Quand Dieu donne la vie…

La mort d’Eluana Englaro n’a pas le dernier mot déclarait le porte-parole du Vatican aujourd’hui. L’Italienne de 38 ans est décédée à peine quatre jours après son transfert à la maison de repos qui devait lui retirer progressivement son alimentation et son hydratation. La jeune femme qui était dans le coma depuis 1992 est devenue la nouvelle figure du débat sur l’euthanasie, un débat qui occupe toute l’Italie et qui captive l’attention du monde occidentale. L’euthanasie est une question complexe. En cette matière, l’Église offre des balises claires et sans équivoque, tout en reconnaissant la charge d’émotions et les difficultés qui entourent cette question.

Il arrive souvent que les décisions à ce sujet soient motivées par la compassion. Le père Léo Walsh de l’Institut catholique de bioéthique du Canada écrivait d’ailleurs que « cet élément est présenté comme un argument qui ne requiert aucune justification. Nous ne laisserions pas souffrir un chien comme nous laissons souffrir un humain. Pourquoi devrions-nous rester-là et regarder une personne que l’on aime endurer une agonie qui n’a aucun sens? Ainsi, si le motif semble correct, on présume que l’action le soit
tout autant.

Mais voilà, à en croire les médecins qui l’ont évaluée, Eluana ne souffrait pas. Il revenait tout de même à sa famille de décider pour elle. Encore là, le père Walsh nous éclaire : enlever intentionnellement la vie à une personne appartient à un tout autre domaine. Personne ne peut décider qu’une autre personne serait mieux morte que vivante. Ceci va littéralement au-delà de ce que la personne humaine peut juger. Présumer une telle aptitude revient à s’établir arbitre de la vie et de la mort, une position qui appartient uniquement à Dieu.

Ce que Dieu nous donne, Dieu seul peut le reprendre.

Jean-Paul II a clarifié la question de l’euthanasie et d’autres questions liées à la vie dans son encyclique Evangelium Vitae. Celui qui a témoigné de la dignité de la personne à travers sa longue maladie et sa mort nous a aussi laissé un enseignement qui fait figure de proue pour l’Église. Il mentionne d’abord que «  par euthanasie au sens strict, on doit entendre une action ou une omission qui, de soi et dans l’intention, donne la mort afin de supprimer ainsi toute douleur. « L’euthanasie se situe donc au niveau des intentions et à celui des procédés employés ». » (EV, 5)  Il explique ensuite que l’euthanasie n’a rien à voir avec la décision de renoncer à l’acharnement thérapeutique, des interventions médicales disproportionnées auprès du malade par rapport au résultats/conséquences attendus. Les soins palliatifs sont toutefois d’une grande importance pour les malades à la fin de leur vie, pour alléger leurs souffrances et leur permettre de vivre une fin aussi paisible que possible. Le Pape peut ainsi continuer:

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Sur les traces de saint Paul

Nous sommes toujours dans l’année des célébrations du bi-milénaires de la naissance de l’apôtre Paul. Il en a été beaucoup question en juin dernier lors du lancement des célébrations qui se poursuivent jusqu’en juin prochain. Le pape Benoît XVI a eu la très bonne idée de lancer cette année spéciale et y consacrer la quasi totalité de ces catéchèses hebdomadaires. Il ne fait aucun doute que l’ensemble de ces enseignements seront colligés et publiés en un volume.

En attendant cela, pourquoi ne pas en profiter pour découvrir l’abondante littérature sur Paul et ses lettres? C’est ce que nous avons choisi de faire dans le cadre de l’émission littéraire de S+L, Les compléments du Verbe.

Nous partons à la suite de l’apôtre auprès des Gentils avec Daniel Cadrin, o.p. de l’Institut de pastorale des Dominicains et Alain Gignac, professeur à la Faculté de théologie et de sciences des religions à l’UdeM.
 
Le père Michel Gourgues, o.p. nous révèle comment l’exégèse biblique peut éclairer notre foi. Il revient d’un pèlerinage sur les pas de saint Paul et publie un commentaire sur les lettres à Timothée et la lettre à Tite.

