Lorsque chronos se transforme en kairos

Deuxième dimanche du Temps ordinaire, Année C – 20 janvier 2019

Isaïe 62,1-5
1 Corinthiens 12,4-11
Jean 2,1-11

L’évangile de dimanche dernier fut l’occasion de réfléchir au baptême de Jésus dans le Jourdain de même qu’à notre propre engagement baptismal. Dans l’Évangile de ce dimanche (Jean 2,1-11), les noces de Cana représentent une manifestation de la gloire de Dieu, la suite du thème de l’Épiphanie du Christ et l’inauguration de la mission divine sur terre par le Baptême de Jésus. Ce texte inspirant de la prière du soir (Vêpres) de la Fête de l’Épiphanie nous déclare : trois mystères distinguent ce jour saint; aujourd’hui, l’étoile mena les rois mages à l’enfant Jésus; aujourd’hui, l’eau se transforme en vin pour la fête du mariage; aujourd’hui, le Christ sera baptisé par Jean dans la rivière du Jourdain pour que l’on puisse obtenir le salut. Chaque événement est lié à une théophanie, par les preuves irréfutables d’une intervention divine, l’étoile, l’eau en vin, la voix des cieux, et la colombe.

Le récit de la fête des noces de Cana s’inspire tout probablement d’un événement réel de la vie de Jésus. Une lecture approfondie du texte nous permet de repérer l’œuvre de l’évangéliste Jean qui illustre cette situation en superposant de multiples sens symboliques. Aujourd’hui, nous observons l’eau transformée en vin, l’ordinaire qui se transforme en l’extraordinaire et les débuts d’une ère messianique. Le miracle de Cana anticipe la façon par laquelle Jésus accomplira sa mission en versant son sang sur la croix.

Éléments-clés du récit

Prenons en considération plusieurs éléments-clés de ce récit largement symbolique de cet évangile qui n’a aucun parallèle avec les autres passages de l’évangile. Le mot signe (semeion) est le terme symbolique de Jean qui renvoie aux exploits merveilleux de Jésus. Jean s’intéresse principalement au sens des signes (semeia), c’est-à-dire à la nouvelle façon dont Jésus intervient dans l’humanité. À Cana, le symbolisme et la réalité se font face. Plus précisément, le mariage humain de deux jeunes est l’occasion d’aborder une autre union, celle du Christ et de l’Église qui sera atteinte lors de « son heure » sur la croix. À Cana en Galilée, nous découvrons le premier signe lorsque Jésus manifeste sa gloire et que les disciples crurent.

La mère de Jésus

L’invité principal lors de ce mariage n’était pas Jésus lui-même, mais bien sa mère, et l’évangile nous raconte que Jésus était également là avec ses disciples (vv 1-2). On ne nomme jamais la mère de Jésus dans l’Évangile de Jean. Le titre Femme que Jésus utilise pour désigner sa mère est une forme de politesse normale, excepté pour sa propre mère. (Voir Jean 19,26 où on utilise Femme et Mère pour la désigner.)

Marie apparaît de façon symbolique; son rôle consiste à compléter celui des disciples. Elle est l’élément déclencheur du signe qui mène à l’expression de la foi des disciples. Ses paroles aux serviteurs lors du banquet nuptial : « Faites tout ce qu’il vous dira » (2,5) lancent une invitation à tous afin qu’ils deviennent le nouveau peuple de Dieu. Dans le quatrième évangile, à la fois à Cana et au calvaire, Marie symbolise non seulement sa relation maternelle et physique avec son fils, mais également son rôle largement représentatif de « Femme » et « Mère » du peuple de Dieu.

« Mon heure n’est pas encore venue » fut la réponse de Jésus à la demande de Marie. Autrement dit, le temps de manifester pleinement sa gloire n’était pas encore venu. Elle se révélerait sur la croix. Cependant, les paroles de Jésus adressées à Marie ne sont pas la seule indication de ce dont il s’agit réellement. Le miracle en soi, c’est-à-dire la transformation de l’eau en vin, signifie que l’Ancienne Alliance entre le ciel et la terre sera changée en une chose entièrement nouvelle. Une situation malheureuse s’est transformée au moment où Marie prononça ces paroles à son fils. Lors de la fête des noces, le miracle eut lieu dès que Jésus s’adressa aux serviteurs.

L’heure

Un aspect important du récit de Cana est l’usage et le sens du mot « heure ». Dans le Nouveau Testament, le mot grec hora qui signifie heure, est généralement utilisé au sens du temps kairos plutôt que du temps chronos : « Mais l’heure (hora) vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs […] » (4,23-24). On utilise le terme hora dans plusieurs récits des merveilles de Dieu afin d’identifier le moment de guérison et dans ces cas, on le traduit habituellement de façon instantanée. « L’heure » que Jésus mentionne à Cana est celle de sa passion, sa mort, sa résurrection, et son ascension (Jean 13,1).

D’un côté, le temps chronos est la mesure de circonstances ordinaires qui donne la fausse impression que nous pouvons le gérer. Nous pouvons l’inscrire dans nos Blackberry, nos iPhone, et nos agendas pour ensuite nous en occuper selon nos propres termes.

D’un autre côté, le temps kairos représente la discontinuité, c’est-à-dire un obstacle inattendu qui se dresse sur un parcours prévu et oblige la personne de s’adapter à de nouvelles réalités. L’heure de Jésus, le temps convenu ou le moment kairos, est apparu avant qu’il ne le veule ou ne s’y attende. Jésus avait un horaire en tête, mais les circonstances l’ont obligé à prendre une autre direction.

Les noces de Cana

Ce passage symbolique de l’Évangile comporte plusieurs niveaux d’interprétation. Un angle de vision consiste en une description du contraste entre ce que Jésus allait offrir et l’insuffisance du judaïsme. Selon cette hypothèse, le judaïsme se serait épuisé, asséché ou vidé. Ainsi, le vin raffiné du christianisme allait justement évincer l’eau ordinaire du judaïsme.

Une deuxième interprétation tient compte de la joie qui caractérise le règne émergeant de Dieu. Jésus a eu l’occasion de se présenter au peuple rassemblé par la joie de l’union de deux vies. Cette révélation du Seigneur s’est avérée une fête parmi une fête, une célébration parmi une célébration, un mariage parmi un mariage. Cette perspective s’ancre fermement dans la tradition juive où les mariages sont des moments sacrés. La première lecture de la liturgie d’aujourd’hui tirée d’Isaïe 62, commence par une métaphore sur le mariage; la légitimation du divin signifiera que Juda ne sera plus abandonnée ou désolée; Juda sera l’épouse de nul autre que du Saint d’Israël.

La troisième et probablement la nuance symbolique la plus profonde montre à quel point la perturbation du temps chronos peut se transformer en une situation de temps kairos. Jésus s’attendait à un moment apparent qu’il pourrait facilement identifier et ainsi, gérer. Mais son hora s’est plutôt présentée de façon inattendue. Il fut ainsi forcé par les circonstances et par la persistance de sa mère.

Jésus offre une vie nouvelle à ces noces de Cana. Il n’offre pas le vin de qualité au commencement alors que leurs papilles sont éveillées, mais plutôt lorsque la fête bat son plein. Le Jésus de l’évangile de Jean a gardé le bon vin jusqu’au moment de la première révélation de sa gloire (v 10). C’était une manifestation ou une épiphanie qui devait être célébrée plus tard dans l’Église telle que l’Épiphanie de la fête de Dionysos. Le 6 janvier de notre calendrier actuel célébrait, dans le monde grec, le dieu Dionysos qui a transformé l’eau en vin.

Quand nos moments de Chronos deviennent des moments de Kairos

Il nous arrive trop souvent dans nos vies individuelles et communautaires, dans nos divers ministères, nos paroisses et notre quotidien, d’avancer d’un pas lourd de jour en jour puis de vivre avec un sentiment de désespoir, de monotonie ou de lourdeur. Nous sommes ainsi coincés dans un temps chronos où nous n’arrivons pas à percevoir la façon dont Dieu tente de mettre fin à l’ordinaire pour transformer notre existence et notre histoire en extraordinaire. Le Seigneur nous invite à le laisser remplir de vin nouveau, les structures et les jarres de notre existence. Lorsque nous écoutons le Seigneur et nous faisons tout ce qu’il nous demande, l’ordinaire dans nos vies devient l’extraordinaire, les jarres vides se remplissent de ce vin nouveau et nous devenons « fête » les uns pour les autres.

L’épisode de l’Évangile de Cana offre au couple une solution pour ne pas se retrouver dans une telle situation ou s’en sortir, le cas échéant : inviter Jésus à son mariage. Ce qui s’est passé lors du mariage de Cana survient dans tous les mariages. Le début est marqué d’enthousiasme et de joie (représenté par le vin), mais l’enthousiasme initial tout comme le vin à Cana, diminue avec l’écoulement du temps. Enfin, les choses ne sont plus effectuées par joie et par amour, mais par habitude et routine. Si nous n’y portons pas attention, un nuage d’ennui assombrira nos vies par la tristesse et la morosité.

Malheureusement, on peut ajouter que ces couples « n’ont plus de vin ».

Ce remarquable récit de l’évangile ne porte ni sur une intercession de Marie ni sur un reproche de Jésus envers sa mère. En fin de compte, le récit touche la révélation de la gloire masquée de Jésus, le fils d’une famille ordinaire lors d’une fête. Il ne s’agit certainement pas de consommation excessive pendant les mariages juifs ! Le récit ne porte pas sur les normes, les traditions et les règles de vie familiale. Il n’est même pas question de mariage ou encore de judaïsme considéré comme étant vide et de christianisme comme étant plein.

La narration de Jean de la noce à Cana nous invite sérieusement à nous pencher sur la question du maître de la fête qui donne un ordre : « remplissez d’eau ces jarres » et vous pourrez renouveler votre propre vie. Notre heure viendra lorsque le moment kairos se présentera à l’intersection même de notre planification bâclée et de notre ouverture au Divin. Le récit de Cana nous apprend que le Messie de ce monde a dû adapter son horaire quand les événements ont pris une tournure surprenante. Ce déroulement raconté par Jean nous montre sa flexibilité spirituelle. Comment peut-on transformer notre temps chronos en kairos ; une véritable percée et un moment d’espoir, de promesses et de nouvelles possibilités ?

Aujourd’hui, implorons le Seigneur et sa Mère afin de devenir de bons serviteurs prêts à faire tout ce que nous demande Jésus et désireux de partager le vin qu’il nous offre. Lorsque nous écoutons le Seigneur et nous faisons tout ce qu’il nous demande, l’ordinaire dans nos vies devient l’extraordinaire, les bassins vides se remplissent de ce vin nouveau, nos moments de Chronos deviennent des moments de Kairos. Ainsi, nous devenons littéralement fête les uns pour les autres.

(Image : Les Noces de Cana par Bartolomé Esteban Murillo)

Le baptême : un appel a une carrière prophétique

Fête du Baptême du Seigneur – dimanche 13 janvier 2019

Isaïe 42,1-4.6-7
Actes 10,34-38
Luc 3,15-16.21-22

Le thème de l’Épiphanie du Christ, de Jésus qui inaugure sa mission divine sur terre, atteint sa plénitude dans la fête du Baptême du Seigneur. Cette fête semble mettre fin à la saison de Noël. En réalité, la fête de la Présentation du Seigneur célébrée le 2 février est la grande conclusion de Noël.

Dans le récit de l’évangile de ce dimanche [Luc 3,15-16.21-22], Jésus commence son ministère en Galilée après le baptême prêché par Jean. En décrivant l’attente du peuple [3,15], Luc contextualise la prédication de Jean de la même manière qu’il avait déjà qualifié la situation d’autres Israélites pieux dans le récit de l’enfance [2,25-26.37-38]. Jean le Baptiste parle de celui qui est plus grand que lui, avec un baptême encore plus puissant.

Contrairement au baptême de Jean avec de l’eau, on dit que Jésus baptisera dans l’Esprit Saint et le feu [v.16]. Du point de vue de la première communauté chrétienne, l’Esprit et le feu doivent avoir été compris à la lumière du symbolisme du feu de l’effusion de l’Esprit à la Pentecôte [Actes 2,1-4], mais dans le cadre de la prédication de Jean, l’Esprit et le feu devraient être liés à leurs propriétés de purifier et de raffiner [Ezéchiel 36,25-27 ; Malachie 3,2-3].

