Top 10 des actualités de l’Église (2e partie)

(photo:CNS/Paul Haring) Nous poursuivons aujourd’hui notre palmarès des événements qui ont fait l’actualité de l’Église en 2018.

  1. Rencontre mondiale des familles à Dublin

La Rencontre mondiale des familles est un événement de l’Église universelle qui avait lieu cette année à Dublin en Irlande. Pour l’occasion des milliers de personnes s’étaient déplacées dans la capitale de la République d’Irlande pour approfondir leurs connaissances sur la vocation au mariage et à la famille dans notre monde d’aujourd’hui. Outre les nombreuses conférences et les célébrations eucharistiques, les familles présentes se sont rassemblées avec d’autres couples pour se ressourcer et se soutenir mutuellement. Après quatre jours de congrès, l’arrivée du pape François à cette Rencontre mondiale des familles allait devenir le centre de l’attention mondiale. Suivant les différentes rencontres protocolaires, le pape François a pu se rendre prier dans différents lieux de culte de l’île comme la Pro-cathédrale et le Sanctuaire marial de Knock. Le Festival des familles fut sans contredit un moment fort de cette fin de semaine chargée qui s’est terminée avec la célébration de la Messe au parc Phoenix. Vous pouvez revoir et revivre cet événement incontournable au lien suivant.

7.Synode des jeunes

Un événement important de cette année 2018 fut certainement la tenue de la XVe Assemblée ordinaire du Synode des évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Rassemblés pendant trois semaines au Vatican, des évêques du monde entier ont pu prier, réfléchir et s’exprimer avec le pape sur les différentes réformes nécessaires à la pastorale jeunesse et vocationnelle aujourd’hui. Un élément important à retenir fut certainement la présence de jeunes du monde entier dans la salle ainsi qu’une importante délégation canadienne de jeunes et de travailleurs de la Télévision Sel et Lumière. Est  donc très attendue en 2019 la publication de l’exhortation apostolique post-synodale portant sur la question. Une chose est certaine, les diocèses du Canada et du monde sont désormais fortement sensibilisés à la centralité de la pastorale jeunesse et vocationnelle dont les enjeux sont essentiellement complémentaires. Plusieurs émissions d’Église en Sortie porteront évidemment sur la question en 2019.  Restez à l’écoute de S+L pour tout savoir des développements sur la question.

  1. Union des provinces franciscaines du Canada

Un autre événement incontournable de la vie de l’Église au Canada fut sans contredit l’unification des deux provinces franciscaines de l’Est et de l’Ouest du Canada qui ne forment désormais plus qu’une seule et même entité : la province Saint-Esprit/Holy Spirit du Canada. Le Chapitre général à Saint-Albert en Alberta en présence du Ministre général des Franciscains Michael Perry o.f.m. a donc donné lieu à la suppression des anciennes provinces Saint-Joseph et Christ the King suivie du rituel officiel de création et de la mise en place de cette nouvelle province du Saint Esprit  composée de 86 frères répartis dans dix fraternités. L’établissement de cette nouvelle province canadienne a pour but de restructurer l’ordre au Canada afin de susciter un renouveau missionnaire. Pour l’occasion S+L était sur place et a pu vous faire vivre de l’intérieur cet événement historique. Je suis actuellement à la réalisation d’un documentaire sur cette Union des Franciscains du Canada, nous vous communiquerons sous peu tous les détails sur la diffusion de ce documentaire unique et exclusif.

  1. Le tournant missionnaire dans les diocèses

 Ce 9ième événement n’est sans doute pas un événement comme tel mais un changement fondamental qui est en train de se produire dans les diocèses un peu partout au Québec. Pour ma série « Sur la route des diocèses », j’ai la chance de me rendre aux quatre coins de la province pour rencontrer les différents acteurs ecclésiaux. Cette année, je me suis rendu à Sherbrooke, Amos, Mont-Laurier et Chicoutimi.  Ce que je retiens de mes nombreuses conversations, c’est la véritable prise en charge de la mission par l’ensemble des baptisés. En communion avec leur évêque respectif, les catholiques du Québec ont entendu l’appel du pape François à être une « Église en Sortie » (EG, no 24) et à prendre sur eux la responsabilité d’annoncer, où ils sont, la joie d’une vie vécue pleinement avec le Christ et son Église. J’encourage l’ensemble des diocèses à poursuivre sur cette route à la fois difficile et épanouissante. Nous pourrions être surpris de voir les fruits de cette conversion dans 10 ans!

  1. Béatification des moines de Tibhirine

Le 8 décembre dernier, en la Solennité de l’Immaculée Conception, était célébrée la Messe de béatification des 19 martyrs d’Algérie au Sanctuaire Notre-Dame de Santa Cruz d’Oran en Algérie. Cet événement était attendu depuis bien longtemps et est significatif de plusieurs choses. D’abord, cela est un signe de l’amélioration des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Vatican. Cette célébration et sa diffusion internationale via les grandes chaînes de télévisions catholiques comme Sel et Lumière avaient besoin de l’accord des autorités locales, ce qui a été obtenu. Cette voie de dialogue entre les deux États est sans contredit aussi le signe d’une saison favorable aux discussions inter-religieuses entre les autorités de l’Islam et de l’Église. Peut-être l’intercession du Bienheureux Christian de Chergée y est pour quelque chose? Une chose est sûre, cette béatification est un pas en avant, non seulement au niveau religieux et diplomatique, mais également au niveau de la théologie du dialogue mise de l’avant pas les moines de Tibhirine qui, jusqu’au sacrifice ultime, ont profondément aimé le peuple algérien et perfectionner, suivant l’expression du pape François, « l’art d’aimer ses ennemis ».

Conclusion

Comme je l’ai dit en introduction, l’année 2018 fut en dents de scie et, rétrospectivement, il est impossible de porter un jugement positif ou négatif sur l’ensemble des événements qui se sont déroulés. Plusieurs des éléments soulignés dans ce « Top 10 » auront des développements en 2019. Par exemple le voyage du pape François à Abu Dabi et les JMJ de Panama seront certainement des événements à suivre de près. En ce sens, Sel et Lumière continuera à vous apporter le meilleur de la vie de l’Église au Québec, au Canada francophone et dans le monde par l’entremise de toutes nos plateformes médiatiques. Bonne et sainte année 2019 à tous et à très bientôt!