Les compléments du Verbe: Sur les traces de saint Paul
Lundi 9 février 20h et minuit
Samedi 14 février 19h30 et 23h30

Vatican II en héritage

Mgr Paul-Émile Charbonneau, père du Concile Vatican II, à Focus catholiqueIl a beaucoup été question de Vatican II depuis quelques semaines et pas seulement parce que nous avons célébré le 50e anniversaire de l’annonce du Concile le 25 janvier dernier. Avec le décret de la levée des excommunications des 4 évêques de la Fraternité Saint Pie X, la veille dudit anniversaire, la question de l’autorité et de la valeur du Concile s’est trouvée sur toutes les tribunes du monde catholique. Et c’était tant mieux. En se retrouvant en mode de « dammage control », le Vatican et bien des évêques ont réaffirmé tout azimut l’importance pour les catholiques de reconnaître l’autorité de Vatican II. On peut noter ici que les conciles œcuméniques constituent la plus haute autorité dans l’Église, après l’Esprit Saint.  Elle en reconnaît 21 depuis le premier Concile de Nicée en 325, qui a définit la nature à la fois divine et humaine de Jésus, jusqu’à Vatican II de 1962 à 1965.

Le dernier Concile a insisté sur le fait que l’Église n’est pas qu’une simple organisation ou une institution. Elle est un mystère, un sacrement. Elle est se met à l’écoute de Dieu qui se révèle d’abord et avant tout par sa Parole. La Constitution Dei Verbum détermine que la Parole de Dieu est la source de la Révélation, ce qu’a d’ailleurs réitéré le récent Synode des évêques sur la Parole de Dieu. L’Église est donc au service de la Parole qui nous a été révélé en Jésus Christ.

Le Concile Vatican II a voulu que l’Église se mette d’une même oreille à l’écoute de la Parole et à l’écoute du monde pour ainsi mieux annoncer la première au second. Presque cinquante ans plus tard, nous commençons à peine à saisir l’héritage de ce Concile qui fut un point tournant dans la vie de l’Église.

J’ai eu la chance de rencontrer en janvier Mgr Paul-Émile Charbonneau, l’un des deux évêques canadiens toujours vivants à avoir participer au Concile. Dans la 2e partie de Focus catholique consacrée au 50e de l’annonce de Vatican II, il nous fait sentir à quel point la rencontre des évêques de tous les continents fut un temps fort et un point déterminant du Concile.  Avec la sagesse de ses 86 ans, l’évêque émérite de Hull nous transmet l’urgence de faire fructifier l’héritage de Vatican II qui, dit-il sans gêne, pourrait être en danger.

Voyez Vatican II : une annonce bouleversante, 2e de 2, ce dimanche 8 février à 19h30 et 23h30. L’émission est également disponible en ligne sur la page de FC.

Une vie donnée à Dieu

Depuis de nombreuses années,  le 2 février est l’occasion de célébrer la vie consacrée dans les diocèses de par le monde. En la fête de la présentation de Jésus au temple, la liturgie propose l’évangile qui met en scène Siméon et Anne, modèles d’attente et de prière, reconnaissant « l’enfant Jésus, comme le Christ, Lumière pour éclairer les nations. » Beaucoup de religieux et de religieuses ont prononcé leurs vœux à cette date-là. C’est donc l’occasion de les renouveler. Les diocèses organisent des activités très variées, selon les années : messes, conférences, expositions, etc.

Pour ma part, j’ai participé à deux célébrations, d’abord au centre Newman à Toronto ; j’y ai renouvelé mes vœux avec d’autres religieux-ses. Puis cette année, Mgr Peter Hundt, évêque auxiliaire à Toronto, a invité toutes les personnes consacrées du diocèse à une messe à la cathédrale. Expérience forte de nous sentir relier à d’autres instituts de vie religieuse et de sentir qu’aucun ne dit tout du mystère de Dieu. La fidélité de chacun et de chacune nous aide à vivre la nôtre. Chaque congrégation révèle un visage du Christ qui enseigne, guérit et prie. Cette diversité à l’intérieur même de la vie religieuse est une grande richesse.

