Par le père Thomas Rosica, C.S.B.

Au Jeudi Saint nous commémorons la Cène du Seigneur et nous célébrons l’institution de l’Eucharistie. C’est une soirée très spéciale pour se rappeler ce que Jésus a fait pour nous et le grand don qu’il nous a laissé. La mémoire est l’un des plus mystérieux et des plus grands pouvoirs de l’esprit humain. Sans la mémoire nous cesserions d’être nous-mêmes et nous perdrions notre identité. Un souvenir, une fois qu’il est revenu à l’esprit, a le pouvoir de catalyser notre monde intérieur et d’orienter tout vers son objet, surtout si ce n’est pas une chose ou un fait mais une personne vivante. Le Jeudi Saint, nous nous souvenons de Jésus, de sa vie, de son message et de son cadeau pour nous dans le pain et le vin.
L’Eucharistie est un mémorial car elle rappelle l’évènement auquel l’humanité d’aujourd’hui doit son existence en tant qu’humanité rachetée : la mort du Seigneur. L’Eucharistie a quelque chose qui la distingue de tout autre type de mémorial. C’est à la fois le mémorial et la présence, même si elle est cachée sous les signes du pain et du vin. Le christianisme, le catholicisme, les sacrements, et spécialement l’eucharistie, ne sont pas des concepts théologiques, des cours, des idées, des fantaisies passagères, des symboles : ils sont une personne vivante et son nom est Jésus.
L’autorité de Jésus nous attire – à cause de sa compassion. Nous sommes saisis par l’autorité de ses paroles, par sa profondeur, son regard plein d’amour et la fermeté de sa foi. En fin de compte Jésus existe pour les autres, il existe pour servir. Il a été éprouvé et testé de part et d’autres, comme nous – Il connaît toutes nos difficultés ; il connaît notre condition de l’intérieur et de l’extérieur : c’est seulement à cause de cela qu’il a acquis une capacité de profonde compassion. Lors de la dernière Cène, Jésus nous enseigne que la véritable autorité dans l’Église est d’être serviteur, de donner nos vies pour nos amis.
Notre liturgie eucharistique proclame l’unique lien de vie entre Dieu et son peuple. La nature même de l’Eucharistie implique un lien avec Dieu et avec la communauté, un lien qui est révélé dans l’amour, l’humble service qui est puissamment représenté dans le lavement des pieds dans le récit de la dernière scène dans l’évangile de saint Jean (Jn 13, 1-15).
L’Eucharistie est la passion de Jésus, sa mort et sa résurrection. Sans la résurrection de Jésus notre foi est suspendue dans les airs. D’autre part, la résurrection de Jésus elle-même peut être une idéologie dangereuse si elle ne nous stimule pas à partager réellement avec nos frères et nos sœurs qui sont affamés et brisés. Quand nous recevons l’Eucharistie, nous participons à ce qui devient nourriture et boisson pour les autres. Sa vie est une fête pour les pauvres et les pécheurs. Elle doit donc l’être pour ceux qui reçoivent le corps et le sang du Seigneur.
Nous devenons ce que nous recevons dans ce repas et nous imitons Jésus dans son oeuvre de salut et ses paroles de guérison. Comme sont appropriés les mots de la Seconde Prière Eucharistique pour la réconciliation dans le rite romain :
Père très bon, ton Fils a laissé à ton Église ce mémorial de son amour ; en rappelant ici sa mort et sa résurrection, nous te présentons cette offrande qui vient de toi, le sacrifice qui nous rétablit dans ta grâce ; accepte-nous aussi, avec ton Fils bien aimé. Donne nous dans ce repas ton Esprit Saint : qu’il fasse disparaître les causes de nos divisions.
Commémorer la Cène du Seigneur le Jeudi Saint n’est pas une nostalgie paralysante qui nous ramène au passé. Célébrer et recevoir l’Eucharistie ne signifie pas que nous allons devenir prisonniers de notre religion commune ou de notre mémoire catholique. La célébration de l’Eucharistie nous projette en avant, comme nous le professons dans l’acclamation après la consécration pendant la messe : « Quand nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, nous célébrons ta mort, Seigneur Jésus, jusqu’à ce que tu reviennes dans la gloire. »
Le Vendredi Saint est le jour du paradoxe divin. L’émouvant récit de la Passion selon saint Jean est proclamé dans la liturgie. Nous nous réunissons en silence pour écouter le récit du disciple bien-aimé et de la mort du Messie. Comme la croix est élevée au milieu de nous, nous regardons cet instrument de mort et de destruction, et d’une manière étrange et silencieuse, nous trouvons la force et l’espérance dans nos propres luttes. Ce n’est pas seulement un jour de tristesse, c’est aussi un jour de gloire. Aujourd’hui, ce qui n’aurait pas pu demeurer autres choses que des souvenirs honteux se transforme en beauté, en espérance et en un appel continu à la bonté héroïque. Aujourd’hui le « grand prêtre » n’est pas loin de nous, ni éloigné de notre condition, mais il est celui qui éprouve de la sympathie pour nous parce qu’il a connu notre faiblesse et notre douleur et même nos tentations (Hébreux 4, 14-45).
Le péché est sur toutes les lèvres dans l’Église cette semaine. D’abord dimanche, le responsable de la Pénitencerie apostolique parlait de « nouveaux péchés » reconnus par l’Église. La pollution, les manipulations génétiques et l’inaction face à la pauvreté se trouvent sur cette nouvelle liste. La notion de péché communautaire n’est pas nouvelle, et nous sommes de plus en plus sensibles aux répercussions de nos fautes communes et des dommages énormes causés à la nature et à ses habitants, i.e. nos frères et soeurs. Du même coup, nous brisons notre relation avec Dieu.
Le Mont Garizim près du puit de Jacob est situé dans le centre d’Israël dans la ville biblique de Sichem, appelée aujourd’hui Naplouse. C’est la rencontre de Jésus avec la Samaritaine qui a rendu ce puit célèbre dans la tradition chrétienne. Plusieurs choses semblent anormales dans cette scène du puit de Jacob. Tout d’abord, le puit est un espace public accessible aux hommes et aux femmes, mais ils ne devraient pas être là en même temps.
Le message le plus réconfortant de la Transfiguration est probablement pour ceux et celles qui souffrent et ceux qui observent la déformation de leur propre corps et le corps de gens qu’ils aiment. « Il transfigurera nos misérables corps, les conformant à son corps glorieux. » Les corps humiliés par la maladie et la mort seront rachetés. Même Jésus sera défiguré au cours de la Passion, mais il s’élèvera dans son corps glorieux dans lequel il vivra pour l’éternité et, c’est ce que la foi nous enseigne, avec lequel il nous retrouvera lorsque nous quitterons cette vie.