Sur l’importance de l’autocritique et de l’humilité

Vingt-sixième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 30 septembre 2018

Les prophètes bibliques sont ceux qui ont reçu un appel divin à devenir messager et interprète de la Parole de Dieu. La parole qui rejoint le prophète l’oblige à parler. Alors, Amos demanda : « Quand le Seigneur Dieu a parlé, qui ne prophétiserait? » (Amos 3,8) Jérémie est abattu face au message de souffrance qu’il n’arrivait pas à transmettre aux personnes qu’il aimait. Ce qui étouffe la parole : « Je me disais : “Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. ”, Mais il y avait en moi comme un feu dévorant, au plus profond de mon être. Je m’épuisais à le maîtriser, sans y réussir. » (Jérémie 20,9) Peu importe le format du message la vraie vison de Dieu, typiquement israélite, du prophète l’a imprégné au plus profond de sa pensée de sorte qu’il voit les choses selon le point de vue de Dieu et qu’il est convaincu qu’il les perçoit ainsi. L’obéissance à la Parole de Dieu est essentielle à la mission du prophète.

Pour faire de tout le peuple du SEIGNEUR, un peuple de prophètes!

Dans la première lecture d’aujourd’hui tirée du Livre des Nombres (11,25-29), Dieu a donné le don de prophétisme à certains, ce qui surprit Moïse. Plus tôt, il s’était plaint à Dieu soutenant qu’il lui était impossible de subvenir aux besoins d’Israël à lui seul dans le désert. Comme solution, Dieu promit de conférer cet esprit prophétique de Moïse à soixante-douze anciens. Bien qu’Eldad et Medad ne soient pas venus à la tente de la rencontre lorsque l’esprit de Dieu reposa  sur Moïse, ils reçurent tout de même ce don et se mirent à prophétiser.

Lorsque Josué, l’assistant de Moïse, voulut taire cette prétendue rébellion contre l’autorité, Moïse répliqua: « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes! » (Nb 11,29) Moïse est content que l’esprit du prophétisme soit partagé avec ceux qui n’étaient pas présents au premier envoi des anciens. On reproche à Josué sa jalousie. L’autorité spirituelle peut engendrer de graves abus. Il doit être géré prudemment, humblement et avec dignité. Les leçons apprises nous communiquent que la capacité de Dieu à partager l’esprit n’est pas restreinte: Dieu seul en est la mesure.

L’inutilité toujours actuelle de la richesse

Dans la deuxième lecture de la Lettre de St-Jacques (5,1-6), un reproche sur un ton sévère nous rappelle ceux des prophètes de l’Ancien Testament (ex. : Amos 8,4-8). Ce passage n’est pas prévu pour les riches à qui il s’adresse pourtant par des figures de style, mais il sert plutôt d’avis salutaire aux croyants de la foi horrible de ceux qui abusent des richesses et peut-être même de consolation à ceux qui sont opprimés par les riches (Jc 2,5-7) Le mode d’introduction identique dans 5, 1-6 et 4, 13-17 et la façon dont l’auteur s’adresse directement au peuple indique le parallèle entre les deux parties. Toutefois, le passage actuel porte un ton beaucoup plus dur que le premier d’autant plus qu’il ne semble pas offrir la chance de se repentir. Dans 5, 2-3, l’usage du passé composé (ex. : richesses sont pourries et vêtements sont mangés) nous indique probablement l’inutilité toujours actuelle de la richesse. Bien que l’argent et l’or, en fait, ne rouillent pas (v.3), l’expression qui les désigne nous indique clairement leur inutilité.

Cette lecture de St-Jacques ne semble pas analogue aux deux autres, particulièrement en ce qui concerne les dons spirituels qui se manifestent à l’extérieur du groupe des disciples de Jésus. Néanmoins, il s’agit de propos sévères contre les riches qui profitent de leurs employés ou retiennent leur paye de même qu’un aperçu des abus de pouvoir. St-Jacques nous parle explicitement de l’univers séculier de l’emploi, des salaires et tous simplement du droit à une récompense pour le travail accompli. L’auteur de la Lettre de St-Jacques maintient que les riches ont maltraité leurs employés. Les riches ont refusé aux pauvres le salaire qui leur revenait, et par conséquent, leur argent et leur or rouilleront et leurs vêtements seront ravagés par les mites. Les riches n’ont pas réalisé que Dieu est le Dieu des pauvres et intercède en leur nom.

La communauté ecclésiale de Marc est en difficulté

Le passage de l’Évangile d’aujourd’hui (Mc 9, 38-43, 45, 47-48) a été assemblé rapidement et reflète ainsi les difficultés de la communauté ecclésiale de Marc. Premièrement, il y a un entretien entre Jean et Jésus au sujet du mauvais esprit (9,38) qui est suivi du rejet par Jésus de l’élitisme des disciples (39-40). En deuxième partie (41), quiconque donne un verre d’eau aux disciples appartiendra au Christ; en troisième partie (42), Jésus souligne que les petits seraient entièrement dépendants de Dieu et que personne ne devrait les détourner du droit chemin.

L’explication de Jésus, quant aux actes des disciples qui ont tenté d’arrêter ce mauvais esprit, marque une certaine ironie. Dans 9, 14-29, les disciples n’arrivent pas par eux-mêmes à expulser un esprit mauvais d’un jeune garçon et c’est pourquoi ils sont réprimandés par Jésus. À ce moment-là, ils voulaient retenir un exorciste qui avait réussi simplement parce qu’il ne faisait pas partie de leur propre groupe. Ainsi, la question ne se pose pas si l’esprit agit au nom et au pouvoir de Jésus, mais bien s’il fait partie de leur propre regroupement d’élus. Ainsi, on expose aux yeux de tous les attitudes élitistes des disciples. Le succès de l’exorciste étranger menace leur statut de disciples «officiels»! Jésus leur répond avec un simple mot inclusif qui pourtant reconnaît réellement la problématique du ministère non autorisé (9,39). Les disciples doivent laisser grandir ces dons de générosité et de miséricorde.

La nécessité de l’autocritique

Dans la deuxième moitié du passage, nous constatons qu’un agencement de dictons nous appelle à prendre une position autocritique. Les disciples sont poussés à réfléchir sur leur propre style de vie et leur ministère. Est-ce que leurs paroles ou leurs actes serviront, en partie, comme pierre d’achoppement pour les fils et les filles de l’église? Marc fait usage des paroles de Jésus au sujet du scandale et du mauvais usage des mains, des yeux et des pieds. Jésus n’ordonne pas la mutilation. Il utilise simplement les expressions sémitiques typiques de son époque, c’est-à-dire de façon vive, intense et souvent exagérée. Rien ne surpasse le Christ. Lorsque Jésus ordonne «coupe-le», il ne s’agit pas de mutilation, mais plutôt une incitation à la libération de manière à nous libérer pour aimer sans réserve, contrairement aux emprises de l’amour de soi-même où tout, peut-être tout le monde, même Dieu, doit être axé sur nous. Un des paradoxes fascinants de ce récit est le suivant : Plus on se fixe sur le Dieu présent en nous, sur les personnes dans le besoin que Dieu chéri et sur la terre que Dieu a perçue comme étant « très bon » (Gn 1,31), alors plus enrichissante sera l’amour de soi. La vie humaine est une question de relations avec Dieu, avec les gens et avec la terre.

Malgré son discours décousu, le passage de l’Évangile d’aujourd’hui sert de parfaits antidotes aux tentations omniprésentes qu’ont les humains de surestimer leur position d’élus de Dieu. La nature humaine a tendance à porter des jugements catégoriques qui causent parfois l’élitisme, c’est-à-dire conclure que les autres ne méritent pas notre lien. Nous ignorons ainsi la consécration de Dieu de nos mains pour travailler, de nos yeux pour la perception et de nos pieds pour marcher à la manière spéciale de Dieu. Nous rejetons les autres comme des exclus, étrangers à nos rangs et à notre statut. Au lieu de remettre en question le bien-fondé des autres groupes efficaces et même appréciés, on nous rappelle d’une manière vive l’importance de l’autocritique et de l’humilité.

Sur l’humilité

Jésus a affirmé « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. » (Mt 11,29) La plupart des saints ont prié pour l’humilité qui s’est également manifestée dans leurs vies. Plusieurs d’entre nous vivent dans une société et une culture où la seule façon d’avancer et de faire une différence est de mettre en valeur la promotion de ses mérites, sa capacité de s’affirmer, sa compétitivité et ses moyens de mettre en évidence ses exploits.

La vertu d’humilité est une qualité des personnes qui, face à leurs défauts, se perçoivent d’une manière modeste et se soumettent volontiers à Dieu et aux autres pour l’amour de Dieu. Comment atteindre un équilibre entre l’humilité et la docilité tout en s’affirmant assez pour réussir dans le monde d’aujourd’hui? Devons-nous en sacrifier l’un pour l’autre ? En menant sa vie avec justesse et droiture, nous pouvons devenir des leaders humbles. Ce qui diffère des habilités de réussite et d’être promu à des postes qui comportent plus de responsabilités.

L’humilité de Mère Cabrini

J’ai grandi dans un foyer italo-américain où mes parents et mes grands-parents me racontaient souvent des contes au sujet des saints et des béatifiés. Évidemment, deux Italiens figuraient en tête de liste: Mère Cabrini et Padre Pio ! Sainte Françoise-Xavière Cabrini (1850-1917) était la première Américaine ‘canonisée’ par l’Église. Quand j’étais jeune, on nous donnait la prière d’humilité de Mère Cabrini que je conserve dans ma bible depuis mon enfance. La vie de Mère Cabrini et les paroles de sa prière incarnent plusieurs idées qui se retrouvent dans les lectures bibliques d’aujourd’hui.

Seigneur Jésus-Christ, je prie afin que tu puisses me fortifier avec la grâce de l’Esprit Saint et que tu donnes ta paix à mon esprit, pour me libérer de toutes craintes et inquiétudes qui ne valent pas la peine. Aide-moi à vouloir ce qui te plait et qui t’est acceptable, pour que ta volonté puisse être ma volonté.

Libère-nous des désirs impurs et que pour ton amour, je puisse demeurer inconnu dans ce monde et n’être connu que par toi.

Ne me permets pas de m’attribuer le bien que tu accomplis en moi et par ma personne, mais plutôt de te conférer tout honneur. Ne puis-je qu’admettre mes infirmités de façon à renoncer sincèrement toute gloire vaine qui provient du monde terrestre pour que je puisse aspirer à la vérité et à la gloire infinie qui provient de toi seul. Amen.

