Sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte…

Trente-troisième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 18 novembre 2018

L’évangile de ce dimanche est tiré du plus difficile chapitre de l’évangile de Marc (13, 24-32) et est souvent interprété comme une annonce de la fin du monde. Marc 13 est appelé parfois la « petite apocalypse ». Comme Daniel 7-12 et le livre de l’Apocalypse, il est centré sur les persécutions. Nous pouvons voir que, en étudiant ce chapitre dans son ensemble, nous sommes plutôt dans le registre du sens que de la chronologie.

La prédiction de Jésus de la destruction du temple (Mc 13, 2) souleva tant de questions que les quatre disciples l’interrogèrent en privé au sujet de l’heure et des signes qui annonceraient la fin du monde (Mc 13, 3-4). Jésus répond à leurs questions par un discours eschatologique à la veille de sa mort. Il contient des instructions et des encouragements, exhortant les disciples et l’église à la foi, l’obéissance à travers les épreuves auxquelles ils seraient confrontés. (Mc 13, 5-13). Le signe est la présence d’une abomination (Mc 13, 14 et Daniel 9, 27), c’est-à-dire du pouvoir romain qui profane le temple. On presse les gens de fuir de Jérusalem plutôt que de  défendre la ville par l’intermédiaire d’un espoir messianique mal guidé. (Mc 13, 14-23). Une intervention aura lieu seulement après la destruction (Mc 13, 24-27), qui arrivera avant la fin de la première génération de chrétiens (Mc 13, 28-31).

Personne sauf le Père ne connait l’heure précise ou celle de la parousie (Mc 13, 32). Dès lors, il est nécessaire de veiller constamment (Mc 13, 33-37). Luc parle de la parousie pour une date ultérieure, après « Le temps des païens » (Luc 21, 24). Voir aussi les notes sur Matthieu 24,1 – 25,46.

Le Fils de l’Homme

Les paroles de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui portent sur deux réalités : Jésus lui-même va accomplir les textes des Écritures de l’Ancien Testament à la fin des temps et les disciples ne doivent pas se soucier de l’heure précise du retour de Jésus.  Quand nous lisons le verset 26, nous savons que Jésus est cet être céleste qui viendra dans la puissance et la gloire. Comme le Fils de l’Homme de Daniel, le Jésus de Marc reviendra et rassemblera ses élus « des quatre coins du monde, de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel » (Mc 13,  27). Quand Jésus parlait, il ne brossait pas le tableau d’un futur étincelant pour ses disciples. Il parlait de l’ère dans laquelle les premiers lecteurs de Marc vivaient et en vérité, dans laquelle nous vivons nous-mêmes. Jésus prévoyait les guerres, les tremblements de terre, les famines, et les identifie comme « le début de grands bouleversements » : les événements prophétisés annoncent l’avènement douloureux d’un temps nouveau, qui survient même si les forces des temps anciens luttent pour l’en empêcher.

Jésus décrit au peuple de ce temps toutes les choses qui éveilleraient la peur des gens d’aujourd’hui: guerres, persécution, catastrophes, scandales et peuples dans la misère. Jésus utilise ces prédictions de détresse comme fondement de l’espoir. Nous sommes invités à fixer notre regard sur lui ! Ces paroles de Jésus dans cet évangile (v 29-31) me réconforte particulièrement: « Lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. »

L’épreuve eschatologique

L’épreuve eschatologique se présentera sous diverses formes. La première, il y aura les trahisons. Comme Jésus qui a été trahi et livré aux mains des pécheurs pour être éprouvés, de même les lecteurs de Marc seront trahis ou livrés aux conseils, frappés dans les synagogues et appelés à donner leurs témoignages devant les gouverneurs et les rois. Ils seront trahis et livrés à mort non seulement par leurs ennemis mais aussi par leurs parents et enfants, leur propre chair !

La deuxième forme de l’épreuve, des faux christs et des faux prophètes feront leur apparition, pour détourner les gens du droit chemin. Ces trompeurs promettront la délivrance et feront des signes et des merveilles pour faire abandonner au peuple leur foi en Jésus.

