, sa nation sainte, son peuple sacerdotal.
À la fin de la Messe
Chers frères et sœurs,
Avant la bénédiction finale, et avant de conclure ce Voyage apostolique en Lituanie, Lettonie et Estonie, je souhaite exprimer ma gratitude à vous tous, en commençant par l’Administrateur apostolique d’Estonie. Merci de votre accueil, expression d’un petit troupeau au grand cœur.
Je renouvelle ma reconnaissance à Madame le Président de la République et aux autres Autorités du Pays. Une pensée particulière à tous les frères chrétiens, particulièrement aux Luthériens, qui, ici en Estonie ou en Lettonie, ont accueilli les rencontres œcuméniques. Que le Seigneur continue de nous garder sur le chemin de la communion. Merci à tous !
La CECC à 75 ans : Souvenirs des Présidents
Vous trouverez ci-dessus le documentaire intitulé “La CECC à 75 ans: Souvenirs des Présidents”. Production originale de Télévision Sel et Lumière, ce documentaire relate les moments forts de la Conférence des évêques catholiques du Canada alors qu’elle fête cette année son 75e anniversaire. Découvrez la vie et l’oeuvre de cette institution incontournable de la vie de l’Église au Canada par l’entremise des témoignages de nombreux évêques qui furent présidents de cette institution vénérable.
Allocution du pape François à la rencontre oecuménique dans l’église luthérienne Kaarli, Estonie
Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’allocution du pape François lors de la rencontre oecuménique dans l’église luthérienne Kaarli à Tallinn (photo CNS/ Paul Haring):
Chers jeunes, merci pour votre accueil chaleureux, pour vos chants et les témoignages de Lisbel, Tauri et Mirko. Je suis reconnaissant pour les aimables paroles de l’Archevêque de l’Eglise Évangélique Luthérienne d’Estonie, Urmas Viilma, comme aussi pour la présence du Président du Conseil des Eglises d’Estonie, l’Archevêque Andres Põder, celle de l’évêque Philippe Jourdan, administrateur apostolique en Estonie, et des autres représentants des différentes confessions chrétiennes présentes dans le pays.
Il est toujours beau de se réunir, de partager des témoignages de vie, d’exprimer ce que nous pensons et voulons; et il est très beau de nous retrouver ensemble, nous qui croyons en Jésus Christ. Ces rencontres réalisent le rêve de Jésus dans la dernière Cène: «Que tous soient un, […] pour que le monde croie» (Jn 17, 21). Si nous nous efforçons de nous considérer comme des pèlerins qui font le chemin ensemble, nous apprendrons à ouvrir notre cœur avec confiance au compagnon de route, sans suspicions, sans méfiances, en regardant seulement ce que nous cherchons réellement: la paix devant le visage de l’unique Dieu. Et puisque la paix est artisanale, avoir confiance dans les autres est aussi quelque chose d’artisanal, et c’est une source de bonheur: «Heureux les artisans de paix» (Mt 5, 9).
La grande fresque qui se trouve dans l’abside de cette église contient une phrase de l’Evangile selon saint Matthieu: «Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et moi je vous procurerai le repos» (Mt 11, 28). Vous, jeunes chrétiens, vous pouvez vous identifier avec certains éléments de ce verset de l’Evangile.
Dans les récits précédents, Matthieu nous dit que Jésus accumule des déceptions. D’abord, il se plaint parce qu’il semble que rien ne va plus pour ceux auxquels il s’adresse (cf. Mt 11, 16-19). A vous les jeunes, il arrive souvent que les adultes autour de vous ne savent pas ce qu’ils veulent ou attendent de vous; ou parfois, quand ils vous voient très heureux, ils se méfient; et s’ils vous voient inquiets, ils relativisent ce qui vous arrive. Dans la consultation précédant le Synode que nous célébrerons bientôt et durant lequel nous réfléchirons sur les jeunes, beaucoup parmi vous demandent que quelqu’un vous accompagne et vous comprenne sans juger et qu’il sache vous écouter, comme aussi répondre à vos interrogations (cf. Synode dédié aux Jeunes Instrumentum laboris, n. 132). Nos Eglises chrétiennes – et j’oserai dire chaque processus religieux structuré institutionnellement – reviennent parfois à des attitudes dans lesquelles il a été plus facile pour nous de parler, de conseiller, de proposer à partir de notre expérience, plutôt que d’écouter, de se laisser interroger et éclairer par ce que vous, vous vivez. Nous savons ce que vous voulez et attendez: «d’être accompagnés non par un juge inflexible ni par un parent craintif et hyper-protecteur qui maintiennent dans la dépendance, mais par quelqu’un qui n’a pas peur de sa propre faiblesse et sait mettre en valeur le trésor que, tel un vase d’argile, il conserve en son sein (cf. 2Co 4, 7)» (ibid. n. 142). Aujourd’hui, ici, je veux vous dire que nous voulons pleurer avec vous si vous pleurez, accompagner vos joies de nos applaudissements et de nos éclats de rire, vous aider à vivre à la suite du Seigneur.
