Cette semaine à Église en Sortie, Francis Denis reçoit le théologien et ancien directeur de le revue Notre-Dame-du-Cap pour parler de son tout nouveau livre « Job : l’homme qui posa des questions à Dieu ». Dans la deuxième partie de l’émission, on vous présente un reportage sur le lancement de l’année pastorale 2019 de l’archidiocèse de Québec. Dans la troisième partie de l’émission, on s’entretient de la bienheureuse Dina Bélanger avec l’auteur et théologien Jacques Gauthier.
Un dimanche pour redécouvrir la Parole de Dieu
(Photo: Vatican Media) Lundi 30 septembre dernier, lors de la commémoration du 1600e anniversaire de la mort de saint Jérôme, le pape François édictait, par le Motu Proprio « Apperuit Illis », le dimanche de la Parole de Dieu. Célébré le troisième dimanche du temps ordinaire, ce Jour du Seigneur sera consacré à offrir aux fidèles du monde entier, les moyens pour croître en « religiosité et assiduité familière avec les Saintes Écritures » .
Un texte à approfondir
On ne le dira jamais assez : le christianisme n’est pas une « religion du livre ». Le christianisme est une Personne, Jésus-Christ, Verbe de Dieu incarné auquel s’ajoutent tous ceux qui acceptent de participer de sa Vie divine. Toutefois, nous ne pouvons pas non plus négliger les différents moyens par lesquels Dieu se révèle aux hommes. Parmi eux, la Sainte Écriture fait figure de pilier puisqu’elle nous livre le témoignage oculaire de l’action créatrice et salvatrice de Dieu dans l’histoire. Sa lecture nous permet donc de comprendre et d’approfondir notre relation avec le Christ. Comme le dit le Pape : « Si le Seigneur ne nous y introduit pas, il est impossible de comprendre en profondeur l’Écriture Sainte. Pourtant le contraire est tout aussi vrai : sans l’Écriture Sainte, les événements de la mission de Jésus et de son Église dans le monde restent indéchiffrables ». Que ce soit personnellement ou collectivement, nous devons côtoyer les Saintes Écritures pour savoir qui on est et où l’on va.
En effet, la Parole de Dieu nous est adressée personnellement puisque Dieu cherche une relation personnelle avec chacun d’entre nous. C’est un aspect très mystérieux du Texte Saint. Même s’il a été écrit il y a des millénaires, il réussit à nous rejoindre personnellement et éclaire toujours notre vie en gardant constamment notre regard sur l’essentiel : non seulement la grandeur de notre éternelle destinée mais également sur notre capacité à transfigurer le monde. Toutefois, puisque le goût de l’humanité pour le confort et la sécurité est et sera toujours très fort, le risque de réduire la Parole de Dieu à des intérêts privés demeure constant. Voilà pourquoi, parmi la multitude des interprétations possibles, Jésus-Christ a également fait le don d’une institution permettant de « parvenir à une unité authentique et solide » (no3). Par son charisme magistériel, l’Église continue, encore aujourd’hui, de garder l’unité dans la diversité : « l’Esprit Saint qui continue à réaliser sa forme particulière d’inspiration lorsque l’Église enseigne l’Écriture Sainte, lorsque le Magistère l’interprète authentiquement (cf. ibid., 10) et quand chaque croyant en fait sa norme spirituelle » (no 10).
Écriture Sainte et sacrement
Notre habitude à célébrer la Messe nous fait souvent oublier le lien profond qui existe entre la célébration de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie. Lorsqu’on y pense, on voit que l’une et l’autre se complètent parfaitement et qu’elles sont comme les deux poumons de notre vie spirituelle. Pour le Pape : « En tant que chrétiens, nous sommes un seul peuple qui marche dans l’histoire, fort de la présence du Seigneur parmi nous qui nous parle et nous nourrit » (no 8). C’est donc, à la fois, en tant que personne et en tant que peuple que nous devenons des disciples de Jésus. C’est parce que nous mettons personnellement en pratique les mandats de l’Écriture que Dieu peut prendre place dans notre vie. Mais c’est également parce que nous célébrons ensemble ces mêmes mystères que nous découvrons la valeur universelle de l’action salvifique de Dieu dans le monde.
