Dix ans plus tard, le chant de Mère Teresa se poursuit

Par le père Thomas Rosica, C.S.B.
Directeur général de la Fondation catholique Sel et Lumière Média

 

Il y a dix ans, le 5 septembre 1997, Mère Teresa de Calcutta mourut à l’âge de 87 ans à Calcutta. Née Agnes Gonxha Bojaxhiu le 27 août 1910 de parents Albaniens à Skopje (autrefois l’Albanie, aujourd’hui l’ancienne Yougoslavie). Elle joint les Sœurs de Lorette à l’âge de 18 ans. Après avoir reçu une inspiration divine lors d’un voyage en train, elle laissa le milieu aisé où elle servait et se rendit à Calcutta pour fonder une nouvelle congrégation religieuse, les Missionnaires de la Charité, dont la mission était de prendre soin des malades et des mourants des milieux les plus pauvres et misérables, d’éduquer les enfants de la rue, de venir en aide aux mendiants et de donner un refuge aux sans-abri.

En 1950, elle débuta ce qui devint son œuvre la plus connue en ouvrant à Calcutta le premier Nirmal Hriday (cœur tendre) pour les mourants et les délaissés. Les mots de Mère Thérésa demeure d’ailleurs toujours inscrits sur les murs de cette maison: «De nos jours, la maladie la plus horrible n’est ni la tuberculose, ni la lèpre. C’est le sentiment d’être indésirable, rejeté, abandonné par tous. » Elle était connue pour avoir dit à des chefs de gouvernements qui discutaient de la situation des pauvres: « Alors que vous poursuivrez vos discussions à-propos de causes et d’explications, j’irai m’agenouiller à côté des plus pauvre d’entre les pauvres et répondre à leurs besoins.»

Six ans après sa mort, en 2003, elle fut déclarée bienheureuse par son ami, le pape Jean-Paul II. Même lorsqu’elle était toujours vivante, parcourant les rues des bas fonds de Calcutta, des gens de partout dans le monde, de confessions différentes, appelaient Mère Teresa «la sainte des pauvres.»

La vie de Mère Teresa n’était pas un cliché. Nous vivons à l’ère des manchettes chocs. Alors que tout va très vite, on répond aux grands enjeux de notre époque sans réfléchir, comme des poules sans tête. La vie de Mère Térésa était une métaphore de dévouement désintéressé et de sainteté. C’est pourquoi tant de jeunes femmes de presque partout et de tant d’origines continuent d’entrer chez les Missionnaires de la Charité. Mère Teresa fonda un ordre qui compte désormais plus de 4500 femmes qui oeuvrent dans plus de cent pays. Elles gèrent plus de 500 maisons, hospices et refuges pour des milliers de mourants et de délaissés, en plus de centaines d’écoles, cliniques mobiles, maisons pour les lépreux et les sidéens. Bien que la chanteuse soit partie, le chant de l’amour, de la charité et de l’espérance continue d’être chanté par ces anges de la miséricorde qui découvre Jésus dans la détresse du pauvre.

Mère Teresa découvrit dans la prière la vérité essentielle qui est la source de l’enseignement social de l’Église et de son œuvre religieuse et humanitaire à travers les âges et à travers le monde : Jésus-Christ, le Verbe fait chair, le Sauveur de l’humanité, qui a voulut s’identifier à chaque personne, spécialement le pauvre, le malade et le laissé-pour-compte.  «C’est à moi que vous l’avez fait» répétait si souvent Mère Teresa, un message qui ne passera jamais.

Il existe des critiques de l’Église qui affirment que Mère Teresa personnifiait une vision de la foi pré-Vatican II et ne s’est pas attaquée à des maux systémiques comme les dépenses militaires. Ils la critiquent de même que ses partisans pour leur condamnation sans équivoque de l’avortement. Certains disent qu’elle était un modèle ‘sûr’, et que chaque prêtre et évêque pouvait la mettre sur un piédestal et dire aux femmes: «Soyez dociles, faites ce qui vous revient, mais n’allez pas critiquer autre chose.» Je connais moi-même plusieurs religieuses et prêtres qui sont très critiques à l’endroit de  Mère Teresa à cause de son manque d’appui pour leur style de vie et leur image alors que les religieux nord-américains mettent l’emphase sur la justice sociale et le renouveau religieux. Certains ont même déclaré qu’il n’y avait en Mère Teresa aucun élément de critique prophétique, tant dans son enseignement que dans son style de vie.

Il y a aussi les prophètes religieux autoproclamés qui clament que Mère Teresa de l’orthodoxie du progrès social américain si elle avait été davantage réformatrice que consolatrice. Au lieu de rapports de comités portant sur le nombre de personnes qu’elle a élevé au-delà du seuil de la pauvreté, tout ce qu’elle a sont quelques histoires de mourants qui étaient rejetés, qu’elle a pris dans ses bras… Au lieu d’œuvrer pour obtenir une subvention dans le but de créer un programme afin d’enrayer la pauvreté, elle est déménagée dans un quartier pour la partager avec ceux qui la vivent!

Pour nous Nord-américains capables de tout, qui croient qu’il y a une solution pour chaque problème et un baume pour chaque outrage, Mère Teresa apparaît comme l’incapable classique. On oublie sa beauté spirituelle. Elle possédait une rare fidélité à un sacré qui soutient et affirme chaque individu, où qu’il soit, et non pas là où Mère Teresa ou le responsable d’une agence d’aide ou le directeur d’un programme de travail, croit qu’ils doivent être.

