Homélie du pape François pour le mercredi des Cendres

(Photo:CNS/Paul Haring) Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’homélie du Pape François lors de la célébration du Mercredi des cendres en la basilique Sainte-Sabine de Rome:

« Sonnez du cor, prescrivez un jeûne sacré » (Jl 2, 15), dit le prophète dans la Première Lecture. Le Carême s’ouvre avec un son strident, celui d’une corne qui ne caresse pas les oreilles, mais organise un jeûne. C’est un son puissant, qui veut ralentir notre vie qui va toujours au pas de course, mais souvent ne sait pas bien où. C’est un appel à s’arrêter, à aller à l’essentiel, à jeûner du superflu qui distrait. C’est un réveil pour l’âme.

Au son de ce réveil est joint le message que le Seigneur transmet par la bouche du prophète, un message bref et pressant : « Revenez à moi » (v. 12). Revenir. Si nous devons revenir, cela signifie que nous sommes allés ailleurs. Le Carême est le temps pour retrouver la route de la vie.Parce que dans le parcours de la vie, comme sur tout chemin, ce qui compte vraiment est de ne pas perdre de vue le but. Lorsqu’au contraire dans le voyage, ce qui intéresse est de regarder le paysage ou de s’arrêter pour manger, on ne va pas loin. Chacun de nous peut se demander : sur le chemin de la vie, est-ce que je cherche la route ? Ou est-ce que je me contente de vivre au jour le jour, en pensant seulement à aller bien, à résoudre quelques problèmes et à me divertir un peu ? Quelle est la route ? Peut-être la recherche de la santé, que beaucoup disent venir avant tout mais qui un jour ou l’autre passera ? Peut-être les biens et le bien-être ? Mais nous ne sommes pas au monde pour cela.Revenez à moi, dit le Seigneur. A moi. C’est le Seigneur le but de notre voyage dans le monde. La route est fondée sur Lui.

Pour retrouver la route, aujourd’hui nous est offert un signe : des cendres sur la tête. C’est un signe qui nous fait penser à ce que nous avons en tête. Nos pensées poursuivent souvent des choses passagères, qui vont et viennent. La légère couche de cendres que nous recevrons est pour nous dire, avec délicatesse et vérité : des nombreuses choses que tu as en tête, derrière lesquelles chaque jour tu cours et te donne du mal, il ne restera rien. Pour tout ce qui te fatigue, de la vie tu n’emporteras avec toi aucune richesse. Les réalités terrestres s’évanouissent, comme poussière au vent. Les biens sont provisoires, le pouvoir passe, le succès pâlit. La culture de l’apparence,aujourd’hui dominante, qui entraîne à vivre pour les choses qui passent, est une grande tromperie. Parce que c’est comme une flambée : une fois finie, il reste seulement la cendre. Le Carême est le temps pour nous libérer de l’illusion de vivre en poursuivant la poussière. Le Carême c’est redécouvrir que nous sommes faits pour le feu qui brûle toujours, non pour la cendre qui s’éteint tout de suite; pour Dieu, non pour le monde ; pour l’éternité du Ciel, non pour la duperie de la terre ; pour la liberté des enfants, non pour l’esclavage des choses. Nous pouvons nous demander aujourd’hui : de quel côté suis-je ? Est-ce que je vis pour le feu ou pour la cendre ?

Dans ce voyage de retour à l’essentiel qu’est le Carême, l’Evangile propose trois étapes que le Seigneur demande de parcourir sans hypocrisie, sans comédie : l’aumône, la prière, le jeûne. A quoi servent-elles ? L’aumône, la prière et le jeûne nous ramènent aux trois seules réalités qui ne disparaissent pas. La prière nous rattache à Dieu ; la charité au prochain ; le jeûne à nous-mêmes. Dieu, les frères, ma vie : voilà les réalités qui ne finissent pas dans le néant, sur lesquelles il faut investir. Voilà où le Carême nous invite à regarder : vers le Haut, avec la prière qui nous libère d’une vie horizontale, plate, où on trouve le temps pour le ‘je’ mais où l’on oublie Dieu. Et puisvers l’autre avec la charité qui libère de la vanité de l’avoir, du fait de penser que les choses vont bien si elles me vont bien à moi. Enfin, il nous invite à regarder à l’intérieur, avec le jeûne, qui nous libère de l’attachement aux choses, de la mondanité qui anesthésie le cœur. Prière, charité, jeûne : trois investissements pour un trésor qui dure.

Jésus a dit : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mt 6, 21). Notre cœur regarde toujours dans quelque direction : il est comme une boussole en recherche d’orientation. Nous pouvons aussi le comparer à un aimant : il a besoin de s’attacher à quelque chose. Mais s’il s’attache seulement aux choses terrestres, tôt ou tard, il en devient esclave : les choses dont on se sert deviennent des choses à servir. L’aspect extérieur, l’argent, la carrière, les passe-temps : si nous vivons pour eux, ils deviendront des idoles qui nous utilisent, des sirènes qui nous charment et ensuite nous envoient à la dérive. Au contraire, si le cœur s’attache à ce qui ne passe pas, nous nous retrouvons nous-même et nous devenons libres. Le Carême est un temps de grâce pour libérer le cœur des vanités. C’est un temps de guérison des dépendances qui nous séduisent. C’est un temps pour fixer le regard sur ce qui demeure.

