« De façon consciente, pieuse et active » | Audience générale du Pape – 26 août 2026

Photographie en noir et blanc du pape Paul VI, assis en vêtements liturgiques, tandis qu’un homme s’agenouille devant lui, entouré de membres du clergé, d’une religieuse et d’autres personnes. Le pape Paul VI salue divers laïcs et religieux lors de la messe célébrée à l’occasion de la Journée mondiale des missions, en 1971. Wikimedia Commons.

Lors de son audience générale hebdomadaire, le pape Léon XIV a conclu sa catéchèse sur le Sacrosanctum Concilium, la constitution de Vatican II sur la liturgie. Commentant les principes fondamentaux du conseil pour la réforme liturgique, il a déclaré « À travers les actions rituelles de l’Église, tandis que s’accomplit le mémorial de l’œuvre du salut, la possibilité est donnée de vivre la véritable relation avec Dieu, en entrant en contact avec l’événement salvifique. Puisque les gestes et les paroles de la sainte liturgie sont décisifs pour réaliser cette expérience, la participation des fidèles ne peut être passive. »

Lisez le texte intégral de son discours ci-dessous. Vous pourrez suivre l’intégralité de l’émission sur Sel + Lumière TV ce soir à 19h00 HE, 16h00 HP et sur slmedia.org/fr/endirect.

Chers frères et sœurs,

Dans cette dernière catéchèse sur la Constitution Sacrosanctum Concilium, je voudrais m’arrêter sur les raisons pour lesquelles les Pères conciliaires ont voulu promouvoir une réforme de la liturgie. À cet égard, la troisième Lettre du Concile que le cardinal Giovanni Battista Montini, alors archevêque de Milan, a adressée le 28 octobre 1962 aux fidèles de son Église est très éclairante. La liturgie – écrivait-il – « est l’expression sincère tant du divin que de l’humain. C’est un langage. C’est, d’une part, un vecteur d’enseignement divin, et, d’autre part, la voix d’un dialogue avec Dieu. Il est clair qu’elle ne peut renoncer à sa fonction didactique, et qu’elle ne peut manquer d’offrir à la foi et à la piété la possibilité de s’exprimer avec une intelligibilité spontanée » [1] . Animé par ces convictions, le futur pape saint Paul VI affirmait que les fidèles « ne peuvent et ne doivent plus rester muets et passifs. Leur présence matérielle ne peut s’accorder avec leur absence spirituelle ». [2]

La concordance entre ces déclarations et celles qui figureront au n°48 de la Constitution conciliaire est évidente : « l’Église se soucie-t-elle d’obtenir que les fidèles n’assistent pas à ce mystère de la foi comme des spectateurs étrangers et muets, mais que, le comprenant bien dans ses rites et ses prières, ils participent de façon consciente, pieuse et active à l’action sacrée, soient formés par la Parole de Dieu, se restaurent à la table du Corps du Seigneur, rendent grâces à Dieu ; qu’offrant la victime sans tache, non seulement par les mains du prêtre, mais aussi en union avec lui, ils apprennent à s’offrir eux-mêmes et, de jour en jour, soient consommés, par la médiation du Christ, dans l’unité avec Dieu et entre eux ». On perçoit dans ces paroles une prise de conscience renouvelée de la valeur de la liturgie. À travers les actions rituelles de l’Église, tandis que s’accomplit le mémorial de l’œuvre du salut, la possibilité est donnée de vivre la véritable relation avec Dieu, en entrant en contact avec l’événement salvifique. Puisque les gestes et les paroles de la sainte liturgie sont décisifs pour réaliser cette expérience, la participation des fidèles ne peut être passive.

La réforme conciliaire, en mettant au centre ce qui constitue le cœur de l’expérience ecclésiale, a voulu faire resplendir la liturgie comme « la source première de cet échange divin par lequel la vie de Dieu nous est communiquée » [3] . De cette conviction est née la nécessité de rendre la richesse des textes bibliques et des prières, plus accessible à tous les fidèles, et de simplifier l’ordre de la célébration par rapport à celui prévu dans les livres liturgiques alors en vigueur.

