Ressuscité par la Miséricorde : La paix de Jésus ressuscité

Une réflexion sur la Divine Miséricorde par Julian Paparella

La saison pascale se poursuit pendant sept semaines, marquant les cinquante jours entre la résurrection de Jésus et la descente du Saint Esprit à la Pentecôte. La Pâque dure même plus longtemps que le Carême !

L’Évangile que nous avons entendue ce dimanche, dimanche de la Divine Miséricorde, est un récit qui couvre huit jours. Il commence le soir de la résurrection. Trois jours après avoir abandonné Jésus sur Son chemin vers la Croix, les apôtres se cachent, enfermés dans le Cénacle par crainte des Juifs. Jésus vient à leur rencontre et Ses premières paroles sont : « La paix soit avec vous ! ». Les apôtres se réjouissent lorsqu’Il leur montre les plaies sur Ses mains et sur Son côté ; la preuve que c’est vraiment Lui, Jésus, ressuscité et vivant. Une deuxième fois, Il leur dit : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Il souffle sur eux et Il leur fait don du Saint Esprit pour le pardon des péchés.

La rencontre continue huit jours plus tard lors de la scène bien connue de Thomas l’incrédule. Thomas était absent quand Jésus a rencontré les apôtres la première fois et ne croit pas le témoignage des autres disciples lorsqu’ils disent qu’ils ont vu le Seigneur. Le dimanche suivant, Thomas est présent et Jésus revient. Ses premières paroles sont encore : « La paix soit avec vous ! ». Jésus invite Thomas à toucher Ses plaies, et Thomas croit.

Notre connaissance de ce récit de l’Évangile peut nous rendre insensibles au fait qu’il est extraordinaire. D’une perspective humaine, l’approche de Jésus est complètement inconcevable. Imaginez si vous enseigniez et guidiez douze amis pendant trois ans, et qu’ensuite ils vous livrent et vous abandonnent au moment où vous êtes dans le plus grand besoin. Imaginez que personne ne vous défende lorsque vous êtes condamné à mort injustement. Comment réagissons-nous quand nos amis fuient alors que nous souffrons ?

Jésus aurait pu revenir aux apôtres outré, furieux et indigné. Cela aurait été une réaction normale. Il aurait pu leur dire : « Hypocrites ! Vous dites que vous voulez mourir pour moi mais vous me laissez mourir ! Qu’ai-je fait pour mériter votre trahison et votre abandon ?

Au contraire, les toutes premières paroles de Jésus, en voyant Ses apôtres pour la première fois depuis la nuit où il fut livré, sont miraculeuses: « La paix soit avec vous ! » La paix ! Jésus ne demande aucune explication. Jésus ne demande pas de rétribution. Jésus pardonne. Jésus donne la paix.

Jésus ayant ressuscité d’entre les morts, Son pardon ressuscite Ses disciples. Sa miséricorde leur redonne vie. Voilà le sens le plus profond de la souffrance, de la mort, et de la résurrection de Jésus. Il ne donne pas Sa vie à contrecœur. Il va à la Croix librement. Il ressuscite vainqueur. Il revient pour donner à Ses disciples le don de la paix. Jésus aurait pu revenir vers les apôtres pour les châtier : « Comment osez-vous abandonner le Fils de l’homme ? » ; « Qu’est-ce que j’ai fait pour vous faire fuir ? » ; « Moi, je n’aurais jamais pu vous abandonner ! » Mais à quoi servirait une telle réaction ? La plus grande leçon qui provoque la plus grande transformation c’est Son pardon, totalement insondable.

Qu’apprenons-nous de cette leçon pour notre propre vie ?

Premièrement, Jésus veut ce même pardon pour chacun de nous. Dieu est devenu homme afin de nous sauver. La mission de Jésus consistait à nous apporter le salut, à restaurer la paix que nos péchés avaient détruite. Dieu n’a aucun intérêt à nous maintenir dans nos péchés. Dieu ne gagne rien en nous piégeant dans nos péchés. La vie entière de Jésus consiste à racheter nos péchés. Il veut nous rendre Sa paix.

Deuxièmement, Jésus nous invite à pardonner aux autres comme Lui Il nous pardonne. Le pardon fait du bien à celui qui le reçoit. Le pardon améliore notre relation avec celui à qui nous pardonnons. Mais le pardon fait du bien également à celui qui pardonne. C’est bon pour nous. Pardonner nous donne la paix. Ça nous libère de la rancune, de la colère, et de la dureté du cœur. Pardonner révèle à l’autre qu’il est bon, même s’il a fait du mal. Pardonner révèle à l’autre qu’il peut être aimé, même s’il n’a pas aimé les autres.

Le pardon libère. Pardonner libère. C’est le don de Jésus à chacun de nous et il nous donne la paix. Jésus nous invite à nous donner le pardon les uns aux autres.

La transmission de la foi est toujours un événement communautaire, ecclésial

Troisième dimanche de Pâques, Année A – 30 avril 2017

Actes 2,14.22b-33
1 Pierre 1,17-21
Luc 24,13-35

La première lecture d’aujourd’hui, tirée des Actes des Apôtres (2,14.22-33), nous présente le premier de six discours (suivront Actes 3,12-26; 4,8-12; 5,29-32; 10,34-43; 13,16-41) qui traitent de la résurrection de Jésus et de son sens messianique. Cinq de ces discours sont attribués à Pierre et le dernier à Paul. On peut donner à ces discours des Actes le nom de « kérygme », terme grec qui désigne la proclamation (1 Corinthiens 15,11). L’allocution de Pierre comporte une introduction et deux parties : dans la première (v. 16-21), il explique que les temps messianiques annoncés par Joël sont maintenant advenus; dans la seconde (v. 22-36), il proclame que Jésus de Nazareth, que les juifs ont crucifié, est le Messie promis par Dieu, celui qu’attendaient les justes de l’Ancien Testament; c’est Lui qui est venu réaliser le dessein salvifique de Dieu pour l’humanité.

Pour montrer que Jésus de Nazareth est bien le Messie annoncé par les prophètes, Pierre rappelle à ses auditeurs les miracles du Seigneur (v.22) ainsi que sa mort (v.23), sa résurrection (v.24-32) et son ascension glorieuse (v.33-35). Le discours de Pierre se termine par un bref résumé (v.36). Pierre proclame ainsi le message qui peut transformer la vie de quiconque l’entend. Ce message n’a pas changé et n’a rien perdu aujourd’hui de sa puissance. C’est un message qui continue d’apporter l’espoir aux désespérés, la vie à qui est mort dans le péché et le pardon à ceux et celles qui ploient sous le fardeau de leurs fautes.

Un récit catéchétique et liturgique

Le récit d’Emmaüs, que nous présente l’Évangile d’aujourd’hui, est au cœur du chapitre que Luc consacre à la résurrection. Dans cette histoire des deux disciples sur la route (v.13-35), Luc met l’accent sur l’interprétation de l’Écriture par Jésus ressuscité et sur la reconnaissance du Seigneur au moment de la fraction du pain. Les références aux citations de l’Écriture et l’explication qui en est donnée (24,25-27), la proclamation kérygmatique (v.34) et le geste liturgique (v.30) suggèrent que l’épisode est avant tout catéchétique et liturgique plutôt qu’apologétique.

Quand nous rencontrons les disciples sur la route d’Emmaüs, c’est le soir et la lueur du premier jour de Pâques commence à s’estomper. La résurrection n’est encore qu’une rumeur, un conte. Mais sous le dialogue on devine un profond désir et une faim bienheureuse. Intimement mêlé à leur scepticisme perce un espoir, leur besoin que Dieu soit vivant, vibrant et présent dans leur monde de mort. Mais le bagage de leur doute paralyse la ferveur de leur foi et ils n’arrivent pas à reconnaître Jésus. Sans avoir conscience de ce qu’ils disent vraiment, les deux disciples professent plusieurs des éléments centraux du credo de la foi chrétienne mais ils n’arrivent pas à comprendre la nécessité de la souffrance du Messie, qu’avaient annoncée les Écritures.

L’étranger sur la route d’Emmaüs prend le scepticisme et la curiosité des disciples et les intègre à la trame de l’Écriture. Jésus ses interlocuteurs au défi de réinterpréter les événements des jours précédents à la lumière des Écritures. Mais Cléophas et son ami « ne comprennent pas et sont lents à croire tout ce qu’ont dit les prophètes » (v.25). Le Messie devait souffrir et mourir pour entrer dans sa gloire. Luc est le seul auteur du Nouveau Testament à parler explicitement d’un Messie souffrant (Luc 24,26.46; Actes 3,18; 17,3; 26,23). L’idée d’un Messie souffrant ne se trouve ni dans l’Ancien Testament ni dans aucun texte juif antérieur à la période du Nouveau Testament, quoiqu’on y trouve une allusion en Marc 8,31-33.

Enfin, c’est dans l’intimité de la fraction du pain que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils reconnaissent le Ressuscité à leur côté. À Emmaüs, le Christ ressuscité pose les mêmes gestes qu’à la multiplication des pains (9,16) et à la dernière Cène. Au moment de décrire ce moment de la reconnaissance, l’évangéliste a sûrement à l’esprit les nombreux repas de Jésus, et en particulier le dernier (cf. Luc 5,29; 7,36; 14,1.12.15.16; 22,14). Après avoir fait de la sorte l’expérience du Christ ressuscité, les disciples d’Emmaüs croient.

Comprendre la résurrection suppose donc une double démarche : il faut connaître le message des Écritures et, par la fraction et le partage du pain avec la communauté des croyants, faire l’expérience de Celui dont elles parlent, Jésus le Seigneur.

Le motif du voyage

Le motif du voyage dans le récit d’Emmaüs n’est pas simplement fonction de la distance entre Jérusalem et Emmaüs; en fait, il évoque aussi le cheminement douloureux et graduel des paroles qui doivent passer de la tête au cœur, la démarche d’une naissance à la foi, d’un retour à une relation adéquate avec cet étranger qui est nul autre que Jésus le Seigneur. Le Seigneur nous écoute et il est toujours là. La pédagogie du Seigneur à l’égard de ses disciples nous le montre toujours à l’écoute, en particulier aux heures difficiles, quand on a chuté, quand on est en proie au doute, à la déception et à la frustration. Ses paroles touchent le cœur des disciples, qui devient « brûlant »; elles les arrachent aux ténèbres de la tristesse et du désespoir, elles nourrissent en eux le désir de demeurer avec lui : Reste avec nous, Seigneur.

Les disciples atterrés ne commencent à évoluer qu’une fois éclairés par le Christ ressuscité, qui leur explique à l’aide des Saintes Écritures comment Dieu agit dans une monde résistant et au milieu de personnes réticentes et pécheresses comme nous. Cette victoire, en fait, est pleine d’ironie car les forces du rejet et les expériences de souffrance et de péché deviennent autant d’instruments au service de la réalisation du dessein de Dieu sur le monde !

Les mots qui transmettent la vie

Permettez-moi de vous présenter un texte particulièrement frappant sur « le devoir d’évangéliser »; il est tiré du document préparatoire du Synode des évêques « la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne », qui aurait lieu en 2012. Ce texte offre une perspective unique sur le récit d’Emmaüs (n° 2).

La parole des disciples d’Emmaüs (cf. Luc 24, 13-35) est emblématique de la possibilité qu’échoue l’annonce du Christ, parce qu’incapable de transmettre la vie. Les deux disciples annoncent un mort (cf. Luc 24, 21-24), racontent leur frustration et leur espérance perdue. Ils parlent de la possibilité, pour l’Église de tout temps, d’une annonce qui ne donne pas la vie mais retient dans la mort le Christ annoncé, les annonceurs et les destinataires de l’annonce.

La question sur la transmission de la foi – qui n’est ni individualiste ni solitaire, mais un événement communautaire et ecclésial – ne doit pas orienter les réponses dans le sens de la recherche de stratégies efficaces de communication, ni se centrer de façon analytique, sur les destinataires – les jeunes, par exemple – ; elle doit se décliner comme une question concernant le sujet chargé de cette opération spirituelle. Elle doit devenir une question de l’Église sur elle-même. Ce qui permet de poser le problème de façon non extrinsèque mais correcte, puisqu’elle met en cause toute l’Église dans son essence et dans sa vie. De cette manière, il peut être possible aussi de comprendre le fait que le problème de l’infécondité de l’évangélisation aujourd’hui, de la catéchèse des temps modernes, est un problème ecclésiologique, qui concerne la capacité ou l’incapacité de l’Église de se configurer en une communauté réelle, en une authentique fraternité, en un corps, et non en une machine ou une entreprise.