Où fixer alors le regard le long du chemin du Carême ? Sur le Crucifié. Jésus en croix est la boussole de la vie, qui nous oriente vers le Ciel. La pauvreté du bois, le silence du Seigneur, son dépouillement par amour nous montrent les nécessités d’une vie plus simple, libre de trop de soucis pour les choses. De la Croix Jésus nous enseigne le courage ferme du renoncement. Parce que chargés de poids encombrants, nous n’irons jamais de l’avant. Nous avons besoin de nous libérer des tentacules du consumérisme et des liens de l’égoïsme, du fait de vouloir toujours plus, de n’être jamais content, du cœur fermé aux besoins du pauvre. Jésus sur le bois de la croix brûle d’amour, il nous appelle à une vie enflammée de Lui, qui ne se perd pas parmi les cendres du monde ; une vie qui brûle de charité et ne s’éteint pas dans la médiocrité. Est-il difficile de vivre comme lui le demande ? Oui, mais il conduit au but. Le Carême nous le montre. Il commence avec la cendre, mais à la fin, il nous mène au feu de la nuit de Pâques ; à découvrir que, dans le tombeau, la chair de Jésus ne devient pas cendre, mais resurgit glorieuse. Cela vaut aussi pour nous, qui sommes poussière : si avec nos fragilités nous revenons au Seigneur, si nous prenons le chemin de l’amour, nous embrasserons la vie qui n’a pas de couchant. Et nous serons dans la joie.

[00395-FR.01] [Texte original: Italien]

Église en Sortie 1er mars 2019

Cette semaine à Église en Sortie, on s’entretient du « Rapport sur la liberté religieuse dans le monde 2018 » avec la directrice nationale de l’Aide à l’Église en détresse Canada, Marie-Claude Lalonde. On vous présente un reportage sur le lancement de la programmation du mois missionnaire extraordinaire 2019 des Œuvres pontificales missionnaires du Canada qui a eu lieu au Théâtre paradoxe de Montréal.

Vous retrouverez le Rapport 2018 sur la Liberté Religieuse dans le Monde au lien suivant.

Message du pape François pour le carême 2019

Vous trouverez ci-dessous le texte complet du Message du pape François pour le Carême 2019 (CNS photo/Stefano Rellandini, Reuters):

«La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu» (Rm 8,19)

Chers frères et sœurs,
Chaque année, Dieu, avec le secours de notre Mère l’Eglise, « accorde aux chrétiens de se préparer aux fêtes pascales dans la joie d’un cœur purifié » (Préface de Carême 1) pour qu’ils puissent puiser aux mystères de la rédemption, la plénitude offerte par la vie nouvelle dans le Christ. Ainsi nous pourrons cheminer de Pâques en Pâques jusqu’à la plénitude du salut que nous avons déjà reçue grâce au mystère pascal du Christ : « Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance » (Rm 8,24). Ce mystère de salut, déjà à l’œuvre en nous en cette vie terrestre, se présente comme un processus dynamique qui embrasse également l’Histoire et la création tout entière. Saint Paul le dit : « La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu » (Rm8,19). C’est dans cette perspective que je souhaiterais offrir quelques points de réflexion pour accompagner notre chemin de conversion pendant le prochain carême.

1. La rédemption de la Création

La célébration du Triduum pascal de la passion, mort et résurrection du Christ, sommet de l’année liturgique, nous appelle, chaque fois, à nous engager sur un chemin de préparation, conscients que notre conformation au Christ (cf. Rm 8,29) est un don inestimable de la miséricorde de Dieu.

Si l’homme vit comme fils de Dieu, s’il vit comme une personne sauvée qui se laisse guider par l’Esprit Saint (cf. Rm 8,14) et sait reconnaître et mettre en œuvre la loi de Dieu, en commençant par celle qui est inscrite en son cœur et dans la nature, alors il fait également du bien à la Création, en coopérant à sa rédemption. C’est pourquoi la création, nous dit Saint Paul, a comme un désir ardent que les fils de Dieu se manifestent, à savoir que ceux qui jouissent de la grâce du mystère pascal de Jésus vivent pleinement de ses fruits, lesquels sont destinés à atteindre leur pleine maturation dans la rédemption du corps humain. Quand la charité du Christ transfigure la vie des saints – esprit, âme et corps –, ceux-ci deviennent une louange à Dieu et, par la prière, la contemplation et l’art, ils intègrent aussi toutes les autres créatures, comme le confesse admirablement le « Cantique des créatures » de saint François d’Assise (cf. Enc. Laudato Sì, n. 87). En ce monde, cependant, l’harmonie produite par la rédemption, est encore et toujours menacée par la force négative du péché et de la mort.

2. La force destructrice du péché

En effet, lorsque nous ne vivons pas en tant que fils de Dieu, nous mettons souvent en acte des comportements destructeurs envers le prochain et les autres créatures, mais également envers nous-mêmes, en considérant plus ou moins consciemment que nous pouvons les utiliser selon notre bon plaisir. L’intempérance prend alors le dessus et nous conduit à un style de vie qui viole les limites que notre condition humaine et la nature nous demandent de respecter. Nous suivons alors des désirs incontrôlés que le Livre de la Sagesse attribue aux impies, c’est-à-dire à ceux qui n’ont pas Dieu comme référence dans leur agir, et sont dépourvus d’espérance pour l’avenir (cf. 2,1-11). Si nous ne tendons pas continuellement vers la Pâque, vers l’horizon de la Résurrection, il devient clair que la logique du « tout et tout de suite », du « posséder toujours davantage » finit par s’imposer.