La liturgie, en effet, étant une réalité vivante, a toujours été soumise, au fil des siècles, à des évolutions et à des changements. Le Magistère en a adapté les formes aux exigences des différentes époques. Il n’est donc pas surprenant que le Concile Vatican II, dans le plus grand respect du patrimoine de la tradition, et précisément afin de le rendre plus accessible, ait jugé nécessaire une révision des livres liturgiques.

L’objectif qui tenait à cœur aux Pères est énoncé au n° 21 de la Constitution Sacrosanctum Concilium : « Pour que le peuple chrétien bénéficie plus sûrement des grâces abondantes dans la liturgie, la sainte Mère l’Église veut travailler sérieusement à la restauration générale de la liturgie elle-même. Car celle-ci comporte une partie immuable, celle qui est d’institution divine, et des parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées. Cette restauration doit consister à organiser les textes et les rites de telle façon qu’ils expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu’ils signifient, et que le peuple chrétien, autant qu’il est possible, puisse facilement les saisir et y participer par une célébration pleine, active et communautaire. » C’est à l’encyclique Mediator Dei du pape Pie XII que remonte la distinction, dans la liturgie, entre les éléments divins, immuables, et les éléments humains, qui, eux, « peuvent subir diverses modifications, approuvées par la sainte Hiérarchie assistée par le Saint-Esprit, selon les exigences des temps, des choses et des âmes » (Acta Apostolicae Sedis 39, 1947, 541-542).

D’ailleurs, le désir d’une « réforme générale » n’était pas né du jour au lendemain, mais s’était manifesté dans l’action des papes qui s’étaient succédé depuis le début du XXe siècle, en accord avec les revendications du Mouvement liturgique. L’affirmation selon laquelle les fidèles ne devaient pas assister aux célébrations « comme des étrangers ou des spectateurs muets » avait déjà été reprise par la Constitution apostolique Divini Cultus de Pie XI. On peut en outre rappeler les interventions de Pie XII sur l’organisation des rites de la Semaine Sainte, qu’il a replacés aux heures correspondant aux événements pascaux, après qu’ils avaient été avancés pendant des siècles aux heures du matin. Il ne faut pas non plus oublier que saint Jean XXIII a jugé nécessaire une simplification des rubriques du Bréviaire et du Missel, qu’il a approuvée par le Motu proprio Rubricarum instructum, du 25 juillet 1960, dans lequel il renvoyait au Concile œcuménique annoncé la proposition des principes fondamentaux pour une réforme de la liturgie.

La réforme liturgique promue par le Concile Vatican II s’inscrit donc dans le sillage de la tradition vivante de l’Église. Sa juste compréhension permet également de rejeter les abus qui se sont produits dans certains secteurs de l’Église au cours de la période postconciliaire, et qui, malheureusement, se produisent encore parfois aujourd’hui, en absolutisant ou en interprétant de manière erronée certains des principes qui étaient à la base de la réforme elle-même.

À cet égard, il convient de rappeler que la Constitution conciliaire affirme que « les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Église, qui est “le sacrement de l’unité”, c’est-à-dire le peuple saint rassemblé et ordonné sous la conduite des évêques. C’est pourquoi ces actions appartiennent à l’ensemble du corps de l’Église, elles le manifestent et l’impliquent » (Sacrosanctum Concilium, n° 26).

Il incombe donc en premier lieu aux pasteurs, aux évêques, mais aussi à chaque prêtre, de préserver et de promouvoir une liturgie qui, dans le respect des normes liturgiques, resplendisse par sa noble simplicité (cf. n° 34) et manifeste ainsi l’Église une, sainte, catholique et apostolique. Une telle liturgie sera également un vecteur fondamental d’évangélisation, l’instrument de grâce par lequel, comme l’enseigne le Concile, nous pourrons apprendre à nous offrir nous-mêmes et, par la médiation du Christ, nous serons consommés dans l’unité avec Dieu et entre nous (cf. n° 48).

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[1] G. B. Montini, «Terza lettera dal Concilio», Rivista Diocesana Milanese 51 (1962) 921-923: 922.