Le concile Vatican II a redéfini la place de la vie religieuse dans l’Église, dans le document « Perfectae Caritatis » (la charité parfaite), notre consécration s’enracine dans le baptême. Ce texte met l’accent sur l’adaptation aux besoins de notre temps, le retour aux sources en redécouvrant le charisme du fondateur ou de la fondatrice et la vie fraternelle.

Par les vœux nous voulons rappeler que le but de notre vie est suivre le Christ en prenant ses moyens: la pauvreté, simplicité de la vie de Jésus, reconnaitre que tout nous vient de Dieu, que tout nous a été donné, la chasteté « ne me retiens pas » de Jésus à  Marie-Madeleine: avoir une distance par rapport aux personnes et ne pas les accaparer, accepter de ne pas avoir d’enfants et de ne pas connaitre la vie conjugale, et l’obéissance: faire la volonté du Père, volonté qui passe par les supérieurs qui sont à l’écoute de l’Esprit et obéissent aux constitutions, règles de vie différentes pour chaque congrégation

Soyez parfaits veut dire soyez accomplis… vivez pleinement l’accomplissement que Dieu vient faire en vous. Connaître davantage Jésus-Christ, le recevoir des sœurs avec lesquelles je vis, que je n’ai pas choisies et dont je suis solidaire. Oui, les vœux sont un repère qui nous permet de nous réorienter quand nous sommes dépassés, surmenés ; ils sont une force et une boussole dans la brume des jours.

Depuis que je suis au Canada, j’ai expérimenté la grande solidarité qui existe entre religieux et religieuses, je suis témoin de leur grande créativité évangélique à tous les ages de la vie. Notre vie est donnée à Dieu pour le monde. Cet appel nous dépasse et nous renouvelle sans cesse dans la joie de servir.

Je fais miennes les paroles du  frère dominicain Timothy Radcliffe «La valeur de la vie religieuse est qu’elle donne une expression frappante de ce qu’est la destinée de tout être humain. En effet, tout être humain découvre sa propre identité en répondant à l’appel que Dieu lui lance pour partager la vie divine. Nous sommes appelés à apporter une réponse particulière et radicale à cette vocation en laissant derrière nous toute autre identité qui pourrait séduire nos cœurs.» (L’identité des religieux aujourd’hui).

Bonne fête à tous les consacrés et toutes les consacrées !

SDB: 150 ans avec les jeunes!

Aujourd’hui l’Église célèbre Saint Jean Bosco, patron de la jeunesse et des éducateurs. Don Bosco vécut au 19e siècle, en pleine Révolution industrielle, dans le nord de l’Italie. Des milliers de paysans s’étaient dirigés vers les villes pour y chercher du travail, laissant souvent leurs enfants sans surveillance, voire abandonnés. Don Bosco marchait dans les rues de Turin à la recherche des enfants les plus sales et les plus malins qu’il pouvait trouver. Puis, par la raison, la charité et la foi de l’Église (plus tard appelé le système préventif) il les formait pour qu’ils deviennent de bons citoyens et de bons chrétiens. La motivation à poursuivre son oeuvre et celle des hommes et des femmes qui sont engagés à sa suite au service des jeunes se trouve dans les mots-mêmes du fondateur: ‘Il est suffisant pour vous d’être jeunes pour que je vous aime…’

Cette année, les Salésiens de Don Bosco célèbre le 150e anniversaire de leur fondation. Rendons grâce à Dieu pour les oeuvres de Don Bosco dans le monde et prions, par l’intercession de Marie Auxiliatrice, afin que la famille salésienne poursuive son apostolat avec un coeur jeune, fidèle au charisme de son fondateur.

Bonne fête!  

Comprendre la perspective française sur les excommunications et la Fraternité St-Pie X

Cette décision du pape de lever des excommunications me ramène longtemps en arrière. Je me souviens des lendemains houleux du Concile, j’habitais Paris et ne comprenais pas toujours toutes les tensions qui se vivaient dans l’Église. Le  renouveau liturgique déchaîna des passions, particulièrement en France: des messes étaient interrompues dans quelques paroisses, sans parler de l’occupation de l’église St Nicolas du Chardonnet par des groupes intégristes n’acceptant pas le concile Vatican II.

