Première méditation du pape François lors du Jubilé des prêtres

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Première méditation du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde
Retraite spirituelle présidée par le pape François
Lors du Jubilé des prêtres, 2 juin 2016
(Basilique Saint-Jean-Latran)

À l’occasion du Jubilé des prêtres et des séminaristes (1er au 3 juin 2016), le pape François prêchera trois réflexions durant la retraites pour les prêtres et séminaristes rassemblés dans les basiliques papales à Rome. Le Pape guidera la méditation, un après l’autres en la Basilique Saint-Jean Latran à 10h, à Sainte-Marie-Majeure à midi ainsi que dans la basilique Saint-Paul-Hors-les-Murs à 16h. À l’intérieur de l’assemblée des prêtres et des séminaristes sont en mesure de suivre le Pape grâce à l’équipement fourni par le Centre de Télévision du Vatican. Ce qui suit est la première des trois méditation telle que donnée par le Pape aujourd’hui à 10 h 00 (heure de Rome) en la Basilique Saint-Jean Latran.

La miséricorde, sous sa forme la plus féminine, est l’amour maternel viscéral, qui s’émeut face à la fragilité de son nouveau-né et l’embrasse en suppléant à tout ce qui lui manque pour qu’il puisse vivre et grandir (rahamim) ; et sous sa forme authentiquement masculine, elle est la ferme fidélité du Père qui soutient toujours, pardonne et remet ses enfants sur le chemin. La miséricorde est aussi bien le fruit d’une ‘‘alliance’’ – voilà pourquoi on dit que Dieu se souvient de sa (de son pacte de) miséricorde (hesed) – qu’un ‘‘acte’’ gratuit de bienveillance et de bonté qui jaillit de notre plus profonde psychologie et se traduit par une œuvre extérieure (eleos, qui devient aumône). Ce caractère inclusif fait qu’il est toujours à la portée de tous de ‘‘faire miséricorde’’, de compatir avec celui qui souffre, de s’émouvoir face à celui qui est dans le besoin, de s’indigner, de se laisser toucher jusqu’aux entrailles face à une injustice patente et de se mettre immédiatement à faire quelque chose de concret, avec respect et tendresse, pour remédier à la situation. Et, en partant de ce sentiment viscéral, il est à la portée de tout le monde de regarder Dieu à partir de la perspective de ce premier et dernier attribut, avec lequel Jésus a voulu nous le révéler : le nom de Dieu est Miséricorde.

Lorsque nous méditons sur la miséricorde, il se passe quelque chose de spécial. La dynamique des exercices spirituels se renforce de l’intérieur. La miséricorde fait voir que les voies objectives de la mystique classique – purgative, illuminative et unitive – ne sont jamais des étapes successives, que l’on peut laisser derrière soi. Nous avons toujours besoin d’une nouvelle conversion, de plus de contemplation et d’un amour renouvelé. Rien n’unit davantage à Dieu qu’un acte de miséricorde, qu’il s’agisse de la miséricorde avec laquelle le Seigneur nous pardonne nos péchés, ou qu’il s’agisse de la grâce qu’il nous accorde pour pratiquer les œuvres de miséricorde en son nom. Rien n’éclaire plus la foi que d’expier nos péchés et il n’y a rien de plus clair que Matthieu 25 et ce « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7), pour comprendre quelle est la volonté de Dieu, la mission pour laquelle il nous envoie. On peut appliquer à la miséricorde cet enseignement de Jésus : « De la mesure dont vous mesurez, on vous mesurera » (Mt 7, 2). La miséricorde nous permet de passer du fait de nous sentir objet de miséricorde au désir de faire miséricorde. Le sentiment de honte pour les péchés personnels et le sentiment de la dignité à laquelle le Seigneur nous élève peuvent cohabiter, dans une saine tension. Nous pouvons passer, sans préliminaires, de l’éloignement à la fête, comme dans la parabole de l’enfant prodigue, et utiliser notre propre péché comme réceptacle de la miséricorde. La miséricorde nous pousse à passer de ce qui est personnel à ce qui estCapture d’écran 2016-06-02 à 07.48.52 communautaire. Lorsque nous agissons avec miséricorde, comme lors des miracles de la multiplication des pains, qui naissent de la compassion de Jésus pour son peuple et pour les étrangers, les pains se multiplient au fur et à mesure qu’ils sont partagés.

