Le Pape simplifie les procédures de nullité de mariage

 

Le Vatican publie ce mardi 8 septembre deux Motu Proprio du pape François relatifs aux procès canoniques en nullité de mariage. Ces deux textes, présentés en salle de presse du Saint-Siège, modifient la procédure canonique des causes en nullité de mariage jugée jusqu’ici trop longue et compliquée. Dorénavant, la procédure sera plus rapide et plus abordable, dans l’Église latine et orientale.

« La charité et la miséricorde exigent que l’Église soit comme une mère face à ses enfants qui se sentent éloignés » explique le Pape en introduction de cette lettre. Ainsi, et conformément aux attentes exprimées par les évêques (et leurs fidèles) lors du dernier synode sur la famille, le Saint-Père présente les nouvelles dispositions en matière de nullité matrimoniale.

Désormais, le procès sera plus bref puisqu’une seule sentence en faveur de la nullité de mariage est nécessaire. Jusqu’à présent le premier jugement devait être confirmé par le second. Le recours à l’appel reste possible, mais devient donc facultatif. La procédure ordinaire ne devra pas durer plus d’un an.

Autre changement : « la constitution d’un juge unique en première instance » devient possible. Ce juge unique est placé sous la responsabilité de l’évêque diocésain qui « doit veiller à ce qu’il n’y ait aucun laxisme ». Par ailleurs, l’évêque lui-même devient obligatoirement juge en cas de procédure brève, c’est-à-dire dans les cas de nullité évidente du mariage.

Enfin, les conférences épiscopales devront garantir la gratuité des procès, « parce que l’Église doit se montrer maternelle, fidèle et généreuse, dans ce qui touche si étroitement au salut des âmes ».

Pour arrêter ces dispositions le Souverain Pontife s’est appuyé sur les travaux d’une commission spéciale qu’il avait nommée à cet effet, et qui rappelle avec insistance « le principe de l’indissolubilité du mariage ».

Béatification de Mgr Melki : une consolation pour les chrétiens d’Orient

Melki

Ce samedi 29 août, Mgr Flavien Michel Melki sera proclamé bienheureux à Harissa, près de Beyrouth au Liban. Cet évêque syro-catholique a été pendu et décapité par l’Empire ottoman pour avoir refusé de se convertir à l’Islam, le 29 août 1915. 100 ans après jour pour jour, à l’occasion de sa béatification, le directeur général de l’Œuvre d’Orient, Mgr Pascal Gollnisch, fait le lien entre sa mise à  mort et l’actuelle persécution des chrétiens d’Orient. « Cette béatification est proclamée l’année du centenaire du génocide qui a visé les chrétiens en 1915, les arméniens, les assyro-chaldéens, les syriaques, alors que les chrétiens vivent aujourd’hui un drame en Syrie et en Irak. Cette histoire est liée, car beaucoup de chrétiens de Syrie et d’Irak sont des survivants réfugiés dans ces pays ». « Nous assistons bien à une répétition de l’Histoire » regrette-t-il.

Le préfet de la Congrégation pour la Cause des Saints, le cardinal Angelo Amato, participera samedi au rite de béatification. Il rapporte, dans une interview accordée à Radio Vatican, que le pape François veut que celle-ci soit « un message d’espérance et d’encouragement à tous les chrétiens qui aujourd’hui sont humiliés et oppressés ». Le prélat quant à lui observe que « beaucoup de chrétiens aujourd’hui au Moyen-Orient, mais aussi ailleurs, souffrent du déclin d’une civilisation humaine de coexistence pacifique ». « Mais ces frères, nos frères, ne veulent pas se rendre à la terreur, et répondent aux violences avec courage et grande foi » poursuit Mgr Amato.

Même son de cloche du patriarche syro-catholique d’Antioche qui présidera la Divine liturgie. Ignace Youssef III Younan souhaite que le sang des martyrs encourage les chrétiens du Moyen-Orient à rester unis au Seigneur malgré « les peines, les souffrances, la persécution et le déracinement », et que cette béatification soit pour eux « une lueur d’espérance, et une consolation pour affronter ces épouvantables épreuves ».