[2] Ibid.

[3] Solenne Chiusura della II Sessione del Concilio, Allocuzione del Santo Padre Paolo VI (4 dicembre 1963).

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

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« Le chant appartient à ceux qui aiment » | Audience générale du Pape – 19 août 2026

Antiveduto Grammatica, « Sainte Cécile et les anges musiciens (Allégorie de la musique) », Wikimedia Commons. Sainte Cécile est la patronne universelle de la musique.

Lors de son audience générale hebdomadaire, le pape Léon XIV a poursuivi sa catéchèse sur le Sacrosanctum Concilium, la constitution de Vatican II sur la liturgie. Mettant l’accent sur le rôle primordial du chant et de la musique dans la liturgie, il a déclaré qu’ils « favorisent la communion. Ils contribuent à l’unité des cœurs, en surmontant les différences entre les personnes et en rassemblant tout le monde dans la louange de Dieu à travers la symphonie des voix. Ainsi, ils deviennent une épiphanie de l’Église, une manifestation tangible de la communion qui appartient à sa nature même. »

Lisez le texte intégral de son discours ci-dessous. Vous pourrez regarder les Audiences Générales du pape sur Sel + Lumière TV  et sur slmedia.org/fr/endirect.

Chers frères et sœurs,

Le sixième chapitre de la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC) du Concile Vatican II est consacré à la musique sacrée. Il affirme : « La tradition musicale de l’Église universelle constitue un trésor d’une valeur inestimable qui l’emporte sur les autres arts, du fait surtout que, chant sacré lié aux paroles, il fait partie nécessaire ou intégrante de la liturgie solennelle » (SC, 112). Il précise également : « La musique sacrée sera d’autant plus sainte qu’elle sera en connexion plus étroite avec l’action liturgique, en donnant à la prière une expression plus agréable, en favorisant l’unanimité ou en rendant les rites sacrés plus solennels » (ibid.).

Nous trouvons ici le cœur de l’enseignement conciliaire, qui confirme et approfondit la fonction ministérielle de la musique dans la liturgie, déjà soulignée par saint Pie X dans le Motu Proprio Inter sollicitudines (22 novembre 1903). La musique, en réalité, fait partie intégrante de l’action liturgique et n’est pas un simple ornement de la célébration. Dans la liturgie, chanter et jouer de la musique signifie prier, accorder son cœur à celui de ses frères et sœurs et avec Dieu, en participant activement au mystère célébré. La musique, en particulier, exprime la dimension affective de la prière, comme le dit saint Augustin : « Cantare amantis est », c’est-à-dire « le chant est l’expression de l’amour » (Sermon 336, 1). Ceci est très important, car cela aide à ouvrir le cœur à l’action de Dieu dans la grâce et à se laisser transformer par elle.

Le chant, en outre, favorise la communion. Par la symphonie des voix, il contribue à l’union des âmes, transcendant les différences entre les personnes et unissant tous les fidèles dans la louange de Dieu. Ainsi, il devient une épiphanie de l’Église, une manifestation tangible de la communion qui est inhérente à sa nature même.

La profonde signification théologique du chant sacré, partie intégrante de l’action liturgique, engendre certaines exigences. La première est que, au-delà des modes ou des sensibilités particulières des auteurs, il doit répondre à tous les niveaux à ce qui convient le mieux au moment de la célébration. La forme, notamment sur le plan mélodique, doit être à la fois noble et simple, d’une grande qualité musicale et facile à exécuter, surtout lorsqu’elle est destiné à être chantée par toute l’assemblée (cf. SC, 121).

Pour la même raison, le Concile recommande que les textes soient également appropriés, profonds et, en même temps, facilement compréhensibles, inspirés principalement de l’Écriture sainte, des livres liturgiques et de la Tradition spirituelle de l’Église. Sur ce point, il est nécessaire d’être vigilant afin que soit maintenue et renforcée la dynamique exprimée par l’ancien principe « lex orandi lex credendi », c’est-à-dire, la loi de la prière est aussi la loi de la foi .