Lorsque Mère Teresa parle de ‘partager la pauvreté,’ elle défie la logique des institutions qui préfèrent se fier à un agenda pour les pauvres, et non pas à la communion avec ces personnes pauvres. La communion fait fi des approches conventionnelles. Elle ne permettra peut-être jamais de trouver un emploi pour quelqu’un, encore moins de remettre cette personne sur les rails. C’est pourquoi les ‘praticiens’ de cette communion sont qualifiés d’impertinents. Il peut arriver, au pire, qu’on leur colle le titre de saint, comme Mère Teresa.    

Dieu merci pour des saints comme Teresa de Calcutta et ses disciples comme S. Nirmala Joshi qui continuent de nous rappeler que la sainteté, la bonté, la joie, la générosité et la paix demeurent possibles dans un monde si compliqué. De son vivant, Mère Teresa a dû faire face aux ombres du doute, à l’angoisse et à la nuit profonde de sa foi. Ces expériences l’ont purifiée et lui ont permis de rejoindre la multitude des saints, mystiques et bienheureux qui ont vécu des expériences similaires sur leurs chemins vers la sainteté.   

Il y a plusieurs années, lors de mes études post-universitaires à Rome, j’ai pu rencontré Mère Teresa alors que j’enseignais à ses filles dans un quartier démuni en bordure de la ville éternelle. À la fin de notre première rencontre, elle m’a béni sur le front et a posé dans mes mains une carte d’affaire comme je n’en n’avais jamais vue. On pouvait y lire:

« Le fruit du silence est la prière ; le fruit de la prière est la foi; le fruit de la foi est l’amour; le fruit de l’amour est le service; le fruit du service est la paix. Que Dieu vous bénisse. – Mère Teresa ». 

Il n’y avait pas d’adresse postale, pas numéro de telephone ou de courriel sur la carte. Mère Teresa n’avait pas besoin d’une adresse à ce moment. Et la bienheureuse Teresa de Calcutta n’en a certainement pas besoin d’une aujourd’hui. Chacun sait où elle se trouve et comment la rejoindre.

Bienheureuse Teresa de Calcutta, priez pour nous.

Fais-le quand même…

Les gens sont souvent déraisonnables, illogiques et centrés sur eux-mêmes, Pardonne les quand même…
Si tu es gentil, les gens peuvent t’accuser d’être égoïste et d’avoir des arrières pensées,
Sois gentil quand même…
Si tu réussis, tu trouveras des faux amis et des vrais ennemis,
Réussis quand même…
Si tu es honnête et franc, il se peut que les gens abusent de toi,
Sois honnête et franc quand même…
Ce que tu as mis des années à construire, quelqu’un pourrait le détruire en une nuit,
Construis quand même…
Si tu trouves la sérénité et la joie, ils pourraient être jaloux,
Sois heureux quand même…
Le bien que tu fais aujourd’hui, les gens l’auront souvent oublié demain,
Fais le bien quand même…
Donne au monde le meilleur que tu as, et il se pourrait que cela ne soit jamais assez,
Donne au monde le meilleur que tu as quand même…
Tu vois, en faisant une analyse finale, c’est une histoire entre toi et Dieu, cela n’a jamais été entre eux et toi.

– Mère Teresa de Calcutta

« Rien n’est impossible à Dieu… »

[NDLR: Nous publions ici l’intégral de l’homélie prononcée ce matin par Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris, à l’occasion des funérailles du cardinal Jean-Marie Lustiger décédé dimanche dernier à l’âge de 80 ans.]

     Cette parole de l’ange Gabriel à Marie, rapportée par l’évangile de saint Luc que nous venons d’entendre, éclaire l’existence de chacun de ceux que Dieu appelle et qu’Il accueille dans son alliance. Elle éclaire particulièrement la vie du cardinal Jean-Marie Lustiger que nous accompagnons aujourd’hui tandis qu’il entre dans la lumière de Dieu et avant que son corps ne repose dans sa cathédrale.

     A travers ce que sa discrétion et sa pudeur ont laissé paraître de son histoire personnelle, nous comprenons que les enchaînements d’une vie peuvent toujours être déchiffrés de manière différente, selon la clé de lecture que l’on utilise. On peut évidemment lire l’histoire de la famille Lustiger dans la seule logique des bouleversements européens du XX° siècle qui conduisirent une famille juive à s’expatrier de Pologne en France, puis à subir la chasse meurtrière des nazis. On peut aussi la lire comme un chemin au long duquel les épisodes douloureux et les épreuves atroces sont comme la partie visible et cruellement éprouvée d’une alliance entre Dieu et l’humanité, entre Dieu et son Peuple élu, entre Dieu et chacun des humains dont Il veut faire ses fils.

     Cette lecture croyante de l’histoire d’une vie est celle que Jean-Marie Lustiger a voulu partager dans les quelques ouvrages où il a levé le voile sur son histoire. Ce n’était pas chez lui un besoin de se justifier, moins encore un exercice apologétique. C’était un acte de foi et d’action de grâce : la volonté de témoigner du ressort ultime de son existence. Pouvons-nous quelques instants le suivre sur cette voie de la foi et de l’action de grâce pour évoquer quelques traits de cette personnalité si riche ?

