Réaliser le rêve de l’Évangile

Fête de l’ascension
Actes 1,1-11; Éphésiens 4,1-13; Marc 16,15-20

Les paroles de l’ange aux « hommes de Galilée » dans la première lecture des Actes des Apôtres en la fête de l’Ascension du Seigneur (1,1-11) nous frappent de plein fouet et laissent peu de place au malentendu. « Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel ».

Les disciples de Jésus reçoivent un dernier enseignement. « Ne restez pas à regarder fixement le futur. Ne vous souciez pas trop de l’heure de son retour. » Nous ne devons pas rester à contempler le ciel et à ruminer le passé, pour lequel il n’y a rien à faire que de l’enfouir profondément dans les mains et le cœur de Dieu! Le Seigneur sera glorifié et il s’ensuit que ses disciples partageront aussi sa gloire.

Lorsque Jésus disparut, il ne s’est pas simplement dissous dans l’air. On pourrait penser que, le jour de son Ascension, Jésus s’est retiré dans une nouvelle forme d’exclusion divine. C’est exactement le contraire. En Dieu, Jésus est « ici » d’une nouvelle manière très particulière. C’est seulement en se séparant physiquement du théâtre de l’histoire qu’il peut accomplir son union spirituelle avec le monde entier, à jamais. Jésus a quitté le monde, à un moment donné, pour être disponible à tous, pour toujours. Il a dû dissoudre les liens noués avec ses amis, pour être disponible à tous. En Jésus, l’avenir est déjà commencé!

L’Ascension selon Marc

Il existe des similitudes entre les récits de l’Ascension de Jésus dans les Évangiles synoptiques – Marc, Matthieu et Luc. Dans chaque cas, Jésus donne à ses disciples la tâche de proclamer le message de l’Évangile au monde entier.

Chez Marc et Matthieu, les disciples sont envoyés par Jésus baptiser et prêcher. Mais chez Luc, l’engagement de baptiser n’est pas mentionné. Jésus ordonne plutôt aux disciples de retourner à Jérusalem pour y attendre l’accomplissement de sa promesse d’envoyer l’Esprit Saint. Seuls les Évangiles de Marc et de Luc rapportent l’Ascension de Jésus au ciel. L’Évangile de Matthieu se conclut avec la promesse de Jésus de rester avec ses disciples pour toujours.

Cette année, l’Évangile de l’Ascension (Marc 16,15-20) est tiré de la conclusion de l’Évangile de Marc. Le dernier chapitre de Marc contient plusieurs irrégularités évidentes pour de nombreux lecteurs. Le matin de Pâques de l’Année B, nous entendons proclamer l’histoire de la découverte du tombeau vide par les femmes et la frayeur qui accompagne ces premiers témoins de la résurrection. Le verset 8 conclut abruptement : les femmes, saisies de frayeur, ne disent rien à personne. Cela peut très bien être la fin originale de l’Évangile de Marc, mais il est aussi possible que la fin plus complète ait été perdue. [Read more...]

La bonté et l’amitié à travers les âges

Sixième dimanche de Pâques
Actes 10,25-26.34-35.44-48; 1 Jean 4,7-10; Jean 15,9-17

En ce sixième dimanche de Pâques, je voudrais proposer quelques réflexions sur la première lecture des Actes des Apôtres (10,25-26.34-35.44-48) puis des pensées sur l’amitié à partir de l’Évangile de Jean (15,9-17) et de l’enseignement du pape Benoît XVI.

Le christianisme exige que le croyant ne saisisse pas seulement les principaux dogmes de la foi avec sa tête mais qu’il les mette en œuvre dans sa vie quotidienne. L’extraordinaire histoire de la conversion de Corneille, dans la première lecture, illustre bien ce message. Il s’agit du plus long récit individuel des Actes des Apôtres. Le thème de ce récit est la compulsion divine : Pierre n’est pas du tout préparé à accepter Corneille dans la communauté chrétienne et il refuse même par deux fois de l’y admettre. Pierre doit se convertir avant de pouvoir convertir Corneille. Il finit par comprendre que les dons de Dieu sont pour ceux qui suivent la Parole de Dieu. Sa question : « Quelqu’un peut-il empêcher de baptiser par l’eau ces gens qui tout comme nous, ont reçu l’Esprit Saint? » (10,47) fait écho à la question de l’Éthiopien et à la réponse de Philippe dans un récit précédent : « Qu’est-ce qui empêche que je reçoive le baptême?» (8,36)

