Homélie du pape François pour la fête de la Présentation du Seigneur

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du Pape François pour la fête de la Présentation du Seigneur et la XXIIIe Journée mondiale de la vie consacrée:

Aujourd’hui la Liturgie montre Jésus qui va à la rencontre de son peuple. C’est la fête de la rencontre : la nouveauté de l’Enfant rencontre la tradition du temple ; la promesse trouve un accomplissement ; Marie et Joseph, jeunes, rencontrent Syméon et Anne âgés. Tout, en somme, se rencontre quand arrive Jésus.

Qu’est-ce-que cela nous dit à nous ? Surtout que nous aussi sommes appelés à accueillir Jésus qui vient à notre rencontre. Le rencontrer : le Dieu de la vie se rencontre chaque jour de la vie ; non de temps en temps, mais chaque jour. Suivre Jésus n’est pas une décision prise une fois pour toutes, c’est un choix quotidien. Et le Seigneur ne se rencontre pas virtuellement, mais directement, en le rencontrant dans la vie, dans la vie concrète. Autrement, Jésus devient seulement un beau souvenir du passé. Lorsqu’au contraire nous l’accueillons comme Seigneur de la vie, centre de tout, cœur battant de toute chose, alors il vit et revit en nous. Et il nous arrive aussi ce qui arrive dans le temple : autour de lui tout le monde se rencontre, la vie devient harmonieuse. Avec Jésus on retrouve le courage d’aller de l’avant et la force de rester solides. La rencontre avec le Seigneur est la source. Il est important alors de revenir aux sources : retourner par la mémoire aux rencontres décisives qu’on a eues avec lui, raviver le premier amour, peut-être écrire notre histoire d‘amour avec le Seigneur. Cela fera du bien à notre vie consacrée, afin qu’elle ne devienne pas temps qui passe, mais qu’elle soit temps de rencontre.

Si nous faisons mémoire de notre rencontre fondatrice avec le Seigneur, nous nous apercevons qu’elle n’est pas arrivée comme une question privée entre nous et Dieu. Non, elle s’est épanouie dans le peuple croyant, à côté de nombreux frères et sœurs, dans des temps et des lieux précis. L’Evangile nous le dit, montrant comment la rencontre se passe dans le peuple de Dieu, dans son histoire concrète, dans ses traditions vivantes : dans le temple, selon la Loi, dans le climat de la prophétie, avec les jeunes et les aînés ensemble (cf. Lc 2, 25-28.34). Ainsi la vie consacrée : elle s’épanouit et fleurit dans l’Eglise ; si elle s’isole, elle se fane. Elle mûrit lorsque les jeunes et les aînés marchent ensemble, lorsque les jeunes retrouvent les racines et les aînés accueillent les fruits. Elle stagne au contraire quand on marche seul, quand on reste fixé sur le passé ou qu’on se jette en avant pour chercher à survivre. Aujourd’hui, fête de la rencontre, demandons la grâce de redécouvrit le Seigneur vivant, dans le peuple croyant, et de faire rencontrer le charisme reçu avec la grâce de l’aujourd’hui.

L’Evangile nous dit aussi que la rencontre de Dieu avec son peuple a un début et un objectif. Elle commence par l’appel au temple et elle aboutit à la vision dans le temple. L’appel est double. Il y a un premier appel « ce qui est écrit dans la Loi » (v. 23). C’est celui de Joseph et Marie, qui vont au temple pour accomplir ce que la Loi prescrit. Le texte le souligne presque comme un refrain, bien quatre fois (cf. v. 22.23.24.27). Ce n’est pas une contrainte : les parents de Jésus ne viennent pas par force ou pour satisfaire une simple formalité extérieure ; ils viennent pour répondre à l’appel de Dieu. Ensuite il y a un second appel, selon l’Esprit. C’est celui de Syméon et Anne. Cela aussi est mis en évidence avec insistance : par trois fois, au sujet de Syméon, on parle de l’Esprit Saint (cf. v. 25.26.27) et on termine avec la prophétesse Anne qui, inspirée, loue Dieu (cf. v. 38). Deux jeunes accourent au temple appelés par la Loi ; deux aînés mus par l’Esprit. Ce double appel, de la Loi et de l’Esprit, que dit-il à notre vie spirituelle et à notre vie consacrée ? Que tous nous sommes appelés à une double obéissance : à la loi – dans le sens de ce qui donne bon ordre à la vie – et à l’Esprit, qui fait des choses nouvelles dans la vie. Ainsi naît la rencontre avec le Seigneur : l’Esprit révèle le Seigneur, mais pour l’accueillir il faut la constance fidèle de chaque jour. Même les charismes les plus grands, sans une vie ordonnée, ne portent pas de fruit. D’autre part les meilleures règles ne suffisent pas sans la nouveauté de l’Esprit : loi et Esprit vont ensemble.