     Pour ceux qui ont eu la chance de l’approcher et de le connaître personnellement, ce n’est ni son intelligence, ni l’acuité de son esprit, ni l’amplitude de sa culture, toutes réelles qu’elles fussent, qui frappaient d’abord, mais plutôt la vigueur et la force de sa foi. Avant tout, il était un croyant. Que ce soit dans l’accueil de la Parole de Dieu, dans l’expérience vécue des sacrements de l’Église, dans l’annonce de l’Évangile ou dans la conduite quotidienne de sa vie, tout était reçu de Dieu et tout était rapporté à Dieu. Sa découverte et sa rencontre en Jésus-Christ du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, avaient établi définitivement sa vie dans le régime de la grâce, du don reçu gratuitement et sans autre motif que la miséricorde du Dieu tout-puissant.

     Persuadé d’avoir tout reçu gratuitement, il était passionné du désir d’annoncer à tous la surabondance de l’amour de Dieu pour l’humanité et de transmettre l’appel du Christ à vivre de cet amour. Depuis son premier ministère auprès des étudiants jusqu’à ses dernières initiatives apostoliques comme archevêque de Paris, toute son activité, foisonnante et incessante, était animée par ce désir. Des chemins de la Terre Sainte aux routes de Chartres, des appels paroissiaux à « Agir par la Foi » aux initiatives diocésaines couronnées par « Paris-Toussaint 2004 », toutes ces entreprises dans lesquelles il s’engageait sans réserve visaient à faire connaître le Christ, Sauveur du monde.

     Loin de se laisser enfermer dans le monde ecclésiastique, il avait dans la société française et dans le monde entier d’innombrables contacts: dans l’université comme dans le monde économique, dans les milieux politiques comme dans l’univers culturel. Son élection à l’Académie Française établit avec cette illustre compagnie des liens qui n’étaient pas seulement de convenance. Ce tissu serré de relations était comme une sorte de paroisse universelle où il voulait exercer son ministère de prêtre du Christ et de témoin de la foi. Créé cardinal par le regretté Jean-Paul II, il portait avec lui le souci pastoral de l’Église entière en partageant profondément sa vision de l’homme dans le monde de ce temps.

     Avec l’encouragement et le soutien du Jean-Paul II, il a posé pour le développement des relations entre les juifs et les chrétiens des actes décisifs que peut-être lui seul pouvait engager. Son histoire personnelle le conduisait à se reconnaître comme un témoin privilégié de la vocation universelle de l’Alliance conclue au Sinaï entre Dieu et son Peuple. Quelles que soient les incompréhensions bien explicables ou les souffrances secrètes dont il était blessé, jamais il ne renonçait à ce qu’il comprenait comme sa mission propre.

     Ce que l’acuité de l’analyse et la perspicacité de l’intelligence lui révélaient comme une fulgurance se traduisait immédiatement en projet d’action et d’évangélisation. Ce qui lui advenait devait servir à l’accomplissement de la mission avec une exigence dont tous ses collaborateurs ont été les témoins et les acteurs sous son impulsion. Dans une période de la vie de l’Église où les regrets et les lassitudes risquaient de réduire les ambitions apostoliques à la mesure des moyens supposés, il discernait, – et pas seulement pour le plaisir intellectuel du paradoxe -, des opportunités nouvelles et il engageait de nouveaux projets, quitte à perturber la quiétude même des moins timorés. Ce n’était chez lui ni le désir de promouvoir ses œuvres propres, ni l’impatience d’agir, comme certains pouvaient l’en soupçonner. Cette tension permanente vers des objectifs à atteindre relevait de l’espérance raisonnée et d’une lecture des « signes des temps ».

     En un quart de siècle cette passion de l’évangélisation s’est exprimée par des fondations qui trouvent peu à peu leur maturité : création de nouvelles paroisses, constructions d’églises, École cathédrale, Radio Notre-Dame, Séminaire diocésain, Fraternité Missionnaire des Prêtres pour la Ville, télévision KTO, Faculté Notre-Dame, Collège des Bernardins sont autant de ces projets dont l’articulation et la cohérence apparaissent à mesure qu’ils se développent. Il faut aussi évoquer les Journées Mondiales de la Jeunesse de Paris en 1997 et leur rayonnement tant en France que dans le monde et le lancement des Congrès pour l’évangélisation dont Budapest sera la prochaine étape en septembre 2007.

     Cette activité était enracinée dans une vie de communion au Christ. Prêtre, puis évêque d’Orléans et Archevêque de Paris, Jean-Marie Lustiger fut vraiment un maître spirituel. Il ne fut pas seulement un prédicateur talentueux et écouté, il avait le souci de la qualité de la prière dans l’Église, jusque dans la perfection de la mise en œuvre liturgique, conscient que Dieu agit à travers les gestes et les signes donnés aux hommes. Les moins avertis pouvaient bien n’y voir qu’un travers de maniaquerie ; en fait, ce qui l’animait était le souci de vivre par la pureté et la beauté des signes le sens profond des rites et d’aider les fidèles à y entrer. Comment pourrions-nous l’oublier dans cette cathédrale dont il a souhaité et réalisé le réaménagement que nous voyons et où il a si souvent présidé la Messe dominicale, célébré la Messe chrismale, ordonné les prêtres et les diacres du diocèse ?

     Soucieux d’encourager les prêtres dans l’engagement spirituel de leur ministère, il a renouvelé les propositions de retraite sacerdotale et mis en œuvre des « lundis de prière » où il aimait se joindre aux prêtres dans un climat de recueillement et de partage fraternel. Encore ne savons-nous rien du secret de sa prière et de sa relation personnelle avec Dieu. Mais on pressentait qu’elle était assez forte pour surmonter les fausses modesties et les craintes humaines quand il était convaincu que l’annonce de l’Évangile était en cause.