Le geste de Pierre avec Corneille aura des répercussions. D’abord frappé par la sincérité exceptionnelle, l’hospitalité et la profonde bonté de Corneille et de sa maisonnée, Pierre s’exclame spontanément : « Mais, à moi, Dieu vient de me faire comprendre qu’il ne fallait déclarer immonde ou impur aucun homme… Dieu n’est pas partial. »

Cette déclaration vient briser des siècles de coutumes et de théologie au sujet d’Israël, seul peuple choisi par Dieu, séparé des autres nations comme sa part personnelle (cf. Deutéronome 7,6-8; Exode 19,5-6). Pierre doit baptiser la maisonnée de Corneille et il sera critiqué pour son approche « œcuménique » mais il répondra : « Qui suis-je pour empêcher Dieu d’agir? À ces mots ils se sont tus et commencèrent à glorifier Dieu. » (11,17-18).

Paul aussi a trouvé la même manifestation spontanée de la foi au milieu des gentils, ce qui lui a fait dire : « Maintenant, nous nous tournons vers les Gentils. » La controverse sur la loi allait persister pour un long moment si bien que Paul consacra à cette question son travail théologique le plus complet : la lettre aux Romains. [Read more...]

Faire notre demeure en Jésus

Cinquième dimanche de Pâques
Actes 9,26-31; 1 Jean 3,18-24; Jean 15,1-8

Dans l’Évangile de Jean (15,1-8) que nous lisons pour ce cinquième dimanche de Pâques, on nous présente l’image de la vigne et des sarments pour exprimer la relation entre le Christ et ses disciples. De prime abord, cela nous paraît bien simple, mais en y regardant de plus près, nous sommes soudainement remplis d’un sentiment de mystère, d’émerveillement et de beauté, qui nous invite à en vouloir toujours plus.

Les sarments d’une vigne ont une relation intime avec le cep : ils dépendent de lui à tout moment et ne forment qu’un seul organisme avec lui. La vigne, moins familière dans nos climats du Nord, est bien connue au Moyen-Orient, où beaucoup de familles ont dans leur jardin une vigne, un figuier ou des oliviers.

Jésus raconte aux personnes qui le suivent qu’il est la vigne véritable et qu’elles sont les sarments dont le devoir est de porter du fruit en partageant sa vie : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Demeurez en moi, comme moi en vous. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et vous l’obtiendrez. En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jean 15,1.4-5.7).

Bien que les images du Christ comme roi et seigneur, enseignant, berger et juge ont leur propre importance car elles nous montrent comment nous sommes reliés au Christ, elles doivent être équilibrées par d’autres images comme celle de la vigne, qui intègre le disciple à la vie du Christ et le Christ à la vie du disciple, dans une unité intime et une proximité que les autres images n’arrivent pas toujours à suggérer.

Le passage d’aujourd’hui est une des descriptions classiques de la spiritualité chrétienne authentique. L’image de la vigne, en nous invitant à approfondir notre vie spirituelle, situe cette quête personnelle dans le contexte plus ample de la famille de Dieu, qui traverse le temps, d’Abraham à l’époque actuelle et au-delà, et qui s’étend de l’aire du Moyen-Orient du premier siècle aux quatre coins de la terre aujourd’hui.

Si Jésus est la vigne, nous sommes appelés à « demeurer », à « vivre », à établir notre maison « en lui ». Le texte de l’Évangile nous interpelle : comment maintenir l’intimité avec le Dieu Vivant alors que nous essayons d’obéir à notre vocation de porter du fruit pour le monde? Que signifie « demeurer », « habiter » dans la vigne, être attaché intimement à Jésus?

Demeurer en Jésus suppose qu’on fasse partie intégrante de la vie de l’Église, qu’on s’engage chaque jour et chaque semaine dans une relation de fraternité avec son peuple, par le soutien mutuel, la prière, le culte, la vie sacramentelle, les études et, naturellement, par le travail pour l’Évangile dans le monde. Dans chaque célébration eucharistique, nous sommes attirés dans cette relation intime avec Jésus lui-même et les uns avec les autres autour de la table. [Read more...]