Top 10 de l’actualité catholique 2018 (1ère partie)

CNS photo/Paul Haring

C’est maintenant une tradition, depuis trois ans, je fais mon palmarès personnel des évènements marquants de l’actualité de l’Église durant l’année. Quel bilan tirer des faits saillants de cette année qui se termine ? Une année en dents de scie, un peu comme la Bourse, l’Église semble avoir eu des très hauts et des très bas. De quoi donner le vertige! Une petite précision avant de commencer, les événements suivants ne sont pas présenter par ordre d’importance mais chronologique (autant que possible).

  1. Victoire des évêques contre le gouvernement fédéral

C’est un euphémisme de dire que l’année 2018 a commencé du mauvais pied en ce qui a trait aux relations entre l’Église et l’État fédéral. On s’en rappelle, Ottawa avait décidé arbitrairement de « modifier les règles d’admissibilité aux subventions pour les emplois d’été au gouvernement fédéral ». La consternation généralisée autant du côté des leaders religieux que des défenseurs des libertés civiles fondamentales ne semblait pas ébranler le gouvernement, convaincu de sa supériorité morale et de la légitimé de sa politique. Devant une telle arrogance, les évêques de partout au Canada se sont levés pour dénoncer la mesure unilatérale.

Notre propre télévision catholique nationale S+L a dû avoir recours à une « demande d’urgence » pour faire face à la crise. Un grand merci à tous les généreux donateurs qui nous ont soutenu durant cette période difficile. En effet, suite à cette mesure, le gouvernement « a refusé douze fois plus de demandes » que les années précédentes. Cette augmentation de 1200 % est révélateur de l’énorme travail des organisations religieuses dans l’emploi des jeunes durant la période estivale!

Finalement, il semble que cette atteinte évidente aux droits fondamentaux des Canadiens fut l’objet d’un examen de conscience de la part du gouvernement Trudeau, qui semble finalement reconnaître qu’il est allé trop loin.  Ce « recul » du Fédéral, qui n’exigera plus aux organismes d’être officiellement pro-avortement, peut donc être considéré comme une victoire pour les évêques du Canada. Reste encore à savoir si les organismes qui furent injustement exclus pourront récupérer rétroactivement les sommes perdues.

  1. Publication de l’exhortation « Gaudete et exultate »

Le 9 avril était publié l’exhortation apostolique « Gaudete et exultate » sur « L’appel à la sainteté dans le monde actuel ». D’une trentaine de pages, ce texte du pape François a suscité un très grand intérêt dans les communautés chrétiennes partout au Canada. Ici et là, des groupes de réflexion et d’approfondissement de la foi ont vu le jour afin de mieux comprendre cet appel universel à la sainteté tel que prononcé lors du Concile Vatican II. J’invite évidemment tous ceux qui ne l’ont pas fait à lire ce document. J’attire cependant votre attention sur les passages concernant « les petits détails de la vie quotidienne » (no 144-145). Il est intéressant de constater comment, pour l’évêque de Rome, « par un don de l’amour du Seigneur, au milieu de ces petits détails, s’offrent à nous des expériences consolantes de Dieu » (no144) Cherchons donc, dans notre vie de tous les jours, cette touche divine qui se présente à nous sous cette forme trop « habituelle » pour que nous y portions attention et cherchons à faire de même par un travail bien fait jusque dans les petits détails.

  1. 15 ans de télévision catholique au Canada

Il ne fait aucun doute que se déroule devant nos yeux une révolution médiatique et numérique qui risque d’avoir autant, sinon plus, de conséquences sur l’histoire de l’humanité que l’invention de l’imprimerie. En effet, sur une décennie, nous avons assisté à une véritable révolution des communications. L’Église, qui accompagne l’humanité sur son chemin de l’histoire des hommes doit donc être présente sur ce nouveau continent numérique. Comment ne pas voir dans l’intuition de Télévision Sel et Lumière, il y a 15 ans, l’héritage pastoral le plus important de saint Jean-Paul II pour le Canada. J’ai déjà fait une énumération des raisons d’aimer et de soutenir votre télévision catholique canadienne mais il me semble que, vu les récents développements mondiaux et l’omniprésence des écrans dans nos vies, Télévision Sel et Lumière est vraiment une lueur d’espérance pour l’ensemble de notre monde médiatique. D’où l’aspect incontournable d’un tel anniversaire dans la vie de l’Église et cette présence dans ce présent palmarès…. Longue vie à Sel et Lumière!

  1. 50 ans pour l’encyclique Humanae vitae et canonisation de Paul VI

Le 25 juillet dernier, était célébré le 50e anniversaire de la publication de la célèbre encyclique de saint Paul VI « Humanae vitae » sur « le mariage et la régulation des naissances ». Quelques mois plus tard, le 14 octobre, celui qui en avait tenu la plume était canonisé par le pape François en la place Saint-Pierre de Rome. Cela fait déjà quelques années, et les plus jeunes n’étaient pas encore nés, mais les années de pontificat de Paul VI ne furent pas une partie de plaisir. En effet, l’ancien patriarche de Venise devenu successeur de Pierre devait prendre le relais et poursuivre le Concile Vatican II. Les documents écrits n’étaient pas encore signés que différents groupes étaient déjà engagés dans des querelles sur l’interprétation du texte. Ajoutez à cela les contestations universitaires de mai 68 en Europe, la désaffection massive du clergé, des religieux et religieuses, et des bouleversements politiques, particulièrement violents en Italie et vous aurez une bonne idée des difficultés que le saint Pape a dû affronter. Devant cette canonisation et ce 50e anniversaire, nous ne pouvons qu’être admiratifs devant la stature extraordinaire de cet homme d’Église et de son profond zèle apostolique en tant qu’écrivain d’ « Evangelii Nuntiandi ». Comment ne pas voir le traitement similaire subi cette année par le pape François de part et d’autre.  À l’image de ce Pape nouvellement canonisé, gardons l’espérance et la joie de l’évangélisation qui, avec la Grâce de Dieu, nous rendent capables de surmonter toutes les épreuves.

  1. Crise mondiale des abus sexuels

Parlant d’épreuve, l’une des périodes les plus troublantes de cette année 2018 fut sans aucun doute l’explosion de la crise des abus sexuels aux États-Unis et dans le monde. Suivant les révélations sur l’ancien cardinal américain McCarrick qui ont suivi la publication d’un rapport du Grand Jury de Pennsylvanie dans lequel se trouvent des récits plus accablants les uns que les autres. Ont suivi une consternation généralisée et des débats au sein de l’Église sur la manière la plus appropriée de faire face à la situation. L’extrême gravité des gestes commis et la complexité de la problématique montrent que nous devrons traiter cette question en profondeur et, donc, que nous en entendrons encore parler dans les années à venir. Toutefois, à ce chapitre, la Conférence des évêques catholiques du Canada a publié cette année un document important sur le sujet. Intitulé « Protection des personnes mineures contre les abus sexuels » , ce texte historique ne se complait cependant pas dans la repentance inactive mais tente plutôt d’offrir des directives claires pour que les réformes attendues se mettent en place tant dans les consciences du Peuple de Dieu que dans les structures institutionnelles. Riche d’une prise de conscience et de propositions d’applications concrètes dans les diocèses, nul doute que ce document aura une influence considérable sur le traitement des abus sexuels dans l’Église.