Il y a donc un appel réciproque entre Dieu et l’homme qui, à travers l’Écriture et la célébration des sacrements, nous comble de tout ce dont nous avons besoin pour vivre et atteindre notre plein potentiel humain et spirituel. C’est ainsi que, en mettant la lecture de la Bible à notre agenda quotidien, nous pourrons voir le monde avec un regard nouveau. Un regard capable de voir ce que les autres ne voient pas. De s’émerveiller de la beauté de la création et de s’affranchir de ses chaînes qui nous empêchent de devenir celui ou celle que nous sommes appelés à être. Côtoyer Jésus dans la Parole de Dieu et l’Eucharistie est donc la condition sine qua non des aspirations inscrites au plus profond de notre âme.
Sous l’impulsion de ce nouveau dimanche de la Parole de Dieu qui prendra place le troisième dimanche du temps ordinaire, partons à la rencontre de ce Dieu qui « à travers l’Écriture Sainte, frappe à notre porte ; si nous écoutons et ouvrons la porte de notre esprit et celle de notre cœur, alors Il entrera dans notre vie et demeurera avec nous » (no 8).
Discours d’accueil du pape François lors de la rencontre avec les autorités, la société civile et le Corps diplomatique
Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’allocution du pape François lors de la Rencontre avec les autorités civiles et le Corps diplomatique:
Monsieur le Président,
Distinguées Autorités,
Membres du Corps diplomatique,
Recteurs magnifiques,
Mesdames et Messieurs,Je salue avec déférence Monsieur le Président et je le remercie pour l’accueil chaleureux et pour ses aimables paroles. Je suis heureux de saluer les membres distingués du Gouvernement et du Parlement, les Recteurs d’universités, les Autorités régionales et de la cité, de même que les membres du Corps diplomatique et les autres Autorités présentes. C’est la première fois que je visite l’Europe centre-orientale et je suis heureux de commencer par la Pologne, qui a eu parmi ses fils l’inoubliable saint Jean-Paul II, inventeur et promoteur des Journées mondiales de la Jeunesse. Il aimait parler de l’Europe qui respire avec ses deux poumons : le rêve d’un nouvel humanisme européen est animé par le souffle créateur et harmonieux de ces deux poumons et de la civilisation commune qui trouve dans le christianisme ses racines les plus solides.
La mémoire caractérise le peuple polonais. Le sens vivant de l’histoire du Pape Jean-Paul II m’a toujours impressionné. Quand il parlait des peuples, il partait de leur histoire pour en faire ressortir les trésors d’humanité et de spiritualité. La conscience de l’identité, libre des complexes de supériorité, est indispensable pour organiser une communauté nationale sur la base de son patrimoine humain, social, politique, économique et religieux, pour inspirer la société et la culture, en les maintenant fidèles à la tradition et en même temps ouvertes au renouveau et à l’avenir. Dans cette perspective, vous avez célébré il y a peu de temps le 1050ème anniversaire du Baptême de la Pologne. Cela a certainement été un moment fort d’unité nationale, qui a confirmé comment la concorde, même dans la diversité des opinions, est la route sûre pour atteindre le bien commun du peuple polonais tout entier.
De même, la fructueuse coopération dans le cadre international et la considération réciproque murissent par la conscience et le respect de l’identité propre et de celle d’autrui. Le dialogue ne peut exister si chacun ne part pas de sa propre identité. Dans la vie quotidienne de chaque individu, comme de toute société, il y a toutefois deux types de mémoire : bonne et mauvaise, positive et négative. La mémoire bonne est celle que la Bible nous montre dans le Magnificat, le cantique de Marie, qui loue le Seigneur et son œuvre de salut. La mémoire négative est au contraire celle qui tient le regard de l’esprit et du cœur fixé avec obsession sur le mal, surtout sur celui commis par les autres. En considérant votre histoire récente, je rends grâce à Dieu car vous avez pu faire prévaloir la mémoire bonne : par exemple, en célébrant les 50 années du pardon réciproquement offert et reçu entre les épiscopats polonais et allemand, après la seconde guerre mondiale. L’initiative, qui a impliqué initialement les communautés ecclésiales, a déclenché aussi un processus social, politique, culturel et religieux irréversible, changeant l’histoire des relations entre les deux peuples. À ce sujet, rappelons aussi la Déclaration conjointe entre l’Église catholique de Pologne et l’Église orthodoxe de Moscou : un acte qui a engagé un processus de rapprochement et de fraternité non seulement entre les deux Églises, mais aussi entre les deux peuples.