Jésus, bel et noble berger


Quatrième dimanche de Pâques – 29 avril, 2012

Actes 4,8-12; 1 Jean 3,1-2; Jean 10,11-18

Dans la Bible et dans le Proche-Orient ancien, « berger » était un titre politique qui exprimait l’obligation pour les rois de s’occuper de leurs sujets. Ce titre évoquait la sollicitude et le dévouement aux autres. S’occuper d’un troupeau était l’un des éléments importants de l’économie palestinienne au temps de la Bible. Dans l’Ancien Testament, Dieu est appelé le Berger d’Israël qui va devant le troupeau (Psaume 67,7), le guide (Psaume 22,3), le mène vers l’eau et la nourriture (Psaume 22,2), le protège (Psaume 22,4) et porte ses petits (Isaïe 40,11). Imprégnant ainsi la piété des croyants, la métaphore souligne que tout le peuple est sous la protection de Dieu.

L’auteur du psaume 22 nous parle du Seigneur comme de son berger. Mais il parle aussi du berger comme hôte. Le berger et l’hôte sont deux images qui ont le désert pour fond de scène car le protecteur des brebis est aussi le protecteur des voyageurs du désert, celui qui offre l’hospitalité et la sécurité face aux ennemis. Le bâton sert à se défendre contre les animaux sauvages alors que la houlette permet de ramener les bêtes qui s’écartent du troupeau. Ils symbolisent la sollicitude et la loyauté. [Read more...]

La Résurrection chez Luc, symphonie en quatre mouvements



Troisième dimanche de Pâques
Actes 3,13-15.17-19; 1 Jean 2,1-5a; Luc 24,35-48

Je considère souvent que le chapitre 24 de l’Évangile de Luc est une symphonie de la résurrection en quatre puissants mouvements a) le premier mouvement est le récit des femmes au tombeau, qui finit avec la visite de Pierre au tombeau pour vérifier leurs dires (versets 1-12); b) le deuxième raconte la grande histoire des deux disciples sur la route d’Emmaüs, culminant avec l’annonce de l’apparition du Seigneur à Pierre (versets 13-35); c) le troisième mouvement est l’apparition du Seigneur à ses disciples au repas, se terminant avec l’envoi en mission (versets 36-49) et d) le quatrième mouvement décrit l’ascension de Jésus au ciel (versets 50-52).

Le plus connu de ces récits est l’épisode d’Emmaüs qui commence au verset 13. Il est différent des autres apparitions parce que le Seigneur disparaît au moment de la reconnaissance. Le récit d’Emmaüs (24,13-35) sert de pont entre le tombeau vide (24,1-12) et l’apparition de Jésus à ses disciples (24,36 et suiv.) qui suit immédiatement le repas avec les disciples d’Emmaüs, leur reconnaissance de Jésus et leur retour en hâte à Jérusalem.

Cléophas et son compagnon s’éloignent de la ville où sont survenus les événements décisifs en direction d’un petit village sans importance. Ils n’ont pas cru au message de la résurrection, à cause du scandale de la croix. Bouleversés et découragés, ils sont incapables de noter un signe de libération dans cette mort, dans le tombeau vide, ou dans le message des apparitions de Jésus aux autres. À leurs yeux, soit la mission de Jésus a totalement échoué, soit ils se sont fait illusion en espérant autant de Jésus.

En marchant avec Jésus sur la route d’Emmaüs, ils sentent leur cœur s’enflammer progressivement tandis que leur esprit découvre la vérité au sujet du Messie souffrant. Au repas à Emmaüs, ils éprouvent la puissance de la résurrection dans leur cœur. La solution au problème de ces deux disciples ne se trouvait pas dans une réponse parfaitement logique. [Read more...]

Laisser la présence du Christ ressuscité faire la différence

Deuxième dimanche de Pâques ou de la divine miséricorde
Actes 4,32-35; 1 Jean 5,1-6; Jean 20,19-31

« Quand le cœur n’y est pas, les mains ne sont pas habiles » dit le proverbe. Ceci semble avoir été écrit pour l’apôtre Thomas, dont l’Évangile d’aujourd’hui raconte le récit familier qui nous fournit l’expérience type du doute, du combat et de la foi.