Lorsque Jésus est baptisé, la voix du ciel se fait entendre et l’appelle : « C’est toi mon Fils: moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » Cette affirmation est un moment déterminant pour le prophète de Nazareth. Elle est la déclaration d’amour de Dieu au nouvel Israël, c’est la nomination de Dieu à la responsabilité suprême, c’est la surprise de Dieu qui vient à la rencontre du monde des orgueilleux et des puissants.

Grâce à son baptême par Jean dans les eaux boueuses du Jourdain, Jésus nous ouvre la possibilité d’accepter notre condition humaine et de nous lier à Dieu. Jésus accepte la condition humaine, qui comprend la souffrance et la mort. Il étendit les bras dans le fleuve du Jourdain et sur la croix. Jésus reçut sa mission dans le Jourdain. Il l’acheva sur la croix. Baptisé par Jean dans le Jourdain, Jésus est profondément identifié au peuple qu’il est venu racheter.

Nous aussi, nous sommes appelés à une carrière prophétique

Lorsque nous avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés dans sa mort. Notre baptême est une onction publique, prophétique et royale. Nous recevons la vie de l’Église et sommes appelés à nourrir cette vie de foi. La foi, c’est avoir le souci des autres. La foi, c’est une responsabilité publique, non privée.

Le baptême est un appel à une carrière prophétique. Les manières de le vivre peuvent varier d’une personne à l’autre. Elles n’ont pas à être aussi dramatiques que les aventures d’un Isaïe ou d’un Jean-Baptiste, et pourtant elles font partie cette même grande tradition prophétique. Être prophétique exige de s’engager et de se salir les mains.

Grâce à notre baptême, nous pouvons devenir une lumière pour les autres, comme Jésus est une lumière pour nous, et pour le monde. Notre propre baptême nous remplit d’une certaine audace, de confiance et d’enthousiasme, et nous rappelle que l’Évangile doit être proclamé avec gratitude pour toute sa beauté.

Lorsque nous découvrons peu à peu les exigences de cette foi, là où la voie du repentir conduit, lorsque nous pouvons distinguer le bien du mal, lorsque nous recherchons ce que Dieu veut faire dans nos vies et lui demandons de nous aider à l’accomplir, lorsque nous apprenons tout ce que nous pouvons au sujet de Dieu et de son monde, lorsque nous arrivons près de Dieu, alors, à ce moment, la personne pour qui le ciel s’est ouvert se révèle aussi à nous.

Le baptême dans l’Église aujourd’hui

Dans de nombreuses régions du monde aujourd’hui, baptiser les enfants est déjà devenue l’exception. Le nombre d’enfants, de jeunes et d’adultes non baptisés est à la hausse. La baisse de la pratique du baptême est le résultat d’une érosion des liens familiaux et d’un abandon de l’Église. Lors de nombreuses retraites de prêtres, des rassemblements de prêtres et curés, j’ai souvent entendu des discussions où l’on affirmait que lorsque le prêtre ne voit pas de signes visibles de la pratique de la foi, alors l’Église aurait le droit de refuser les sacrements aux personnes, en particulier le baptême. Il s’agit d’une question très complexe.

Ne pourrions-nous pas aussi écouter de nouveau l’injonction missionnaire de l’Évangile de « baptiser, prêcher et enseigner » non pas en attendant que les gens viennent à nous, mais en allant à la rencontre des gens là où ils sont dans le monde chaotique d’aujourd’hui ? Voilà ce qui nous est demandé : une nouvelle ferveur missionnaire et un zèle qui ne nécessitent pas d’événements extraordinaires. C’est dans l’ordinaire, dans la vie quotidienne, que le travail missionnaire se fait. Le baptême est absolument fondamental pour cette ferveur et ce zèle. Les sacrements sont pour la vie des hommes et des femmes tels qu’ils sont, non pas comme nous voudrions qu’ils soient ! Je peux entendre Saint Jean-Paul II s’écriant: « Duc in altum ! » Ce n’est pas dans les eaux tranquilles et peu profondes que vous trouverez ceux et celles qui ont le plus besoin de vous !

Le dilemme d’empêcher ou non l’accès au baptême et à d’autres sacrements à des personnes considérées inaptes à les recevoir a toujours été présent dans l’Église. C’est un dilemme que le cardinal Joseph Ratzinger a vécu personnellement en tant que jeune homme, et qu’il a pu résoudre plus tard dans sa vie. Écoutez ce que Ratzinger, aujourd’hui le pape émérite Benoît XVI, a dit en répondant à une question d’un prêtre de Bressanone dans le nord de l’Italie, lors d’une séance de questions-réponses avec le clergé du diocèse, le 6 août 2008. A cette occasion, le prêtre, Paolo Rizzi, curé et professeur de théologie, a interrogé Benoît XVI à propos des baptêmes, confirmations et premières communions :

Saint-Père, il y a trente-cinq ans, je pensais que nous nous préparions à être un petit troupeau, une communauté minoritaire plus ou moins dans toute l’Europe. Que l’on ne devait donc donner les sacrements qu’à celui qui s’engage véritablement dans la vie chrétienne. Par la suite, grâce aussi au style du pontificat de Jean-Paul II, j’ai reconsidéré les choses. S’il est possible de faire des prévisions pour l’avenir, qu’en pensez-vous ? Quelles attitudes pastorales pouvez-vous nous indiquer ?

Benoît XVI a répondu par ces mots, très à-propos pour nous en cette Fête du Baptême du Seigneur:

Je dois dire que j’ai parcouru une route similaire à la vôtre. Quand j’étais plus jeune, j’étais plutôt sévère. Je disais : les sacrements sont les sacrements de la foi, et donc là où il n’y a pas de foi, où il n’y a pas de pratique de la foi, le sacrement ne peut pas être conféré. Et puis, quand j’étais archevêque de Munich, j’ai toujours dialogué avec mes paroissiens : là aussi, il y avait deux écoles, une sévère et une clémente. Et moi aussi, j’ai compris dans le temps que nous devons plutôt suivre l’exemple du Seigneur, qui était très ouvert même envers les personnes aux marges de l’Israël de l’époque. Il était un Seigneur de la miséricorde, trop ouvert – selon les autorités officielles – avec les pécheurs, en les accueillant ou en se laissant accueillir par eux à leurs tables, en les attirant vers lui dans sa communion […]

Je dirais donc que, dans le contexte de la catéchèse des enfants, le travail avec les parents est toujours très important. Et c’est justement une occasion de rencontrer les parents, en montrant de nouveau la vie de la foi aux adultes également, parce que – me semble-t-il – ils peuvent eux-mêmes réapprendre des enfants la foi et comprendre que cette grande solennité n’a de sens, n’est vraie et authentique, que si elle se fait dans le contexte d’un cheminement avec Jésus, dans le contexte d’une vie de foi. Il faut donc convaincre un peu les parents, à travers leurs enfants, de la nécessité d’un chemin préparatoire, qui se montre dans la participation aux mystères et commence à faire aimer ces mystères.

Je dirais que c’est certainement une réponse assez insuffisante, mais la pédagogie de la foi est toujours un cheminement et nous devons accepter les situations d’aujourd’hui, mais également les ouvrir un peu plus, pour qu’il ne reste pas à la fin qu’un souvenir extérieur de choses, mais que le cœur soit véritablement touché. Au moment où nous sommes convaincus, le cœur est touché, a senti un peu l’amour de Jésus, a éprouvé un peu le désir de se mouvoir et de se diriger sur cette ligne et dans cette direction, à ce moment, me semble-t-il, nous pouvons dire que nous avons fait une vraie catéchèse. Le vrai sens de la catéchèse, en effet, devrait être celui-ci : porter la flamme de l’amour de Jésus, même si elle est faible, aux cœurs des enfants et à travers les enfants aux parents, ouvrant à nouveau ainsi les lieux de la foi à notre époque.

Puisse la fête du Baptême du Seigneur être une invitation à nous rappeler avec gratitude de notre baptême et à renouveler nos promesses baptismales. Revivons le moment où l’eau tombe sur nous. Prions pour que la grâce de notre propre baptême nous aide à être lumière pour les autres et pour le monde, et nous donne la force et le courage de faire une différence dans le monde et dans l’Église.

(Image : Baptême du Christ par Navarrete el Mudo)

« La seule chose dont vous avez besoin: une étoile et un cœur pur »

Solennité de l’Epiphanie – dimanche 6 janvier 2018

Isaïe 60,1-6
Éphésiens 3,2-3a.5-6
Matthieu 2,1-12

Le terme épiphanie signifie « montrer », « faire connaître » ou « révéler ». La fête de l’Épiphanie tire son origine de l’Église d’Orient. À Jérusalem, près de Bethléem, la fête avait une référence spéciale à la Nativité. Aujourd’hui, dans les églises orthodoxes d’Orient, cette fête porte surtout sur le rayonnement et la révélation de Jésus-Christ comme Messie et seconde personne de la Sainte Trinité, au moment de son baptême. Habituellement appelée Fête de la Théophanie, elle est l’une des grandes fêtes de l’année liturgique. « Théophanie » vient du grec et signifie « Dieu resplendissant. »

L’Épiphanie en Occident

L’Occident a pris cette fête orientale de janvier, conservant toutes ses caractéristiques principales, mais en attachant une importance prépondérante, avec le temps, à la visite des rois mages qui apportent des présents et visitent l’enfant Jésus, et donc « révèlent » Jésus au monde en tant que Seigneur et Roi. La fête est observée comme un temps pour se concentrer sur la mission de l’Église ad gentes en « montrant » que Jésus est le Sauveur de tous les peuples. Le futur rejet de Jésus par Israël et son acceptation par les païens sont mis en lumière dans cette scène du récit de Matthieu.

Les détails particuliers de Matthieu

Le roi Hérode a régné de l’an 37 à 4 avant notre ère. « Mages » étaient une désignation de la caste sacerdotale perse et le mot a été par la suite utilisé pour désigner ceux considérés comme ayant des connaissances dépassant le savoir humain. Les Mages de Matthieu sont des astrologues. Quant à l’étoile dans le récit, elle correspond à une ancienne croyance commune qui veut qu’une nouvelle étoile apparaisse au moment de la naissance du souverain. Matthieu s’appuie aussi sur le récit de Balaam dans l’Ancien Testament, qui avait prophétisé qu’« une étoile se lève, issue de Jacob » [Nombres 24,17], bien que dans ce cas l’étoile ne signifie pas un phénomène astral, mais le roi lui-même.

L’acte d’adoration des Rois mages, qui correspondait à la bénédiction de Siméon selon laquelle l’enfant Jésus serait « une lumière pour éclairer les nations » [Lc 2,32], était l’un des premiers signes que Jésus était venu pour tous les peuples, toutes les nations, toutes les races, et que le travail de Dieu dans le monde ne serait pas limité seulement à un petit nombre.

Chez eux dans leur pays lointain, les Mages avaient tout le confort d’une vie princière, mais quelque chose leur manquait, ils étaient inquiets et insatisfaits. Ils étaient disposés à tout risquer pour trouver ce que leur vision promettait. À la différence des pauvres bergers, les Rois Mages ont dû parcourir une longue route, ont dû affronter l’adversité pour atteindre leur objectif. Les bergers connaissaient aussi l’adversité, et elle les avait préparés à accepter le message des anges. Mais une fois qu’ils eurent surmonté leur peur, ils durent simplement passer à Bethléem, tout près d’où ils se trouvaient, pour voir l’Enfant Jésus. C’était tout sauf une ambiance romantique, du pèlerinage sentimental que l’on voit souvent dans nos crèches !

Les Mages d’Orient, étrangers dans tous les sens du terme, ont été guidés non seulement par leur propre sagesse et leur connaissance des astres, mais ont été aidés par les Écritures hébraïques qui constituent aujourd’hui l’Ancien Testament. La signification de cela est importante – le Christ appelle les gens de toutes les nations, Gentils comme Juifs, à le suivre. Nous pourrions dire que Jérusalem et l’Ancien Testament servent de nouveau point de départ pour ces pèlerins de la gentilité sur leur chemin de foi en Jésus. Le peuple de la grande ville, et même Hérode, ont joué un rôle dans la conduite des Mages vers le Christ !

Une histoire tragique pour adultes

L’évangile de Matthieu nous montre que dès le début de l’histoire de Jésus, celui qui doit gouverner Israël est accueilli par les applaudissements des chefs des prêtres et des scribes du peuple qui étaient conseillers du sinistre Hérode. On pourrait croire qu’ils ne font que répondre à une question théologique. Matthieu veut certainement signifier autre chose. En premier lieu, eux aussi avaient été troublés par la parole des Mages au sujet de la naissance du Messie. Sachant que Hérode était paranoïaque face à toute menace à son trône, les Mages durent comprendre qu’il ne verrait pas d’un bon œil un nouveau-né, « roi des Juifs ».