Homélie du pape François pour la 2e Journée Mondiale des Pauvres

Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la Messe pour la 2e Journée Mondiale des Pauvres en la basilique Saint-Pierre-de-Rome. :

Regardons trois actions que Jésus accomplit dans l’Evangile.

La première. En plein jour, il laisse : il laisse la foule au moment du succès, quand il est acclamé pour avoir multiplié les pains. Tandis que les disciples voulaient se réjouir de la gloire, il les oblige immédiatement à s’en aller et il renvoie la foule (cf. Mt 14,22-23). Recherché par les gens, il s’en va seul : lorsque tout était “en descente”, il monte sur la montagne pour prier. Puis, au cœur de la nuit, il descend de la montagne et rejoint les siens en marchant sur les eaux agitées par le vent. En tout, Jésus va à contre-courant : d’abord, il laisse le succès, puis la tranquillité. Il nous enseigne le courage de laisser : laisser le succès qui enfle le cœur et la tranquillité qui endort l’âme.

Pour aller où ? Vers Dieu, en priant, et vers celui qui a besoin, en aimant. Ce sont les vrais trésors de la vie : Dieu et le prochain. Monter vers Dieu et descendre vers les frères, voilà la route indiquée par Jésus. Il nous détourne de pâturer, sans être dérangés dans les plaines faciles de la vie, de vivoter oisivement au milieu des petites satisfactions quotidiennes. Les disciples de Jésus ne sont pas faits pour la tranquillité banale d’une vie normale. Comme leur Seigneur, ils vivent en chemin, légers, prêts à laisser les gloires du moment, attentifs à ne pas s’attacher aux biens qui passent. Le chrétien sait que sa patrie est ailleurs, il sait qu’il y est déjà – comme le rappelle l’apôtre Paul dans la seconde lecture – « concitoyens des saints, membres de la famille de Dieu » (cf. Ep 2,19). Il est un voyageur agile de l’existence. Nous ne vivons pas, nous, pour accumuler, notre gloire se trouve dans le fait de laisser ce qui passe pour retenir ce qui demeure. Demandons à Dieu de ressembler à l’Eglise décrite dans la première Lecture : toujours en mouvement, experte dans le détachement et fidèle dans le service (cf. Ac 28,11-14). Réveille-nous, Seigneur de l’oisiveté tranquille, du calme paisible de nos ports sûrs où nous sommes en sécurité. Détache-nous des amarres de l’autoréférentialité qui leste la vie, libère-nous de la recherche de nos succès. Enseigne-nous à savoir laisser pour fonder la route de notre vie sur la tienne : vers Dieu et vers le prochain.

La seconde action : en pleine nuit, Jésus encourage. Il va vers les siens, plongés dans l’obscurité, en marchant « sur la mer » (v. 25). En réalité, il s’agissait d’un lac, mais la mer, avec la profondeur de ses obscurités souterraines, évoquait à cette époque les forces du mal. Jésus, en d’autres paroles, va à la rencontre des siens en piétinant les ennemis mauvais de l’homme. Voilà la signification de ce signe : ce n’est pas une manifestation célébrant la puissance, mais la révélation pour nous de la rassurante certitude que Jésus, Jésus seul, vainc nos grands ennemis : le diable, le péché, la mort, la peur. A nous aussi aujourd’hui, il dit : « Confiance ! c’est moi, n’ayez plus peur » (v.27).

La barque de notre vie est souvent ballottée par les flots et secouée par les vents, et lorsque les eaux sont calmes elles recommencent vite à s’agiter. Alors nous nous en prenons aux tempêtes du moment, qui semblent nos uniques problèmes. Mais le problème n’est pas la tempête du moment, c’est la manière de naviguer dans la vie. Le secret pour bien naviguer est d’inviter Jésus à bord. Le gouvernail de la vie lui est donné, afin que ce soit Lui qui conduise la route. Lui seul en effet donne vie dans la mort et espérance dans la douleur ; Lui seul guérit le cœur par le pardon et libère de la peur par la confiance. Aujourd’hui, invitons Jésus dans la barque de notre vie. Comme les disciples, nous ferons l’expérience qu’avec Lui à bord, les vents se calment (cf. v.31) et on ne fait jamais naufrage. Et c’est seulement avec Jésus que nous devenons capables nous aussi d’encourager. Il y a un grand besoin de gens qui sachent consoler, non pas avec des paroles vides, mais bien avec des paroles de vie. Au nom de Jésus on donne une consolation véritable. Ce ne sont pas des encouragements formels et limités, mais c’est la présence de Jésus qui redonne des forces. Encourage-nous, Seigneur : consolés par toi, nous serons de vrais consolateurs pour les autres.

Troisième action : Jésus, au milieu de la tempête, tend la main (cf. v.31). Il saisit Pierre qui, apeuré, doutait et, en s’enfonçant, criait : « Seigneur, sauve-moi ! ». Nous pouvons nous mettre à la place de Pierre : nous sommes des gens de peu de foi et nous sommes ici pour mendier le salut. Nous sommes des pauvres de vraie vie et nous avons besoin de la main tendue du Seigneur, qui nous tire hors du mal. C’est le début de la foi : se vider de l’orgueilleuse conviction de nous croire en ordre, capables, autonomes, et reconnaître que nous avons besoin de salut. La foi croît dans ce climat, un climat auquel on s’habitue en se tenant avec tous ceux qui ne se mettent pas sur un piédestal, mais qui ont besoin et demandent de l’aide. Pour cela, vivre la foi au contact de ceux qui ont besoin est important pour nous tous. Ce n’est pas une option sociologique, c’est une exigence théologique. C’est nous reconnaître mendiants de salut, frères et sœurs de tous, mais spécialement des pauvres, les préférés du Seigneur. Ainsi nous atteignons l’esprit de l’Evangile : « l’esprit de pauvreté et de charité – dit le Concile – est, en effet, la gloire et le témoignage de l’Eglise du Christ » (Const. Gaudium et spes, n.88).

