Les voies du désert…

Premier dimanche du Carême, Année B – 18 février 2018

Est-ce qu’il y a vraiment quelqu’un qui attend le carême avec impatience? Qu’est-ce qui nous attire dans le carême? Quels aspects de cette démarche nous mettent à l’épreuve? Pour nous aider, les textes de l’Écriture de ce temps liturgique ont été soigneusement choisis pour rejouer l’histoire du salut sous nos yeux.

Nous commençons avec Jésus dans le désert… l’Évangile du premier dimanche de carême. Le désert, le soleil et les affres de la faim et de la soif conjurent le démon sur Lui. Marc présente Jésus aux prises avec le pouvoir de Satan, seul et silencieux dans le désert. La tentation de Jésus au désert mentionnée dans Marc ne parle pas des trois tentations ni du fait que Jésus aurait jeûné. Pour Marc, la tentation de Jésus s’inscrit dans la lutte entre le bien et le mal, entre Dieu et Satan.

L’expérience de Jésus au désert soulève pour nous d’importantes questions. Quelles sont certaines expériences de «désert» dans ma vie? Quel désert suis-je en train de traverser en ce moment? Comment vivre à travers mes propres déserts? Quand et comment puis-je trouver des moments de réflexion et de contemplation au cœur d’une vie qui va trop vite? Ai-je été courageux et persistant dans ma lutte contre les démons? Comment ai-je résisté à transformer mes déserts en zones de vie et de joie?

Dans Matthieu et Luc, le prince du mal tente de détourner Jésus de la Foi et de l’intégrité au cœur de sa mission messianique. Mais si Israël a échoué dans le désert, Jésus n’échoua pas. Son lien avec son Père était trop fort pour que les démons puissent le briser.

Dans la première tentation au désert, Jésus résiste au mal, non pas en niant la dépendance de l’homme à l’égard de la nourriture, mais plutôt en mettant la vie humaine et sa finalité en perspective. Ceux qui suivent Jésus ne peuvent pas devenir dépendant des choses de ce monde. Quand nous sommes plus dépendants des choses matérielles que de Dieu, nous cédons à la tentation et au péché.

La deuxième tentation porte sur l’adoration du diable plutôt que de Dieu. Jésus rappelle une fois encore que Dieu est plus fort que le mal. Ceci est important à entendre pour nous, surtout lorsque nos tentations semblent nous dominer, quand tout autour de nous semble indiquer l’échec, l’ombre, l’obscurité et le mal. En fin de compte, c’est Dieu qui est en charge de notre destinée.

Dans la troisième tentation, le diable demande une révélation ou une manifestation de l’amour de Dieu pour Jésus. Jésus lui répond en disant qu’il n’avait à prouver à personne que Dieu l’aimait.

La tentation est tout ce qui nous rend petit, laid et méchant. La tentation utilise les stratégies les plus rusées que le mal puisse imaginer. Plus le diable nous contrôle, moins nous voulons reconnaître qu’il se bat pour dominer chaque millimètre de cette Terre. Jésus ne l’a pas laissé s’en tirer comme ça. Au tout début de sa campagne pour ce monde et pour chacun de nous, Jésus s’est ouvertement confronté à l’ennemi. Il a commencé sa lutte en utilisant le pouvoir de l’Écriture pendant une nuit de doute, de confusion et de tentation. Nous ne devons jamais oublier l’exemple de Jésus, ainsi nous ne serons jamais séduits pas les tromperies du diable.

De Jésus nous apprenons que Dieu est présent et qu’il nous soutient au milieu de l’épreuve, de la tentation et même du péché. Nous nous rendons compte que nous devons avoir un espace spirituel dans nos vies où nous pouvons nous dépouiller de ce qui est faux et qui s’accroche à nous et ainsi respirer de la vie nouvelle et repartir de nouveau. Nous en venons à croire que Dieu peut prendre notre espérance asséchée pour la rendre florissante. Tels sont les enseignements du désert. C’est pourquoi nous avons besoin, même dans les activités de la vie quotidienne, de moments de prière, de silence et d’écoute de la voix de Dieu.

Nous rencontrons Dieu au milieu des déserts de notre péché, de l’égoïsme, de la jalousie, de l’efficacité, de l’isolement, du cynisme et du désespoir. Et en plein milieu du désert nous entendons ce que Dieu fera si nous lui ouvrons nos cœurs et si nous le suivons pour rendre notre propre désert fleurissant. Les voies du désert étaient profondément ancrées dans le cœur de Jésus, et cela doit être de même pour tous ceux et celles qui le suivent.

Il a fallu quarante jours

Réflexion biblique pour le Mercredi des cendres – 14 février 2018

L’Église entreprend aujourd’hui sa grande aventure du Carême avec Jésus sur la route vers Jérusalem. Pendant des siècles, le Carême a été un parcours spirituel intense pour ceux qui suivaient Jésus le Christ. Pourquoi le Carême comporte-t-il quarante jours? Il a fallu quarante jours pour que le péché soit noyé dans le déluge avant qu’une nouvelle création puisse hériter de la terre. Il a fallu quarante années pour que meure la génération d’esclaves avant que celle, née dans la liberté, puisse entrer en terre promise. Moïse, Éli et Jésus ont jeûné et prié pendant quarante jours pour se préparer à l’œuvre de leur vie.

Le Carême nous invite à nous détourner de nous-mêmes et de notre péché et à former communauté. Nous exprimons notre repentance par l’abnégation, qui est triple selon l’évangéliste Matthieu. Nous prions : « Retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton Père. » Nous jeûnons : « Que ton jeûne ne soit pas connu des hommes, mais seulement de ton Père. » Nous faisons l’aumône : « Que ton aumône reste dans le secret; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra. » À travers l’exercice de prière, de jeûne et d’aumône du Carême, nous faisons le grand ménage du printemps dans nos vies, nous aiguisons nos sens, nous remettons le lendemain à sa place et nous chérissons l’aujourd’hui.

L’une des pratiques du Carême la plus sujette à la mésinterprétation est celle du jeûne. Jeûner est devenu une pratique ambiguë de nos jours. Dans l’Antiquité, on ne connaissait que le jeûne religieux; aujourd’hui, il existe un jeûne politique et social (les grèves de la faim), un jeûne pour des raisons de santé ou d’idéologie (le végétarisme), un jeûne pathologique (l’anorexie), un jeûne esthétique (le culte du corps – croire que la minceur vaut mieux). Par-dessus tout, il y a un jeûne imposé par la nécessité : celui de millions d’êtres humains qui n’ont pas l’indispensable minimum et meurent de faim.

Ces jeûnes en eux-mêmes ne portent aucune considération religieuse et esthétique. Dans le jeûne pour raisons esthétiques, on peut même parfois « mortifier » le vice de gloutonnerie pour mieux s’adonner à un autre vice capital, celui de l’orgueil ou de la vanité. Jeûner est en soi une chose bonne et recommandable; cela traduit quelques attitudes religieuses fondamentales : la révérence devant Dieu, la reconnaissance de ses péchés, la résistance aux désirs de la chair, le souci des pauvres et la solidarité à leur égard… Cependant, comme en toutes choses humaines, le jeûne peut verser dans la « présomption de la chair ». Souvenez-vous les paroles du pharisien au Temple : « Je jeûne deux fois par semaine » (Luc 18, 12).

Le Carême est un temps pour découvrir les justifications derrière les pratiques pieuses, l’ascèse et les dévotions de notre tradition chrétienne catholique. Qu’avons-nous fait de la pratique fondamentale du jeûne du Carême? Si Jésus était ici pour parler à ses disciples d’aujourd’hui, sur quoi mettrait-il l’accent? Nous considérons comme plus important le besoin de « partager le pain avec les affamés et vêtir ceux qui sont nus »; en fait, nous avons honte de qualifier de « jeûne » ce qui serait pour nous le sommet de l’austérité – se contenter de pain et d’eau – et qui est pour des millions de gens un luxe extraordinaire, spécialement si c’est du pain frais et de l’eau pure.