Pour mieux comprendre cet appel que nous voyons aujourd’hui dans les premiers jours de vie de Jésus, au temple, nous pouvons aller aux premiers jours de son ministère public, à Cana, où il transforme l’eau en vin. Là aussi, il y a un appel à l’obéissance, avec Marie qui dit : « Tout ce qu’il [Jésus] vous dira, faites-le » (Jn 2, 5). Tout. Et Jésus demande une chose particulière ; il ne fait pas tout de suite une chose nouvelle, il ne procure pas de rien le vin qui manque – il aurait pu le faire –, mais il demande une chose concrète et exigeante. Il demande de remplir six grandes amphores de pierre pour la purification rituelle, qui rappellent la Loi. Il voulait dire de transvaser environ six cent litres d’eau du puits : du temps et de la fatigue, qui paraissaient inutiles, puisque ce qui manquait ce n’était pas l’eau mais le vin !Pourtant justement de ces amphores bien remplies « jusqu’au bord » (v. 7), Jésus tire le vin nouveau. Il en est ainsi pour nous : Dieu nous appelle à la rencontre à travers la fidélité à des choses concrètes – On rencontre toujours Dieu dans le concret – : la prière quotidienne, la Messe, la Confession, une vraie charité, la Parole de Dieu chaque jour, la proximité, surtout avec ceux qui sont dans le besoin, spirituellement et matériellement. Ce sont des choses concrètes, comme dans la vie consacrée, l’obéissance au Supérieur et aux Règles. Si on met en pratique avec amour cette loi – avec amour ! – l’Esprit survient et apporte la surprise de Dieu, comme au temple et à Cana. L’eau du quotidien se transforme alors en vin de la nouveauté et la vie, qui semble plus contrainte, devient en réalité plus libre. En ce moment je me souviens d’une sœur, humble, qui avait précisément le charisme d’être proche des prêtres et des séminaristes. Avant-hier, a été introduite ici, dans le diocèse [de Rome], sa cause de béatification. Une sœur simple : elle n’avait pas de grandes lumières, mais elle avait la sagesse de l’obéissance, de la fidélité et de ne pas avoir peur des nouveautés. Demandons au Seigneur, à travers sœur Bernadette, de nous donner à nous tous la grâce d’emprunter ce chemin.

La rencontre qui naît de l’appel, culmine dans la vision. Syméon dit : « Mes yeux ont vu le salut » (Lc 2, 30). Il voit l’Enfant et il voit le salut. Il ne voit pas le Messier qui accomplit des prodiges, mais un petit enfant. Il ne voit pas quelque chose d’extraordinaire, mais Jésus avec ses parents, qui portent au temple deux tourterelles et deux colombes, c’est-à-dire l’offrande la plus humble (cf. v. 24). Syméon voit la simplicité de Dieu et accueille sa présence. Il ne cherche pas autre chose, il ne demande pas et ne veut pas davantage, il lui suffit de voir l’Enfant et de le prendre dans ses bras : « nunc dimittis, maintenant tu peux me laisser m’en aller » (cf. v. 29). Dieu lui suffit comme il est. En lui il trouve le sens ultime de sa vie. C’est la vision de la vie consacrée, une vision simple et prophétique dans sa simplicité, où on tient le Seigneur devant les yeux et entre les bras, et rien d’autre ne sert. La vie c’est Lui, l’espérance c’est Lui, l’avenir c’est Lui. La vie consacrée est cette vision prophétique dans l’Eglise : c’est un regard qui voit Dieu présent dans le monde, même si beaucoup ne s’en aperçoivent pas ; c’est une voix qui dit : “Dieu suffit, le reste passe” ; c’est une louange qui jaillit malgré tout, comme le montre la prophétesse Anne. C’était une femme très âgée, qui avait vécu de nombreuses d’années de veuvage, mais elle n’était pas maussade, nostalgique ou repliée sur elle ; au contraire, elle survient, loue Dieu et parle seulement de Lui (cf. v. 38). J’aime penser que cette femme ‘‘bavardait bien’’, et contre le mal du papotage elle serait une bonne marraine pour nous convertir, car elle allait d’un endroit à un autre en ne faisant que dire : ‘‘C’est lui ! C’est cet enfant ! Allez le voir !’’. J’aime la voir ainsi, comme une femme du quartier.