En divulguant à Hérode le lieu de la naissance du Messie, les conseillers du roi sont devenus, en effet, les collaborateurs de ses mauvaises intentions. En fait ce sont eux, et non Hérode, qui entraînèrent la mort du « roi des Juifs. » Ce sont les « chefs des prêtres et les anciens du peuple » qui complotèrent pour faire arrêter et tuer Jésus [Matthieu 26,3-5.47 ; 27,1-2.12.20]; « les scribes » sont mentionnés dans 26,57 et 27,41. Il était une menace contre Hérode et contre eux: le trône de l’un, l’empire religieux des autres.

La réaction négative d’Hérode et de ses conseillers, les chefs des prêtres et les scribes, transforme le récit de l’enfance en un véritable évangile. Si nous lisons l’histoire attentivement, nous constatons que loin d’être un conte pour enfants, ce récit est une histoire tragique pour adultes. Déjà, à Noël, nous avons un aperçu de la mort sacrificielle inévitable de ce « roi nouveau-né » – le schisme entre une idéologie du monde et une idéologie divine. Le champ de bataille est prêt, les forces sont en place. L’évangile de Matthieu nous montre que dès le début de l’histoire de Jésus, celui qui doit gouverner Israël est accueilli par les applaudissements des uns et la fureur apeurée des autres. Pour ceux qui sont attentifs aux signes des temps et des lieux, la venue de Jésus est une invitation aux risques et à l’engagement dans une démarche de foi.

Trouver le Christ aujourd’hui

Un enfant est né en même temps que règne un tyran meurtrier. Le roi Hérode cherche à convaincre les sages de trahir le but de leur voyage, de mettre fin à leur engagement pour l’avenir et pour une nouvelle vie. Au centre de tout ce récit de contrastes saisissants se trouve un bébé qui est la joie. Hérode a peur de cette « grande joie pour tous les peuples. » Nos sociétés et nos cultures ont de plus en plus peur de la vie humaine – la plus grande joie pour tous les peuples ! Nous devons ainsi nous engager de nouveau pour la vie, sa préservation, son maintien, la bénir et rendre grâce à Dieu pour le don qu’elle est pour nous !

Certains d’entre nous sont destinés à trouver le Christ enfant seulement après un long et pénible voyage, comme celui des Rois mages. Pour y parvenir, notre sagesse du monde et des moyens terrestres et nos façades ecclésiastiques doivent disparaître. Il faut faire des sacrifices pour trouver notre sens le plus profond et notre paix qui est le Christ. La plupart des personnes sages ont besoin de faire un long bout de chemin si elles souhaitent trouver un sens profond et durable à l’existence. Les gens simples peuvent généralement trouver le Seigneur en traversant un champ comme les bergers; ils apportent leur pauvreté, leur humilité et leur simple ouverture. Au contraire la connaissance, la sagesse, la puissance, le prestige et le manque d’humilité conduisent souvent au désespoir. Les gens qui croient posséder la vérité et la clairvoyance définitives sur tout sont souvent conduits vers des avenues sombres, sans issue ou bien restent perdus dans le désert de la solitude, de l’autosuffisance, de l’égoïsme et du désespoir.

En fin de compte, les Mages allèrent par leur propre chemin, et parce qu’ils refusaient de se laisser séduire par le cynisme, parce qu’ils se sont laissés surprendre par cette grande joie, l’étoile pour laquelle ils s’étaient engagés est réapparue. Ceci n’est pas qu’une description de l’époque où Jésus est né, mais elle parle aussi de notre temps. Quand nous avons trouvé le bonheur durable au milieu de la grisaille qui nous entoure, du cynisme, du désespoir et de l’indifférence, la seule chose à faire est de se mettre à genoux et adorer.

Si nous sommes vraiment sages, faisons ce que les sages astrologues ont fait. Lorsque nous entendons la voix du vieux roi de la mort, de la peur et du cynisme, ayons le courage de suivre notre propre chemin – dans la joie. L’étoile qui ouvre le chemin nous poussera vers l’avant, par de nouveaux sentiers, pour être en présence de l’Enfant de la Lumière et Prince de la Paix, qui est l’accomplissement des espoirs et des désirs les plus profonds de l’humanité pour la lumière, la justice, l’amour, et la paix.

Le voyage des rois mages se poursuit

Les paroles du grand écrivain catholique français Georges Bernanos [1888-1948] parlent magnifiquement de la signification de cette grande fête de nos jours:

Dès le commencement, mon Église a été ce qu’elle est encore (c’est sans doute le Seigneur qui est supposé parler), ce qu’elle sera jusqu’au dernier jour, le scandale des esprits forts, la déception des esprits faibles, l’épreuve et la consolation des âmes intérieures, qui n’y cherchent que moi.

Oui, frère Martin, qui m’y cherche m’y trouve, mais il faut m’y trouver, et j’y suis mieux caché qu’on le pense, ou que certains de mes prêtres prétendent vous le faire croire – plus difficile encore à découvrir que dans la petite étable de Bethléem, pour ceux qui ne vont pas humblement vers moi, derrière les Mages et les Bergers. Car c’est vrai qu’on m’a construit des palais, avec des galeries et des péristyles sans nombre, magnifiquement éclairés jour et nuit, peuplés de gardes et de sentinelles, mais pour me trouver là, comme sur la vieille route de Judée, ensevelie sous la neige, le plus malin n’a encore qu’à me demander ce qui lui est seulement nécessaire : une étoile et un cœur pur.

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(Image : L’adoration des Rois mages par Corrado Giaquinto)

Marie : modèle et paradigme de la croyance des chrétiens

Solennité de Marie, Mère de Dieu – mardi 1 janvier 2018

Nombres 6,22-27
Galates 4,4-7
Luc 2,16-21

Le Nouvel An chrétien est célébré le 1er janvier, une semaine après la célébration de la naissance de Jésus. Le 1er janvier est qualifié de diverses manières qui révèlent divers aspects de la nature de la fête. Tout d’abord, le Nouvel an chrétien se trouve dans l’octave de Noël [i.e. 8 jours après la naissance de Jésus.] Avant la réforme liturgique du Concile Vatican II [1962-1965], la fête de la Circoncision de Jésus ou de l’attribution du nom de Jésus [Saint Nom de Jésus] a été célébrée à cette date pour commémorer le récit évangélique de la circoncision de Jésus selon les prescriptions rituelles de la loi mosaïque, faisant ainsi officiellement de lui un membre du peuple de l’alliance: « Quand arriva le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception. » [Lc 2,21-24]

Suite au renouvellement liturgique du Concile Vatican II, le 1er janvier est aussi connu comme la Solennité de Marie, la Mère du Seigneur, et a également été désigné Journée mondiale de prière pour la paix.

Nous pouvons nous demander souvent si en accumulant tant de significations différentes, les gens ne portent plus attention au Jour de l’An comme une fête religieuse.

N’est-il pas vrai non plus que l’atmosphère de réjouissances attachée à la veille du Jour de l’An ne laisse pratiquement personne avec l’énergie, le désir ou la volonté de considérer le Nouvel An comme une fête religieuse ? Examinons quelques-uns des fondements bibliques pour les différentes significations rattachées au nouvel an chrétien.

Fête de la circoncision et attribution du nom de Jésus

Dans l’Antiquité et dans les Écritures, il est commun de croire que le nom donné à une personne n’est pas seulement un label, une étiquette, mais révèle aussi une partie de la personnalité de celui qui le porte. Le nom porte la volonté et le pouvoir. Jésus de Nazareth est né à Bethléem de parents juifs [Matthieu 1-2; Luc 1-2]. Lors de sa conception, un ange a affirmé que son nom serait « Jésus ». L’hébreu et l’araméen du nom « Yeshua » [Jésus] est une forme tardive de l’hébreu « Yehoshua » ou Josué. C’était un nom très commun dans le Nouveau Testament. La signification du nom est « Le Seigneur est le salut », et on y fait allusion dans Matthieu 1,21 et Luc 2,21.

Dans les Écritures, « Yeshua » fait référence au Sauveur et fut l’un des moyens pour les chrétiens de nommer et d’identifier Jésus. Le grec Christos traduit l’hébreu Mashiah, « oint », par ce nom, les chrétiens affirmaient que Jésus était le Messie. Dans le Nouveau Testament, le nom, la personne et l’œuvre de Dieu sont indissociablement liés à ceux de Jésus-Christ. Les vrais disciples de Jésus doivent prier en son nom [Jean 14,13-14]. Dans Jean 2,23, croire au nom de Jésus signifie croire en lui comme le Christ, le Fils de Dieu [3,18]. Le nom de Jésus est puissant seulement là où il y a la foi et l’obéissance [Marc 9,38-39]. Croire au saint nom de Jésus mène à la confession de ce nom [Hébreux 13,15]. Faire appel à ce nom est le salut.

Solennité de Marie, Mère du Seigneur

La deuxième personne qui est célébrée et honorée à l’occasion du Nouvel An chrétien est la mère de Jésus. Cette jeune femme d’origine juive a pris sur elle la responsabilité entière du mot « oui » à un visiteur mystérieux lors de l’Annonciation. Par sa réponse, elle a brisé les frontières culturelles et religieuses de son temps, manifestant foi et grand courage. Elle a littéralement apporté le ciel sur terre. Marie de Nazareth a vécu ces événements et leur sens, montrant toujours la capacité d’interpréter le fil conducteur de toute sa vie en se rappelant à l’esprit des paroles et des événements.

« Marie » vient de l’hébreu « Miriam » dont l’étymologie est probablement du mot égyptien qui signifie « bien-aimée ». Elle est le disciple par excellence qui nous introduit à la bonté et à l’humanité de Dieu. Le fait qu’elle soit femme n’est pas en soi un signe de salut, mais il est significatif de la façon et de la manière dont le salut arrive. Il n’y a de salut en aucun autre nom que celui de l’homme Jésus, mais à travers cette femme, Marie, nous avons l’assentiment de l’humanité au salut. C’est ainsi que nous pouvons parler d’une réalisation féminine de salut de Dieu.

Aujourd’hui, nous célébrons la Sainte Mère de Dieu, qui est un modèle pour tous les croyants. Je ne peux pas m’empêcher de rappeler les fortes paroles de l’évêque anglican N.T. Wright, de Durham, en Angleterre, lors du Synode sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église en 2008. Mgr Wright, l’un des délégués fraternels nommés par le Pape au Synode, a évoqué les quatre grands moments de la vie de Marie, avec quatre mots: Fiat, Magnificat, Conservabat, et Stabat. Grâce à son « fiat », Marie a donné son assentiment à la Parole de Dieu avec son esprit. Grâce à son « magnificat », la vierge de Nazareth révèle sa force et son courage. Marie a médité et gardé la Parole de Dieu dans son cœur: « conservabat. » Sa fidélité à la fin est décrite par le mot « stabat » alors qu’elle se trouvait au pied de la Croix et attendait patiemment dans son âme l’accomplissement de la prophétie de Siméon et l’expérience de la nouvelle, de l’inattendue révélation qui sauve, encore et toujours.

Dieu appelle chacun de nous à travers l’Écriture d’un amour parfait et de grâce, et la réponse de l’esprit docile est « fiat »:« Qu’il me soit fait selon ta parole ». Nous célébrons nous aussi, avec nos forces, la pertinence de la parole à de nouvelles situations personnelles et surtout politiques: « magnificat ». Puis nous laissons monter dans notre cœur ce que nous avons vu et entendu : « conservabat. » Mais l’Écriture nous dit que Marie, elle aussi, a dû apprendre des choses difficiles : elle voulait contrôler son fils, mais ne le pouvait pas. Son âme est percée par l’épée, comme elle est « stabat » au pied de la croix. Nous aussi nous devons attendre patiemment, en laissant la Parole écrite nous dire des choses inattendues, voire désagréables, mais porteuses de salut. Nous avons lu avec humilité, confiant en Dieu et attendant de voir ce que signifie sa volonté. Marie est vraiment un modèle et le paradigme de la croyance des chrétiens.

