La visite du pape Léon XIV en Afrique : un pèlerinage de paix, de réconciliation et d’espérance

Le pape Léon XIV effectuera son premier voyage apostolique en Afrique. Au cours de ce périple de 10 jours — le plus long jusqu’à présent — il visitera quatre pays africains : l’Algérie, le Cameroun, l’Angola et la Guinée équatoriale. Pourquoi se rend-il dans ces quatre pays, et quels messages espère-t-il leur transmettre?

 

Algérie : marcher sur les traces de saint Augustin

Le premier pays que visitera le pape Léon est l’Algérie, un pays d’Afrique du Nord aux anciennes racines chrétiennes. L’archevêque d’Alger Cardinal Vesco va accueillir le pape pour la première étape de son voyage à Alger. Sur le plan géographique, l’Algérie est le plus grand pays d’Afrique. L’islam est la religion d’État, et 99 % de sa population se déclare musulmane. On y compte 8 740 catholiques, ce qui représente environ 0,2 % de la population. La plupart des catholiques sont des migrants originaires de l’Afrique subsaharienne.

Les chrétiens en Algérie, à l’instar de ceux de la Turquie, font face à une forte répression : les autorités algériennes ont fermé des églises et refusé des visas aux membres du clergé et aux agents pastoraux. Les organisations caritatives catholiques se sont également heurtées à des obstacles administratifs.

En 2018, 19 catholiques martyrisés durant le conflit civil des années 1990 ont été béatifiés.  Des dirigeants musulmans ont assisté à la messe de béatification, signe d’une certaine évolution vers la réconciliation nationale. La devise de ce voyage est « As-Salam Alaykum » (qui se traduit par « La paix soit avec vous »), les paroles du Seigneur ressuscité ainsi qu’une salutation islamique courante.

En décembre dernier, le pape a déclaré : «  Personnellement, j’espère me rendre en Algérie pour visiter les lieux qui ont marqué la vie de saint Augustin. » Mardi, il se rendra à Annaba, l’ancien site d’Hippone, et suivra le chemin de saint Augustin, qui y fut évêque à la fin du IVe siècle et au début du Ve siècle.

Cela revêt une importance particulière, car le pape Léon est membre de l’ordre des Augustins et le premier pontife à se rendre en Algérie. Il devrait appeler à un dialogue interreligieux accru et transmettre un message de paix tout au long de ce voyage.

 

Cameroun : promouvoir l’unité et la coexistence pacifique

Le deuxième pays au programme du pape Léon est le Cameroun, où les catholiques constituent l’un des groupes religieux les plus importants. Les catholiques représentent environ 36 % de la population, soit près de 10 millions de personnes, et cohabitent avec des pentecôtistes, des protestants, des musulmans et des adeptes des religions traditionnelles africaines.

Le pays compte de nombreuses écoles primaires et secondaires catholiques, ainsi que de nombreux hôpitaux et cliniques catholiques. Fait notable, ses grands séminaires et congrégations religieuses sont dynamiques et attirent des candidats locaux. Les papes Jean-Paul II et Benoît XVI ont tous deux visité ce pays.

Les langues officielles du pays sont le français et l’anglais, bien que des langues autochtones soient également utilisées. En 2016, les anglophones du Cameroun ont commencé à protester contre leur marginalisation par un gouvernement dominé par les francophones. Cela a conduit à des mesures violentes de la part des forces de sécurité dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, majoritairement habitées par la minorité anglophone du pays.

En octobre 2017, des séparatistes anglophones ont déclaré l’indépendance de ces régions. Depuis lors, les affrontements entre les séparatistes armés et les forces camerounaises se sont intensifiés, entraînant la mort de plus de 6 500 civils.

L’une des visites du pape Léon aura lieu à Bamenda, l’épicentre des tensions entre les séparatistes et les forces de l’État. La devise de son voyage au Cameroun est : « Qu’ils soient tous un » (Jean 17,21). Cette devise peut être interprétée comme un appel au dialogue œcuménique, ainsi qu’à la compréhension entre les séparatistes et le gouvernement.

À cette étape, le pontife pourrait mettre l’accent sur l’unité, la paix et une gouvernance éthique.

 

Angola : guérir les blessures de la guerre

Le pays suivant que visitera le pape Léon est l’Angola, un pays majoritairement chrétien où environ la moitié de ses 40 millions d’habitants se déclarent catholiques. La langue officielle est le portugais, bien que des langues bantoues y soient également parlées.