Sacrosanctum Concilium consacre une large place au thème de la participation active des fidèles (cf. n° 114). Elle doit être « comprise […] à partir d’une plus grande conscience du mystère qui est célébré et de sa relation avec l’existence quotidienne » (Benoît XVI, Exhortation apostolique Sacramentum Caritatis, 52), dans un « esprit de constante conversion qui doit caractériser la vie de tous les fidèles » (ibid., 55). Quant à la manière concrète d’y parvenir par le rôle spécifique de la musique sacrée, la Constitution apporte une réponse claire : « On favorisera les acclamations du peuple, les réponses, le chant des psaumes, les antiennes, les cantiques» et « un silence sacré » (SC, 30). Elle exhorte chaque ministre ou laïc à accomplir « seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques » (SC, 28), dans un équilibre harmonieux entre les différents ministères, les diverses interventions et les moments de silence.

Le Concile accorde ainsi une grande importance au chant grégorien, sans pour autant exclure de la célébration d’autres genres de musique sacrée. Une attention particulière est également portée à l’orgue (voir SC, 120), tandis que l’usage d’autres instruments est permis « selon qu’ils sont ou peuvent devenir adaptés à un usage sacré, qu’ils s’accordent à la dignité du temple et qu’ils favorisent véritablement l’édification des fidèles. » (SC, 120).

Un thème cher à la réforme conciliaire est celui de l’inculturation, notamment dans le domaine de la musique sacrée. On souligne en particulier, en ce qui concerne les traditions musicales des différentes cultures, l’importance de les prendre sérieusement en considération comme faisant partie intégrante de la vie religieuse et sociale des peuples. Il est donc recommandé, d’une part, de dispenser à tous une formation « de leur sens religieux » (SC 119) et, d’autre part, « dans la mesure du possible, […] de promouvoir la musique traditionnelle de ces peuples, tant à l’école que dans les actions sacrées » (ibid.).

Dans le contexte liturgique, un rôle particulier est reconnu à la schola cantorum, instrument pastoral dont la promotion est recommandée, avec pour tâche « d’assurer la juste exécution des parties qui lui sont propres, selon les divers genres de chant, et d’aider la participation active des fidèles dans le chant.» (Sacrée Congrégation Des Rites, Instr. Musicam sacram, 19).

À cette fin, le compositeur de musique sacrée est appelé à connaître et à préserver le patrimoine musical de l’Église, s’en laissant inspirer pour créer de nouvelles compositions au service de la liturgie, dans le respect des sensibilités contemporaines et des diverses traditions culturelles, afin de « purifier le culte d’erreurs de style, de formes d’expression médiocres, de musiques et de textes plats, peu adaptés à la grandeur de l’acte que l’on célèbre, pour assurer la dignité et la beauté des formes de la musique liturgique » (Saint Jean-Paul II, Chirographe sur la musique sacrée, 22 novembre 2003, 3).

Pour toutes ces raisons, les Pères conciliaires recommandent de promouvoir la formation et la pratique de la musique sacrée « dans les séminaires, les noviciats de religieux des deux sexes et leurs maisons d’études, et aussi dans les autres institutions et écoles catholiques » (SC,  115), et de veiller à ce que les musiciens et les chanteurs reçoivent une solide formation liturgique (cf. ibid.).

Chers frères et sœurs, les Pères de l’Église tenaient le chant liturgique en haute estime, symbole de communion ecclésiale. C’est pourquoi nous pouvons conclure par ces belles paroles de saint Ignace d’Antioche : « Que chacun de vous aussi, vous deveniez un chœur, afin que, dans l’harmonie de votre accord, prenant le ton de Dieu dans l’unité, vous chantiez d’une seule voix par Jésus-Christ au Père, afin qu’il vous écoute et qu’il vous reconnaisse, par vos bonnes œuvres, comme les membres de son Fils » (Lettre aux Éphésiens 4, 2).

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

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Audience Générale du pape Léon XIV – Mercredi 12 août 2026

Calendrier romain général de 1960, tiré du Bréviaire romain de 1961. Wikimedia Commons.