Trois suggestions

La joyeuse et libre familiarité qui s’établit à tous les niveaux entre ceux qui sont unis par le lien de la miséricorde – familiarité du Royaume de Dieu, tel que Jésus le décrit dans ses paraboles – m’amène à vous suggérer trois choses pour votre prière personnelle de ce jour.

La première concerne deux conseils pratiques que donne saint Ignace qui dit : « Ce n’est pas le fait de savoir beaucoup qui remplit et satisfait l’âme, mais le fait de sentir et de savourer les choses de Dieu intérieurement » (Exercices spirituels, n. 2). Saint Ignace ajoute que là où on trouve ce qu’on veut et où on est à l’aise, qu’on y reste à prier « sans hâte d’aller de l’avant, jusqu’à ce que je sois satisfait » (ibid, n. 76). Donc, dans ces méditations sur la miséricorde, on peut commencer par ce qui nous plaît le plus et s’y attarder, car sûrement une œuvre de miséricorde vous conduira au reste. Si nous commençons en rendant grâce au Seigneur, qui nous a merveilleusement créés et plus merveilleusement encore nous a sauvés, sûrement cela nous amènera à éprouver de la peine pour nos péchés. Si nous commençons par avoir de la compassion pour les plus pauvres et pour les personnes les plus éloignées, sûrement nous sentirons le besoin de recevoir, nous aussi, miséricorde.

La deuxième suggestion pour prier concerne une manière d’utiliser le mot miséricorde. Comme vous l’aurez remarqué, en parlant de miséricorde, j’aime utiliser la forme verbale : « Il faut faire miséricorde (misericordiar) pour recevoir miséricorde (ser misericordiados)». Le fait que la miséricorde met en contact une misère humaine avec le cœur de Dieu suscite immédiatement l’action. On ne peut pas méditer sur la miséricorde sans que tout ne mène à l’action. Par conséquent, dans la prière, il ne convient pas d’intellectualiser. Rapidement, avec l’aide de la Grâce, notre dialogue avec le Seigneur doit se concrétiser dans mon péché qui demande que ta miséricorde repose sur moi, Seigneur, là où je sens le plus de honte et où je désire le plus réparer ; et rapidement, nous devons parler de ce qui nous émeut le plus, de ces visages qui nous conduisent à vouloir vivement nous engager pour remédier à leur faim et à leur soif de Dieu, de justice, de tendresse. La miséricorde, on la contemple dans l’action. Mais un genre d’action qui inclut tout : la miséricorde inclut tout notre être – entrailles et esprit – et tous les êtres.

La dernière suggestion concerne le fruit des exercices, c’est-à-dire la grâce que nous devons demander et qui est, directement, celle de devenir des prêtres toujours plus capables de recevoir la miséricorde et de l’offrir. Nous pouvons nous focaliser sur la miséricorde, car elle est la réalité essentielle, définitive. Sur l’échelle de la miséricorde (cf. Laudato si’, n. 77), nous pouvons descendre jusqu’au plus bas de la condition humaine – fragilité et péché inclus – et monter jusqu’au plus haut niveau de la perfection divine : « Soyez miséricordieux (parfaits) comme votre Père est miséricordieux ». Mais rien que pour ‘‘récolter’’ toujours plus de miséricorde. D’ici doivent venir les fruits de conversion de notre mentalité institutionnelle : si nos structures ne se vivent pas et ne s’utilisent pas pour mieux recevoir la miséricorde de Dieu et pour qu’on soit plus miséricordieux envers les autres, elles peuvent devenir quelque chose de très étrange et de contreproductif.

Cette retraite spirituelle, par conséquent, empruntera la voie de cette ‘‘simplicité évangélique’’ qui entend et pratique tout sous le sceau de la miséricorde. Et d’une miséricorde dynamique, non pas comme un substantif chosifié et défini, ni comme un adjectif qui décore un peu la vie, mais comme un verbe – faire miséricorde et recevoir miséricorde – qui nous lance dans l’action au milieu du monde. Et de plus, comme une miséricorde ‘‘toujours plus grande’’, comme une miséricorde qui grandit et augmente, en progressant du bon au meilleur et en allant de moins à plus, puisque l’image que Jésus nous montre est celle du Père toujours plus grand et dont la miséricorde infinie ‘‘grandit’’, si l’on peut ainsi dire, et n’a ni plafond ni plancher, car elle provient de sa liberté souveraine.