Ainsi, la noble nation polonaise montre comment on peut faire grandir la mémoire bonne et laisser tomber la mauvaise. Pour cela il faut une espérance solide et une confiance en Celui qui conduit le destin des peuples, ouvre les portes fermées, transforme les difficultés en opportunité et crée de nouveaux scenarios là où cela semblait impossible. Les vicissitudes historiques de la Pologne en témoignent vraiment : après les tempêtes et les obscurités, votre peuple, rétabli dans sa dignité a pu chanter, comme les Hébreux de retour de Babylone : « Nous étions comme en rêve. […] notre bouche était pleine de rires, nous poussions des cris de joie » (Ps 126, 1-2). La conscience du chemin accompli et la joie pour les objectifs atteints donnent force et sérénité pour affronter les défis du moment, qui demandent le courage de la vérité et un engagement éthique constant, afin que les processus décisionnels et opératifs comme aussi les relations humaines soient toujours plus respectueux de la dignité de la personne. Chaque activité y est associée : aussi l’économie, la relation avec l’environnement et la manière même
de gérer le complexe phénomène migratoire.
Ce dernier demande un supplément de sagesse et de miséricorde, pour dépasser les peurs et réaliser le plus grand bien. Il faut discerner les causes de l’émigration de la Pologne, en facilitant le retour de tous ceux qui le veulent. En même temps, il faut la disponibilité pour accueillir tous ceux qui fuient la guerre et la faim ; la solidarité envers ceux qui sont privés de leurs droits fondamentaux, parmi lesquels celui de professer en liberté et sécurité leur propre foi. En même temps, cela demande des collaborations et des synergies au niveau international dans le but de trouver des solutions aux conflits et aux guerres, qui contraignent tant de personnes à laisser leur maison et leur patrie. Il s’agit aussi de faire le possible pour alléger leurs souffrances, sans se lasser d’agir avec intelligence et continuité pour la justice et la paix, en témoignant dans les faits des valeurs humaines et chrétiennes.
À la lumière de son histoire millénaire, j’invite la Nation polonaise à regarder avec espérance l’avenir et les problèmes qu’elle doit affronter. Une telle attitude favorise un climat de respect entre toutes les composantes de la société et une confrontation constructive entre les différentes positions ; en outre, elle crée les meilleures conditions pour une croissance civile, économique et même démographique, alimentant la confiance d’offrir une vie bonne à ses propres enfants. En effet, ils ne devront pas seulement affronter des problèmes mais ils jouiront des beautés de la création, du bien qu’ils sauront accomplir et diffuser, de l’espérance que nous saurons leur donner. Les mêmes politiques sociales en faveur de la famille, cellule première et fondamentale de la société, pour venir en aide aux plus faibles et aux plus pauvres et les soutenir dans l’accueil responsable de la vie, seront de cette façon encore plus efficaces. La vie doit toujours être accueillie et protégée – les deux choses ensemble : accueillie et protégée – de la conception à la mort naturelle, et tous nous sommes appelés à la respecter et à en prendre soin. D’autre part, il revient à l’État, à l’Église et à la société d’accompagner et d’aider concrètement quiconque se trouve en situation de graves difficultés, afin qu’un enfant ne soit jamais perçu comme un poids mais comme un don, et que les personnes les plus fragiles et pauvres ne soient pas abandonnées.
Monsieur le Président,
La nation polonaise peut compter, comme cela a été tout au long de son long parcours historique, sur la collaboration de l’Église catholique, afin que, à la lumière des principes chrétiens qui l’inspirent et qui ont forgé l’histoire et l’identité de la Pologne, elle sache, dans les conditions historiques changeantes, poursuivre son chemin, fidèle à ses meilleures traditions et pleine de confiance et d’espérance, également dans les moments difficiles.
En renouvelant l’expression de ma gratitude, je vous souhaite ainsi qu’à chacune des personnes présentes un service du bien commun serein et fructueux.
Que la Vierge de Częstochowa bénisse et protège la Pologne !