Troisièmement viendront des épreuves ou des tentations même pour ceux qui jouissent d’une paix relative et stable. Jésus parle au sujet de la dernière sorte d’épreuve en concluant la parabole au chapitre 13, au sujet d’un homme qui part en voyage, ayant chargé ses serviteurs et son intendant « de veiller et de rester éveillés ». La parabole suggère que les lecteurs de Marc sont en danger lorsqu’ils manquent à leur devoir de veilleurs. Ils sont menacés par « les soucis du monde, et l’appât  des richesses », Ailleurs, Jésus les avertit que la semence peut être étouffée  avant qu’elle n’arrive à maturité.

L’évangile de Marc nous enseigne que tous ceux qui suivent Jésus seront éprouvés. Ils le seront par des grands fléaux ou par des séducteurs puissants qui feront des prodiges pour les attirer. Ils le seront dans leur quotidien routinier et dans leur chair. Quelle que soit la forme de l’épreuve à laquelle nous devons faire face, Marc nous dit que nous devons rester vigilants et prier, car si nos esprits et nos cœurs sont divisés, nous échouerons et nous ne serons pas prêts à accueillir le maître quand il reviendra.

Nous serons mis à l’épreuve mais nous n’avons pas à avoir peur car Jésus a changé à jamais le contexte de ces épreuves. Parce qu’en endurant l’épreuve Jésus s’est offert lui-même comme parfait sacrifice à Dieu, c’est pourquoi rendre le culte à Jérusalem devient un acte dépassé. A partir de maintenant et pour toujours les offrandes appropriées seront nos prières faites par la communauté rassemblée de croyants, plutôt que les sacrifices faits au temple. L’offrande de Jésus lui-même acceptée par Dieu suffit pour enlever le péché du monde. Jésus a payé la rançon des péchés de ceux qui le suivent. Ils peuvent être confiants d’être sauvés.

La communauté de ceux qui prient

Marc souligne qu’à la suite de la destruction du temple, la communauté des priants sera la “maison de prière pour toutes les nations”, le nouveau temple sera élevé  par Jésus. La prière déterminée  est la marque de cette nouvelle communauté, le temple construit de pierres vivantes. Mais comment Marc et ses lecteurs ont-ils compris cette notion de « prière déterminée, résolue »? Comment chacun s’arrange-t-il pour prier de cette manière et quelles furent les conséquences de cette prière dans la vie quotidienne? Jésus a promis que la prière fidèle sera exaucée, mais sa promesse est qualifiée : ceux qui prient ne doivent pas douter dans leur cœur.

Dans la nuit et l’angoisse de Gethsémani, Jésus demande sérieusement que Dieu le sauve de l’agonie qui est proche, et il est pleinement convaincu que Dieu peut le faire. Mais au même moment, il se soumet à la volonté de Dieu son Père. L’endurance de Jésus, sa détermination, l’abandon délibéré de sa vision en faveur de la vision de Dieu pour lui, le fait triompher dans le jardin au pied du Mont des Oliviers. Pour Marc, cette prière de Gethsémani est le modèle du comment les « disciples éprouvés » doivent prier.

Lorsque nous sommes mis à l’épreuve

Quels sont les événements catastrophiques qui secouent le monde d’aujourd’hui? Comment sommes nous mis à l’épreuve quotidiennement? Les expériences de rejet, de souffrance, de mort ou de perte, de privation et de vide nous conduisent-elles à abandonner le Monde de la vie que nous avons reçu avec joie?  Nos soucis d’argent, de réussite au travail ou à l’école, de santé, d’arrêt d’une dépendance, de sécurité d’emploi, de statut, de reconnaissance, de famille et de relations sont-ils en train d’étouffer la Parole de Dieu qui est plantée dans nos cœurs? Sommes-nous accrochés à nos passions, comme la colère, la souffrance ou le désir  qui nous empêchent de suivre Jésus? Y a-t-il encore de la joie dans notre vie?

La Bonne Nouvelle de l’évangile de Marc c’est que nous n’avons pas à répéter la fidélité de Jésus au temps des épreuves par la force de notre propre volonté. Nous ne devons pas affronter les épreuves sataniques, dépourvus de pouvoir divin. Jésus de Nazareth a changé notre situation à jamais. Marc annonce la Bonne Nouvelle en termes de la puissance des croyants qui prient. La communauté chrétienne a le pouvoir de s’engager dans la prière déterminée qui ne peut pas être empreinte de peur, peine, persécution ou pouvoirs décevants au travail dans le monde. Jésus a expié le péché du monde et terrassé les puissances qui cherchaient à séparer les hommes de Dieu. Par conséquent, tout est possible lorsque nous allons à Dieu par la prière.