La cause de tous les maux, nous le savons, est le péché qui, depuis son apparition au milieu des hommes, a brisé la communion avec Dieu, avec les autres et avec la création à laquelle nous sommes liés avant tout à travers notre corps. La rupture de cette communion avec Dieu a également détérioré les rapports harmonieux entre les êtres humains et l’environnement où ils sont appelés à vivre, de sorte que le jardin s’est transformé en un désert (cf. Gn 3,17-18). Il s’agit là du péché qui pousse l’homme à se tenir pour le dieu de la création, à s’en considérer le chef absolu et à en user non pas pour la finalité voulue par le Créateur mais pour son propre intérêt, au détriment des créatures et des autres.

Quand on abandonne la loi de Dieu, la loi de l’amour, c’est la loi du plus fort sur le plus faible qui finit par s’imposer. Le péché qui habite dans le cœur de l’homme (cf. Mc 7, 20-23) – et se manifeste sous les traits de l’avidité, du désir véhément pour le bien-être excessif, du désintérêt pour le bien d’autrui, et même souvent pour le bien propre – conduit à l’exploitation de la création, des personnes et de l’environnement, sous la motion de cette cupidité insatiable qui considère tout désir comme un droit, et qui tôt ou tard, finira par détruire même celui qui se laisse dominer par elle.

3. La force de guérison du repentir et du pardon

C’est pourquoi la création a un urgent besoin que se révèlent les fils de Dieu, ceux qui sont devenus “une nouvelle création” : « Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né » (2 Co 5,17). En effet, grâce à leur manifestation, la création peut elle aussi « vivre » la Pâque : s’ouvrir aux cieux nouveaux et à la terre nouvelle (cf. Ap 21,1). Le chemin vers Pâques nous appelle justement à renouveler notre visage et notre cœur de chrétiens à travers le repentir, la conversion et le pardon afin de pouvoir vivre toute la richesse de la grâce du mystère pascal.

Cette “impatience ”, cette attente de la création, s’achèvera lors de la manifestation des fils de Dieu, à savoir quand les chrétiens et tous les hommes entreront de façon décisive dans ce “labeur” qu’est la conversion. Toute la création est appelée, avec nous, à sortir « de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu » (Rm 8,21). Le carême est un signe sacramentel de cette conversion. Elle appelle les chrétiens à incarner de façon plus intense et concrète le mystère pascal dans leur vie personnelle, familiale et sociale en particulier en pratiquant le jeûne, la prière et l’aumône.

Jeûner, c’est-à-dire apprendre à changer d’attitude à l’égard des autres et des créatures : de la tentation de tout “ dévorer” pour assouvir notre cupidité, à la capacité de souffrir par amour, laquelle est capable de combler le vide de notre cœur. Prier afin de savoir renoncer à l’idolâtrie et à l’autosuffisance de notre moi, et reconnaître qu’on a besoin du Seigneur et de sa miséricorde.Pratiquer l’aumône pour se libérer de la sottise de vivre en accumulant toute chose pour soi dans l’illusion de s’assurer un avenir qui ne nous appartient pas. Il s’agit ainsi de retrouver la joie du dessein de Dieu sur la création et sur notre cœur, celui de L’aimer, d’aimer nos frères et le monde entier, et de trouver dans cet amour le vrai bonheur.

Chers frères et sœurs, le « carême » du Fils de Dieu a consisté à entrer dans le désert de la création pour qu’il redevienne le jardin de la communion avec Dieu, celui qui existait avant le péché originel (cf. Mc 1,12-13 ; Is 51,3). Que notre Carême puisse reparcourir le même chemin pour porter aussi l’espérance du Christ à la création, afin qu’« elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, puisse connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu » (cf. Rm 8,21). Ne laissons pas passer en vain ce temps favorable ! Demandons à Dieu de nous aider à mettre en œuvre un chemin de vraie conversion. Abandonnons l’égoïsme, le regard centré sur nous-mêmes et tournons-nous vers la Pâque de Jésus : faisons-nous proches de nos frères et sœurs en difficulté en partageant avec eux nos biens spirituels et matériels. Ainsi, en accueillant dans le concret de notre vie la victoire du Christ sur le péché et sur la mort, nous attirerons également sur la création sa force transformante.

Du Vatican, le 4 octobre 2018 Fête de Saint François d’Assise.

[00312-FR.01] [Texte original: Français]

Testo in lingua inglese

FRANÇOIS

Homélie lors de la Messe de clôture pour la Rencontre sur la protection des mineurs au Vatican

Archbishop Mark Coleridge of Brisbane, president of the Australian bishops’ conference, gives the homily during a Mass on the last day of the four-day meeting on the protection of minors in the church, at the Vatican Feb. 24, 2019, in this image taken from Vatican television. (CNS photo/Vatican television)

Homélie de Mgr. Mark Coleridge lors de la célébration eucharistique dans la Sala Regia au Palais apostolique pour conclure la rencontre sur “La protection des mineurs dans l’Église”.

Ce matin, le pape François a présidé la Messe de clôture pour la Rencontre pour la protection des mineurs dans l’Église. Pendant la célébration, après la proclamation de l’Évangile, l’homélie a été prononcé par Mgr. Mark Benedict Coleridge, archevêque de Brisbane et président de la Conférence épiscopale d’Australie. Voici le texte complet de cet homélie:

Dans l’Évangile qui vient d’être proclamé, une seule voix se fait entendre, la voix de Jésus. Un peu plus tôt nous avons entendu la voix de Paul, et à la fin de la Messe nous entendrons la voix de Pierre, mais dans l’Évangile il y a seulement la voix de Jésus. Il est bon qu’après tous nos mots, il y ait seulement les mots du Christ : Jésus seul demeure, comme sur le mont de la Transfiguration (cf. Lc 9, 36).