Journée mondiale de prière pour la paix

Le plus récent « thème » rattaché au Nouvel An chrétien a été la « Journée mondiale de prière pour la paix ». La Journée mondiale de la Paix fut lancée par l’Église sous le pape Paul VI en 1967. Les chrétiens sont invités à entamer une nouvelle année en priant pour la paix. Le thème de la quarante-troisième Journée mondiale de la Paix a été : « Si tu veux construire la paix, protège la création », un jeu de mot délibéré sur les célèbres paroles de Paul VI « Si tu veux la paix, travaille pour la justice. »

Dans son message, le pape Benoît XVI a présenté « une vision cosmique de la paix » une paix qui « vient à propos dans un état d’harmonie entre Dieu, l’humanité et la création. Dans cette perspective, la dégradation de l’environnement est une expression non seulement d’une rupture de l’harmonie entre l’humanité et la création, mais d’une profonde détérioration de l’unité entre l’humanité et Dieu. »

Benoît XVI s’est déjà taillé une réputation en tant que pape « vert » en raison de ses appels répétés pour une meilleure protection de l’environnement. Le langage du Pape dans le message de cette année est d’ailleurs assez énergique.

Comment demeurer indifférents face aux problématiques qui découlent de phénomènes tels que les changements climatiques, la désertification, la dégradation et la perte de productivité de vastes surfaces agricoles, la pollution des fleuves et des nappes phréatiques, l’appauvrissement de la biodiversité, l’augmentation des phénomènes naturels extrêmes, le déboisement des zones équatoriales et tropicales ?

Comment négliger le phénomène grandissant de ce qu’on appelle les « réfugiés de l’environnement »: ces personnes qui, à cause de la dégradation de l’environnement où elles vivent, doivent l’abandonner – souvent en même temps que leurs biens – pour affronter les dangers et les inconnues d’un déplacement forcé ? Comment ne pas réagir face aux conflits réels et potentiels liés à l’accès aux ressources naturelles ? Toutes ces questions ont un profond impact sur l’exercice des droits humains, comme par exemple le droit à la vie, à l’alimentation, à la santé, au développement.

Benoît XVI a mis l’accent sur une vision du cosmos comme un don de Dieu que les êtres humains ont l’obligation de « soigner et de cultiver. » Le Pape a appelé à « une révision profonde et clairvoyante du modèle de développement », fondée non seulement sur les besoins actuels « des êtres vivants, humains et non humains », mais ceux des générations à venir.

En même temps, Benoît XVI a insisté sur le fait que la protection de l’environnement est « le devoir de chaque personne », celui qui exige des changements dans les habitudes et attitudes personnelles. Benoît XVI a appelé à « de nouveaux styles de vie », fondés non pas uniquement sur la logique de la consommation, mais aussi sur la sobriété, la solidarité, ainsi que la prudence :

C’est pour cette raison qu’il est indispensable que l’humanité renouvelle et renforce « l’alliance entre l’être humain et l’environnement, qui doit être le miroir de l’amour créateur de Dieu, de qui nous venons et vers qui nous allons ». Nos crises actuelles […] sont des crises aussi morales, et toutes sont inter reliées. Elles nous obligent à repenser le chemin que nous parcourons ensemble. Aujourd’hui, alors que nous célébrons la Mère du Seigneur qui réconcilie les nombreux sens donnés à la fête d’aujourd’hui, faisons-nous l’écho des paroles du saint Basile le Grand, dont la fête suit immédiatement la célébration d’aujourd’hui [2 janvier] : Adorons avec les mages, rendons gloire avec les bergers, chantons avec les anges : « Il nous est né aujourd’hui un sauveur qui est le Christ Seigneur ; le Seigneur Dieu qui nous est apparu […] »

Non pas sous la forme divine, afin de nous effrayer dans notre faiblesse, mais sous la forme d’un Serviteur, afin qu’Il puisse libérer se qui avait été réduit à la servitude […]

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(Image : La nativité par James Tissot)

L’avenir de l’humanité passe par la famille

Fête de la Sainte Famille – dimanche 30 décembre 2018

Sirach 3,2-6.12-14
Colossiens 3,12-21
Luc 2,41-52

Dans la foulée de la fête de Noël, l’Église célèbre la fête de la Sainte Famille en invitant les fidèles à réfléchir sur le don et le mystère de la vie, et en particulier sur la bénédiction qu’est la famille.

Le récit de l’évangile pour cette fête (Luc 2,41-52) rapporte un incident de la jeunesse de Jésus qui est unique dans le Nouveau Testament. Le récit de l’enfance, tout en donnant peu de détails concernant la première partie de la vie de Jésus, mentionne que « les parents de Jésus allaient chaque année à Jérusalem à la fête de la Pâque (2,41), » une indication de leur piété, leur fidélité à la loi et à la tradition d’Israël.

Quand il eut douze ans, ils firent le pèlerinage suivant la coutume. Comme ils s’en retournaient à la fin de la semaine, le jeune Jésus resta à Jérusalem sans que ses parents s’en aperçoivent. C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions (2,42-43.46)

Les paroles mystérieuses de Jésus à ses parents semblent maîtriser leur joie de le trouver: « Comment se fait-il que vous me cherchiez ? Ne saviez-vous pas que je dois être chez mon Père ? (2,49). Cette phrase peut aussi être traduite: « Je dois être immergé dans le travail de mon Père. » Dans les deux traductions, Jésus réfère à Dieu comme son Père. Sa filiation divine et son obéissance à la volonté de son Père céleste prennent le pas sur ses liens avec sa famille.

En dehors de cet événement, toute la période de l’enfance et de la jeunesse de Jésus est passée sous silence dans l’Evangile. C’est l’époque de sa « vie cachée », résumée par Luc dans deux déclarations simples: Jésus « est descendu avec [Marie et Joseph] et vint à Nazareth, et il leur était soumis (Luc 2,51). » « Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, sous le regard de Dieu et des hommes (Luc 2,52). » Avec cet épisode, le récit de l’enfance se termine comme il a commencé, dans le cadre du temple de Jérusalem.

Nous apprenons des Évangiles que Jésus vécut dans sa propre famille, dans la maison de Joseph, qui avait pris la place d’un père à l’égard du fils de Marie en aidant et en protégeant, et peu à peu en le formant au métier de menuisier. Les gens de la ville de Nazareth le considéraient comme « le fils du charpentier » (Matthieu 13,55). Lorsqu’il commença à enseigner, ses concitoyens demandèrent avec surprise: « N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie ? » (Marc 6,3). Outre sa mère, ils ont évoqué également ses « frères » et ses « sœurs », qui vécurent à Nazareth. Ce sont eux qui, comme l’évangéliste Marc le mentionne, cherchèrent à détourner Jésus de son activité d’enseignement (Marc 3,21). Évidemment, ils n’ont rien trouvé en lui qui justifiait le début d’une telle activité. Ils pensaient que Jésus était comme n’importe quel autre israélite, et devrait le rester.

École de Nazareth

Les paroles du pape Paul VI prononcées à Nazareth le 5 janvier 1964 constituent une belle réflexion sur le mystère de Nazareth et de la Sainte Famille. Ses paroles nous inspirent tous à imiter la famille de Dieu dans leurs belles valeurs du silence, de vie familiale et professionnelle.

Nazareth est l’école où l’on commence à comprendre la vie de Jésus: l’école de l’Evangile. Ici on apprend à regarder, à écouter, à méditer et à pénétrer la signification, si profonde et si mystérieuse, de cette très simple, très humble et très belle manifestation du Fils de Dieu. Peut-être apprend-on même insensiblement à imiter. Ici on apprend la méthode qui Nous permettra de comprendre qui est le Christ. Ici on découvre le besoin d’observer le cadre de son séjour parmi nous: les lieux, les temps, les coutumes, le langage, les pratiques religieuses, tout ce dont s’est servi Jésus pour se révéler au monde.

Une leçon de silence d’abord. Que renaisse en nous l’estime du silence, cette admirable et indispensable condition de l’esprit; en nous qui sommes assaillis par tant de clameurs, de tracas et de cris dans notre vie moderne bruyante et hypersensibilisée. O silence de Nazareth, enseigne-nous le recueillement, l’intériorité, la disposition à écouter les bonnes inspirations et les paroles des vrais maîtres; enseigne-nous le besoin et la valeur des préparations, de l’étude, de la méditation, de la vie personnelle et intérieure, de la prière que Dieu seul voit dans le secret.

Une leçon de vie familiale. Que Nazareth nous enseigne ce qu’est la famille, sa communion d’amour, son austère et simple beauté, son caractère sacré et inviolable; apprenons de Nazareth comment la formation qu’on y reçoit est douce et irremplaçable; apprenons quel est son rôle primordial sur le plan social.

Une leçon de travail. Nazareth, ô maison du « fils du charpentier », c’est ici que nous voudrions comprendre et célébrer la loi sévère et rédemptrice du labeur humain; ici rétablir la conscience de la noblesse du travail; ici rappeler que le travail ne peut pas être une fin à lui-même, mais que sa liberté et sa noblesse lui viennent, en plus de sa valeur économique, des valeurs qui le finalisent.

Défis pour aujourd’hui

De nos jours, nous sommes témoins d’un manque inquiétant de milieux éducatifs, non seulement en dehors de l’Église, mais aussi au sein de l’Eglise. La famille chrétienne n’est plus capable à elle seule d’assurer la transmission de la foi à la génération suivante, pas plus que la paroisse, même si elle continue d’être la structure indispensable pour la mission pastorale de l’Église dans un lieu donné.

En tant que communauté chrétienne et en tant que société en général, nous devons faire davantage pour encourager l’union, l’engagement d’un homme et d’une femme qui demeure essentiel à toutes les civilisations, et s’est avéré être le meilleur soutien pour les droits et les besoins des enfants. Nous devons bien réfléchir sur les conséquences sociales de la redéfinition du mariage, en examinant tout ce qui est impliqué si la société ne donne plus une place privilégiée et une valeur fondamentale à l’union pour la vie entre un homme et une femme dans le mariage. Comme la clé de voûte de la société, la famille est l’environnement le plus favorable pour accueillir les enfants. En même temps, la liberté de conscience et de religion doit être assurée, tout en respectant la dignité de toute personne, quelle que soit leur orientation sexuelle.

Deux problèmes distincts se dégagent de ces grands débats de notre époque concernant le mariage et la famille. La fête de la Sainte Famille lance une invitation urgente, en particulier aux fidèles laïcs, de faire respecter la dignité de l’institution et du sacrement du mariage. Appuyez les programmes de préparation au mariage dans vos communautés paroissiales. Exigez que, dans vos paroisses et diocèses, il y ait de solides programmes vocationnels pour les jeunes. Les paroisses, diocèses et mouvements laïcs qui n’ont pas de stratégie pastorale créative ni de programme vocationnel sur le mariage pour les jeunes laissent la porte ouverte à une confusion morale considérable, à de l’incompréhension, de la désinformation, et laissent ainsi un vide à combler.

Du même coup, nous ne pouvons oublier que d’autres liens d’amour et d’interdépendance, d’engagement et de responsabilité mutuelle existent dans la société. Ils peuvent être bons, ils peuvent même être reconnus par la loi. Ils ne sont pas les mêmes que le mariage, ils sont quelque chose d’autre. Aucune extension de la terminologie à des fins juridiques ne va changer la réalité observable que seule l’union d’un homme et d’une femme porte, non seulement le lien d’interdépendance entre les deux adultes, mais la capacité inhérente à mettre au monde des enfants.

En cette fête de la Sainte Famille, nous renouvelons notre engagement en faveur de l’édification de la famille humaine, du renforcement et de la consécration du mariage, de la bénédiction et de l’éducation des enfants, et pour faire de nos foyers, nos familles et nos paroisses des lieux accueillants pour les femmes et les hommes de toute race, langue, orientation et mode de vie. 

Fondement de la société       

« L’avenir de l’humanité passe par la famille », comme Saint Jean-Paul II aimait dire souvent. Les lectures d’aujourd’hui nous rappellent que la famille a un impact vital sur la société. Le fondement de la société est la famille. Et le fondement de la famille est le mariage. La vocation au mariage est inscrite dans la nature même de l’homme et de la femme. Comme la clé de voûte de la société, la famille est l’environnement le plus favorable pour accueillir les enfants. Nous avons besoin de jeunes adultes qui diront leur « oui » avec joie, conviction, foi et espérance. Ils sont notre avenir et notre espoir. Nous ne pouvons pas construire l’avenir de la société et de l’Église sans les personnes mariées. Sans elles, nous n’aurons pas de saintes familles aujourd’hui.