Jésus a entendu le cri de Pierre. Demandons la grâce d’entendre le cri de celui qui vit dans des eaux tumultueuses. Le cri des pauvres : c’est le cri étranglé des enfants qui ne peuvent naître, des petits qui souffrent de la faim, des enfants habitués au fracas des bombes au lieu des cris joyeux des jeux. C’est le cri des personnes âgées mises de côté et laissées seules. C’est le cri de celui qui se trouve à affronter les tempêtes de la vie sans une présence amie. C’est le cri de celui qui doit fuir, laissant sa maison et sa terre sans la certitude d’un but. C’est le cri de populations entières, privées même des ressources naturelles considérables dont ils disposent. C’est le cri des nombreux Lazare qui pleurent, tandis qu’une poignée de riches fait des banquets avec ce qui, en justice, revient à tous. L’injustice est la racine perverse de la pauvreté. Le cri des pauvres devient chaque jour plus fort, mais chaque jour moins écouté, dominé par le vacarme de quelques riches, qui sont toujours moins nombreux et toujours plus riches.

Devant la dignité humaine piétinée, souvent on reste les bras croisés ou on ouvre les bras, impuissants face à la force obscure du mal. Mais le chrétien ne peut rester les bras croisés, indifférent, ou les bras ouverts, fataliste, non. Le croyant tend la main, comme fait Jésus avec lui. Auprès de Dieu le cri des pauvres trouve une écoute, mais en nous ? Avons-nous des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, des mains tendues pour aider ? « Le Christ lui-même, dans la personne des pauvres, en appelle comme à haute voix à la charité de ses disciples » (ibid.). Il nous demande de le reconnaître dans celui qui a faim et soif, qui est étranger et dépouillé de sa dignité, malade et en prison (cf. Mt 25,35-36).

Le Seigneur tend la main : c’est un geste gratuit, ce n’est pas un dû. C’est ainsi qu’on fait. Nous ne sommes pas appelés à faire le bien seulement à celui qui nous aime. Echanger est normal, mais Jésus nous demande d’aller au-delà (cf. Mt 5,46) : de donner à celui qui ne peut pas rendre, c’est-à-dire d’aimer gratuitement (cf. Lc 6,32-36). Regardons nos journées : parmi les nombreuses choses, faisons-nous quelque chose de gratuit, quelque chose pour celui qui n’a rien à donner en échange ? Ce sera notre main tendue, notre véritable richesse au ciel.

Tend-nous la main, Seigneur, et saisis-nous. Aide-nous à aimer comme tu aimes, toi. Enseigne-nous à laisser ce qui passe, à encourager celui qui se trouve à côté de nous, à donner gratuitement à celui qui est dans le besoin. Amen.

[01851-FR.01] [Texte original: Italien]

Le pape François a également convient des centaines de personnes pour un repas festif en l’honneur des personnes en difficulté  et qui fut donné en la Salle Paul VI du Vatican. En voici quelques photos:

CNS: Paul Haring

CNS: Paul Haring

Homélie du pape François lors de la Messe de clôture du Synode sur les jeunes


Photo: CNS/Paul Haring

Vous trouverez ci-dessous le texte officiel de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la Messe de conclusion de la 15e Assemblée générale du Synode des évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel »:

L’épisode que nous avons écouté est le dernier que l’évangéliste Marc raconte au sujet du ministère itinérant de Jésus, qui peu après entrera à Jérusalem pour mourir et ressusciter. Bartimée est ainsi le dernier à suivre Jésus le long du chemin : de mendiant au bord de la route à Jéricho, il devient un disciple qui marche avec les autres vers Jérusalem. Nous aussi, nous avons cheminé ensemble, nous avons « fait synode » et maintenant cet Évangile scelle trois étapes fondamentales pour le chemin de la foi.

Tout d’abord, regardons Bartimée: son nom signifie « fils de Timée ». Et le texte le précise : « le fils de Timée, Bartimée » (Mc 10, 46). Mais, alors que l’Évangile le réaffirme, émerge un paradoxe : le père est absent. Bartimée se trouve seul le long de la route, hors de sa maison et sans père : il n’est pas aimé, mais abandonné. Il est aveugle et il n’a personne pour l’écouter. Jésus entend son cri. Et quand il le rencontre, il le laisse parler. Il n’était pas difficile de deviner ce que Bartimée demanderait : il est évident qu’un aveugle veut avoir ou retrouver la vue. Mais Jésus n’est pas expéditif, il prend le temps de l’écoute. Voilà la première étape pour faciliter le cheminement de foi : écouter. C’est l’apostolat de l’oreille : écouter, avant de parler.

A l’inverse, beaucoup de ceux qui étaient avec Jésus réprimandaient Bartimée pour le faire taire (Cf. v. 48). Pour ces disciples, l’indigent était un dérangement sur le chemin, un imprévu dans le programme. Ils préféraient leur temps à celui du Maître, leurs paroles à l’écoute des autres : ils suivaient Jésus, mais ils avaient en tête leurs projets. C’est un risque dont il faut toujours se garder. Pour Jésus, au contraire, le cri de celui qui appelle à l’aide n’est pas un dérangement qui entrave le chemin, mais une question vitale. Comme il est important pour nous d’écouter la vie ! Les enfants du Père céleste écoutent leurs frères : non pas les bavardages inutiles mais les besoins du prochain. Écouter avec amour, avec patience, comme Dieu le fait avec nous, avec nos prières souvent répétitives. Dieu ne se fatigue jamais, il se réjouit toujours quand nous le cherchons. Demandons, nous aussi, la grâce d’un cœur docile à l’écoute. Je voudrais dire aux jeunes, au nom de nous tous, les adultes : excusez-nous si, souvent, nous ne vous avons pas écoutés ; si, au lieu de vous ouvrir notre cœur, nous vous avons rempli les oreilles. Comme Église de Jésus, nous désirons nous mettre à votre écoute avec amour, sûrs de deux choses : que votre vie est précieuse pour Dieu, parce que Dieu est jeune et qu’il aime les jeunes ; et que votre vie est aussi précieuse pour nous, mieux encore nécessaire pour aller de l’avant.

Après l’écoute, une deuxième étape pour accompagner le chemin de la foi : se faire proches. Regardons Jésus, qui ne délègue pas quelqu’un parmi la « foule nombreuse » qui le suivait, mais qui rencontre Bartimée personnellement. Il lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (v. 51). Que veux-tu ? Jésus s’identifie à Bartimée, il ne fait pas abstraction de ses attentes ; que je fasse : faire, pas seulement parler ; pour toi : non pas selon des idées préétablies pour n’importe qui, mais pour toi, dans ta situation. Voilà comment fait Dieu, en s’impliquant en personne, avec un amour de prédilection pour chacun. Dans sa manière de faire passe déjà son message : la foi germe ainsi dans la vie.