Il nous parle de pouvoir, et il le fait dans cette splendide Salle Royale, qui elle aussi parle de pouvoir. Il y a ici des images de batailles, d’un massacre religieux, de luttes entre des empereurs et des papes. C’est un lieu où se rencontrent des pouvoirs terrestres et célestes, touchés aussi parfois par des pouvoirs infernaux. Dans cette Salle Royale, la parole de Dieu nous invite à contempler le pouvoir, comme nous l’avons fait ensemble ces jours-ci. Entre la rencontre, la Salle et l’Écriture, il y a donc une fine harmonie des voix.

Se tenant au-dessus de Saül endormi, David apparait comme un puissant personnage, comme Abishaï ne le voit que trop bien : « Aujourd’hui Dieu a livré ton ennemi entre tes mains. Laisse-moi donc le clouer à terre avec sa propre lance». Mais David rétorque : «Ne le tue pas ! Qui pourrait demeurer impuni après avoir porté la main sur celui qui a reçu l’onction du Seigneur ? » David choisit d’user de son pouvoir non pour détruire mais pour sauver le roi, celui que le Seigneur a consacré.

Les pasteurs de l’Église, comme David, ont reçu le don du pouvoir – un pouvoir pour servir cependant, pour créer, un pouvoir qui est ‘pour’ et ‘avec’ et non pas ‘sur’, un pouvoir, comme le dit Paul, «que le Seigneur nous a donné sur vous pour construire et non pour démolir» (2 Co 10,8). Le pouvoir est dangereux, car il peut détruire ; et ces jours-ci nous nous sommes demandés comment dans l’Église le pouvoir peut détruire lorsqu’il est séparé du service, lorsqu’il n’est pas une manière d’aimer, lorsqu’il devient un pouvoir ‘sur’.

Une foule de ceux que le Seigneur a consacrés ont été placés entre nos mains – et par le Seigneur lui-même. Mais nous pouvons user de ce pouvoir non pour créer mais pour abattre, et même à la fin pour détruire. Lors d’un abus sexuel, ceux qui ont le pouvoir mettent la main sur ceux que le Seigneur a consacrés, y compris sur les plus faibles et les plus vulnérables d’entre eux. Ils disent oui à la demande d’Abishaï ; ils s’emparent de la lance.

Dans l’abus et sa dissimulation, les puissants ne se révèlent pas être des hommes du ciel mais des hommes de la terre, pour reprendre les mots de St Paul que nous avons entendus. Dans l’Évangile, le Seigneur ordonne : «Aimez vos ennemis». Mais qui est l’ennemi ? Certainement pas celui qui a mis au défi l’Église de voir l’abus et sa dissimulation tels qu’ils le sont vraiment, surtout les victimes et les survivants qui nous ont menés à la douloureuse vérité en racontant leurs histoires avec un tel courage. Quelquefois, cependant, nous avons considéré les victimes et les survivants comme l’ennemi, nous ne les avons pas aimés, nous ne les avons pas bénis. En ce sens, nous avons été notre pire ennemi.

Le Seigneur nous demande d’être «miséricordieux comme votre Père est miséricordieux». Pourtant, malgré notre désir d’une Église vraiment sûre et malgré tout ce que nous avons fait pour le garantir, nous n’avons pas toujours choisi la miséricorde de l’homme du ciel. Nous avons parfois préféré l’indifférence de l’homme de la terre et le désir de protéger la réputation de l’Église et même la nôtre. Nous avons montré trop peu de miséricorde, et par conséquent nous recevrons à l’identique, car la mesure que nous donnerons sera la mesure que nous recevrons en retour. Nous ne serons pas impunis, comme le dit David, et nous avons déjà connu la punition.

L’homme de la terre doit mourir pour que l’homme du ciel puisse naître ; le vieil Adam doit laisser place au nouvel Adam. Cela exigera une vraie conversion, sans laquelle nous resterons au niveau de la «simple administration» – comme le Saint-Père l’a écrit dans Evangelii Gaudium (25) – la «simple administration» qui laisse tel quel le cœur de la crise des abus.

Cette seule conversion nous permettra de voir que les blessures de ceux qui ont été abusés sont nos blessures, que leur destin est le nôtre, qu’ils ne sont pas nos ennemis mais les os de nos os, la chair de notre chair (cf. Gn 2,23). Ils sont nous, et nous sommes eux.

Cette conversion est en fait une révolution copernicienne. Copernic, comme vous le savez, a montré que ce n’est pas le soleil qui tourne autour de la terre mais la terre qui tourne autour du soleil. Pour nous, la révolution copernicienne est la découverte que ceux qui ont été abusés ne tournent pas autour de l’Église mais l’Église autour d’eux. En découvrant cela, nous pouvons commencer à voir avec leurs yeux et à entendre avec leurs oreilles ; et une fois que nous avons fait cela, le monde et l’Église commencent à être sensiblement différents. Telle est la conversion nécessaire, la véritable révolution et la grande grâce qui peut ouvrir pour l’Église une nouvelle ère de mission.

Seigneur, quand t’avons-nous vu abusé et ne t’avons-nous pas aidé ? Alors il répondra : «En vérité, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait» (Mt 25, 44-45). En eux, les derniers de nos frères et sœurs, victimes et survivants, nous rencontrons le Christ crucifié, l’impuissant de qui s’écoule le pouvoir du Très-Haut, l’impuissant autour de qui l’Église tourne pour toujours, l’impuissant dont les cicatrices brillent comme le soleil.