Mgr Flavien Michel Melki était âgé de 57 ans lorsqu’il fut mis à mort par les autorités ottomanes. Avant de mourir, alors que ses amis lui adressaient des supplications pour l’éloigner du danger, l’évêque répétait « Jamais ! Mon sang, je le verserai pour mes brebis ! ».

Un juif rachète les esclaves sexuels de l’État Islamique

Steve MamanCrédit photo : RDI – Radio-Canada

Steve Maman, un homme d’affaires canadien, juif pratiquant,  rachète et libère des esclaves sexuels détenus par le groupe armé État Islamique. En huit mois, il dit avoir déjà rendu la liberté à 128 jeunes filles, chrétiennes et yazidis, retenues en Irak par les milices de Daesh. Il espère en sauver 10 autres dans les prochains jours.

Lors d’un voyage d’affaires en Irak, l’entrepreneur de 42 ans, d’origine marocaine, a décidé de nouer des contacts sur place qui lui permettraient de sauver les détenus du groupe terroriste. Interrogé lundi 17 août sur le plateau TV de Radio-Canada, Steve Maman explique avoir « des courtiers qui se trouvent à l’intérieur du Califat ». « Ce sont des gens qui sont évidemment de la religion de l’Islam, mais qui ne sont pas nécessairement d’accord avec les pratiques envers les chrétiens et les yazidis qui sont retenus ». Il ne s’agit pas de « rachat » d’esclaves insiste-t-il, « on parle de négocier la relâche », par l’intermédiaire de ces courtiers qui perçoivent des frais.

Pour financer ce système de libération d’otages, Steve Maman, vendeur de voitures installé à Montréal, a créé début juillet l’ONG « Liberation of Christian and Yazidi Children of Iraq », et lancé une campagne de financement  pour tenter de récolter 9 millions de dollars. Il a amassé jusqu’à aujourd’hui plus de 400 000 dollars.

Un document, découvert début août par une envoyée spéciale de l’ONU en Irak nous apprend comment l’État Islamique fixe le prix de ses esclaves sexuels. Les tarifs varient selon l’âge des femmes. Les enfants âgés de 1 à 9 ans sont vendus jusqu’à 215 dollars, et le prix diminue à 105 dollars pour une femme de plus de 20 ans. À partir de 40 ans les femmes sont vendues pour 50 dollars. Steve Maman quant à lui doit payer entre 2000 et 3000 $ pour libérer un enfant et le ramener dans sa famille.

Dans ce projet, l’homme d’affaires canadien dit être inspiré par Oskar Schindler, l’industriel allemand qui a sauvé 1200 juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Si bien que la presse canadienne l’a baptisé « le Schindler juif ».

Reste que cette initiative ne fait pas l’unanimité. Certains se demandent si ces transactions ne vont pas encourager le système d’esclavage, et financer les activités de l’organisation islamiste.

Le Pape lance une journée mondiale de prière pour l’environnement

An area deforested by illegal gold mining is seen in a zone known as Mega 14, in the southern Amazon region of Madre de Dios, Peru. The entire mining industry must make "radical change" to protect the environment and local communities, Pope Francis says. (CNS photo/Janine Costa, Reuters) See POPE-MINING July 17, 2015.

Deux mois après la publication de son encyclique sur l’écologie, Laudato Si’, le pape François institue une journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création. Elle sera célébrée chaque année le 1er septembre, comme cela se fait déjà au sein de l’Église orthodoxe.

« En tant que chrétiens, nous souhaitons offrir notre contribution à la résolution de la crise écologique à laquelle l’humanité est actuellement confrontée » écrit le Pape dans une lettre rendue publique ce lundi 10 août, et adressée au cardinal Turkson, président du Conseil Pontifical Justice et Paix, et au cardinal Koch, président du Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens.

Inquiet pour l’avenir de la Création, le souverain pontife appelle ainsi  les chrétiens à une « conversion écologique », qui « implique de laisser jaillir toutes les conséquences de leur rencontre avec Jésus-Christ sur les relations avec le monde qui les entoure », insiste-t-il dans son message, en faisant référence à son encyclique.