La foi passe par la vie. Quand la foi se concentre uniquement sur les formulations doctrinales, elle risque de parler seulement à la tête, sans toucher le cœur. Et quand elle se concentre seulement sur le faire, elle risque de devenir un moralisme et de se réduire au social. La foi au contraire, c’est la vie : c’est vivre l’amour de Dieu qui a changé notre existence. Nous ne pouvons pas être des doctrinaires ou des activistes ; nous sommes appelés à poursuivre l’œuvre de Dieu à la manière de Dieu, dans la proximité : liés à Lui, en communion entre nous, proches de nos frères. Proximité : voilà le secret pour transmettre le noyau de la foi, et non pas quelque aspect secondaire.

Se faire proches et porter la nouveauté de Dieu dans la vie du frère, c’est l’antidote à la tentation des recettes toutes prêtes. Demandons-nous si nous sommes des chrétiens capables de devenir proches, de sortir de nos cercles pour étreindre ceux qui « ne sont pas des nôtres » et que Dieu cherche ardemment. Il y a toujours cette tentation qui revient tant de fois dans l’Écriture : se laver les mains. C’est ce que fait la foule dans l’Évangile d’aujourd’hui, ce qu’a fait Caïn avec Abel, ce que fera Pilate avec Jésus : se laver les mains. Nous, à l’inverse, nous voulons imiter Jésus, et comme lui nous salir les mains. Lui, le chemin (cf. Jn 14, 6), pour Bartimée il s’est arrêté sur la route ; Lui, la lumière du monde (cf. Jn 9, 5), il s’est penché vers un aveugle. Reconnaissons que le Seigneur s’est sali les mains pour chacun de nous, et en regardant la croix ; et repartons de là, nous rappelant que Dieu s’est fait mon prochain dans le péché et dans la mort. Il s’est fait mon prochain : tout commence à partir de là. Et quand par amour pour lui, nous aussi, nous nous faisons proches, nous devenons porteurs d’une vie nouvelle : non pas des maîtres de tous, ni des experts du sacré, mais des témoins de l’amour qui sauve.

Témoigner est la troisième étape. Regardons les disciples qui appellent Bartimée : ils ne vont pas à lui, qui mendiait, avec une petite pièce pour l’apaiser ou pour dispenser des conseils. Ils vont à lui au nom de Jésus. En effet, ils lui adressent trois paroles seulement, toutes de Jésus : « Courage ! Lève-toi. Il t’appelle » (v. 49). Seul Jésus dans le reste de l’Évangile dit courage!, parce que lui seul ressuscite le cœur. Seul Jésus dans l’Évangile dit lève-toi, pour guérir l’esprit et le corps. Seul Jésus appelle, en changeant la vie de celui qui le suit, en remettant sur pied celui qui est à terre, en portant la lumière de Dieu dans les ténèbres de la vie. Tant d’enfants, tant de jeunes, comme Bartimée, cherchent une lumière dans la vie. Ils cherchent un amour vrai. Et comme Bartimée, malgré la nombreuse foule, appelle seulement Jésus, de même eux aussi cherchent la vie, mais souvent ils ne trouvent que de fausses promesses et peu de personnes qui s’intéressent vraiment à eux.

Il n’est pas chrétien d’attendre que les frères en recherche frappent à notre porte ; nous devrions aller vers eux, non pas en nous portant nous-mêmes, mais en portant Jésus. Il nous envoie, comme ces disciples, pour encourager et relever en son nom. Il nous envoie dire à chacun : « Dieu te demande de te laisser aimer par Lui ». Que de fois, au lieu de ce message libérateur de salut, nous n’avons porté que nous-mêmes, nos « recettes », nos « étiquettes » dans l’Église ! Que de fois, plutôt que de faire nôtres les paroles du Seigneur, nous avons fait passer nos idées pour ses paroles ! Que de fois les personnes sentent plus le poids de nos institutions que la présence amicale de Jésus ! Alors nous passons pour une ONG, pour une organisation semi-publique, et non pas pour la communauté des sauvés qui vivent la joie du Seigneur.

Écouter, se faire proches, témoigner. Le chemin de foi dans l’Évangile se termine d’une manière belle et surprenante, avec Jésus qui dit : « Va, ta foi t’a sauvé » (v. 52). Et pourtant, Bartimée n’a pas fait de profession de foi, il n’a accompli aucune œuvre ; il a seulement demandé pitié. Sentir qu’on a besoin du salut, c’est le commencement de la foi. C’est la voie directe pour rencontrer Jésus. La foi qui a sauvé Bartimée n’était pas dans ses idées claires sur Dieu, mais dans le fait de le chercher, dans la volonté de le rencontrer. La foi est une question de rencontre, non pas de théorie. Dans la rencontre Jésus passe, dans la rencontre palpite le cœur de l’Église. Alors, non pas nos sermons, mais le témoignage de notre vie sera efficace.

Et à vous tous qui avez participé à ce « cheminement commun », je dis merci pour votre témoignage. Nous avons travaillé en communion et avec franchise, avec le désir de servir Dieu et son peuple. Que le Seigneur bénisse nos pas, afin que nous puissions écouter les jeunes, nous faire proches d’eux et leur témoigner la joie de notre vie : Jésus.

[01710-FR.01] [Texte original: Italien]

Église en Sortie 26 octobre 2018

Cette semaine à Église en sortie, on s’entretient avec Isabel Correa, directrice de la Mission Jeunesse Montréal et JMJ Canada, sur la place des jeunes dans l’Église en marge du Synode des évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». On vous présente un reportage sur la Résidence de la montagne de l’Horeb, maison de repos pour les prêtres à Sainte-Agathe-des-Monts au nord de Montréal. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis reçoit Mgr Pierre Goudreault, évêque du diocèse de Sainte-Anne-de-La-Pocatière au sujet de son diocèse et du tournant missionnaire de l’Église.

Vers une Église en marche avec les jeunes


Crédit:CNS photo/Paul Haring

Samedi dernier se terminait la deuxième semaine des travaux du Synode sur le thème « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Pour l’occasion furent publiés les textes des différents Relatio des cercles mineurs sur la troisième partie de l’Instrumentum Laboris. Divisés par appartenance linguistique, ces différents groupes devaient rédigés des propositions au Secrétariat général du Synode afin d’établir un document provisoire qui fera ensuite l’objet d’un vote. Habituellement, c’est ce document final qui sert d’inspiration au Saint-Père pour l’écriture de l’éventuelle Exhortation apostolique post synodale.