Dans son message pour le Carême en 2009, le pape Benoît XVI a écrit :

« En même temps, le jeûne nous aide à prendre conscience de la situation dans laquelle vivent tant de nos frères. Dans sa Première Lettre, saint Jean met en garde : « Si quelqu’un possède des richesses de ce monde et, voyant son frère dans la nécessité, lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui? » (1 Jean 3,17). Jeûner volontairement nous aide à suivre l’exemple du Bon Samaritain, qui se penche et va au secours du frère qui souffre (cf. Deus caritas est, 15). En choisissant librement de se priver de quelque chose pour aider les autres, nous montrons de manière concrète que le prochain en difficulté ne nous est pas étranger. C’est précisément pour maintenir vivante cette attitude d’accueil et d’attention à l’égard de nos frères que j’encourage les paroisses et toutes les communautés à intensifier pendant le Carême la pratique du jeûne personnel et communautaire, en cultivant aussi l’écoute de la Parole de Dieu, la prière et l’aumône. Ceci a été, dès le début, une caractéristique de la vie des communautés chrétiennes où se faisaient des collectes spéciales (cf. 2 Cor 8-9; Rm 15, 25-27), tandis que les fidèles étaient invités à donner aux pauvres ce qui, grâce au jeûne, avait été mis à part (cf. Didascalie Ap., V, 20,18). Même aujourd’hui, une telle pratique doit être redécouverte et encouragée, surtout pendant le temps liturgique du Carême. »

Jeûner nous aide à ne pas être réduits à l’état de simples « consommateurs »; cela nous aide à acquérir le précieux « fruit de l’Esprit qu’est la maîtrise de soi; cela nous prédispose à la rencontre avec Dieu. Nous devons nous vider de nous-mêmes afin d’être empli de Dieu. Jeûner crée une authentique solidarité avec les millions de personnes affamées à travers le monde. Cependant, nous ne devons pas oublier qu’il y a des formes alternatives de jeûne et d’abstinence de nourriture. Nous pouvons jeûner de fumer et de boire. Cela bénéficie non seulement à l’âme, mais aussi au corps. Il y a le jeûne d’images de violence et de sexualité avec lesquelles la télévision, les films, les magazines et l’Internet nous bombardent quotidiennement et distordent la dignité humaine. Il y a le jeûne de la condamnation et du rejet des autres – une pratique si répandue dans l’Église aujourd’hui.

« C’est maintenant le moment favorable! C’est maintenant le jour du salut! » (2 Corinthiens 6, 2). Nous avons besoin du Carême pour reconnaître que notre identité et notre mission sont enracinées dans la mort et la résurrection de Jésus. La prière, le jeûne et l’aumône sont les piliers de l’aventure du Carême pour les chrétiens.

Le Carême est un temps pour jeûner de certaines choses, mais aussi un temps pour en célébrer d’autres. Jeûnez du mécontentement, de la colère, de l’amertume, du souci de soi, du découragement, de la paresse, de la suspicion, de la culpabilité. Célébrez la reconnaissance, la patience, le pardon, la compassion envers autrui, l’espoir, l’engagement, la vérité et la miséricorde de Dieu. Le Carême est pour cela: pour jeûner et pour célébrer!

Ne craignons pas les sépulcres de cette Terre

Sixième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 11 février 2018

La première lecture, tirée du livre du Lévitique 13, 1-2.44-46 pour le sixième dimanche du temps ordinaire (Année B) esquisse les dures lois pour les personnes atteintes d’une maladie de la peau habituellement désignée, avec justesse ou non, comme une forme de lèpre. À travers l’histoire, peu de maladies ont été aussi craintes que cette horrible affliction connue sous le nom de lèpre. Elle était si grave et si répandue à l’époque des peuples de l’Antiquité que Dieu donna à Moïse moult instructions détaillées pour y faire face, comme le démontrent les chapitres 13 et 14 du livre du Lévitique. La croyance voulant que seul Dieu pouvait guérir la lèpre est une clé de lecture pour comprendre le miracle présenté aujourd’hui, miracle qui prouve l’identité de Jésus.

Dans la Bible, la lèpre apparaît sous deux formes principales. Les deux commencent par la décoloration d’une plaque de peau. La maladie devient systémique et implique les organes internes de même que la peau. La déformation des mains et des pieds se produit lorsque les tissus entre les os se détériorent et disparaissent.

À l’époque de Jésus, les lépreux étaient forcés de vivre à l’extérieur de la communauté, séparés de la famille et des amis; ils sont donc privés de toute forme d’interaction humaine. Nous lisons dans le Lévitique 13, 45-46 que les lépreux devaient porter des vêtements déchirés, laisser leurs cheveux en désordre et vivre à l’extérieur du camp. Ces sans-abris devaient crier « Impur! Impur! » lorsque une personne qui n’était pas atteinte de la lèpre s’approchait d’eux. Les lépreux souffraient autant de la maladie que de l’ostracisme de la société. Au final, ces deux réalités détruisaient la vie de leurs victimes. On pourrait effectivement se demander lequel des deux maux est le pire : l’ostracisme social vécu ou les lésions épidermiques dévastatrices.

Le passage dans Marc 1, 40 nous informe que le lépreux surgit abruptement devant Jésus : «  il tombe à genoux et le supplie ». La nouvelle des pouvoirs miraculeux de Jésus s’était répandue, même jusqu’aux lépreux vilipendés et proscrits. « Si tu le veux, tu peux me purifier », dit-il à Jésus. Juste en s’approchant de Jésus, le lépreux avait déjà violé le code lévitique. En disant, « Si tu le veux, tu peux me purifier », le lépreux non seulement indiquait sa foi absolue dans l’habilité de Jésus à le purifier de sa maladie, mais en plus il mettait Jésus au défi d’agir. Dans le monde méditerranéen ancien, toucher un lépreux était un geste radical. En touchant le proscrit vilipendé, Jésus défiait ouvertement la loi lévitique. Seul un prêtre pouvait déclarer qu’une personne était guérie de cette maladie de la peau. Comme le requérait la loi ancienne, Jésus a envoyé l’homme à un prêtre pour vérification. Même si Jésus lui avait demandé de ne parler à personne de ce grand miracle, l’homme partit l’annoncer à tout le monde.

Ma rencontre avec des lépreux

Je n’avais jamais rencontré de lépreux jusqu’à ce que j’entreprenne mes études de cycle supérieur en Écritures saintes en Terre sainte. En 1992, j’ai été invité par les Sœurs du Sacré-Cœur à quitter Jérusalem pour les accompagner en Égypte où j’enseignerais et je prêcherais les Écritures pendant quelques semaines – d’abord au Caire, puis en descendant (ou en remontant!) le Nil jusqu’en Haute-Égypte. Nous avons visité plusieurs villages chrétiens très pauvres où les Sœurs et d’autres religieuses travaillaient parmi les plus pauvres d’entre les pauvres. Ce voyage demeure gravé dans ma mémoire à cause des religieuses remarquables que j’ai rencontrées en chemin et à cause de l’horrible situation de souffrance humaine dont nous avons été témoins.

Lorsque nous sommes arrivés dans l’un des villages égyptiens le long du Nil, l’une des Sœurs m’a conduit loin de la partie centrale de la ville vers un lieu où des lépreux et des personnes lourdement handicapées étaient gardées enchaînées dans des endroits souterrains, cachés de la civilisation. C’était comme entrer dans le tombeau de morts-vivants. Leur sort était pire que celui d’animaux. La puanteur était insupportable, la misère choquante, la souffrance incroyable.

Je suis descendu dans quelques taudis, j’ai béni quelques personnes avec mes maigres connaissances en arabe et j’ai dit des prières pour chaque personne. La Sœur qui m’accompagnait m’a dit : « Touchez-les tout simplement. Vous n’avez aucune idée de ce que le toucher signifie étant donné qu’ils sont gardés comme des animaux et des monstres. »

J’ai posé mes mains sur plusieurs de ces femmes et hommes et j’ai touché leurs visages et leurs corps défigurés. Ces femmes et ces hommes et plusieurs enfants hurlèrent au début, puis se mirent à pleurer ouvertement. Les larmes coulaient sur mon visage. Ils cherchaient à m’étreindre et à m’embrasser. Puis nous avons tous partagé des bouteilles de Coca-Cola! Ces journées inoubliables, au plus profond de l’Égypte, m’ont appris ce que devaient être la condition sociale et physique des lépreux au temps de Jésus. Il n’y avait pas tellement de différences entre alors et maintenant.