Cette journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création « offrira à chacun des croyants et aux communautés la précieuse opportunité de renouveler leur adhésion personnelle à leur vocation de gardiens de la création, en rendant grâce à Dieu pour l’œuvre merveilleuse qu’Il a confiée à nos soins et en invoquant son aide pour la protection de la création, et sa miséricorde pour les péchés commis contre le monde dans lequel nous vivons » poursuit encore le Pape.

La célébration de cette journée à la même date que l’Église orthodoxe sera par ailleurs « une occasion profitable pour témoigner de notre communion croissante avec nos frères orthodoxes » souligne le Saint-Père qui invite « d’autres Églises et communautés ecclésiales à s’impliquer d’une manière ou d’une autre » dans la protection de l’environnement.

Tout comme pour son encyclique, le pape François espère que cette journée annuelle de prière pour la protection de la création nous aide à reconnaitre l’urgence, la grandeur et la beauté de ce défi, à quelques mois de la conférence mondiale sur le climat, qui se tiendra en décembre prochain à Paris.

Avant sa béatification, Mgr Oscar Romero est « déjà saint »

Mural of Salvadoran Archbishop Oscar Romero seen in 2012 at Columban Mission Center in El Paso

35 ans après son assassinat, Mgr Oscar Romero est béatifié ce samedi à San Salvador, où il était archevêque, de 1977 à 1980. Pour cette béatification, la journée du samedi 23 mai est décrétée jour de congé officiel par le gouvernement. C’est dire l’importance de l’évènement pour le Salvador, dont le président Sanchez Ceren estime que la béatification est un miracle pour le pays. Il estime que grâce à l’exemple de Mgr Romero et à ses pensées, le pays peut devenir un peuple unit, debout face à ses problèmes.

Oscar Romero, martyr et défenseur des droits de l’homme et des plus pauvres, est donc une figure importante de l’Église au Salvador. Pour lui rendre hommage, et participer à sa béatification, pas moins de 250 000 personnes sont attendues pour la cérémonie qui se tiendra sur la Plaza Divino Salvador del Mundo, lieux emblématique de la capitale salvadorienne.

S’il est déclaré bienheureux ce samedi par l’Église, Mgr Romero est en revanche déjà considéré comme un saint depuis longtemps au Salvador.  C’est ce que racontait aux journalistes une vieille dame de la capitale, le jour de la commémoration des 35 ans de la mort de l’évêque, le 24 mars dernier : « même avant d’être tué, notre Mgr Romero était déjà un saint, il s’est mis de notre côté, à nous les pauvres, il a souffert avec nous ». À son tour, Mgr Paul Vera, évêque mexicain présent lors des commémorations, invite les fidèles à se souvenir de Mgr Romero « comme d’un homme de bien, un saint qui a versé son sang pour son peuple qui l’aimait et continue de l’aimer ».

De son côté, dans une interview accordée à Radio Vatican, le postulateur de la cause de béatification, Mgr Vincenzo Paglia, estime que celle-ci a une signification profonde pour le Salvador et pour le continent latino-américain. « C’est le fruit splendide d’un christianisme qui a choisi de se mélanger avec les plus pauvres, pas un christianisme tourné vers lui-même ». «  Romero, poursuit encore Mgr Paglia, a choisi d’aller dans les banlieues pour semer la vérité de l’Évangile qui donne un espoir à tous, en partant du plus pauvre ».

Ces paroles et cet encouragement rappellent très nettement celles du pape argentin qui dit vouloir « une Église pauvre, pour les pauvres ». D’ailleurs, la coïncidence du pontificat de François avec le témoignage de Romero signifie, selon Mgr Paglia, «  que Dieu les envoie tous les deux en mission ». « Je le vois à côté du pape François, dans une église, en sortant vers les plus pauvres. C’est pour cela que c’est un évêque qui est un exemple pour tous les évêques, pour tous les prêtres, pour tous les chrétiens, et aussi pour tous les hommes de bonne volonté ».