Les changements de la liturgie ont été très rapides et ont été mal reçus par certains catholiques ; le dialogue devint impossible.

Un évêque m’a dit, lors d’une rencontre de catéchètes en 1994 : «on ne peut pas imaginer combien le fait de se retrouver face à l’assemblée, cela a été tout un changement, tout un bouleversement, pour certains prêtres.». Je pense que pour certains fidèles cela l’a été aussi.

Pour ma part, j’étais heureuse de comprendre les prières de la messe et de pouvoir chanter en français.

Cette levée est le point de départ d’un long processus de dialogue ; le chemin sera long, peineux, plein d’ambiguïtés et d’obstacles, déjà entaché par les propos de Mgr Williamson.

Que ce geste de réconciliation soit porteur de vie pour l’Eglise et le monde et qu’il nous garde vigilants.

Dépister l’amour

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Après un an de réflexion, le commissaire à la santé et au bien-être du Québec, M. Robert Salois, recommande que toutes les femmes doivent avoir accès gratuitement à un test de dépistage du syndrome de Down (trisomie 21). Cette gratuité est déjà offerte dans plusieurs provinces canadiennes et pour le commissaire, ce test aidera les parents à prendre des «décisions éclairées» sur leur avenir.

Le diagnostic de la trisomie 21 est offert gratuitement dans le système de santé québécois aux femmes de 35 ans et plus par amniocentèse. Ce procédé est toujours controversé, car il augmente drastiquement la possibilité d’une fausse couche.

La lecture de la consultation entourant cette décision est fort intéressante et disponible en ligne. On y parle entre autres de la quête de l’enfant parfait. Je vous partage un extrait :

Souhaiterons-nous dépister tout handicap, anomalie ou déficience aussitôt que nous le pourrons ? De poser cette question sous-entend non seulement qu’il est possible, dans notre société, de rechercher une certaine perfection, mais aussi que celle-ci peut être guidée par une conception claire de ce que représente la normalité.
La recherche d’une certaine perfection dans le domaine de la procréation se traduit par la « quête de l’enfant parfait ». Selon les acteurs consultés, cette quête est un leurre, car non seulement il est impossible de détecter tous les problèmes de santé avant la naissance, la trisomie 21 n’étant qu’un état parmi d’autres, mais même si un enfant naît bien portant, d’autres problèmes peuvent survenir plus tard pendant sa croissance.
Cette quête de l’enfant parfait est accentuée par l’apparente disponibilité de moyens pour l’atteindre, entre autres la génétique, même si ce n’est qu’à l’échelle des perceptions. Enfin, alors que l’autonomie décisionnelle parentale en matière de procréation n’est pas remise en question, il est important de réaliser que les perceptions des futurs parents sont influencées par celles de la société. Ainsi, certains contextes sociaux, qui accompagnent le dépistage et le diagnostic prénataux, pourraient favoriser l’avortement sélectif, comme le démontrent certaines études (Santé Canada, 2002, p. 5).

« Non, nous ne souhaitons pas l’avortement sélectif », répond le comité de consultation. Paradoxalement, « l’autonomie décisionnelle parentale » le permet.

De très bonnes questions sont posées dans ce document de 154 pages :

…pourquoi avoir ciblé la trisomie 21 ? Pour plusieurs, il semblait incompréhensible que cette condition ait été choisie en premier lieu pourun dépistage prénatal, alors qu’elle est viable, qu’aucune solution thérapeutique n’est suggérée pour faire suite à un résultat positif du dépistage et du diagnostic, et que l’avortement ou la poursuite de la grossesse sont les deux seules options possibles. Par ailleurs, la qualité de vie des personnes présentant la trisomie 21 est souvent bonne et, quoiqu’elles nécessitent des soins et une attention particulière, elles représentent aussi une source de joie pour leur entourage.

Avec cette prémisse, on pourrait s’attendre à remettre en question ce dépistage à n’importe quel âge, mais non. Le document prétend que l’on ne peut revenir sur des « acquis ». Si ces « acquis » sont disponibles à quelques-uns, il faut les offrir à tous.