Voir à long terme

Lorsque nous affrontons les revers, les pertes et les tragédies de la vie quotidienne, ne perdons jamais de vue la vision à long  terme de l’histoire du salut. En tant que chrétiens, nous sommes invités chaque jour à répondre aux alternances d’espoir et de ténèbres qui souvent étreignent notre époque. L’anxiété collective peut devenir facilement une hystérie massive au milieu de n’importe quelle crise. C’est pourquoi il est si important d’être ancrés fermement dans la Parole de Dieu, de tirer la vie de cette Parole et d’en vivre. C’est ainsi que se réaliseront les paroles du prophète Daniel (12, 1-3) dans notre quotidien : « Les sages brilleront comme la splendeur du firmament, et ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude resplendiront comme les étoiles dans les siècles des siècles ».

Le témoignage courageux des deux veuves

Trente-deuxième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 11 novembre 2018

La lecture de l’Ancien Testament de ce dimanche tirée du Livre des Rois 17,10-16 et l’évangile de Marc 12, 38-44 nous présentent deux veuves remarquables qui nous impressionnent par leur conviction, leur générosité et leur foi. Elles nous obligent à réexaminer notre compréhension du pauvre et de la pauvreté et de regarder nos propres manières d’être généreux avec les autres. J’aimerais vous offrir quelques réflexions à partir des récits de ces deux figures bibliques et ensuite appliquer leur exemple dans nos propres vies, à travers les lunettes de l’encyclique « La Charité dans la Vérité » du pape Benoît XVI.

Élie et la veuve de Sarepta

Lorsque je lis les histoires du cycle d’Élie et Élysée dans les premiers et seconds livres des Rois, je rends grâce pour l’un de mes professeurs de l’Institut biblique pontifical à Rome, le père Stephen Pisano, sj, qui enseignait le meilleur cours que j’ai eu sur l’Ancien Testament : « L’Homme de Dieu dans les livres des Rois ». Dieu sait le nombre de fois que j’ai relu ces notes et apprécié à nouveau les histoires d’Élie et de son disciple Élisée et leurs efforts pour faire connaître et aimer la Parole de Dieu sur la terre d’Israël!

Dans le premier livre des Rois 17, 8-16, Dieu ne cesse de mettre à l’épreuve le prophète Elie. Bien que le passage du lectionnaire d’aujourd’hui commence au verset 10, il importe de revenir au verset 8 pour bien comprendre le sens du texte. Au verset 8, nous lisons : « La Parole du Seigneur lui fut adressée : ‘Lève-toi, va à Sarepta qui appartient à Sidon, tu y habiteras : j’ai ordonné là-bas à une femme, à une veuve, de te ravitailler. » Elie ne se met en marche qu’après avoir reçu l’ordre de Dieu. Il est essentiel d’être en communication avec Dieu en écoutant Sa Parole avant de partir en mission. Ensuite il est dit à Elie d’aller à Sarepta.(v.9), qui fait partie de Sidon. Le verset 9 contient trois commandements: “Lève-toi”, “Va” et “Reste”. Le prophète subira une épreuve sur chacun de ces commandements à travers la foi, la vérité et l’obéissance, la disponibilité et l’engagement. Lorsque il est dit à Elie « Lève-toi » la démarche exigée est non seulement physique, elle est aussi spirituelle. Pour Elie, suivre le Seigneur dans l’obéissance résulte de son propre réveil spirituel.

Le deuxième commandement “ va à Sarepta ” évoque l’idée du voyage, comportant les risques, les épreuves et les dangers. Elie est envoyé à une place spécifique, Sarepta, qui signifie «lieu de fusion et d’épreuve ». De plus, Sarepta était sur la terre de Sidon, qui appartenait à la méchante Jézabel. Elie n’est pas envoyé au Club Med !

Le troisième commandement « Reste » le mit au défi par rapport à son engagement véritable en tant qu’homme de Dieu qui cherche simplement à servir le Seigneur. La nourriture d’Elie lui viendra d’une pauvre veuve, déchue et dépressive, préoccupée à survivre au milieu d’une nation païenne, Sidon, qui représente le camp clairement opposé au Dieu d’Israël.

