Journal du Synode du père Thomas Rosica, c.s.b.
Si l’on devait trouver une phrase dans la Bible pour résumer le bilan des activités de ces premiers jours du Synode sur La Parole de Dieu dans la Vie et la Mission de l’Eglise, ce serait celle du début du Prologue de l’Evangile de Saint-Jean (Jn, 1-1ff) “Au commencement était le Verbe …” et à ceci j’ajouterais : …et ensuite il y eut des mots, et encore des mots ! Ce Synode porte sur la Parole et des tonnes de paroles prononcées par un grand nombre de personnes!
Ce matin pendant que le pape Benoît XVI était Place Saint-Pierre pour son audience générale hebdomadaire, parlant à des dizaines de milliers de personnes sur la vie de saint Paul, les 253 Pères Synodaux, les chefs de la Curie, les experts, les auditeurs et le personnel du Synode ont participé à la première série de “Circuli Minores”, officiellement appelés dans les communiqués, “Groupes linguistiques”. Je peux vous assurer qu’il n’y a rien de “mineur” à propos de ces 12 groupes linguistiques! En effet, plusieurs sont d’avis que c’est grâce à ces groupes que toutes les personnes participant au Synode peuvent exprimer leurs opinions. Ces échanges en groupes resteront à jamais gravé dans la mémoire de ceux et celles qui vivent l’expérience du Synode.
En tant qu’attaché de presse anglophone, j’ai participé à l’un des trois groupes de langue anglaise, avec 32 personnes provenant de 18 pays différents. C’était une expérience unique qui n’est possible que dans l’Eglise catholique! Le Cardinal Francis George, O.M.I., de Chicago et Mgr Gerald Kicanas de Tucson, l’un président, l’autre vice-président de la Conférence des éveques catholiques des États-Unis (USSB), ont été nommés modérateur et rapporteur de ce groupe. Cela n’arrive pas souvent, que deux ressortissants du même pays soient élus à ces postes, mais le groupe était convaincu que tous les deux pouvaient être parfaits pour ces rôles.
Le Cardinal George m’a un peu angoissé, à vrai dire, au début de la séance du matin! Nous avons commencé par la prière du matin contenue dans le livre de prières en latin, préparé spécialement pour le Synode. Après la première prière, le Cardinal s’est penché vers moi pour me dire que je ferais la lecture de l’Evangile, et que je ferais la méditation après la lecture du célèbre “hymne à la charité” de saint Paul, au chapitre 13 de la Lettre aux Corinthiens. J’ai lâché un “Eminence!”, j’ai invoqué l’Esprit Saint et demandé au Bienheureux Jean XXIII de m’assister immédiatement, j’ai fait la lecture en latin, suivie d’une courte méditation. Ce fut un moment incroyable ! Faire ainsi la médiation pour une audience internationale au Vatican! L’Esprit a soufflé en abondance.
Je connais le Cardinal George depuis mes jours en Terre sainte pendant mes études supérieures, et c’était donc pour moi un plaisir d’être en sa compagnie encore une fois et de l’observer travailler dans ce contexte international. Sociable, intelligent, amusant et éloquent, il nous a tous fait sentir importants pour notre coopération et bienvenus au sein du groupe. Tous, même l’évêque britannique anglican, érudit des Écritures, N.T. Wright, le Chevalier Suprême Carl Anderson, trois femmes extraordinaires du Nigéria, des États-Unis et de Hong Kong, les cardinaux et les évêques de tous les coins du monde, ont parlé de leurs premières impressions du Synode, de leurs espoirs pour ses résultats et de leurs inquiétudes pastorales quant à la manière de mieux diffuser la Parole de Dieu à travers leurs propres pays, pour qu’elle soit mieux reçue et appréciée.
Alors que nous poursuivions notre travail au Vatican, un autre événement très important avait lieu sur la chaîne de télévision publique italienne RAI, pendant la première semaine du Synode des évêques: 138 heures de lecture ininterrompues de la Bible, à partir de la Génèse, jusqu’au Livre de l’Apocalypse. Samedi soir dernier, la chaîne de télévision a retransmis, depuis la Basilique Santa Croce (datant du 4e siècle) un programme intitulé “La Bible jour et nuit”, avec le pape Benoît XVI lisant le premier chapitre du livre de la Génèse – les premiers vers de la Bible sur la création du monde.