     Au cours de l’année écoulée, l’aggravation de son état de santé l’a contraint à réduire ses activités et à servir d’une autre manière. De chacune des étapes, il a accueilli les symptômes avec lucidité et courage. Il a offert sans se plaindre la nécessité d’un temps de vie dans la dépendance de la maladie. Le véritable sacrifice offert à Dieu, ce fut d’accepter cette limitation avec sérénité.

     Si le temps de l’historien n’est pas encore venu, nous sommes déjà dans le temps de l’action de grâce. Nous rendons grâce à Dieu d’avoir envoyé sur notre chemin un témoin tel que Jean-Marie Lustiger. Les fruits de son ministère parmi nous ne révèlent pas seulement une personnalité exceptionnelle ; ils sont à reconnaître avant tout comme des signes de l’œuvre de Dieu dans l’histoire humaine. Ils nous encouragent à comprendre comment nos limites et nos faiblesses, les difficultés rencontrées et les épreuves subies, sont autant d’occasions de reconnaître la puissance de Dieu agissant dans la faiblesse de ses serviteurs. Quelle que soit la valeur de la « poterie », pour reprendre l’expression de Paul, c’est de Dieu, – nous en sommes convaincus -, que vient la puissance extraordinaire du trésor qui nous est confié. C’est Dieu Lui-même qui se penche sur la faiblesse de ses serviteurs et de ses servantes pour les couvrir de l’ombre de son Esprit et les associer à l’enfantement mystérieux auquel participe la création tout entière.

     Le 8 décembre 1979, lors de sa consécration épiscopale à Orléans, la liturgie de la fête de l’Immaculée Conception proposait le récit de l’Annonciation dans l’évangile selon saint Luc. Est-ce cette occasion providentielle ou un choix plus délibéré qui conduisit Jean-Marie Lustiger à prendre le message de l’ange comme une phrase de référence, sinon comme une devise : « Rien n’est impossible à Dieu ! » ? Toujours est-il qu’il aimait revenir à cette profession de foi en la puissance de Dieu à travers la faiblesse des comportements humains. Ses entreprises les plus hardies n’ont-elles pas été marquées par cette confiance que Dieu seul peut construire et conduire son Église selon sa volonté ? S’il s’émerveillait, ce n’était ni de la notoriété, des charges ou des honneurs, ni non plus des incompréhensions ou des jalousies, qui constituent la face visible de l’existence de quiconque approche des sommets des organisations humaines. Ce qui était la source de sa joie et de son action de grâce, c’était de voir que la Providence accomplissait son œuvre par des voies qui nous restent souvent mystérieuses mais que la foi apprend à reconnaître. Il ne recherchait pas l’approbation du monde, mais il cherchait toujours avec confiance et obstination à déchiffrer cet itinéraire par lequel Dieu veut conduire son Peuple.

     Par le témoignage de sa vie, comme de celle de tant de disciples du Christ depuis deux mille ans, nous avons la preuve quotidienne que, vraiment, « rien n’est impossible à Dieu. » Ce qui a été vrai dans la vie de la Vierge Marie, ce qui a été vrai dans la vie de Jean-Marie Lustiger, est vrai aussi dans la nôtre et nous sommes donc appelés avec lui à reprendre à notre compte la réponse de Marie au message de l’ange : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. »

 

+ André VINGT-TROIS

Archevêque de Paris

La foi qui informe…

Par Stefano Cascio 

[NDLR:  Stefano est séminariste pour le diocèse de Rome, en stage pastoral à Télévision Sel + Lumière pour six semaines. Il sera un collaborateur régulier de ce blogue.]

Le Secrétaire d’état du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone vient de recevoir le prix Gaudium et Spes, à la 125ième convention suprême des Chevaliers de Colomb. Je désire donc réfléchir avec vous, durant quelques jours sur cette encyclique et en particulier sur l’article 43 ou comment la foi informe la vie du croyant…  