Première méditation : de l’éloignement à la fête

Si la miséricorde de l’Évangile est, comme nous l’avons dit, un excès de la part de Dieu, un débordement inédit, la première chose à faire, c’est de regarder où le monde d’aujourd’hui et chaque personne ont le plus besoin d’un tel excès d’amour. Avant tout, il faut nous demander quel est le réceptacle d’une telle miséricorde ; quel est le terrain désert et sec pour un tel débordement d’eau vive ; quelles sont les blessures pour cette huile balsamique ; quels orphelins ont besoin de cette prodigalité en tendresse et en sollicitude ; quel est l’éloignement par rapport à une si grande soif d’accolade et de rencontre….

La parabole que je vous propose pour cette méditation est celle du Père miséricordieux (cf. Lc 15, 11-31). Nous sommes dans le domaine du mystère du Père. Et il me vient à l’esprit de commencer par ce moment où le fils prodigue se trouve dans la porcherie, dans cet enfer de l’égoïsme, ce fils qui a fait tout ce qu’il voulait et qui, au lieu d’être libre, se retrouve asservi. Il regarde les porcs qui mangent les gousses…, il en a envie et il est gagné par la nostalgie. La nostalgie du pain fraîchement sorti du four que les employés de sa maison, la maison de son père, mangent au petit déjeuner. La nostalgie… La nostalgie est un sentiment puissant. Il a rapport avec la miséricorde, parce qu’il élargit notre âme. Il nous amène à nous rappeler le bien primordial – la patrie d’où vous venons – et nous éveille à l’espérance d’y retourner. Dans ce large horizon de la nostalgie, ce jeune – dit l’Évangile – est entré en lui-même et s’est senti misérable.

Sans nous arrêter maintenant à décrire la misère de son état, passons à cet autre moment où, après que son Père l’a embrassé et lui a donné un baiser avec effusion, il se trouve sale et vêtu pour la fête. Il a au doigt l’anneau, signe de son égalité avec son père. Il a des sandales neuves aux pieds. Il est au centre de la fête, parmi les gens. Quelque chose comme quand, si jamais cela nous est arrivé, nous nous sommes confessés avant la messe et là, tout d’un coup, nous nous retrouvons ‘‘revêtus’’ et au milieu d’une cérémonie.

Honteuse dignité

Arrêtons-nous sur la “honteuse dignité” de ce fils prodigue et bien-aimé. Si nous nous efforçons, sereinement, de maintenir notre cœur entre ces deux extrêmes – la dignité et la honte –, sans en lâcher aucun, peut-être pourrons-nous sentir comment bat le cœur de notre Père. Nous pouvons imaginer que la miséricorde en jaillit comme du sang. Qu’il sort nous chercher – nous pécheurs –, qu’il nous attire à lui, nous purifie et nous relance, renouvelés, vers toutes les périphéries, pour faire miséricorde à tous. Son sang est le Sang du Christ, sang de la Nouvelle et Eternelle Alliance de miséricorde, versé pour nous et pour tous, en rémission des péchés. Ce sang, nous le contemplons, tandis qu’il entre et sort de son Cœur comme du cœur du Père. C’est notre unique trésor, l’unique chose que nous ayons à offrir au monde : le sang qui purifie et pacifie tout ainsi que tous. Le sang du Seigneur qui pardonne les péchés. Le sang qui est vraie boisson, qui ressuscite et donne la vie à ce qui est mort à cause du péché.

Dans notre prière, sereine, qui va de la honte à la dignité, de la dignité à la honte, nous demandons la grâce de sentir cette miséricorde comme constitutive de notre vie entière ; la grâce de sentir comment ce battement du cœur du Père s’unit au battement du nôtre. Il ne suffit pas de sentir la miséricorde de Dieu comme un geste qu’il accomplit occasionnellement en nous pardonnant quelque grand péché et pour le reste nous nous arrangeons seuls, de manière autonome.

Saint Ignace propose une image chevaleresque propre à son époque, mais comme la loyauté entre amis est une valeur pérenne, elle peut nous aider. Il dit que, afin de sentir « confusion et honte » pour nos péchés (et ne pas nous lasser de sentir la miséricorde), nous pouvons prendre un exemple : imaginons « un chevalier qui se présente devant son roi et devant toute sa cour, honteux et confus de l’avoir beaucoup offensé, étant donné qu’en premier il avait reçu du roi beaucoup de cadeaux et beaucoup de faveurs » (Exercices spirituels, n. 74). Mais, suivant la dynamique du fils prodigue lors de la fête, imaginons ce chevalier comme quelqu’un que le roi, au lieu d’avoir honte devant tout le monde, au contraire, prend par la main soudainement et à qui il rend sa dignité. Et nous voyons que non seulement il l’invite à le suivre dans son combat, mais qu’il le place à la tête de ses compagnons. Avec quelle humilité et quelle loyauté ce chevalier le servira désormais !