Le marathon nécessitera plus de 1 200 personnes pour lire l’Ancien Testament pendant sept jours et six nuits. Il ne s’agit pas seulement de catholiques, mais aussi de membres d’autres religions, juifs, protestants et chrétiens orthodoxes, tous participant à ce marathon colossal. Le pape Benoît était sur le grand écran de l’église au commencement du marathon, et l’évêque Ilarion a suivi, représentant l’Église orthodoxe russe. Le réalisateur Roberto Benigni, qui a gagné un Oscar pour son film “La Vita è Bella” était aussi parmi ceux convoqués pour lire la Bible à partir de dimanche. Des interludes musicaux ont lieu après un certain nombre de chapitres, proposant de la musique religieuse chrétienne ou juive, et la star italienne de l’opéra Andrea Bocelli a chanté le premier morceau dimanche, le “Dieu soit loué” de Bach.
L’ancien premier ministre du pays, Giulio Andreotti et plusieurs cardinaux et évêques qui sont à Rome pour le Synode ont été appelés pour prêter main forte, y compris le cardinal canadien Marc Ouellet et le cardinal américain Daniel DiNardo de Houston. Les 1 200 personnes faisant la lecture ont été sélectionnées parmi plus de 100 000 qui ont visité le site internet “La Bible jour et nuit” pour offrir bénévolement leurs services. Benoît XVI, faisant mention du marathon pendant l’Angelus de dimanche, a déclaré: “Si elle est bien reçue, cette semence pourra donner beaucoup de fruits”. Le Cardinal Tarcisio Bertone, Secrétaire d’État du Vatican clôturera le projet, par sa lecture du Livre de la Révélation le weekend prochain.
Avant la première série de réunions ce matin, j’ai profité du fait de vivre dans la Cité du Vatican, dans le Domus Sanctae Marthae, et je suis allé me promener tôt le matin dans les paisibles jardins du Vatican. J’avais sur moi une petite prière que j’avais notée quand j’étais étudiant à l’Institut Biblique de Rome il y a 20 ans. Le petit papier est un peu usé maintenant, mais les mots de saint Bonaventure, grand maître franciscain de la pensée et de la spiritualité, étaient très opportuns pour cette aventure du Synode sur la Parole de Dieu. Ses mots dans l’Itinerarium Mentis in Deum invitent tous les chrétiens à reconnaître la faiblesse « à ne pas croire qu’on peut se satisfaire de la lecture sans componction, de la spéculation sans dévotion, de la recherche sans admiration, de la prudence sans exultation, de l’activité sans piété, de la science sans charité, de l’intelligence sans humilité, de l’étude séparée de la grâce divine, de la réflexion séparée de la sagesse inspirée par Dieu ». Quelque part ces mots-là semblaient très appropriés pour moi et pour nous tous qui faisons partie de ce rassemblement de personnes du monde entier, qui adorons la Parole de Dieu et qui essayons d’être plus fidèles à cette Parole et à ce qu’elle demande de nous quotidiennement.
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«Malheur à moi si je n’évangélise pas…», cette exhortation de St Paul résonne encore à mes oreilles; j’ai eu le privilège d’assister à la messe et à l’assemblée plénière des évêques du Canada lundi 22 septembre, pour la première fois de ma vie. La présence de l’apôtre St Paul était palpable d’abord dans l’homélie de Mgr Paul-André Durocher qui a insisté sur le fait que le message évangélique n’a pas changé: ce sont les moyens de communication qui ont changé; cela nous demande d’inventer d’autres manières d’évangéliser. Comme St Paul qui a cherché à annoncer l’évangile, nous pouvons nous appuyer sur la grâce de Dieu qui n’est pas épuisée. Cela m’a redonné des forces.
Comme point d’orgue, l’intervention de Phil Fontaine, Chef National de l’Assemblée des Premières Nations. Il a parlé aux évêques en pesant ses mots et un silence régnait. Phil Fontaine a insisté sur le fait de construire de nouvelles relations pour faire face à l’avenir ensemble. Il a reconnu le rôle de l’Église catholique dans l’éducation des jeunes qui est à continuer pour vaincre la pauvreté qui gangrène beaucoup des membres des Premières Nations. Une nouvelle étape est devant nous, le passé a été ce qu’il a été, les fautes ont été reconnues par l’Église, il faut avancer ensemble, disant : « Je ne viens pas demander de l’argent, je viens vous demander du soutien… car vous croyez en ce que nous sommes…, car vous avez de l’influence en tant qu’évêques…. Vous êtes écoutés…. Vous êtes compétents en éducation »