Introduction
La philosophie des lumières envahissant les esprits a provoqué la Révolution française fortement opposée au catholicisme, puis le Libéralisme politique et économique du XIXème siècle. Progressivement des domaines entiers de la société civile échappent au pouvoir de l’Eglise : l’économie, la santé et l’éducation. Apparaît alors l’idée naturelle, face à ce nouveau visage de la société, que la religion doit se vivre dans la sphère privée.
Face à une telle sécularisation de la société, les Pères vont vouloir promulguer, pour la première fois, un document important d’un Concile à tous les hommes. Il n’a été précédé dans ce sens que par l’encyclique Pacem in Terris de Jean XXIII.
La Constitution Pastorale De Ecclesia in mundo hujus temporis, (dont « Gaudium et Spes » sont les premiers mots), qui désire présenter le rôle de l’Eglise dans le monde contemporain est exceptionnelle par son but et sa forme :
C’est le plus long texte de toute l’histoire conciliaire. Son style est original pour être accessible au plus grand nombre : les ébauches du texte furent rédigées en français, langue vivante la plus usitée parmi les Pères et les experts. Pour le texte officiel latin, les Pères ont privilégié la clarté et l’intelligibilité plutôt que de soigner le latin classique.
Pour la première fois également, l’aspect temporel de la vie chrétienne est très largement abordé. Mais une constitution pastorale ne peut répondre à tous les problèmes, elle donnera donc des principes d’actions de longues durées.
Nous le verrons, ce texte va accepter l’anthropocentrisme qu’il a christianisé. La vision chrétienne de l’homme et du monde est un humanisme eschatologique. Le nouvel axe de la présence de l’Eglise dans le monde passe par la liberté de l’homme chrétien. Mais il n’y a pas opposition entre la présence de l’Eglise et la liberté de l’homme, entre l’Eglise et le monde.
Après trois chapitres où sont exposés la dignité de l’homme, son caractère communautaire, le sens de son entreprise de construction du monde, le chapitre IV définit la mission divine et humaine de l’Eglise.
Ce chapitre reprend donc le principe posé au chapitre III, sur la “ juste autonomie des réalités terrestres ” (n°36). Il est appliqué aux trois domaines de la vie personnelle, de la vie sociale, de la construction du monde. L’Eglise observe et apprécie, « tient en grande estime » le dynamisme de l’histoire (n°41), les bienfaits actuels des progrès sociaux et politiques (n°42).
Les Pères vont, tout d’abord, réaffirmés la place de la foi dans la vie de tous chrétiens (I) en condamnant certains comportements (A) et en les exhortant à réaliser une synthèse entre la foi et les activités profanes (B). Puis, dans la première partie du numéro 43, que nous étudierons, ils s’attachent, plus particulièrement, au rôle des laïcs qui se doivent « d’imprégner » le monde d’esprit chrétien (I) en reconnaissant la valeur propre des activités séculières (A) et leur responsabilité (B). Cette mission ne peut se faire sans être témoin du Christ (III), en étant attentif à sa conscience (A) et au milieu de la communauté humaine (B)

à suivre…

125 de foi en action

Par Sébastien Lacroix

Vous les avez souvent vu lors d’une procession liturgique, épée et chapeau à plumes. Pourtant, les Chevaliers de Colomb sont bien plus que cela. Bien souvent, ils sont les piliers de nos communautés chrétiennes partageant avec elles leurs talents, leur temps et leurs biens.  

Nombreux sont les prélats, évêques et cardinaux, qui se sont rendus à Nashville USA pour la 125ième convention suprême. Dans une entrevue accordée cet après-midi dans le cadre de Zoom, Mgr André Gaumond, archevêque de Sherbrooke et Président de la CECC, a expliqué que les C de C sont essentiels pour réaliser la mission de l’Église. Et comment! Dans son discours sur la situation des chevaliers, le chevalier suprême Carl Anderson faisait état de millions d’heures de bénévolat des C de C en 2006. Chiffré par le Independant Institute, ce temps vaut environ 1,3 milliard de dollars. À 18,77 l’heure, faites le calcul… Plus encore, le district d’état du Québec fut le plus généreux, en contribuant plus de 7,8 millions de dollars aux charités de l’Ordre. Comme quoi les Chevaliers demeurent une force et une ressource incontournable pour l’Église et pour la société en général. 

Tout cela a commencé par le rêve d’un jeune prêtre américain qui voulait fonder une société de bienfaisance, catholique et fraternelle. L’abbé Michael J. McGivney réussit à ce qu’un premier conseil puisse se voir octroyer une chartre en 1882.  

Le cardinal Bertone à la messe d'ouverture de la convention le 7 aoûtInvité d’honneur de la 125ième convention suprême, le Secrétaire d’État du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, a parlé aux délégués du dévouement de l’abbé McGivney. « En tant que prêtre, il a rejoint les gens au-delà des confins de la paroisse (…) Il a cherché à être un signe vivant du Christ pour les gens qu’il servait. » Laissant de côté le texte de son homélie, le cardinal a dit qu’il appuyait la cause de béatification du Serviteur de Dieu Michael J. McGivney, et qu’il allait faire en sorte que les choses accélèrent du côté de Rome. C’en fut assez pour soulever la foule. Depuis longtemps déjà les Chevaliers et leurs proches prient pour la canonisation de leur fondateur. Pour eux, la promesse du numéro deux au Vatican est plus qu’une lueur d’espoir. 

Qu’il soit reconnu ou non par l’Église, l’abbé McGivney demeurera une inspiration pour les Chevaliers qui suivront les traces de leur fondateur pour être des signes vivant de Jésus-Christ.

Mont Thabor, Paul VI et la fête de la Transfiguration de Notre Seigneur

Par le père Thomas Rosica, C.S.B. 

Chaque année, le 6 août est consacré à la fête de la Transfiguration du Seigneur. C’est un très grand mystère que nous sommes amenés à contempler à la suite des trois apôtres que Jésus prit avec lui sur la montagne : Pierre, Jacques, et Jean. Mais c’est surtout à la suite de Pierre que nous allons assister à cet événement unique dans la vie de Jésus. Car s’il y a quelqu’un qui a osé se manifester ce jour-là, c’est bien Pierre: la Transfiguration du Seigneur a tellement marqué l’esprit de cet apôtre qu’il en a parlé longuement dans sa deuxième épître (cf. 2 P. 1, 16-18). Avec Pierre, et à sa suite, voyons ce qui s’est passé en ce 6 août avant la mort de Jésus…

Le mystère de la Transfiguration consiste, pour Jésus, à manifester tout l’éclat et toute la gloire de sa divinité. Jésus, qui est homme, veut montrer le plus clairement possible qu’il est aussi et d’abord Dieu. Aussi, ce qui est humain en lui, tout en demeurant véritablement humain, prend un aspect et une apparence qui dépasse en plénitude tout ce que l’esprit de l’homme peut concevoir en lui : en se transfigurant devant ses apôtres, Jésus se présente à eux comme un homme qui, à la limite, ne serait plus homme, mais Dieu.