Reflétant l’esprit et les sujets abordés dans les discussions en petits groupes, leur lecture nous permet donc de comprendre mieux les orientations du Synode ainsi que les thèmes suscitant le plus d’enthousiasme. Sans prétendre dresser une liste exhaustive de tout ce qui s’y retrouve, plusieurs éléments émergent de ces textes.

Vatican II en marche

Dans un premier temps, il est clair que Vatican II se trouve en arrière-plan de l’ensemble des délibérations. Que ce soit par la méthode même du Synode des évêques qui n’aurait jamais vu le jour sans le Concile ou par le langage utilisé dans les conversations, il est clair que le « Synode des jeunes » s’appuie sur l’ecclésiologie du Peuple de Dieu. Mariant les dimensions hiérarchiques et charismatiques de l’Église, tous ont le souci de mettre en œuvre les paroles de saint Paul selon lesquelles « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. » (1 Cor 12, 4-6).

Au service de la vérité et de la justice

Le langage lui-même, utilisé à plusieurs reprises, nous rappelle les grands thèmes abordés par le Concile. Le souci des plus pauvres est sans contredit l’un de ces éléments. Comme l’affirme le Circulus Gallicus A « l’option préférentielle pour les pauvres et les jeunes » […] « ce binôme établit les jeunes aux avant-postes de l’engagement social aux côtés des pauvres ». Pour paraphraser, nous pourrions dire que, de la même manière que la lutte pour la protection de l’environnement ne peut être dissociée de la lutte contre la pauvreté, la promotion de la jeunesse passe aussi par une plus grande préoccupation pour les plus pauvres de nos sociétés. Il est donc clair qu’un élément central d’une pastorale jeunesse efficace est d’être soucieuse du « désir de vérité et de justice qui les caractérise ».

Un « écosystème » de maturation humaine

Selon plusieurs relatios, l’action pastorale de l’Église envers les jeunes doit mettre un fort accent sur les besoins de formation des jeunes. En ce sens, le Circulus Gallicus C a bien manifesté l’importance d’une plus grande emphase sur la « Sensibilité éducative de l’Église » [ par une ] « attention particulière dans l’élaboration des programmes spécifiques des lieux éducatifs de l’Église du point de vue du dialogue de la foi avec ces nouveaux contextes » que sont « la réalité du continent digital, la question écologique, la politique dans la cité, le pluralisme culturel et religieux ».

S’il est vrai que tout chrétien doit être en mesure de « donner les raisons de l’espérance qui est en nous », il est d’autant plus vrai que les jeunes sont particulièrement sensibles à la cohérence de ce qui leur est présenté. La pastorale jeunesse doit donc maintenir le riche patrimoine de dialogue entre foi et raison tel que développé par les grands docteurs et le récent Magistère de l’Église.

Enfants de Dieu dans toutes les sphères de la société

Le monde professionnel a malheureusement été peu abordé dans les cercles mineurs. Le Circulus Anglicus D a cependant sauvé la donne en mentionnant l’importance de présenter la foi comme une « aventure spirituelle » manifestant ainsi la possibilité de devenir « de grands avocats catholiques, de grands médecins catholiques, de grands journalistes catholiques et de grands entrepreneurs catholiques, etc. ». En effet, bien qu’étant pour la plupart en période de formation, les jeunes doivent aussi être en mesure de se projeter dans un futur où leur foi pourra se marier pleinement avec leurs aspirations professionnelles.

Ce même groupe, dont le Relateur était Mgr Robert Barron, poursuit en disant que « les jeunes ont soif de sainteté et ils désirent des formations pratiques capables de les aider à cheminer en ce sens ». Susciter chez les jeunes la responsabilité de créer des groupes de discussion et d’entraide permettant d’apprendre à assumer et traduire une identité catholique forte dans tous les corps de profession devrait être une priorité de la pastorale jeunesse d’aujourd’hui.

Une réflexion ouverte à tous

Le nombre de places dans le Hall du Synode étant limité, il est évident que tous ne pouvaient être invités à participer à ce Synode des jeunes. Toutefois, il est clair qu’une des conclusions de ce synode sera de leur faire plus de place dans les diocèses et les communautés chrétiennes afin de mettre sur pied ce renouvellement de la pastorale jeunesse.

En lien avec l’Exhortation apostolique post Synodale qui sera publiée à moyen terme, il est certain qu’une pastorale renouvelée pour et par les jeunes devra être mise établit au niveau local. En ce sens, nous pouvons tous participer à cette élaboration dans nos milieux en créant les espaces qu’ils pourront remplir de leur fougue, de leur enthousiasme et de leur soif de suivre authentiquement le Christ.

Église en sortie 19 octobre 2018

Cette semaine à Église en sortie, Francis Denis reçoit Marybel Mayorga, journaliste et attachée médiatique à JMJ Canada, au sujet de la XVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». On vous présente un reportage sur la « Maison Le Pont », organisme d’accueil des réfugiés de l’archidiocèse de Montréal. Dans la troisième partie de l’émission. Dans la troisième partie de l’émission, on s’entretient avec le père Yolland Ouellet o.m.i., directeur national de l’Oeuvre Pontificale Missionnaire du Canada, sur les mois missionnaires 2018-2019 ainsi que sur l’importance des jeunes dans la conversion missionnaire de l’Église au Québec et dans le monde.

Homélie du pape François lors des canonisations de Paul VI et Oscar Romero


Crédit: CNS photo/Paul Haring

(14 septembre 2018) Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François telle que prononcée ce matin sur la Place Saint-Pierre lors de la célébration de canonisation de 7 nouveaux saints dont celles de Paul VI et Oscar Romero: 

La deuxième Lecture nous a dit qu’« elle est vivante, la Parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée » (He 4, 12). Il en est vraiment ainsi : la Parole de Dieu n’est pas seulement un ensemble de vérités ou un récit spirituel édifiant, non, c’est une Parole vivante, qui touche la vie, qui la transforme. Là Jésus en personne, lui qui est la Parole vivante de Dieu, parle à nos cœurs.