Voilà la vie consacrée : louange qui donne joie au peuple de Dieu, vision prophétique qui révèle ce qui compte. Quand c’est ainsi, elle fleurit et devient un rappel pour tous contre la médiocrité : contre les baisses de profondeur dans la vie spirituelle, contre la tentation de jouer au rabais avec Dieu, contre l’accommodation à une vie facile et mondaine, contre la lamentation – les plaintes –, l’insatisfaction et le fait de pleurer sur son sort, contre l’habitude du “on fait ce qu’on peut” et du “on a toujours fait ainsi” : ce ne sont pas des phrases en accord avec Dieu. La vie consacrée n’est pas survivance, ce n’est pas de se préparer à l’‘‘ars bene moriendi’’ : cela, c’est la tentation d’aujourd’hui face à la baisse des vocations. Non, elle n’est pas une survivance, elle est vie nouvelle. ‘‘Mais… nous sommes peu nombreux…’’ – c’est une vie nouvelle. C’est une rencontre vivante avec le Seigneur dans son peuple. C’est un appel à l’obéissance fidèle de chaque jour et aux surprises inédites de l’Esprit. C’est une vision de ce qu’il importe d’embrasser pour avoir la joie : Jésus.  

« Prendre Jésus dans nos bras…»

Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour la Fête de la Présentation de l’Enfant Jésus au Temple de Jérusalem. (2 février 2017)

Hébreux 2, 14-18
Luc 2, 22-40

C’est en 1997 que saint Jean-Paul II a fait coïncider la journée mondiale de la vie consacrée avec la Fête de la Présentation de l’Enfant Jésus au Temple de Jérusalem (2 février). Le Pape a donné trois raisons justifiant le choix du 2 février comme journée dédiée aux hommes et femmes consacrés. D’abord, pour rendre grâce à Dieu pour ce don de la vie consacrée. Deuxièmement, pour en faire la promotion et manifester l’appréciation de tout le Peuple de Dieu envers ces hommes et femmes. Troisièmement, afin d’inviter tous ceux qui ont dédié leur vie à la cause de l’Évangile à célébrer les merveilles que le Seigneur accomplit à travers eux.

Les lectures spéciales de cette fête sont (Ml 3,1-4; Ps 24, 14-18; Hb 2, 14-18; Luc 2, 22-40).

Selon la loi mosaïque (Lv 12, 2-8), une femme qui donnait naissance à un garçon était, pour des raisons légales liées à l’impureté, proscrite de toucher quoi que ce soit de sacré ou d’entrer dans la zone entourant le temple et ce, pendant quarante jours. À la fin de cette période, la nouvelle mère devait offrir un agneau d’un an, une colombe ou un pigeon en holocauste pour l’expiation des péchés. La femme qui ne pouvait se permettre de donner un agneau offrait deux colombes ou deux jeunes pigeons, ce que firent Marie et Joseph dans l’Évangile de ce dimanche. Ils emmenèrent donc Jésus à Jérusalem pour le présenter au Seigneur (Luc 2, 7). Il fut consacré au Seigneur tel que la loi le prescrivait (Exode 13, 2, 12), mais il n’y avait aucune prescription affirmant que cela devait se faire au Temple. Le concept de la présentation au Temple trouve probablement ses origines au premier livre de Samuel (1 Sam 1, 24-28), où Anne offre l’enfant Samuel pour le service du Sanctuaire. La loi stipulait également (Nombre, 3, 47-48) que le fils premier-né devait être sauvé par les parents par l’entremise d’une offrande de cinq Shekels à un membre d’une famille sacerdotale. Luc ne fait cependant pas mention de cette prescription légale.