 

Sur la sainte montagne, Pierre est heureux! Jacques et Jean le sont aussi, mais il n’y a que Pierre qui ose le dire à Jésus. Vraiment, l’enthousiasme de Pierre fait de lui le témoin privilégié de cet événement. Et il veut que cela dure, longtemps, longtemps ! Si longtemps qu’il veut dresser des abris, des sortes de tentes, afin que Jésus, Moïse et Elie puissent demeurer là, devant lui, dans l’éclat et la splendeur de la Gloire !

 

Vraiment, la Transfiguration du Christ a marqué l’esprit de Pierre : c’est cela qu’il veut avoir devant les yeux, toujours, toujours, toujours… Et Pierre s’en souviendra encore longtemps, racontant l’événement dans sa deuxième épître, ainsi que je l’ai déjà dit. Ne serait-ce pas ce souvenir qu’il eut devant les yeux lorsqu’il mourut quelque trente ans plus tard, crucifié, non pas comme son Maître, mais la tête en bas ?

 

Rappelons-nous la mort du Pape Paul VI (qui, un jour, sera déclaré bienheureux) survenue le dimanche 6 août 1978, fête de la Transfiguration. Fidèle imitateur de son Seigneur, il portait dans son cœur la lumière du Mont Thabor, et avec cette lumière, il marcha jusqu’à la fin, portant sa croix avec une joie évangélique.  Sans doute, Pierre, le premier Pape, et son Successeur, le Pape Paul VI, sont-ils tous deux entrés dans la Gloire du Seigneur ayant dans l’esprit le souvenir de la Transfiguration de Jésus…

 

La Transfiguration de Jésus n’est qu’une étape, un chemin vers la Gloire du Ciel, une anticipation et un commencement d’éternité, si on peut ainsi parler. Le Chrétien vit déjà dans le Ciel par la foi, l’espérance, et la charité, mais il demeure toujours sur terre, obligé de suivre fidèlement la Loi de Dieu et les inspirations de l’Esprit du Seigneur. A la suite de Pierre, de Jacques et de Jean, nous devons tous écouter le Christ, notre Maître : dans le Ciel de notre âme, le Fils de Dieu nous rassasie de sa Parole, et dans notre corps, nous portons les marques de sa Passion par notre obéissance de la foi.

Génération JPII

Stefano Cascio

[NDLR:  Stefano est séminariste pour le diocèse de Rome, en stage pastoral à Télévision Sel + Lumière pour six semaines. Il sera un collaborateur régulier de ce blogue.]

J’entends souvent dire que les JMJ sont uniquement une façon pour l’Eglise Catholique de démontrer au monde et aux medias sa force en rassemblant, comme à Manille, plus de 4 millions de personnes. Ces réticences existent également à l’intérieur de l’Eglise où beaucoup ne croient pas que Dieu puisse parler au millieu d’une telle « masse umaine ». Pourtant nombreux sont les témoignages de jeunes qui ont découvert leur vocation durant ces rencontres et je l’avoue: je suis l’un d’eux. Né trois semaines avant l’élection de Jean-Paul II, je ne manquais jamais de dire si l’on me questionnait sur mon age : « comme le pape », ma vie, ma foi, sont marquées par Jean Paul II qui au début de son pontificat et donc de ma vie a appelé les chrétiens et le monde à ne pas avoir peur d’ouvrir sa porte au Christ. Je suis fier d’être de cette générations surnommée « Jean Paul II oun JMJ » qui vie sa foi de manière courageuse et pleine d’ardeur. Ma vocation est fruit des intuitions de cet homme en blanc … 

Mes parents ne sont pas catholiques pratiquants,  je n’avais donc aucun lien avec les « jeunes cathos ». A 16 ans, ayant la liberté de me déplacer grace à mon scooter… J’allais, sans savoir pourquoi, assister à la messe le dimanche matin, mais sans participer à la vie paroissiale où les jeunes semblaient absents.  En 1997, alors que je venais de commencer ma première année de Droit, un  ami me donne un bulletin d’inscription pour participer aux JMJ de Paris. Cette nouvelle expérience fut pour moi essentielle : la découverte de l’Eglise comme lieu d’union et de communion. 

Il y avait d’autres jeunes qui, comme moi, croyaient en Dieu et cette foi dans le Christ touchait non seulement toutes les cultures (je m’y attendais étant moi-même de sang plus européen que français), mais toute la société (millieux populaires, bourgeois…) et tous les styles (cheveux longs, boucles d’oreilles, trad., etc) ! Cette diversité, cette richesse m’a frappé. J’ai alors pris conscience que la société était toujours receptive, au vue de l’assemblée hétéroclytes de Longchamps, au message que porte l’Eglise et qu’il ne fallait pas hésiter à se donner. L’après JMJ a donc été une riche périodes associatives, dans la vie ecclesiales : Hospitalier à Lourdes ou scoutisme mais ègalement à l’extérieur de l’Eglise avec l’APF ou en faisant partie du conseil municipal des jeunes de ma ville. 