Lisant l’histoire de Jésus parmi les bannis, rappelons-nous avec reconnaissance les vies de trois personnes remarquables dans notre tradition catholique qui ont travaillé avec les lépreux et ont osé toucher, embrasser ceux qui étaient affligés de cette maladie débilitante.

Premièrement, saint Joseph de Veuster (connu sous le nom de père Damien de Molokaï), né en Belgique en 1840, est entré dans la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie à l’âge de 20 ans et a été envoyé en mission dans les îles Hawaï. Après neuf années de travail sacerdotal, il obtient la permission en 1873 d’œuvrer parmi les lépreux abandonnés sur Molokaï. Avec le saint père Damien, prions pour que nous ne craignions pas les sépulcres de cette terre. Il est descendu dans la colonie de lépreux de Molokaï – considérée alors comme « le cimetière et l’enfer des vivants » – et, dès son premier sermon, a embrassé toutes ces personnes infortunées, leur disant simplement : « Nous autres lépreux ». À la première personne malade qui lui a dit : « Prenez garde, père, vous pourriez contracter la maladie », il a répondu : «  Je m’appartiens; si la maladie m’enlève mon corps, Dieu m’en donnera un autre. »

Devenu lui-même lépreux en 1885, il meurt en avril 1889, victime de sa charité envers autrui. En 1994, le père Damien a été béatifié par le pape Jean-Paul II et canonisé par Benoît XVI le 11 octobre 2009.

Deuxièmement, la Sainte sœur Marianne Cope (1838-1918), la « Mère des lépreux » de Molokaï. Dans les années 1880, sœur Marianne, à titre de supérieure de sa congrégation des Sœurs de saint François à Syracuse, répond à un appel à l’aide pour soigner les lépreux sur l’île de Molokaï. Elle travaille avec le père Damien et avec les proscrits de la société, puisqu’ils ont été abandonnés sur les rives de l’île, condamnés à ne jamais revoir leurs familles.

À la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, environ 10 p. cent des Hansenites (nom donné aux personnes diagnostiquées avec la maladie de Hansen, également connue sous le nom de « lèpre ») sur Molokaï et la péninsule de Kalaupapa étaient bouddhistes. Plusieurs pratiquaient la religion autochtone indigène des îles polynésiennes. Quelques uns étaient protestants et d’autres étaient catholiques. Sœur Marianne les aimait tous et faisait preuve de compassion altruiste envers tous ceux qui souffraient de la maladie de Hansen. Les insulaires de toutes les religions honorent et vénèrent encore père Damien et mère Marianne qui ont apporté la guérison du corps et de l’âme.

Finalement, rappelons-nous avec reconnaissance la Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997) qui n’a jamais craint de regarder ni de toucher la face de Jésus dans le pénible déguisement des plus pauvres d’entre les pauvres. Mère Teresa a écrit :

« La plénitude de notre cœur devient visible par nos actions : par la façon dont je me comporte avec ce lépreux, par la façon dont je me comporte avec cette personne mourante, par la façon dont je me comporte avec cet itinérant. Parfois, il est plus difficile de travailler avec des indigents qu’avec les mourants dans nos hospices, car ces dernières sont en paix, ils attendent d’aller à Dieu sous peu. On peut s’approcher d’un malade, d’un lépreux et être convaincu qu’on est en train de toucher au corps du Christ. Mais lorsque il s’agit d’une personne ivre qui hurle, c’est plus difficile de penser que on est face-à-face avec Jésus caché en elle. Combien pures et aimantes nos mains doivent-elles être pour pouvoir démontrer de la compassion pour ces êtres! »

« Pour parvenir à voir Jésus dans la personne la plus dépouillée spirituellement, il faut un cœur pur. Plus l’image de Dieu est défigurée en une personne, plus grandes doivent être notre foi et notre vénération pour chercher le visage de Jésus et pour exercer notre ministère d’amour pour Lui… »

La plupart des gens ne rencontreront jamais de lépreux, ni ne comprendront ce que signifie être totalement ostracisé par la société. Mais il y a d’autres formes de lèpre de nos jours qui détruisent les êtres humains, tuent leur espérance et leur esprit et les isolent de la société. Qui sont les lépreux modernes de nos vies, ceux qui souffrent de maladies physiques qui stigmatisent et isolent, qui font fuir les autres et coupent les malades de la terre des vivants? Quelles sont les conditions sociales d’aujourd’hui qui forcent les gens à devenir des morts-vivants, les reléguant à des cimetières et à des cachots souterrains, à une profonde indignité, pauvreté, désespoir, isolement, violence, tristesse, dépression, itinérance, dépendance et maladie mentale?

Ne craignons pas les sépulcres de cette terre. Entrons dans ces taudis et apportons une parole de consolation et un geste de guérison envers autrui. Comme le dit Teresa de Calcutta : « agissons avec le sentiment d’une profonde gratitude et avec piété. Notre amour et notre joie à servir doivent être proportionnels au degré de répugnance que nous inspire notre tâche. »

[Les lectures pour ce dimanche sont : Lévitique 13, 1-2.44-46 ; I Corinthiens 10, 31 à 11,1 et Marc 1, 40-45.]

« Prendre Jésus dans nos bras…»


Malachie 3,1-4

Hébreux 2, 14-18
Luc 2, 22-40

C’est en 1997 que saint Jean-Paul II a fait coïncider la journée mondiale de la vie consacrée avec la Fête de la Présentation de l’Enfant Jésus au Temple de Jérusalem (2 février). Le Pape a donné trois raisons justifiant le choix du 2 février comme journée dédiée aux hommes et femmes consacrés. D’abord, pour rendre grâce à Dieu pour ce don de la vie consacrée. Deuxièmement, pour en faire la promotion et manifester l’appréciation de tout le Peuple de Dieu envers ces hommes et femmes. Troisièmement, afin d’inviter tous ceux qui ont dédié leur vie à la cause de l’Évangile à célébrer les merveilles que le Seigneur accomplit à travers eux.

Les lectures spéciales de cette fête sont (Ml 3,1-4; Ps 24, 14-18; Hb 2, 14-18; Luc 2, 22-40).

Le contexte biblique

Selon la loi mosaïque (Lv 12, 2-8), une femme qui donnait naissance à un garçon était, pour des raisons légales liées à l’impureté, proscrite de toucher quoi que ce soit de sacré ou d’entrer dans la zone entourant le temple et ce, pendant quarante jours. À la fin de cette période, la nouvelle mère devait offrir un agneau d’un an, une colombe ou un pigeon en holocauste pour l’expiation des péchés. La femme qui ne pouvait se permettre de donner un agneau offrait deux colombes ou deux jeunes pigeons, ce que firent Marie et Joseph dans l’Évangile de ce dimanche. Ils emmenèrent donc Jésus à Jérusalem pour le présenter au Seigneur (Luc 2, 7). Il fut consacré au Seigneur tel que la loi le prescrivait (Exode 13, 2, 12), mais il n’y avait aucune prescription affirmant que cela devait se faire au Temple. Le concept de la présentation au Temple trouve probablement ses origines au premier livre de Samuel (1 Sam 1, 24-28), où Anne offre l’enfant Samuel pour le service du Sanctuaire. La loi stipulait également (Nombre, 3, 47-48) que le fils premier-né devait être sauvé par les parents par l’entremise d’une offrande de cinq Shekels à un membre d’une famille sacerdotale. Luc ne fait cependant pas mention de cette prescription légale. [Read more…]

Guérir les fièvres de la vie

Cinquième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 4 février 2018

La pièce maîtresse des ruines de pierre du village de Capharnaüm sur la rive nord-ouest de la mer de Galilée est l’église octogonale noire du Panis Vitae (le Pain de Vie), construite directement au-dessus de ce qu’on croit être la maison de Simon-Pierre. Voilà le décor du récit de l’évangile de cette fin de semaine-ci (Marc 1, 29-39). L’un de mes mentors et professeurs, feu le père passioniste Carroll Stuhlmueller, m’a dit un jour que la véritable pièce maîtresse de Capharnaüm devrait plutôt être une immense statue commémorative dédiée à toutes les belles-mères du monde!