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Échos du Vatican

Retour dans cette émission sur l’action de l’Église pour la paix dans le monde, ainsi que sur le jubilé des diacres à Rome et la fête Dieu.

Homélie du Pape François lors du Jubilé des diacres

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Homélie du Pape François lors du Jubilé des diacres
Dimanche 29 mai 2016
Place Saint-Pierre

« Serviteur du Christ » (Gal 1, 10). Nous avons entendu cette expression, par laquelle l’apôtre Paul se définit, en écrivant aux Galates. Au début de la lettre il s’était présenté comme « apôtre », par volonté du Seigneur Jésus (cf. Gal 1, 1). Les deux termes, apôtre et serviteur, vont ensemble, ils ne peuvent jamais être séparés ; ce sont comme deux faces d’une même médaille : celui qui annonce Jésus est appelé à servir et celui qui sert annonce Jésus.

Le Seigneur nous l’a montré le premier : Lui, la Parole du Père, Lui, qui nous a apporté la bonne nouvelle (Is 61, 1), Lui, qui est en lui-même la bonne nouvelle (cf. Lc 4, 18), il s’est fait notre serviteur (Ph 2, 7), « il n’est pas venu pour être servi mais pour servir » (Mc 10, 45). « Il s’est fait le diacre de tous », a écrit un Père de l’Église (Saint Polycarpe, Ad Phil. V, 2). Comme il a fait Lui, ainsi nous sommes appelés à être ses annonciateurs. Le disciple de Jésus ne peut aller sur un chemin différent de celui du Maître, mais s’il veut annoncer il doit l’imiter, comme a fait Paul : aspirer à devenir serviteur. En d’autres termes, si évangéliser est la mission confiée à chaque chrétien dans le baptême, servir est le style avec lequel vivre la mission, l’unique manière d’être disciple de Jésus. Est son témoin celui qui fait comme Lui : celui qui sert les frères et les sœurs, sans se lasser du Christ humble, sans se lasser de la vie chrétienne qui est vie de service.

Par où commencer pour devenir « serviteurs bons et fidèles » (cf. Mt 25, 21) ? Comme premier pas, nous sommes invités à vivre la disponibilité. Le serviteur apprend chaque jour à se détacher du fait de disposer de tout pour soi et de disposer de soi comme il veut. Il s’entraîne chaque matin à donner sa vie, à penser que chaque jour ne sera pas le sien, mais sera à vivre comme une remise de soi. Celui qui sert, en effet, n’est pas un gardien jaloux de son propre temps, au contraire il renonce à être le patron de sa propre journée. Il sait que le temps qu’il vit ne lui appartient pas, mais que c’est un don qu’il reçoit de Dieu pour l’offrir à son tour : seulement ainsi il portera vraiment du fruit. Celui qui sert n’est pas esclave de l’agenda qu’il établit, mais docile de cœur, il est disponible à ce qui est non programmé : prêt pour le frère et ouvert à l’imprévu, qui ne manque jamais et est souvent la surprise quotidienne de Dieu. Le serviteur est ouvert à la surprise, aux surprises quotidiennes de Dieu. Le serviteur sait ouvrir les portes de son temps et de ses espaces à celui qui est proche et aussi à celui qui frappe en dehors des horaires, au risque d’interrompre quelque chose qui lui plaît ou le repos qu’il mérite. Le serviteur néglige les horaires. Cela me fait mal au cœur quand je vois un horaire, dans les paroisses : « De telle heure à telle heure ». Et ensuite ? Il n’y a pas de porte ouverte, il n’y a pas de prêtre, il n’y a pas de diacre, il n’y a pas de laïc qui reçoit les gens… Cela fait mal. Négliger les horaires : avoir ce courage, de négliger les horaires. Ainsi, chers diacres, en vivant dans la disponibilité, votre service sera privé de tout profit et évangéliquement fécond.