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(Image : The Holy Family with the Holy Trinity by Bartolomé Esteban Murillo)

Emmanuel, notre prière et notre promesse

Nativité du Seigneur – mardi 25 décembre 2018

Isaïe 62,1-5
Actes 13,16-17,22-25
Matthieu 1,1-25
ou 1,18-25

L’évangile pour la messe de la nuit de Noël, tiré du récit de l’enfance chez Matthieu (1,1-5), présente un riche panorama de l’incarnation. Plus que Marc et Luc, Matthieu résume l’origine juive de Jésus : la généalogie le présente comme « Fils de David, fils d’Abraham » (1,1) et ne remonte pas plus loin. Matthieu insiste sur les quatorze générations, probablement parce qu’en hébreu quatorze est la valeur numérique des lettres formant le nom de David.

Des deux généalogies de Jésus dans les récits néotestamentaires de Matthieu et Luc, celle de Matthieu est présentée dans un ordre décroissant, listant les ancêtres de Jésus, fils de Marie, en commençant par Abraham. L’autre généalogie, tirée de Luc (3,23-28) est en ordre croissant, commençant par Jésus et remontant jusqu’à Adam. Alors que la généalogie de Luc relie Jésus avec toute l’humanité, la généalogie de Matthieu met en évidence sa descendance d’Abraham. C’est en tant que fils d’Israël, peuple choisi de Dieu dans l’ancienne alliance auquel il appartient directement, que Jésus de Nazareth est pleinement membre de la famille humaine.

Alors que la généalogie montre la continuité du plan providentiel de Dieu à partir d’Abraham, on y trouve aussi une certaine discontinuité. Les femmes Tamar (1,3), Rahab et Ruth (1,5) et la femme de Urie, Bethsabée, eurent des fils à travers des unions aussi étranges qu’inattendus. Ces « irrégularités » culminent dans la grande « irrégularité » de la naissance du Messie d’une jeune vierge. Matthieu a pris soin d’attirer notre attention sur les particularités de ces femmes bibliques de l’Ancien Testament, peut-être pour nous prévenir que quelque chose d’encore plus étrange allait arriver ou peut-être pour nous permettre de faire le lien, lorsque la nouvelle sera annoncée, entre cette annonce et la manière étrange de faire de Dieu dans le passé. Notre Dieu écrit certainement droit sur des lignes courbes et cette généalogie en est une preuve vivante !

Jésus accomplit les prophéties de l’Ancien Testament

L’évangile de Matthieu porte sur l’accomplissement des écritures en Jésus. L’ange, le songe, le commandement de ne pas avoir peur, le couple juste faisant ce qui est dit – tout cela est très familier pour quelqu’un qui lit et entend l’histoire avec des lunettes bibliques. Matthieu nous dit que la naissance de Jésus accomplit dans l’histoire humaine au moins trois thèmes bibliques. Il apporte Israël dans la Terre Promise ; « Jésus » est le Grec pour « Josué ». Comme Emmanuel, il donne corps à la présence de Dieu parmi son peuple (Isaïe 7,14 cité en 1,23). Comme nouveau David, il est le Messie né à Bethléem (2,5 accomplissant Michée 5,1-3)

Dans la généalogie, Jésus est le point culminant vers lequel tend l’histoire de la longue alliance d’Israël, particulièrement dans sa dernière phase tragique. Matthieu est en accord avec ses contemporains juifs qui voient l’exil comme le dernier événement marquant avant Jésus; lorsque l’ange dit que Jésus « sauvera son peuple de ses péchés » (1,21), la fin de l’exil est en vue. Jésus, le véritable descendant de David, accomplira l’alliance d’Abraham en annulant l’exil et toutes ses conséquences.

Puisant à la fois dans la tradition biblique et les récits juifs, Matthieu dresse un portrait de Jésus revivant l’expérience d’Israël pendant l’exode et les persécutions de Moise. Son rejet par son propre peuple et sa passion sont annoncées, assombries par la troublante question de « tout Jérusalem » à la question des mages qui cherchaient le « nouveau roi des Juifs » (2,2-3) et par la tentative d’Hérode de le tuer. Les mages qui lui rendent hommage préfigurent les Gentils qui accueilleront la prédication de l’Evangile. Les récits d’enfance proclament que Jésus est le sauveur de son peuple pour leurs péchés. (1,21), Emmanuel – « Dieu avec nous » (1,23), et le Fils de Dieu (2,15).

Matthieu limite la mission de Jésus « aux brebis perdues de la maison d’Israël » (15,24) durant sa vie publique ainsi que celle des douze (10,5-6). Plus que tous les autres évangélistes, il prend grand soin de mentionner les événements dans la vie de Jésus « comme cela avait annoncé par les prophètes pour accomplir les écritures » (2,23). Jésus lui-même le dit clairement qu’il est venu non pas abolir la loi mais l’accomplir (5,17). Cette histoire extraordinaire, guidée dès le début par la main puissante du Dieu de l’alliance, trouve son accomplissement en Jésus, « qui est appelé Christ » (1,16). Le terme « Christ » est l’équivalent en grec du mot hébreu « Messie », qui signifie « oint ». Israël, le peuple choisi de Dieu, a vécu pendant des générations dans l’attente de l’accomplissement de la promesse du Messie, dont la venue fut préparée par l’histoire de l’alliance.

Du point de vue de Joseph

Le récit de Matthieu est raconté du point de vue de Joseph, alors que celui de Luc, plus familier, est vu de Marie. Homme droit, Joseph est présenté comme un observant dévoué de la loi de Moïse (1,19). Son engagement envers Marie fut la première étape du mariage instituant un homme et une femme comme mari et épouse. Par conséquent, une infidélité était considérée comme un adultère. L’engagement était suivi quelques mois plus tard par l’installation de la femme chez son mari, moment où la vie maritale commençait.

La conception virginale de Jésus est l’œuvre de l’Esprit de Dieu. Matthieu considère la conception virginale comme l’accomplissement d’Isaïe 7,14. La décision de Joseph de divorcer Marie est renversée par le commandement divin de la prendre chez lui et d’accepter l’enfant comme le sien. La généalogie naturelle est rompue mais les promesses de David sont accomplies; par l’adoption de Joseph, l’enfant appartient à la famille de David.

Etant donné les circonstances, Joseph souhaitait rompre son union avec quelqu’un qu’il suspectait d’avoir violé la loi. Il est dit que la loi l’obligeait à faire cela, mais les textes cités pour appuyer cette affirmation, par exemple en Dt 22,20-21, ne se rapportent pas clairement à la situation de Joseph. Il ne voulait pas l’exposer à la honte: la peine pour un adultère était la lapidation. (Cf. Deut 22,21-23.)

Dans une autre référence à l’Ancien Testament, le Joseph du Nouveau Testament reçoit un message de Dieu durant un songe, de la part de « l’ange du Seigneur ». Ces songes peuvent rappeler ceux de Joseph, fils de Jacob le patriarche (Gen 37,5-1.19). Un parallèle très proche est le rêve d’Amram, père de Moïse, raconté par Flavius Josèphe dans ses Antiquités Juives.

Joseph a protégé et pris soin de Jésus ainsi que Marie. Il a nommé Jésus, lui a appris à prier, travailler, à être un homme. Alors que nulle parole ou texte ne lui sont attribués, nous pouvons être surs que Joseph prononça deux paroles les plus importantes qui pouvaient être dites quand il nomma son fils « Jésus » et l’appela « Emmanuel ».

Emmanuel: Dieu vraiment avec nous

Le soir de Noël, nous écoutons attentivement les paroles des prophètes, le songe de Joseph et la promesse de Dieu qui prend chair dans le sein de la Vierge. Il devient clair pour nous que l’histoire de la naissance d’un bébé à Bethleem ne fut pas un conte folklorique idyllique. Ce fut l’accomplissement véritable des espoirs et des attentes, des rêves et des désirs du peuple de l’ancien Israël. Dieu n’abandonne pas l’humanité mais il vient dans tout ce qui rend généralement la vie difficile sur terre. Chez Matthieu, la promesse de Dieu de la délivrance de Juda au temps des prophètes est accomplie dans la naissance de Jésus, par lequel Dieu vient au milieu de son peuple.

La réponse aux attentes les plus profondes de l’humanité à travers les temps réside dans le nom « Emmanuel ». Nous trouvons dans ce nom à la fois une prière et une excuse (de notre part) et une promesse et déclaration de la part de Dieu. Quand nous prononçons ce mot, nous prions réellement et supplions « Dieu, sois avec nous ! » Et quand Dieu parle, le puissant, l’éternel, l’omniprésent créateur du monde nous dit : « Je suis avec vous » dans cet enfant.

En l’enfant Jésus, Dieu est avec nous, pas simplement pour nous bénir dans une sorte de brève apparition à un moment difficile de l’histoire. Ni pour utiliser Jésus comme aide, protection et guide. Non le petit Seigneur Jésus endormi dans la crèche de Bethleem est « Dieu avec nous » parce qu’il est Dieu. Le vrai message de Noël nous laisse sans voix et continue de stupéfier notre imagination : la deuxième personne de la Trinité, le seul fils du Père, la parole éternelle, notre créateur veut le vêtir de notre nature et devenir homme, notre frère, l’un de nous. Dieu lui-même repose dans la mangeoire, pleinement humain, pleinement divin. Dans le récit de Noël dans Luc, les bergers retournent à leurs champs en se réjouissant ; dans Matthieu, les sages se prosternent en adoration avec émerveillement parce qu’ils réalisent qui est devant leurs yeux : ils étaient en présence de leur Créateur fait homme, de la Parole faite chair, de Dieu devenu l’un de nous.

Le nom Emmanuel fait aussi allusion à la fin de l’évangile de Matthieu où Jésus ressuscité assure à ses disciples la continuité de sa présence, « … Je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin des temps » (28,20). Dieu a, en vérité, gardé sa promesse en Jésus. Jésus accomplit véritablement le plan de Dieu en parole et actes, dans le désir et la présence, en chair et en sang.

Une exigence démesurée

Rendons grâces à Dieu le Père de Jésus qui écrit droit sur les lignes courbées de nos propres vies et de l’histoire humaine. Puissent nos cœurs accueillir l’Emmanuel qui prend chair dans nos vies à Noël cette année. Et dans les mots de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix dans « Le Mystère de Noël » :

Pour imprégner une vie humaine tout entière de la vie divine, il ne suffit pas de s’agenouiller une fois par an devant la crèche et de succomber au charme de la nuit sainte. Pour accomplir cela, nous devons être quotidiennement en contact avec Dieu. […] Exactement de même que notre corps terrestre a besoin chaque jour de pain, de même nous devons nourrir notre vie divine.

« C’est le pain vivant descendu du ciel. »

Si c’est vraiment notre pain quotidien, alors le mystère de Noël, l’incarnation du Verbe, seront quotidiennement rejoués en nous. Et cela, semble-t-il, est le chemin le plus sûr pour rester en constante union avec Dieu […] Je suis bien consciente que beaucoup pensent que c’est une exigence démesurée. Dans la pratique cela signifie que la plupart de ceux qui prennent cette habitude devront réorganiser complètement leur vie intérieure et extérieure. Mais c’est ce que cela signifie. Est-ce réellement trop exigeant de faire une place dans notre vie pour le Sauveur Eucharistique, pour qu’Il puisse transformer notre vie en la Sienne ?

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(Image : L’adoration des bergers par Jacopo Bassano)

Découvrir la possibilité de l’impossible

Quatrième dimanche de l’Avent, Année C – 23 décembre 2018

Michée 5,1-4a
Hébreux 10,5-10
Luc 1,39-45

Le récit de l’enfance de l’évangile de Luc contient certaines des scènes bibliques les plus touchantes et les mieux connues du Nouveau Testament.

Non seulement l’annonce des débuts du Baptiste précède celle de Jésus (1,5-24), mais la naissance de Jean le Baptiste précède la naissance de Jésus (1,26-38). L’annonce à Marie de la naissance de Jésus (Lc 1,39-45) est parallèle à l’annonce à Zacharie de la naissance de Jean. Dans les deux histoires, l’ange Gabriel apparaît à l’un des parents qui est troublé par la vision (Luc 1,11-12,26-29), puis l’ange dit de ne pas avoir peur (Luc 1,13.30). Après l’annonce (Luc 1,14-17.31-33), le parent fait une objection (Luc 1,18.34) et un signe est donné afin de confirmer l’annonce (Luc 1,20.36). Le focus de l’annonce de la naissance de Jésus porte sur son identité de Fils de David (Luc 1,32-33) et Fils de Dieu (Luc 1,32.35).