Réfléchissons maintenant sur cette scène émouvante de l’Évangile de la Présentation de l’Enfant Jésus au Temple que nous trouvons au chapitre 2 des récits de l’enfance de l’évangéliste Luc (Lc 2, 22-38). Dans cette scène touchante, nous rencontrons quatre personnes qui embrassent la nouvelle vie de Jésus en le tenant dans leurs bras : Siméon fidèle et avancé en âge, la vieille et sage prophétesse Anne et le jeune couple Marie et Joseph qui, par fidèle obéissance, offre leur enfant au Seigneur. Luc écrit : « Au moment où les parents présentaient l’Enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait Siméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu » (Lc 2, 27-28). À ce moment, l’évangéliste place sur les lèvres de Siméon le cantique Nunc Dimittis – cette belle prière est vraiment une anthologie des prières de l’ancien Israël. La liturgie nous la fait répéter tous les jours durant les complies : « mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. » (Lc 2, 30-32).

Le Saint Esprit était à l’œuvre en Siméon mais également dans la vie de la prophétesse Anne qui, étant restée veuve depuis sa jeunesse, « ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière » (Lc 2, 37). Elle était une femme consacrée à Dieu et elle était capable, à la lumière de l’Esprit de Dieu, d’entrevoir les plans de Dieu et d’interpréter ses commandements. « Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. » (Lc 2, 38). Comme Siméon, elle fut sans aucun doute touchée par le Saint Esprit lors de sa rencontre avec Jésus.

Les paroles prophétiques d’Anne et de Siméon n’annoncent pas seulement la venue du Sauveur dans le monde et sa présence au cœur du peuple d’Israël mais également son sacrifice rédempteur. Cette seconde partie de la prophétie était spécialement adressée à Marie, mère du Sauveur : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. » (Lc 2, 14-35).

De ce touchant épisode de l’Évangile, nous pouvons dégager deux orientations liées à la vie consacrée. D’abord, la Présentation du fils de Dieu dans le majestueux temple de Jérusalem prend place au milieu des allées et venues de différentes personnes, occupées par leur travail parmi lesquels des prêtres, des lévites faisant chacun leurs devoirs aussi bien que des foules de pèlerins anxieux de rencontrer le Dieu d’Israël dans sa maison terrestre de Jérusalem. Cependant, aucun d’entre eux ne surent reconnaître la scène unique qui se déroulait devant leurs yeux. Ce qui nous fait dire que Jésus était un enfant comme les autres, un fils premier-né très simple, humble avec ses saints parents.

Même les prêtres du temple furent incapables de reconnaître les signes de cette nouvelle présence du Messie et Sauveur.  Au lieu de cela, ce fut deux personnes âgées, Anne et Siméon, qui furent capables de découvrir cette grande nouveauté présente dans la personne de l’Enfant Jésus. Parce qu’ils étaient conduits par l’Esprit Saint, Anne et Siméon ont pu trouver dans cet enfant la réalisation de leurs plus grandes attentes ainsi que de leur fidèle vigilance. Au delà de la vision de cet enfant, Anne et Siméon ont compris qu’Il était Celui longuement attendu. Qu’Il était la réalisation de tous leurs espoirs et de leurs plus grands rêves.

Dans les personnes de Siméon, d’Anne et de la sainte famille, se révèle la profonde humanité de cette rencontre. Le vieil homme tient l’enfant dans ses bras comme pour représenter la flamme de la vie couvrant deux générations de Juifs fidèles. En tenant cet enfant dans ses bras, il sait qu’il tient tout près de son cœur son propre futur. Quelle joie de savoir qu’il peut embrasser la continuité de sa propre vie ! Siméon a espéré, il a cru et maintenant son espérance se réalise dans un enfant, plein de vitalité et rempli de promesses. Le vieil homme se réjouit de voir que d’autres vont continuer son travail. Il est heureux de ce que dans son propre déclin, se perçoit un réveil, une renaissance, un futur qui est en train de s’ouvrir.