Jésus se lamente aussi sur les villes qu’il a visitées, accomplissant en elles davantage de miracles et leur réservant les plus grands gestes de tendresse et de proximité; il déplore leur manque de perspicacité pour percevoir que le changement qu’il était venu leur proposer était urgent, qu’il ne pouvait pas attendre. Il va même jusqu’à dire qu’elles sont plus têtues et aveuglées que Sodome (cf. Mt 11, 10-24). Et lorsque nous, les adultes, nous nous fermons à une réalité incontestable, vous nous dites avec franchise: “Vous ne voyez pas?”. Et certains plus audacieux ont le courage de dire: “Vous ne vous apercevez pas que personne ne vous écoute plus, ni ne vous croit? ”. Nous avons vraiment besoin de nous convertir, de découvrir que pour être à vos côtés, nous devons renverser tant de situations qui sont, en définitive, celles qui vous éloignent; nous savons – comme vous nous avez dit – que beaucoup de jeunes ne nous demandent rien par ce qu’ils ne nous considèrent pas comme un interlocuteur valable pour leur existence. Certains demandent même expressément qu’on les laisse tranquilles, car ils trouvent la présence de l’Eglise pénible voire irritante. Ils sont indignés par les scandales sexuels et économiques, face auxquels ils ne voient pas une nette condamnation; le fait de ne pas savoir comprendre correctement la vie et la sensibilité des jeunes par manque de préparation ou bien simplement le rôle passif attribué aux jeunes au sein de la communauté chrétienne (cf. Synode dédié aux Jeunes Instrumentum laboris, n. 66). Ce ne sont que quelques-unes de vos demandes. Nous voulons leur répondre, nous voulons, comme vous le dites vous-mêmes, être une «communauté transparente, accueillante, honnête, attirante, accessible, joyeuse, une communauté qui communique et où chacun peut participer » (ibid. n. 67).
Avant d’arriver au texte évangélique qui domine ce temple, Jésus commence en élevant une louange au Père. Il le fait parce qu’il se rend compte que ceux qui ont compris, ceux qui comprennent le centre de son message et de sa personne, ce sont les petits. En vous voyant ainsi, réunis, et chantant, je m’unis à la voix de Jésus et je reste admiratif, parce que, malgré notre manque de témoignage, vous continuez à découvrir Jésus au sein de nos communautés. Parce que nous savons que là où il y a Jésus, il y a toujours le renouveau, il y a toujours l’opportunité de la conversion, de laisser derrière soi tout ce qui nous sépare de lui et de nos frères. Là où il y a Jésus, la vie a toujours la saveur de l’Esprit Saint. Vous, ici aujourd’hui, vous êtes l’actualisation de cette merveille de Jésus.
Alors oui, nous disons de nouveau: «Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et moi je vous procurerai le repos» (Mt 11, 28). Mais nous le disons en étant convaincus que, au-delà de nos limites, de nos divisions, Jésus continue à être le motif pour être ici. Nous savons qu’il n’y a pas de réconfort plus grand que de laisser Jésus porter nos oppressions. Nous savons aussi qu’il y en a encore beaucoup qui ne le connaissent pas et vivent dans la tristesse et l’égarement. Une de vos célèbres chanteuses, il y a environ dix ans, disait dans une de ses chansons: “L’amour est mort, l’amour s’en est allé, l’amour ne vit plus ici” (Kerli Koiv, L’amour est mort). Et ils sont nombreux ceux qui font cette expérience: ils voient que l’amour de leurs parents s’est épuisé, que l’amour des couples à peine mariés se dissout; ils expérimentent une douleur intime quand ils voient que cela n’importe à personne qu’ils doivent émigrer pour chercher du travail ou quand, là, on les regarde avec soupçon parce qu’ils sont des étrangers. Il semblerait que l’amour soit mort, mais nous savons qu’il n’en est pas ainsi, et nous avons une parole à dire, quelque chose à annoncer, avec peu de discours et beaucoup de gestes. Parce que vous êtes la génération de l’image et de l’action plus que de la spéculation, de la théorie.
Et cela plaît à Jésus ainsi ; parce qu’il est passé en faisant le bien, et lorsqu’il est mort, il a préféré aux paroles le geste fort de la croix. Nous sommes unis par la foi en Jésus, et c’est Lui qui attend que nous le portions à tous les jeunes qui ont perdu le sens de leur vie. Accueillons ensemble cette nouveauté que porte Dieu dans notre vie; cette nouveauté qui nous pousse à partir toujours de nouveau pour aller là où se trouve l’humanité la plus blessée; là où les hommes, au-delà des apparences de la superficialité et du conformisme, continuent à chercher une réponse à la question du sens de leur vie. Mais nous n’irons jamais seuls: Dieu vient avec nous; il n’a pas peur des périphéries, et même, Lui-même s’est fait périphérie (cf. Ph 2, 6-8 ; Jn 1, 14). Si nous avons le courage de sortir de nous-mêmes et d’aller aux périphéries, nous le trouverons là, parce que Jésus nous précède dans la vie du frère qui souffre et qui est rejeté. Il est déjà là (cf. Exhort. ap. Gaudete et exsultate, n. 135).