Dans la scène très intime de la visitation de Marie à Élisabeth (1,39-45), le Précurseur et le Seigneur sont cachés l’un de l’autre, ils ne peuvent se voir. Pourtant, avant même que les deux femmes s’embrassent, Jean tressaillit d’allégresse dans le ventre de sa mère, ayant reconnu la présence du Seigneur et du Messie dans le sein de Marie. Les deux naissances sont saluées par deux beaux cantiques: le Benedictus chanté par Zacharie, père de Jean-Baptiste à la naissance de son fils (1,68-79) et le Nunc Dimittis proclamé par Siméon, l’homme « juste et pieux » dans le temple de Jérusalem, alors qu’il prend l’enfant Jésus dans ses bras (2,22-35).

Les deux femmes enceintes de l’évangile de ce dernier dimanche de l’Avent, Marie et Élisabeth, reconnurent des signes de Dieu chez l’une et l’autre. Pour expliquer à Marie sa conception virginale, l’ange Gabriel lui offrit l’exemple d’Élisabeth: « Sache que ta cousine Élisabeth va concevoir un fils dans sa vieillesse, elle qui était considérée comme stérile est maintenant à son sixième mois, car rien n’est impossible à Dieu » (Luc 1,36). Par le mouvement de l’enfant dans son ventre à l’arrivée de Marie, Elisabeth saisit aussi que quelque chose d’extraordinaire se passait. « Qui suis-je pour que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » Chacune des femmes expérimente en elle la possibilité de l’impossible.

La visitation de Marie à Elisabeth s’est avérée être une visitation divine, l’arche de Dieu qui n’apporte pas la terreur mais la bénédiction qu’il a faite de la maison d’Obed-Edom de Gath (1 Samuel 6,9-11). Contrairement à Sarah, qui avait ri à l’idée qu’elle pourrait concevoir et mettre au monde un enfant d’Abraham dans sa vieillesse (Genèse 18,12) et, contrairement à Zacharie, son mari, qui avait été frappée de stupeur pour mettre en doute la puissance de Dieu dans cette affaire (Luc 1:8-20), Élisabeth rend grâce à Dieu et demeure confiante en sa providence: « Voilà ce que le Seigneur a fait pour moi, lorsqu’il a daigné mettre fin à ce qui faisait ma honte aux yeux des hommes » (Luc 1,25). Marie, pour sa part, mérite d’être acclamée par Élisabeth comme « celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Bien que Marie soit louée pour être la mère du Seigneur et à cause de sa foi, elle réagit comme le serviteur d’un psaume de louange, le Magnificat. Le « Magnificat » célèbre les merveilles de la grâce de Dieu dans la vie non seulement de ces deux femmes de l’Avent, mais de tous ceux pour qui « le Puissant a fait des merveilles » (Luc 1:49).

Il y a deux aspects de la scène de la Visitation à considérer. Le premier est que tout intérêt personnel de Marie ou d’Élisabeth est mis de côté. Toutes deux avaient de bonnes raisons d’être très préoccupées par leur grossesse et tout ce qu’apporte une nouvelle vie. Les deux femmes avaient le droit de se concentrer sur elles-mêmes pendant un certain temps alors qu’elles apportaient des ajustements radicaux à leur vie quotidienne. Marie tend la main vers sa cousine pour l’aider et être aidée par elle. Ces deux grandes femmes bibliques se sont consolées entre elles, ont partagé leurs histoires, au moment où elles firent l’expérience d’une vie nouvelle en elles : Élisabeth après ses longues années de stérilité avec cette grossesse subite, et Marie, après sa rencontre avec le messager céleste, créant une situation maritale et une grossesse toutes deux « irrégulières ».

Le deuxième point à considérer est la réponse et la rapidité de Marie. Luc nous raconte qu’elle s’est engagée « en hâte » pour un long et périlleux voyage de Nazareth à un village situé dans les montagnes de Judée. Elle savait bien ce qu’elle voulait et rien ni personne ne pouvait l’arrêter.
Dans son commentaire de l’Evangile de Luc, saint Ambroise de Milan décrit cette précipitation avec une expression latine complexe, nescit tarda molimina Spiritus Sancti gratia qui pourrait signifier: « la grâce de l’Esprit Saint ne connaît pas les efforts que l’on reporte sans cesse » ou
« les efforts reportés sont étrangers à la grâce de l’Esprit Saint ». Le choix libre de Marie d’aller de l’avant reflète une décision prise au plus profond de son cœur, suivie d’une action immédiate.

Combien de choses dans notre vie avons-nous rêvé de faire, aurions-nous dû faire, et n’avons jamais faites – des lettres à écrire, des rêves qui auraient dû être réalisés, la gratitude qui n’a pas été exprimée, l’affection qui n’a jamais été montrée, des mots qui auraient dû être prononcés ? Les reports et les retards nous pèsent, nous fatiguent et nous découragent. Ils nous rongent. Combien est vraie la parole de saint Ambroise lorsqu’il décrit l’empressement de Marie: l’Esprit s’empara complètement de la Vierge fille de Nazareth, et l’obligea à agir.

L’histoire de la Visitation nous enseigne une leçon importante: quand le Christ se développe à l’intérieur de nous, nous sommes conduits vers des personnes, des lieux et des situations dont nous n’avons jamais rêvé. Nous allons porter des paroles de consolation et d’espérance qui ne sont pas les nôtres. Dans l’acte même de consoler les autres, nous serons consolés. Nous serons en paix, recueillis, car nous savons qu’aussi insignifiants que puissent nous paraître notre vie et nos problèmes, le Christ se sert d’eux pour prendre forme en nous.

Les femmes de l’évangile d’aujourd’hui nous montrent qu’il est possible d’aller au-delà de nos propres petits intérêts personnels et de s’engager dans un ministère et un service authentiques dans l’Eglise. Un ministère et un service ne font pas simplement que des choses pour les autres. Les ministres et les serviteurs chrétiens authentiques se permettent de servir et d’être servis, enseignés, soignés, consolés et aimés. De tels moments nous libèrent et nous permettent de chanter le Magnificat sur notre chemin, et célébrer les merveilles que Dieu fait pour nous et pour son peuple.

Considérez ces paroles de la Sainte Mère Teresa de Calcutta (1910-1997):

Dans le mystère de l’Annonciation et de la Visitation, Marie est le modèle même de la vie que nous devrions mener. Tout d’abord, elle a accueilli Jésus dans son existence, puis, elle a partagé ce qu’elle avait reçu. Chaque fois que nous recevons la sainte communion, Jésus le Verbe se fait chair dans notre vie – don de Dieu qui est à la fois beau, doux, unique. Ainsi fut la première eucharistie: Marie offrant son Fils en elle, en qui il avait fait le premier autel. Marie, la seule qui pouvait affirmer avec une confiance absolue, « ceci est mon corps », à partir de ce moment, a d’abord offert son propre corps, sa force, tout son être, pour former le Corps du Christ.

Permettez-moi de conclure avec ces pensées que m’a confiées une religieuse italienne âgée il y a plusieurs années alors que je prêchais dans une petite ville d’Ombrie, en Italie, juste avant Noël. Le poème est intitulé « Bellezza » qui signifie « beauté » et parle du choix de Dieu de Marie pour une mission spéciale.

Ne souriez pas, frères et sœurs,
Et ne haussez pas les épaules:
Notre Dieu est fascinant et ce qu’Il fait dépasse toujours l’impossible
Dieu s’est penché sur une femme et l’aima,
Et celui qui aime, même avant de regarder le visage
cherche la beauté qui se trouve dans le cœur.
Dieu regarda une femme qui était de la race
des plus petits, des sans nom,
Ceux qui vivent loin des palais –
Ceux qui travaillent dans les cuisines,
Ceux qui viennent du nombre des humbles et des oubliés,
Ceux qui n’ouvrent jamais la bouche et qui sont habitués à la pauvreté.
Dieu la regarda et la trouva belle
et cette femme a été donnée à lui comme si elle était sa bien-aimée
pour la vie et la mort.
À partir de maintenant toutes les générations la diront bienheureuse.
Dieu regarda une femme. Son nom était Marie.
En tant que femme qui se donne, elle crut,
et pendant la nuit, dans une grotte, elle cria de douleur,
et de son ventre Dieu lui-même est né,
apportant avec lui le salut et la paix, comme des trésors pour l’éternité.
Comme une femme qui se livre et ne regrette jamais,
elle a cru malgré toute l’obscurité qui l’enveloppait,
malgré tous les doutes qui l’envahissaient.
Désormais son nom sera chanté, parce que Dieu la prit
et elle s’est donnée à lui, elle, Marie, l’une des nôtres.
Et Dieu la couronna d’étoiles et la vêtit du soleil,
et sous ses pieds, Dieu a placé la lune.

Son nom est Marie, et si vous regardez son Seigneur, c’est parce que sur notre terre remplie de femmes et d’hommes, vous avez trouvé une telle beauté.

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Paroles Faites Chair: Réflexions Bibliques pour l’Année C

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(Image : la Fuite en Egypte par Eugène-Alexis Girardet)

Réjouis-toi, fille de Sion !

Troisième dimanche de l’Avent, Année C – 16 décembre 2018

Sophonie 3,14-18a
Philippiens 4,4-7
Luc 3,10-18

L’Avent, loin d’être un temps de pénitence est un temps de réjouissance. Les chrétiens proclament que le Messie va vraiment venir et que le règne de Dieu est à notre portée. Pendant ces semaines nous sommes invités à préparer tranquillement nos cœurs et nos vies à la venue du Fils de Dieu dans notre chair. En ce 3e dimanche de l’Avent connu sous le nom du « Dimanche de la Joie », portons notre attention sur deux thèmes importants qui se trouvent dans les lectures des Écritures: l’expression biblique « fille de Sion » et la signification de « se réjouir ».

Le texte riche de la première lecture du prophète Sophonie (3,14-18a-20) parle de la « fille de Sion », la personnification de la ville de Jérusalem. Prenons le temps de réfléchir sur le sens de ce titre de la ville sainte et voyons comment et pourquoi l’Eglise attribue ce titre à Marie, Mère du Seigneur.

« Fille de Sion » est la personnification de la ville de Jérusalem. « Sion » était le nom de la citadelle Jébuséenne qui devint plus tard la Cité de David. Dans les nombreux textes de l’Ancien Testament qui parle de la « fille de Sion », il n’y a pas de distinction réelle entre une fille de Sion et la ville de Jérusalem elle-même. Dans l’Ancien Testament, le titre « Vierge d’Israël » est le même que celui de « Fille de Sion ». L’image de l’épouse du Seigneur se trouve dans Osée aux chapitres 1-3: elle symbolise l’infidélité du peuple à son Dieu. Jérémie 3,3-4 parle de la prostitution et de l’infidélité de l’épouse. « Virginité » dans l’Ancien Testament renvoie à la fidélité de l’Alliance. Dans la 2e lettre aux Corinthiens 11,2, Paul parle de l’Eglise comme d’une vierge pure. La virginité représente ici la pureté de la foi.

Tout au long de l’Ancien Testament, il est dit que c’est dans Sion-Jérusalem que Dieu rassemblera tout son peuple. Dans Isaïe 35,10 les tribus d’Israël se rassembleront à Sion. Dans Ezéchiel 22,17-22, le prophète décrit la purification de son peuple par Dieu qui passera dans l’enceinte des murs de la ville, au milieu de Jérusalem. Le mot hébreu utilisé pour décrire cette partie interne de la ville est « beqervah » un mot formé de la racine « qerev » signifiant quelque chose de profond, d’intime, situé à l’intérieur de la personne. Cela signifie aussi l’utérus maternel, les entrailles, les intestins, la poitrine, d’une personne, la partie la plus secrète de l’âme, là où résident la sagesse, l’esprit, la malice et la Loi du Seigneur. Par conséquent, la ville de Jérusalem a une fonction maternelle bien définie dans l’histoire du salut.

« Fille de Sion » dans la Tradition Chrétienne 

Le Concile Vatican II a officiellement nommé Marie « fille de Sion » dans la constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen Gentium no 52. L’appropriation de ce titre par l’Eglise pour la mère du Seigneur a un riche fondement scripturaire. Marie illustre les prophéties de l’Ancien Testament qui affirment toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu. Le titre « fille de Sion » évoque le grand symbole biblique du Sion Messianique.

Marie illustre les prophéties des Écritures hébraïques qui lui attribuent toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu : dans la culture d’Israël, la personne individuelle et le peuple entier étant profondément liés.

Pour les prophètes, la « fille de Sion » était l’épouse du Seigneur lorsqu’elle a observé l’Alliance. Le rôle de Marie comme « fille de Sion », de même que pour chacun de ses rôles au sein du peuple de Dieu, ne peut jamais être compris indépendamment du Christ et de l’Esprit donné à l’humanité en mourant sur la croix. Lumen Gentium dit que toute théologie et piété mariale appartiennent au mystère du Christ et au mystère de l’Eglise.