Lors de son audience générale hebdomadaire, le pape Léon XIV a poursuivi sa catéchèse sur *Sacrosanctum Concilium*, la constitution de Vatican II sur la liturgie. Mettant en perspective le calendrier liturgique, il a déclaré que celui-ci « doit […] être compris comme un renouvellement constant de l’œuvre de salut que le Christ accomplit dans l’histoire. Au fil de ce cycle temporel, l’Église reste en contact avec l’action rédemptrice du Seigneur, afin que tous les fidèles puissent être comblés de sa grâce. »

Lisez le texte intégral de son discours ci-dessous. Vous pourrez suivre l’intégralité de l’émission sur Sel + Lumière TV ce soir à 19h00 HE, 16h00 HP et sur slmedia.org/fr/endirect.

Chers frères et sœurs,

le cinquième chapitre de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium (SC) est consacré à l’année liturgique, thème sur lequel nous souhaitons aujourd’hui fixer l’attention, afin d’en expliquer la valeur dans la vie de tout croyant.

Tout d’abord, il convient de rappeler que cette manière de définir le cycle des fêtes chrétiennes comme « année liturgique » s’est répandue dans le langage ecclésial grâce à l’œuvre du Serviteur de Dieu, l’abbé Prosper Guéranger (1805-1875).

Dans l’encyclique Mediator Dei, le Pape Pie XII affirme qu’il ne s’agit pas d’« une représentation froide et inerte de faits appartenant au passé, ni d’une simple […] évocation de réalités d’autrefois. [L’année liturgique], c’est plutôt le Christ lui-même, qui vit toujours dans son Église et qui poursuit le chemin d’une immense miséricorde qu’il a lui-même commencé […] dans cette vie mortelle […], afin de mettre les âmes humaines en contact avec ses mystères et de les faire vivre pour eux ; mystères qui sont perpétuellement présents et efficaces » (III Divinum Officium et Annus Liturgicus, II Cyclus Mysteriorum). L’année liturgique doit donc être comprise comme une actualisation constante de l’œuvre du salut que le Christ accomplit dans l’histoire. En parcourant ce cycle temporel, l’Église reste en contact avec l’action rédemptrice du Seigneur, de sorte que tous les fidèles sont comblés de sa grâce (cf. SC, 102c). La rencontre avec Jésus, mort et ressuscité pour nous, est la finalité que l’Église poursuit sans cesse, en plaçant au centre de chaque instant la célébration de l’événement pascal.

C’est pourquoi les Pères conciliaires considèrent le dimanche, « le jour de fête par excellence » (cf. SC, 106), comme « le fondement et le cœur de l’année liturgique ». Dans plusieurs langues modernes, son nom atteste qu’il s’agit du « dies Domini », « le jour du Seigneur ». Même dans les langues où a prévalu la référence au « jour du soleil » (Sunday, Sonntag), on entrevoit le lien avec le Christ : le Christ est le véritable « soleil de justice » qui illumine chaque homme !

Saint Jean-Paul II, dans la Lettre apostolique Dies Domini (31 mai 1998), enseigne que le dimanche est le jour du Seigneur, le jour de l’Église, le jour de l’homme et, enfin, le « jour des jours » : « Le dimanche étant la Pâques hebdomadaire, où est commémoré et rendu présent le jour où le Christ est ressuscité d’entre les morts, il est aussi le jour qui révèle le sens du temps. […] Jaillissant de la Résurrection, il fend le temps de l’homme, les mois, les années, les siècles, telle une flèche directrice qui les traverse en les orientant vers le but de la seconde venue du Christ. Le dimanche préfigure le jour ultime, celui de la Parousie » (n° 75), où nous ressusciterons tous.