Elie rencontre sa bienfaitrice, qui ne vit pas dans une grande maison ou elle partage son surplus avec les prophètes itinérants, mais plutôt aux portes de la ville, ramassant quelques branches car elle n’a rien pour cuire ne serait-ce qu’un maigre repas.

Le Dieu qui commande aux corbeaux et qui prend soin d’Elie dans le désert (1 Rois 17, 1-7), fut le même Dieu qui exige de la veuve qu’elle nourrisse le prophète. A Sarepta, la femme pauvre a écouté la demande d’Elie et il est advenu ce qui était promis selon la Parole du Seigneur. Elle a vu la puissance de Dieu : la veuve, son fils et Elie ont tous été soutenus.

Quelles leçons pouvons nous tirer de ce passage ? Grâce à la générosité d’une pauvre femme et de sa bonté, de la foi d’Elie, Dieu a renforcé la foi du prophète, renouvelle son élan missionnaire, en même temps qu’il a réconforté la veuve et son fils. Le Seigneur Dieu pourvoira pour nous, au-delà des apparences de faiblesse, d’échec et de peur. Dieu agira toujours beaucoup plus que nous ne pouvons demander ou imaginer.

Jésus et la veuve du temple

Dans le passage de l’évangile très connu de ce dimanche (Marc 12, 38-44), Jésus rend grâces pour l’offrande de la femme pauvre et affirme que le critère pour mesurer les dons n’est pas selon ce que nous donnons aux œuvres de Dieu ou combien nous mettons dans la corbeille, mais combien nous avons gardé pour nous-mêmes. Ceux qui donnent de leur surplus auront encore en abondance.

Jésus est-il en train d’exalter cette femme parce qu’elle a vidé son compte en banque pour le temple? Idéalise-t-il les pauvres? J’ai déjà rencontré des gens qui rêvaient de tirer d’affaire les pauvres, les affamés et les itinérants. Je ne connais personne qui rêve de vivre sur le Bien Etre Social ou qui aime faire les poubelles et est fier de ne pas pouvoir payer les factures d’électricité et d’eau durant les rudes hivers canadiens.

La femme de ce récit provocateur était pauvre parce qu’elle était veuve. Son sort dépendait complètement des hommes de sa famille. Être veuve signifiait non seulement perdre le statut d’épouse mais plus tragiquement, perdre la personne dont vous dépendiez totalement. Les veuves étaient forcées de vivre de la générosité des hommes de leur famille et de quiconque dans la communauté qui pouvait pourvoir à leurs besoins.

Les deux pièces de cette femme étaient toute sa fortune. Lorsque quelqu’un a si peu, une pièce ou deux ne vont pas changer sa situation sociale. Avec ou sans les pièces, la veuve était toujours dépendante. Elle n’avait aucun statut dans la vie. Elle était totalement dépendante de la grâce de Dieu, toutefois, elle était aussi riche de la miséricorde de Dieu.

Jésus ne condamne jamais le riche mais il dit simplement qu’il lui sera difficile d’entrer dans le royaume. La question n’est pas de savoir combien d’argent il y a dans les comptes en banque mais plutôt à quoi cet argent est-il destiné? Cet argent va-t-il être utilisé pour aider les autres, pour rendre le monde meilleur? Sera-t-il donné pour nourrir, vêtir et prendre soin des sans-abris et des pauvres sans statut? Sera-t-il utilisé pour bâtir une culture de vie? Le sens de nos vies est-il d’avoir de l’argent ou de dépendre de Dieu qui nous fait vraiment riches? Nous comportons-nous comme des propriétaires ou vivons-nous comme des serviteurs?

La veuve a donné ses seuls signes d’indépendance dans la corbeille, mais elle a maintenu son entière dépendance en Dieu et en son voisin. Son exemple de foi est enracine dans l’amour de Dieu : son amour pour Dieu et l’amour de Dieu pour elle. Elle fut une servante et non une propriétaire de ses maigres possessions. Cette pauvre veuve nous apprend cette dépendance, qui loin de nous opprimer et de nous déprimer, peut réellement nous conduire a une vie vécue dans une joie et une profonde gratitude.

Quatre brève section de l’encyclique ‘Caritas in Veritate’ de Benoît XVI méritent une réflexion attentive de notre part au cours de la semaine qui vient.