Anne aussi n’a pas peur de bénir la nouveauté et le défi que cet enfant apporte avec Lui. Ce n’est pas facile pour la personne âgée qui habite en chacun de nous d’accueillir la nouveauté, d’accepter de prendre le bébé dans ses bras. Il y a toujours la peur que l’enfant ne survive pas, que le nouveau-né ne partage pas nos idéaux, qu’il les trahisse et, ainsi, nous mette de côté en prenant notre place. Bien qu’avancés en âge, Anne et Siméon ont su incarner une vision jeune et pleine d’espérance.

Cette histoire s’est jouée toutes les fois que j’ai visité des confrères plus âgés dans nos différentes maisons de retraite et infirmeries. D’un côté, il y a ceux qui, comme Anne et Siméon, se réjouissent de voir des jeunes frères, parce qu’ils voient que nous continuons de porter la flamme. De l’autre, il y a ceux qui craignent que nous ne survivions pas, que nous trahissions leurs idéaux sans faire attention à eux, simplement parce qu’ils sont plus âgés. Si nous espérons être des hommes et des femmes consacrés portant une vision à l’Église d’aujourd’hui, c’est parce que nous nous appuyons sur les épaules de géants c’est-à-dire de ceux qui sont venus avant nous. Nous ne devons jamais oublier ce fait. Toute les fois que nous avons voulu aller de l’avant en oubliant ceux qui sont venus avant nous, nous l’avons payé très cher.

La deuxième orientation qui émerge du récit de la Présentation de l’Évangile de Luc est la question du comment présenter le Christ au monde. Si nos congrégations religieuses, nos communautés locales, nos institutions scolaires, nos structures paroissiales, nos apostolats divers n’apportent pas Jésus au monde et ne parlent pas de Lui ouvertement, eh bien nous ne réalisons pas bien la mission qui nous a été confiée par Dieu et l’Église.

La nouveauté, l’efficacité, la puissance de la proclamation et de nos efforts pastoraux et éducationnels ne consistent pas d’abord dans l’utilisation de méthodes ou de techniques originales ou éblouissantes, quoiqu’elles ont sans aucun doute une certaine efficacité, mais dans le fait d’être remplis de l’Esprit Saint et de se laisser guider par Lui.  La nouveauté d’une authentique proclamation de la Bonne Nouvelle réside dans le fait de s’immerger dans le Mystère du Christ, dans l’assimilation de sa Parole et dans sa présence eucharistique ; de telle sorte qu’Il puisse Lui-même agir à travers les pauvres instruments que nous sommes.

Le Pape François est un merveilleux exemple de cette nouvelle évangélisation. Il parle si souvent de cette « culture de la rencontre » qui nous porte à côtoyer davantage les autres. Si vous voulez savoir à quoi ressemble l’évangélisation, ce que ça sent, ce que cela fait ressentir, regardez François, un homme âgé qui vit la joie de l’Évangile. Le Pape François n’a pas perdu sa vision de jeunesse pleine d’espérance.

Au paragraphe no 88 de sa récente Exhortation Apostolique « Evangelii Gaudium », l’Évêque de Rome écrit : « Beaucoup essaient de fuir les autres pour une vie privée confortable, ou pour le cercle restreint des plus intimes, et renoncent au réalisme de la dimension sociale de l’Évangile. Car, de même que certains voudraient un Christ purement spirituel, sans chair ni croix, de même ils visent des relations interpersonnelles seulement à travers des appareils sophistiqués, des écrans et des systèmes qu’on peut mettre en marche et arrêter sur commande. Pendant ce temps-là, l’Évangile nous invite toujours à courir le risque de la rencontre avec le visage de l’autre, avec sa présence physique qui interpelle, avec sa souffrance et ses demandes, avec sa joie contagieuse dans un constant corps à corps. La foi authentique dans le Fils de Dieu fait chair est inséparable du don de soi, de l’appartenance à la communauté, du service, de la réconciliation avec la chair des autres. Dans son incarnation, le Fils de Dieu nous a invité à la révolution de la tendresse 

Un moment de Kairos

Lorsque Marie et Joseph arrivèrent au Temple de Jérusalem avec l’Enfant Jésus dans leurs bras, ce n’était pas simplement une journée ordinaire dans la vie d’un vieux prêtre et d’une fidèle prophétesse en devoir à ce moment-là. Il s’agissait du moment choisi par Dieu. Le temps ordinaire, en grec « chronos » fut transformé en un moment de Dieu, en grec « kairos ».