Mais Dieu me préparer à un don plus grand, plus complet. Il désirait un don totale. L’homelie de la messe du dimanche à Tor Vergata durant les JMJ de Rome en 2000 fut la révélation de son projet.  Ce jour là ces paroles du Pape m’ont frappé : 

Si l’un ou l’une de vous, chers garçons et filles, entend l’appel du Seigneur à se donner totalement à lui pour l’aimer « d’un coeur sans partage » (1 Co 35), qu’il ne se laisse pas arrêter par le doute ou par la peur ! Qu’il dise avec courage son « oui » sans reserve, en se confiant à Celui qui est fidèle en toutes ses promesses ! N’a-t-il pas promis le centuple ici-bas et ensuite la vie éternelle (Cf Mc 10, 29-30) ?

Ma réaction fut celle de Marie qui devant le chant des anges et l’adoration des bergers « conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son coeur » (Lc 2,19). Ce n’est qu’à partir du mois de décembre que ces paroles me reviennent en mémoire et que le doute sur ma vocation s’installe.  Une véritable « révolution de velour » est en train de se dérouler en moi. L’adoration du Saint Sacrement devient le moment indispensable et privilégié de dialogue à coeur ouvert avec le Christ. Et peu à peu, le doute fait place à la certitude. L’appel à la prêtrise devient clair. Ma réponse ne se fait pas attendre.  

En Septembre 2001, un an après les JMJ de Rome j’entrais au séminaire. Bientôt prêtre, je pourrai participer aux JMJ de Sydney en accompagnant d’autres jeunes et leur faire vivre une expérience inoubliable comme celle de Paris, Rome, Toronto et Cologne…

L’Église et l’humanité compte sur vous

Par Sébastien Lacroix 

Benoît XVI a signé vendredi dernier son message aux jeunes du monde à l’occasion de la XVIIIe JMJ qui aura lieu à Sydney en juillet 2008. Bien que plusieurs textes pontificaux portent les traces de plusieurs rédacteurs, il apparaît que le Saint-Père a profité de ses vacances pour compléter lui-même la lettre de six pages qui porte sur le thème de la JMJ de l’an prochain : Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins (Ac 1, 8).  On reconnaît le professeur qu’était Benoît XVI dans la didactique de ce message. Très dense, il présente d’abord la promesse de l’Esprit Saint dans la Bible avant d’expliquer que la Pentecôte est le point de départ de la mission de l’Église. Le Saint-Père s’adresse ainsi aux jeunes en tant que missionnaires du troisième millénaire.

N’oubliez jamais que l’Église, et même l’humanité qui vous entoure et qui vous attend dans l’avenir, compte beaucoup sur vous les jeunes, parce que vous avez en vous le don suprême du Père, l’Esprit de Jésus.

Comment nous laisser renouveler par l’Esprit Saint, demande Benoît XVI? La clé se trouve dans les sacrements de l’initiation chrétienne que sont le baptême, l’eucharistie et la confirmation. Le pape est au courant que bien des jeunes abandonnent la foi après avoir reçu les premiers sacrements. Il nous rappelle qu’en recevant le baptême et la confirmation, nous sommes devenus «temple de l’Esprit».

La Confirmation nous donne une force spéciale pour témoigner de Dieu et pour le glorifier par toute notre vie (cf. Rm 12, 1); elle nous rend intimement conscients de notre appartenance à l’Église, «Corps du Christ», dont nous sommes tous des membres vivants, solidaires les uns des autres (cf. 1 Co 12,12-25).

Après avoir lu ces mots sur le sacrement de la Confirmation, on peut imaginer que le comité organisateur des JMJ 2008 songe déjà à ce que Benoît XVI confirme des jeunes au cours de la vigile en juillet prochain…  Le Saint-Père termine son message en soulignant l’urgence de la mission. C’est pourquoi il invite les jeunes à aller vers d’autres jeunes, puisqu’ils sont les mieux placés pour les comprendre et les interpeller. Pour succéder,  la recette est simple :

Mais pour atteindre ce but, chers amis, soyez saints, soyez missionnaires, parce qu’on ne peut jamais séparer la sainteté de la mission (cf. Redemptoris missio, n. 90). N’ayez pas peur de devenir des saints missionnaires comme saint François-Xavier, qui a parcouru l’Extrême Orient en annonçant la Bonne Nouvelle jusqu’à l’extrémité des ses forces, ou comme sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, qui fut missionnaire sans avoir quitté son Carmel: l’un comme l’autre sont «Patrons des Missions». Soyez prêts à mettre en jeu votre vie pour illuminer le monde avec la vérité du Christ; pour répondre avec amour à la haine et au mépris de la vie; pour proclamer l’espérance du Christ ressuscité en tout point de la terre.

À moins d’un an de ce grand rassemblement,  les groupes qui se préparent ne manqueront certainement pas de matière à approfondir…   

Nous nous sommes sentis bien sous la commune lumière… Les JMJ 2002 cinq ans plus tard

Père Thomas Rosica, C.S.B.,
Président-directeur général de la Fondation catholique Sel et Lumière et ancien directeur général et national des JMJ 2002

Quand je repense aux Journées mondiales de la Jeunesse de 2002, et quand je laisse cet événement prendre sa véritable dimension dans mes souvenirs, une image s’impose: celle d’un vent violent, d’une tempête qui a frappé le parc Downsview le dimanche 28 juillet au matin.  J’y ai vu, comme bien d’autres personnes présentes, le vent de la Pentecôte. Les nations de la terre étaient rassemblées autour du successeur de Pierre, ce matin-là, il y a maintenant cinq ans. C’est ce vent-là qui avait porté la croix des JMJ d’un océan à l’autre. Ce matin-là, je crois que l’Église canadienne est née de nouveau, près du lac Ontario.