L’archevêque est connu pour avoir pris la défense des pauvres et des paysans sans terre du Salvador, ainsi que pour avoir dénoncé les injustices commises dans le pays durant le conflit armé, de 1980 à 1992, qui opposait un gouvernement conservateur à un mouvement de guérilla d’extrême gauche. La veille de son assassinat, dans son homélie, il appelait les soldats à ne plus participer à la répression : « Au nom de Dieu, au nom de ce peuple souffrant, dont les lamentations montent jusqu’au ciel et sont chaque jours plus fortes, je vous en prie, je vous en supplie, je vous l’ordonne au nom de Dieu, arrêtez la répression ! ».

Depuis le pied de l’autel, où il est mort assassiné en célébrant la messe le 24 mars 1980, Mgr Romero sera élevé à la gloire des autels, et depuis le ciel, conclut Mgr Paglia « il est devenu le bon berger qui unit tous les habitants du pays, pour qui il a donné sa propre vie ».

Le pape François, ce fan de sport

Pope Francis smiles as he plays with a basketball next to members of the Harlem Globetrotters basketball at Vatican

L’actuel successeur de Pierre en soutane blanche est un homme de Dieu et un fan de sport. Dans son pays où le football est une religion, le Pape argentin était membre du club de foot de San Lorenzo de Buenos Aires. Et le Vatican ne l’a pas changé ! L’inconditionnel du ballon rond reste en effet, encore aujourd’hui, un fervent supporter de son club auprès duquel il continue de payer religieusement son adhésion.

De son côté, le monde du sport semble lui aussi être séduit par le pontife. Et pour cause ! Le Pape ces derniers jours a rencontré tour à tour la fédération italienne de tennis, la Société sportive du Latium, ainsi que la mythique troupe de basket des Harlem Globetrotters qui lui offrait à cette occasion un maillot floqué « Pope Francis ». Autant d’opportunités pour le Saint-Père d’insister sur la valeur éducative du sport qui « a une force innée de tendre vers le haut ».

À ce sujet, il rappelle que « chaque discipline sportive est porteuse d’une valeur physique mais aussi sociale, car elle offre surtout aux jeunes des occasions de grandir dans l’équilibre, le contrôle de soi, le sacrifice, ainsi que dans la loyauté » qui est, pense-t-il, de plus en plus menacée. Le Pape encourage ainsi les jeunes à fructifier cette qualité par la pratique du sport et pour le bien de la société.

Le sport, estime encore le souverain pontife, est un axe qui pourrait mettre les jeunes à l’abri de certaines addictions qui empoisonnent l’existence. L’aficionados du ballon rond met ainsi en garde contre « les victoires obtenues en trichant et en trompant les autres », car elle sont « laides et stériles ». Il invite alors les sportifs à « se mettre en jeu non seulement sur le terrain de sport mais aussi dans la vie et dans la recherche du bien, avec courage et enthousiasme, en donnant le meilleur d’eux-mêmes pour des objectifs qui en valent la peine et qui durent toute la vie, comme la rencontre, l’amitié et l’inclusion ».

Si l’Église s’intéresse au sport, explique le Saint-Père, c’est « parce qu’elle est attentive à l’homme dans son entier, et qu’elle accorde une grande importance à la formation des personnes, à leurs relations et à leur spiritualité ». L’Église considère donc le sport comme « un instrument valable pour la croissance intégrale de la personne humaine ».

« La pratique sportive, fait valoir le Pape, stimule un sain dépassement de soi et de ses propres égoïsmes, elle entraine à l’esprit de sacrifice, et si on la conçoit correctement, elle favorise la loyauté dans les rapports interpersonnels, l’amitié, le respect des règles ». Il est important pense-t-il aussi que « ceux qui s’occupent de sport, à tous les niveaux, promeuvent ces valeurs humaines et religieuses qui sont à la base d’une société plus juste et solidaire ».

Le Saint-Père, à l’occasion de l’ouverture de la coupe du monde au Brésil en 2014, rappelait dans un message vidéo que « le sport n’est pas seulement une forme de divertissement, mais aussi un instrument pour communiquer des valeurs qui promeuvent le bien de la personne humaine et aide à la construction d’une société plus pacifique et fraternelle ».