Essayez pour un moment d’imaginer le contexte de cette journée dans la vie de Jésus. Le groupe nouvellement constitué de disciples qui avaient laissé leurs filets, leurs bateaux, leurs employés et même leur père pour suivre le Seigneur (Marc 1, 16-20), sont ravi en Sa présence. Les paroles et les gestes de Jésus dominent totalement le mal. Sa personnalité est tellement convaincante et tellement attirante. Quittant la synagogue où un esprit mauvais avait été vaincu, Jésus et ses disciples font à peine quelques pas avant de croiser sur leur chemin d’autres maux, ceux de la maladie, des préjugés et des tabous. Nous lisons : « la ville entière se pressait à la porte » (Marc 1, 33-34). Quelle agitation!

Dans l’évangile de Marc, la toute première guérison de Jésus implique une femme. Il s’approche de la belle-mère de Simon, « au lit avec de la fièvre ». Il la prend par la main et il la fait revenir à la santé (Marc 1, 31). De tels gestes étaient inacceptables de la part d’un homme – encore moins de la part de quelqu’un qui prétendait être une personnalité ou un chef religieux. Non seulement il touche la femme malade, mais en plus il permet ensuite à la femme de le servir, lui et ses disciples. À cause des strictes lois de pureté du temps, Jésus brise un tabou en la prenant par la main, en la ramenant à la santé et en lui permettant de le servir à table.

La réponse de la belle-mère de Pierre à sa guérison par Jésus est une attitude de disciple et d’humble service, un exemple que Jésus invitera régulièrement ses disciples à suivre tout au long de l’évangile et dont il fait la démonstration lui-même dans sa vie. Certains diront que le récit de l’évangile de cette fin de semaine-ci a pour but de nous rappeler que la place de cette femme, c’est d’être à la maison. Tel n’est pas le but de l’histoire. La réaction de la belle-mère contraste fortement avec celle de son gendre, Simon, qui attire l’attention de Jésus sur la foule qui réclame plus de guérisons (Marc 1, 37), mais qui ne fait rien lui-même à propos de tous ces gens..

Dans les récits de l’évangile de Marc concernant la pauvre veuve (Marc 12, 41-44), la femme à la pommade (Marc 14, 3-9), la femme au pied de la croix (Marc 15, 40-41) et les femmes au tombeau (Marc 16, 1), les femmes représentent la réponse correcte à l’invitation de Jésus à vivre en disciple. Elles contrastent fortement avec la grande insensibilité et incompréhension des disciples masculins. La présence de Jésus apporte intégrité, sainteté et dignité aux femmes. Combien souvent nos coutumes humaines préjudiciables empêchent les gens de vivre véritablement dans l’intégrité, la sainteté et la dignité?

Dans la lecture tirée de l’Ancien Testament (Job 7, 1-7), Job ne le sait pas encore, mais il fait partie d’un « test » conçu entre Satan et Dieu. Avant les versets lus ce dimanche-ci, Job a enduré d’immenses souffrances et pertes. Il sait que les explications théologiques peu profondes de ses amis ne sont pas les voies de Dieu; tout de même, il a de la peine à comprendre sa propre souffrance. Job se plaint du dur labeur, des nuits sans sommeil, d’une terrible maladie et de la brièveté de sa vie sans espoir. Pour Job, toute la vie est une terrible fièvre! Ne connaissons-nous pas souvent des moments « Job » dans nos propres vies, alors que nos fièvres se consument?

La guérison de la belle-mère de Simon proclame la puissance de Jésus pour guérir toutes sortes de fièvres. Vers l’an 400 av. J.-C., saint Jérôme prêchait l’évangile de ce dimanche-ci à Bethléem :

« Ô qu’il vienne et entre dans notre maison et qu’il guérisse la fièvre de nos péchés par son commandement! Car chacun et chacune de nous souffre de la fièvre. Lorsque je me mets en colère, je suis fiévreux. Autant de vices, autant de fièvres! Demandons aux apôtres de faire appel à Jésus pour qu’il vienne à nous et touche notre main, car s’il touche notre main, la fièvre s’envolera sur le champ. » (« Corpus Christianorum », LXXVIII 468)

Avec Jésus, la guérison de l’esprit et du corps devient un signe clair que le Royaume de Dieu est déjà présent. Guérisseuse, la Parole de puissance de Jésus atteint toute la personne : elle guérit le corps et, de façon plus importante, elle rétablit ceux qui souffrent dans une relation saine avec Dieu et avec la communauté.

Puissions-nous prier avec confiance les paroles du Cardinal John Henry Newman dans son Sermon sur la Sagesse et l’innocence : « Puisse-t-il nous soutenir tout au long du jour, jusqu’à ce que les ombres s’allongent, et que vienne le soir, et que soit étouffé le monde bruyant, et que soit partie la fièvre de la vie, et que soit terminé notre travail. Alors dans sa miséricorde, puisse-t-il nous donner un logement sûr et un saint repos et, à la fin, la paix. »

Finalement, il est important de reconnaître ce que Jésus a fait après qu’il eu guéri la femme dans l’histoire de ce dimanche-ci. Il a pris un temps à l’écart pour se fortifier par la prière. Faisons-nous de même au milieu des mondes occupés où nous vivons, au milieu des fièvres dévorantes de la vie, au milieu des fardeaux de notre travail quotidien?

Puisse ces premiers instants du ministère de Jésus dans l’évangile de Marc nous enseigner à reconnaître la bonté que Dieu apporte dans nos vies, mais aussi que cette bonté ne nous appartient pas. La puissance guérisseuse de Jésus est toujours à l’œuvre aujourd’hui – elle nous tend la main pour nous guérir et pour rendre à la vie.

Annoncer la Parole de Dieu avec autorité

Quatrième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 28 janvier 2018

Au début du récit de Marc à propos du Fils de Dieu, nous lisons le récit de vocation des premiers disciples (Marc 1, 16-20) et la confrontation avec le mal (Marc 1, 21-28). Ces appels, influencés par ceux, impérieux, des prophètes (Isaïe 6, 1-13; Jérémie 1, 14-19), sont des modèles d’attitude de disciple. Jésus n’est pas un prophète solitaire, mais un prophète qui appelle des compagnons à « être avec lui ». Il entre dans la vie de quatre personnes engagées dans leurs occupations ordinaires, il leur dit simplement : « Suis-moi », et immédiatement, elles laissent tout pour le suivre.

Le récit de Jésus dans la synagogue de Capharnaüm inaugure les premiers jours de son ministère, fait d’exorcismes et de guérisons. L’histoire reflète la pensée juive contemporaine qui soutenait que la venue du Royaume de Dieu marquerait la défaite du mal, personnifié dans un déploiement de démons et d’esprits impurs. La parole de Jésus est si puissante que les gens abandonnent leurs occupations et le suivent, et même les puissances démoniaques sont impuissantes devant sa parole. Jésus somme les gens de changer leur cœur, de jeter un nouveau regard sur leurs vies et de faire confiance à la bonne nouvelle. Ceci n’est pas seulement une histoire du passé, mais une histoire qui continue de parler puissamment et prophétiquement aux gens d’aujourd’hui.

En ce quatrième dimanche du temps ordinaire, la première lecture (Deutéronome 18, 15-20) et l’évangile (Marc 1, 21-28) soulève tous deux la question de l’autorité de ceux qui annonce la Parole de Dieu. Les prophètes authentiques enseignaient avec autorité parce que Dieu mettait ses propres mots dans leurs bouches. Dans la première lecture, Moïse dit au peuple que Dieu enverra un prophète issu de la lignée des Israélites. Dieu ordonne à tous d’écouter ce prophète, que nous reconnaissons comme étant Jésus.