L’Évangile d’aujourd’hui nous parle aussi de service, nous montrant deux serviteurs dont nous pouvons tirer de précieux enseignements : le serviteur du centurion, qui est guéri par Jésus, et le centurion lui-même, au service de l’empereur. Les paroles que celui-ci envoie rapporter à Jésus, afin qu’il ne vienne pas jusque chez lui sont surprenantes et sont souvent le contraire de nos prières : « Seigneur, ne prends-pas cette peine, car je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit » (Lc 7,6) ; « je ne me suis pas autorisé moi-même à venir te trouver » (v. 7) ; « moi, je suis quelqu’un de subordonné à une autorité » (v. 8). Devant ces paroles, Jésus reste admiratif. La grande humilité du centurion, sa douceur, le frappent. Et la douceur est une des vertus des diacres. Quand le diacre est doux, il est serviteur et il ne joue pas à « singer » les prêtres, non, il est doux. Devant le problème qui l’affligeait, il aurait pu s’agiter et prétendre à être exaucé, faisant valoir son autorité ; il aurait pu convaincre avec insistance, même contraindre Jésus à se rendre dans sa maison. Au contraire il se fait petit, discret, doux, il n’élève pas la voix, et ne veut pas déranger. Il se comporte, peut-être sans le savoir, selon le style de Dieu, qui est « doux et humble de cœur » (Mt 11, 29). Dieu en effet, qui est amour, va par amour jusqu’à nous servir : avec nous il est patient, bienveillant, toujours prêt et bien disposé, il souffre pour nos erreurs et cherche le chemin pour nous aider et nous rendre meilleurs. Là sont aussi les traits doux et humbles du service chrétien, qui est d’imiter Dieu en servant les autres : les accueillant avec un amour patient, les comprenant sans nous lasser, faisant en sorte qu’ils se sentent accueillis, à la maison, dans la communauté ecclésiale, où ce n’est pas celui qui commande qui est grand mais celui qui sert (cf. Lc 22, 26). Et jamais réprimander, jamais. Ainsi, chers diacres, dans la douceur, murira votre vocation de ministres de la charité.

Après l’apôtre Paul et le centurion, dans les lectures d’aujourd’hui, il y a un troisième serviteur, celui qui est guéri par Jésus. Dans le récit on dit qu’il était très cher à son patron et qu’il était malade, mais on ne sait pas quelle était sa grave maladie (v. 2). D’une certaine façon, nous pouvons nous aussi nous reconnaître dans ce serviteur. Chacun de nous est très cher à Dieu, aimé et choisi par lui et il est appelé à servir, mais il a surtout besoin d’être guéri intérieurement. Pour être aptes au service, il nous faut la santé du cœur : un cœur guéri par Dieu, qui se sente pardonné et qui ne soit ni fermé ni dur. Cela nous fera du bien de prier avec confiance chaque jour pour cela, demander d’être guéris par Jésus, de lui ressembler lui qui « ne nous appelle plus serviteurs mais amis » (cf. Jn 15, 15). Chers diacres, vous pouvez demander chaque jour cette grâce dans la prière, dans une prière où présenter vos peines, vos imprévus, vos fatigues et vos espérances : une prière vraie, qui porte la vie au Seigneur et le Seigneur dans la vie. Et quand vous servez à la table eucharistique, vous y trouverez la présence de Jésus, qui se donne à vous afin que vous vous donniez aux autres.

Ainsi, disponibles dans la vie, doux de cœur et en dialogue constant avec Jésus, vous n’aurez pas peur d’être serviteurs du Christ, de rencontrer et de caresser la chair du Seigneur dans les pauvres d’aujourd’hui.

(Image : CNS photo/L’Osservatore Romano, handout)

Lettre ouverte du Cardinal Lacroix: « Aide à mourir » : pas de date butoir pour la dignité

Le 6 juin prochain, la décision de la Cour suprême du Canada concernant l’« aide médicale à mourir » prendra effet avec ou sans loi fédérale pour l’encadrer.

L’adoption de la loi C-14 ou l’entrée en vigueur de la décision Carter, donnera certainement lieu à des recours judiciaires afin d’élargir la portée de l’euthanasie au Québec, accessible chez nous depuis déjà 5 mois. Des pressions viendront également pour recourir au suicide assisté, tel que défini par C-14 : « de prescrire ou de fournir une substance à une personne, à la demande de celle-ci, afin qu’elle se l’administre et cause ainsi sa mort. »

Je désire m’adresser aujourd’hui particulièrement aux personnes affectées « de problèmes de santé graves et irrémédiables (y compris une affection, une maladie ou un handicap)1 » causant des souffrances persistantes qui lui sont intolérables.