Ces derniers jours nous avons été au Calvaire – oui, même au Vatican et dans la Salle Royale nous sommes sur la montagne obscure. En écoutant les survivants, nous avons entendu le Christ crier dans les ténèbres (cf. Mc 15,34). Mais ici l’espérance est né de son cœur blessé, et l’espérance devient prière, alors que l’Église universelle se rassemble autour de nous dans cette chambre haute : que les ténèbres du Calvaire conduisent l’Église dans le monde entier jusqu’à la lumière de Pâques, jusqu’à l’Agneau qui est notre soleil (cf. Ap 21, 23).

À la fin il ne reste que la voix du Seigneur Ressuscité, qui nous presse de ne pas rester debout à regarder le tombeau vide, nous demandant avec perplexité quoi faire ensuite. Nous ne pouvons pas non plus rester dans la chambre haute où il dit «la Paix soit avec vous» (cf. Jn 20, 19). Il souffle sur nous (cf. Jn 20, 22) et le feu d’une nouvelle Pentecôte nous touche (cf. Ac 2,2). Celui qui est la paix ouvre les fenêtres de la chambre haute et les portes de notre cœur. De la peur est née une audace apostolique, du découragement profond est née la joie de l’Évangile. Une mission s’étend avant nous – une mission qui n’exige pas seulement des mots justes mais une réelle action concrète.

Nous ferons tout ce que nous pouvons pour amener la justice et guérir les survivants d’abus ; nous les écouterons, nous les croirons et nous marcherons avec eux. Nous nous assurerons que ceux qui ont abusé ne soient plus jamais en mesure d’offenser à nouveau. Nous demanderons des comptes à ceux qui ont dissimulé des abus : Nous renforcerons les processus de recrutement et de formation des responsables de l’Église. Nous éduquerons tout notre peuple à ce que requiert la protection. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour être sûrs que les horreurs du passé ne se répètent pas et que l’Église soit une place sûre pour tous, une mère aimante spécialement envers les jeunes et les personnes vulnérables. Nous n’agirons pas seuls, mais nous travaillerons avec tous ceux qui se soucient du bien des jeunes et des personnes vulnérables. Nous continuerons à approfondir notre compréhension des abus et de leurs effets, des raisons pour lesquelles cela s’est produit dans l’Église et de ce qu’il faut faire pour que ce soit éradiqué. Tout cela prend temps, mais nous ne pouvons pas attendra à l’infini et nous nous mettons au défi de ne pas échouer.

Si nous pouvons faire cela et plus encore, non seulement nous connaîtrons la paix du Seigneur Ressuscité mais nous deviendrons sa paix dans une mission jusqu’aux extrémités de la terre. Toutefois nous deviendrons sa paix seulement si nous devenons le sacrifice. À cela nous disons ‘oui’ d’une même voix pendant qu’à l’autel nous plongeons nos échecs et nos trahisons, toute notre foi, notre espérance et notre charité dans l’unique sacrifice de Jésus, Victime et Vainqueur, lui qui «essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé». (Ap 21, 4)

Église en Sortie 22 février 2019

Cette semaine à Église en Sortie, Francis Denis reçoit Mgr Christian Lépine au sujet du plus récent document de la Commission épiscopale pour la doctrine de la Conférence des évêques du Canada intitulé « La science et la foi catholique ». On vous présente un reportage sur le « Patro » de Jonquière fondé par les pères de Saint-Vincent de Paul. Dans la troisième partie de l’émission, on parle de la revue « Le messager de Saint-Antoine » avec son directeur, Yves Casgrain.

Église en Sortie 15 février 2019

Cette semaine à Église en Sortie, on s’entretient avec le père Gilles Barette sur l’histoire et l’œuvre des pères et frères de la Société des missionnaires d’Afrique (pères blancs). On vous présente la chronique des actualités de la rue de février avec l’abbé Claude Paradis. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis reçoit sœur Rita Toutant des religieuses missionnaires de Notre-Dame d’Afrique pour parler de l’histoire et de la mission de cette communauté au moment de la célébration de leur 150 e anniversaire d’existence.

Église en Sortie 8 février 2019

Cette semaine à Église en Sortie, on s’entretient avec Antoine Malenfant, éditeur en chef de la revue catholique « Le Verbe ». On vous présente un reportage sur la transformation de l’église de l’Ascension au Lac St-Jean en centre communautaire multifonctionnel. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis reçoit l’auteur et professeur d’histoire à l’université McMaster (Hamilton, Ontario) pour parler de son livre « The hand of God » 2 et de l’homme politique canadien Claude Ryan.

Un grand saint, dont la fête est célébrée le 9 janvier

Un grand saint, dont la fête est célébrée le 9 janvier
SAINT MARON
Père de l’Église,  « un disciple d’abord » et un vrai missionnaire !

Laissons-nous contempler la vie d’un grand saint qui laissa tout et suivit Notre Seigneur. N’est-ce pas là, ce que notre cher pape François, a bien mentionné dans son homélie lors de la Messe du 8 février 2019 : « Un vrai missionnaire est un disciple d’abord ».

Saint Maron est sans le moindre doute, un « disciple d’abord » de Dieu, un missionnaire, et surtout un exemple pour tant d’autres moines ou laïcs après lui.