Face aux menaces terroristes, les catholiques de France ne cèdent pas à la peur

Eglise France

« Les menaces terroristes ont pour objectif de semer la peur, les catholiques n’y cèderont pas ». Par cette déclaration, la Conférence des Évêques de France appelle à l’apaisement après l’arrestation, dimanche dernier, d’un homme soupçonné de préparer des attentats contre des églises à Villejuif, en banlieue parisienne. «  À ce jour, écrit la Conférence dans un communiqué publié mercredi, les éléments connus concernant ces attentats déjoués semblent accréditer la thèse d’une initiative isolée et doivent permettre de garder une attitude calme ».

Les évêques de France estiment donc « prématuré » de demander un renforcement de la protection des lieux de cultes catholiques. D’autant plus qu’il est « impossible de protéger toutes les églises de France » (plus de 45000) a commenté l’archevêque de Paris.

Le Cardinal André Vingt-Trois appelle toutefois à ne pas céder au « piège que tendent les réseaux terroristes de transformer leurs actions ou projets en une sorte de surenchère médiatique permanente ». « Nous ne sommes pas sur terre pour devenir les ennemis les uns des autres ».

Même son de cloche chez l’évêque du diocèse Créteil. Plus de trois mois après les attentats de janvier à Paris, Mgr Michel Santier refuse de voir dans cette nouvelle tentative un malaise entre les communautés. « Céder à la peur c’est donner raison à ceux qui préméditent de tels actes ignobles » a-t-il commenté. Dans une interview accordée à Radio Vatican il estime par ailleurs que « le seul rempart que nous pouvons donner, c’est le signe que donne le pape François, c’est à dire le signe de la fraternité entre les différentes confessions chrétiennes et les différentes communautés croyantes. C’est le rempart de l’amour, de la miséricorde et de la fraternité qui protègera le mieux, qui empêchera que ce climat de haine et de violence ne se propage ».

« Vouloir s’en prendre à une église, c’est s’en prendre à un symbole de la France, c’est l’essence même de la France qu’on a sans doute voulu viser » a pour sa part déclaré le premier ministre Manuel Valls, après avoir visité les deux églises évoqués dans le projet d’attentat.

Depuis, les investigations ont permis d’établir l’implication du suspect dans le meurtre de la jeune maman de 32 ans, Aurélie Châtelain, qui a eu le malheur de se trouver sur la route du terroriste présumé. Sid Ahmed Ghlam, algérien de 24 ans, « féru en informatique », était visiblement attiré par le djihad. Connu des Renseignements, il avait tenté par deux fois de se rendre en Syrie où il était encore en contact avec un homme qui lui aurait demandé de « cibler particulièrement une église ».

Et le Premier Ministre de conclure : aller à la messe, c’est « la plus belle, la plus forte des réponses que nous devons apporter au terrorisme ».

Chrétiens d’Orient : encore combien de morts avant que nous ne réagissions ?

SYRIAN REFUGEES FLEEING VIOLENCE WALK ALONG BORDER IN JORDAN

Dernière horreur en date : l’enlèvement, le 23 février dernier, de centaines de chrétiens dans le nord-est de la Syrie par les djihadistes de l’État Islamique. Quelques jours plus tôt, 21 coptes d’Égypte ont été égorgés en Libye par le même groupe terroriste. Avant eux, d’autres chrétiens ont été crucifiés en Syrie. Et en Irak ils ont été contraints de quitter leur maison, de mourir ou de se convertir à l’Islam.

La situation est alarmante pour les chrétiens d’Orient, et « on peut parler de génocide » estime l’écrivain français et académicien Jean d’Ormesson, pour qui « nous avons un devoir de solidarité avec ces chrétiens qui doivent avoir le sentiment d’être un peu abandonnés ». Invité mercredi dernier sur le plateau de BFMTV, il dénonçait « une volonté de détruire le christianisme en Orient ».

Mardi 24 février, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme a affirmé que des djihadistes du groupe État Islamique ont attaqué des villages chrétiens sous contrôle des forces kurdes dans le nord est de la Syrie, non loin de la ville d’Hassaké. Ils seraient « plus de 350 à avoir été capturés » dans cette région selon le dernier bilan de l’Archimandrite Youkhana, en contact avec la ville d’Hassaké. D’après la même source, relayée par l’Aide à l’Église en Détresse, « environ 15 jeunes Assyriens ont été martyrisés » alors qu’ils se battaient pour défendre et protéger leurs villages et leurs familles. 1200 familles seraient actuellement déplacées, soit au total plus de 5000 personnes.