Jésus stupéfie les gens dans la synagogue de Capharnaüm avec ses enseignements et son autorité. Il enseignait avec autorité parce qu’il est la Parole de Dieu vivante. Nous sommes tous des témoins de cette Parole vivante qu’est Jésus. Nous n’avons en nous-même aucune autorité; nous ne faisons que proclamer sa Parole. Chaque membre de l’Église, en vertu de son baptême et de sa confirmation, porte un rôle prophétique et est écho de la Parole de Dieu lui-même, à la fois par les mots et par l’exemple. Nos bottines doivent suivre nos babines!

Deux des mots les plus mal utilisés et mal compris de nous jours sont « prophète » et « prophétique ». Dans l’esprit populaire, les prophètes tombent dans les stéréotypes surannés, toujours à l’écart et en train de protester contre le système. Ils peuvent être vêtus médiocrement, criant et faisant honte à ceux qui sont polis et aux élites! Pour plusieurs prophètes de ce genre, la colère semble être une émotion « signature ».

Pourtant dans la Bible, prophétiser semble souvent fort différent. Il y a eu bien sûr les prophètes solitaires comme Élisée et Jean le Baptiste, mais plus souvent les prophètes étaient pleinement intégrés aux « systèmes » et aux « structures » de leurs temps. Pensez à Jérémie qui provenait de la maison de prêtres déchus d’Élie; Ézéchiel, Zacharie et Isaïe étaient également prêtres et prophètes à la cour. Les prophètes paraissaient à la cour des rois d’Israël. Dans la touchante histoire du roi David, le prophète Nathan réprimande le roi pour adultère et meurtre, mais il est aussi capable de manœuvrer discrètement dans ses efforts pour mettre Salomon sur le trône!

Les prophètes authentiques étaient des opposants stridents au statut quo. Ils reconnaissaient et ressentaient l’injustice que les rois et les prêtres et les faux prophètes voulaient voir blanchie. Ils partageaient les plaintes des pauvres opprimés, des veuves, des orphelins et des dépossédés, et ils articulaient ces plaintes en des cris de malheur. Ils dénonçaient le système, mais ils dénonçaient un système dont ils faisaient partie intégrante. Ils ressentaient profondément ce qui n’allait pas dans ce système et faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour susciter au sein du système un changement.

C’est bien trop facile de dénoncer à distance. Les gestes de répudiation et de condamnation coûtent si peu et y ajouter le terme « prophétique » peut conférer une aura de piété, d’importance et de bon sens à la réputation et aux œuvres d’une personne. Mais ils n’accomplissent pas leur but de provoquer la conversion, la transformation et le renouveau.

Les prophètes dans la Bible ne peuvent pas se permettre simplement des gestes. Ils sont appelés à proclamer la Parole du Seigneur au sein de la cour, causant des ravages ce faisant! Les prophètes authentiques disaient la vérité en face aux personnes au pouvoir, ils parlaient à des hommes et à des femmes puissants qu’ils connaissaient intimement, souvent en raison de leur propre position de force. Fréquemment, ces prophètes étaient à l’emploi de ceux qu’ils défiaient!

Finalement, un mot sur not propre efforts « prophétiques » pour susciter au sein de l’Église du changement. Je serai éternellement reconnaissant à feu le cardinal jésuite Avery Dulles pour m’avoir inculqué ces idées dans mon esprit et dans mon cœur il y a des années. Le père Dulles disait que les réformateurs devraient parler prophétiquement. Cela peut s’avérer véridique en autant que la nature de la fonction de prophétie soit bien comprise. Le père disait que saint Thomas d’Aquin avait fait une distinction essentielle entre prophétiser comme cela se fait dans l’Ancien Testament et prophétiser comme cela se fait dans l’Église. Les anciens prophètes ont été envoyés pour deux raisons : « pour établir la foi et pour rectifier le comportement. À notre époque, » poursuit le père Dulles, « la foi a déjà été fondée, puisque les choses promises dans l’ancien temps ont été accomplies en Christ. Mais prophétiser dans le but de rectifier les comportements, cela ne cesse pas, ni ne cessera jamais. »

De quelle façon annonçons-nous la Parole de Dieu avec autorité aujourd’hui? Comment utilisons-nous notre autorité pour l’avancement du Royaume de Dieu? De quelles façons nos paroles, nos gestes, nos messages et nos vies sont-ils prophétiques aujourd’hui, dans l’Église et dans le monde?

Le grand poisson, la grosse prise, le mandat suprême

Troisième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 21 janvier 2018

Ceux qui ont l’esprit réaliste remettront beaucoup de choses en question dans l’histoire de Jonas (Jonas 3, 1-5.10) : le grand poisson, les dimensions et la taille de la population de cette immense ville et la conversion des Assyriens.

D’un autre côté, ceux qui écoutent attentivement et considèrent cette histoire avec les oreilles et les yeux de la foi prendront tous ces facteurs dans la foulée. L’essentiel n’est pas la taille des monstres marins de Dieu ni les distances à parcourir à l’intérieur des villes ni le nombre élevé de conversions.

Pour les croyants, l’histoire plutôt étonnante de Jonas renferme un message bien plus important. Parce que les gens de Ninive se sont repentis à l’écoute de la prédication de Jonas et « se détournaient de leur conduite mauvaise, Dieu renonça au châtiment dont il les avait menacés » (Jonas 3, 10). Personne, ni aucun lieu ni aucune situation n’est au-delà de la miséricorde de Dieu et de sa portée guérisseuse.

Il n’est donc pas étonnant que la chrétienté ait vu en Jonas un personnage positif préfigurant le Christ et son message d’évangile universel. Par le Christ, Dieu aborde son monde d’une façon nouvelle, décisive afin d’accomplir toutes les attentes et les espoirs de l’Ancien Testament.

Jésus à la ville

Lorsque les disciples dans l’évangile de ce dimanche (Marc 1, 14-20) laisse leurs filets et leurs occupations présentes pour se soumettre au Royaume de Dieu, ils illustrent ce que signifient « se détourner de » et « se tourner vers ». Comment pouvons-nous porter la Bonne Nouvelle de Dieu et de Jésus à nos villes, souvent si vastes, si impersonnelles, si occupées et emplies de bruits?

Ne courons-nous parfois dans la direction opposée, vers le lac dans l’attente d’un quelconque hors-bord ou d’un paquebot qui nous prendrait à son bord et nous emmènerait vers un endroit calme et paisible qui serait bien moins compliqué et moins hostile à notre message? Comment pouvons-nous, nous qui sommes chrétiens, être les âmes de nos villes?

Commençons par célébrer l’eucharistie avec dévotion et amour. Prions sans cesse. Continuons de faire plus de sacrifices cachés, silencieux chaque jour de nos vies avec amour, paix et joie. Prenons notre baptême au sérieux et activons les béatitudes dans le quotidien. Nous ne devons jamais renoncer à vivre la Parole de Dieu et à la prêcher aux autres en paroles et en actions.

Demeurer fidèle

Lorsque je lis l’histoire de Jonas, il me revient à l’esprit une histoire que j’ai entendue à Jérusalem durant les quatre années de mes études universitaires de second cycle en Terre sainte. Un jour, mes voisins musulmans m’ont invité à rencontrer leur imam. Nous nous sommes assis et nous avons siroté du thé dans la Vieille Ville de Jérusalem pendant que le chef religieux de la petite mosquée près de chez moi parlait de la miséricorde d’Allah.

Il a raconté l’histoire d’un musulman – un certain Youssef ben-al-Husayn – qui est mort en 917. Youssef avec reçu de son maître l’ordre de prêcher sans cesse. Cependant, il avait été fort mal compris et ostracisé. Peu à peu, il ne s’est plus trouvé personne pour écouter ses mots et ses messages.