Il fut le père de l’Église. Il vécut dans les premiers siècles, entre 350 et 410, l’année probable de sa mort à Quroch. Sa vie se déroula en Cyrrhestique, en Syrie du Nord, au Nord-Est d’Antioche. L’évêque Théodoret de Cyr (393-466) à l’époque, à la tête du diocèse de Cyrrhestique, nous laissa des écrits, dans « Historia Religiosa » vers l’an 440 qui, portent des renseignements pertinents sur la vie et la spiritualité de saint Maron.

Né au milieu du IVe siècle, saint Maron était un prêtre qui devint un ermite et se retira sur une montagne du Taurus près d’Antioche. Sa sainteté et ses miracles ont attiré de nombreux adeptes ainsi que l’attention à travers l’empire. Saint Maron vécut toute sa vie sur une montagne dans la région de « Cyrrhus » en Syrie. On pense que l’endroit s’appelait « Kefar-Nabo » sur la montagne d’ « Ol-Yambos », ce qui en faisait le berceau du mouvement maronite.*

Au sommet de cette montagne abrupte du nom de Nabo, par référence à un dieu païen du même nom et qui eut construit un temple au sommet, saint Maron, monta une petite hutte et consacra ainsi le temple à Notre Seigneur. Bien de disciples le rejoignirent ainsi et vouèrent une bonne partie de leur vie à la prière. D’autres s’installèrent sur le sommet des montagnes ou se cloîtrèrent dans des grottes pour se rapprocher de Dieu. Ils s’éloignèrent de tout ce qui est mondain qui puisse les attirer, pour s’élever et prier le Créateur.

De plus, saint Maron chercha non seulement à guérir les maux physiques dont soufrèrent les gens, mais également à soigner et à guérir les « âmes perdues » des païens et des chrétiens de son époque. L’évêque Théodoret de Cyr écrit alors :

« C’est lui qui a planté pour Dieu le jardin fleuri, aujourd’hui, dans la région de Cyrrhus ». Les  disciples sont ainsi le témoignage des bienfaits que le Saint procura à la région toute entière !

Embrassant la solitude tranquille de la vie en montagne, saint Maron adopta un style de vie monastique assez original. Il fut le fondateur de « l’anachorétisme » : ermitage. Il préconisa, de plus, la vie en plein air « l’hypétrisme » et, peu importe la saison. Ainsi, il vécut sa vie en plein air, exposé aux forces de la nature, telles que : le soleil, la pluie, la grêle et la neige. Son désir extraordinaire de connaître la présence de Dieu en toutes choses, lui a permis de transcender ces forces et de découvrir cette union intime avec Dieu. Cet homme rayonna beaucoup de par son style de vie surprenant, prophétique et témoignant d’un autre ordre.

Dans sa quête de l’âme et sa soif d’une nourriture spirituelle et céleste. Il fut un modèle pour de biens d’autres moines et laïcs qui, en sa compagnie, se sentirent en exil, s’élevèrent de la matière et incarnèrent l’esprit.

En plus de mener une vie profondément spirituelle et ascétique, il était un missionnaire zélé avec la passion de répandre le message du Christ en le prêchant à tous ceux qu’il rencontrait. Ainsi ce que saint Maron enseigna depuis plus de 1600 ans, en défiant les oppresseurs, c’est de répandre l’amour de Dieu !

Cette œuvre missionnaire s’est concrétisée lorsque, dans les montagnes syriennes, saint Maron a pu convertir un temple païen en une église chrétienne. Cela a dû être le début de la conversion du paganisme au christianisme en Syrie qui, alla ensuite influencer et se répandre au Liban. Après sa mort en l’an 410 après J.-C., l’esprit de saint Maron et ses enseignements continuèrent à vivre à travers ses disciples. Citons même un disciple du genre féminin, par exemple « Domninia », de Cyr près d’Antioche. Elle aussi vécut en plein air et, à sa demande, sa riche famille céda tous les biens familiaux et propriétés pour les pauvres et le service de Dieu.     

Par ses choix de vie, il contribua à évangéliser la montagne libanaise. Les moines y ont vécu, en brillant comme des étoiles lumineuses dans tout l’univers, par leurs prières et leur élévation de tout ce qui les éloigna de Dieu.

De plus, saint Jean Chrysostome, connu sous « Jean à la bouche d’Or » qui devint patriarche de Constantinople en l’an 397. Et durant son exil en Arménie, à cause de sa rigueur et de son zèle réformateur, il consacra sa 36ème épître vers l’an 405 à saint Maron, exprimant son grand amour et son respect, lui demandant de prier pour lui.

Le Monastère Saint-Antoine Le Grand – Dayrna nous renseigne que : « Peu après la mort de saint Maron, des divisions eurent lieu au sein de l’Église primitive, engendrées notamment par des désaccords apparus aux conciles d’Éphèse et de Chalcédoine (451). Des « Églises-nations » se constituèrent : copte, éthiopienne, arménienne, syriaque. D’une séparation de cette dernière résulta l’Église maronite et le premier monastère maronite fut fondé en l’an 452. Depuis des siècles, cette Église vit en communion avec Rome. Elle est syriaque à l’origine et de structure monastique, elle put créer des diocèses à partir de 1736. Par ses particularités, elle assure à l’intérieur de l’Église catholique un pluralisme et une diversité bienvenus. En outre, elle conserve aujourd’hui une grande responsabilité dans le dialogue islamo-chrétien ». Et ce, au pays, au Moyen-Orient et une pleine considération dans le monde.  

Ce sont des saints au ciel qui étaient pionniers sur terre et continuent d’intercéder pour tout le monde, auprès du Seigneur.