Questions pour la réflexion cette semaine

1) Comme Église, comme ministres, comme leaders laïcs, avons-nous déjà eu le sentiment que nos paroles sont incapables de transmettre la vie aux autres ? Avons-nous annoncé un mort au lieu du Seigneur vivant ? En quoi nos paroles et le message de l’Église ont-ils retenu dans la mort le Christ annoncé et les destinataires du message ?

2) Qu’est-ce qui nous empêche de devenir une vraie communauté, une vraie fraternité, un corps vivant, au lieu d’une machine ou d’une entreprise ?

3) Quels sont les événements du passé qui ont influencé, gêné ou bloqué notre proclamation et notre façon d’être Église ? Comment certains événements nous ont-ils aidés à raffiner et à repenser notre proclamation ?

4) Qu’est-ce que l’Esprit dit à notre Église à travers ces événements ? Quelles nouvelles formes d’évangélisation l’Esprit nous enseigne-t-il et exige-t-il de nous ?

Nous sommes de nouveau des pèlerins

Il y a plusieurs années, lors de ma première visite à la communauté œcuménique de Taizé, en France, j’ai entendu cette méditation que proposaient feu le Frère Roger Schutz et sa communauté. Je ne l’ai jamais oubliée.

Nous sommes de nouveau des pèlerins sur le chemin d’Emmaüs…
Nous avons la tête courbée au moment de rencontrer l’Étranger
qui s’approche et vient avec nous.
Comme le soir tombe, nous essayons de distinguer son visage
tandis qu’il nous parle, qu’il parle à notre cœur.
En interprétant le Livre de la vie,
il prend nos espoirs brisés et les embrase :
la route se fait plus légère tandis que,
rassemblant les braises, nous apprenons à attiser la flamme.
Si nous l’invitons ce soir, il viendra s’asseoir
et ensemble nous partagerons le repas.
Et alors, tous ceux qui ne croyaient plus
verront, et viendra l’heure de la Reconnaissance.
Il rompra le pain des larmes à la table des pauvres
et chacun recevra la manne à satiété.
Nous retournerons à Jérusalem pour proclamer hautement
ce qu’il nous a murmuré à l’oreille.
Et assurément nous trouverons là des frères et des sœurs
qui nous accueilleront en disant :
« Nous aussi, nous l’avons rencontré ! »
Car nous le savons, la miséricorde de Dieu
est venue visiter la terre des vivants !

De la blessure de son cœur jaillit la grande vague de la miséricorde

Deuxième dimanche de Pâques, Année A – 23 avril 2017
Dimanche de la Divine Miséricorde

Actes 2,42-47
1 Pierre 1,3-9
Jean 20,19-31

Le nom de « Thomas » désigne encore aujourd’hui celui qui n’accepte de croire que ce qu’il a vu de ses yeux, l’incrédule, le « sceptique ». « Thomas l’incrédule » renvoie évidemment à l’un des Douze, dont le nom figure dans toutes les listes d’apôtres que donnent les évangiles. Thomas est appelé « Didyme », forme grecque d’un terme araméen qui désigne « le jumeau ». Quand Jésus annonça qu’il avait l’intention de retourner en Judée visiter Lazare, Thomas dit aux autres disciples : « Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui » (Jean 11,16). C’est encore Thomas qui, pendant le grand discours qui suivit la dernière Cène, souleva une objection : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas; comment pourrions-nous savoir le chemin ? » (Jean 14,5)

Le Nouveau Testament ne nous en apprend pas beaucoup plus sur l’apôtre Thomas; néanmoins, à cause du passage tiré aujourd’hui de l’évangile de Jean (Jean 20,19-31), sa personnalité nous est plus familière que celle de plusieurs des Douze. Thomas aura reçu l’enseignement de Jésus et il aura sûrement été bouleversé par sa mort. Le soir de Pâques, quand le Seigneur apparut aux disciples, Thomas n’y était pas. Quand on lui dit que Jésus était vivant et qu’il s’était manifesté, Thomas déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n’y croirai pas » (Jean 20,25). Huit jours plus tard, Thomas fit son acte de foi et se mérita une observation de Jésus : « Parce que tu m’as vu, tu crois; heureux ceux qui croiront sans avoir vu ».

Le vrai Thomas

L’apôtre Thomas est l’un des plus grands amis et l’un des plus honnêtes disciples de Jésus, non pas l’éternel sceptique, l’entêté crâneur qu’en a fait souvent la tradition chrétienne. Ce jeune apôtre s’est retrouvé devant la croix, incapable de trouver un sens à l’horreur de l’événement. Tous ses rêves, tous ses espoirs pendaient à cette croix. C’est au sein de la communauté croyante des apôtres et des disciples que Thomas a redécouvert sa foi. Voilà une chose qu’il ne faut jamais oublier, surtout à une époque où tant de gens prétendent qu’on peut arriver à la foi et à la vie spirituelle sans vivre l’expérience de la communauté ecclésiale. Nous ne croyons pas chacune, chacun pour soi, en individus isolés; non, par le baptême, nous devenons membres de la grande famille de l’Église. C’est précisément la foi professée par la communauté que nous appelons l’Église qui vient renforcer notre foi personnelle. Chaque dimanche à la messe, nous professons ensemble notre foi soit selon la formule du credo de Nicée, soit avec les mots du symbole des Apôtres. Ce faisant, nous sommes préservés du danger de croire en un dieu qui ne serait pas celui que le Christ nous a révélé.

La foi n’est pas un acte isolé

N’oublions pas le numéro 166 du Catéchisme de l’Église catholique :

La foi est un acte personnel : la réponse libre de l’homme à l’initiative de Dieu qui se révèle. Mais la foi n’est pas un acte isolé. Nul ne peut croire seul, comme nul ne peut vivre seul. Nul ne s’est donné la foi à lui-même comme nul ne s’est donné la vie à lui-même. Le croyant a reçu la foi d’autrui, il doit la transmettre à autrui. Notre amour pour Jésus et pour les hommes nous pousse à parler à autrui de notre foi. Chaque croyant est ainsi comme un maillon dans la grande chaîne des croyants. Je ne peux croire sans être porté par la foi des autres, et par ma foi, je contribue à porter la foi des autres.

Le dimanche de la divine miséricorde

Le dimanche de la divine miséricorde célèbre l’amour miséricordieux de Dieu, qui resplendit dans le Triduum pascal et dans tout le mystère de Pâques. Cette fête reprend une ancienne tradition liturgique, dont on trouve un écho dans un enseignement attribué à saint Augustin au sujet de l’Octave de Pâques; Augustin parlait de la semaine de Pâques comme des « jours de la miséricorde et du pardon » et du jour même de l’Octave comme du « condensé des jours de la miséricorde ».

L’intérêt du pape Jean-Paul II pour la miséricorde divine remonte à sa jeunesse à Cracovie, dans la Pologne occupée de la Deuxième Guerre mondiale, quand Karol Wojtyla fut témoin de tant de souffrance et de cruauté. Il y a vu les rafles : des centaines, des milliers de personnes ramassées pour être enfermées dans les camps de concentration et asservies aux travaux forcés. Dans sa ville natale de Wadowice, il comptait plusieurs amis juifs qui disparurent dans la Shoah. C’est pendant ces années de terreur que Karol Wojtyla décida d’entrer au séminaire clandestin du cardinal Sapieha, à Cracovie. Oui, il a vécu le besoin de la miséricorde de Dieu et le besoin qu’a l’humanité de pratiquer la miséricorde mutuelle. Au séminaire, il fit la connaissance d’un autre séminariste, Andrzej Deskur (il deviendra un jour cardinal) qui lui exposa le message de la divine miséricorde tel qu’il avait été révélé à une religieuse mystique polonaise, S. Maria Faustyna Kowalska, morte en 1938 à l’âge de 33 ans.

Le pape de la divine miséricorde

Dès le début de son pontificat, en 1980, le pape Jean-Paul II consacra toute une encyclique au thème de la miséricorde divine (Dives in Misericordia – Dieu riche en miséricorde) pour bien montrer que le cœur de la mission de Jésus Christ a été de révéler l’amour miséricordieux du Père. En 1993, quand le pape Jean-Paul II béatifia Sœur Faustyna Kowalska, il déclara dans son homélie : « Sa mission se poursuit et donne un fruit étonnant. Il est vraiment merveilleux de voir comment sa dévotion à Jésus miséricordieux se répand dans le monde contemporain et gagne de plus en plus de cœurs ! »

Quatre ans plus tard, en 1997, le Saint Père se rendit sur la tombe de la Bienheureuse Faustyna à Lagiewniki, en Pologne; son message ne manquait pas de force : « Il n’y a rien dont l’homme ait un plus grand besoin que de la divine miséricorde… De là jaillit le message de miséricorde que le Christ lui-même a choisi de transmettre à notre génération par l’entremise de la Bienheureuse Faustyna. »

En 2000, l’année du Jubilé, le pape Jean-Paul II canonisa S. Faustyna; elle devenait ainsi la première sainte du nouveau millénaire; du même coup, le pape instituait dans l’Église universelle le Dimanche de la divine miséricorde, célébré désormais le deuxième dimanche de Pâques. À l’homélie, il affirma : « Jésus montre ses mains et son côté. C’est-à-dire qu’il montre les blessures de la Passion, en particulier la blessure du cœur, source d’où jaillit la grande vague de miséricorde qui se déverse sur l’humanité. »

Un an plus tard, dans son homélie pour le Dimanche de la divine miséricorde 2001, le pape présentait le message de la miséricorde confié à sainte Faustyna comme « la réponse adéquate et incisive que Dieu a voulu offrir aux hommes de notre temps, marqué par d’immenses tragédies… La Miséricorde divine ! Voilà le don pascal que l’Église reçoit du Christ ressuscité et qu’il offre à l’humanité, à l’aube du troisième millénaire. »

De retour à Lagiewniki, en Pologne, en 2002, lors de la dédicace du nouveau Sanctuaire de la Divine Miséricorde, le Saint Père consacra le monde entier à la miséricorde divine : « Je le fais avec le désir que le message de l’amour miséricordieux de Dieu, proclamé ici à travers sainte Faustyna, atteigne tous les habitants de la terre et remplisse leur cœur d’espérance. »

Dans l’allocution qu’il prononça au Regina Cœli du dimanche 23 avril, le pape Benoît XVI déclara : « Le mystère de l’amour miséricordieux de Dieu est placé au centre du Pontificat de mon vénéré prédécesseur. » Et la Providence a voulu que cette année, le jour même du Dimanche de la divine miséricorde, le pape Benoît XVI proclame bienheureux son prédécesseur le pape Jean-Paul II, grand apôtre et ambassadeur de la miséricorde divine.

La miséricorde est notre sceau

Il faut nous poser la question : qu’y a-t-il de nouveau dans ce message sur la miséricorde divine ? Pourquoi le pape Jean-Paul II a-t-il tant insisté sur cet aspect de l’amour de Dieu à notre époque ? Cette dévotion ne reprend-elle pas le culte du Sacré Cœur de Jésus ? La miséricorde est une vertu chrétienne importante, très différente de la justice et de la rétribution. Tout en reconnaissant la douleur de la blessure et les raisons qui justifient le châtiment, la miséricorde adopte une approche différente pour remédier à la situation. La miséricorde s’efforce de changer radicalement la condition et l’âme de l’agresseur pour qu’il résiste au mal : c’est souvent en lui révélant l’amour et sa propre beauté qu’elle y arrive. Si une punition est appliquée, elle doit l’être pour le salut, et non par souci de vengeance ou de rétribution. C’est là une question très embrouillée aujourd’hui et un message des plus complexes… mais il n’y a pas d’autre façon d’aller de l’avant et de devenir levain dans la pâte du monde d’aujourd’hui, d’être vraiment sel et lumière au sein d’une culture qui a perdu la saveur de l’Évangile et la lumière du Christ.