Le sens de la Sagesse chrétienne

Vingt-cinquième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 23 septembre 2018

Dans la première lecture d’aujourd’hui, l’image du juste du Livre de la Sagesse est fondée sur  le quatrième chant du Serviteur (Isaïe 52,13-52,12) ainsi qu’Isaïe 42,1 et le psaume 22,8. Bien que les rabbins de Palestine n’aient pas intégré le Livre de la Sagesse dans le canon, ces Écrits auraient néanmoins influencé  les auteurs du Nouveau Testament qui dressent une  image précise  de Jésus, c’est-à-dire celle du juste qui fut injustement condamné.

La première lecture d’aujourd’hui (Sg 2 ,12 et 17-20) peint un portrait des méchants qui veulent tendre un piège au juste. Une image qui risque de choquer les auditeurs.  D’autant plus que les actes et les pensées des méchants sont froides et délibérées: « Voyons si ses paroles sont vraies, regardons où il aboutira. Si ce juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et le délivrera de ses adversaires. Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. Condamnons-le à une mort infâme, puisque, dit-il, quelqu’un veillera sur lui.» (2, 17-20)

On attaque le juste puisque  son mode de vie réprouve celui des méchants : «il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu» (2,12).  On reconnaît  la fidélité du juste. Ainsi, la communauté qu’il partage avec Dieu n’est pas la cause de sa mort. Le juste, caractérisé par sa douceur et patience, est mis à l’épreuve, persécuté et même tué par les méchants, pleins d’assurance. Ils veulent à tout prix persécuter le juste, car sa vie et ses paroles mettent leurs faiblesses en évidence (2,12-16) et ils sont déterminés à éprouver les affirmations du juste (vv. 17-20). Par ses méfaits, les méchants suscitent la mort.

Qui est sage parmi nous?

Au début de la Lettre de St-Jacques (ch.3), la question suivante suscite la discussion: « Y a-t-il parmi vous un homme de sagesse et d’expérience? » Autrement dit, comment perçoit-on la sagesse? Le passage de Jacques 3,13-4,3 présente  les signes de sagesse, celle de Dieu et également, les autres types de la sagesse qui sont « terrestre, purement humaine, diabolique » (3,17). Dans 4,14, St-Jacques énonce une dichotomie prononcée entre le sage et son contraire, il décrit le sage comme étant ennemi du monde terrestre et l’autre comme étant «ennemi de Dieu» (4,4). « Au contraire, la sagesse qui vient de Dieu est d’abord droiture, et par la suite elle est paix, tolérance, compréhension ; elle est pleine de miséricorde et féconde en bienfaits, sans partialité et sans hypocrisie. » (3,17)

L’association des divers  vices et vertus  aux différentes sagesses s’accentue dans 4,1-3 lorsque l’auteur aborde la problématique des conflits internes. Quand les motifs et les comportements  s’opposent, il est évident que la sagesse est absente. L’auteur de la Lettre de St-Jacques définit la Sagesse comme étant docile, clémente et pacifique. Ce sont toutes des qualités attribuables aux enfants, pourtant Jacques et les écrits du Livre de la Sagesse les reconnaissent comme étant également des qualités d’un adulte mature. À l’opposé, une personne dépourvue de telles qualités risque de se transformer en un monstre coupable de conflits, de disputes, de guerres, de meurtres, de  jalousie, de querelles et de bagarres. De telles personnes gaspillent, pour leurs propres plaisirs, tout ce qu’ils ont reçu. La vraie sagesse chrétienne se dévoue aux autres alors que la jalousie et les conflits sont égocentriques. Ce passage nous indique clairement que nous devrions copier ce modèle de sagesse chrétienne plutôt que celui de la gloire et de la fortune.

Les éléments de la sagesse chrétienne

Le passage de l’Évangile d’aujourd’hui  (Marc 9,30-37) est le deuxième des prédictions de la passion de Jésus dans l’Évangile de Marc. Jésus annonce sa passion et sa mort, ce qui laisse ses disciples bouche bée. Entre-temps, ils s’obstinèrent entre eux à savoir qui était le plus important. On retrouve le même modèle que dans l’Évangile de la semaine dernière, c’est-à-dire la prédiction, les malentendus et les directives sur le caractère de l’apostolat.

Pour Marc, ces scénarios comportent tous les éléments de la sagesse chrétienne. Comme les autres prédictions, le passage d’aujourd’hui est suivi d’une série de dictons au sujet de l’apostolat (9,30-37). Dans cette brève discussion avec Jésus, trois éléments de l’apostolat nous sont révélés.

Premièrement, les disciples sont choisis parmi d’autres pour des directives particulières  même à la suite d’échecs. L’incident, directement avant, nous fait le récit de disciples incapables d’aider un père et son  fils qui était possédé par un esprit impur (9,14-29). Jésus les réprimande sévèrement, car leur échec a causé  une autre confrontation avec les scribes : « Combien de temps devrai-je vous supporter ? » (9,19) pourtant, les faiblesses des disciples n’ont pas atténué sa ferveur quant à leur préparation pour la vie dans le royaume de Dieu.

Deuxièmement, le message de Jésus est déroutant pour les disciples. Pour une deuxième fois, Jésus prévoit ce qui va se passer à Jérusalem, mais les disciples n’arrivent pas à le comprendre et ils sont tellement intimidés qu’ils  ont peur de l’interroger (9,32). Lorsque Jésus leur demande de quoi ils discutaient en chemin, embarrassés, ils se turent. Bien que n’ayant  peut-être pas compris grand-chose, ils savaient certainement  que leur dispute avait été totalement hors sujet. Ils étaient humiliés et avaient un air penaud. Pourtant, Jésus n’allait pas les laisser tomber.

Troisièmement, les disciples reçoivent  une leçon en profondeur sur ce que signifie être serviteur. Lorsque Marc utilise le mot « serviteur » dans l’Évangile d’aujourd’hui, il l’écrit en grec, ce qui signifie également diacre. Ce mot parait tout d’abord dans le récit des serviteurs qui servent de l’eau changée en vin au festin des noces  à Cana (Jn 2, 5-9). Matthieu en fait usage pour les serviteurs de l’empereur  dans la parabole du festin nuptial (Mt 22,13). St-Paul se décrit comme étant ministre de l’Évangile (Col 1,23; Eph 3,7), ministre de l’Église (Col 1,25) et ministre d’une Alliance nouvelle dans l’Esprit du Dieu vivant (2 Cor 6,4). Ce qui désigne, dans Jean,  généralement  tous ceux qui  adhérent à Jésus, c’est-à-dire qu’ils sont ses «diacres», ses serviteurs (Jn 12,26).

Jésus nous dit qu’il n’est pas venu sur terre pour être servi, mais pour servir (Mt 20,28; Mc 10,45). Lorsque Jésus parle du dernier de tous et du serviteur de tous (9,35), il rajoute un sens particulier aux paroles précédentes sur le fait de porter sa croix et perdre sa vie (8,34-38).

Redéfinir la notion de grandeur

La notion de grandeur est complètement redéfinie pour les disciples. De nouvelles catégories vont établir le succès et l’échec, le gagnant et le perdant, la réussite et l’inachèvement. À ce moment précis, Jésus place l’enfant au milieu d’eux. L’accent n’est pas mis sur la naïveté,  l’innocence, la confiance ou l’enjouement  de l’enfant, mais plutôt sur son statut modeste puisqu’il serait toujours sous une autorité quelconque et ses droits seraient empiétés. Jésus façonne de nouveaux modèles de relations: Accueillez un enfant en mon nom et c’est moi que vous accueillez. Accueillez-moi et c’est Dieu même que vous accueillerez. Une communion d’hospitalité est établie entre l’enfant, Jésus et Dieu.

L’enfant est un bon symbole d’impuissance et d’une dépendance totale aux autres. Marc nous enseigne d’accueillir les impuissants et ceux qui sont privés de leurs droits. Par ce geste, Jésus nous illustre les qualités d’enfants en chacun de nous. Jésus possède en lui les qualités de cet enfant et il ne s’attend ni plus ni moins qu’à ces qualités de la part de ses disciples.

Les disciples deviennent l’image même de notre propre reflet. Leurs échecs et leurs incompréhensions caractérisent les modèles des générations futures de disciples qui, comme nous, seront un peu lents à comprendre le message  radical de Jésus.

Nos propres habiletés de vertu et de sagesse

Une des  leçons  universelles les plus profondes sur l’acquisition de la vraie sagesse fut enseignée par l’un des serviteurs de Dieu, Jean Paul II, lors de son discours historique à l’assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies à New York le 5 octobre 1995. Aujourd’hui, ces paroles sonnent toujours vraies dans mon cœur et mon esprit. Le Saint-Père prononça ces paroles en s’adressant aux chefs des pays du monde :

Nous devons vaincre notre peur de l’avenir. Mais nous ne pourrons la vaincre entièrement qu’ensemble. La « réponse » à cette peur, ce n’est pas la coercition ni la répression, ni un « modèle » social unique imposé au monde entier. La réponse à la peur qui obscurcit l’existence humaine au terme du vingtième siècle, c’est l’effort commun pour édifier la civilisation de l’amour, fondée sur les valeurs universelles de la paix, de la solidarité, de la justice et de la liberté. Et l’ « âme » de la civilisation de l’amour, c’est la culture de la liberté: la liberté des individus et des nations, vécue dans un esprit oblatif de solidarité et de responsabilité.

Nous ne devons pas avoir peur de l’avenir. Nous ne devons pas avoir peur de l’homme. Ce n’est pas par hasard que nous nous trouvons ici. Toute personne a été créée à « l’image et à la ressemblance » de Celui qui est à l’origine de tout ce qui existe. Nous sommes capables de sagesse et de vertu. Avec ces dons et avec l’aide de la grâce de Dieu, nous pouvons construire dans le siècle qui est sur le point d’arriver et pour le prochain millénaire une civilisation digne de la personne humaine, une vraie culture de la liberté. Nous pouvons et nous devons le faire! Et, en le faisant, nous pourrons nous rendre compte que les larmes de ce siècle ont préparé la voie d’un nouveau printemps de l’esprit humain.

Prions pour que le Seigneur fasse germer en nous les graines de la droiture d’esprit, de la sagesse et de la vertu, semées dans nos cœurs humains.  La civilisation d’amour et la culture de liberté, dont on rêve tous, seront impossibles sans ces dons.