La deuxième apparition du Seigneur ressuscité aux disciples en saint Jean est à la fois intense et ciblée. C’est le soir, le premier jour de la semaine, les portes ont été verrouillées. Les disciples anxieux sont enfermés à l’intérieur. un monde hostile et suspect les menace à l’extérieur. Jésus leur manque. Soudain, le ressuscité défie les portes closes, les cœurs fermés et la vision bouchée. Il apparaît simplement. Doucement, tout doucement, il s’approche de Thomas, l’apôtre démoralisé et blessé. Celui-ci met en hésitant son doigt dans les blessures de Jésus. Et l’amour l’envahit. Comment entendre ce récit sans penser au magnifique tableau du Caravage?

Qui est ce Thomas? Avec beaucoup d’autres disciples masculins, il a regardé la croix, sans comprendre. Tous ses rêves pendaient à la croix avec son ami, ainsi que ses espoirs anéantis. Au fil des ans, j’en suis venu à considérer Thomas comme l’un des plus grands et des plus honnêtes des amis intimes de Jésus, au lieu de l’éternel sceptique, du rebelle, de l’entêté souvent représenté dans la tradition chrétienne. Jeune, je n’ai jamais aimé être traité de « Thomas l’incrédule » simplement parce que j’aimais poser des questions! J’espérais secrètement porter ce prénom à cause de Thomas d’Aquin, de Thomas More, de Thomas Becket ou de Thomas de Villeneuve. Mais ma mère répétait que c’était bien l’apôtre qu’ils avaient choisi pour moi! [Read more...]

Le silence et le courage des témoins de la résurrection

Dimanche de Pâques
Actes 10,34a.37-43; Colossiens 3,1-4 ou 1 Corinthiens 5,6b-8; Jean 20,1-9 ou Marc 16,1-7 ou Luc 24,13-35

Pâques est la promesse que la mort nous visitera tous. Mais plus important encore, c’est l’assurance que la mort n’a pas le dernier mot. La résurrection de Jésus nous amène à nous rappeler, aux plus sombres moments de chagrin comme face aux petits défis quotidiens, comment Dieu nous réconforte et nous donne la force de persévérer. Le mystère de Pâques nous donne une nouvelle identité et un nouveau nom : nous sommes sauvés, rachetés, renouvelés, nous sommes chrétiens, et nous n’avons plus besoin d’avoir peur ou de désespérer.

Les lectures scripturaires saisissantes de ce Triduum (notamment les Évangiles de la Veillée pascale et du matin de Pâques), nous montrent ce que signifie la résurrection. Mais comment exprimer la victoire sur la mort et la mise au pas des enfers? Il faut bien admettre qu’il n’y a pas de mots. Nous nous tournons donc vers l’expérience des femmes au tombeau dans le récit de Marc et vers le témoignage de Marie-Madeleine, témoin du Christ Vivant, afin de trouver des images et des mots pour décrire ce qui est arrivé.

Le silence des femmes

L’Évangile de Marc pour la Veillée pascale (16,1-8) nous laisse perplexes. Nous lisons qu’après avoir découvert le tombeau de Jésus ouvert et vide et avoir entendu le message angélique sur la résurrection et sur un rendez-vous en Galilée, les femmes « sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. »

Est-ce possible que l’Évangile de Marc se termine en 16,8? Les premiers compilateurs chrétiens, confondus par une pareille conclusion, en offrirent deux autres plus conventionnelles; la plus longue se retrouve dans la plupart des bibles en Marc 16,9-20. Néanmoins, la question demeure : que dire d’un récit de la résurrection où Jésus Vivant n’apparaît jamais? Comment Marc peut-il être si différent du chef-d’œuvre du chapitre 24 de Luc ou des portraits raffinés qu’offre Jean des premiers témoins de la résurrection (Jean 20-21)?

Plutôt que de rejeter l’étrangeté de la fin de l’Évangile de Marc, réfléchissons avec soin à ce qu’elle nous offre. Premièrement, nous ne voyons jamais le Christ ressuscité en personne. Nous voici plutôt devant une scène intrigante : à la première heure, il fait encore sombre et les femmes arrivent au tombeau pour une mission presque impossible. Or le tombeau est déjà ouvert et elles sont accueillies par un messager venu du Ciel qui leur commande : « …allez dire aux disciples et à Pierre “Il vous précède en Galilée; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit”. »

Crainte et tremblement accompagnent les femmes et les empêchent de parler de ce qu’elles ont vu. De quoi ont-elles peur? En se taisant, désobéissent-elles au message de l’ange, « Allez dire… »? Que comprendre du silence de ces femmes? [Read more...]