Là où dominent la haine et la soif de vengeance, là où la guerre n’apporte que mort et souffrance aux innocents, là où la violence détruit un nombre incalculable de vies innocentes, il faut la grâce de la miséricorde pour replacer le cœur et l’esprit humain et pour susciter la guérison et la paix. Partout où font défaut le respect de la vie et de la dignité humaine, l’amour miséricordieux de Dieu est indispensable car c’est à sa lumière que nous percevons la valeur inexprimable de chaque être humain. La miséricorde est nécessaire pour mettre un terme à toutes les injustices dans le monde. Le message de la miséricorde, c’est que Dieu nous aime, qu’il nous aime toutes et tous, si grands que soient nos péchés. La miséricorde de Dieu est plus grande que nos péchés si bien que nous pouvons faire appel à Lui avec confiance, recevoir sa miséricorde et la laisser couler en nous et à travers nous jusqu’aux autres. Au fond, la miséricorde comprend la faiblesse, elle est la capacité de pardonner.

L’apôtre de la divine miséricorde

Dans son ministère sacerdotal et épiscopal, et en particulier pendant tout son pontificat, le pape Jean-Paul II a prêché la miséricorde de Dieu, il a écrit sur elle et, surtout, il l’a vécue. Il a pardonné à l’homme qui avait été choisi pour l’assassiner, place Saint-Pierre. Le pape qui avait été témoin du scandale des divisions entre chrétiens et des atrocités commises contre le peuple juif fit tout ce qu’il put pour guérir les blessures causées par les conflits du passé entre les catholiques et les autres églises chrétiennes et, en particulier, avec le peuple juif.

Aujourd’hui, en ce jour où l’Église proclame bienheureux ce grand apôtre de la miséricorde et de la paix, c’est avec beaucoup d’affection et une profonde gratitude que je me rappelle les paroles émouvantes qu’il prononça à la fin de la messe de la Journée mondiale de la Jeunesse 2002, au parc Downsview de Toronto. Ces paroles nous rappellent l’importance et la nécessité de la miséricorde dans l’Église d’aujourd’hui :

Aux heures difficiles de la vie de l’Église, la poursuite de la sainteté devient d’autant plus urgente. Et la sainteté n’est pas affaire d’âge ; la sainteté est affaire de vie dans l’Esprit Saint… Ne laissez pas mourir l’espérance ! Misez votre vie sur elle… Car nous ne sommes pas la somme de nos faiblesses et de nos échecs; nous sommes la somme de l’amour du Père pour nous et de la capacité que nous avons de devenir l’image de son Fils.

Prions aujourd’hui dans la joie et la gratitude :

Seigneur, toi qui es riche en miséricorde
et qui as voulu que Saint Jean-Paul II
préside comme pape à ton Église universelle,
accorde-nous, nous t’en prions, qu’instruits par son enseignement,
nous puissions ouvrir nos cœurs à la grâce salvifique du Christ,
seul rédempteur de l’humanité,
qui vit et règne avec toi dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu pour les siècles des siècles.

Homélie du pape François lors de la Vigile Pascale

Le soir du Samedi Saint à la basilique vaticane, le pape François a présidé la Vigile Pascale. Le rite commence dans l’atrium de la basilique Saint-Pierre avec la bénédiction du feu et la préparation du cierge pascal. La procession vers l’autel avec le cierge pascal, accompagnée de l’Exultet, est suivie de la Liturgie de la Parole et de la Liturgie du Baptême pendant laquelle le Pape administre les sacrements d’initiation à 11 néophytes d’Espagne, de la République Tchèque, d’Italie, des États-Unis, d’Albanie, de Malte, de Malaisie et de Chine.

Voici la traduction en français de l’homélie du pape François suite à la proclamation de l’Évangile de Pâques:

«Après le sabbat, à l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l’autre Marie vinrent pour regarder le sépulcre» (Mt 28, 1). Nous pouvons imaginer ces pas…: le pas typique de celui qui va au cimetière, un pas fatigué de confusion, un pas affaibli de celui qui ne se convainc pas que tout soit fini de cette manière… Nous pouvons imaginer leurs visages pâles, baignés de larmes… Et la question : comment est-ce possible que l’Amour soit mort?

À la différence des disciples, elles sont là – comme elles ont accompagné le dernier soupir du Maître sur la croix et puis Joseph d’Arimathie pour lui donner une sépulture -; deux femmes capables de ne pas fuir, capables de résister, d’affronter la vie telle qu’elle se présente et de supporter la saveur amère des injustices. Et les voici, devant le sépulcre, entre la douleur et l’incapacité de se résigner, d’accepter que tout doive finir ainsi pour toujours.

Et si nous faisons un effort d’imagination, dans le visage de ces femmes, nous pouvons trouver les visages de nombreuses mères et grand-mères, le visage d’enfants et de jeunes qui supportent le poids et la douleur de tant d’injustices si inhumaines. Nous voyons reflétés en eux les visages de ceux qui, marchant par la ville, sentent la douleur de la misère, la douleur de l’exploitation et de la traite. En eux, nous voyons aussi les visages de ceux qui font l’expérience du mépris, parce qu’ils sont immigrés, orphelins de patrie, de maison, de famille; les visages de ceux dont le regard révèle solitude et abandon, parce qu’ils ont les mains trop rugueuses. Elles reflètent le visage de femmes, de mères qui pleurent en voyant que la vie de leurs enfants reste ensevelie sous le poids de la corruption qui prive de droits et brise de nombreuses aspirations, sous l’égoïsme quotidien qui crucifie et ensevelit l’espérance de beaucoup, sous la bureaucratie paralysante et stérile qui ne permet pas que les choses changent. Dans leur douleur, elles ont le visage de tous ceux qui, en marchant par la ville, voient leur dignité crucifiée.

Dans le visage de ces femmes, il y a de nombreux visages, peut-être trouvons-nous ton visage et le mien. Comme elles, nous pouvons nous sentir poussés à marcher, à ne pas nous résigner au fait que les choses doivent finir ainsi. Certes, nous portons en nous une promesse et la certitude de la fidélité de Dieu. Mais aussi nos visages parlent de blessures, parlent de nombreuses infidélités – les nôtres et celles des autres – parlent de tentatives et de batailles perdues. Notre cœur sait que les choses peuvent être autres, mais sans nous en rendre compte, nous pouvons nous habituer à cohabiter avec le sépulcre, à cohabiter avec la frustration. De plus, nous pouvons arriver à nous convaincre que c’est la loi de la vie, en nous anesthésiant grâce à des évasions qui ne font rien d’autre qu’éteindre l’espérance mise par Dieu dans nos mains. Ainsi sont, tant de fois, nos pas, ainsi est notre marche, comme celle de ces femmes, une marche entre le désir de Dieu et une triste résignation. Ce n’est pas uniquement le Maître qui meurt: avec lui meurt notre espérance.

«Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre» (Mt 28, 2). Subitement, ces femmes ont reçu une forte secousse, quelque chose et quelqu’un a fait trembler la terre sous leurs pieds. Quelqu’un, encore une fois, est venu à leur rencontre pour leur dire : ‘‘N’ayez pas peur’’, mais cette fois-ci en ajoutant: ‘‘Il est ressuscité comme il l’avait dit’’. Et voici l’annonce dont, de génération en génération, cette Nuit nous fait le don : N’ayons pas peur, frères, il est ressuscité comme il avait dit ! La vie arrachée, détruite, annihilée sur la croix s’est réveillée et arrive à frémir de nouveau (Cf. R. Guardini, Il Signore, Milano, 1984, p. 501). Le fait que le Ressuscité frémit s’offre à nous comme un don, comme un cadeau, comme un horizon. Le fait que le Ressuscité frémit est ce qui nous est donné et qu’il nous est demandé de donner à notre tour comme force transformatrice, comme ferment d’une nouvelle humanité. Par la Résurrection, le Christ n’a pas seulement ôté la pierre du sépulcre, mais il veut aussi faire sauter toutes les barrières qui nous enferment dans nos pessimismes stériles, dans nos mondes de calculs conceptuels qui nous éloignent de la vie, dans nos recherches obsessionnelles de sécurité et dans les ambitions démesurées capables de jouer avec la dignité des autres.

Lorsque le Grand Prêtre, les chefs religieux en complicité avec les romains avaient cru pouvoir tout calculer, lorsqu’ils avaient cru que le dernier mot était dit et qu’il leur revenait de le déterminer, Dieu fait irruption pour bouleverser tous les critères et offrir ainsi une nouvelle possibilité. Dieu, encore une fois, vient à notre rencontre pour établir et consolider un temps nouveau, le temps de la miséricorde. C’est la promesse faite depuis toujours, c’est la surprise de Dieu pour son peuple fidèle: réjouis-toi, car ta vie cache un germe de résurrection, un don de vie qui attend d’être réveillé.

Et voici ce que cette nuit nous appelle à annoncer: le frémissement du Ressuscité, Christ est vivant! Et c’est ce qui a changé le pas de Marie Madeleine et de l’autre Marie: c’est ce qui les fait repartir en hâte et les fait courir pour apporter la nouvelle (cf. Mt 28, 8); c’est ce qui les fait revenir sur leurs pas et sur leurs regards; elles retournent en ville pour rencontrer les autres.

Comme avec elles, nous sommes entrés dans le sépulcre, ainsi avec elles, je vous invite à aller, à revenir en ville, à revenir sur nos propres pas, sur nos regards. Allons avec elles annoncer la nouvelle, allons… Partout où il semble que le tombeau a eu le dernier mot et où il semble que la mort a été l’unique solution. Allons annoncer, partager, révéler que c’est vrai: le Seigneur est vivant. Il est vivant et veut ressusciter dans beaucoup de visages qui ont enseveli l’espérance, ont enseveli les rêves, ont enseveli la dignité. Et si nous ne sommes pas capables de laisser l’Esprit nous conduire par ce chemin, alors nous ne sommes pas chrétiens.

Allons et laissons-nous surprendre par cette aube différente, laissons-nous surprendre par la nouveauté que seul le Christ peut offrir. Laissons sa tendresse et son amour guider nos pas, laissons le battement de son cœur transformer notre faible frémissement.

Chemin de croix présidé par le pape François au Colisée de Rome

CNS photo/Paul Haring

VENDREDI SAINT PASSION DU SEIGNEUR

CHEMIN DE CROIX PRÉSIDÉ PAR LE PAPE FRANÇOIS

COLISÉE ROME, 14 AVRIL 2017

MÉDITATIONS d’Anne-Marie Pelletier

Chemin de Croix au Colosée de Rome – 14 avril 2017

Ouverture

L’Heure est donc venue. Le chemin de Jésus sur les routes poudreuses de Galilée et de Judée, à la rencontre des corps et des cœurs en souffrance, pressé par l’urgence d’annoncer le Royaume, ce chemin s’arrête ici, aujourd’hui.

Sur la colline du Golgotha. Aujourd’hui la croix barre le chemin. Jésus n’ira pas plus loin. Impossible d’aller plus loin !
L’amour de Dieu reçoit ici sa pleine mesure, sans mesure.

Aujourd’hui l’amour du Père, qui veut que, par le Fils, tous les hommes soient sauvés, va jusqu’au bout, là où nous n’avons plus de mots, où nous perdons pied, où notre piété est débordée par l’excès des pensées de Dieu.

Car, au Golgotha, contre toutes les apparences, il s’agit de vie. Et de grâce. Et de paix. Il s’agit, non pas du règne du mal que nous connaissons trop, mais de la victoire de l’amour.

Et, à l’aplomb de la même croix, il s’agit de notre monde, avec toutes ses chutes et ses douleurs, ses appels et ses révoltes, tout ce qui crie vers Dieu, aujourd’hui, depuis les terres de misère ou de guerre, dans les foyers déchirés, les prisons, sur les embarcations surchargées de migrants…

Tant de larmes, tant de misère dans la coupe que le Fils boit pour nous.

Tant de larmes, tant de misère qui ne sont pas perdues dans l’océan du temps, mais recueillies par lui, pour être transfigurées dans le mystère d’un amour où le mal est englouti.

C’est bien de la fidélité invincible de Dieu à notre humanité qu’il s’agit au Golgotha.

C’est une naissance qui s’y opère !

Il nous faut oser dire que la joie de l’Évangile est la vérité de cet instant !

Si notre regard ne rejoint pas cette vérité, alors nous restons prisonniers de rets de la souffrance et de la mort. Et nous rendons vaine pour nous la Passion du Christ.

Prière

Seigneur, nos yeux sont obscurs. Et comment t’accompagner si loin ? « Miséricorde » est ton nom. Mais ce nom est une folie.
Qu’éclatent les vieilles outres de nos cœurs !

Guéris notre regard pour qu’il s’illumine de la bonne nouvelle de l’Évangile, à l’heure où nous nous tenons au pied de la Croix de ton Fils.