L’Évangile, en particulier, nous invite à la rencontre avec le Seigneur, à l’exemple de cet ‘‘homme’’ qui ‘‘court à sa rencontre’’ (cf. Mc 10, 17). Nous pouvons nous identifier à cet homme, dont le texte ne mentionne pas le nom, presque pour suggérer qu’il peut représenter chacun d’entre nous. Il demande à Jésus comment « avoir la vie éternelle en héritage » (v. 17). Il demande la vie pour toujours, la vie en plénitude : qui d’entre nous ne la voudrait pas ? Mais, remarquons-le, il la demande comme un héritage à posséder, comme un bien à obtenir, à conquérir par ses forces. En effet, pour posséder ce bien, il a observé les commandements depuis son enfance et pour atteindre l’objectif il est disposé à en observer d’autres ; c’est pourquoi il demande : « Que dois-je faire pour avoir ? »

La réponse de Jésus le désoriente. Le Seigneur fixe le regard sur lui et l’aime (cf. v. 12). Jésus change de perspective : des préceptes observés pour obtenir des récompenses à l’amour gratuit et total. Cet homme parlait en termes de demande et d’offre, Jésus lui propose une histoire d’amour. Il lui demande de passer de l’observance des lois au don de soi, du faire pour soi-même à l’être avec Lui. Et il lui fait une proposition de vie ‘‘tranchante’’ : « Va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres […] puis viens, suis-moi » (v. 21). À toi aussi, Jésus dit : ‘‘Viens, suis-moi’’. Viens : ne reste pas sur place, car il ne suffit pas de ne faire aucun mal pour appartenir à Jésus. Suis- moi : ne marche pas derrière Jésus seulement quand cela te convient, mais cherche-le chaque jour ; ne te contente pas d’observer les préceptes, de faire un peu d’aumône et de dire quelques prières : trouve en lui le Dieu qui t’aime toujours, le sens de ta vie, la force de te donner.

Jésus dit encore : « Vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ». Le Seigneur ne fait pas des théories sur la pauvreté et la richesse, mais il va directement à la vie. Il te demande de laisser ce qui appesantit ton cœur, de te libérer des biens pour lui faire une place à lui, l’unique bien. On ne peut pas suivre vraiment Jésus quand on est alourdi par les choses. Car, si le cœur est surchargé par les biens, il n’y aura pas de place pour le Seigneur, qui deviendra une chose parmi les autres. C’est pourquoi la richesse est dangereuse et – dit Jésus – rend même difficile le salut. Non pas parce que Dieu est sévère, non ! Le problème est de notre côté : le fait d’avoir trop, le fait de vouloir trop étouffe notre cœur et nous rend incapables d’aimer. C’est pourquoi saint Paul rappelle que « la racine de tous les maux, c’est l’argent » (1 Tm 6, 10). Nous le voyons : là où on met l’argent au centre, il n’y a pas de place pour Dieu et il n’y en a pas non plus pour l’homme.

Jésus est radical. Il donne tout et demande tout : il donne un amour total et demande un cœur sans partage. Aujourd’hui également, il se donne à nous comme Pain vivant ; pouvons-nous lui donner en échange des miettes ? À lui qui s’est fait notre serviteur jusqu’à aller sur la croix pour nous, nous ne pouvons pas répondre uniquement par l’observance de quelques préceptes. À lui qui nous offre la vie éternelle, nous ne pouvons pas donner un bout de temps. Jésus ne se contente pas d’un ‘‘pourcentage d’amour’’ : nous ne pouvons pas l’aimer à vingt, à cinquante ou à soixante pour cent. Ou tout ou rien !

Chers frères et sœurs, notre cœur est comme un aimant : il se laisse attirer par l’amour, mais peut s’attacher d’un côté seulement et doit choisir : ou bien il aimera Dieu ou bien il aimera la richesse du monde (cf. Mt 6, 24) ; ou bien il vivra pour aimer ou bien il vivra pour lui-même (Mc 8, 35). Demandons-nous de quel côté nous sommes. Demandons-nous où nous en sommes dans notre histoire d’amour avec Dieu. Nous contentons-nous de quelques préceptes ou suivons-nous Jésus comme des amoureux, vraiment disposés à quitter quelque chose pour lui ? Jésus interroge chacun d’entre nous et nous sommes tous, en tant qu’Église, en chemin : sommes-nous une Église qui ne prêche que de bons préceptes ou une Église-épouse qui s’abandonne dans l’amour pour son Seigneur ? Le suivons-nous vraiment ou retournons-nous sur les pas du monde, comme cet homme ? Au total, Jésus nous suffit-il ou bien cherchons-nous beaucoup de sécurités du monde ? Demandons la grâce de savoir quitter par amour du Seigneur : quitter les richesses, les nostalgies de rôles et de pouvoirs, les structures qui ne sont plus adaptées à l’annonce de l’Évangile, les poids qui freinent la mission, les liens qui attachent au monde. Sans un saut en avant dans l’amour, notre vie et notre Église souffrent d’une « autosatisfaction égocentrique » (Evangelii gaudium, n. 95) : on cherche la joie dans un plaisir passager, on s’enferme dans les palabres stériles, on s’installe dans la monotonie d’une vie chrétienne sans élan, où un peu de narcissisme couvre la tristesse de rester inachevé.

Il en fut ainsi pour cet homme, qui – dit l’Évangile – « s’en alla tout triste » (v. 22). Il s’était attaché aux préceptes et à ses nombreux biens, il n’avait pas donné son cœur. Et, bien qu’ayant rencontré Jésus et accueilli son regard d’amour, il s’en est allé triste. La tristesse est la preuve de l’amour inachevé. C’est le signe d’un cœur tiède. Par contre, un cœur détaché des biens, qui aime librement le Seigneur, répand toujours la joie, cette joie dont on a besoin aujourd’hui. Le saint Pape Paul VI a écrit : « C’est au cœur de leurs angoisses que nos contemporains ont besoin de connaître la joie, de sentir son chant (Exhort. ap. Gaudete in Domino, I). Aujourd’hui, Jésus nous invite à retourner aux sources de la joie, qui sont la rencontre avec lui, le choix courageux de prendre des risques pour le suivre, le goût de quitter quelque chose pour embrasser sa vie. Les saints ont parcouru ce chemin.