La vie que vous avez reçue, le souffle qui vous habite, la personnalité qui vous caractérise sont empreints de beauté, de noblesse et de grandeur. L’amour reçu, l’amour donné sont toujours présents et font de vous, comme de chacun de nous, des êtres revêtus d’une grande dignité en toutes circonstances. Ce que vous avez été, ce que vous êtes maintenant requièrent, entre autres, le respect, l’accompagnement et des soins appropriés pour vous aider à grandir jusqu’à la fin.

Afin de respecter la primauté de la vie, l’Église catholique s’oppose fermement à l’euthanasie et au suicide assisté. Elle déplore que tous les scénarios envisagés par le gouvernement fédéral permettent éventuellement à un nombre croissant de personnes de demander à mettre fin à leurs jours.

Je le répète souvent, la position de l’Église n’est pas de valoriser la souffrance. Oui, la foi peut lui donner un sens, mais les chrétiens et chrétiennes, tout comme Jésus, souhaitent l’éviter lorsque cela est possible : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne » (Luc 22, 42). J’ai la ferme conviction que Dieu nous aime d’un amour éternel, tels que nous sommes ici et maintenant, et ce, jusqu’à notre mort où il nous accueillera les bras grands ouverts. Il suffit d’écouter sur notre webtélé diocésaine ECDQ.tv la récente conférence de notre archevêque émérite Mgr Maurice Couture pour s’en convaincre.

D’ici le 6 juin prochain, je nous lance collectivement un grand défi. Vous connaissez sûrement une personne qui pourrait se reconnaître dans les critères québécois et (bientôt) canadiens d’accessibilité à l’aide médicale à mourir. Écoutez et accueillez jusqu’au bout l’expression de sa souffrance, de sa peur. Dites-lui qu’elle a du prix à vos yeux, qu’elle pourra toujours compter sur votre présence. Rappelez-lui votre amour inconditionnel.

Les demandes d’aide à mourir s’effacent habituellement lorsque les personnes souffrantes sont bien accompagnées. Ce sont les médecins et le personnel soignant en soins palliatifs qui me l’ont partagé à maintes reprises. Je les remercie de poursuivre leur rôle dans le nouveau contexte législatif au Québec. Leurs efforts pour soulager la souffrance physique et morale portent de réels fruits et les investissements en soins palliatifs doivent se poursuivre. Pour celles et ceux d’entre eux (toujours une majorité) qui s’opposent à l’euthanasie, leur objection de conscience doit être protégée. Si un médecin ne souhaite pas référer un patient vers sa mort médicalement provoquée, son choix doit être respecté sans remise en question.

Merci également à tous les proches aidants. Les débats actuels risquent de faire oublier leur dévouement, leur courage, leur force, mais surtout leur sens de l’autre et du respect de la vie. Ces personnes ont énormément besoin d’être reconnues et soutenues.

Mon accompagnement de personnes en fin de vie me confirme qu’il est périlleux d’accorder la permission de provoquer la mort d’une autre personne, même avec son consentement. Non seulement une loi dicte, mais elle éduque et elle imprime la revendication du droit et la suggestion du devoir. Avec le temps, les moeurs sont affectées et la rareté du geste cède le pas à l’habitude C’est, à mon humble avis, un bien triste « progrès ». Nous avons la responsabilité, la mission d’accompagner avec douceur et tendresse la vie de nos proches qui souffrent, et ce, sans recours à une loi qui incite à la mort. Dans ce contexte, nous sommes invités à prévenir ce mode suicidaire en choisissant de reconnaître la dignité de la vie.

Cardinal Gérald C. Lacroix
Archevêque de Québec
30 mai 2016

Église en sortie 27 mai 2016

Cette semaine à Église en sortie, nous vous présentons une entrevue avec Mgr Raymond Poisson, évêque de Joliette et membre de la Commission Justice & Paix de la Conférence des évêques catholiques du Canada. Il nous parle des relations de l’Église catholique avec les autochtones. Nous nous rendons à la Marche Nationale pour la vie 2016 à Ottawa, le 12 mai dernier. Enfin, dans la troisième partie de l’émission nous nous entretenons avec Charles Le Bourgeois qui nous parle de son expérience à l’intérieur des deux synodes sur la famille au Vatican ainsi que de sa série documentaire « Charité Sans Frontières ».