Et nous pourrons célébrer « la longueur, la largeur, la profondeur et la hauteur » (Ep 3,18) de l’amour du Christ, le cœur consolé et ébloui.


1ère Station : Jésus est condamné à mort

De l’Évangile selon Luc

Lorsqu’il fit jour, le conseil des Anciens du peuple se réunit, grands prêtres et scribes. Ils l’amenèrent devant leur tribunal (22,66).

De l’Évangile selon Marc

Tous prononcèrent qu’il méritait la mort. Puis quelques-uns se mirent à lui cracher dessus, et à le gifler en disant :  » Fais le prophète « . Et les valets le bourrèrent de coups (14,64-65).

Méditation

Il n’a pas fallu beaucoup de délibération aux hommes du Sanhédrin pour se prononcer. Depuis longtemps déjà, la cause était entendue. Il faut que Jésus meure !

Ainsi pensaient déjà ceux qui voulaient le précipiter depuis l’escarpement de la colline, le jour où, dans la synagogue de Nazareth, Jésus avait déplié le rouleau en proclamant lui-même les mots du livre d’Isaïe : « L’Esprit de Dieu repose sur moi, l’Esprit de Dieu m’a consacré… pour annoncer une année de grâce de la part du Seigneur » (Lc 4,18.19).

Déjà, quand il avait guéri l’infirme à la piscine de Bethesda, inaugurant le Sabbat de Dieu qui libère de toutes les captivités, les murmures homicides avaient enflé contre lui (cf. Jn 5,1-18).

Et, dans la dernière ligne du chemin, tandis qu’il montait à Jérusalem pour la Pâque, l’étau s’était resserré, inexorablement : il n’échapperait plus à ses ennemis (cf. Jn 11,45-57).

Mais il nous faut avoir la mémoire plus longue encore. Dès Bethléem, aux jours de sa naissance, Hérode avait décrété qu’il devait mourir. L’épée des sbires du roi usurpateur massacra les petits enfants de Bethléem. Jésus échappa alors à leur furie. Mais pour un temps seulement. Il n’était déjà plus qu’une vie en sursis. Dans les pleurs de Rachel sur ses enfants qui ne sont plus résonne, en sanglots, la prophétie de la douleur que Syméon annoncera à Marie (cf. Mt 2,16-18; Lc 2,34-35).

Prière

Seigneur Jésus, toi le Fils bien-aimé, qui est venu nous visiter, passant parmi nous en faisant le bien, rendant à la vie ceux qui habitent l’ombre de la mort, tu sais nos cœurs tortueux.

Nous déclarons être amis du bien et vouloir la vie. Mais nous sommes pécheurs et complices de la mort.

Nous nous proclamons tes disciples, mais nous prenons des chemins qui se perdent loin de tes pensées, loin de ta justice et de ta miséricorde. Ne nous abandonne pas à nos violences.

Que ta patience pour nous ne s’épuise pas. Délivre-nous du mal !

Pater noster

« Ô mon peuple, que t’ai-je fait ? En quoi t’ai-je contristé ? Réponds-moi » (Impropères)


2ème Station : Jésus est renié par Pierre

De l’Évangile selon Luc

Environ une heure plus tard, un autre insistait : « C’est sûr, disait-il celui-là était avec lui ; et puis, il est Galiléen ». Pierre répondit : « Je ne sais pas ce que tu veux dire ». Et aussitôt, comme il parlait encore, un coq chanta. Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre ; et Pierre se rappela la parole du Seigneur qui lui avait dit : « Avant que le coq chante aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois ». Il sortit et pleura amèrement (22,59-62).

Méditation

Autour d’un brasero, dans la cour du Sanhédrin, Pierre et quelques autres se réchauffent en ces heures froides de la nuit que traversent des allées et venues fiévreuses. A l’intérieur, le sort de Jésus va se jouer, dans le face à face avec ses accusateurs. C’est sa mort qu’ils vont exiger.

Comme une marée qui monte, l’hostilité enfle à l’entour. Comme l’étoupe s’enflamme, la haine prend et se multiplie. Bientôt une foule vociférante exigera de Pilate la grâce pour Barrabas et la condamnation de Jésus.

Difficile de se déclarer ami d’un condamné à mort sans être traversé d’un frisson d’effroi. La fidélité intrépide de Pierre ne va pas résister aux paroles soupçonneuses de la servante, la portière du lieu.

Reconnaître qu’il est disciple du rabbi galiléen, ce serait faire plus de cas de la fidélité à Jésus que de sa propre vie ! Quand elle implique ce courage, la vérité a du mal à trouver des témoins… Les hommes sont faits ainsi que beaucoup lui préfèrent alors le mensonge ; et Pierre est de notre humanité. Il trahit, à trois reprises. Puis il croise le regard de Jésus. Et ses larmes coulent, amères et pourtant douces, comme une eau qui lave une souillure.

Bientôt, dans quelques jours, auprès d’un autre feu de braise, sur le rivage du lac, Pierre reconnaîtra son Seigneur ressuscité, qui lui confiera le soin de ses brebis. Pierre apprendra sans mesure le pardon que prononce le Ressuscité sur toutes nos trahisons. Et il recevra part à une fidélité qui, désormais, lui fera accepter sa propre mort comme une offrande jointe à celle du Christ.

Seigneur, notre Dieu, tu as voulu que ce soit Pierre, le disciple renégat et pardonné, qui reçoive la charge de guider ton troupeau.

Inscris dans nos cœurs la confiance et la joie de savoir que, en toi, nous pouvons traverser les ravins de la peur et de l’infidélité.

Fais que, instruits par Pierre, tous tes disciples soient les témoins du regard que tu portes sur nos défaillances. Que jamais, nos duretés ou nos désespoirs ne rendent vaine la Résurrection de ton Fils !

Pater noster

Christ mort pour nos péchés,
Christ ressuscité pour notre vie,
nous t’en prions, prends pitié de nous.


3ème Station : Jésus et Pilate

De l’Évangile selon Marc

L’ayant amené et livré à Pilate, ils multipliaient contre lui leurs accusations. Le matin, les grands- prêtres préparèrent un conseil avec les anciens, les scribes, et tout le Sanhédrin ; puis après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate. Et les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations. Pilate, voulant contenter la foule, leur relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le leur livra pour être crucifié (Mc 15,1.3.15).

De l’Évangile selon Matthieu

Pilate prit de l’eau et se lava les mains en présence de la foule en disant : « Je suis innocent du sang de cet homme ; à vous de voir ! » (Mt 27,24)

Du livre du prophète Isaïe

Nous tous, comme des moutons, nous étions errants, chacun suivant son propre chemin, et le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à tous (Is 53,6).

Méditation

Rome de César Auguste, la nation civilisatrice, dont les légions se font une mission de conquérir les peuples, pour leur apporter les bienfaits de son ordre juste !

Rome, aussi, présente à la Passion de Jésus en la personne de Pilate, le représentant de l’empereur, le garant du droit et de la justice en terre étrangère.

Pourtant, le même Pilate qui déclare ne trouver aucun mal en Jésus est celui qui ratifie sa condamnation à mort. Dans le prétoire où Jésus est en procès, la vérité éclate : la justice des païens n’est pas supérieure à celle du Sanhédrin des Juifs !

Décidément ce Juste, qui concentre étrangement sur lui les pensées homicides du cœur humain, réconcilie Juifs et païens. Mais c’est, pour l’instant, en les faisant également complices du meurtre de lui-même. Pourtant le temps vient – il est tout proche – où ce Juste les réconciliera autrement, par la Croix et par un pardon qui les rejoindra tous, Juifs et païens, les guérira ensemble de leurs lâchetés et les libérera de leur commune violence.

Une seule condition pour avoir part à ce don : ce sera de confesser l’innocence du seul Innocent, l’Agneau de Dieu immolé pour le péché du monde. Ce sera de renoncer à la suffisance qui murmure en nous : « Je suis innocent du sang de cet homme ». Ce sera de plaider coupable, dans la confiance qu’un amour infini nous enveloppe tous, juifs et païens, et que Dieu nous appelle tous à devenir ses fils.

Prière

Seigneur, notre Dieu, face à Jésus livré et condamné, nous ne savons faire autre chose que de nous disculper et d’accuser les autres. Si longtemps, nous chrétiens avons chargé ton peuple Israël du poids de ta condamnation à mort. Si longtemps, nous avons ignoré que nous devions nous reconnaître tous complices dans le péché, pour être tous sauvés par le sang de Jésus crucifié.

Donne-nous de reconnaître en ton Fils l’Innocent, le seul de toute notre histoire. Lui qui a accepté d’être « fait péché pour nous » (cf. 2 Co 5,21), afin que par lui tu puisses nous retrouver, humanité recréée dans l’innocence en laquelle tu nous créas, et en laquelle tu nous fais tes fils.

Pater noster

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?


4ème Station : Jésus Roi de gloire

De l’Évangile selon Marc

Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais. Ils le revêtirent de pourpre, puis, ayant tressé une couronne d’épines, ils la lui mirent sur la tête. Ils se mirent à le saluer : « Salut, roi des Juifs » (15,16-18).

Du livre du prophète Isaïe

Sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits ; objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance comme quelqu’un devant qui on se voile la face, méprisé, nous n’en faisions aucun cas. Et nous autres, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié (Is 53,2-4).

Méditation

Banalité du mal. Ils sont légion les hommes, les femmes, les enfants mêmes, violentés, humiliés, torturés, assassinés, sous tous les cieux, en chaque temps de l’histoire.

Sans chercher protection dans la condition divine qui est la sienne, Jésus prend place dans le terrible cortège des souffrances que l’homme inflige à l’homme. Il sait la déréliction des humiliés et des plus abandonnés.

Mais de quelle aide nous serait la souffrance d’un innocent de plus ?

Celui-là qui est l’un de nous est d’abord le Fils bien-aimé du Père, qui vient accomplir toute justice par son obéissance. Et soudain tous les signes s’inversent. Voilà que les paroles et les gestes de dérision de ses tortionnaires nous découvrent – ô paradoxe absolu – l’insondable vérité : celle de la vraie, de l’unique royauté, révélée comme celle d’un amour qui n’a rien voulu savoir d’autre que la volonté du Père et son désir que tous les hommes soient sauvés. « Tu ne voulais ni sacrifice, ni oblation, alors j’ai dit : “voici je viens. Au rouleau du livre, il m’est prescrit de faire tes volontés” » (Ps 40,7-9).

Cette heure du Vendredi saint le proclame : il est une seule gloire en ce monde et dans l’autre, qui est de connaître et d’accomplir la volonté du Père. Nul d’entre nous ne peut prétendre à plus haute dignité que celle d’être fils en Celui qui s’est fait obéissant pour nous jusqu’à la mort de la croix.

Prière

Seigneur, notre Dieu, nous t’en prions, en ce jour saint qui accomplit la révélation : renverse en nous et en notre monde les idoles. Tu sais leur pouvoir sur nos esprits et sur nos cœurs.

Renverse en nous les figures mensongères de la réussite et de la gloire.

Renverse en nous les images sans cesse renaissantes d’un Dieu selon nos pensées, d’un Dieu distant, si loin du visage révélé dans l’alliance et qui se découvre aujourd’hui en Jésus, au-delà de toute prévision, en excès de toute espérance.

Lui que nous confessons comme le « resplendissement de [ta] gloire » (He 1,3).

Fais-nous entrer dans la joie éternelle, qui nous fait acclamer en Jésus revêtu de pourpre et couronné d’épines, le roi de gloire que chante le psaume : « Portes, levez vos frontons, Elevez-vous portes éternelles, qu’il entre le roi de gloire » (Ps 24,9).

Pater noster

« Portes, levez vos frontons,
Elevez-vous portes éternelles,
qu’il entre le roi de gloire »


5ème Station : Jésus porte sa croix

Du livre des Lamentations

Vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez s’il est une douleur pareille à la douleur qui me tourmente dont le Seigneur m’a affligée au jour de sa brûlante colère (Lm 1,12).

Du Psaume 146

Heureux qui a l’appui du Dieu de Jacob et son espoir dans le Seigneur son Dieu… Le Seigneur délie les enchaînés, le Seigneur rend la vue aux aveugles, le Seigneur redresse les courbés, le Seigneur protège l’étranger, il soutient l’orphelin et la veuve (Ps 146,5-9).