« Nous sommes vraiment très inquiets et nous sommes toujours dans cette atmosphère-là de peur, de menace, pour nos fidèles et nos communautés dans cette province » confie à Radio Vatican Mgr Ignace Joseph III Younan, patriarche de l’Église catholique syriaque. « L’attaque, explique-t-il, a été exécutée de bonne heure, à l’aube, et les gens ont été pris de panique, ont eu peur. Ils ont tout essayé pour s’échapper ».

Ceux qui sont parvenus à s’enfuir sont maintenant installés à Hassaké, dans des salles ou des églises, non adaptées. Ils manquent de nourritures, de vêtements, de chauffage et de soins…Quant à ceux qui ont été pris en otage « on ne sait pas ce qui leur est arrivé » déplore le patriarche.

« Cela fait 80 ans que ces familles chrétiennes essaient de survivre à des massacres, et visiblement leur chemin de croix n’est pas terminé ! Combien de morts faudra-t-il encore avant que nous ne réagissions ?  » s’interroge Marc Fromager, directeur en France de l’Aide à l’Église en Détresse.

Et l’écrivain Jean d’Ormesson de conclure : « nous avons tous été des juifs allemands, nous avons tous été des Charlie, nous devons tous être des chrétiens d’Orient ».

Une église pour les martyrs de Libye

Still image from video shows men purported to be Egyptian Christians kneeling in front of armed men along beach said to be near Tripoli

Le martyre des 21 chrétiens d’Égypte égorgés en Libye par l’État Islamique restera gravé dans le marbre. Une église dédiée « aux martyrs de Libye » sera construite dans la ville de Minya (Égypte), dans la région d’où provenait la majeure partie des coptes décapités par les djihadistes. C’est une décision du président Abdel Fattah al-Sisi, révélée par le premier ministre égyptien, Ibrahim Mahlab. Par ailleurs, selon l’Agence Fides qui relaye l’information, les familles des victimes du terrorisme islamiste recevront, par décret présidentiel, un dédommagement financier et deviendront titulaire d’une pension mensuelle.

Ces martyrs des temps modernes sont morts comme leurs frères des premiers siècles, en prononçant le nom du Christ. C’est ce qu’affirme à l’Agence Fides Mgr Antonios Aziz Mina, évêque copte catholique de Gizeh. « La vidéo qui montre leur exécution, dit-il, a été construite comme une mise en scène cinématographique terrifiante, dans le but de répandre la terreur. Et pourtant, dans ce produit diabolique de la fiction et de l’horreur sanguinaire, on voit que certains des martyrs, au moment de leur mise à mort barbare, répètent « Seigneur Jésus-Christ ». Le nom de Jésus a été le dernier mot qui est venu sur leurs lèvres. Ce nom murmuré au dernier instant a été comme le sceau de leur martyre ».

Au lendemain de la diffusion, dimanche 15 février, des images de l’exécution par l’État Islamique, le Pape avait fait part de sa profonde tristesse : « ils ont été assassinés pour le seul faut d’être chrétiens. Le sang de nos frères chrétiens est un témoignage qui hurle. Qu’ils soient catholiques, orthodoxes, coptes, luthériens, peu importe : ils sont chrétiens ! Et le sang est le même. Donner son sang, c’est témoigner du christ » a affirmé le Souverain pontife qui offrait sa messe, mardi, à ses « frères coptes égorgés pour le seul motif d’être chrétiens ».

Le patriarche d’Alexandrie des coptes catholiques, Ibrahib Isaac Sidrak, a pour sa part présenté ses excuses « à toutes les familles des martyrs qui ont donné leur vie à cause de leur foi ». Il remercie en même temps « le président Abdel Fattah al-Sisi et toutes les institutions du gouvernement égyptien pour la réponse rapide qu’ils ont donné à un tel attentat terroriste ».