Parce que nous vivons dans ce même kairos ou, en d’autres termes, le temps et l’heure choisis par Dieu dans l’histoire, nous ne pouvons pas parler simplement du futur de l’Église, du futur de notre paroisse, du futur de nos diocèses et de nos congrégations religieuses, du futur de nos activités d’éducation et d’évangélisation, du futur de n’importe quoi finalement! La seule question pertinente pour nous est Jésus et le futur de l’Église, Jésus et le futur de nos paroisses, Jésus et le futur de notre système d’éducation et nos programmes pastoraux, Jésus et le futur de tout ! Trop souvent notre regard vers le futur est simplement scientifique ou sociologique, sans référence à Jésus, l’Évangile ou l’action de l’Esprit dans l’histoire et dans l’Église.

En cette journée toute spéciale, nous remercions Dieu pour la vie consacrée. Nous devons nous demander une question très importante. Pourquoi certains de nos contemporains – des frères ou sœurs dans la vie religieuse voient et trouvent le Christ, tandis que d’autres ne le trouvent pas ? Qu’est-ce qui ouvre les yeux du cœur ? Qu’est-ce qui manque chez ceux qui demeurent indifférents ? Est-ce que notre confiance en nous, notre prétention à connaître la réalité, notre présomption à avoir formulé un jugement définitif sur tout, ne nous enferment pas et ne rendent pas nos cœurs insensibles à la nouveauté de Dieu ? Combien de fois sommes-nous absolument certains de l’idée que nous nous sommes fait du monde, de l’Église, de la vie consacrée, au lieu de nous laisser interpeller par la curiosité et l’intimité d’une aventure avec Dieu qui veut nous rencontrer et nous rapprocher de Lui ?

Combien de fois ne mettons-nous pas notre confiance en nous-mêmes plutôt que dans l’enfant de Bethlehem ? Combien de fois ne croyons-nous pas possible que Dieu puisse être si grand qu’il se réduise pour se faire proche de nous ? Comment se peut-il que la gloire et la puissance de Dieu se révèlent dans la vulnérabilité d’un bébé ?

La Présentation de Jésus au Temple et les paroles choisies avec soin dans la prière de Siméon nous invitent à l’adoration et la contemplation de la Parole faite chair, qui habite puissamment parmi nous. Nous vivons tous des vies occupées. Nous effectuons tous un important travail. Beaucoup de nos vies sont profondément empêtrées dans les institutions et les entreprises que nous servons.

Ne sommes-nous pas parfois tellement occupés par les aléas de la vie que nous ne sommes plus en mesure de remarquer la présence de Jésus dans notre existence ? De ce Jésus, qui vient à nous dans le pénible déguisement du pauvre, du déséquilibré, de la personne en colère, triste ou confuse qui composent notre monde ? De ce Jésus, qui vient à nous à travers nos simples, humbles et saints parents qui ne peuvent souvent faire plus que d’être là lorsque nous en avons besoin? Se pourrait-il que nous, hommes et femmes consacrés, soyons souvent incapables de reconnaître les signes de cette présence nouvelle et spéciale du Messie et Sauveur ? Et lorsque nous rencontrons cette radicale nouveauté qu’est Jésus, allons-nous tenir ce bébé dans nos bras, l’accueillir et lui faire de la place dans nos vies ? Est-ce que la nouveauté qu’il apporte entrera réellement dans nos vies ou bien tenterons-nous de mettre la nouveauté de côté, espérant que cette nouveauté de Dieu ne cause qu’un minimum de dérangement ?