Méditation

Sur le rude chemin du Golgotha, Jésus n’a pas porté la croix comme un trophée ! Il ne ressemble en rien aux héros de nos imaginations qui terrassent glorieusement des ennemis maléfiques.

Pas après pas, il a marché, le corps toujours plus pesant et plus lent. Il a éprouvé sa chair entamée par le bois du supplice, les jambes qui défaillent sous la charge.

Génération après génération, l’Église a médité ce chemin jalonné de trébuchements et de chutes.

Jésus tombe, se relève, puis retombe, reprend la marche épuisante, probablement sous les coups des gardes qui l’escortent, puisque c’est ainsi que sont traités, maltraités, les condamnés en notre monde.

Celui qui a relevé les corps grabataires, redressé la femme courbée, arraché à son lit de mort la petite fille de Jaïre, remis debout tant d’accablés, le voici aujourd’hui effondré sur le sol poussiéreux.

Le Très Haut est à terre.

Fixons le regard sur Jésus. Par lui, le Très Haut nous enseigne qu’il est aussi, ô stupeur, le Très Bas, prêt à descendre jusqu’à nous, toujours plus bas s’il le faut, de sorte qu’aucun ne se perde dans les bas-fonds de sa misère.

Prière

Seigneur, notre Dieu, tu descends au fond de notre nuit, sans mettre de limite à ton humiliation, puisque c’est en elle que tu rejoins la terre souvent ingrate, parfois dévastée, de nos vies.

Donne à ton Eglise, nous t’en supplions, de témoigner que le Très Haut et le Très Bas sont un seul visage en toi. Donne-lui de porter à tous ceux qui tombent la nouvelle de l’Evangile : aucune chute ne peut nous soustraire à ta miséricorde. Il n’existe aucune perte, aucun abîme qui soient trop profonds pour que tu ne puisses retrouver celui qui s’est égaré.

Pater noster

Voici, je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté.


6ème Station : Jésus et Simon de Cyrène

De l’Évangile selon Luc

Comme ils l’emmenaient, ils mirent la main sur un certain Simon de Cyrène qui revenait des champs et le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus (23,26).

De l’Évangile selon Matthieu

« Quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer, étranger et de t’accueillir, nu et de te vêtir, malade ou prisonnier et de venir te voir ? » (25,37-39).

Méditation

Jésus trébuche sur le chemin, le dos écrasé sous le poids de la croix. Mais il faut aller de l’avant, marcher, et encore marcher, car c’est le Golgotha, le sinistre « lieu du Crâne », hors les murs de la ville, qui est le but de l’escadron qui presse Jésus.

Un homme est justement de passage, qui a les bras solides. A l’évidence, il est étranger aux événements du jour. Il rentre chez lui, ignorant tout de l’histoire du rabbi Jésus, quand il est réquisitionné par les gardes pour porter la croix.

Qu’aura-t-il su du condamné poussé par les gardes vers son supplice ? Que pouvait-il connaître de celui qui « n’avait plus figure humaine », tel le serviteur défiguré d’Isaïe ?

De sa surprise, d’une première objection peut-être, de la pitié qui l’a saisi, rien ne nous est dit. L’Evangile a seulement gardé mémoire de son nom, Simon, originaire de Cyrène. Mais l’Evangile a aussi voulu porter jusqu’à nous le nom de ce libyen et son pauvre geste de secours, pour nous enseigner qu’en soulageant la peine d’un condamné à mort, Simon a soulagé la peine de Jésus, le Fils de Dieu, qui croisa son chemin dans la condition d’esclave, endossée pour nous, endossée pour lui, pour le salut du monde. Sans qu’il le sache.

Prière

Seigneur, notre Dieu, tu nous as révélé qu’en chaque pauvre qui est nu, qui est prisonnier, qui est assoiffé, c’est toi qui te présente à nous, et c’est toi que nous recevons, visitons, revêtons ou désaltérons :

« J’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir » (Mt 25,36).

Mystère de ta rencontre avec notre humanité ! C’est ainsi que tu rejoins tout homme ! Nul n’est privé de cette rencontre, s’il consent à être un homme de compassion.

Nous te présentons, comme une offrande sainte, tous les gestes de bonté, d’accueil, de dévouement, qui sont accomplis chaque jour en notre monde.

Daigne les reconnaître comme la vérité de notre humanité, qui parle plus haut que tous les gestes de rejet ou de haine.

Daigne bénir les hommes et les femmes de compassion, qui te rendent gloire, même s’ils ne savent pas encore prononcer ton nom.

Pater noster

Christ mort pour nos péchés,
Christ ressuscité pour notre vie,
Nous t’en prions, prends pitié de nous.


7ème Station : Jésus et les filles de Jérusalem

De l’Évangile selon Luc

Le peuple, en grande foule, le suivait ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. Mais se retournant vers elles, Jésus dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi. Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants… Car si on traite ainsi le bois vert, qu’arrivera-t-il au bois sec » (23,27-28.31).

Méditation

Les pleurs que Jésus confie aux filles de Jérusalem comme une œuvre de compassion, ces pleurs des femmes ne manquent pas à notre monde.

Ils coulent silencieusement sur les joues des femmes. Plus souvent encore, probablement, de façon invisible, dans leur cœur, comme les larmes de sang dont parle Catherine de Sienne.

Non que les larmes reviennent aux femmes, comme si leur lot était d’être pleureuses passives et impuissantes, au milieu d’une histoire que les hommes, seuls, seraient censés écrire.

Car leurs pleurs sont aussi, et d’abord, tous ceux qu’elles recueillent, loin de tout regard et de toute célébration, dans un monde où il y a beaucoup à pleurer. Pleurs des petits enfants terrorisés, des blessés des champs de bataille en appel d’une mère, pleurs solitaires des malades et des mourants au seuil de l’inconnu. Pleurs de désarroi, qui ruissellent sur la face de notre monde qui fut créé, au premier jour, pour des larmes de joie, dans la jubilation de l’homme et de la femme ensemble.

Et même, Etty Hillesum, femme forte d’Israël demeurée debout dans la tourmente de la persécution nazie, qui aura plaidé jusqu’au bout la bonté de la vie, nous souffle à l’oreille ce secret qu’elle devine au terme de sa route : il y a des larmes à consoler sur le visage de Dieu, quand il pleure sur la misère des siens.

Dans l’enfer qui engloutit le monde, elle ose prier Dieu : « Je vais essayer de t’aider », lui dit-elle. Audace si féminine et si divine !

Prière

Seigneur, notre Dieu, Dieu de tendresse et de pitié, Dieu plein d’amour et de fidélité, apprends-nous, dans les jours heureux, à ne pas mépriser les larmes des pauvres qui crient vers toi et qui nous appellent au secours. Apprends-nous à ne pas passer indifférents auprès d’eux. Apprends-nous à oser pleurer avec eux.

Apprends-nous aussi, dans la nuit de nos peines, de nos solitudes et de nos déceptions, à entendre la parole de grâce que tu nous révélas sur la montagne : « Bienheureux ceux qui pleurent, ils seront consolés » (Mt 5,4).

Pater noster

Christ mort pour nos péchés,
Christ ressuscité pour notre vie,
Nous t’en prions, prends pitié de nous.


 8ème Station : Jésus est dépouillé de ses vêtements

De l’Évangile selon Jean

Ils prirent ses vêtements et firent quatre parts, une part pour chaque soldat, et la tunique (Jn 19,23).

Du livre de Job

« Nu je suis sorti du sein maternel et nu j’y retournerai » (1,21).

Méditation

Le corps humilié de Jésus est dépouillé. Exposé aux regards de dérision et de mépris. Le corps de Jésus labouré de plaies et destiné à l’ultime supplice de la crucifixion. Humainement, qu’y aurait-il à faire d’autre que de baisser les yeux pour ne pas ajouter à son déshonneur ?

Mais l’Esprit vient au secours de notre désarroi. Il nous apprend à entendre la langue de Dieu, langue de la kénose, cet abaissement de Dieu pour nous rejoindre là où nous sommes.

C’est cette langue de Dieu que parle pour nous le théologien orthodoxe Christos Yannaras : « Langue de la kénose : Jésus enfant nu dans la crèche, dénudé dans le fleuve, recevant le baptême comme un serviteur, suspendu à l’arbre de la croix, nu, comme un malfaiteur. C’est par tout cela qu’il a manifesté son amour pour nous ».

Entrant dans ce mystère de grâce, nous pouvons rouvrir les yeux sur le corps supplicié de Jésus. Alors nous commençons à discerner ce que notre œil ne peut voir : sa nudité rayonne de la même lumière que celle dont irradiait son vêtement, lors de la Transfiguration.

Lumière qui fait reculer toute ténèbre.

Lumière irrésistible de l’amour jusqu’au bout. Prière

Prière

Seigneur notre Dieu, nous plaçons sous tes yeux la foule immense des hommes qui subissent la torture, l’affreux cortège des corps maltraités, tremblant d’angoisse à l’approche des coups, agonisant dans des bas-fonds sordides.

Recueille leur plainte, nous t’en supplions.

Le mal nous laisse sans voix et sans secours.

Mais toi tu sais ce que nous ne savons pas. Tu sais trouver un passage dans le chaos et la noirceur du mal. Tu sais faire éclater déjà, dans la Passion de ton Fils bien-aimé, la vie de la résurrection.

Augmente en nous la foi !
Nous te présentons aussi la folie des tortionnaires et de leurs commanditaires.

Elle aussi nous laisse sans voix… Sauf à te prier et à t’implorer dans les larmes avec les mots de la prière que tu nous as enseignée : « Délivre-nous du mal » !

Pater noster

Christ mort pour nos péchés
Christ ressuscité pour notre vie,
Nous t’en prions, prends pitié de nous.


 9ème Station : Jésus est crucifié

De l’Évangile selon Luc

Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils l’y crucifièrent, ainsi que les malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. Et Jésus disait : « Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (23,33-34).

Du livre du prophète Isaïe

Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison (53,5).

Méditation

Vraiment Dieu est là où il ne devrait pas être !

Le Fils bien-aimé, le Saint de Dieu, est ce corps exhibé sur une croix d’infamie, livré au déshonneur, entre deux malfaiteurs. Homme de douleur dont on se détourne. A vrai dire, comme on se détourne de tant d’êtres humains défigurés que croisent nos chemins.

Le Verbe de Dieu, en qui tout fut créé, n’est plus qu’une chair muette et souffrante. La cruauté de notre humanité s’est déchaînée contre lui, et elle a vaincu.

Oui, Dieu est là où il ne devrait pas être et où, pourtant, nous avons tellement besoin qu’il soit !

Il était venu pour nous partager sa vie. « Prenez ! » n’a-t-il cessé de dire en offrant sa guérison aux infirmes, son pardon aux cœurs égarés, son corps au repas de la Pâque.

Mais il s’est retrouvé entre nos mains, en territoire de mort et de violence. Celle qui nous sidère dans l’actualité du monde. Celle aussi qui rôde en chacun : les moines tués à Tibhirine le savaient bien eux qui ajoutaient à leur prière « Désarme-les ! », l’imploration « Désarme-nous ! ».

Il fallait que la douceur de Dieu visite nos enfers, seul moyen de nous délivrer du mal.

Il fallait que le Christ Jésus importe l’infinie tendresse de Dieu au cœur du péché du monde.

Il fallait cela, afin qu’exposée à la vie de Dieu, la mort recule et s’effondre, comme un ennemi qui a trouvé plus fort que lui et qui disparaît dans le néant.

Prière

Seigneur, notre Dieu, accueille notre louange silencieuse.

Comme les rois qui restent sans voix devant l’œuvre du serviteur que la prophétie d’Isaïe révèle (cf. 52,15), nous sommes dans la stupéfaction devant l’Agneau immolé pour notre vie et celle du monde. Nous confessons que par tes blessures, nous sommes guéris.

« Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? J’élèverai la coupe du salut […] Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâces, et j’invoquerai le nom du Seigneur » (Ps 116,12.17).

Pater noster

Christ mort pour nos péchés Christ
ressuscité pour notre vie,
Nous t’en prions, prends pitié de nous.


10ème Station : Jésus tourné en dérision sur la croix

De l’Évangile selon Luc

Les chefs se moquaient : « Il en a sauvé d’autres, disaient-ils ; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ de Dieu, l’Élu ! ». Les soldats aussi se gaussèrent de lui ; s’approchant pour lui présenter du vinaigre, ils disaient : « Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même ». Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs ». L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même et nous aussi ! » (23,35-39).