1. Jésus Christ purifie et libère de nos pauvretés humaines la recherche de l’amour et de la vérité et il nous révèle en plénitude l’initiative d’amour ainsi que le projet de la vie vraie que Dieu a préparée pour nous. Dans le Christ, l’amour dans la vérité devient le Visage de sa Personne. C’est notre vocation d’aimer nos frères dans la vérité de son dessein. Lui-même, en effet, est la Vérité (cf. Jn 14, 6).

23. Sortir du retard économique, fait en soi positif, ne résout pas la problématique complexe de la promotion de l’homme, ni pour les pays bénéficiaires de ces avancées, ni pour les pays déjà économiquement développés, ni non plus pour ceux qui restent pauvres; ceux-ci peuvent également souffrir, en dehors des anciennes formes d’exploitation, des conséquences néfastes provenant d’une croissance marquée par des dévoiements et des déséquilibres.

42. Pendant longtemps, on a pensé que les peuples pauvres devaient demeurer fixés à un stade préétabli de développement et devaient se contenter de la philanthropie des peuples développés. Dans Populorum progression Paul VIa pris position contre cette mentalité. Aujourd’hui les ressources matérielles utilisables pour faire sortir ces peuples de la misère sont théoriquement plus importantes qu’autrefois, mais ce sont les peuples des pays développés eux-mêmes qui ont fini par en profiter, eux qui ont pu mieux exploiter le processus de libéralisation des mouvements de capitaux et du travail. La diffusion du bien-être à l’échelle mondiale ne doit donc pas être freinée par des projets égoïstes, protectionnistes ou dictés par des intérêts particuliers.

75. Tandis que les pauvres du monde frappent aux portes de l’opulence, le monde riche risque de ne plus entendre les coups frappés à sa porte, sa conscience étant désormais incapable de reconnaître l’humain. Dieu révèle l’homme à l’homme; la raison et la foi collaborent pour lui montrer le bien, à condition qu’il veuille bien le voir; la loi naturelle, dans laquelle resplendit la Raison créatrice, montre la grandeur de l’homme, mais aussi sa misère, quand il méconnaît l’appel de la vérité morale.

Amour de Dieu et tendresse pour le prochain

Trente-et-unième dimanche du Temps Ordinaire, Année B – 4 novembre 2018

La première lecture d’aujourd’hui, tirée du livre du Deutéronome (6,2-6) et le passage de l’Évangile de Marc (12,28-34) contiennent la prière fondamentale du Shema, la profession de foi hébraïque : « Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’Unique » (Deutéronome 6,4). De la même façon que nous professons notre foi par le credo dans la liturgie chrétienne, le peuple juif confesse sa foi par le Shema dans les services de la synagogue. Le Shema est un résumé de la vraie religion : « Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. »

Au cœur de la profession de foi hébraïque, il y a cette vérité : il n’y a qu’un seul Dieu, le créateur du ciel et de la terre, et qui est donc le Dieu universel. Tous les autres dieux ne sont pas Dieu et l’univers dans lequel nous vivons trouve son origine en Dieu et a été créé par lui. Cette idée de la création se trouve ailleurs mais ce n’est qu’ici qu’il devient parfaitement clair que ce n’est pas un dieu parmi d’autres mais le seul vrai Dieu lui-même qui est à l’origine de tout ce qui existe. Le monde entier vient à l’existence par la puissance de sa Parole créatrice.

Le sacerdoce de Jésus Christ

Dans la deuxième lecture, Hébreux 7,23-28, nous entendons parler des prêtres de l’Ancienne Alliance qui, en dépit de leur grand nombre, ont été empêchés par la mort de rester en fonction. Nous entendons aussi parler du sacerdoce de Jésus Christ qui, parce qu’il vit pour toujours, exerce une prêtrise qui ne passera pas. Jésus, le nouveau grand prêtre, garantit la permanence de la Nouvelle Alliance. Par conséquent, il est toujours capable de sauver ceux qui s’avancent vers Dieu grâce à lui puisqu’il vit pour toujours afin d’intercéder pour eux. Jésus n’était pas prêtre selon la tradition juive. Il n’appartenait pas à la lignée d’Aaron mais à celle de Juda; la voie du sacerdoce ne lui était donc pas légalement accessible. La personne et l’activité de Jésus de Nazareth ne se situent pas dans le prolongement des anciens prêtres mais bien plutôt dans celui des prophètes de l’ancien Israël.