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(Image : Jésus et le petit enfant par James Tissot)

Affirmation, identité et objectif de la mission de Jésus

Vingt-quatrième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 16 septembre 2018

Le récit de l’évangile de ce dimanche (Marc 8, 27-35) porte sur l’affirmation, l’identité et l’objectif de la mission de Jésus. Marc fait de cet épisode le cœur de son évangile. On le trouve immédiatement après le récit de la guérison de l’aveugle de Bethsaïde.

Cette restauration de la vue prépare la scène à la profession de foi de Pierre et au moment glorieux de la Transfiguration. La nature véritable de Jésus est graduellement révélée aux disciples. Leur cécité est guérie mais ils ne saisissent toujours pas pleinement le sens de ce qu’ils voient. À partir de ce moment, tous les éléments de l’évangile de Marc portent vers la crucifixion.

S’il y avait un «point tournant» dans la description du ministère public de Jésus que fait Marc, c’est bien l’évangile de ce dimanche. Au cours de mes études postuniversitaires en Israël dans les années 90, j’ai eu le privilège de travailler avec l’équipe archéologique qui effectuait les excavations à Césarée-de-Philippe, aujourd’hui appelé «Banias», qui réfère à «Paneas» ou au dieu grec Pan. Luxure et violence étaient monnaie courante dans ce lieu où était adoré ce dieu.

Au temps de Jésus, ce temple était reconnu comme le lieu d’un culte pour la fertilité très populaire. Nous sommes au nord d’Israël, à la frontière de la Syrie, au pied du majestueux mont Hébron. Jésus et ses disciples arrivent dans la région de Césarée-de-Philippe au cours d’un long périple qui les menait loin de chez eux.

Césarée-de-Philippe avait été construite par Philippe, une autre génération de la famille hérodienne. Il s’agissait d’une ville garnison pour l’armée romaine. Au cœur de ce lieu de culte païen au dieu grec, Jésus questionne ses disciples au sujet de son identité. Jésus demande ce que les autres disent de lui. Comment percevaient-ils son œuvre? Qui est-il selon eux? Probablement surpris par cette question, les disciples ratissent leurs souvenirs pour une conversation passée, une opinion ou une rumeur qui circulaient dans l’une des villes aux alentours du lac. Jésus lui-même est bien au courant de ce qu’on dit de lui et connaît trop bien les attitudes blessantes de ses propres concitoyens de Nazareth.

En réponse à la question de Jésus, les disciples dressent une série de qualificatifs que les gens lui accolent. Ces noms révèlent les diverses attentes des gens à son endroit. Certains le voyaient comme Élie qui œuvrait pour une véritable confrontation avec les pouvoirs en place. D’autres le reconnaissaient plutôt à l’image de Jérémie, non moins véhément mais insistant surtout sur le cheminement intérieur, la dimension privée de la vie.

Jésus pousse la question plus loin: « Et vous, que dites-vous? » Pierre lui répond, « tu es le Messie » du Dieu unique. Jésus reconnaît cette identification mais interdit que l’on fasse connaître son rôle messianique afin d’éviter les confusions avec des idées contemporaines ambigües rattachées à ce titre. Jésus affirme ensuite, d’une manière énigmatique, que le Fils de l’Homme doit souffrir, être rejeté, mourir et ressusciter trois jours après.

Le concept de messie dans le judaïsme

À l’époque, le judaïsme avait plusieurs conceptions du messianisme. L’idée du Messie qui a reçu l’onction comme roi idéal descendant de David en est le portrait le plus récent, mais au cours de la période Maccabéenne (163-63 avant J.-C.) des testaments grecs des Douze Patriarches démontrent la croyance en un Messie de la tribu de Lévi, à laquelle appartenait la famille maccabéenne. Les Manuscrits de la Mer morte renferment diverses idées : un Messie prêtre et un Messie (laïc) d’Israël; un prophète comme Moïse (Dt 18, 18-19) qui est également l’étoile de Jacob (Nb 23, 15-17) ; mais aussi le Messie davidique. Melchizedek est aussi un libérateur, sans toutefois être qualifié de Messie.

Proclamer que Jésus est le Messie était donc une affirmation lourde de sens et dangereuse. C’était tout ce que les ennemis de Jésus cherchaient à utiliser contre lui, et il y en avait déjà plusieurs qui étaient prêts à s’enregistrer sous la bannière de prétendant royal. Le destin de Jésus ne correspondait pas à ce rôle… Il n’allait pas, ni n’aurait pu, être ce genre de Messie politique ou militariste.

Identifier le rôle de Jésus aujourd’hui

Les discussions pour identifier Jésus et son rôle messianique se poursuivent de nos jours. Certains affirment que chaque chrétien de même que l’Église entière devraient être à l’image d’Élie qui confrontait publiquement les institutions, le systèmes et les règles établis. C’est ainsi qu’il voyait son rôle. Lisez le premier livre des Rois (chapitres 17 à 21) pour constater ce que Élie a enduré. Ceux qui sont remplis de violence n’apportent pas souvent la paix et la justice dans des situations qui sont à la fois injustes et mal. D’autres disent, comme Jérémie, que le règne du Christ, par son Église, est le côté privé de la vie. Et il y a ainsi bien des gens dans notre onde aujourd’hui qui souhaiteraient réduire la religion et la foi à la sphère privée.

Jésus sonde au-delà de ces deux approches et demande : «Vous, qui dites-vous que je suis?» Dans la réponse de Pierre, « Tu es le Messie, » lancée avec son impétuosité habituelle, nous découvrons un concept qui implique les deux idées et qui va même plus loin. Le Messie est venue dans le monde, et dans les vies individuelles, d’une manière absolue, réconciliant ainsi la distinction entre la sphère privée et la sphère publique. La qualité de notre réponse à cette question est la meilleure mesure de la qualité de notre manière d’être disciples. Chacun de nous doit passer par Césarée de Philippe et répondre à la question : «Pour vous, qui suis-je?»

Quelques faits au sujet de Jésus

Alors que nous continuons de répondre à la question «Qui est Jésus pour nous?», rappelons certains faits sur l’identité et la mission de Jésus qui ont préparé la mission de l’Église dans le monde aujourd’hui.

1- Jésus est né d’une tribu de Judée – ce n’est pas la tribu sacerdotale de Lévi ou la famille sacerdotale de Zaddock. Jésus n’était pas un politicien.

2- Jésus avait tout de même une acuité politique certaine. Une mission à l’échelle du monde ne peut être entreprise indépendement, sans interaction avec le politique.

3- Jésus s’est installé à Capharanaüm et non à Qumran dans le désert ou dans quelque village ou havre loin de l’action. À Capharnaüm, sur la rive nord-ouest de la rivière de Galilée était un carrefour important. Jésus se sentait bien à Capharnaüm, bien plus qu’à Jérusalem.

4- Jésus s’est attaché aux impurs, aux malades, aux mourants, aux pécheurs et à tous ceux qui vivent en marge de la société. Toute sa vie durant, Jésus met la justice biblique en pratique en proclamant les Béatitudes. La vraie justice est l’affiliation avec le malade, le pauvre, l’affamé, le handicapé. Mais Jésus n’a pas négligé les autres pour autant. Il mangeait avec les riches et les puissants de même qu’avec les pauvres et les abandonnés. Il s’est fait l’ami des pécheurs et des misérables sans jamais condamner leurs comportements, mais les invitant plutôt à adopter un autre style de vie. Jésus nous enseigne qu’en étant avec tout ce monde, il enseigne et guérit aussi. Sa solidarité avec les impurs, les injustes et les pécheurs sauve aussi.

5- Jésus n’a pas prêché le royaume politique de David mais plutôt le Royaume de Dieu. Il avait le don de ratisser large et d’intégrer toutes les dimensions dans sa vision du royaume. Tout au long de sa vie terrestre, il a voulu combler les espoirs d’Israël. La Bonne Nouvelle qu’il prêchait portait d’abord sur l’amour. Contrairement à certaines opinions toujours répandues de nos jours, Jésus n’était pas un révolutionnaire, encore moins un socialiste. Il ne dénonçait pas les injustices, mais les confrontait avec amour. Il est frappait de voir combien de ses paraboles portent sur des situations injustes, non pas pour condamner l’injustice, plutôt pour montrer le zèle, l’ingéniosité et la persévérance de l’injuste comme modèle pour ceux qui vivraient par amour. Encore là, les injustes ne s’y méprennent pas et  reconnaissent en Jésus et ses disciples une remise en question fondamentale de leur style de vie.

Suivre Jésus aujourd’hui

« Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l’Évangile la sauvera. » (vv 34-35) Ses paroles de Jésus à la fin de l’évangile de ce dimanche mettent au défi tous les croyants afin qu’ils soient des disciples authentiques, engagés pour lui et en lui, dans le renoncement et l’acceptation de la croix, jusqu’au sacrifice de sa vie. La voie de la croix n’était pas seulement pour Jésus mais pour tous ceux qui affirment le suivre. La victoire et la gloire pointent peut-être à l’horizon, mais seulement pour ceux qui auront embrassé la croix. Quiconque comme Pierre rejette cette demande est avec Satan. La vie centrée sur la vie terrestre, niant le Christ, finit dans la destruction, mais lorsqu’elle est vécue en fidélité au Christ, malgré la mort terrestre, conduit à la plénitude.

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Pour une communication de qualité

Vingt-troisième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 9 septembre 2018

Dans ce magnifique poème biblique du livre d’Isaïe 35,4-7 (la première lecture d’aujourd’hui), le prophète annonce que la captivité babylonienne tire à sa fin. L’exode du peuple de Dieu, esclave en Égypte, est devenu un modèle qui invite à réfléchir sur le salut et un symbole de cet important pèlerinage de la famille humaine vers Dieu. Le prophète Isaïe a fait la rencontre d’une communauté d’exilés à la mine abattue. Il réagit en leur rappelant des souvenirs joyeux de l’Exode hors d’Égypte.

Pourtant, un deuxième Exode se profile, symbolisé par la guérison accordée aux aveugles, aux boiteux et aux muets ainsi qu’une vie nouvelle pour les morts. Après avoir été libéré par Dieu, le peuple entier devra retourner,  par le désert, sur sa propre terre, lors d’un nouvel Exode. Selon la prophétie d’Isaïe qu’il n’y aura alors qu’une seule voie pure comme chemin vers la sainteté sur lequel le racheté devra marcher.