Pour sanctifier le dimanche, il est fondamental de célébrer l’Eucharistie. L’écoute de la Parole et la participation au Corps du Christ impliquent, selon les Pères conciliaires, le convenire in unum (cf. SC, 106), c’est-à-dire le rassemblement festif des fidèles. Au sein de cette assemblée, la communauté chrétienne rend visible sa communion avec le Seigneur et témoigne de son appartenance au Christ et de sa fidélité à l’Église. Cette assemblée ne peut être remplacée par une présence purement virtuelle, ni se réduire à un rassemblement purement passif. L’assemblée liturgique se réalise en effet dans la participation active des frères et sœurs, convoqués ensemble pour « rendre grâce à Dieu qui les a engendrés, “par la résurrection du Christ d’entre les morts, pour une espérance vivante” (1 P 1, 3) » (ibid.).

À cet égard, j’exhorte chacun à rechercher les meilleures conditions pour que puissent prendre part à la sainte Messe même ceux qui, le dimanche, n’ont pas la possibilité de s’absenter de leur travail.

Très chers, l’année liturgique, rythmée par les dimanches, a une histoire intéressante, dans laquelle s’entremêlent la foi et la dévotion de l’Église. En effet, dès le IIe siècle après J.-C., à la célébration hebdomadaire de la Pâque s’est ajoutée celle de la Pâque annuelle, « solennité suprême » (SC, 102), étendue à la « période très joyeuse » de cinquante jours, culminant à la Pentecôte, et préparée par le temps du Carême avec son caractère pénitentiel (cf. SC, 109). Le développement du cycle de Noël, qui s’est ensuite inspiré du modèle pascal, a permis de revivre les mystères de l’incarnation du Verbe de Dieu, de sa naissance et de sa manifestation au monde. L’Église a ensuite intégré dans les différents temps liturgiques la vénération de la Bienheureuse Vierge Marie, « indissolublement unie à l’œuvre salvifique de son Fils » (SC, 103), ainsi que « la mémoire des martyrs et des autres saints qui […], dans les cieux, chantent à Dieu la louange parfaite et intercèdent pour nous » (SC, 104).

L’année liturgique propose ainsi, sous une forme sacramentelle, la pédagogie de l’histoire du salut, guidant les fidèles depuis l’attente du Messie jusqu’à la plénitude du mystère pascal et à l’anticipation de la gloire future. En son sein, l’Église célèbre l’actualité salvifique du mystère du Christ, permettant aux croyants d’y participer toujours plus profondément. C’est pourquoi l’année liturgique constitue le principe inspirateur et le cadre de référence essentiel de toute action pastorale.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

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Audience Générale du pape Léon XIV – Mercredi 5 août 2026

Photo de Titi Maciel Pérez sur Cathopic.

Le pape Léon XIV a repris ses audiences générales hebdomadaires ainsi que sa catéchèse sur Sacrosanctum Concilium, la constitution de Vatican II sur la liturgie. Il a déclaré : « Dans cette constitution, le terme “prière” désigne la liturgie dans son ensemble. Cette perspective est déterminante, car elle a guidé la réforme liturgique, faisant de la participation active des fidèles son pilier central. »

Lisez le texte intégral de son discours ci-dessous. Vous pourrez suivre l’intégralité de l’émission sur Sel + Lumière TV ce soir à 19h00 HE, 16h00 HP et sur slmedia.org/fr/endirect.

Frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Dans cette catéchèse, nous reprenons la réflexion sur la Constitution conciliaire sur la liturgie Sacrosanctum Concilium (SC). Aujourd’hui, nous nous attardons sur la dimension ecclésiale de la prière liturgique.

Comme le suggère l’apôtre Paul, c’est l’Esprit Saint qui nous enseigne à prier. Depuis le jour de la Pentecôte, l’Esprit habite l’Église, inspirant chacune de ses activités et, en particulier, la prière. La vie de la première communauté, née à Jérusalem après la Pâque de Jésus, est une vie dans l’Esprit donné par le Seigneur ressuscité. « Depuis lors – dit le Concile –, l’Église n’omit de se réunir pour célébrer le mystère pascal ; en lisant « dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24, 27), en célébrant l’Eucharistie dans laquelle « sont rendus présents la victoire et le triomphe de sa mort » et en rendant en même temps grâces « à Dieu pour son don ineffable » (2 Co 9, 15) dans le Christ Jésus « pour la louange de sa gloire » (Ep 1, 12) par la puissance de l’Esprit Saint. (SC, 6).