Entre la tristesse de la Croix et la joie de Pâques…


Samedi Saint
Genèse 1,1; 2,2; 22,1-13.15-18; Exodus 14,15; 15,1a; Isaïe 54,5-14; 55,1-11; Baruc 3,9-15.32; 4,4; Ézékiel 36,16-17a.18-28; Romains 6,3-11; Marc 16,1-7

Le Samedi saint est un jour de chagrin et de deuil, d’attente patiente et d’espoir. Avec Marie et ses disciples, nous pleurons la mort de l’un des membres les plus importants de notre communauté chrétienne. La foi de Marie et des disciples fut fortement ébranlée en ce premier Samedi saint alors qu’ils attendaient la résurrection.

Le choc de la mort d’amis ou de proches a de quoi assommer, obscurcir et écraser le cœur. Paralyser l’action et la réflexion. Si nous n’avons ni foi ni espérance, l’expérience de la confusion, du chagrin et de la perte peut nous tuer.

Aujourd’hui, nous réfléchissons à cette période de confusion et de silence, entre la tristesse de la croix et la joie de Pâques. De l’ahurissement des disciples de Jésus à la grande foi de Marie, nous examinons nos propres vies à la lumière du grand « Sabbat du Temps » et nous reprenons courage en voyant Marie faire face à l’avenir dans l’espérance, la patience, l’amour et la paix intérieure.

À la fin de cette longue journée d’attente, nous célébrons « la mère de toutes les liturgies », véritable fête pour les sens. L’Église se rassemble dans la pénombre puis allume le feu nouveau et un grand cierge qui illuminera cette nuit pour nous. Nous écoutons les Écritures anciennes, le récit de la création, Abraham et Isaac, Moïse et Myriam et la traversée de la mer, des poèmes de promesse et de réjouissance et enfin l’histoire du tombeau vide. Nous voyons, nous entendons, nous goûtons, nous sentons la nouveauté de Dieu en Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts. Dans « la mère de toutes les liturgies », le passé et le présent se rencontrent, la mort et la vie s’affrontent, et la vie triomphe; nous rejetons le mal et renouvelons nos promesses baptismales.

Le Samedi saint, plusieurs d’entre nous sont beaucoup trop pris par les préparatifs de Pâques pour réfléchir à l’importance de la journée. Nous ne prenons pas nécessairement le temps de pleurer, de réfléchir et d’entrer dans l’esprit et le cœur de Marie et des disciples lors du premier Samedi saint.

Je suis très reconnaissant à l’un de mes bons amis et confrères basiliens, le père Robert Crooker, csb, qui m’a fait découvrir il y a plusieurs années le mystère et le sens du Samedi saint. Aujourd’hui retraité, le père Crooker a été professeur de droit canon dans l’une de nos universités basiliennes, à Houston, au Texas. Même s’il est maintenant octogénaire, ce prêtre est resté « toujours jeune » dans sa foi, sa spiritualité, son ouverture et son amour de l’Église. Il est l’une de ces personnes uniques avec qui on peut discuter des plus grandes questions spirituelles et religieuses en termes simples, profonds, sages et toujours porteurs d’espérance. Le père Crooker m’a envoyé le texte suivant en 1990; depuis, je le relis tous les Samedis saints. Il peut nous aider à apprécier plus profondément la signification de ce grand jour de veille et d’attente. [Read more...]

Embrasser l’authentique « Science de la Croix »

Vendredi Saint
Isaïe 52,13; 53,12; Hébreux 4,14-16; 5,7-9; Jean 18,1; 19,42

Chaque année, le Vendredi saint, nous lisons la Passion selon saint Jean. Ce récit envoûtant et émouvant met l’accent sur la souveraineté de Jésus jusque dans sa mort. En contemplant le mystère de Jésus crucifié, nous apprenons de sa souffrance et sa mort quelle immense personne il a été parmi nous. Nous sommes invités à prendre conscience de la mort tragique de Jésus dans le contexte de nos propres épreuves, de nos douleurs et de nos morts. La croix de Jésus est un message, une parole pour nous, un signe de contradiction, un signe de victoire. Nous contemplons la croix et nous réagissons dans la foi au message de vie qui en découle, message porteur de guérison et de réconciliation.

Quand la croix est dressée dans notre assemblée, d’une façon étrange et mystérieuse, nous puisons, en la regardant, force et espoir au milieu de nos propres difficultés.

