« Le chant appartient à ceux qui aiment » | Audience générale du Pape – 19 août 2026

Antiveduto Grammatica, « Sainte Cécile et les anges musiciens (Allégorie de la musique) », Wikimedia Commons. Sainte Cécile est la patronne universelle de la musique.

Lors de son audience générale hebdomadaire, le pape Léon XIV a poursuivi sa catéchèse sur le Sacrosanctum Concilium, la constitution de Vatican II sur la liturgie. Mettant l’accent sur le rôle primordial du chant et de la musique dans la liturgie, il a déclaré qu’ils « favorisent la communion. Ils contribuent à l’unité des cœurs, en surmontant les différences entre les personnes et en rassemblant tout le monde dans la louange de Dieu à travers la symphonie des voix. Ainsi, ils deviennent une épiphanie de l’Église, une manifestation tangible de la communion qui appartient à sa nature même. »

Lisez le texte intégral de son discours ci-dessous. Vous pourrez regarder les Audiences Générales du pape sur Sel + Lumière TV  et sur slmedia.org/fr/endirect.

Chers frères et sœurs,

Le sixième chapitre de la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC) du Concile Vatican II est consacré à la musique sacrée. Il affirme : « La tradition musicale de l’Église universelle constitue un trésor d’une valeur inestimable qui l’emporte sur les autres arts, du fait surtout que, chant sacré lié aux paroles, il fait partie nécessaire ou intégrante de la liturgie solennelle » (SC, 112). Il précise également : « La musique sacrée sera d’autant plus sainte qu’elle sera en connexion plus étroite avec l’action liturgique, en donnant à la prière une expression plus agréable, en favorisant l’unanimité ou en rendant les rites sacrés plus solennels » (ibid.).

Nous trouvons ici le cœur de l’enseignement conciliaire, qui confirme et approfondit la fonction ministérielle de la musique dans la liturgie, déjà soulignée par saint Pie X dans le Motu Proprio Inter sollicitudines (22 novembre 1903). La musique, en réalité, fait partie intégrante de l’action liturgique et n’est pas un simple ornement de la célébration. Dans la liturgie, chanter et jouer de la musique signifie prier, accorder son cœur à celui de ses frères et sœurs et avec Dieu, en participant activement au mystère célébré. La musique, en particulier, exprime la dimension affective de la prière, comme le dit saint Augustin : « Cantare amantis est », c’est-à-dire « le chant est l’expression de l’amour » (Sermon 336, 1). Ceci est très important, car cela aide à ouvrir le cœur à l’action de Dieu dans la grâce et à se laisser transformer par elle.

Le chant, en outre, favorise la communion. Par la symphonie des voix, il contribue à l’union des âmes, transcendant les différences entre les personnes et unissant tous les fidèles dans la louange de Dieu. Ainsi, il devient une épiphanie de l’Église, une manifestation tangible de la communion qui est inhérente à sa nature même.

La profonde signification théologique du chant sacré, partie intégrante de l’action liturgique, engendre certaines exigences. La première est que, au-delà des modes ou des sensibilités particulières des auteurs, il doit répondre à tous les niveaux à ce qui convient le mieux au moment de la célébration. La forme, notamment sur le plan mélodique, doit être à la fois noble et simple, d’une grande qualité musicale et facile à exécuter, surtout lorsqu’elle est destiné à être chantée par toute l’assemblée (cf. SC, 121).

Pour la même raison, le Concile recommande que les textes soient également appropriés, profonds et, en même temps, facilement compréhensibles, inspirés principalement de l’Écriture sainte, des livres liturgiques et de la Tradition spirituelle de l’Église. Sur ce point, il est nécessaire d’être vigilant afin que soit maintenue et renforcée la dynamique exprimée par l’ancien principe « lex orandi lex credendi », c’est-à-dire, la loi de la prière est aussi la loi de la foi .