Un jour, Youssef entra dans la mosquée pour prêcher et il ne s’y trouvait pas une seule âme. Il allait quitter la mosquée lorsqu’une vieille femme l’interpella : « Youssef, si les gens sont absents, le Tout-Puissant, lui, est sûrement présent. Même s’il n’y a personne ici, enseigne la parole d’Allah! »

Ainsi Youssef prêcha la Parole pendant cinquante ans, qu’il y ait ou non des personnes présentes pour l’écouter. Il n’a pas abandonné en raison de l’indifférence des gens, de leur cynisme, de leur absence ou de leur malice. Il est simplement demeuré fidèle à sa vocation de prédication de la parole d’Allah.

Youssef ben-al-Husayn et Jonas ont probablement dû ressentir un peu de fatigue causée par le prophétisme. Ils ont continué de prêcher la Parole de Dieu en saison et hors de saison. Nous savons ce qui est advenu grâce à la persistance et à la fidélité de Jonas à cette parole.

Je suis certain que Jésus a dû ressentir la même chose à plusieurs reprises. Quelqu’un écoutait-il réellement son message? À l’approche de la fête de la Conversion de saint Paul, célébrée le 25 janvier, comment ne pas penser au grand Apôtre des païens, à ses procès et à ses tribulations, tous endurés alors qu’il prêchait l’évangile?

Dans les Actes des Apôtres (Actes 18, 8-10), Paul se rendit à Corinthe et « beaucoup de Corinthiens, en écoutant Paul, devenaient croyants et se faisaient baptiser. » Une nuit, le Seigneur dit à Paul dans une vision : « Sois sans crainte, continue à parler, ne reste pas muet. Je suis avec toi, et personne n’essaiera de te maltraiter, car dans cette ville j’ai à moi un peuple nombreux. »

L’Année saint Paul

L’un des grands espoirs de Benoît XVI en proclamant l’Année saint Paul en 2008 était que chaque catholique place sa vie dans le miroir et se demande : « Suis-je aussi déterminé et énergique pour répandre la foi catholique que saint Paul l’a été? »

Notre foi catholique ne peut croître que lorsque nous la partageons avec autrui consciemment et consciencieusement. Avec son regard miséricordieux, le Christ contemplera chacun de nous, de même que notre jugement individuel, et nous questionnera au sujet des efforts que nous aurons faits au cours de notre vie pour inviter les gens à la communion avec Jésus-Christ et avec son Église. Au final, le Seigneur nous demandera : « M’as-tu aimé? À qui as-tu prêché la Bonne Nouvelle? Combien de personnes as-tu amenées avec toi? »

L’ultime mandat

Qu’est-ce que Jésus-Christ nous demande aujourd’hui ? Le repentir, la conversion, se détourner de nos propres idées à propos de la façon dont le Royaume de Dieu devrait fonctionner, se tourner vers la foi aux enseignements du Christ et à son exemple du Royaume de Dieu, qui est parmi nous, ici et maintenant. Notre mandat suprême, c’est de prêcher la Parole de Dieu en saison et hors saison.

Puisse le feu que l’Esprit Saint a déversé dans le cœur de saint Paul de Tarse enflammer nos cœurs et faire de nous des missionnaires dynamiques et efficaces tout au long de nos vies. Puisse-t-il nous donner le force de ne jamais abandonner, spécialement lorsqu’il nous semble que personne n’écoute plus. Car c’est précisément dans ces moments que le Seigneur nous redira : « Sois sans crainte, continue à parler, ne reste pas muet. Je suis avec toi, et personne n’essaiera de te maltraiter, car dans cette ville j’ai à moi un peuple nombreux. »

Être disciple a un prix

Deuxième dimanche du temps ordinaire, Année B – 14 janvier 2018

En réfléchissant au sujet des lectures de ce dimanche, en particulier l’appel de Samuel, d’André et de son frère, je me suis souvenu d’une chose que le pasteur luthérien allemand Dietrich Bonhoeffer a écrit depuis sa prison dans l’Allemagne nazie : « Ce n’est qu’en vivant sans réserve les devoirs, les problèmes, les réussites et les échecs, les expériences et les perplexités de cette vie… qu’on devient un homme et un chrétien. » Bonhoeffer a fait l’expérience de ce qu’il nommait de façon si poignante « le coût d’être disciple ».

Le prophète Samuel et André et Simon-Pierre ont aussi fait l’expérience de ce coût dans leurs propres vies. Considérons d’abord l’histoire de l’appel de Samuel – une histoire dramatique qui illustre la dynamique de l’appel de Dieu et qui nous donne un exemple à imiter dans nos vies. Élie était vieux et presque aveugle. Ses fils, des prêtres du Temple, avaient été infidèles à Dieu. Leur temps tirait à sa fin, alors Dieu a appelé Samuel pour initier une ère nouvelle.

Samuel avait besoin d’aide pour discerner son appel; la sagesse d’Élie et son amitié envers le jeune homme ont été nécessaires à Samuel pour qu’il entende vraiment la voix du Seigneur. Après que Samuel eut reconnu que c’était bel et bien le Seigneur qui l’appelait, il pu devenir le grand prophète qui, plus tard, parviendra à discerner la volonté de Dieu pour le peuple au sujet des enjeux religieux, sociaux et politiques.

Lorsque nous nous approchons du Seigneur pour écouter sa Parole, notre plus profonde prière et le cri de notre cœur devrait être : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute. » Cependant, n’est-il pas vrai que le cri se révèle souvent être : « Écoute Seigneur, ton serviteur parle » ?

Au synode des évêques portant sur le thème « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église » en 2008, Mgr Luis Antonio Tagle du diocèse de Imus aux Philippines, actuellement archevêque de Manille, a prononcé l’une des interventions les plus signifiantes. Mgr Tagle a parlé de la disposition à l’écoute de la Parole de Dieu qui mène les gens vers la vraie vie. Il a dit : « Écouter est une affaire sérieuse. L’Église doit former des auditeurs de la Parole. Cependant, écouter ne se transmet pas tant par l’enseignement que par un milieu où se vit l’écoute. »

Mgr Tagle a suggéré trois pistes pour développer une disposition à l’écoute :

  1. Écouter dans la foi signifie ouvrir son cœur à la Parole de Dieu, la laissant nous pénétrer et nous transformer, puis la mettre en pratique. C’est l’équivalent de l’obéissance dans la foi. Une formation en écoute est une formation de la foi intégrale.
  2. Les événements de notre monde montre les effets tragiques du manque d’écoute : des conflits dans les familles, un décalage entre les générations et entre les nations, et de la violence. Les gens sont piégés dans un milieu de monologues, d’inattention, de bruit, d’intolérance et de narcissisme. L’Église peut fournir un milieu de dialogue, de respect, de mutualité et de transcendance.
  3. Dieu parle et l’Église, en tant que servante, prête sa voix à la Parole. Cependant, Dieu ne fait pas que parler. Dieu écoute aussi, spécialement les justes, les veuves, les orphelins, les persécutés et les pauvres qui n’ont pas de voix. L’Église doit apprendre à écouter de la même façon que Dieu écoute et elle doit prêter sa voix aux sans voix.

Dans le récit de l’évangile pour le deuxième dimanche du temps ordinaire, c’est Jésus qui prend l’initiative, qui fait le premier pas. Sa question aux disciples est intrigante : « Que cherchez-vous? » (Jean 1, 38). Loin d’être une banale interrogation, ces mots sont un questionnement profondément religieux et théologique. « Pourquoi », demande Jésus, « venez-vous à moi pour des réponses? » Ils lui demandent : « Maître, Rabbi, où demeures-tu? » (verset 38) Le verbe « vivre », « demeurer », « habiter », « résider », « loger » revient quarante fois dans les quatre évangiles. C’est un verbe qui exprime avec concision la théologie de la présence qui séjourne de Jean.

Les disciples ne sont pas uniquement préoccupés du lieu où Jésus pourrait dormir cette nuit-là, mais ils demandent en réalité où a-t-il sa vie. Jésus leur répond : « Venez et vous verrez » (verset 39). Deux mots chargés de sens tout au long de l’évangile de Jean – « venir » à Jésus est utilisé pour décrire la foi en lui (cf. Jean 5,40 ; 6,35.37.45 ; 7,37). Pour Jean, « voir » Jésus avec la perception réelle, c’est croire en lui.