« Si tu es Fils de Dieu, dis à cette pierre qu’elle devienne du pain … Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas… Car il est écrit : “ Les anges te porteront sur leurs mains de peur que ton pied ne heurte une pierre ” » (4,3.9-11).

Méditation

Jésus n’aurait-il pas pu descendre de la croix ? Nous osons à peine nous formuler cette question. L’Évangile ne la met-il pas dans la bouche des impies ?

Pourtant, elle nous hante, à la mesure même dont nous appartenons encore au monde de la tentation, que Jésus a affrontée durant les quarante jours au désert, porche et ouverture de son ministère. “ Si tu es Fils de Dieu change ces pierres en pain, […] jette-toi du haut du temple, puisque Dieu veille sur son ami…”. Mais, à la mesure dont, baptisés dans la mort et dans la résurrection du Christ Jésus, nous le suivons sur son chemin, les défis du Malin n’ont plus de prise sur nous, ils sont réduits à néant, leur mensonge est dévoilé.

Alors se découvre l’impérieuse nécessité du « il fallait » (Lc 24,26), que Jésus enseigne patiemment et ardemment aux marcheurs du chemin d’Emmaüs.

« Il fallait… » que le Christ soit dans cette obéissance et cette impuissance, pour nous rejoindre dans l’impuissance, où nous a mis notre désobéissance.

Et nous commençons à concevoir que « seul le Dieu souffrant peut sauver », comme l’écrivait le pasteur Dietrich Bonhoeffer, aux derniers mois de sa vie assassinée, quand, éprouvant jusqu’au bout la puissance du mal, il pouvait ramasser, en cette vérité simple et vertigineuse, la confession de foi chrétienne.

Prière

Seigneur, notre Dieu, qui nous délivrera des pièges de la puissance selon le monde ? Qui nous libérera de la tyrannie des mensonges, qui nous font exalter les puissants et courir nous-mêmes après les fausses gloires ?

Toi seul peux convertir nos cœurs.

Toi seul peux nous faire aimer les voies de l’humilité.

Toi seul…, qui nous révèles qu’il n’est de victoire que dans l’amour, et que tout le reste n’est que paille que le vent disperse, mirage qui s’évanouit sous ta vérité.

Nous t’en prions, Seigneur, dissipe les mensonges qui veulent régner sur nos cœurs et sur le monde. Fais-nous vivre selon tes voies, pour que le monde reconnaisse la puissance de la Croix.

Pater noster…

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?


 11ème Station : Jésus et sa mère

De l’Évangile selon Jean

Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie de Magdala. Jésus, voyant sa mère et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis, il dit au disciple : « Voici ta mère ». Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui (Jn 19,25-27).

Méditation

Marie, elle aussi, est parvenue au terme du chemin. La voici arrivée à ce jour dont parlait le vieillard Siméon. Lorsqu’il avait élevé dans ses bras tremblants le petit enfant et que son action de grâces s’était prolongée par des mots mystérieux, qui tissaient ensemble drame et espérance, douleur et salut.

« Vois !, avait-il déclaré, cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction, – et toi-même une épée te transpercera l’âme ! – afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs » (Lc 2,34-35).

Déjà la visite de l’ange avait fait retentir dans son cœur l’incroyable annonce : Dieu avait choisi sa vie pour faire éclore la nouveauté promise à Israël, « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu » (1 Co 2,9 ; cf. Is 64,3). Et elle avait consenti à ce projet divin, qui commencerait par bouleverser sa chair, qui accompagnerait ensuite l’enfant né de son sein sur des voies imprévisibles.

Au long des jours si ordinaires de Nazareth, puis au temps de la vie publique, quand il avait fallu faire place à l’autre famille, celle des disciples, ces étrangers dont Jésus se faisait des frères, des sœurs, une mère, elle avait gardé ces choses dans son cœur. Elle les avait remises à la longue patience de sa foi.

Aujourd’hui est le temps de l’accomplissement. Le glaive qui perce le côté du Fils perce aussi son cœur. Marie aussi s’enfonce dans la confiance sans appui, où Jésus vit jusqu’au bout l’obéissance au Père.

Debout, elle ne déserte pas. Stabat Mater. Elle sait, de nuit, mais de certitude, que Dieu tient promesse. Elle sait, de nuit, mais de certitude, que Jésus est la promesse et son accomplissement.

Prière

Marie, mère de Dieu et femme de notre race, toi qui nous engendres maternellement en celui que tu as engendré, soutiens en nous la foi aux heures de ténèbres, apprends-nous l’espérance contre toute espérance.

Garde toute l’Eglise dans une veille fidèle, comme le fut ta fidélité, humblement docile aux pensées de Dieu, qui nous attirent là où nous ne penserions pas aller, qui nous associent, par-delà toute prévision, à l’œuvre du salut.

Pater noster

Salve, Regina, mater misericordiae;
Vita, dulcedo et spes nostra, salve.


12ème Station : Jésus meurt sur la croix

De l’Évangile selon Jean

Jésus dit : « J’ai soif ». Un vase était là, rempli de vinaigre. On mit autour d’une branche d’hysope une éponge imbibée de vinaigre et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « C’est achevé » et, inclinant la tête, il remit l’esprit. […] Venus à Jésus, quand ils virent qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais l’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté, il sortit aussitôt du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage – son témoignage est véridique, et celui-là sait qu’il dit vrai – pour que vous aussi, vous croyiez (19, 28-30.33-35).

Méditation

Maintenant, tout est achevé. La tâche de Jésus est accomplie. Il était sorti du Père pour la mission de la miséricorde. Celle-ci a été remplie avec une fidélité qui aura été jusqu’au bout de l’amour. Tout est accompli. Jésus remet son esprit entre les mains du Père.

Apparemment, il est vrai, tout semble s’abîmer dans le silence de la mort qui tombe sur le Golgotha et les trois croix dressées. En ce jour de la Passion qui va vers sa fin, pour qui passe par ce chemin y aurait-il autre chose à comprendre que l’échec de Jésus, la ruine d’une espérance qui avait rendu cœur à beaucoup, consolé les pauvres, relevé les humiliés, laissé entrevoir aux disciples que le temps était venu où Dieu accomplissait les promesses annoncées par ses prophètes ? Tout cela paraissait perdu, ruiné, effondré.

Pourtant, au milieu de tant de déception, voilà que l’évangéliste Jean fixe nos yeux sur un détail minuscule et s’y arrête avec solennité. De l’eau et du sang coulent du côté du Crucifié. Ô
étonnement ! La blessure ouverte par la lance du soldat est passage pour de l’eau et du sang, qui nous parlent de vie et de naissance.

Le message est infiniment discret, mais tellement éloquent pour les cœurs qui ont un peu de mémoire. Du corps de Jésus jaillit la source que le prophète a vu sortir du Temple. La source qui grossit et se change en un fleuve puissant, dont les eaux assainissent et font fructifier tout ce qu’elles touchent sur leur passage. Jésus n’avait-il pas désigné un jour son corps comme le temple nouveau ? Et le « sang de l’alliance » accompagne l’eau. Jésus n’avait-il pas parlé de sa chair et de son sang comme nourriture pour la vie éternelle ?

Prière

Seigneur, Jésus, en ces jours saints du mystère pascal renouvelle en nous la joie de notre baptême.

Quand nous contemplons l’eau et le sang qui coulent de ton côté, enseigne-nous à reconnaître de quelle source notre vie est engendrée, de quel amour ton Église est édifiée, pour quelle espérance à partager au monde tu nous as élus et tu nous envoies.

« Ici est la source de vie qui lave tout l’univers, jaillissant de la plaie du Christ » : que notre baptême soit notre seule gloire, dans une action de grâces émerveillée.

Pater noster

Digne est l’Agneau égorgé de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire et la louange, dans les siècles des siècles ! Amen !


13ème Station : Jésus est descendu de la croix

De l’Évangile selon Luc

[Joseph d’Arimathie] descendit le corps, le roula dans un linceul et le mit dans une tombe taillée dans le roc, où personne encore n’avait été placé (Lc 23,53).

Méditation

Gestes de sollicitude et d’honneur pour le corps profané et humilié de Jésus. Des hommes et les femmes se retrouvent au pied de la croix. Joseph, originaire d’Arimathie, « homme bon et juste » (Lc 23,50), qui réclame le corps à Pilate, rapporte saint Luc, Nicodème, le visiteur du soir, ajoute saint Jean. Et des femmes, obstinément fidèles, regardent.

La méditation de l’Église a aimé leur adjoindre la Vierge Marie si vraisemblablement présente, elle aussi, à cet instant.

Marie, Mère de pitié, qui reçoit dans ses bras le corps né de sa chair et tendrement, discrètement accompagné au long des années, comme une mère demeure dans le souci de son enfant.

Désormais, c’est un corps immense qu’elle recueille, à la mesure de sa douleur, à la mesure de la création nouvelle qui s’enfante de la passion d’amour qui a traversé le cœur du fils et de la mère.

Dans le grand silence qui s’est installé après les vociférations de la troupe, les quolibets des passants et les bruits de la crucifixion, les gestes ne sont plus maintenant que douceur, caresse de respect. Joseph descend le corps qui s’abandonne entre ses bras. Il l’enveloppe dans un linceul, le dépose à l’intérieur du tombeau tout neuf, qui attend son hôte dans le jardin tout proche.

Jésus a été arraché aux mains de ses meurtriers. Désormais, dans la mort, il se retrouve entre celles de la tendresse et de la compassion.

La violence des hommes homicides a reflué très loin. La douceur a fait retour au lieu du supplice.

Douceur de Dieu et de ceux qui lui appartiennent, ces cœurs doux auxquels Jésus promit un jour qu’ils posséderaient la terre. Douceur originelle de la création et de l’homme à l’image de Dieu. Douceur du terme, quand toute larme sera séchée, tandis que le loup habitera avec l’agneau, parce que la connaissance de Dieu aura rejoint toute chair (cf. Is 11, 6.9).

Chant à Marie

Ô Marie, ne pleure plus : ton fils, notre Seigneur, s’endort dans la paix. Et son Père, dans la gloire, ouvre les portes de la vie !

Ô Marie, réjouis-toi : Jésus ressuscité a vaincu la mort !

Pater noster

En ta paix, Seigneur, je me couche et m’endors.
Je m’éveille : tu es mon soutien.


14ème station : Jésus dans le tombeau et les femmes

De l’Évangile selon Luc

Cependant les femmes qui étaient venues avec Jésus de Galilée avaient suivi Joseph ; elles regardèrent le tombeau et comment son corps avait été mis. Puis elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et durant le Sabbat, elles se tinrent en repos, selon le précepte (23,55-56).

Méditation

Les femmes s’en sont retournées. Celui qu’elles avaient accompagné, marcheuses endurantes et secourables sur les routes de Galilée, celui-là n’est plus. Il ne leur laisse pour compagnie, ce soir, que la vision qu’elles emportent de son tombeau et du linceul où il repose maintenant. Pauvre et précieux souvenir de jours fervents anéantis. Solitude et silence. D’ailleurs, le Sabbat approche, qui convie Israël à chômer, comme Dieu chôma, quand la création fut achevée, accomplie sous sa bénédiction.

C’est d’un autre achèvement qu’il s’agit aujourd’hui. Pour l’heure caché et impénétrable. Sabbat où se tenir aujourd’hui immobile, dans le recueillement du cœur et de la mémoire voilée de larmes. En préparant aussi les parfums et les aromates dont elles feront leur dernier hommage à son corps, demain, au petit jour.

Mais s’apprêtent-elles seulement, par ce geste, à embaumer leur espérance ?

Et si Dieu avait préparé une réponse à leur sollicitude qu’elles ne peuvent deviner, imaginer, pressentir même… La découverte d’un tombeau vide…, l’annonce qu’il n’est plus ici, parce qu’il a brisé les portes de la mort…

Prière

Seigneur notre Dieu, daigne voir et bénir tous les gestes des femmes qui honorent dans notre monde la fragilité des corps qu’elles entourent de douceur et d’honneur.

Et nous, qui t’avons accompagné sur ce chemin de l’amour jusqu’au bout, daigne nous garder, avec les femmes de l’Évangile, dans la prière et dans l’attente que nous savons exaucées par la résurrection de Jésus, que ton Église s’apprête à célébrer dans l’exultation de la nuit pascale.

Pater noster

A lui gloire et puissance dans les siècles des siècles ! Amen !