Sacrosanctum Concilium consacre une large place au thème de la participation active des fidèles (cf. n° 114). Elle doit être « comprise […] à partir d’une plus grande conscience du mystère qui est célébré et de sa relation avec l’existence quotidienne » (Benoît XVI, Exhortation apostolique Sacramentum Caritatis, 52), dans un « esprit de constante conversion qui doit caractériser la vie de tous les fidèles » (ibid., 55). Quant à la manière concrète d’y parvenir par le rôle spécifique de la musique sacrée, la Constitution apporte une réponse claire : « On favorisera les acclamations du peuple, les réponses, le chant des psaumes, les antiennes, les cantiques» et « un silence sacré » (SC, 30). Elle exhorte chaque ministre ou laïc à accomplir « seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques » (SC, 28), dans un équilibre harmonieux entre les différents ministères, les diverses interventions et les moments de silence.

Le Concile accorde ainsi une grande importance au chant grégorien, sans pour autant exclure de la célébration d’autres genres de musique sacrée. Une attention particulière est également portée à l’orgue (voir SC, 120), tandis que l’usage d’autres instruments est permis « selon qu’ils sont ou peuvent devenir adaptés à un usage sacré, qu’ils s’accordent à la dignité du temple et qu’ils favorisent véritablement l’édification des fidèles. » (SC, 120).

Un thème cher à la réforme conciliaire est celui de l’inculturation, notamment dans le domaine de la musique sacrée. On souligne en particulier, en ce qui concerne les traditions musicales des différentes cultures, l’importance de les prendre sérieusement en considération comme faisant partie intégrante de la vie religieuse et sociale des peuples. Il est donc recommandé, d’une part, de dispenser à tous une formation « de leur sens religieux » (SC 119) et, d’autre part, « dans la mesure du possible, […] de promouvoir la musique traditionnelle de ces peuples, tant à l’école que dans les actions sacrées » (ibid.).

Dans le contexte liturgique, un rôle particulier est reconnu à la schola cantorum, instrument pastoral dont la promotion est recommandée, avec pour tâche « d’assurer la juste exécution des parties qui lui sont propres, selon les divers genres de chant, et d’aider la participation active des fidèles dans le chant.» (Sacrée Congrégation Des Rites, Instr. Musicam sacram, 19).

À cette fin, le compositeur de musique sacrée est appelé à connaître et à préserver le patrimoine musical de l’Église, s’en laissant inspirer pour créer de nouvelles compositions au service de la liturgie, dans le respect des sensibilités contemporaines et des diverses traditions culturelles, afin de « purifier le culte d’erreurs de style, de formes d’expression médiocres, de musiques et de textes plats, peu adaptés à la grandeur de l’acte que l’on célèbre, pour assurer la dignité et la beauté des formes de la musique liturgique » (Saint Jean-Paul II, Chirographe sur la musique sacrée, 22 novembre 2003, 3).

Pour toutes ces raisons, les Pères conciliaires recommandent de promouvoir la formation et la pratique de la musique sacrée « dans les séminaires, les noviciats de religieux des deux sexes et leurs maisons d’études, et aussi dans les autres institutions et écoles catholiques » (SC,  115), et de veiller à ce que les musiciens et les chanteurs reçoivent une solide formation liturgique (cf. ibid.).

Chers frères et sœurs, les Pères de l’Église tenaient le chant liturgique en haute estime, symbole de communion ecclésiale. C’est pourquoi nous pouvons conclure par ces belles paroles de saint Ignace d’Antioche : « Que chacun de vous aussi, vous deveniez un chœur, afin que, dans l’harmonie de votre accord, prenant le ton de Dieu dans l’unité, vous chantiez d’une seule voix par Jésus-Christ au Père, afin qu’il vous écoute et qu’il vous reconnaisse, par vos bonnes œuvres, comme les membres de son Fils » (Lettre aux Éphésiens 4, 2).

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

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