Il faut lire le document pour voir par quelles voies le comité réussit à monter en dogme le sacro-saint droit de choisir. Un droit de choisir qui se traduit, comme des statistiques françaises nous l’apprennent, par la solution choisie chez 90% des parents qui apprennent que leur enfant aura la trisomie 21 : l’avortement.

***

Ce qui me frappe toujours avec cette question des enfants trisomiques, c’est que tous les parents qui ont perduré durant les moments plus difficiles avec ces enfants ne remettent jamais en question leur choix d’avoir mis au monde un enfant différent.

J’ai la chance d’en connaître plusieurs. Il faut les entendre nous dire leur immense joie d’avoir cet enfant qui amène une dimension nouvelle à la famille. Une capacité d’aimer incroyable. Le dépistage ouvre la porte à un choix que je ne peux comprendre: enlever la vie à un enfant qui est simplement différent et dont le potentiel est fascinant.

Prions pour donner la force aux parents qui se retrouvent devant ce choix. Une force surhumaine souvent bien difficile à trouver sans une immense foi en Dieu.

Une invitation controversée à la réconciliation

En levant l’excommunication des quatre évêques de la Fraternité Saint-Pie X ordonnés sans l’aval du pape par Mgr Marcel Lefebvre, Rome fait une fois de plus parler d’elle. Le désarroi des uns fait place à la colère des autres. Pourquoi poser ce geste fort de réconciliation à la veille du 50e anniversaire de l’annonce de Vatican II que rejette la Fraternité? Comment et pourquoi réintégrer au sein de la communion de l’Église des évêques qui refusent l’autorité d’un concile et pourquoi réhabiliter un évêque qui nie l’existence des chambra à gaz nazie? Le cardinal français Jean-Pierre Ricard a rendu public un message qui aide à comprendre les motivations du Saint-Père et l’importance pour le Benoît XVI de faire tout ce qu’il peut pour parvenir à l’unité. Le cardinal Ricard est bien au fait du dossier, étant membre de la Commission qui assure le dialogue avec la Fraternité.

Le décret, signé le 21 janvier 2009 par le cardinal Re, préfet de la Congrégation des évêques, à la demande du pape Benoît XVI, lève l’excommunication encourue latae sententiae par les évêques ordonnés le 30 juin 1988 par Mgr Lefebvre et formellement déclarée par le décret du cardinal Gantin, le 1° juillet 1988.

Cette levée a été demandée plus d’une fois par Mgr Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint Pie X, et tout particulièrement dans une lettre adressée au cardinal Castrillon Hoyos, le 15 décembre dernier, au nom des 4 évêques concernés. Il en faisait même, avec la possibilité pour tout prêtre de célébrer la messe avec le missel de Saint Pie V, une des deux conditions préalables à l’ouverture d’un dialogue avec Rome. Il avait fait prier ses fidèles à cette intention.

Le pape Benoît XVI a voulu aller jusqu’au bout de ce qu’il pouvait faire comme main tendue, comme invitation à une réconciliation. Le pape, théologien et historien de la théologie, sait le drame que représente un schisme dans l’Eglise. Il entend la question qui est souvent posée dans cette histoire des schismes : a-t-on pris vraiment tous les moyens pour éviter ce schisme ? Lui-même s’est senti investi de la mission de tout faire pour retisser les fils déchirés de l’unité ecclésiale. N’oublions pas que le pape connaît bien le dossier car il avait été chargé par le pape Jean-Paul II de prendre contact avec Mgr Lefebvre et d’essayer de l’empêcher de commettre l’acte irrémédiable des sacres épiscopaux. Celui qui était à l’époque le cardinal Ratzinger avait été marqué par l’échec de sa mission.

La levée de l’excommunication n’est pas une fin mais le début d’un processus de dialogue. Elle ne règle pas deux questions fondamentales : la structure juridique de la Fraternité Saint Pie X dans l’Eglise et un accord sur les questions dogmatiques et ecclésiologiques. Mais elle ouvre un chemin à parcourir ensemble. Ce chemin sera sans doute long. Il demandera meilleure connaissance mutuelle et estime. A un moment, la question du texte même du Concile Vatican II comme document magistériel de première importance devra être posée. Elle est fondamentale. Mais toutes les difficultés ne seront pas forcément de type doctrinal. D’autres, de type culturel et politique, peuvent aussi émerger. Les derniers propos, inacceptables, de Mgr Williamson, niant le drame de l’extermination des Juifs, en sont un exemple.