Les disciples commencèrent leur vie de disciple lorsqu’ils allèrent voir le lieu où il restait et qu’ils « restèrent auprès de lui ce jour-là » (Jean 1, 39). Ils ont répondu à son invitation à croire, ils ont découvert ce qu’était sa vie et ils sont restés; ils commencèrent à vivre en lui, et lui, en eux. Après qu’André eut une meilleure connaissance de Jésus, il alla « trouver son frère » Pierre et il « l’amena à Jésus » (versets 41 et 42). Toute cette expérience sera accomplie lorsque les disciples verront sa gloire sur la croix.

Que pouvons-nous apprendre des récits de vocation dans les lectures de ce dimanche-ci? Nous ne sommes jamais appelés pour notre bénéfice personnel, mais pour celui des autres. Israël a été appelé par Dieu pour le bienfait des impies autour de lui. Dieu appelle les chrétiens pour le bienfait du monde dans lequel nous vivons.

Être appelé ne requiert pas de notre part la perfection, mais seulement la fidélité et l’écoute du sacré. Samuel et les prophètes d’Israël, les pêcheurs de Galilée et même les collecteurs d’impôts que Jésus a appelés n’ont certainement pas été appelés en raison de leurs qualifications ni de leurs accomplissements. Paul dit que Jésus a choisi « ce qu’il y a de fou » pour que les sages soient humiliés. C’est un appel dynamique qui implique une réponse entière de notre part. Nous ne serons jamais plus les mêmes parce qu’il nous a appelés, aimés, changés et qu’il nous a fait à son image. Parce qu’il nous a appelés, nous n’avons d’autre choix que d’en appeler d’autres à le suivre.

Comment avez-vous été appelé loin de la routine de votre vie, loin des frustrations de la vie quotidienne et du travail? Quelle nouvelle finalité voyez-vous émerger dans votre vie en raison des façons par lesquelles Dieu vous a appelé? À travers qui avez-vous ressenti l’appel du Seigneur dans votre vie? Avez-vous appelé qui que ce soit à suivre le Seigneur récemment?

Les nations viendront vers la lumière…

Épiphanie du Seigneur – dimanche 7 janvier 2018

Les lectures de la liturgie de l’Epiphanie ont de quoi nous secouer! Considérons la scène de la prophétie d’Isaïe. Les Gentils viennent de lieux lointains, attirés par la splendeur de Jérusalem, apportant des cadeaux et portant tendrement les fils et filles de la Cité Sainte ! Même si la noirceur avait pu envelopper le peuple, la gloire du Seigneur permet à la lumière d’éclater et de briller comme une aube nouvelle.  Quelle manière adaptée pour décrire ce que nous venons tout juste de célébrer à Noël !

Dans l’évangile de Matthieu (2, 1-12), l’histoire de mages nous révèle le combat inévitable que la manifestation de Dieu dans le Christ implique pour le monde. En lisant l’histoire soigneusement, nous réalisons que nous sommes loin d’un conte pour enfants, nous sommes plutôt au cœur d’une tragique histoire d’adultes. Les lignes de combats sont tracées et les forces se préparent. Un enfant est né au même moment qu’un dirigeant aveuglé par le pouvoir sème la mort. Jésus était une menace pour Hérode et pour eux : pour le trône d’un seul, pour les empires religieux des autres.

Dans leurs pays lointains, les mages bénéficiaient d’un niveau de vie princier, mais il leur manquait quelque chose – ils étaient insatisfaits. Ils souhaitaient courir des risques pour trouver ce que leur vision leur avait montré. Contrairement aux bergers, les mages ont dû faire un long voyage ; ils ont dû affronter l’adversité pour atteindre leur but. Les bergers aussi connaissaient l’adversité et cela les avait préparés à entendre le message des anges. Mais une fois leur peur surmontée, ils avaient simplement «traversé Bethléem » pour rencontrer l’enfant Christ.

Les mages eux, avaient eu un voyage difficile pour arriver à Bethléem. C’était tout sauf la scène du pèlerinage sentimental que nous voyons souvent dans nos crèches ! Les mages n’étaient pas seulement des saints visionnaires ou de saugrenus personnages religieux ; ils voulaient parier leur argent, leur temps et leur énergie, et peut-être même leurs vies, pour trouver quelqu’un qui apporterait la vraie paix.

Les mages n’étaient pas complètement perdus  en arrivant à Jérusalem – la ville n’arrêta pas leur pèlerinage. En fait à Jérusalem, ils furent redirigés vers Bethléem. Ces hommes de l’Est, étrangers au vrai sens du mot, furent guidés non seulement par leur propre sagesse et leur connaissance des astres, mais ils furent aidés par les Ecritures hébraïques  qui forment à présent l’Ancien Testament. Le sens de ceci est important. Le Christ appelle tous les peuples de toutes les nations à le suivre. Les Gentils aussi bien que les Juifs. On pourrait dire que Jérusalem et l’Ancien Testament sont en quelque sorte un point de départ pour ces pèlerins sur leur chemin de foi en Jésus Christ. Les gens de cette grande ville, et même Hérode lui-même, furent des instruments pour guider les mages au Christ.

Qu’est-ce que cela signifie pour nos propres pèlerinages vers la vérité aujourd’hui ? Plus que le fait évident que l’Ancien Testament doit avoir une part centrale dans notre marche vers le Christ, ne devrait-il pas signifier aussi que nos propres villes, avec toute leur confusion et leur ambiguïté, peuvent aussi servir comme point de départ pour notre cheminement de foi ?

Au centre de ce récit évangélique rempli de contrastes se trouve un bébé, couché, Jésus de Bethléem qui est Joie.  Hérode a peur de cette « Grande joie pour tous les peuples ». Dans l’évangile de Matthieu, nous ne savons pas ce qui est arrivé aux mages lorsqu’ils retournèrent dans leur pays natal, mais nous pouvons être sûrs qu’ils étaient des hommes transformés. Ils découvrirent à Jérusalem et à Bethléem, qu’il n’y a plus un Dieu de ce pays ou d’un autre, ou un oracle proféré en un lieu lointain, mais un Dieu et un Sauveur qui devient chair et sang pour toute l’humanité. Et le Sauveur est joie.

À la fin, les mages sont allés leur chemin et parce qu’ils refusèrent d’être séduits par le cynisme, parce qu’ils s’autorisaient eux-mêmes à être surpris par cette grande joie, l’étoile à laquelle ils étaient liés, réapparut. Ce n’est pas seulement le récit de la naissance de Jésus, mais c’est aussi et toujours un récit pour notre temps. Quand nous avons trouvé notre joie durable au milieu du cynisme, du désespoir et de l’indifférence, la seule chose à faire est de s’agenouiller et d’adorer.

Gaspar, Melchior et Balthasar, bénissez nos cœurs et nos maisons de votre paix et de votre humilité ! Lorsque nous entendons les voix des vieux rois de la mort, de la peur et du cynisme, que nous ayons le courage d’aller notre propre chemin… nous réjouissant parce que, nous aussi, nous avons vu et nous avons fait l’expérience de la gloire de la venue du Seigneur.

Je conclus avec les mots de sainte Thérèse Bénédicte de la Croix (Edith Stein), cette grande mystique Carmélite et amoureuse de la Croix, qui écrivit si merveilleusement au sujet des mystères de Noël : Ceux qui sont agenouillés devant le berceau sont des personnages de lumière : les enfants innocents, les bergers confiants, les rois humbles, Etienne, le disciple enthousiaste, et Jean le disciple de l’amour, tous ceux qui ont suivi l’appel du Seigneur. Ils sont opposés par la nuit de l’obstination incompréhensible et l’aveuglement : les scribes, qui connaissent en vérité quand et où le Sauveur du monde doit naître, mais qui ne tireront pas la conclusion : « Allons à Bethléem ». Le roi Hérode, qui tuerait le Seigneur de la Vie. Les chemins se séparent devant l’Enfant dans la crèche…

Certains choisiront le chemin de la vie, d’autres celui de la mort. Aujourd’hui, alors que nous laissons la crèche de notre Roi nouveau-né et Seigneur, prenons le temps de nous engager de nouveau  pour la vie qui est le cœur et la joie de Noël.