Ainsi avec saint Maron, le Liban fut ainsi appelé le « Liban mission » une mission portée du pays, à l’Orient et ensuite aux quatre coins du monde ! Sa date de fête est retenue pour être la fête nationale du pays. Car saint Maron est grandement comparé au puissant Cèdre du Liban. Et l’Église maronite a marqué l’histoire de l’Église moyen-orientale et celle de la diaspora dans le monde. 

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*Le mouvement maronite : est arrivé au Liban lorsque le premier disciple de saint Maron, « Abraham de Cyrrhus », appelé l’apôtre du Liban, s’est rendu compte que le paganisme était florissant au Liban. Il faut mentionner que les fidèles de saint Maron, moines et laïcs, sont toujours restés fidèles aux enseignements de l’Église catholique.

Autres saints maronites : Notons que quatre saints maronites ont leur place déjà dans l’Église universelle :

St Charbel,

Ste Rafqa,

St Neemtallah

Et Bx Estephan.

Ils sont une preuve de la vitalité de l’Église maronite. Une Église qui résulte d’une « Église monastique » !

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Le Monastère Saint-Antoine-Le-Grand – Dayrna

Sur la route du diocèse de Chicoutimi (2e partie)

Dans cet épisode de « Sur la route des diocèses », Francis Denis vous présente la deuxième partie de son escale dans le diocèse de Chicoutimi à la rencontre de ces visages qui forment le peuple de Dieu dans cette région du Québec. Après avoir retracé les différentes étapes de l’histoire de ce diocèse, Francis Denis nous fait découvrir les services pastoraux qui parsèment son territoire. Que ce soit par sa présence paroissiale auprès des peuples autochtones, ses sanctuaires, son engagement social ou sa présence auprès des jeunes, le diocèse de Chicoutimi est pleinement engagé et disponible aux motions de l’Esprit Saint qui ne cessent de surprendre.

Homélie du Pape François lors de la Messe à Abu Dhabi

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du Pape François tel que prononcé lors de la Messe au Stade de sport Zayed d’Abu Dhabi (photo CNS photo/Paul Haring) :

Heureux : c’est la parole avec laquelle Jésus commence sa prédication dans l’Evangile de Matthieu. Et c’est le refrain qu’il répète aujourd’hui, presqu’à vouloir fixer dans notre cœur, avant tout, un message de base : si tu es avec Jésus, si, comme les disciples d’alors, tu aimes écouter sa parole, si tu cherches à la vivre chaque jour, tu es heureux. Non tu seras heureux, mais tu es heureux. : voilà la première réalité de la vie chrétienne. Elle ne se présente pas comme une liste de prescriptions extérieures à accomplir ou comme un ensemble complexe de doctrines à connaître. Ce n’est surtout pas cela ; c’est se savoir, en Jésus, enfants aimés du Père. C’est vivre la joie de cette béatitude, c’est entendre la vie comme une histoire d’amour, l’histoire de l’amour fidèle de Dieu qui ne nous abandonne jamais et veut être en communion avec nous toujours. Voici le motif de notre joie, d’une joie que personne au monde et qu’aucune circonstance de la vie ne peuvent nous enlever. C’est une joie qui donne de la paix même dans la souffrance, [une joie] qui déjà nous donne un avant-goût de ce bonheur qui nous attend pour toujours. Chers frères et sœurs, dans la joie de vous rencontrer, c’est la parole que je suis venu vous dire, heureux ! 

Maintenant, si Jésus dit heureux ses disciples, les motifs de chacune des Béatitudes frappent toutefois. En elles nous voyons un renversement de la pensée commune, selon laquelle sont heureux les riches, les puissants, ceux qui ont du succès et sont acclamés par les foules. Pour Jésus, au contraire, heureux sont les pauvres, les doux, ceux qui restent justes même au prix de faire triste figure, les persécutés. Qui a raison, Jésus ou le monde ? Pour comprendre, regardons comment a vécu Jésus : pauvre de choses et riche d’amour, il a guéri tant de vies, mais n’a pas épargné la sienne. Il est venu pour servir, non pour être servi ; il nous a enseigné que ce n’est pas celui qui a qui est grand, mais celui qui donne. Juste et doux, il n’a pas opposé de résistance et s’est laissé condamner injustement. De cette façon, Jésus a porté dans le monde l’amour de Dieu. Seulement ainsi, il a vaincu la mort, le péché, la peur et la mondanité elle-même : avec la seule force de l’amour divin. Demandons aujourd’hui, ici ensemble, la grâce de redécouvrir l’attrait de suivre Jésus, de l’imiter, de ne pas chercher quelqu’un d’autre que Lui et son humble amour. Parce que c’est là que se tient, dans la communion avec Lui et dans l’amour pour les autres, le sens de la vie sur la terre. Croyez-vous à cela ? 

Je suis venu aussi pour vous dire merci pour la manière dont vous vivez l’Evangile que nous avons entendu. On dit qu’entre l’Evangile écrit et l’Evangile vécu il y a la même différence qui existe entre la musique écrite et celle jouée. Vous connaissez ici la mélodie de l’Evangile et vous vivez l’enthousiasme de son rythme. Vous êtes un chœur qui comprend une variété de nations, de langues et de rites ; une diversité que l’Esprit Saint aime et veut toujours plus harmoniser, pour en faire une symphonie. Cette joyeuse polyphonie de la foi est un témoignage que vous donnez à tous et qui construit l’Eglise. J’ai été touché par ce que Monseigneur Hinder a dit une fois c’est-à-dire que non seulement il se sent votre Pasteur, mais que vous, par votre exemple, vous êtes souvent des pasteurs pour lui. 