Dans le désert, l’eau jaillira. Le pouvoir rédempteur de Dieu rejoint les personnes affaiblies afin de guérir tous les maux qui frappent l’humanité. Ainsi, Isaïe souligne les afflictions guéries par Dieu : « Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Alors, le boiteux bondira, et la bouche du muet criera de joie.»

Isaïe prédit cette vie nouvelle en abondance que Matthieu propose dans sa conception de la guérison «d’un sourd-muet» (Marc 7, 31-37). Dans l’Évangile de Marc, ce récit de la guérison du sourd-muet nous incite à prendre en considération certains points importants qui, dans le Nouveau Testament, portent sur la maladie et la souffrance. Les malades dans la Bible sont ceux qui se sont éloignés du droit chemin ou qui se sont simplement écartés de l’état d’intégrité et de plénitude humaine. Jésus les guérit en les rétablissant, ainsi les lépreux sont purifiés, les aveugles peuvent voir, les muets parlent, etc.

Nous possédons peu d’information sur la façon dont Jésus accomplissait ses guérisons. Jésus n’a certainement pas fait de miracles d’un coup de baguette magique ou par pichenette. L’homme guérit par Jésus était sourd et muet, de ce fait il lui était impossible de communiquer avec les autres, d’entendre sa propre voix ou encore, d’exprimer ses sentiments et de faire valoir ses besoins. Au moment de la guérison du sourd, Jésus pousse un soupir en lui touchant les oreilles. Ce qui nous indique qu’il s’unissait à la souffrance des gens et qu’il s’associait profondément à leurs malheurs afin qu’ils deviennent son propre fardeau.

« Ephata ! Ouvre-toi ! »

L’Église des premier temps admirait tellement la guérison miraculeuse du sourd qu’elle lui accorda une place importante en incorporant ces gestes du Seigneur au rite du baptême des nouveaux chrétiens. Même aujourd’hui, lors du baptême, le pasteur met ses doigts sur nos oreilles, touche le bout de notre langue et répète les paroles prononcées par Jésus : « Ephata !», c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! » Il permit aux sourds d’entendre et aux muets de parler.

On apprend par l’écoute

La vue se rapporte aux choses alors que l’écoute a trait aux êtres humains. La vue est liée aux sciences, aux observations et à l’objectivité. L’écoute se rapporte aux relations personnelles et à la subjectivité. Lorsque je fais usage de mes yeux pour voir des personnes ou des choses, je suis en contrôle de l’information qui se porte vers moi puisque je peux fermer les yeux si je le désire. Lorsque je lis moi-même les paroles des Écritures saintes, je peux simplement me fermer les yeux et m’arrêter de lire. Toutefois, l’oreille est différente de l’œil. Il m’est impossible de me fermer les oreilles. Alors, la seule façon de ne plus entendre est bel et bien de sortir de la pièce.

Nous découvrons les autres par l’écoute des choses qu’ils ont à dire. La langue nous révèle ce qu’il a de plus profond chez la personne, ce que la vue n’arrive pas à faire. Si nous voulons apprendre à connaître Dieu, nous devons écouter la Parole de Dieu avec l’attention portée par tout notre cœur, toute notre âme et tout notre esprit. Même, le fixer des yeux, si c’était possible, ne nous inculquerait rien de plus. Après tout, Satan s’est déguisé en ange de lumière alors que Dieu nous est apparu sous le corps brisé et mutilé d’un jeune homme qui est mort sur la croix. Qui l’aurait cru sans le regard et l’écoute que nous procure la foi ?

Lorsque nous lisons la Bible, est-ce que nous n’entendons que nos propres conclusions ? La Bible ne nous appelle pas à lire la Parole de Dieu, mais tout simplement à l’entendre et à l’écouter. Ce que transmet cette importante prière juive : « Shema Israël ! Écoute Israël !» Quelqu’un d’autre doit sûrement avoir lu la Parole pour que je puisse l’entendre et réellement la comprendre. La foi biblique ne peut aucunement être individualiste, mais doit être communautaire. Ainsi, parler et écouter exigent une soumission mutuelle. La soumission et le respect mutuel sont les fondements d’une communauté et la seule façon d’échapper l’écoute est de sortir de la pièce, de sortir de la communauté et de partir seul. Malheureusement, c’est le cas de plusieurs qui laissent la communauté de l’Église et prétendent ainsi avoir trouvé la liberté, l’autonomie et la vérité dans la solitude, loin de la communauté de foi. Ce qu’ils ont découvert n’est pas la solitude, mais plutôt l’isolement et l’individualisme acharné et égoïste. Écouter réellement suppose la soumission à l’autorité et l’adhésion à la communauté.

La surdité physique et spirituelle

Ces récits de guérison sont le reflet du lien fort et intime de Jésus à Dieu de même que sa grande compassion. Il guérit par des moyens physiques, par la parole et par le toucher. La surdité physique et la surdité spirituelle sont similaires, Jésus a fait face à la première avec l’homme qui avait une surdité congénitale et à la deuxième avec les pharisiens et les autres non réceptifs à son message. Jésus se préoccupait non seulement des infirmités physiques, mais également des handicaps spirituels et de la surdité morale.

Notre société contemporaine a développé une surdité à la parole de Jésus pourtant ce n’est pas une surdité physique, mais une surdité causée par le péché. Nous sommes devenus si accoutumés au péché que cela nous parait normal et ainsi, nous sommes devenus sourds et aveugles à Jésus et ses appels quotidiens.

Étant donné que la surdité consiste essentiellement en une incapacité de tout simplement communiquer avec son voisin ou d’avoir une bonne relation, nous devons admettre que chacun de nous est sourd ou muet dans une certaine mesure. Ce qui détermine la qualité de notre communication, de notre écoute et de notre faculté à parler n’est pas de parler ou encore de ne pas parler et de ne pas entendre, mais c’est le faire ou pas, par amour.

Nous sommes sourds et aveugles lorsque nous faisons preuve de favoritisme ou de discrimination en raison du statut ou de la richesse des autres (voir Jacques 2,1-5). Nous oublions que la faveur divine repose sur le choix et les promesses de Dieu (Jacques 2,5).

Nous sommes sourds lorsque nous n’entendons pas les appels à l’aide auxquels nous devons faire face et nous préférons semer l’indifférence entre nous et nos voisins. Se faisant, nous faisons affront aux pauvres et nous blasphémons le nom du Christ (Jacques 2, 6-7).

Les parents sont sourds lorsqu’ils n’arrivent pas à comprendre les comportements dysfonctionnels de leurs enfants qui sont signes de cris d’attentions et d’amour.

Nous sommes sourds lorsque nous nous recoquillons sur nous-mêmes de façon à nous fermer au monde extérieur par égoïsme, fierté, rancune, colère, jalousie et par notre incapacité de pardonner les autres.

Nous sommes sourds lorsque nous refusons de reconnaître les personnes souffrantes dans le monde qui nous entoure et nous ignorons les situations évidentes d’inégalités, d’injustice, de pauvreté et de ravages de la guerre.

Nous sommes sourds lorsque nous refusons d’entendre les cris des enfants à naître, de ceux qui sont vulnérables en raison de la vieillesse, de l’handicap et de ceux qui sont gravement malades alors que d’autres souhaitent mettre fin à leur vie en prétextant la miséricorde.

La surdité de Beethoven

Ludwig Van Beethoven (1770-1827), compositeur allemand et pianiste-virtuose, était l’un des compositeurs les plus appréciés de tous les temps. Mais ce que j’ignorais jusqu’à récemment c’est qu’à 28 ans, Beethoven a commencé à perdre l’ouïe. La surdité de Beethoven lui a ouvert la porte à tout ce qui existe au-delà de ce qui peut être vu ou entendu. À partir d’un très jeune âge, Beethoven fut conscient de l’unité entre la musique et Dieu. Il en était également conscient en composant sa musique. «Mon cœur et mon esprit étaient enclins, depuis l’enfance, au doux sentiment de la bonté. J’ai toujours été disposé, même à accomplir de grandes actions.» Dans plusieurs de ses lettres, Beethoven exprime son désir de servir Dieu et l’humanité en partageant sa musique. « Dieu tout-puissant, vous qui pouvez voir dans mon cœur… et vous savez qu’il est rempli d’amour envers l’humanité et du désir de faire ce qui est bien. »

La vie de Beethoven est un paradoxe. D’un côté, sa vie a été assombrie par sa surdité et d’un autre côté, son intuition spirituelle transparait dans sa musique.

Aujourd’hui, que la parole prononcée par Jésus au sourd puisse encore une fois s’adresser à nous tous : Ephata ! Ouvre-toi ! Que nos oreilles, nos yeux et nos cœurs soient ouverts à l’Évangile !

Lorsque prescriptions rime avec distractions

Vingt-deuxième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 2 septembre 2018

Combien de fois avons-nous entendu, ou peut-être même dit nous-mêmes : « Cette personne est un Pharisien » ou « Quel pharisaïsme! » L’évangile d’aujourd’hui (Marc 7, 1-8.14-15.21-23) est l’occasion de comprendre le rôle des Pharisiens dans le judaïsme, ainsi que la raison pour laquelle Jésus et d’autres se situaient si fortement contre leur comportement. Qui étaient les Pharisiens du temps de Jésus et qui sont les Pharisiens d’aujourd’hui ?

Essayons de simplifier ce sujet complexe pour éclairer l’évangile du jour. Les Pharisiens cherchaient à faire en sorte que la Loi s’incarne en chaque juif, qu’elle devienne en chacun une parole vivante, grâce à l’interprétation des commandements et leur adaptation aux diverses réalités de la vie. La doctrine des Pharisiens ne s’oppose pas à la doctrine chrétienne. À l’époque où vivait Jésus, les Pharisiens formaient le « parti conservateur » au sein du judaïsme. Leur adhésion à la Torah et au Talmud étaient des plus strictes et en faisaient des gens d’une apparence morale irréprochable. Ils étaient les leaders de la majorité des juifs et ceux qui les suivaient admiraient leur zèle et leur dévouement religieux. Les Sadducéens formaient le parti d’opposition, soit le « parti libéral » au sein du judaïsme. Ces derniers étaient populaires parmi la minorité formant la classe riche de l’époque.