L’amour n’est pas mort, il nous appelle et nous envoie. Demandons la force apostolique de porter l’Evangile aux autres et de renoncer à faire de notre vie chrétienne un musée de souvenirs. Permettons à l’Esprit Saint de nous faire contempler l’histoire dans la perspective de Jésus ressuscité, ainsi l’Eglise sera en mesure d’aller de l’avant en accueillant en elle les surprises du Seigneur (cf. ibid. n. 139), retrouvant sa jeunesse, la joie et la beauté de l’épouse qui va à la rencontre du Seigneur.
[01444-FR.01] [Texte original: Italien]
Lettonie – Discours du Pape à la cathédrale catholique de Riga
Voici le discours prononcé par le pape François lors de sa visite à la cathédrale catholique Saint-Jacques de Riga, ce lundi 24 septembre 2018.
Chers frères et sœurs,
Je remercie l’archevêque pour ses paroles et son analyse attentive de la réalité. Votre présence, chers frères âgés, me rappelle deux expressions de la Lettre de l’apôtre Jacques, le titulaire de cette cathédrale. Au début et à la fin de la lettre, il nous invite à la constance, mais en utilisant deux mots différents. Je suis sûr que nous pouvons entendre la voix du « frère du Seigneur » qui veut s’adresser à nous aujourd’hui. Vous qui êtes ici présents, vous avez été soumis à toutes sortes d’épreuves : l’horreur de la guerre, ensuite la répression politique, la persécution et l’exil, comme l’a bien décrit votre archevêque. Et vous avez été constants, vous avez persévéré dans la foi. Ni le régime nazi, ni le régime soviétique n’ont éteint la foi dans vos cœurs et, pour certains d’entre vous, ne vous ont pas fait non plus renoncer à la vie sacerdotale, religieuse, à être catéchiste et à divers services ecclésiaux qui mettaient en danger votre vie.
Vous avez combattu le bon combat, vous êtes sur le point de terminer la course et vous avez gardé la foi (cf. 2Tm 4, 7). Mais l’Apôtre Jacques insiste sur le fait que cette patience vainc l’épreuve de la foi en faisant apparaître les œuvres parfaites (cf. 1, 2-4). Votre agir aura alors été parfait et devra tendre encore à la perfection dans les circonstances nouvelles. Vous qui vous êtes dépensés corps et âme, qui avez donné votre vie pour la liberté de votre patrie, vous vous sentez souvent oubliés. Même si cela semble paradoxal, aujourd’hui, au nom de la liberté, les hommes libres soumettent les personnes âgées à la solitude, à l’ostracisme, au manque de ressources et à l’exclusion, voire à la misère. S’il en est ainsi, le soi-disant train de la liberté et du progrès finit par avoir, comme wagon de queue, ceux qui ont lutté pour conquérir des droits, spectateurs d’une fête pour les autres, honorés et remerciés, mais oubliés dans la vie quotidienne (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 234).
L’apôtre Jacques nous invite à être constants, à ne pas baisser la garde. « Sur ce chemin, le progrès du bien, la maturation spirituelle et la croissance de l’amour sont les meilleurs contrepoids au mal » (Exhort. ap. Gaudete et exsultate, n. 163). Ne cédez pas au découragement ni à la tristesse, ne perdez pas la douceur et, moins encore, l’espérance ! En terminant sa lettre, saint Jacques invite de nouveau à la constance (5, 7), mais il utilise un mot qui a deux significations : supporter patiemment et espérer patiemment. Je vous encourage à être vous aussi, au sein de vos familles et de votre patrie, un exemple de ces deux attitudes : endurance et espérance, toutes deux imprégnées de patience. Vous continuerez ainsi à construire votre peuple. Vous qui avez traversé beaucoup de saisons, vous êtes un témoignage vivant de constance dans l’adversité, mais aussi du don de la prophétie, qui rappelle aux jeunes générations que le soin et la protection de ceux qui nous ont précédés sont appréciés par Dieu, et que le fait de les écarter crie vers lui.
Vous qui avez traversé beaucoup de périodes, n’oubliez pas que vous êtes les racines d’un peuple, les racines des jeunes bourgeons qui doivent fleurir et porter du fruit ; défendez ces racines, gardezles vivantes pour que les enfants et les jeunes s’y greffent et comprennent que « tout ce qui, sur l’arbre, a fleuri, vit de ce qui se trouve sous terre (F.L. Bernardez, sonnet Si para recobrar lo recobrado). Comme le dit l’inscription sur le pupitre de ce temple : « Si vous écoutez aujourd’hui sa voix, n’endurcissez pas votre cœur » (Ps 95, 7-8). Le cœur dur, c’est le cœur sclérosé, celui qui perd la joie de la nouveauté de Dieu, qui renonce à la jeunesse d’esprit, à savourer et voir que toujours, en tout temps et jusqu’à la fin, le Seigneur est bon.