On peut pourtant penser que la dynamique suscitée par la levée des excommunications devrait aider à la mise en route de ce dialogue voulu par le pape.

En cette fin de Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, n’oublions pas que le chemin le plus sûr pour marcher vers l’unité de tous les disciples du Christ reste la prière.

A Bordeaux, le 24 janvier 2009

Jean-Pierre cardinal RICARD
Archevêque de Bordeaux
Membre de la Commission
Pontificale « Ecclesia Dei »

Certes, nous pouvons comprendre les motivations profondes et l’ardent désir de l’Église de ramener en son sein les membres de la Fraternité Saint Pie X. En levant l’excommunication de tous les évêques de la Fraternité, le Vatican évite que les membres les plus radicaux du groupe se regroupe autour d’un évêque non réhabilité, ce qui aurait pu conduire à une division au sein même du mouvement. Malheureusement, le tollé soulevé dans la communauté juive à travers le monde suite à la réhinsertion de Mgr Richard Williamson, celui qui nie la mort de plus de 6 millions de Juifs pendant l’Holocauste, fait ombrage aux nobles motivations de Rome.

De saint Paul à Vatican II: une conversion

Frères, moi qui suis en prison à cause du Seigneur, je vous encourage à suivre fidèlement l’appel que vous avez reçu de Dieu: ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour; ayez à cœur de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix.
Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il n’y a qu’un seul Corps et un seul Esprit. Il n’y a qu’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui règne au-dessus de tous, par tous, et en tous. (Éphésiens 4, 1-6)

Ce 25 janvier, l’Église célèbre la conversion de saint Paul. Conversion fulgurante, comme on peut le voir dans plusieurs portraits et comme nous le raconte Luc dans les Actes des Apôtres (22, 3-16). Qu’il soit tombé ou non de son cheval, Paul a vu une Lumière qui allait faire de lui l’Apôtre auprès des nations. Son cœur a été transformé par le Seigneur qui s’est manifesté à lui pour lui donner un nouveau regard, avec les retombées extraordinaires que nous connaissons.

Une ‘conversion de cœur’, c’est peut-être ce que s’apprêtait à vivre l’Église catholique il y a cinquante ans. Le 25 janvier 1959, le pape Jean XXIII annonçait son intention de tenir un concile œcuménique et universel. Cette annonce, qui prit un peu tout le monde par surprise, allait susciter beaucoup d’espoir, et bien des débats… dans le bon sens du terme. 

En ouvrant le Concile le 11 octobre 1962, Jean XXIII marqua la route que les pères conciliaires suivraient : la tâche d’un Concile est de défendre et promouvoir la doctrine chrétienne. L’élément nouveau était la question lancée par le Pape : comment promouvoir cette doctrine en fonction des exigences de notre époque (du monde moderne)? Il ne s’agissait pas de se mettre au goût du jour, ce qui aurait été superficiel et sans résultat profond, mais plutôt de se mettre à l’écoute d’un monde qui avait beaucoup changé et de partager la richesse d’une Tradition et d’une Personne qui avaient transformées la face du monde deux mille ans plus tôt et dont l’Église est garante, se mettre à l’écoute du monde en faisant fi des prophètes de malheur, face auxquels le bienheureux Pape a exprimé son désaccord, ceux qui ne voyaient que ‘ruines et calamités’ dans la société. Il existe encore de ces prophètes aujourd’hui. Ils sont plus subtils, mais toujours actifs. Ils refusent l’enseignement du Concile (la plus haute autorité dans l’Église) sur la liberté religieuse, sur la nature de l’Église (Peuple de Dieu), sur le dialogue interreligieux, parmi d’autres éléments. Ils se sont eux-mêmes exclus de la communion, malgré cela, nous voulons les garder au sein de notre famille.