Les Sept dernières paroles du Christ: 7e réflexion de carême

Septième parole
« Père, entre tes mains je remets mon esprit. »
Luc 23, 44-46

  1. Cette dernière parole est tirée du Psaume 31. Pourquoi Luc met-il les paroles de ce psaume sur les lèvres de Jésus et non pas le psaume 22 tel que nous le retrouvons dans le récit de Mathieu et de Marc ?
  2. Qu’est-ce que ces dernières paroles nous disent sur le désir de Jésus pour nous et sur notre relation à Dieu ?
  3. De quelle manière « cultiver une attitude intérieure d’abandon total et inconditionnel envers Dieu ? »
  4. Nous sommes tous pécheurs. Qu’est-ce que Dieu veut pour nous en tant que pécheurs ?
  5. Avant son élection comme pape Jean-Paul 1er, le cardinal Albino Luciani écrit une lettre à Jésus dans laquelle il exprimait son insuf sance de mots et d’expressions que nous ressentons tous alors que nous nous adressons à Jésus. Cette Semaine Sainte, pouvez-vous prendre le temps d’écrire votre propre lettre à Jésus ?
  6. Lors des Journées mondiales de la Jeunesse 2016, le pape François s’exprimait ainsi :
    « Le Chemin de la croix est celui du bonheur de suivre le Christ jusqu’au bout, dans des circonstances souvent dramatiques de la vie quotidienne ; […] C’est un chemin d’espoir, un chemin pour le futur ». Alors que nous acceptons d’entrer dans cette démarche que nous propose le Chemin de Croix de ce Vendredi Saint, comment apporterons-nous ce chemin d’espoir dans notre famille, notre milieu de travail et dans notre cœur ?

Les Sept dernières paroles du Christ: 6e réflexion de carême

Sixième parole
« Tout est accompli. »
Jean 19, 29-30

  1. Quel est le sens plénier du mot « accompli » dans le contexte du récit de la Passion de Jean ?
  2. Pour l’évangéliste Jean, pourquoi le Vendredi Saint est-il une première Pentecôte ?
  3. Lorsque nous xons notre regard sur Jésus cruci é, que voyons-nous ?
  4. Est-ce qu’une personne dans notre vie fut un point d’ancrage pour nous ?
  5. « La mort ne peut empêcher les personnes importantes dans nos vies de devenir des points d’ancrage pour nous ». Est-ce qu’une personne aimée défunte fut un point d’ancrage pour moi ?
  6. Le Vendredi Saint, pourquoi prions-nous pour nos frères et sœurs d’autres confessions religieuses ?

Comme des fioles d’albâtre de nard…

Veillée Pascale – samedi 15 avril 2017

Genèse 1,1-2,2 ; Genèse 22,1-18
Exode 14,15-15,1
Isaïe 54,5-15 ; Isaïe 55,1-11
Baruch 3,9-15.32-4,2
Ézéchiel 36,16-17a.18-28
Romains 6,3-11
Matthieu 28,1-10

L’histoire tragique du Vendredi Saint ne se termine pas avec la mort de Jésus. Il y a une suite. Dieu élève Jésus des morts et écrit de ce fait un autre chapitre dans l’histoire du salut. Il y aura un lendemain parce que le tombeau n’est pas la fin. L’annonce, qui a changé la tristesse de ces femmes pieuses en joie, résonne avec une éloquence invariable dans toute l’Église au cours de la célébration de la Vigile Pascale.

Un tombeau à Jérusalem

Au milieu de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, on trouve le tombeau de Jésus, un sanctuaire au Christ ressuscité. Il n’est pas là. Il est parmi nous. Ayant vécu à Jérusalem pendant presque quatre ans, je vous assure que tout autour de ce tombeau, on peut voir les restes terriblement humains de plus de deux milles ans de discorde, de chaos et de corruption qui continuent jusqu’à ce jour. Néanmoins, il s’agit du sanctuaire et du lieu saint les plus importants pour les chrétiens. La résurrection de Jésus est le signe que Dieu va finalement gagner. Au Calvaire, et ailleurs dans l’Église, la corruption semble effrénée. En cette nuit où le Seigneur a brisé les chaînes de la mort, nous savons en bout de ligne que Dieu est victorieux. Je sais cela dans ma chair et dans mes os, dans mon cœur, parce qu’à soixante-dix pieds du Calvaire il y a un tombeau qui est maintenant vide. Dieu vaincra le péché et la mort. Dieu établira une société juste. Comme chrétiens, nous avons un message encore plus profond : non pas que Dieu va gagner, mais que nous, dans le Christ, allons gagner…

Les leçons des femmes de Pâques

Nous avons toujours des leçons profondes à apprendre des femmes qui ont couru au tombeau au premier matin de Pâques. Elles représentaient les femmes innombrables, inconnues et pourtant dévouées qui faisaient partie des foules auxquelles Jésus s’est adressé et dans les maisons qu’il a visitées. Elles étaient les femmes courageuses qui se sont précipitées dehors pour toucher la frange de son manteau. Elles ont crié après lui ; elles sont entrées dans les maisons qu’il visitait sans y être elles-mêmes invitées, elles ont versé le nard le plus cher et le plus parfumé sur ses pieds à la consternation des critiques. Certaines l’ont rencontré aux puits à midi. Elles l’ont attendu, et l’ont accompagné de Galilée à Samarie à Jérusalem.

Elles connaissaient la promesse qui leur avait été faite, elles l’ont accueilli, elles savaient, de part la manière dont il les traitait, l’impact de leur témoignage sur lui, et elles ne craignaient pas de lui montrer leur amour. En fin de compte, elles se sont tenues près de son corps mourant, alors que les hommes se cachaient par crainte des autorités. Ce sont des femmes qui ont moulu des épices pour l’ensevelir et elles avaient calculé comment rouler la pierre de son tombeau. Elles se sont occupées de ses affaires de son vivant et après sa mort. Elles ont été récompensées de leur fidélité en étant les premières destinataires de la bonne nouvelle de la résurrection.

Femmes au tombeau et femmes de l’Église

Toutes les fois que je lis cet évangile de Pâques, je ne peux que penser aux innombrables religieuses qui ont considérablement influencé ma vie, depuis mon enfance, et encouragé à être un chrétien et un prêtre. Je me rappelle avec gratitude les Religieuses du Sacré-Cœur et les Sœurs de Saint-Joseph de Rochester, mes premières enseignantes. Je me souviens avec émotion des Sœurs de la Sainte-Famille de Spoleto et les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie avec qui j’ai eu le privilège du travailler au cours de mes premières années de ministère pastoral au Canada. Les Sœurs de Sion, les Soeurs Salvatorienes d’El-Quebeibeh d’Emmaüs et de Nazareth et les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition m’ont montré comment aimer et imiter le Seigneur dans sa propre patrie pendant mes études supérieures.
Plus tard les Sœurs de Saint-Joseph de Toronto et de Hamilton et les Sœurs de la Miséricorde d’Irlande ont partagé avec moi des années très fructueuses du ministère au Centre Newman de Toronto et plus particulièrement pendant la Journée mondiale de la jeunesse 2002. La diminution des effectifs de plusieurs de ces congrégations religieuses au sein de l’Église est cause de tristesse, mais également de gratitude profonde. Je regrette que plusieurs générations de jeunes n’aient jamais la joie de connaître des femmes religieuses comme je les connaissais : enseignantes, agentes de pastorale, collègues et amies.

Bien que leurs « charismes » demeurent vivants à travers des institutions gérées dans bien des cas par des laïcs, rien ne pourra jamais remplacer leur présence dans la vie de l’Église et dans nos propres histoires personnelles. Leurs vies étaient des fioles d’albâtre de nard versées en service actif, dans des œuvres courageuses et prophétiques, et en présence attentive jusqu’à la fin. Leur action au nom de Jésus était remplie d’espérance, positive, courageuse, et sans ambiguïté. Leur foi active en lui et leur manière décisive de le suivre sont, en conclusion, la beauté et l’éloquence invariables de la vocation de l’Église. Quand je pense à cette première Pâques, dans un mystérieux jardin à l’extérieur des murs de Jérusalem, je ne peux que me rappeler des femmes fidèles dans ma vie qui ont porté le message de la résurrection aux extrémités de la terre.

« Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie ! Alléluia ! »

Crucifié non pas pour condamner mais pour sauver : le don de Vendredi saint

Une réflexion sur la Passion de notre Seigneur

Qu’est-ce que nous célébrons le Vendredi saint ? Pourquoi nous attardons-nous à la Passion du Christ chaque année au lieu de sauter directement dans la joie de la résurrection ? Ne savons-nous pas que Jésus est ressuscité ? Souffrons-nous d’ amnésie annuelle, en nous remémorant les mêmes évènements sans arrêt ?

Le Vendredi saint, nous nous rassemblerons en silence devant la Croix du Christ. Les prêtres et les diacres se prosterneront, face contre terre, solennels devant la souffrance de Jésus. Nous écouterons la lecture de la Passion selon Saint Jean. Nous nous agenouillerons silencieusement lorsque nous entendrons les dernières paroles de Jésus sur la Croix, « Tout est accompli ». Nous marquerons ce jour par un jeûne, nos cœurs contemplant la mort de Dieu aux mains des hommes pleins de haine. Nous serons sans voix devant la torture d’un homme innocent.

Quel est le sens de tout cela ?

Est-ce simplement pour aiguiser notre culpabilité ? Est-ce pour nous mettre mal à l’aise, en tant que membres d’une espèce qui a tué Dieu incarné quand Il est venu sur terre ? Est-ce pour engendrer la désespérance et la tristesse ?

Nous trouvons une clé pour répondre à ces questions dans la Lettre aux Hébreux, deuxième lecture du Vendredi saint, qui nous oriente vers la signification de ce que nous célébrons :

« En Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours » (Hébreux 4,14-16).

Sur la Croix, nous ne voyons pas un juge tyrannique. Nous ne voyons pas un censeur venu nous condamner. Nous ne voyons pas un Dieu qui est nerveux et amer. Nous voyons notre Sauveur. Nous voyons Jésus. Nous voyons un homme en train de souffrir volontairement pour notre salut. Nous voyons la miséricorde du Père donnée à chacun d’entre nous – pour chaque homme et femme de toute l’histoire humaine, pour vous et pour moi !

Voilà le mystère de la Croix. Voilà l’amour de Dieu. Voilà le don que nous célébrons le Vendredi saint. Nous ne sommes pas enthousiastes comme les foules du dimanche des Rameaux. Nous ne sommes pas fous de joie comme les disciples qui voient le tombeau vide le dimanche de Pâques. En silence et solennellement, nous recevons le don de Jésus offert à tous et chacun. Nous remercions Celui qui n’a rien retenu. Nous nous ouvrons à recevoir ce qu’Il est venu nous donner.

Le don de Jésus c’est pas la honte pour nos péchés. Il n’est pas venu nous accuser et nous laisser enchaînés dans notre culpabilité. Il est venu Se donner à nous. Rien d’autre ne pouvait nous sauver. Rien d’autre ne pouvait enlever ce qui nous sépare de Dieu. Rien d’autre ne pouvait libérer cette abondance de vie, maintenant et pour toujours. Il est venu nous rendre libres. Il est venu racheter nos péchés. Il est venu nous apporter un amour qui nous comble pleinement.

Voici l’amour de Dieu, qui S’est donné entièrement pour nous. Non pas afin de nous faire sentir coupables ou inconvenants, mais afin que nous puissions recevoir le don de Lui-même. De retour, Il ne veut pas notre désespérance, ni notre mélancolie, ni notre auto-condamnation. Il veut que nous Lui donnions nos péchés, afin de les surmonter, afin de les détruire, afin de les effacer, pour nous rendre libres, heureux, et en paix.

Jésus meurt sur la Croix, notre Sauveur miséricordieux. Jésus vient Se donner à nous, pour nous. Il ne cesse pas de Se donner jusqu’au « Tout est accompli ».

La résurrection de Jésus, empreinte historique pointant vers l’au-delà

Dimanche de Pâques – 16 avril 2017

Actes 10,34a.37-43
Colossiens 3,1-4 ou 1 Corinthiens 5,6b-8
Jean 20,1-9

Quand on lit dans les quatre évangiles les chapitres sur la résurrection, les différences sautent aux yeux. Aucun des évangélistes ne décrit la résurrection elle-même. C’est là un événement qui s’accomplit dans le mystère de Dieu, entre Jésus et le Père. De par sa nature même, l’événement de la résurrection se situe en dehors de l’expérience humaine. Quelles leçons pouvons-nous tirer de chacun des témoignages des évangiles, et en particulier de celui de Matthieu que nous entendons proclamer aujourd’hui ?