Ecce Homo « Voici l’Homme »

Jésus crucifié symbolise ce que fait l’humanité de la bonté : nous la tuons. Ce n’est pas le diable qui nous fait peur mais bien la bonté. Dans la Passion de saint Jean, Ponce Pilate présente Jésus au peuple par ces mots : « Voici l’Homme »

Quelle incroyable expression pour décrire le paradoxe de la personne et de la mission du Fils de Dieu!

Ecce Homo – En lui notre humanité était si bien intégrée qu’il a été pleinement homme et qu’il demeure pour chacun de nous le modèle qui nous montre comment être pleinement humain et authentiquement saint.

Ecce Homo – Il a vécu pour les autres, les guérissant, les rétablissant et les aimant pour la vie.

Ecce Homo – Il a eu le courage de choisir des femmes comme disciples et amies proches.

Ecce Homo – Il a revendiqué une relation unique, personnelle, avec le Dieu d’Israël qu’il appelait Abba.

Ecce Homo – Il est venu dans le monde comme celui qui est sans péché, le juste, le parfait, le saint; et ses semblables, les humains, l’ont tué. À la fin, nous détruisons et nous tuons l’être humain parfait, celui que nous avons tant désiré et tant aimé.

Depuis le début de notre vie, nous sommes aveuglés par une force autodestructrice, par un péché fondamental d’insensibilité à la bonté humaine. N’est-ce pas ce que nous voulons dire quand nous parlons de péché originel, cette capacité illimitée en nous d’autodestruction et de haine de soi? [Read more...]

Vérité et pieds nus le Jeudi saint

Exode 12,1-8,11-14; 1 Corinthiens 11,23-26; Jean 13,1-15

Dans les deux traditions juive et chrétienne, manger et fêter sont beaucoup plus qu’une simple façon d’alimenter le corps, de goûter certains mets ou de célébrer un événement. Manger et festoyer sont devenus pour les deux traditions des rencontres avec des réalités transcendantes, une union avec le divin. Dans le Nouveau Testament, le ministère de Jésus se passe très souvent à table durant les repas. Certains disent que nous sommes toujours en train de manger avec Jésus dans les Évangiles!

Jésus assiste à de nombreux repas dans les quatre Évangiles : avec Lévi et ses collègues de bureau, avec Simon le Pharisien, avec Lazare et ses sœurs à Béthanie, avec Zachée et la foule à Jéricho, avec des parias et des centurions, avec une multitude de gens dans les collines de Galilée et chez ses disciples. C’est finalement durant son dernier repas que Jésus nous laisse son cadeau le plus précieux : l’Eucharistie. La lecture des Écritures, le Jeudi saint, nous enracine profondément dans notre passé juif : nous célébrons la Pâque avec le peuple juif, nous recevons de saint Paul ce qui lui a été transmis, c’est-à- dire le banquet eucharistique, et nous regardons Jésus dans les yeux tandis qu’il s’agenouille devant nous pour nous laver les pieds. Au lieu de nous présenter l’un des récits synoptiques de l’institution de l’Eucharistie, l’Église nous présente un tableau troublant : le Maître agenouillé devant ses amis, lavant leurs pieds dans un geste d’humilité et de service.

Imaginez la scène! Jésus se noue une serviette autour de la taille, prend un pichet d’eau, se penche et commence à laver les pieds des disciples pour enseigner à ses amis que la libération et la vie nouvelle ne s’obtiennent pas en trônant sur les multitudes ou en multipliant les sacrifices sanglants sur les autels de l’époque, mais en cheminant avec le pauvre et le marginal et en les servant comme l’esclave chargé de laver les pieds des voyageurs.

Durant cette nuit sainte de l’« institution », lorsque Jésus but la coupe de son sang et s’abaissa pour laver les pieds, il instaura entre ses disciples et nous une alliance nouvelle et dynamique. C’est comme si l’histoire entière du salut se terminait cette nuit, alorsque tout commence. Les pieds nus et la voix de Dieu nous parlent dans la chair et le sang : « Ce que j’ai fait pour vous, vous devez le faire aussi. » Le lavement des pieds est l’intégrale de la dernière Cène. C’est pour Jean la manière de dire à ceux qui suivent Jésus tout au long des âges : « Vous devez vous souvenir de son sacrifice à la messe, mais vous devez aussi vous rappeler qu’il vous a demandé d’aller servir le monde. » [Read more...]