Marie : modèle et paradigme de la croyance des chrétiens

Solennité de Marie, Mère de Dieu – lundi 1 janvier 2018

Le Nouvel An chrétien est célébré le 1er janvier, une semaine après la célébration de la naissance de Jésus. Le 1er janvier est qualifié de diverses manières qui révèlent divers aspects de la nature de la fête. Tout d’abord, le Nouvel an chrétien se trouve dans l’octave de Noël [i.e. 8 jours après la naissance de Jésus.] Avant la réforme liturgique du Concile Vatican II [1962-1965], la fête de la Circoncision de Jésus ou de l’attribution du nom de Jésus [Saint Nom de Jésus] a été célébrée à cette date pour commémorer le récit évangélique de la circoncision de Jésus selon les prescriptions rituelles de la loi mosaïque, faisant ainsi officiellement de lui un membre du peuple de l’alliance: « Quand arriva le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception. » [Lc 2, 21-24]

Suite au renouvellement liturgique du Concile Vatican II, le 1er janvier est aussi connu comme la Solennité de Marie, la Mère du Seigneur, et a également été désigné Journée mondiale de prière pour la paix.

Nous pouvons nous demander souvent si en accumulant tant de significations différentes, les gens ne portent plus attention au Jour de l’An comme une fête religieuse.

N’est-il pas vrai non plus que l’atmosphère de réjouissances attachée à la veille du Jour de l’An ne laisse pratiquement personne avec l’énergie, le désir ou la volonté de considérer le Nouvel An comme une fête religieuse? Examinons quelques-uns des fondements bibliques pour les différentes significations rattachées au nouvel an chrétien.

Fête de la circoncision et attribution du nom de Jésus

Dans l’Antiquité et dans les Écritures, il est commun de croire que le nom donné à une personne n’est pas seulement un label, une étiquette, mais révèle aussi une partie de la personnalité de celui qui le porte. Le nom porte la volonté et le pouvoir. Jésus de Nazareth est né à Bethléem de parents juifs [Matthieu 1-2; Luc 1-2]. Lors de sa conception, un ange a affirmé que son nom serait « Jésus ». L’hébreu et l’araméen du nom « Yeshua » [Jésus] est une forme tardive de l’hébreu « Yehoshua » ou Josué. C’était un nom très commun dans le Nouveau Testament. La signification du nom est «Le Seigneur est le salut», et on y fait allusion dans Matthieu 1, 21 et Luc 2,21.

Dans les Écritures, « Yeshua » fait référence au Sauveur et fut l’un des moyens pour les chrétiens de nommer et d’identifier Jésus. Le grec Christos traduit l’hébreu Mashiah, «oint», par ce nom, les chrétiens affirmaient que Jésus était le Messie. Dans le Nouveau Testament, le nom, la personne et l’œuvre de Dieu sont indissociablement liés à ceux de Jésus-Christ. Les vrais disciples de Jésus doivent prier en son nom [Jean 14,13-14]. Dans Jean 2, 23,  croire au nom de Jésus signifie croire en lui comme le Christ, le Fils de Dieu [3,18]. Le nom de Jésus est puissant seulement là où il y a la foi et l’obéissance [Marc 9, 38-39]. Croire au saint nom de Jésus mène à la confession de ce nom [Hébreux 13,15]. Faire appel à ce nom est le salut.

Solennité de Marie, Mère du Seigneur

La deuxième personne qui est célébrée et honorée à l’occasion du Nouvel An chrétien est la mère de Jésus. Cette jeune femme d’origine juive a pris sur elle la responsabilité entière du mot «oui» à un visiteur mystérieux lors de l’Annonciation. Par sa réponse, elle a brisé les frontières culturelles et religieuses de son temps, manifestant foi et grand courage. Elle a littéralement apporté le ciel sur terre. Marie de Nazareth a vécu ces événements et leur sens, montrant toujours la capacité d’interpréter le fil conducteur de toute sa vie en se rappelant à l’esprit des paroles et des événements.

«Marie» vient de l’hébreu « Miriam » dont l’étymologie est probablement du mot égyptien qui signifie «bien-aimée». Elle est le disciple par excellence qui nous introduit à la bonté et à l’humanité de Dieu. Le fait qu’elle soit femme n’est pas en soi un signe de salut, mais il est significatif de la façon et de la manière dont le salut arrive. Il n’y a de salut en aucun autre nom que celui de l’homme Jésus, mais à travers cette femme, Marie, nous avons l’assentiment de l’humanité au salut. C’est ainsi que nous pouvons parler d’une réalisation féminine de salut de Dieu.

Aujourd’hui, nous célébrons la Sainte Mère de Dieu, qui est un modèle pour tous les croyants. Je ne peux pas m’empêcher de rappeler les fortes paroles de l’évêque anglican N.T. Wright, de Durham, en Angleterre, lors du Synode sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église en 2008. Mgr Wright, l’un des délégués fraternels nommés par le Pape au Synode, a évoqué les quatre grands moments de la vie de Marie, avec quatre mots: Fiat, Magnificat, Conservabat et Stabat. Grâce à son «fiat», Marie a donné son assentiment à la Parole de Dieu avec son esprit. Grâce à son «Magnificat», la vierge de Nazareth révèle sa force et son courage. Marie a médité et gardé la Parole de Dieu dans son cœur: « conservabat. » Sa fidélité à la fin est décrite par le mot «stabat » alors qu’elle se trouvait au pied de la Croix et attendait patiemment dans son âme l’accomplissement de la prophétie de Siméon et l’expérience de la nouvelle, de l’inattendue révélation qui sauve, encore et toujours.

Dieu appelle chacun de nous à travers l’Écriture d’un amour parfait et de grâce, et la réponse de l’esprit docile est « fiat »:«Qu’il me soit fait selon ta parole». Nous célébrons nous aussi, avec nos forces, la pertinence de la parole à de nouvelles situations personnelles et surtout politiques: « magnificat ». Puis nous laissons monter dans notre cœur ce que nous avons vu et entendu: «conservabat. » Mais l’Écriture nous dit que Marie, elle aussi, a dû apprendre des choses difficiles: elle voulait contrôler son fils, mais ne le pouvait pas. Son âme est percée par l’épée, comme elle est « stabat » au pied de la croix. Nous aussi nous devons attendre patiemment, en laissant la Parole écrite nous dire des choses inattendues, voire désagréables, mais porteuses de salut. Nous avons lu avec humilité, confiant en Dieu et attendant de voir ce que signifie sa volonté. Marie est vraiment un modèle et le paradigme de la croyance des chrétiens.

Journée mondiale de prière pour la paix

Le plus récent «thème» rattaché au Nouvel An chrétien a été la « Journée mondiale de prière pour la paix». La Journée mondiale de la Paix fut lancée par l’Église sous le pape Paul VI en 1967. Les chrétiens sont invités à entamer une nouvelle année en priant pour la paix.

Aujourd’hui, alors que nous célébrons la Mère du Seigneur qui réconcilie les nombreux sens donnés à la fête d’aujourd’hui, faisons-nous l’écho des paroles du saint Basile le Grand, dont la fête suit immédiatement la célébration d’aujourd’hui [2 janvier] :

Adorons avec les mages, rendons gloire avec les bergers, chantons avec les anges : « Il nous est né aujourd’hui un sauveur qui est le Christ Seigneur ; le Seigneur Dieu qui nous est apparu…

Non pas sous la forme divine, afin de nous effrayer dans notre faiblesse, mais sous la forme d’un Serviteur, afin qu’Il puisse libérer ce qui avait été réduit à la servitude …

Adorons avec les mages, rendons gloire avec les bergers, chantons avec les anges : « Il nous est né aujourd’hui un sauveur qui est le Christ Seigneur ; le Seigneur Dieu qui nous est apparu…

Non pas sous la forme divine, afin de nous effrayer dans notre faiblesse, mais sous la forme d’un Serviteur, afin qu’Il puisse libérer ce qui avait été réduit à la servitude ..