Homélie du pape François lors de la Messe et de la Procession Eucharistique pour la Solennité du Corpus Cristi

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« Faites cela en mémoire de moi » (1Co 11, 24.25)

Par deux fois, l’Apôtre Paul, écrivant à la communauté de Corinthe, rapporte de commandement de Jésus dans le récit de l’institution de l’Eucharistie. C’est le témoignage le plus ancien sur les paroles du Christ lors de la Dernière Cène.

« Faites cela ». C’est-à-dire prenez le pain, rendez grâce et rompez-le ; prenez le calice, rendez grâce et distribuez-le. Jésus commande de répéter le geste par lequel il a institué le mémorial de sa Pâque, au moyen duquel il nous a donné son Corps et son Sang. Et ce geste est parvenu jusqu’à nous : c’est le “faire” l’Eucharistie, qui a toujours Jésus comme sujet, mais qui se réalise à travers nos pauvres mains ointes d’Esprit Saint.

« Faites cela ». Déjà précédemment Jésus avait demandé aux disciples de “faire” ce qu’il avait déjà clair dans son esprit, en obéissance à la volonté du Père. Nous venons de l’entendre dans l’Évangile. Devant les foules fatiguées et affamées, Jésus dit aux disciples : « Donnez-leur vous- mêmes à manger » (Lc 9, 13). En réalité c’est Jésus qui bénit et rompt les pains jusqu’à rassasier tous ces gens, mais les cinq pains et les deux poissons ont été offerts par les disciples, et Jésus voulait précisément ceci : qu’au lieu de congédier la foule, ils mettent à sa disposition le peu qu’ils avaient. Et ensuite, il y a un autre geste : les morceaux de pain, rompus par les mains saintes et vénérables du Seigneur, passent dans les pauvres mains des disciples, qui les distribuent aux gens. Cela aussi c’est “faire” avec Jésus, c’est “donner à manger” avec lui. Il est clair que ce miracle ne veut pas seulement rassasier la faim d’un jour, mais il est signe de ce que le Christ entendCapture d’écran 2016-05-26 à 11.03.43 accomplir pour le salut de toute l’humanité en donnant sa chair et son sang (cf. Jn 6, 48-58). Et cependant il faut toujours passer par ces deux petits gestes : offrir le peu de pains et de poissons que nous avons ; recevoir le pain rompu des mains de Jésus et le distribuer à tous.

Rompre : c’est l’autre parole qui explique le sens du « faites cela en mémoire de moi ». Jésus s’est rompu, il se rompt pour nous. Et il nous demande de nous donner, de nous rompre pour les autres. Justement ce “rompre le pain” est devenu l’icône, le signe de reconnaissance du Christ et des chrétiens. Rappelons-nous Emmaüs : ils le reconnurent « à la fraction du pain » (Lc 24, 35). Rappelons-nous la première communauté de Jérusalem : « Ils étaient assidus […] à la fraction du pain » (Ac 2, 42). C’est l’Eucharistie, qui devient depuis le commencement le centre et la forme de la vie de l’Eglise. Mais pensons aussi à tous les saints et saintes – célèbres ou anonymes – qui se sont « rompus » eux-mêmes, leur propre vie, pour “donner à manger” à leurs frères. Que de mamans, que de papas, avec le pain quotidien, coupé sur la table de la maison, ont rompu leur cœur pour faire grandir leurs enfants, et les faire bien grandir ! Que de chrétiens, comme citoyens responsables, ont rompu leur propre vie pour défendre la dignité de tous, spécialement des plus pauvres, des exclus et des discriminés ! Où trouvent-ils la force pour faire tout cela ? Justement dans l’Eucharistie : dans la puissance d’amour du Seigneur ressuscité, qui aujourd’hui aussi rompt le pain pour nous et répète : « Faites cela en mémoire de moi ».

Puisse aussi le geste de la procession eucharistique, que nous allons accomplir dans peu de temps, répondre à ce mandat de Jésus. Un geste pour faire mémoire de Lui ; un geste pour donner à manger à la foule d’aujourd’hui ; un geste pour rompre notre foi et notre vie comme signe de l’amour du Christ pour cette ville et pour le monde entier.