Les Pharisiens sont mentionnés dans un récit de Matthieu (3, 7-10), alors que Jean le Baptiste les condamne, tout comme les Sadducéens : « Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, il leur dit : ‘Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?’ »

Jésus aussi réserva ses mots les plus acerbes pour les Pharisiens. En Matthieu 16, 6, Jésus met en garde ses disciples : « Attention ! Méfiez-vous du levain des Pharisiens et des Sadducéens. » De quoi devaient se méfier les disciples ? Était-ce de l’immoralité des Pharisiens et des Sadducéens ?

L’adhésion à la Loi

Au temps de Jésus, les Pharisiens encourageaient l’intériorité d’une authentique adhésion à la Loi, et recommandaient la pratique d’une spiritualité quotidienne ordinaire. Il y avait un petit nombre de Pharisiens qui ne se préoccupaient que des prescriptions de la Loi susceptibles d’être visibles par d’autres – ils ne s’attardaient donc qu’à respecter les manifestations extérieures de la Loi juive. Or, ces Pharisiens auraient été critiqués par les premiers, tout comme le prophète Isaïe avait critiqué l’hypocrisie, dans le passé. Ainsi, Jésus réprimandait occasionnellement les comportements aberrants de ces Pharisiens minoritaires, qui le confrontaient, par ailleurs, sur ses réinterprétations de la Loi. Mais, soulignons-le, Jésus ne condamnait pas le pharisaïsme en tant que tel, ni l’ensemble des Pharisiens.

Les Pharisiens étaient des hommes « convaincus d’être justes et qui méprisaient tous les autres » (Luc 18, 9). Ils croyaient que leurs œuvres – c’est-à-dire leur accomplissement des commandements de Dieu et leur obéissance à ses interdictions – faisaient en sorte de leur obtenir et de leur maintenir la faveur de Dieu. Les Pharisiens, dans leur autosatisfaction, méprisaient tous ceux qui ne rencontraient pas le même niveau de respect de la Loi qu’eux démontraient. Ils refusaient de manger avec les collecteurs d’impôts et les autres pécheurs, car ils se distanciaient d’eux, de par l’auto-proclamation de leur supériorité. Ils passaient leur temps à marmonner à propos des personnes qui mangeaient et buvaient avec Jésus. Jésus leur dit donc : « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs, pour qu’ils se convertissent. » (Luc 5, 31-31)

Pas une leçon de bienséance !

Dans le passage de l’évangile lu aujourd’hui (Mc 7, 1-8.14-15.21-23), les Pharisiens et les scribes se déplacent de Jérusalem pour mener leur enquête sur Jésus. Jésus abolit la pratique de pureté rituelle de même que la distinction entre la nourriture pure et impure. Les chiens de garde de la tradition religieuse citent Jésus pour son laxisme à l’égard de la Loi! Certains de ses disciples mangeaient en effet sans s’être lavé les mains (Mc 7, 2). Les Pharisiens et les scribes s’emparent de cette infraction à la loi et mettent Jésus au défi : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas sans s’être lavé les mains. » (v. 5)

Jésus ne répond pas sous forme d’une leçon de bienséance ou d’une consigne d’hygiène personnelle. Il qualifie plutôt les Pharisiens et les scribes ainsi : « Vous, hypocrites » (v. 6). Citant Isaïe, Jésus révèle la disposition de cœur de ces légalistes. Ils s’attachent aux préceptes humains et placent leur confiance dans les traditions de leurs ancêtres, aux dépens du commandement de Dieu (v. 8).

Aux pratiques de piété visibles, étroites et légalistes en matière de purification (Marc 7, 2-5), de culte (7, 6-7) et d’observation des commandements, Jésus oppose ceci : la véritable intention morale de la loi divine (7, 8-13). Cependant, Jésus fait plus que contraster la Loi et son interprétation pharisaïque. En effet, Marc 7, 14-15 met de côté la Loi elle-même, en ce qui concerne la pureté ou l’impureté de la nourriture. Le point de vue de Jésus est bien reçu – et la plupart des Pharisiens auraient été en accord -, soit que l’attitude intérieure est plus importante que l’extériorité de la Loi.

La notion pharisaïque du péché

Jésus rejette la notion de péché telle que conçue par les Pharisiens et les scribes. Selon Jésus, le péché est l’égarement de l’esprit humain et non pas une incapacité de distinguer entre certains types d’aliments. L’attitude de Jésus face au péché est cohérente avec sa vision du sabbat. Sans compassion, la lettre de la Loi est déshumanisante.

Nous pouvons constater que Jésus veut que son message soit connu des Pharisiens et des scribes (v. 1-8), de la foule (« Écoutez-moi tous, et comprenez bien », v. 14-15) et de ses disciples (v. 21-23). C’est une bonne nouvelle pour tous que Dieu ne désire pas le légalisme. Au lieu de cela, grâce à ce que Dieu a fait en Jésus Christ, le Père offre une nouvelle vie. Une vie dans laquelle l’on n’a pas à se soucier d’obéir aux règles et de se garder propre. Nous avons été purifiés; nous sommes libres désormais d’utiliser nos mains pour servir les autres, quitte à les salir, ce faisant. Dieu nous libère de la Loi. Il offre sa grâce. Voilà la même bonne nouvelle que nous pouvons partager en servant les légalistes, les foules et même les disciples de Jésus que nous côtoyons.

Pharisiens contemporains

Qui sont les Pharisiens modernes et leurs disciples? Les Pharisiens modernes sont aveuglés, tout comme le sont leurs disciples. Ce sont des personnes très religieuses, très morales, très zélées. Elles s’efforcent de garder la loi de Dieu et sont zélées dans leurs devoirs religieux. Elles fréquentent assidûment l’église tous les dimanches. Elles travaillent fort et sont des citoyens en apparence exemplaires. Elles se gardent de tout mal moral et prêchent en ce sens.

En plus de leur zèle moral et religieux, les Pharisiens modernes et leurs disciples ne croient pas que le salut repose sur le travail unique du Christ. Ils croient plutôt que le salut est ultimement le fruit des efforts humains qui s’ajoutent au travail déjà accompli par le Christ.

En contraste avec les Pharisiens modernes et leurs disciples, les vrais chrétiens sont ceux qui ne tirent leur fierté que du Christ crucifié et personne d’autre. Cela signifie qu’ils croient que le travail du Christ a assuré le salut de tous ceux qu’il représentait. Seul cette œuvre du Christ fait la différence entre le salut et la condamnation. Les vrais chrétiens savent que leurs propres efforts ne leurs vaudront aucune part de mérite devant Dieu. Ils mettent leur espoir en Christ seulement, sachant que son travail, par la grâce de Dieu, assure le salut.

Jésus a démontré ceux pour qui il était venu appeler à la conversion : seuls les pécheurs ayant besoin d’être guéris, ceux qui ne se croient pas justifiés de par eux-mêmes, ceux qui ne se présument pas investis d’un privilège divin, ceux qui ne méritent pas de faire alliance avec Dieu.

Le remède de la miséricorde

Lorsque j’entends Jésus parler du légalisme, dans l’évangile d’aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de me souvenir, avec reconnaissance et émotion, du pape Jean XXIII. Dans son discours d’ouverture historique, le 11 octobre 1962, au commencement du concile Vatican II – épisode crucial de l’Église s’il en est un -, Jean XXIII a exprimé très clairement qu’il n’avait pas convoqué Vatican II afin de redresser des erreurs ou de clarifier des éléments de doctrine. L’Église, aujourd’hui, a-t-il insisté, doit « recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité. »

Le « bon pape Jean », tel qu’il était surnommé, rejetait le point de vue de ceux qui « annoncent toujours des catastrophes ». Il en parlait comme de « prophètes de malheur » qui se comportaient « comme si l’histoire, qui est maîtresse de vie, n’avait rien à leur apprendre. » La Providence divine, a-t-il affirmé, conduisait le monde vers un nouvel ordre social et des relations nouvelles. Et tout, même les différences humaines, contribuent au plus grand bien de l’Église, disait-il.

« Papa Roncalli » était un être humain, plus préoccupé par sa fidélité que par son image, plus soucieux de ceux qui l’entouraient que de ses propres désirs. Avec une chaleur et une vision contagieuses, il a souligné la pertinence de l’Église dans une société en changement constant et a mis en lumière les vérités profondes de l’Église dans le monde moderne. Il savait que sans compassion, la lettre de la loi était déshumanisante.

« Papa Giovanni » a été béatifié par son successeur, le pape Jean-Paul II, en 2000. Il fut canonisé par le pape François en 2014. Puisse-t-il changer le cœur des Pharisiens et Sadducéens modernes qui sont bien vivants et présents dans l’Église et le monde d’aujourd’hui !

« Voulez-vous partir, vous aussi ? »

Vingt-et-unième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 26 août 2018

L’évangile de ce dimanche (Jean 6, 60-69) relate les réactions mitigées des disciples de Jésus suite à son discours sur le Pain de Vie, que nous avons pu entendre ces dernières semaines. Jésus a offert du pain, mais son pain est différent de la manne pourvue par Dieu au désert. Le pain offert par Jésus est lui tout entier : c’est sa propre vie et celui qui en mange « vivra éternellement. » Comme c’est souvent le cas dans l’évangile de Jean, des mots simples et ordinaires tels le pain et la vie sont riches de signification théologique. Aujourd’hui, forts de siècles de théologie et de réflexion sur l’Eucharistie, nous avons les moyens de comprendre ces paroles. Cependant, les personnes qui les ont entendues la première fois ont pu les trouver curieuses, voire offensantes. Devinant avec justesse l’humeur de son public, Jésus dit : « Cela vous heurte? »

Cette mise au défi de Jésus amène un tournant dans l’évangile. Non seulement sommes-nous informés du fait qu’un des disciples de Jésus va le trahir, mais nous apprenons de plus que certains de ceux qui le suivaient « s’en allèrent et cessèrent de marcher avec lui. » Le groupe diminue à mesure que croissent les enjeux. Peu importe l’explication de Jésus, certains choisissent de le quitter et cessent de lui être loyaux. Jean emploie le mot « disciples » pour désigner ceux qui rebroussent chemin. Ils ne sont pas de simples membres du public qui écoutait Jésus ce jour-là, au hasard des circonstances : ils étaient effectivement des disciples qui le connaissaient et qui étaient fort probablement connus de lui.