Comment voyons-nous la gloire de Dieu dans nos vies? Sommes-nous assoiffés de justice et de paix? Quelles sont les nouvelles situations et qui sont les nouvelles personnes qui sont entrées dans nos vies récemment ? Y a-t-il de nouvelles réalités devant lesquelles nous avons peur? Tentons-nous de les éviter, parfois même jusqu’à la rébellion? Comment sommes-nous véritablement lumière et salut pour d’autres personnes? Quelle est notre capacité de réchauffer les cœurs par notre vie? Est-ce que nous rayonnons la joie ou est-ce que nous annonçons plutôt le désespoir? Bref, vivons-nous vraiment l’Évangile de la joie?

Je conclus avec ces paroles dérangeantes d’un grand théologien et professeur du deuxième siècle, Origène (185-223) provenant d’une de ses homélies sur le récit de la Présentation de Jésus au Temple de l’Évangile de Luc :
« Siméon savait que personne ne pouvait libérer un homme de la prison du corps avec l’espoir de la vie à venir, excepté Celui enveloppé dans ses bras. Ainsi, il lui dit : «  Maintenant tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix » (Lc 8, 44). Puisque, tant que mes bras n’eurent pas tenu le Christ, tant que mes bras ne l’eurent pas enveloppé, j’étais emprisonné et incapable d’échapper à mes liens ». Cela n’est pas seulement vrai pour Siméon mais pour toute la race humaine. Quiconque quitte ce monde, quiconque est délivré de la prison et de la maison des enchaînés pour aller devant et régner devrait prendre Jésus dans ses bras. Il devrait l’envelopper avec ses bras et le serrer fort contre lui. Ainsi, il pourra aller dans la joie là où il doit s’en aller… »

Le Père Thomas Rosica, C.S.B., est PDG de la Fondation Catholique Sel et Lumière Média.

« Il n’avait pas où reposer sa tête… »

Catastrophe d’Haïti, JO de Vancouver, autant d’événements qui font la une. Dans ces réalités si différentes, de membres d’instituts de vie consacrée sont engagés  avec d’autres personnes pour venir en aide et informer de situations inhumaines.

Les nouvelles d’Haïti arrivent plus bouleversantes les unes que les autres. Beaucoup de congrégations sont présentes en Haïti,  bon nombre d’écoles et d’hôpitaux sont gérés par des congrégations. Leur douleur est vive : voir des enfants périr, des personnes ensevelies sous des décombres, des membres de sa communauté disparaître, des institutions s’écrouler.

La vie continue vaillamment

Des communautés religieuses s’entraident,  partagent leur puits, leurs biens, dorment dehors dans les cours avec leurs voisines et voisins. La solidarité n’est pas un vain mot.

Nous les soutenons par la prière, l’amitié et le support matériel.

Depuis un an les religieuses et religieux nous alertent sur le phénomène de la traite humaine lors de grands événements, comme les Jeux Olympiques. Certains travaillent auprès des gouvernements pour faire changer ces pratiques dégradantes.

20100202Au jour le jour d’autres religieux à divers niveaux comme dans les analyses des placements éthiques et interpellant leurs banques dans le placement de leurs actions.

En ce mois de février 2010 où nous fêtons la Présentation du Seigneur et la journée mondiale de la vie consacrée, nous avons pour modèles deux sages, Siméon et Anne, qui ont attendu dans la foi et ont reconnu le Seigneur. Ce sont deux vieillards qui ont tenu dans la foi et la prière. La vie consacrée redit de manière visible que nous portons un trésor : l’indicible mystère d’un Dieu tout fragile qui se met dans nos bras pour sauver le monde.

Chaque congrégation, avec son charisme, propre est en lien avec un milieu différent. À l’heure actuelle où le monde change et est de plus en plus multiculturel, la vie consacrée a l’audace de s’engager dans des lieux difficiles et de suivre le « Jésus qui n’avait pas où reposer la tête »

La vie consacrée dit au monde et à l’église que la solidarité et la fraternité apportent la joie, que l’engagement à la suite du Christ est toujours nouveau et inattendu et que les espoirs et douleurs des hommes et des femmes du monde entier habitent leurs coeurs et leurs prières.