Marie « fille de Sion » est l’archétype de l’Eglise en tant que épouse, vierge et mère. Ce n’est pas seulement une virginité biologique, mais une virginité spirituelle qui signifie la fidélité aux Ecritures, l’ouverture envers les autres et la pureté de la foi. Les paroles de Marie aux serviteurs du banquet de noce à Cana (Jn 2,1-12) sont une invitation à tous les peuples à devenir une partie du nouveau peuple de Dieu. Marie est la nouvelle « fille de Sion » parce qu’elle a invité les serviteurs à obéir parfaitement au Seigneur Jésus. À Cana, cette nouvelle « fille de Sion » a parlé au nom de tous. À ces deux moments, à Cana et au Calvaire, (dans l’évangile de Jean) Marie représente non seulement sa maternité et sa relation physique avec son fils, mais aussi son rôle hautement symbolique de « Femme » et « Mère » du peuple de Dieu.

Au Calvaire plus qu’à toute autre place dans le quatrième évangile, Marie est « Mère de Sion » : sa maternité spirituelle commence au pied de la croix.

Comme « Mère de Sion », elle n’accueille et ne représente pas seulement Israël, mais l’Eglise, le Peuple de Dieu de la Nouvelle Alliance. Au pied de la croix, Marie est la Mère du nouveau peuple messianique, de tous ceux qui sont un dans le Christ. Celle qui porta en son sein Jésus, prend place maintenant dans l’assemblée du peuple saint de Dieu. Elle est la nouvelle Jérusalem : dans son propre sein était le Temple, et tous les peuples seront rassemblés dans le Temple qui est son Fils. La Mère de Jésus est en vérité la Mère de tous les enfants de Dieu. Elle est la Mère de l’Eglise. Marie est la première « fille de Sion », menant tout le peuple de Dieu dans sa marche vers le Royaume.

Je ne peux que rappeler les paroles du Cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec, dans son discours d’ouverture au Synode des Evêques sur « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise » en octobre 2008: « Une femme, Marie, accomplit parfaitement la vocation divine de l’humanité par son Oui à la parole d’Alliance et à sa mission. A travers sa maternité divine et spirituelle, Marie apparaît comme le modèle et la forme permanents pour l’Eglise, en tant que première Eglise. »

Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur ! 

Dans la seconde lecture de ce dimanche, saint Paul nous dit de nous réjouir sans cesse dans le Seigneur (Phil 4,4-7; voir aussi Phil 2,18; 3,1; 4,4). La joie à laquelle nous invite Paul forme le cœur du temps de l’Avent. Nous devons toutefois nous demander : de quoi les chrétiens persécutés devaient-ils se réjouir ? Ils devraient se réjouir de leur relation avec le Seigneur, qui peut même devenir plus forte et plus intime dans les périodes de persécutions. Leur joie n’est pas liée aux circonstances; en vérité, elle est souvent en dépit des circonstances. Elle est plutôt dans le Seigneur. La joie jaillit d’une profonde et confiante relation avec Dieu qui porte le croyant à travers toutes sortes d’épreuves et tribulations. Se réjouir dans le Seigneur est une sorte d’adoration, adoration qui prend la forme de prière. Se réjouir mène constamment à la prière et à la louange répétée. Puisque Paul réfère à l’action de grâce après avoir mentionné la prière, il est probable que le terme « prière » renvoie aux demandes à Dieu sous toutes ces formes, peut-être en intercédant pour soi-même et pour les autres.

Le contraire de se réjouir     

Le contraire de la réjouissance et du bonheur n’est pas la douleur, mais l’engourdissement qui souvent se manifeste à travers le cynisme et l’étroitesse d’esprit et de cœur. Beaucoup d’entre nous connaissons ce sentiment : la mort et l’insatisfaction induites par une culture de consommation qui stimule nos sens et nous bombarde de choix sans signification, pendant que nous restons affamés pour quelque chose de profond. Ensuite il y a la jalousie, l’envie et ce sentiment d’accomplir si peu parce que nous avons été si peu motivés et avons fait de mauvais choix. Et lorsque nous réalisons que les autres ont été capables de faire beaucoup parce qu’ils ont été enracinés en Dieu, nous devenons jaloux et envieux. Ce ne sont pas des phénomènes nouveaux ! Le désir d’échapper à cette mort et cette insatisfaction fut l’un des motifs des pères et mères du Désert. Ils rejetèrent un monde dont la vision était la poursuite du pouvoir, de l’avoir et du plaisir. Ils allèrent au désert pour s’abreuver à la source de vie et de joie et découvrir leur propre vérité à travers la prière constante. Ayant trouvé le vide de ce que leur culture définit comme bonheur, ils cherchèrent une autre voie.

Pour conclure voici les paroles du pape Paul VI dans sa prodigieuse exhortation apostolique sur la joie chrétienne Gaudete in Domino :

[Marie] a saisi, plus que toutes autres créatures, ce que Dieu accomplit de plus merveilleux : Son nom est saint, il montre sa miséricorde, il élève les humbles, il est fidèle à ses promesses. Ce n’est pas que sa vie sorte de l’ordinaire mais elle médite le moindre signe de Dieu, les gardant dans son cœur (Luc 2,19; 51). Ce n’est pas qu’elle fut épargnée par les souffrances mais elle se tient debout, la mère des douleurs, au pied de la croix, associée d’une manière éminente au sacrifice de la résurrection ; et elle est aussi ouverte à la joie sans limite de la résurrection ; elle est élevée, corps et âme, dans la gloire du ciel. La première des rachetés, immaculée dès sa conception, l’incomparable demeure de l’Esprit, le pur support du rédempteur de l’humanité, elle est en même temps la Fille bien-aimée de Dieu et, en Christ, la Mère de tous. Elle est le modèle parfait de l’Eglise à la fois sur terre et dans la gloire.

En cet Avent, que l’exemple de Jean le Baptiste nous donne la force et le courage nécessaires pour transformer nos déserts en jardins et notre vide en expérience chrétienne signifiante. Que l’audace de saint Paul et l’exemple de Marie, la « Vierge Fille de Sion » nous apprennent comment nous réjouir dans le Seigneur dont la venue est proche.

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Jean le Baptiste, le paradoxe de l’Avent

Deuxième dimanche de l’Avent, Année C – 9 décembre 2018

Baruch 5,1-9
Philippiens 1,3-6.8-11
Luc 3,1-6

Dans le texte de l’Evangile d’aujourd’hui (Luc 3,1-6), l’évangéliste, celui que Dante Alighieri appelle le scriba manuetidinis Christi (« scribe de la douceur du Christ »), lance l’appel de Jean le Baptiste sous la forme d’un appel prophétique de l’Ancien Testament (Luc 3:2) et prolonge la citation d’Isaïe trouvée dans Marc 1,3 (Isaïe 40,3) par l’ajout d’Isaïe 40,4-5 dans Luc 3,5-6. En faisant cela, Luc présente son thème de l’universalité du salut, qu’il annonçait plus tôt à travers les paroles de Siméon (Luc 2,30-32). Je vous propose que nous examinions ensemble plusieurs détails historiques offerts par Luc dans ce récit de l’appel prophétique.

Tibère César succéda à Auguste comme empereur en l’an 14 et régna jusqu’en 37 ap. J.-C. La quinzième année de son règne serait entre 27 et 29 ap. J.-C. Ponce Pilate fut préfet de la Judée de l’an 26 jusqu’en 36. L’historien juif Flavius Josèphe le décrit comme un préfet cupide et sans scrupule, qui avait peu d’égard pour la population juive locale et ses pratiques religieuses (Luc 13,1). L’Hérode en question est Hérode Antipas, le fils d’Hérode le Grand qui régnait sur la Galilée et Pérée de 4 ap. J.-C. à 39 ap. J.-C.

Luc ne situe pas seulement l’appel de Jean le Baptiste en termes de dirigeants civils de cette période, mais il mentionne également le haut sacerdoce d’Annas et de Caïphe, les dirigeants religieux de la Palestine. Anne avait été prêtre entre 6 et 15 ap. J.-C. Après avoir été déposé par les Romains en l’an 15, il fut remplacé par divers membres de sa famille et, éventuellement, par son gendre, Caïphe, qui fut prêtre de 18 à 36.

Dans le contexte de cette histoire, la parole de Dieu fut adressée à Jean dans le désert de Judée. Luc est le seul parmi les écrivains du Nouveau Testament qui associe la prédication de Jean avec un appel de Dieu. L’évangéliste place ainsi Jean avec les prophètes dont les ministères ont commencé avec des appels similaires. Plus tard, Luc sépare le ministère de Jean le Baptiste de celui de Jésus en signalant l’emprisonnement de Jean avant le baptême de Jésus (Luc 3,21-22). Luc utilise ce procédé littéraire pour faire état de sa compréhension de l’histoire du salut. Avec Jean le Baptiste, le temps de la promesse, la période d’Israël, se termine. Avec le baptême de Jésus et la descente de l’Esprit sur lui, l’accomplissement de la promesse, la période de Jésus, commence.

Dans son second volume, les Actes des Apôtres, Luc va présenter la troisième époque de l’histoire du salut, la période de l’église. Dans Luc 7,26 Jean sera décrit comme « plus qu’un prophète », il est aussi le précurseur de Jésus (Luc 7,27), une figure de transition inaugurant la période de l’accomplissement de la prophétie et une promesse.

En décrivant l’attente du peuple (Luc 3,15), Luc caractérise le moment de la prédication de Jean de la même manière qu’il avait déjà qualifié la situation d’autres Israélites pieux dans le récit de l’enfance (Luc 2,25-26; 37-38). Au chapitre 3,7-18, Luc présente la prédication de Jean le Baptiste exhortant les foules à la conversion en vue de la colère à venir (Luc 3,7.9), leur donnant certaines normes pour réformer leur conduite sociale (Luc 3,10-14), et leur annonçant la venue de quelqu’un de plus grand que lui (Luc 3,15-18).

Jean : le paradoxe de l’Avent

Les vrais prophètes d’Israël nous aident dans notre lutte contre toutes les formes de duplicité. Jean le Baptiste est le saint patron par excellence de l’authenticité. Combien de fois nos paroles, nos pensées et nos actions sont-elles incohérentes ! En Jean le Baptiste se trouve le paradoxe de l’Avent: le triomphe de Dieu qui se manifeste précisément dans l’obscurité du monde actuel. Jean le Baptiste a entendu, expérimenté et vécu la parole libératrice de Dieu au désert et a donc été en mesure de le prêcher aux autres de façon efficace parce que sa vie et son message ne faisaient qu’un. Il est certain qu’il ne mâchait pas ses mots. Jean le Baptiste brise le silence du désert avec son cri: « Repentez-vous car le royaume des cieux est proche. » Pas seulement « repentez-vous », changer la façon dont nous vivons, mais se repentir et se préparer à la venue du royaume des cieux qui va bouleverser notre confort et notre petite sécurité en renversant tout ce que nous essayons de garder en place. La joie et le défi de l’Avent c’est qu’en Jésus-Christ, Dieu vient parmi nous, nos douleurs et notre désir de Dieu seront alors apaisés. Mais ce Dieu qui vient est préoccupant.

Il n’y avait rien de politiquement correct dans le message du Baptiste. Il est allé droit au but et a dit ce qui devait être dit. Il a dit aux premières personnes qui venaient à lui de partager. Il a dit aux percepteurs de taxe d’être justes. Il a dit aux soldats de faire la paix.

Le Baptiste a enseigné aux gens de son temps et à ceux de notre temps que le Messie vient nous sauver des puissances de la duplicité, du désespoir, des ténèbres et de la mort, pour nous remettre sur le chemin de la paix et de la réconciliation afin que nous puissions trouver notre chemin du retour vers Dieu. La vie et la mission de Jean le Baptiste nous rappellent à quel point nous avons besoin d’un Sauveur pour nous sauver, afin que nous puissions devenir tout ce que nous sommes appelés à être et faire tout ce que nous avons à faire pour vivre dans la Lumière. Trop souvent nous ne parvenons pas à reconnaître celui parmi nous qui est notre Chemin, notre Vérité et notre Vie. C’est là le cœur de l’Avent: trouver le chemin du retour vers Dieu.

La transformation de nos déserts

L’Avent est un mystère qui ne fait pas que nous informer, il nous transforme. L’Avent reste avec son paradoxe d’attente et d’empressement, de souffrance et de joie, du jugement et de délivrance, du malheur apocalyptique et d’espérance eschatologique. Malheureusement pour notre culture de gratification instantanée, l’espérance exige l’incomplétude. Espérer, dans le véritable sens de l’Avent, c’est vivre avec la certitude du désir inassouvi.