« Voulez-vous partir, vous aussi? »

Puis, Jésus rassemble les Douze et leur pose la question directement : « Voulez-vous partir, vous aussi? » Pierre se fait leur porte-parole, comme d’ailleurs dans d’autres évangiles : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » Bien que les mots soient différents, cet échange s’apparente à la confession de Pierre à Césarée-de-Philippe (Marc 8, 27-30). À cet endroit, Jésus demande : « Pour les gens, qui suis-je? » – ce à quoi Pierre répond : « Tu es le Messie. » Dans les deux situations, le miracle de la multiplication des pains constitue l’arrière-plan de la question cruciale de l’identité de Jésus : qui est-il vraiment?

Le mariage selon Paul

Si nous souhaitons que la Bible éclaire la nature d’une relation entre un homme et une femme unis par les liens du mariage, il nous faut examiner la relation entre le Christ et l’Église. Dans la deuxième lecture de ce dimanche, tirée de sa lettre à la communauté qui est à Éphèse, Paul exhorte les chrétiens mariés à s’aimer d’un amour fort et mutuel. À l’origine et au centre de chaque mariage chrétien, il doit y avoir l’amour : « Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré pour elle. » L’enseignement de Paul sur le mariage chrétien était exigeant et continue de l’être aujourd’hui.

Affirmant, avec Genèse 2,24, que le mariage est une institution divine (Éph 5, 31), Paul envisage que le mariage chrétien revêt un sens nouveau, symbolisant la relation d’amour intime entre le Christ et l’Église. L’épouse devrait servir son mari dans le même esprit de service que l’Église, servante du Christ (Éph 5, 22.24), tandis que l’époux doit prendre soin de sa femme selon l’exemple du Christ dévoué à l’Église (Éph 5, 25-30). Paul investit ce passage de la Genèse de sa signification suprême : à la lumière de l’union du Christ et de l’Église, le mariage chrétien se doit de refléter une loyauté et un dévouement modelés sur ceux du Christ (Éph 5, 31-33).

Certains passages de cette lecture dominicale aux Éphésiens peuvent poser problème, particulièrement, lorsque considéré hors-contexte, le verset « soyez soumis les uns aux autres; les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ». Certains ont justifié l’abus de leur épouse en prenant ces versets (Éph 5, 21-22) complètement hors de leur contexte. Ils ont justifié leur mauvais comportement, mais le passage (v. 21-33) réfère à la soumission mutuelle des époux par amour pour le Christ. « C’est comme cela que le mari doit aimer sa femme : comme son propre corps. »

Les Écritures ne peuvent être utilisées pour justifier l’abus d’un autre être humain ou la violence envers lui. L’Évangile nous appelle tous à démontrer un souci et un respect mutuels, les uns pour les autres. Ceci doit être présent dans tout mariage sain ou dans toute relation marquée par un engagement. Cet amour et ce respect mutuels doit aussi s’étendre aux relations entre les nations et d’autres groupes de personnes. Cela doit se refléter dans les structures et les règles de notre société. Mutualité et don de soi au service de l’autre : voilà les clés d’un mariage authentique et aimant; les clés de justes relations.

Le mariage et la famille fondent la société

Dans son encyclique Caritas in Veritate le pape Benoît XVI a écrit :

Continuer à proposer aux nouvelles générations la beauté de la famille et du mariage, la correspondance de ces institutions aux exigences les plus profondes du cœur et de la dignité de la personne devient ainsi une nécessité sociale, et même économique. Dans cette perspective, les États sont appelés à mettre en œuvre des politiques qui promeuvent le caractère central et l’intégrité de la famille, fondée sur le mariage entre un homme et une femme, cellule première et vitale de la société, prenant en compte ses problèmes économiques et fiscaux, dans le respect de sa nature relationnelle. (44)

Il a été dit que Caritas in Veritate se voulait une réponse à la crise économique actuelle. Cette encyclique est pourtant beaucoup plus que cela : une défense de la famille, une affirmation du caractère sacré de la vie, une mise en garde pour ne pas sous-estimer l’importance de la dignité humaine. Benoît XVI explore prudemment chacun de ces champs, analysant chaque sujet en lui-même, tout en le mettant en rapport avec l’économie. La sagesse qu’il nous livre à propos de ces thèmes a des assises solides, peu importe tel ou tel aspect économique. Il serait bon pour nous d’en prendre note, alors que nous recherchons un authentique développement humain. Ce ne sont pas des enseignements obsolètes, vestiges du passé : voici les fondements vivants pour le présent et l’avenir de l’humanité. Et, comme bien des paroles de Jésus, certains s’en offusqueront et « cesseront de marcher avec lui. »

Sans des personnes mariées, nous ne pouvons pas bâtir l’avenir de la société et de l’Église. Je suis convaincu, sans aucun doute, que du sein des familles solides des vocations se manifesteront pour servir l’Église. La « crise vocationnelle » dans plusieurs régions du monde est due en partie à la rupture et à la dissolution de la famille.

Le scandale de l’enseignement du Christ aujourd’hui

La profondeur et la signification du message du Christ, ainsi que l’enseignement de l’Église, scandalisent, en ce sens qu’ils sont souvent une pierre d’achoppement pour le non-croyant, en même temps qu’un test pour le croyant. Dans le Nouveau Testament, le thème du scandale est relié à la foi, en tant qu’adhésion libre au mystère du Christ. Face à l’Évangile, nous ne pouvons rester indifférents, tièdes ou évasifs : le Seigneur nous appelle tous et chacun personnellement et nous demande de nous prononcer pour lui (Mt 10, 32-33).

Lorsque nous nous retrouvons face aux enseignements difficiles de Jésus et de l’Église, avons-nous aussi envie de partir? N’est-il pas vrai que fréquemment, à cause de la complexité des enjeux et de la pression sociale environnante, nous souhaitons nous en aller?

La réponse de Pierre à la question de Jésus est marquante. Lorsque Jésus demande, dans l’évangile de ce dimanche, « Voulez-vous partir, vous aussi? », Pierre ne dit pas « Oui, bien sûr » – mais il ne dit pas tout à fait « Non », par ailleurs. En fait, fidèle au style littéraire évangélique, Pierre répond par une question : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller? » Ce n’est pas la réponse la plus flatteuse au monde, mais elle est honnête. Pierre et les autres restent avec Jésus précisément parce qu’il a été une source de vie pour eux. Jésus les as libérés et leur a donné une vie nouvelle.

Suivre Jésus et l’enseignement de l’Église n’est pas toujours chose facile ou plaisante, ni même toujours compréhensible, mais lorsqu’il s’agit de vie éternelle, il n’y a pas grand alternative qui s’offre à nous. Cette semaine, n’oublions pas les paroles de Jésus : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. » Soyons des témoins de la foi catholique, des témoins du plan de Dieu pour le mariage comme union sacrée entre une homme et une femme, des témoins de la vie familiale en tant que fondement de la notre société.

Heureux sommes-nous si nous ne nous offusquons pas, mais sommes plutôt conduits par ces paroles vers la vie en abondance.

[Les lectures de ce dimanche sont Josué 24,1-2.15-17; Ps 34; Éphésiens 4,32-5,2.21-32; Jean 6, 53.60-69.]

Nous sommes ce que nous mangeons

Vingtième dimanche du temps ordinaire, Année B – 19 août 2018

Au chapitre 6 de l’évangile selon saint Jean (vv 41-51), Jésus parle de lui comme «le pain vivant descendu du ciel» et invite ceux qui l’écoutent à manger de ce pain – c’est-à-dire, de croire en lui. Il promet que ceux qui font ainsi auront la vie éternelle. Jésus se compare à la manne descendue du ciel pour soutenir le peuple d’Israël au désert. Cette image forte éveille certainement la mémoire du peuple d’Israël.

Puis dans Jean 6, 51 Jésus dit: «Le pain que je donnerai c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie.» Alors ceux qui l’entendaient se sont demandés: «Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger?» Ont-ils répondu ainsi pour donner une chance à Jésus de s’expliquer? Sûrement, se sont-ils dits, Jésus voulait dire autre chose. Après tout, manger la chair de quelqu’un apparaît dans la Bible comme métaphore pour de grandes hostilités (Ps 27, 2; Za 11, 9). Boire du sang était perçu comme une abomination interdite par la loi de Dieu (Gn 9, 4; Lv 3,17; Dt 12:23).

Néanmoins, Jésus répond à la question en expliquant sa déclaration initiale de manière explicite: «Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui.» Aucun juif qui observe la loi ne songerait à manger de la chair. On peut alors se demander: «Pourquoi Jésus ne pouvait pas continuer d’utiliser des termes agréables tels que ‘demeurer’, ‘habiter’, ‘révéler’… Prônait-il le cannibalisme avec des images et un langage aussi frappants?

Chair et sang

Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus utilise un langage fort pour montrer l’union indissoluble et la participation inextricable d’une vie dans l’autre. Jésus utilise un langage sacrificiel. La Torah exige un rituel de sacrifice d’animaux et spécifie comment ils doivent être préparés et comment leur chair doit être utilisée. Certaines chairs doivent être brûlées sur l’autel alors que d’autres doivent être consommées. Jésus fait son sacrifice au nom du monde – et non seulement pour Israël (voir aussi Jean 3,16-17). L’expression hébraïque “chair et sang” réfère à la personne dans sa totalité. Recevoir Jésus qui se donne en totalité signifie recevoir sa chair et son sang. Rencontrer Jésus signifie, en partie, de le rencontrer en chair et en sang.

Pour ceux et celles qui reçoivent Jésus, tout Jésus, sa vie leur colle à la peau et coule dans leurs veines. Il ne peut être retiré de la vie d’un croyant, tout comme le repas de samedi dernier ne peut être extrait de votre corps.

Accueillir Jésus de manière authentique

Dans notre approche toute cérébrale de la religion nous présumons souvent que ce qui compte vraiment est de croire en quelques dogmes ou vérités religieuses importantes. Recevoir Jésus peut ainsi se résumer à un simple assentiment intellectuel. Il y a toutefois des moments où nous pouvons être reconnaissants pour la présence du Christ qui n’est pas que cérébrale et qui doit être accueillie autrement.

Le pain que Jésus a pris pour nourrir les 5000 au sommet de la montagne n’était pas la nourriture véritable car la faim des gens n’y a été soulagée que pour un moment. À l’inverse, la chair et le sang de Jésus sont la vraie nourriture car “celui qui mange de ce pain vivra éternellement” (v. 51) et «a la vie éternelle» (v. 54).

«Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel» v. 51a). Ce «pain vivant» fait écho à «l’eau vive» que Jésus a offert à la Samaritaine (4, 10). Dans un tel contexte, manger de ce pain signifie poser le geste de croire ou d’accepter le Christ une fois pour toutes.