Nous avons ressenti les effets des Journées mondiales de la Jeunesse de 2002 dans tout le pays au cours des cinq dernières années – depuis le programme dynamique de l’archidiocèse de Vancouver sur la pastorale des jeunes, jusqu’aux soirées de réflexions bibliques avec des jeunes organisées à Edmonton.  La cathédrale de Kingston s’est animée à l’occasion de séances de catéchèse destinées aux jeunes et à un grand nombre de personnes plus âgées!  Nous avons été témoins de nouveaux élans de pastorale jeunesse à St. Catharines, London, Toronto, Cornwall, et nous sommes réjouis des manifestations de l’énergie des jeunes dans l’Archidiocèse de Montréal. Dans les provinces maritimes, nous avons assisté à une véritable explosion d’activités jeunesse à Halifax, où les JMJ ont inspiré la création d’un centre de médias Jean-Paul II, un projet médiatique dirigé par des jeunes. À Québec, berceau de l’Église en Amérique du Nord, dans le sillage des Journées mondiales de la Jeunesse de 2002, les jeunes et l’Église diocésaine préparent le grand Congrès eucharistique de juin 2008.

L’énergie des Journées mondiales de la Jeunesse s’est répandue dans tout le Canada, et s’est concrétisée dans des mouvements dynamiques, enracinés dans l’Évangile. C’est dans ce sillage qu’est né le réseau de télévision catholique Sel et Lumière, l’un des plus beaux fruits des JMJ. Le phénomène des Journées mondiales de la Jeunesse est devenu un terreau fertile de vocations à la prêtrise, à la vie consacrée, au mariage et à des ministères laïcs dans l’Église. Pendant l’Angélus, au parc Downsview, le dimanche 28 juillet 2002, le pape Jean-Paul II a résumé par une très belle formule les sentiments des millions de personnes qui ont été touchées d’une façon ou d’une autre par les Journées mondiales de la Jeunesse de 2002:

«Alors que nous nous apprêtons à rentrer chez nous, je vous dis, avec saint Augustin : « Nous nous sommes sentis bien sous la commune lumière. Nous nous sommes réjouis et nous avons exulté de joie ensemble. Maintenant que nous devons nous séparer, essayons de ne pas nous détacher de Lui, le Christ. » Que ces mêmes jeunes trouvent dans l’Église canadienne un roc, un refuge, un port, un foyer et possiblement une vie au service de l’Église et du monde d’aujourd’hui.

Une liturgie, deux modes

Par Sébastien Lacroix

C’est maintenant chose faite. Le Saint-Père a, de son initiative personnelle, établi de nouvelles règles quant à l’usage de la liturgie dite ‘tridentine’ datant d’avant 1970. Le Motu Proprio Summum Pontificum établie que la liturgie romaine comporte deux modes :

a) Un mode ordinaire correspondant à la réforme de 1970 selon les livres promulgués par Paul VI, dont l’édition officielle latine peut être utilisée partout et en toute circonstance dans les traductions vernaculaires établies par les Conférences épiscopales.

b) Un mode extraordinaire correspondant aux livres liturgiques édités par Jean XXIII en 1962.

Le paragraphe 8 précise que tout ordinaire peut ériger dans son diocèse une paroisse personnelle s’il existe un nombre suffisant de fidèles réclamant la liturgie antérieure à la réforme. Il faudra que ce nombre soit consistant même s’il ne saurait être semblable à celui des autres paroisses.

Le pape a également écrit une lettre adressée aux évêques du monde afin d’expliquer les raisons qui l’ont motivées à faire ce choix. Il souhaite ainsi apaiser les craintes exprimées au cours des derniers mois par des prêtres et des évêques, particulièrement en France, là où se trouve le noyau des membres de la Société Saint-Pie X, que le Saint-Père souhaite ramener au sein de la communion de l’Église catholique. Au-delà de la liturgie, certains points d’ordre théologique empêchent toujours le rétablissement du groupe.

Quoi qu’on en dise, les motifs évoqués par le Saint-Père sont louables. Il s’agit de parvenir à une réconciliation interne au sein de l’Église, de dire Benoît XVI, qui n’est pas sans souligner que des abus dans la liturgie post-Vatican II ont blessé de nombreuses gens qui souhaitent rester fidèles à l’Église et qui appréciaient la messe de 1962.

Il est trop facile de se replier sur les vieilles catégories conservateurs/libéraux pour défendre ou critiquer une telle décision du Saint-Père. Les premiers disent que l’Église revient enfin au bon sens, alors que les seconds affirment que l’Institution a entrepris un virage à droite. Cela n’a rien à voir. Le décret papal ne changera rien à la pratique de la grande majorité des catholiques dans le monde. Et si cela favorise, ne serait-ce qu’un peu, le rapprochement avec des chrétiens qui avait tourné le dos à l’Église, pourquoi pas!

Ceux qui souhaiteraient une messe selon le Missel Jean XXIII (la messe tridentine) peuvent le demander à leur curé ou à l’évêque de leur diocèse. Pour les autres, il ne faut pas s’inquiéter: il n’est pas question que l’autel retourne au fond du sanctuaire.

Journal de Compostelle

Après cinq jours de marche, Mgr Paul André Durocher nous a envoyé un premier journal de bord. Avec son compagnon de route, Mgr Lionel Gendron, l’évêque d’Alexandria-Cornwall a entrepris une marche de 30 jours sur le camino frances vers Saint-Jacques de Compostelle. Nous espérons avoir d’autres nouvelles bientôt. D’ici là, gardons les deux pèlerins dans nos prières.

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