[00881-FR.01] [Texte original: Italien]

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Échos du Vatican

Retour dans cette émission sur la rencontre historique du pape François avec le grand imam d’Al-Azhar

Église en sortie 20 mai 2016

Cette semaine à Église en sortie, nous vous présentons une entrevue avec Sr. Marie-Paule Sansfaçon et Sr. Nicole Joly qui nous présente la revue « Le Précurseur » ainsi que leur communauté : Les sœurs Missionnaires de l’Immaculée Conception. Dans la deuxième partie, nous assistons à la conférence de presse du diocèse de Québec suite à la publication de l’exhortation apostolique post-synodale « Amoris Laetitia ». Enfin, ans la dernière partie nous rencontrons l’abbé Jean-Philippe Auger, prêtre de l’archidiocèse de Québec et auteur du livre « Comment Jésus a coaché douze personnes ordinaires pour en faire des leaders extraordinaires ».

Échos du Vatican

Mise au point dans cette émission sur la question du diaconat des femmes, et retour sur la célébration de la Pentecôte au Vatican.

Homélie du pape François lors de la Messe de la Pentecôte

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Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’homélie du pape François lors de la Messe de la Pentecôte à basilique Saint-Pierre de Rome:

« Je ne vous laisserai pas orphelins » (Jn 14, 18).

La mission de Jésus, culminant dans le don de l’Esprit Saint, avait ce but essentiel : rétablir notre relation avec le Père, abîmée par le péché ; nous arracher à la condition d’orphelins et nous rendre celle de fils.

L’apôtre Paul, écrivant aux chrétiens de Rome, dit : « Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions “Abba ! ”, c’est-à-dire : Père ! » (Rm 8, 14-15). Voilà la relation renouée : la paternité de Dieu se rétablit en nous grâce à l’œuvre rédemptrice du Christ et au don de l’Esprit Saint.

L’Esprit est donné par le Père et nous conduit au Père. Toute l’œuvre du salut est une œuvre de ré-génération, dans laquelle la paternité de Dieu, au moyen du don du Fils et de l’Esprit, nous libère de l’état d’orphelins dans lequel nous sommes tombés. À notre époque aussi nous rencontrons différents signes de notre condition d’orphelins : cette solitude intérieure que nous éprouvons même au milieu de la foule et qui parfois peut devenir tristesse existentielle ; cette prétendue autonomie par rapport à Dieu qui s’accompagne d’une certaine nostalgie de sa proximité ; cet analphabétisme spirituel diffus à cause duquel nous nous retrouvons dans l’incapacité de prier ; cette difficulté à percevoir comme vraie et réelle la vie éternelle, comme plénitude de communion qui germe ici-bas et s’épanouit au-delà de la mort ; cette difficulté pour reconnaître l’autre comme frère, en tant que fils du même Père ; et d’autres signes semblables.

À tout cela s’oppose la condition de fils, qui est notre vocation originaire, elle est ce pour quoi nous sommes faits, notre plus profond ADN, mais qui a été abimé et qui, pour être restauré, a demandé le sacrifice du Fils Unique. Du don immense d’amour qu’est la mort de Jésus sur la croix, a jailli pour toute l’humanité, comme une immense cascade de grâce, l’effusion de l’Esprit saint. Celui qui s’immerge avec foi dans ce mystère de régénération renaît à la plénitude de la vie filiale.

« Je ne vous laisserai pas orphelins ». Aujourd’hui, fête de Pentecôte, ces paroles de Jésus nous font penser aussi à la présence maternelle de Marie au Cénacle. La Mère de Jésus est au milieu de la communauté des disciples rassemblés en prière : elle est mémoire vivante du Fils et invocation vivante de l’Esprit Saint. Elle est la Mère de l’Église. À son intercession nous confions de manière particulière tous les chrétiens et les communautés qui en ce moment ont le plus besoin de la force de l’Esprit Paraclet, Défenseur et Consolateur, Esprit de vérité, de liberté et de paix.

L’Esprit, comme affirme encore saint Paul, fait que nous appartenons au Christ. « Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas » (Rm 8, 9). Et en consolidant notre relation d’appartenance au Seigneur Jésus, l’Esprit nous fait entrer dans une nouvelle dynamique de fraternité. Par le Frère universel qui est Jésus, nous pouvons nous mettre en relation avec les autres d’une manière nouvelle, non plus comme des orphelins, mais comme des fils du même Père, bon et miséricordieux. Et cela change tout ! Nous pouvons nous regarder comme des frères, et nos différences ne font que multiplier la joie et l’émerveillement d’appartenir à cette unique paternité et fraternité.

[00806-FR.01] [Texte original: Italien]

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