Il y a aussi ceux et celles qui trouvent que Vatican II n’a pas remplie toutes ses promesses.  La revue Relations de février suggère  à cette fin certaines questions intéressantes dans un dossier spécial : Pourquoi revisiter Vatican II ? Comme le suggère Marco Veilleux, la réflexion ne doit pas tourner en séance de lynchage, ce à quoi certaines gens, qui prétendent parler au nom d’une majorité, s’adonnent avec ferveur.

L’Église, spécialement depuis le Concile, rassemble tout ce beau monde en une seule et même famille. Un seul Corps, un seul baptême, une seule Église…

Vatican II a transformé le visage de l’Église et sa manière de dialoguer avec le monde. Les fondements de notre foi demeurent inchangés, mais la manière de les transmettrent trouva un nouvel élan, un nouveau dynamisme.  Au-delà des documents conciliaires, on s’entend pour parler du ‘style de Vatican II’.  Ce style est celui du pèlerin en marche avec ses frères et sœurs, attentif, en tenue de service.

C’est ce qu’a fait saint Paul en parcourant le monde pour faire connaître le Christ. Il découvrit du même coup des cultures et des gens d’une grande richesse. N’est-ce pas ce qu’a réalisé l’Église avec Vatican II?

Focus catholique présente 2 émissions spéciales pour souligner le 50e de l’annonce de Vatican II. D’abord, nous effectuerons un aperçu historique de l’événement  avec le spécialiste québécois du Concile, Gilles Routhier, accompagné de Charles-Étienne Guillemette qui a recensé la presse québécoise de 1962 à 65. Ce sera le 26 janvier 19h et 23h en rappel vendredi 30 janvier et dimanche 1er février 19h30 et 23h30

La semaine suivante, aux mêmes heures, nous verrons deux témoins du Concile, Mgr Paul Émile Charbonneau et M. Réjean Plamondon, qui nous partagent leur expérience au Concile. Les deux hommes confient aussi leur espérance que les héritiers de Vatican II demeurent toujours les porteurs de l’essence de l’événement et des textes qui en sont les fruits. L’une de ces héritières s’est confiée à nous.   

 

Nouvelles technologies, nouvelles relations… et une chaîne « Youtube ».

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par Jasmin Lemieux-Lefebvre

Un jour avant la fête de saint François de Sales, patron des journalistes, le Vatican a rendu public le message papal annuel pour la Journée mondiale des communications sociales qui se déroulera cette année le 24 mai prochain.

Le thème choisi, « Nouvelles technologies, nouvelles relations. Promouvoir une culture de respect, de dialogue, d’amitié », a été présenté lors du lancement de la chaîne vidéo du Vatican sur le populaire site youtube.com (disponible seulement en anglais, italien, espagnol et allemand pour l’instant).

Les nouveaux gadgets technologiques ne viennent jamais avec des modes d’emploi pour encadrer leur usage. Ce message louange l’apport positif de ces nouveaux vecteurs de communication tout en proposant une sage utilisation de ces plateformes.

Les principaux défis : ne pas tomber dans un monde virtuel qui nous fait oublier nos responsabilités premières et saisir au bond l’incroyable potentiel d’Évangélisation que nous offre ces nouveaux médias.

En attendant la chaîne française sur « Youtube », je me suis tout de suite abonné à la chaîne en guise de soutien. Faut dire qu’en lisant la hargne contre l’Église catholique présente sur les blogues touchant les nouveaux médias suite à ce lancement, je me suis rappelé qu’il y a encore beaucoup à faire pour tasser cette vision dépassée et étroite qui perdure chez trop de gens, souvent blessés.

Le message évangélique, partagé par notre Église, a toujours été présent sur les grandes tribunes. Sel + Lumière fait son bout de chemin avec la télé numérique au Canada et touche de plus en plus de monde sur le Web ou avec ses DVD. Mais c’est toujours et encore dans les relations personnelles, forts de tout ce que l’on a pu accumuler dans notre vécu, notre communauté chrétienne et, pourquoi pas, nos médias catholiques, que l’on peut être de vrais témoins d’espérance.

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