Le président Abdel Fattah al-Sisi avait convoqué d’urgence le Conseil national de défense, et avait juré de punir les assassins de manière adéquate. Dès lundi, à la suite de la revendication de cet attentat par l’État Islamique, les forces armées égyptiennes ont mené des frappes aériennes ciblées contre des camps et des lieux de rassemblement ou de dépôts d’armes de Daesh en Libye. Le président égyptien a manifesté sa proximité avec les coptes endeuillés en se rendant à la cathédrale Saint-Marc, au Caire, pour présenter ses condoléances au patriarche copte-orthodoxe Tawadros II, et en décrétant sept jours de deuil national.

« Comme dans la passion des premiers martyrs, ces 21 coptes d’Égypte s’en sont remis à celui qui, peu après, les aurait accueillis. Ils ont ainsi célébré leur victoire, une victoire qu’aucun bourreau ne pourra leur enlever », conclut Sa Béatitude Ibrahib Isaac Sidrak.

Vatican : la réforme de la Curie se poursuit

Cette fin de semaine, jeudi et vendredi, près de 165 cardinaux venus du monde entier participaient au consistoire extraordinaire présidé par le Pape au Vatican. Objectif : la poursuite de la réforme de la Curie, dont le but à atteindre reste «  un meilleur fonctionnement, une collaboration plus efficace et une complète transparence qui promeuvent véritablement la synodalité et la collégialité » rappelait le Pape dans son discours d’ouverture. Un chantier admet-il, qui « requiert du temps, de la détermination ».

Outre la présentation des travaux déjà accomplis en vue de cette réforme, il a été question lors de ce consistoire du règlement du Synode, des travaux de la Commission pour la protection des mineurs, du rapport sur l’activité des organismes économiques du Saint-Siège, des relations entre la Curie et les Conférences épiscopales, des fonctions de la Secrétairerie d’État, de la coordination entre les dicastères, des rapports entre ecclésiastiques et laïcs, et des procédures à suivre dans la composition de la nouvelle constitution apostolique. Il a également été question de la création de deux congrégations : l’une regroupant les services compétant pour les laïcs, la famille et la vie ; l’autre pour la charité, la justice et la paix.

Plusieurs cardinaux ont pris la parole « dans un climat détendu » pour aborder certains points de la réforme, notamment ses rapports avec les Églises locales. Tous ont insisté sur la nécessité de la décentralisation et de la subsidiarité, et certains ont tenu à redire l’importance pour le Saint-Siège de disposer d’un organe central, tout en valorisant les expériences des épiscopats locaux.

En matière de relations internationales, il faudra continuer de compter sur les compétences de la Secrétairerie d’État, qui offre une garantie de cohésion et de position commune.

Quant à la coordination de la Curie romaine, elle devrait insister sur un esprit de communion entre les dicastères, mais aussi d’inter-communication dans une perspective commune de mission.

Le principe de simplification et d’allègement est largement partagé, ainsi que la nécessité d’une meilleure qualification, professionnelle et ecclésiale, du personnel de la Curie. Sans oublier la collaboration des laïcs et des femmes à des postes de responsabilité au sein des dicastères.

Cette réforme « vivement souhaitée par la majorité des cardinaux lors des congrégations générales précédant le conclave » n’est pas facile à atteindre avoue le Saint-Père. D’autant qu’elle suscite, certes de l’enthousiasme, mais aussi quelques craintes. « Tout changement, aussi petit soit-il, provoque de l’inquiétude, parfois de la peur » confie le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, au micro de Radio Vatican. « Nous venons de toutes les parties du monde, de tous les continents. Nous sommes de différentes cultures, de différentes langues, de différentes traditions. Nous sommes tous catholiques mais pas tous romains. Évidemment, rassembler tout ce monde-là et regarder vers l’avenir, regarder cette réforme que souhaite le Pape et que souhaite l’Église, c’est exigeant, mais un changement est nécessaire. Ça a été très bien exprimé et on va travailler ensemble pour y parvenir », conclut l’archevêque de Québec.

« La réforme n’est pas une fin en soi, précise le Souverain Pontife, mais un moyen pour donner un vrai témoignage chrétien, pour favoriser une évangélisation plus efficace, pour promouvoir un esprit œcuménique plus fécond, pour encourager un dialogue plus constructif avec tous ».

 

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