Le Dieu qui était un ingénieur des ponts et chaussées, traçant de nouvelles routes à travers le désert, un jardinier qui transforme des déserts en parterres de fleurs, est désormais l’artiste qui peint un nouveau point de vue de la promesse messianique de l’espérance. Espérer en Dieu ne peut se faire de manière immobile, parce que, comme Isaïe nous le rappelle, nous espérons en un Dieu qui est constamment en train de réaliser du nouveau. Est-ce que notre espérance en Dieu est ferme, même dans la situation de chaos et de confusion de notre vie ? Comment pouvons-nous vivre avec la Parole de Dieu ? Comment pouvons-nous vivre avec le silence de Dieu ?

L’Avent nous enseigne que nos cœurs sont en silence depuis trop longtemps, nous allons découvrir le Dieu qui sculpte encore des autoroutes et transforme les lieux déserts de nos vies en oasis d’émerveillement, de vie, de beauté, même si rien ne sera semblable à ce que nous nous attendions. La nature à l’état sauvage ne peut être transformée qu’avec de l’eau. Tout au long de l’Ancien Testament, Dieu est présenté comme celui qui accorde ou refuse l’eau – une image facilement comprise par les gens pour qui l’eau est une denrée précieuse et contrôlée. Peu d’entre nous en Occident avons une idée de ce qu’est la sécheresse. L’eau courante de nos maisons nous prive d’une image de Dieu: celui sur lequel notre existence même dépend, comme l’électricité nous trompe en pensant que nous contrôlons l’obscurité. Ensemble, ils nous volent des expériences quotidiennes qui pourraient donner vitalité à l’invitation de l’Avent à revisiter notre dépendance à Dieu, notre désir de Dieu et découvrir à travers la nuit d’attente que Dieu vient vraiment.

Le message de l’Avent n’est pas que tout tombe en morceaux ni que Dieu est dans les cieux et donc tout est bien comme dans le meilleur des mondes. Le message de l’Avent est que lorsque toutes les vérités morales sont désarçonnées, quand tout va mal sur terre, nous entendons à nouveau le message réconfortant de Jean-Baptiste: « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies; et tout homme verra le salut de Dieu. »

Pourtant, même avec la naissance de Jésus, nous apprenons que Jérusalem et Israël attendent toujours leur rachat. Le monde attend toujours sa liberté de la faim, de la guerre, de l’oppression, de la violence, de la persécution et de la souffrance. Nous attendons tous notre rédemption. L’Avent nous invite à examiner nos manières d’attendre, nos manières de désirer Dieu, et nos manières de l’espérer. Quelle est la source de notre espérance de l’Avent ?

La vie de Jean le Baptiste peut se résumer à l’image d’un doigt pointé vers celui qui venait: Jésus-Christ. Si nous voulons assumer le rôle de Jean de préparer le chemin dans le monde d’aujourd’hui, nos vies deviendront aussi les doigts des témoins vivants qui démontrent que Jésus peut être trouvé et qu’il est proche. Jésus est l’accomplissement de nos désirs, notre espérance et notre attente. Jésus seul peut transformer les déserts de nos vies en jardins remplis de beauté et de nourriture pour le monde. Viens Seigneur Jésus ! Nous avons besoin de Toi maintenant plus que jamais !

 

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Ceux qui veillent dans l’attente du Christ

Premier dimanche de l’Avent, Année C – 2 décembre 2018

Jérémie 33,14-16
1 Thessaloniciens 3,12-4,2
Luc 21,25-28.34-36

Nous avons parfois l’impression que le monde s’écroule autour de nous. Nos problèmes nous paraissent insurmontables. Lorsque je me trouve dans cet était, je me remémore avec gratitude des paroles des héros de la Révolution de velours qui ont contribué à la chute du communisme, à la fin des années quatre-vingts. Je chéris les paroles d’espérance de l’ancien président tchèque Vaclav Havel durant son emprisonnement.

Ces paroles ont capté l’imaginaire de tant de gens alors qu’ils étaient enfin témoins de la dissolution du régime communiste :

L’Espoir est totalement distinct de l’optimisme. Ce n’est pas la conviction qu’une chose aura une issue favorable, mais la certitude que cette chose a un sens, quoi qu’il advienne. En somme, je pense que l’espoir, dans son sens fort profond, est la seule chose qui puisse nous garder la tête hors de l’eau et nous inciter à accomplir de bonnes œuvres. Puis elle est la seule véritable source de cette dimension étonnante de l’esprit humain et ses efforts surgissent comme s’ils étaient « d’ailleurs ».

Je m’intéresse également aux sections des vertus théologales du Catéchisme de l’Église Catholique particulièrement les paragraphes sur l’espérance. J’ai été particulièrement touché par les pensées énoncées au nº 1818 du Catéchisme :

La vertu d’espérance répond à l’aspiration au bonheur placée par Dieu dans le cœur de tout homme ; elle assume les espoirs qui inspirent les activités des hommes; elle les purifie pour les ordonner au Royaume des cieux; elle protège du découragement; elle soutient en tout délaissement ; elle dilate le cœur dans l’attente de la béatitude éternelle. L’élan de l’espérance préserve de l’égoïsme et conduit au bonheur de la charité.

Les adeptes au quotidien de Jésus

De telles réflexions sont importantes pour nous cette année alors que nous entamons la saison de l’Avent avec grand éclat par l’extrait de Luc sur la fin des temps. Dans l’Évangile d’aujourd’hui (21,25-28; 34-36) nous pouvons voir, entendre et ressentir le discours eschatologique de Marc 13. La véritable destruction de Jérusalem par les Romains en 70 av. J.-C. vers laquelle se retourne Luc et sa communauté (Lc 21,20-24) leur offre un certain confort, car l’annonce de la rédemption finale sera réalisée tout comme la prédiction de Jésus de la destruction de Jérusalem (21,27 -28).

Luc l’évangéliste a apporté des changements importants aux descriptions de la fin des temps de Marc. Luc maintient les premières prédictions de la fin des temps, mais se faisant avec une attention particulière à travers l’Évangile sur l’adhésion quotidienne à Jésus et la réinterprétation du sens attribué à certains signes de la fin des temps dans Marc 13, il se réconcilie avec la situation qui semblait être le retard de la Parousia (deuxième avènement) à la communauté chrétienne des origines. En ce qui concerne la persécution des disciples (21,12-19) et la destruction de Jérusalem (21,20-24), Luc souligne les signes eschatologiques déjà accomplis.

L’essentiel du message du Christianisme ne réside pas dans la connaissance de tous les détails de la fin du monde. En fait, il y a très peu de détails précis sur l’avenir dans les prédications de Jésus sauf le fait que Dieu atteindra son but ultime et il le fera par Jésus. Lorsque mes étudiants me posaient des questions au sujet du deuxième avènement, je leur disais toujours que je m’attendais à une grande surprise comme l’était le premier. Mais cela se trouve entre les mains de Dieu. Il fera advenir son Royaume et c’est bien ce qui importe.

Irréprochable dans la sainteté

Dans la deuxième lecture de la première lettre de Saint-Paul aux Thessaloniciens (3,12-4,2), nous observons Paul, quelque 20 ans après la mort et la résurrection de Jésus, qui tente de renforcer les convictions de ses convertis Thessaloniciens envers leur nouvelle foi. Pour Paul, la Parousia ou le second avènement est essentiel au message chrétien. Sans cette venue, le récit du salut demeurerait incomplet. Paul croyait que la Parousie était imminente, mais elle nécessitait une préparation. Paul a demandé deux choses : (1) une augmentation de l’amour mutuel et universel et (2) l’accomplissement de l’objectif chrétien. Ce but étant la sainteté par l’expression d’un intérêt par amour l’un pour l’autre. Cette sainteté peut-être atteinte par des gestes ordinaires de bonté, de gentillesse, de charité et d’espérance posés au quotidien.

Les œuvres de l’Avent

L’Avent nous secoue et nous tire de notre torpeur. Quels sont les œuvres que chacun de nous devons accomplir cette année ? Nous sommes invités à préparer nos cœurs et nos vies à l’avènement dans sa grandeur sublime dans la chair. Qu’attendons-nous de la vie ? Pour quelles vertus ou quels dons prions-nous cette année ? Quels biens matériels tentons-nous d’obtenir ? Les personnes, les qualités, les choses espérées nous offrent un bon aperçu de notre personne. L’Avent, à l’opposé d’un temps de pénitence ou d’un temps de désespoir, est plutôt un temps pour se réjouir dans l’espérance, dans une attente patiente. Dieu sait que nous sommes un peuple et des individus impatients. Néanmoins, la patience est une sainte vertu pour laquelle nous devons prier durant l’Avent.

Il y a très longtemps St-Cyrille de Jérusalem soutenait que tout au sujet de Jésus était présenté sous deux dimensions.

Il y a en lui deux naissances, l’une par laquelle il naît de Dieu avant tous les siècles, et l’autre par laquelle il naît d’une vierge au centre des siècles. Il y a deux avènements, l’un obscur, par lesquels il descend comme la rosée sur une toison, l’autre éclatant, celui de la fin des temps. Dans le premier il apparaît revêtu de langes, dans une crèche, dans l’autre il apparaît vêtu de splendeur. Dans le premier, il s’est laissé juger, et quand on le condamnait, qu’on le condamnait à mourir sur la croix, il se taisait : et dans le second il viendra pour juger. Ainsi, ne nous arrêtons pas à son premier avènement, mais réjouissons-nous du second. Nous l’avons acclamé à son premier avènement en disant : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. » Et nous devrons l’acclamer de façon similaire à son second avènement pour que nous puissions nous prosterner devant lui en nous exclamant : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. »

En tant que chrétiens, nous proclamons l’avènement du Christ, non seulement le premier avènement, mais également le second qui sera encore plus glorieux. Le premier a eu lieu sous la symbolique d’une patiente souffrance contrairement au second où le Christ sera couronné du royaume de Dieu. L’Avent nous enseigne qu’il y a deux façons d’aborder l’histoire: la première est sociologique et la deuxième est religieuse. La première, chronos, est à la fois damnée et cyclique. La deuxième, kairos, est racheté de Dieu en Jésus-Christ et devient ainsi l’anticipation de la providence et du sacrement.

Permettez-moi de conclure avec quelques réflexions sur l’espérance alors que nous entamons ce temps de l’Avent avec ce patient désir et cette joyeuse attente de Jésus notre Seigneur. Premièrement, ce remarquable extrait tiré des sermons paroissiaux du bienheureux Cardinal John Henry Newman :

Il veille dans l’attente du Christ, celui qui a un cœur sensible, ouvert et accueillant, qui est éveillé, prompt, intuitif, qui se tient aux aguets, ardent à le chercher et à l’honorer. Il veille dans l’attente du Christ celui qui l’attend dans tout ce qui arrive, et qui ne serait ni surpris, ni décontenancé, ni bouleversé s’il était mis tout à coup devant le fait soudain de sa venue […] Et il veille avec le Christ celui qui, en regardant vers l’avenir, ne néglige pas le passé et ne se borne pas à contempler ce que son Sauveur lui a acquis, au point d’oublier ce qu’il a souffert pour lui. Il veille dans le désir de son second avènement et dans les souvenirs affectueux et reconnaissants de sa première venue.

Enfin, je vous fais part de cette émouvante réflexion sur l’espérance du regretté père américain James Keller, fondateur des « Christophers » :

L’espérance recherche la part de bien qui est en chaque individu plutôt que de s’acharner sur le mauvais.
L’espérance dévoile ce qui peut être fait plutôt que de s’attarder à ce qui ne peut l’être.
L’espérance puise sa force d’une profonde confiance en Dieu et la bonté humaine.
L’espérance « allume une bougie » au lieu de « maudire l’obscurité ».
L’espérance considère les problèmes, qu’ils soient grands ou petits, comme de grandes occasions.
L’espérance ne cultive aucune illusion, et ne se soumet pas au cynisme.
L’espérance fixe d’importants objectifs, mais ne se mécontente point face aux multiples difficultés ou déboires.
L’espérance fonce dans les moments où l’abandon semble être la seule issue.
L’espérance supporte les victoires modestes puisque « toute longue épreuve débute par la première étape ».
L’espérance subit les malentendus au service du bien de tous.
L’espérance est bonne perdante, car elle a la certitude divine d’une victoire finale.