La devise de ce voyage est : « Pape Léon XIV, pèlerin d’espérance, de réconciliation et de paix. » Comme au Cameroun, on y trouve de nombreuses écoles primaires et secondaires catholiques, ainsi que des hôpitaux et cliniques. Le pape Jean-Paul II a visité l’Angola en 1992 et le pape Benoît XVI s’y est rendu en 2009.

L’Angola a été marqué par une guerre civile de 27 ans qui a duré de 1975 à 2002, laissant des blessures durables dans la population. Des millions de personnes ont sombré dans la pauvreté et des milliers d’enfants sont devenus orphelins. Ils ont été victimes de violence, d’abus et d’exploitation, notamment en étant enrôlés comme enfants soldats.

La visite du pape, comme le suggère la devise, pourrait aborder la réconciliation et la guérison dans ce pays qui continue de lutter contre la pauvreté et les inégalités économiques.

 

Guinée équatoriale : un catholicisme florissant au milieu de la pauvreté

Le dernier pays africain du voyage du pape Léon est la Guinée équatoriale, l’un des plus petits pays d’Afrique. C’est le seul pays hispanophone d’Afrique, ce qui a peut-être influencé son choix, puisque le pape parle couramment l’espagnol.

Plus de 81 % de ses 1,9 million d’habitants sont catholiques, et les écoles ainsi que les établissements de santé catholiques sont soutenus par l’État. Le pape Léon XIV sera le deuxième pape à visiter ce pays, après la visite de Jean-Paul II en 1982.

La devise de cette visite est : « Le Christ, lumière de la Guinée équatoriale, vers un avenir d’espérance. » Cette devise met en lumière le regard du pays tourné vers un avenir meilleur.

Après son indépendance de l’Espagne en 1968, le pays a connu une dictature communiste de 11 ans, au cours de laquelle de nombreux catholiques ont été persécutés et le culte public interdit. Bien que les catholiques ne soient plus persécutés aujourd’hui, cette dictature a été remplacée par une autre (les élections manquent de liberté) et, actuellement, plus de 50 % de la population vit dans la pauvreté.

La visite du pape Léon remontera certainement le moral de ceux qui vivent dans ce pays. Le pape actuel a visité de nombreux pays africains lorsqu’il était supérieur général des Augustins ; il comprend donc à quel point ses discours doivent être prudents.

Les populations des quatre pays ont toutes connu une forme de difficulté économique et/ou religieuse ; la présence du pape Léon XIV sera donc pour elles un signe de soutien, d’encouragement et d’espérance.

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Moines de Tibhirine : une première reconnaissance pour le martyre de « l’offrande de la vie » ?

Depuis la sortie du film « Des hommes et des dieux », le monde entier connaît l’histoire des sept moines trappistes assassinés en Algérie le 21 mai 1996. Dès le départ, le sensus fidei du Peuple de Dieu avait discerné la sainteté de vie nécessaire à un tel don de soi. Toutefois l’Église, dans sa grande sagesse, opte pour une procédure plus stricte soit celle d’un procès en bon et due forme qui peut prendre de nombreuses années. L’année dernière, alors qu’on fêtait le 20e anniversaire de cet événement tragique, plusieurs se sont posés la question de l’éventuelle béatification/canonisation des moines. Ce n’est que la semaine dernière que les rumeurs se sont accentuées après que le postulateur de la cause, le frère Thomas Georgeon, ait confié à « Mondo e missione » que le décret de béatification pourrait être signé au mois de janvier. Connaissant l’obéissance des moines, on peut être certain qu’une telle information n’aurait pu être transmise sans l’autorisation préalable de la Congrégation pour la cause des saints.

Pour en savoir davantage, j’ai rencontré Dom André Barbeau. Actuellement père Abbé du monastère de Val Notre-Dame, Dom Barbeau fut durant plusieurs années père Abbé du monastère d’Aiguebelle, maison fondatrice d’un autre monastère, celui de Tibhirine. Nommé là-bas quelques jours après la mort des 7 moines, c’est à lui qu’avait été confiée la grande responsabilité des moines de Tibhirine en Algérie. Lors des commémorations  du 20e anniversaire de la mort des frères, il était sur place en Algérie avec le postulateur de la cause. Voici l’essentiel de mon entretien avec lui lors de ma visite à Val Notre-Dame.

Quel fut votre rôle dans ce procès de béatification ?