Le récit de Marc

Dans le récit évangélique le plus ancien, celui de Marc (chapitre 16), la dernière scène est étonnante… car voici comment l’histoire se termine (v. 8) : « [Les femmes] sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. » Le plus frappant dans la conclusion de Marc, c’est que nous ne rencontrons jamais le Seigneur ressuscité. Au lieu de cela, nous avons un tableau terrifiant, presque sinistre. De grand matin, les femmes arrivent au tombeau pour accomplir une tâche pratiquement impossible. Ces femmes sont les seules à avoir suivi Jésus jusqu’au pied de la croix et jusqu’au tombeau. Elles trouvent le tombeau ouvert et vide, et sont saluées par un personnage céleste qui leur confie un message : « Allez dire à ses disciples et à Pierre : il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit. » (v. 7). Chez Marc, le récit de la résurrection veut troubler le lecteur chrétien, secouer le confort qui lui fait oublier que l’appel à suivre Jésus est un appel à la croix. Les lecteurs du récit de Marc sont invités à relire leur vie à l’ombre de la croix.

Le récit de Matthieu

Matthieu raconte la résurrection en quatre tableaux; l’expérience des femmes au tombeau (28, 1-7); leur brève rencontre avec le Seigneur ressuscité (v. 8-10); la tentative que font les dirigeants juifs pour étouffer l’affaire (v. 11-15); l’apparition aux disciples en Galilée (v. 16-20). La scène finale qui se termine par l’envoi en mission (v. 19-20) forme un tout et le programme qu’elle propose sert de conclusion à l’ensemble de l’évangile. Les femmes qui apparaissent dans le chapitre que Matthieu consacre à la résurrection n’assistent pas à la résurrection elle-même. Elles vivent le tremblement de terre, l’apparition de l’ange et le tombeau vide, autant de signes ou de traces de l’activité divine qui a provoqué ces bouleversements.
Dans le dernier tableau de son évangile, Matthieu met littéralement Jésus en scène sur la montagne où il avait fait dire à ses disciples de se rendre (28, 16-20). La fin de l’évangile de Matthieu nous renvoie au premier grand sermon de Jésus sur la montagne de Galilée (5,1-7,21). Le Jésus doux et humble de Matthieu est à la fois maître et modèle de douceur et d’humilité. En révisant l’évangile de Marc, Matthieu retouche délibérément la façon de présenter Jésus et la vie chrétienne. Au sombre tableau de l’invitation à la croix et à la figure de Jésus mort il ajoute un Jésus vivant et présent, dont les paroles, nourries de la réflexion sur les Écritures d’Israël, ouvrent un chemin de consolation, une « voie » que peuvent apprendre les disciples disposés à se mettre à son école. Matthieu lance un appel à apprendre du doux et humble Jésus.

Le récit de Luc

Le chapitre pascal de l’évangile de Luc (ch. 24), telle une belle symphonie, nous présente une pratique pastorale d’inspiration biblique et un modèle de vie chrétienne distinctif : dans le premier mouvement (v. 1-12), Dieu, et Dieu seul, vient résoudre une situation sans issue. Dans le deuxième mouvement, l’admirable récit de la rencontre entre Jésus et les disciples sur le chemin d’Emmaüs (v. 13-35), Dieu, dans la personne de Jésus, accompagne les personnes dans leur cheminement et les aide à surmonter le désespoir. Les récits du troisième mouvement (v. 36-53) guident les fidèles vers une expérience communautaire.

Le récit de Jean

Jean nous parle des apparitions du Seigneur ressuscité à Jérusalem et en Galilée. Les récits de résurrection du quatrième évangile sont une série de rencontres entre Jésus et ses disciples, qui présentent différentes réactions dans la foi. Qu’il s’agisse de Simon Pierre et du Disciple bien-aimé, de Marie-Madeleine, des disciples ou de Thomas, le scénario nous rappelle chaque fois qu’il y a différents degrés de disponibilité dans la foi et qu’il existe différents facteurs qui amènent les gens à croire.

La nature de la résurrection de Jésus

Le pape Benoît XVI aborde « la nature de la résurrection de Jésus et sa signification historique » dans Jésus de Nazareth – Tome 2, De l’entrée à Jérusalem jusqu’à la résurrection).[1] Je me permets de rapporter ici plusieurs idées que développe le pape Benoît dans ce grand livre.
Jésus n’est pas simplement revenu à la vie biologique normale comme l’aurait fait quelqu’un qui, selon les lois de la biologie, devrait mourir de nouveau. […]
Jésus n’est pas un fantôme (un ‘esprit’). Autrement dit, il n’appartient pas au monde des morts; il est en mesure, d’une certaine façon, de se manifester dans le monde des vivants. […]
Les rencontres avec le Seigneur ressuscité ne sont pas du même ordre que les expériences mystiques dans lesquelles l’esprit humain est temporairement arraché à lui-même et perçoit le monde du divin et de l’éternel, mais pour revenir ensuite à l’horizon normal de son existence. L’expérience mystique est une suspension temporaire des limites spatiales et cognitives de l’âme.
Le pape continue :

[La résurrection] est un événement historique mais qui fait éclater les dimensions de l’histoire et la transcende. Peut-être pouvons-nous recourir ici à une analogie, inadéquate à bien des égards, mais qui peut tout de même ouvrir une piste qui aide à comprendre : comme nous l’avons déjà suggéré dans la première partie du présent chapitre, nous pourrions regarder la résurrection comme quelque chose d’apparenté à un « saut évolutif », dans lequel apparaît une nouvelle dimension de la vie, une nouvelle dimension de l’existence humaine. […]
La résurrection déborde de l’histoire et la transcende mais elle n’en survient pas moins dans l’histoire et, jusqu’à un certain point, continue d’en faire partie. Nous pourrions peut-être formuler la chose comme suit : la résurrection de Jésus nous renvoie au-delà de l’histoire mais elle a laissé une empreinte dans l’histoire. Elle peut donc être attestée par des témoins comme un événement d’une nature tout à fait nouvelle.

Sonder la résurrection aujourd’hui

Dans notre univers de haute technologie, la réalité de la résurrection devient de plus en plus difficile à approfondir. Nombreux sont ceux qui passent leur vie à essayer d’en nier la réalité au lieu d’en sonder le mystère. Et ils tentent de le faire tout seuls, coupés de la communauté croyante des chrétiens, enfermés dans la prison de leur moi et de leurs idées, bloqués devant leur écran d’ordinateur en s’efforçant de pénétrer ce qui s’est produit au matin de Pâques. Certaines personnes diront carrément que toute cette histoire est simplement dépassée. Mais la résurrection n’est pas une affaire cérébrale, une question de théorie et d’idées; c’est une affaire de cœur, une réalité qu’on ne peut vivre et apprendre qu’au sein d’une communauté, en contexte cultuel et liturgique. Pour pouvoir vivre et saisir la résurrection, il faut l’environnement d’une musique sublime, la fumée et l’encens, le pain et le vin, les salutations chuchotées et les cris de joie, des couleurs éclatantes et, surtout, les corps en trois dimensions de vraies personnes, y compris ces gens qui ne sont pas des pratiquants « réguliers » mais qui viennent participer chaque année à la proclamation pascale.

Il ne s’agit pas de s’asseoir à l’ordinateur et de taper les mots « Jésus est ressuscité ». La proclamation doit être mise en œuvre, traduite en actes. Si la résurrection avait dû être un événement vérifiable objectivement selon les canons de l’histoire, Dieu ne l’aurait pas accomplie de nuit et sans témoins. La résurrection fut un événement transigé entre Dieu le Père et Dieu le Fils par la puissance de Dieu le Saint-Esprit. Aucun des évangiles ne nous décrit ce qui est arrivé. Nous ne savons pas à quoi le Christ ressemblait quand il n’a plus été mort, s’il a bondi hors du tombeau dans la gloire du soleil levant ou si, comme Lazare, il s’est lentement dégagé du suaire en admirant du coin de l’œil l’aube du matin de Pâques dans un jardin de Jérusalem.

Le cadre qui convient à la résurrection

Comment trouver les mots pour la résurrection ? Comment arriver à exprimer la victoire sur la mort, l’écrasement de l’enfer et la purification qui nous a réunis à la vie de Dieu ? Il n’y a pas de mots – il n’y a que des termes équivoques – des métaphores, des enchaînements d’images, des icônes verbales – qui nous invitent à entrer dans un mystère au-delà des mots.

J’ai vécu quatre ans dans la ville sainte de Jérusalem et j’y ai visité des centaines de fois les restes de l’église qui se dresse à l’emplacement du Calvaire et du Saint Sépulcre. C’est vraiment un lieu sacré pour les chrétiens et je n’y suis jamais allé sans émotion. Ce vieil édifice est vraiment un microcosme de notre propre vie, de notre cœur et de notre Église. Au milieu de cette Basilique du Saint-Sépulcre, vieille, sale et chaotique, se trouve le tombeau de Jésus, sanctuaire consacré au Christ ressuscité. Mais lui, il n’est pas là. Tout autour du tombeau, on peut observer les restes de 2000 ans d’horrible corruption humaine. Ce n’en est pas moins le lieu saint et le sanctuaire le plus important pour les chrétiens. Le Christ est ressuscité des morts !

Au Calvaire, et ailleurs en Terre sainte, la corruption paraît endémique… mais Dieu va triompher parce qu’à 70 pieds du Calvaire il y a un tombeau vide. D’ailleurs, il y a une autre chose étonnante à propos de cette Église et des événements qu’elle commémore : c’est que chacune, chacun de nous porte en soi un sanctuaire au Christ ressuscité. Ce sanctuaire, c’est notre premier amour pour lui et lui seul. Jésus Christ est ressuscité des morts. Vivons-nous vraiment en enfants de lumière, en fils et filles du Vivant ? La résurrection de Jésus est le signe que Dieu va finir par remporter la victoire.

Au milieu du chaos qu’on remarque dans l’église du Saint-Sépulcre, j’ai découvert que si je m’agenouillais assez longtemps dans un recoin de l’édifice, à côté de ces groupes religieux qui ont l’air d’être en guerre les uns contre les autres, le malaise disparaissait. Et il m’est souvent arrivé de goûter une paix étrange et une joie profonde, une vraie consolation, à cause de la résurrection de cet homme qui était le Fils de Dieu et notre Sauveur. La seule façon de discerner, de détecter et de découvrir la présence du Seigneur ressuscité, c’est à genoux, au milieu du chaos de l’Église et du monde.

La victoire de Jésus sur la mort fait partie de la vie pastorale et sacramentelle de l’Église et de sa mission dans le monde. L’Église est la communauté de ceux et celles qui ont la compétence pour reconnaître en Jésus le Seigneur ressuscité. Elle est spécialisée dans le discernement du Ressuscité. Tant que nous demeurons en dialogue avec Jésus, nos ténèbres ne peuvent que céder la place à l’aurore, et nous ne pouvons que devenir « compétents » pour témoigner. À une époque qui accorde tant d’importance à la compétence, nous ferons bien de nous concentrer de temps à autre sur notre compétence pour discerner la résurrection.

Qu’est-ce que la résurrection ? Le pape Benoît l’explique très bien dans son livre Jésus de Nazareth – De l’entrée à Jérusalem jusqu’à la résurrection.

Dieu agit doucement, Dieu édifie graduellement son histoire au sein de la grande histoire de l’humanité; cela fait partie de son mystère. Il se fait homme pour être négligé de ses contemporains et des forces décisives de l’histoire; il souffre et il meurt et, ressuscité, il choisit de ne venir à l’humanité qu’à travers la foi des disciples à qui il se manifeste; il continue de frapper doucement à la porte de notre cœur et doucement il nous ouvre les yeux pour peu que nous choisissions de lui ouvrir la porte. Mais après tout – n’est-ce pas là la seule façon d’agir vraiment divine ? Non pas écraser par la force mais donner la liberté, offrir et provoquer l’amour. Car à bien y penser, n’est-ce pas ce qui paraît tout petit qui est vraiment grand ?

[1] Note du traducteur. Les citations faites ici de Jésus de Nazareth sont donc une traduction libre faite à partir de l’édition américaine (San Francisco, Ignatius Press, 2011).