Vivre en bienheureux et suivre la voie de Jésus ne signifie pas toutefois être toujours dans l’allégresse. Celui qui est affligé, qui subit des injustices, qui se dépense pour être un artisan de paix sait ce que signifie souffrir. Pour vous, ce n’est certes pas facile de vivre loin de la maison et de sentir bien sûr, en plus de l’absence de l’affection des personnes les plus chères, l’incertitude de l’avenir. Mais le Seigneur est fidèle et il n’abandonne pas les siens. Un épisode de la vie de saint Antoine, abbé, le grand initiateur du monachisme dans le désert, peut nous aider. Pour le Seigneur, il avait tout laissé et se trouvait dans le désert. Là pendant un certain temps, il fut aux prises avec une âpre lutte spirituelle qui ne lui laissait pas de répit, assailli par des doutes et l’obscurité, et même par la tentation de céder à la nostalgie et aux regrets pour la vie passée. Le Seigneur le consola ensuite après tant de tourments et saint Antoine lui demanda : « Où étais-tu ? Pourquoi n’es-tu pas apparu avant pour me libérer des souffrances ? » Alors il entendit distinctement la réponse de Jésus : « J’étais là, Antoine » (S. ATHANASE, Vita Antonii, 10). Le Seigneur est proche. Il peut arriver, devant une épreuve ou dans une période difficile, de penser être seul même après tant de temps passé avec le Seigneur. Mais dans ces moments, même s’il n’intervient pas tout de suite, il marche à nos côtés, si nous continuons à aller de l’avant, il ouvrira un chemin nouveau. Parce que le Seigneur est un spécialiste pour faire des choses nouvelles, il sait ouvrir des voies même dans le désert (cf. Is 43, 19). 

Chers frères et sœurs, je voudrais vous dire aussi que vivre les Béatitudes ne demande pas de gestes éclatants. Regardons Jésus : il n’a rien laissé d’écrit, il n’a rien construit d’imposant. Et lorsqu’il nous a dit comment vivre il ne nous a pas demandé d’élever de grandes œuvres ou de nous signaler en accomplissant des gestes extraordinaires. Il nous a demandé de réaliser une seule œuvre d’art, possible pour tous : celle de notre vie. Les Béatitudes sont alors un plan de vie : elles ne demandent pas des actions surhumaines, mais d’imiter Jésus dans la vie de tous les jours. Elles invitent à tenir son cœur propre, à pratiquer la douceur et la justice malgré tout, à être miséricordieux avec tous, à vivre l’affliction en étant unis à Dieu. C’est la sainteté du vivre-au-quotidien, qui n’a pas besoin de miracles et de signes extraordinaires. Les Béatitudes ne sont pas pour des superhommes, mais pour qui affronte les défis et les épreuves de chaque jour. Celui qui les vit selon Jésus rend propre le monde. Il est comme un arbre qui, même en terre aride, absorbe chaque jour de l’air pollué et le restitue oxygéné. Je vous souhaite d’être ainsi, bien enracinés en Jésus et prêts à faire du bien à quiconque vous est proche. Que vos communautés soient des oasis de paix. 

Enfin, je voudrais m’arrêter brièvement sur deux Béatitudes. La première : « Heureux les doux » (Mt 5, 5). N’est pas heureux celui qui agresse ou écrase, mais celui qui garde le comportement de Jésus qui nous a sauvé : doux aussi devant ses accusateurs. J’aime citer saint François, quand il donne aux frères des instructions sur la manière de se rendre auprès des Sarrasins et des non chrétiens. Il a écrit : « Ne faire ni procès ni disputes, être soumis à toute créature humaine à cause de Dieu et confesser simplement qu’ils sont chrétiens » (Première Règle, XVI). Ni procès, ni disputes : à cette époque, tandis que beaucoup partaient revêtus de pesantes armures, saint François a rappelé que le chrétien part armé seulement de sa foi humble et de son amour concret. Elle est importante la douceur : si nous vivons dans le monde à la manière de Dieu, nous deviendrons des canaux de sa présence ; autrement, nous ne porterons pas de fruit. 

Le seconde Béatitude : « Heureux les artisans de paix » (v. 9) Le chrétien promeut la paix, à commencer par la communauté dans laquelle il vit. Dans le livre de l’Apocalypse, parmi les communautés à qui Jésus lui-même s’adresse, il y en a une, celle de Philadelphie, qui je crois vous ressemble. C’est une Eglise que le Seigneur, à la différence de toutes autres, ne réprimande en rien. En effet, elle a gardé la parole de Jésus, sans renier son nom, et elle a persévéré, c’est-à-dire qu’elle est allée de l’avant, même dans les difficultés. Et c’est un aspect important : le nom Philadelphie signifie amour entre les frères. L’amour fraternel. Donc, une Eglise qui persévère dans la parole de Jésus et dans l’amour fraternel est appréciée du Seigneur et porte du fruit. Je demande pour vous la grâce de garder la paix, l’unité, de prendre ici soin les uns des autres, avec cette belle fraternité pour laquelle il n’y a pas de chrétiens de première et de seconde classe. 

Que Jésus, qui vous appelle heureux, vous donne la grâce d’aller toujours de l’avant sans vous décourager, en grandissant dans l’amour « entre vous et envers tous » (1 Th 3, 12). 

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