Dom Barbeau : De mon côté, j’ai eu comme premier travail de réunir les archives. Lors de chaque voyage à Tibhirine, je ramenais une valise remplie de documents concernant la communauté.  Si bien que j’ai réussi à réunir l’ensemble de ce qui se trouvait là-bas. Les frères écrivaient beaucoup. Ils recevaient beaucoup de lettres et entretenaient une grande correspondance. J’ai donc numérisé et publié tous les textes: les chapîtres et les homélies de Christian, le journal et les homélies de Christophe. À mesure que je les lisais et les transcrivais, j’étais frappé par la qualité, la profondeur et la pertinence théologique de la théologie des religions de Christian De Chergé.

Où en est le procès à l’heure actuelle ?

Dom André Barbeau : D’abord, il ne s’agit pas uniquement du procès des 7 frères trappistes mais des 19 martyrs d’Algérie. Comme il y avait dans le groupe un évêque, le libellé de la cause officielle est « Mgr Claverie et ses compagnons ».

À l’heure actuelle, tout est dans les mains de la Congrégation pour la Cause des saints. Au mois d’août dernier, le postulateur de la cause, qui est un moine trappiste français, a remis la depositio (document final) au Vatican. L’étude des écrits des frères a été fait par deux censeurs dont le théologien Gilles Routhier ainsi qu’un professeur de l’Université de Marseille où fut également ouverte une Chaire Tibhirine. Par contre, le cas de la reconnaissance de mes sept frères de Tibhirine posait un problème particulier.

Prenons par exemple, saint Maximilien Kolbe. Il n’est pas un martyr mais un saint puisqu’il n’a pas perdu sa vie par haine de la foi. Il a donné sa vie par amour pour une autre personne. Au procès de béatification cela n’a pas été un problème mais au procès de canonisation, il ne fut pas reconnu comme martyr.

“C’est par amour pour le peuple qu’ils sont restés et qu’ils ont été tués.”

On ne peut donc pas les définir comme martyrs puisqu’ils ne sont pas morts par haine de la foi : ce qui était encore jusqu’à l’année dernière la définition stricte du martyre. C’est par amour pour le peuple qu’ils sont restés et qu’ils ont été tués. Ce n’est pas par haine de la foi. Dom Barbeau a rencontré plusieurs membres de la famille qui étaient un peu scandalisés par le fait qu’ils ne soient pas reconnus comme martyrs.

L’innovation récente du pape François pour ouvrir une quatrième « voie » de reconnaissance du martyre par « l’offrande libre et volontaire de la vie et l’acceptation héroïque propter caritatem d’une mort certaine et à court terme… »  peut-elle, selon vous, aider la cause des moines de Tibhirine ?

Dom André Barbeau : La quatrième voie que le Pape a ouverte est une magnifique nouveauté qui va permettre la sainteté de tous ceux qui sont restés au Moyen-Orient (Irak, Syrie, Iran, etc.). Qui sont restés par amour pour leur peuple et l’église locale!

Comme je vous l’ai dit, le dossier est déjà sur la table de la Congrégation depuis un bon moment. Aucune modification ne peut y être apportée. Par contre, ce nouveau critère pour la reconnaissance des martyrs fait en sorte que celle-ci peut jeter un regard nouveau sur le dossier et, peut-être, faciliter leur reconnaissance comme martyrs.

Cela peut également permettre une reconnaissance plus rapide. En effet, reconnaître le martyre « en haine de la foi » peut poser des problèmes diplomatiques et de relations avec l’Algérie ou d’autres pays. Par exemple, il y a déjà la cause des martyrs de Chine : 33 moines qui furent promenés à travers toute la Chine attachés à des fils de fer. Tout est documenté mais à cause de relations politiques et diplomatiques difficiles entre la Chine et le Vatican, tout est retardé.

Pour l’Algérie, cela n’est pas simple non plus mais, -et je crois qu’il a de cela derrière la décision du Pape-, cette nouvelle façon de faire permet de reconnaître leur dévouement et leur don de soi sans stigmatiser le peuple algérien et leur gouvernement. Ils ont choisi de rester au nom de l’Amour de Dieu et du peuple. Et, au nom de cette espérance, ils ont fait le sacrifice ultime. Cette nouvelle perspective empêche l’interlocuteur de se sentir menacé. Ainsi, on vient de contourner la partie problématique qui pouvait faire retarder le processus de béatification/canonisation. C’est très habile et très jésuite! Normalement le postulateur s’attend à ce que le décret de reconnaissance du martyre soit signé d’ici avril prochain 2018. 

Dans les prochaines semaines, nous poursuivrons cet entretien avec Dom André Barbeau. On y apprendra des choses fascinantes sur l’histoire de la Communauté de Tibhirine après la tragédie de 1996.

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