À notre époque, dans des contextes dominés par une mentalité axée sur l’efficacité et la consommation, la prière peut sembler inutile et dérisoire. Dans un monde où la science et la technique prétendent apporter toutes les réponses, prier peut apparaître comme une forme d’évasion. De plus, même dans de nombreuses familles chrétiennes, la tradition de la prière ne se transmet plus, tandis que beaucoup de personnes risquent de la confondre avec une technique parmi d’autres, de nature psychologique et visant le bien-être personnel. La prière, en revanche, en tant que dimension fondamentale de notre humanité, mérite d’être redécouverte dans sa vérité.

La Constitution Sacrosanctum Concilium a pris cette exigence au sérieux. Et cela réjouissait profondément le pape saint Paul VI qui, en promulguant ce premier document approuvé par le Concile Vatican II, affirmait : « Dieu à la première place ; la prière, notre première obligation ; la liturgie, première source de la vie divine qui nous est communiquée, première école de notre vie spirituelle » (Discours, Basilique Saint-Pierre, 4 décembre 1963).

Dans la Constitution, en effet, le terme « la prière » désigne l’ensemble de la liturgie. Cette perspective est déterminante, car elle a orienté la réforme liturgique en plaçant la participation active des fidèles au cœur de celle-ci. La liturgie est présentée avant tout comme le lieu de la rencontre, de l’initiative de Dieu qui se fait proche de l’humanité en son Fils, « le Verbe fait chair, oint par le Saint-Esprit » (SC, 5), à laquelle nous pouvons répondre « par le Christ, avec le Christ et dans le Christ, dans l’unité du Saint-Esprit », c’est-à-dire grâce à la « prière que le Christ, uni à son Corps, élève vers le Père » (SC, 84).

C’est pourquoi saint Paul VI désirait ardemment que la Liturgie des Heures, c’est-à-dire la prière publique quotidienne de l’Église, inséparable de l’Eucharistie, imprègne profondément, ravive, guide et exprime toute la prière chrétienne et alimente efficacement la vie spirituelle du peuple de Dieu (cf. Const. ap. Laudis canticum).

Pour que ce désir se réalise, la Liturgie des Heures demande à être de plus en plus accueillie et vécue dans la vie quotidienne des baptisés et des communautés. À tant de personnes qui veulent apprendre à prier, en particulier aux catéchumènes, elle peut offrir le chemin et l’école de la prière chrétienne.

Chaque semaine et chaque jour, l’Eucharistie et la Liturgie des Heures sont le souffle de la vie de l’Église qui fait circuler l’Esprit Saint dans son Corps. Dans cette prière, le Christ « s’adjoint toute l’humanité et se l’associe dans ce divin cantique de louange. » (SC, 83) ; ainsi, jour après jour, nous sommes toujours plus associés au mystère pascal et conformés à Lui.

Saint Augustin affirme : « Lorsque nous parlons à Dieu dans la prière, nous ne devons pas séparer de lui le Fils ; et lorsque le corps du Fils prie, qu’il ne se sépare pas de sa propre tête ; que ce soit donc le même et unique Sauveur de son corps, notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, celui qui prie pour nous, qui prie en nous et qui est prié par nous. Il prie pour nous comme notre prêtre ; il prie en nous comme notre chef ; il est prié par nous comme notre Dieu. Reconnaissons donc en lui notre voix, et sa voix en nous » (Enarr. in psalmum LXXXVPL 37, 1081).

Liée à l’Eucharistie, dont elle prolonge la lumière, la Liturgie des Heures sanctifie le temps de notre vie quotidienne : le matin, nous commençons la journée avec foi et gratitude ; à midi, nous demandons la force de rester fidèles au milieu des épreuves ; le soir, une fois le travail terminé, les Vêpres accompagnent le moment du coucher du soleil ; la nuit, nous nous endormons en nous en remettant à la paix de Dieu. Chaque heure est un acte d’espérance : au cours de notre pèlerinage terrestre, nous veillons en attendant, avec toute l’Église, le retour glorieux du Seigneur.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

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