Aperçu historique de l’enseignement de Jésus

Il importe de garder en tête deux choses qui se déroulaient à l’époque à laquelle cet évangile a été écrit, des éléments qui ont pu pousser l’auteur de Jean à mettre l’emphase sur l’acte de manger le corps de Jésus et de boire son sang:

Le premier élément est l’influence des hérésies docétistes et gnostiques, qui considéraient toutes deux la chair comme un mal et niaient que le Christ avait un corps physique. Le second élément était la discrimination des Juifs à l’endroit des chrétiens. Les chrétiens qui prenaient part au Repas du Seigneur étaient souvent bannis des synagogues.

L’eucharistie révèle le sens caché du don de la manne. Jésus se présente ainsi comme le véritable et parfait accomplissement de ce qui avait été annoncé symboliquement dans l’Ancienne Alliance. Un autre geste de Moïse porte une valeur prophétique: il fait jaillir de l’eau d’un rocher pour combler la soif du peuple au désert. À la fête des Tentes, Jésus promet d’étancher la soif spirituelle de l’humanité: «Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi! Comme dit l’Écriture : Des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur» (Jn 7, 37-38).

Traditions culinaires

Notre manière de manger reflète en partie ce que nous sommes. C’est un reflet de notre conception de la vie. En observant diverses sociétés et cultures, nous constatons que chacune d’elles a ses mets traditionnels et ses rituels culinaires. «Je suis d’origine italienne. Je mange souvent spaghetti, lasagne, tortellini alla panna et pizza,» ou «je suis américain. Je mange des burgers, des hotdogs avec du Coca et des frites.» «Je suis Québécois. Je mange de la poutine et je bois du sirop d’érable.» Les Français mangent des crêpes, les Belges des gaufres, les Chinois le riz, les Palestiniens et les Israéliens mangent des fallafels, les Eskimos, de la baleine. Bref, notre manière de manger révèle notre manière de nous identifier. Cela reflète aussi et détermine souvent notre manière de voir le monde, nos valeurs et toute notre manière d’être.

La nourriture est bien plus qu’un ramassis de nutriments : elle est un puits d’influences et de connotations. Les denrées et les épices rares sont considérées des délices culinaires. Dans d’autres cultures, divers mets sont adorés: on leur attribue une sainteté particulière alors que d’autres mets sont à éviter à tout prix. Le type de nourriture que nous choisissons peut aussi avoir un impact sur notre tempérament. Piquant, épicé ou autres mets stimulants peuvent nous énerver ou même nous rendre coléreux. Des nourritures froides ou fraîches peuvent nous relaxer ou tempérer nos esprits. La nourriture nous aide à célébrer et peut nous réconforter aux moments de deuil. Elle est un signe d’amour et un moyen d’unir les gens à maintes occasions.

Nos «manières de manger» font partie de notre héritage. L’âme ne se nourrit pas de pain de blé, comme le corps. La nourriture que nous mangeons est en fait une combinaison physique et spirituelle. Le corps est nourri par l’aspect physique, les nutriments, contenus dans ce que nous mangeons; l’âme est nourrie par la force spirituelle qui anime la substance physique de toute matière, y compris la nourriture.

Catholique ou catabolique ?

La phrase «vous êtes ce que vous mangez» n’est apparue dans la littérature anglaise qu’autour des années 20 et 30, lorsque le nutritionniste Victor Lindhar, qui croyait fermement à l’idée que la nourriture contrôle la santé, développa la diète catabolique. En 1942, il publia «Vous êtes ce que vous mangez : comment gagner et garder la santé par la diète.» Depuis ce temps, cette phrase fait partie de la conscience publique.

Pour tous ceux et celles qui recherchent la présence du Christ, l’enseignement de Jésus dans l’évangile de Jean est vraiment une bonne nouvelle : «Nous sommes ce que nous mangeons.» Nous devenons ce que nous recevons dans l’eucharistie. Cette semaine, profitons-en pour examiner notre diète spirituelle et voir ce qui nous donne vraiment la vie et ces aliments sans valeur nutritive, ces «junk foods», qui ne nous mènent pas à la vie éternelle.

(Les lectures de ce dimanche sont : Proverbes 9, 1-6; Éphésiens 5, 15-20 et Jean 6, 51-58)

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(Image : La dernière cène par Bouveret)

Marie, demeure de l’Humanité et de la Divinité

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Réflexion biblique pour la Solennité de l’Assomption de la Très Sainte Vierge Marie

Chaque année c’est le 15 août qui est la Solennité de l’Assomption de la Très Sainte Vierge Marie. Je voudrais partager quelques réflexions sur la signification historique et pastorale de cette fête importante et de sa pertinence dans notre vie. L’Assomption de Marie, Mère du Seigneur, dans les cieux est un signe de consolation pour notre foi. En contemplant, enlevée au ciel, entourée d’anges en jubilation, la vie humaine s’ouvre à la dimension de la joie éternelle. Notre propre mort n’est pas la fin mais plutôt le passage à la vie éternelle.

Lien à l’Immaculée Conception

Pour les chrétiens catholiques, la croyance en l’Assomption de Marie émane de notre croyance et de notre compréhension de l’Immaculée Conception de Marie. Nous croyons que Marie a été épargnée du péché originel par la grâce de Dieu, elle ne vivra sûrement pas les conséquences du péché et de la mort comme nous les connaissons. Nous croyons que c’est grâce à l’obéissance et à la fidélité de la Vierge Marie, qu’à la fin de sa vie terrestre, elle fut élevée assumée corps et âme dans la gloire céleste.

Aperçu historique de la Fête

Au cours de plusieurs siècles de l’époque paléochrétienne, l’Église ne fait pas mention de l’Assomption corporelle de Marie. Irénée, Jérôme, Augustin, Ambroise et les autres patriarches de l’Église n’en mentionnent rien non plus. En 377 apr. J.-C. Épiphane, Père de l’Église, déclarait que personne ne connait la fin de la vie de Marie. [Read more…]

Cette nourriture qui fortifie Élie est aussi la nôtre

Dix-neuvième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 12 août 2018

J’ai toujours aimé lire le cycle du livre des Rois avec Élie. Le chapitre 18 du premier livre dresse un portrait d’Élie en tant que prophète invincible qui s’élève contre les rois et prophètes, mais reste pleinement humain à travers son périple! La première lecture de ce dimanche tirée de 1 Rois 19 nous présente un grand prophète qui est également vulnérable, pris par la peur et le découragement.

Situons d’abord ce récit du premier livre des Rois. Au chapitre 19, nous voyons les retombées de la brillante victoire d’Élie contre Jézabel et les prêtres de Baal au sommet du mont Carmel. Alors qu’il aurait dû être triomphant, Élie reçoit un message lui révélant les intentions meurtrières de Jézabel, et il prend peur (v. 3). Élie est persécuté à cause de sa fidélité et pour demander l’obéissance au Dieu unique: une telle loyauté menaçait des pouvoirs qui avaient leurs propres idées sur les individus ou objets que l’on devait adorer.

L’ardent prophète d’Israël fuit immédiatement vers le Sud dans le désert du Néguev. Son humeur est à la défaite et à la désolation. Après tout ce qu’il avait fait pour le Dieu d’Israël, sa victoire lui semblait bien éphémère. On ne lui avait pas donné la protection divine promise. Il voulait tout simplement mourir: « Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Reprends ma vie: je ne vaux pas mieux que mes pères.» Là, dans le désert aride, Élie s’assied à l’ombre d’un buisson et demande la mort à Dieu. Il manifeste ainsi son découragement face à son peu de succès à encourager les Israélites à être fidèles à Dieu.

Une énergie d’en-haut

Soudain, un messager (un ange) du Seigneur le réveille et lui dit de boire et manger. Alors que Jézabel le méchant envoie un messager de mort à Élie, le Seigneur Dieu lui envoie un messager de vie, qui sert à boire et à manger à Élie, deux éléments essentiels pour survivre dans la nature sauvage.

Élie boit et mange, mais s’endort de nouveau, indiquant ainsi qu’il ne s’est pas complètement remis de sa léthargie ou de sa dépression. Le messager tire de nouveau Élie de son sommeil le pressant de manger et de boire, lui donnant cette fois une raison, «autrement le chemin sera trop long pour toi» (19, 7).

Que pouvons-nous apprendre d’Élie au désert? Nous avons là un homme qui a donné sa vie en toute fidélité au Dieu d’Israël. Il a été «plein de zèle pour le Seigneur.» Son cri désespéré, «je ne vaux pas mieux que mes pères», laisse voir un homme qui a perdu confiance en lui. Il croyait être un serviteur de Dieu exemplaire. Il croyait maintenant que tout cela avait été en vain! 

Nuit sombre de l’âme

En dépit de cela, le Dieu d’Israël n’abandonne pas Élie. Dieu commence à enseigner à Élie lorsque la fameuse débrouillardise de ce dernier s’épuise. Des anges de Dieu doivent le nourrir dans sa faiblesse. Puis, Dieu le mène dans une période de réflexion au désert.

Son passage dans le Néguev dure quarante jours et quarante nuits, temps significatif dans la Bible. Comme les Hébreux qui errèrent dans le désert à la recherche de Dieu, ce prophète plein de zèle et serviteur de Dieu est conduit vers un chemin semblable. Élie parvient éventuellement à la montagne sacrée de l’Horeb, où il passa la nuit dans une sombre caverne. La nuit sombre et la caverne sans lumière reflète bien la « nuit sombre de son âme».

D’après certaines traditions de l’Ancien Testament, le mont Horeb serait le nom du mont Sinaï, la montagne associée à l’apparition de Dieu. Quarante jours et quarante nuit en lien avec le mont Sinaï nous rappelle les deux séjours de Moïse sur cette montagne, pendant quarante jours et quarante nuits (Ex 24, 18; 34, 28).

Le but de ce récit poignant n’est pas de rapporter le périple physique d’Élie au mont Horeb ou mont Sinaï, mais plutôt de nous montrer quelque chose de bien plus important. Dans un acte de pure grâce, Dieu intervient, fournit au prophète de quoi vivre, et suggère un pèlerinage vers une montagne qui demeure toujours liée à la source et à l’essence de la foi des Israélites.