Paul VI l’a fait, à l’exemple de l’Apôtre dont il a pris le nom. Comme lui, il a consacré sa vie à l’Évangile du Christ, en traversant de nouvelles frontières et en se faisant son témoin dans l’annonce et dans le dialogue, prophète d’une Église ouverte qui regarde ceux qui sont loin et prend soin des pauvres. Paul VI, y compris dans la difficulté et au milieu des incompréhensions, a témoigné de manière passionnée de la beauté et de la joie de suivre Jésus totalement. Aujourd’hui, il nous exhorte encore, avec le Concile dont il a été le sage timonier, à vivre notre vocation commune : la vocation universelle à la sainteté. Non pas aux demi-mesures, mais à la sainteté. Il est beau qu’avec lui et avec les autres saints et saintes d’aujourd’hui, il y ait Mgr Romero, qui a quitté les certitudes du monde, même sa propre sécurité, pour donner sa vie selon l’Évangile, aux côtés des pauvres et de son peuple, avec le cœur attaché à Jésus et à ses frères. Nous pouvons en dire autant de Francesco Spinelli, de Vincenzo Romano, de Maria Caterina Kasper, de Nazaria Ignazia de Sainte Thérèse de Jésus et de Nunzio Sulprizio. Tous ces saints, dans des contextes différents, ont traduit par leur vie la Parole d’aujourd’hui, sans tiédeur, sans calculs, avec le désir de risquer et de quitter. Que le Seigneur nous aide à imiter leurs exemples !

[01595-FR.01] [Texte original: Italien]

Sur la route du diocèse d’Amos (2e partie)

Dans ce 2e épisode de « Sur la route des diocèses », Francis Denis nous transporte dans le diocèse d’Amos à la rencontre des différents visages de cette église particulière. Sous l’épiscopat de Mgr Gilles Lemay, évêque du lieu, l’Église à Amos est pleinement engagée dans la transformation missionnaire voulue par le pape François. Que ce soit dans sa volonté de transmettre son riche héritage ou par la proximité avec les pauvres, les jeunes et toute personne habitant sur ce territoire aux dimensions démesurées, l’Église catholique à Amos est un bon exemple d’un Peuple de Dieu au service des besoins spirituels et humains des âmes auxquelles il est envoyé.

L’importance du ressourcement spirituel chez les jeunes


Photo: © CNS photo/Vatican Media

Récemment, je suis allée au Sanctuaire Marie Reine de Cœurs avec une communauté hispanophone pour un pèlerinage d’une journée. Ayant déjà participé à plusieurs pèlerinages et retraites, je sentais ce désir d’aller avec ma petite famille pour approfondir ma foi. D’ailleurs, j’ai remarqué au courant de ses dernières années que peu de jeunes participent à un pèlerinage. Cela m’amène à un point : les jeunes ne se sentent pas interpellés. Mais pourquoi? N’avons-nous donc pas tous un désir de grandir, d’approfondir non seulement la foi, mais surtout notre identité en tant qu’être humain, ou, du moins, en tant que personne désireuse d’un avenir meilleur? Pourtant, c’est dans ce silence et ce dégagement entier de toutes préoccupations humaines qu’on peut plus se connecter à Dieu. C’est une façon de méditer et prier concernant nos réflexions de viepour en sortir avec des solutions, sentir la présence du Seigneur, ou du moins, se sentir allégé et confiant que tout repose dans les mains de Dieu.

Alors pourquoi les jeunes ne sentent pas le besoin de se retirer un peu de notre société qui est, après tout, constamment mouvementée? Peut-être parce qu’ils y sont habitués depuis leur naissance et donc ne ressentent pas ce besoin. Ou peut-être encore qu’avec le désintérêt qu’attribue la génération des milléniaux à la religion, ou du moins à la spiritualité, il est un tant soit peu normal que ce besoin soit complètement enseveli.  Pourtant, la société d’aujourd’hui va tellement vite qu’ils ne prennent pas le temps, ou bien ne choisissent pas de prendre le temps de ralentir. Avec tout ce qu’on vit, je pense qu’il faut accorder une place primordiale à se recentrer, se connecter à Dieu pour ensuite se sentir plus libre de toutes préoccupations, puisqu’on sait qu’après toute retraite spirituelle nous grandissons et nous comprenons qu’il faut simplement faire confiance à Dieu.

Celui qu’on essaie d’imiter, a Lui-même fait plusieurs retraites spirituelles. Nous pouvons prendre exemple lorsque Jésus se retirait loin de la foule et loin de tout pour prier son Père (Mt 14.22-23; Lc 9.28). Il voulait simplement être en communion avec son Père, et nous devons faire pareil. Il a prôné l’exemple à suivre. Pour être en communion avec le Saint Père, nous devons prendre le temps de nous retirer en silence et accorder une priorité pour approfondir notre relation avec Dieu.

Plusieurs jeunes pourraient dire qu’un pèlerinage ou une retraite est une perte de temps. Pourquoi se retirer et aller ailleurs pour méditer si on peut le faire chez nous? Pour répondre à cette question, j’invite fortement les jeunes à sortir de leur zone de confort simplement pour faire l’essai. Nous devons essayer en premier avant d’en tirer des conclusions. Le Pape François nous rappelle constamment qu’il faut sortir de notre zone de confort pour aller annoncer la bonne nouvelle et aider notre prochain. Nous ne pouvons pas nous permettre de ne rien faire. Grâce à une activité de pèlerinage ou une retraite spirituelle, nous ne pouvons que sortir gagnant puisque nous prenons le temps d’apprendre plus sur nous même, mais surtout, on se rend disponible à l’écoute de la Parole de Dieu. Avec ces outils spirituels, nous pouvons accomplir notre devoir de chrétien.

Nous écoutons souvent cette fameuse phrase qui parle du « lâcher-prise ». Plusieurs jeunes d’aujourd’hui veulent révolutionner le monde et des jeunes chrétiens cherchent une façon propice pour évangéliser et propager la bonne nouvelle autour du monde. Ce qui peut être très bien. Par contre, il est important de se rappeler que rien ne peut être totalement fait et accomplit sans l’aide du Seigneur. Alors, si nous accordons un peu de temps pour se connecter à Dieu, nous comprendrons qu’il faut simplement mettre TOUT dans les mains de Celui qui a tout créé, entre-autres, le « lâcher-prise ».

J’invite tous les jeunes du monde à prendre du temps pour soi-même, en compagnie de Dieu, à prendre du recul sur ses priorités, ses relations, ses préoccupations de vie pour revenir et en sortir meilleur. En allant à un pèlerinage ou une retraite spirituelle, nous nous recentrons sur l’essentiel pour faire place au nouveau et nous visons une nouvelle intimité avec Celui qui est la source de la vie. Dans le profond de notre cœur, on fait place au silence pour pouvoir entendre sa voix, sa présence et de cette manière lui dire « Seigneur me voici pour faire ta volonté » (Ps, 39).

Maribel Mayorga-Espinoza

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