Ce récit d’Élie s’adresse à tous ceux qui sont éreintés, effrayés ou qui ont besoin de se renouveler ou de s’engager de nouveau selon leur appel d’origine. Cette histoire suggère une manière d’aller de l’avant : bois et mange de la nourriture de Dieu, reviens à la foi de tes pères, écoute la voix Seigneur. Il s’agit peut-être de la voie pour trouver un nouvel élan, une nouvelle vision, un nouveau sens. Élie doit apprendre que l’on ne rencontre pas Dieu dans la furie d’événements aussi spectaculaires que bruyants. Dieu ne se laissera pas prendre par les actions zélées et bruyantes du prophète qui se trouve désormais silencieux et défait au sommet de la montagne du Seigneur.

Élie découvre que la rencontre de Dieu se fait lorsque cessent les activités, lorsque se taisent les mots, lorsque le cœur est triste et l’estomac crampé de douleurs. Lorsque l’esprit et le cœur d’Élie sont finalement vidés de toute ambition et autopromotion, Dieu se fait entendre.

Pain de vie

Pour Élie, pour Jésus et pour nous, le pain est essentiel à la vie. Le pain est au centre de la vie. Le pain est la vie. Dans l’évangile de ce dimanche (Jn 6, 41-51), Jésus nous dit qu’il est le pain de vie. En fait, le Christ est la vie: il est le pain vivant. Manger le corps et boire le sang de Jésus signifie davantage que simplement croire en lui. L’image de Jésus comme «pain de vie» est au cœur de ce qu’est le renouveau dans le mystère du Christ.

Lorsque Jésus dit qu’il est le pain de vie, il n’insiste pas tant sur le pain comme tel que sur le «je» qui déclare l’être. Jésus dit que ce dont nous avons envie pour combler notre faim se trouve en lui, le «je» qui identifie sa vie au pain qu’il donne (6, 51). Jésus est plus qu’une simple nourriture pour notre corps. Il est plus que l’amour qui satisfait nos besoins émotifs. Il est la Parole qui comblera notre faim de vérité. Il comblera toutes nos faims humaines.

Pour les baptisés, l’eucharistie est la voie par excellence pour célébrer et entretenir notre lien avec le Seigneur ressuscité. Considérons les gestes hautement symboliques de Jésus alors qu’il nous donne ce pain du ciel. Jésus prit le pain. Il a pris le pain de nos vies et le joint au sien. Jésus bénit le pain. Il nous a ainsi bénis par sa vie. Notre baptême fut le premier moment de cette bénédiction. Chaque autre moment avec Jésus-Christ approfondit cette bénédiction.

Jésus rompit le pain. Comme lui, notre vie est faite de moments difficiles. Nous sommes blessés, brisés, perdus, découragés, désillusionnés, vides, rejetés, sans énergie ni espoir. Nous sommes semblables à Élie sous le buisson, attendant que notre vie s’achève. Pourtant, même dans ces moments pénibles, le Seigneur Jésus est présent.

Jésus donna le pain. Il donna son temps et un peu, beaucoup, de lui-même. Il donna une parole et un pain qui nourrissent. Il donna pleinement en faisant le don de sa vie. Il donna jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à donner, déclarant son œuvre et sa vie accomplies par ces paroles: «Tout est accompli» (Jn 19, 30). Baissant la tête, il rendit l’esprit, ce même esprit qu’il nous donna lorsqu’il apparut ressuscité des morts (cf. 20, 23).

Par sa vie, sa mort et sa résurrection, Jésus nous a donné un exemple profond et nous invite à faire comme lui. «Allez et faites de même» est à la fois un défi et un envoi. Un envoi, une commande, à vivre le mystère d’être pain béni, rompu et donné pour les autres. Lorsque nos vies s’écroulent en morceaux, souvenons-nous de ce Pain qui a été rompu pour nous. Il ne peut être rompu sans qu’on le tienne fermement dans nos deux mains. Fraction du pain ou de nos vies: les deux portent le défi du mystère de la foi.

Prions afin que notre partage du pain et du vin eucharistiques nous transforme toujours plus en ce que nous mangeons et buvons, et que nous devenions ainsi véritable pain vivant, rompu et partagé pour tous et avec tous.

Nous avons besoin de l’exemple de saint Jean-Marie Vianney aujourd’hui!

Réflexion du père Thomas Rosica c.s.b pour la fête de saint Jean-Marie Vianney  – 4 août 2018:

J’ai été toujours très touché par les récits de l’entrée de Jean-Marie Vianney dans le territoire de sa nouvelle paroisse.  Le jour de son arrivée à Ars en 1818, le petit village était tellement noyé dans le brouillard que le nouveau curé a dû demander sa route à un petit paysan.  “Montre-moi le chemin d’Ars et je te montrerai le chemin du Ciel” avait-il répondu au petit berger qui lui montrait la route d’Ars, c’est-à-dire, je vais t’aider à devenir un saint.  “Là où les saints passent, Dieu passe avec eux” précisera le curé plus tard. St-Jean-Marie Vianney a été dans son temps une sentinelle pour la communauté d’Ars.

Arrivé dans ce village français en 1818, Jean-Marie réveille la foi de ses paroissiens par ses prédications mais surtout par sa prière et sa manière de vivre. Il se sent pauvre devant la mission à accomplir, mais il se laisse saisir par la miséricorde de Dieu. Très rapidement, sa réputation de confesseur lui attire de nombreux pèlerins venant chercher auprès de lui le pardon de Dieu et la paix du cœur.  Jusqu’à 17 heures par jour, rivé dans son confessionnal pour réconcilier les hommes avec Dieu et entre eux, le Curé d’Ars est un véritable martyr du confessionnal, comme a souligné le Pape Jean-Paul II lors de sa visite à Ars en 1986. Pris par l’amour de Dieu, émerveillé devant la vocation de l’homme, Jean-Marie Vianney mesurait la folie qu’il y avait à vouloir être séparé de Dieu. Il voulait que chacun fût libre de pouvoir goûter à l’amour de Dieu.

Voyant en chacun de ses frères le Seigneur présent, l’humble curé n’aura de cesse que de les secourir, les aider, apaiser les souffrances ou les blessures, permettre à chacun d’être libre et heureux. Orphelinat, écoles, attentions aux plus pauvres et aux malades, infatigable bâtisseur,… rien ne lui échappe. Il accompagne les familles et cherche à les protéger de tout ce qui peut les détruire (alcool, violence, égoïsme …). Au cœur de son village, il cherche à prendre en compte l’homme dans toutes ses dimensions: humaine, spirituelle, sociale.  C’est une vraie vocation de sentinelle qui a habité le coeur de ce grand prêtre humble et saint!

Dans la lettre de St-Paul aux Corithiens, [1,26-29], nous lisons la biographie du Saint Curé d’Ars: “Dieu a choisi ce que le monde considère comme une folie pour confondre les «sages», et il a choisi ce qui est faible pour couvrir de honte les puissants.  Dieu a porté son choix sur ce qui n’a aucune noblesse et que le monde méprise, sur ce qui est considéré comme insignifiant, pour réduire à néant ce que le monde estime important.”

Jésus nous donne l’exemple d’un amour plein de compassion, c’est-à-dire de participation sincère et effective aux souffrances et aux difficultés des frères. Il ressent de la compassion pour les foules sans berger (cf. Mt 9, 36) : aussi se préoccupe-t-il de les conduire par ses paroles de vie et il se met à leur  » enseigner beaucoup de choses  » (Mc 6, 34). En vertu de cette même compassion, il guérit de nombreux malades (Mt 14, 14), donnant le signe d’une intention de guérison spirituelle ; il multiplie les pains pour les affamés (Mt 15, 32) ; Mc 8, 2), éloquent symbole de l’Eucharistie ; il est ému devant les misères humaines (Mt 20, 34 ; Mc 1, 41) et il veut y remédier ; il participe à la douleur de ceux qui pleurent la perte d’un de leurs proches (Lc 7, 13 ; Jn 11, 33-35) ; il éprouve de la miséricorde même pour les pécheurs (cf. Lc 15, 1-2), en union avec le Père qui est plein de compassion pour son enfant prodigue (cf. Lc 15, 20) et il préfère la miséricorde au sacrifice rituel (cf. Mt 9, 10-13) ; et les cas ne manquent pas où il reproche à ses adversaires de ne pas comprendre sa miséricorde (Mt 12, 7).  Ces mots décrivent d’une façon remarquable la vie et la vocation du Saint Curé d’Ars.

Montrer le chemin du Ciel, travailler à la vigne du Seigneur pour la conversion des cœurs de ses paroissiens et de tous ceux qui lui étaient confiés: ce fut bien là le constant souci de prêtre qui était Jean-Marie Vianney.  Il n’étais pas encore ordonné qu’il confiait déjà à sa mère : « Si j’étais prêtre, je voudrais gagner beaucoup d’âmes à Dieu. »

Je me permets de citer le Pape Benoît XVI lors de sa belle homélie pour la Conclusion de l’Année Sacerdotale à Rome le 11 juin 2009:

“L’Année sacerdotale que nous avons célébrée, 150 ans après la mort du saint Curé d’Ars, modèle du ministère sacerdotal dans notre monde, arrive à son terme. Par le Curé d’Ars, nous nous sommes laissé guider, pour saisir à nouveau la grandeur et la beauté du ministère sacerdotal. Le prêtre n’est pas simplement le détenteur d’une charge, comme celles dont toute société a besoin afin qu’en son sein certaines fonctions puissent être remplies. Il fait en revanche quelque chose qu’aucun être humain ne peut faire de lui-même : il prononce au nom du Christ la parole de l’absolution de nos péchés et il transforme ainsi, à partir de Dieu, la situation de notre existence. Il prononce sur les offrandes du pain et du vin les paroles d’action de grâce du Christ qui sont paroles de transsubstantiation – des paroles qui le rendent présent, Lui, le Ressuscité, son Corps et son Sang, et transforment ainsi les éléments du monde : des paroles qui ouvrent le monde à Dieu et l’unissent à Lui.”

“Le sacerdoce n’est donc pas seulement une « charge », mais un sacrement : Dieu se sert d’un pauvre homme pour être, à travers lui, présent pour les hommes et agir en leur faveur. Cette audace de Dieu qui se confie à des êtres humains et qui, tout en connaissant nos faiblesses, considère les hommes capables d’agir et d’être présents à sa place – cette audace de Dieu est la réalité vraiment grande qui se cache dans le mot “sacerdoce”.

St-Jean-Marie Vianney, prie pour nous, pour l’Eglise, pour les prêtres, les évêques et les cardinaux en nos jours.  Protège le Pape François et guide le dans son ministère important pour l’Eglise et pour le monde.