Comme l’a souligné le pape Benoît dans l’homélie qu’il a prononcé à Rome, le 3 juin 2010, lors de la solennité du Corps et du Sang du Christ, « Jésus prit ses distances d’une conception rituelle de la religion, critiquant l’ordre qui accordait de la valeur aux préceptes humains liés à la pureté rituelle plutôt qu’à l’observance des commandements de Dieu, c’est-à-dire à l’amour pour Dieu et pour son prochain qui, comme le dit le Seigneur, “vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices”… Même sa mort, que nous chrétiens appelons à juste titre “sacrifice”, n’avait rien des sacrifices antiques, elle était même tout le contraire : l’exécution d’une condamnation à mort, par crucifixion, la plus infamante, qui eut lieu à l’extérieur des murs de Jérusalem. » Le sacerdoce du Christ comporte la souffrance. À défaut de ce principe et de cette perspective fondamentale, tous nos efforts pour construire l’Église de Jésus Christ resteront vains.

Un enseignement crucial

Jésus était une menace pour les scribes et ceux-ci sont souvent représentés comme lui étant hostiles. Mais dans le récit de l’Évangile d’aujourd’hui, en Marc 12,28-34, nous assistons à une conversation plutôt sympathique en regard des controverses habituelles entre Jésus et les scribes.

Pour saisir pleinement le sens de ce passage de l’Évangile, il est important de comprendre le rôle que joue le scribe dans le judaïsme. Le scribe n’est membre d’aucune secte juive ni d’aucun parti politique comme les pharisiens, les sadducéens, les esséniens ou les zélotes, même si plusieurs scribes étaient effectivement des pharisiens qui suivaient une interprétation stricte de la Loi. Les scribes étaient les savants et les intellectuels du judaïsme. Leur savoir était la connaissance de la Loi qu’ils tenaient pour la somme de la sagesse et la seule vraie science. Le scribe occupait au sein de la communauté juive une position de leadership respectée.

Dans le texte d’aujourd’hui, le scribe semble impressionné par les réponses que Jésus vient de donner (versets 27-28) à la question sur le sort de la femme aux sept maris, à l’heure de la résurrection. Le scribe approche Jésus et veut en savoir plus.

La question clé, « Quel est le premier de tous les commandements? », offre à Jésus l’occasion de donner un enseignement important. Les maîtres de la Torah (scribes et rabbins) avaient toujours discuté de l’importance relative des commandements de l’Ancien Testament. En réponse, Jésus cite le Deutéronome 6,4-5 (la première lecture d’aujourd’hui), et indique les premiers versets du Shema, que les juifs récitent tous les jours. Même si on a posé à Jésus une question sur le premier commandement, il en cite deux dans sa réponse. Le second, c’est : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », tiré de Lévitique 19,18, qui ne faisait pas partie, lui non plus, des 613 commandements. Ce qui est remarquable, c’est que le scribe exprime son accord avec Jésus en lui faisant écho sans la moindre trace d’hostilité ou d’ironie.

En parlant du cœur, de l’âme, de l’intelligence et de la force (verset 30), la Bible n’entend pas nommer les différents éléments qui composent la personne mais souligne que c’est toute la personne qui doit aimer Dieu avec tout ce qu’elle a et ce qu’elle est. Les textes du Deutéronome ne mentionnent que le cœur, l’âme et la force tandis que l’Évangile d’aujourd’hui parle du cœur, de l’âme, de l’intelligence et de la force (comme le fait Matthieu 22,37). Jésus identifiait probablement l’intelligence (la connaissance) à la force.

L’Évangile d’aujourd’hui rappelle spontanément le récit de l’homme qui a de grands biens et qui est proche du Royaume des cieux. L’interprétation correcte du scribe et l’humilité de son ouverture sont uniques (Marc 10,13-16). La différence entre l’homme riche et le scribe, c’est que Jésus n’ajoute pas ici pour le second, comme il le fait pour le premier, qu’il y a encore une chose (Marc 10,21); parce que le scribe a compris, il n’y a rien qui l’empêche d’entrer dans le Royaume.

Moïse enseigne dans le Shema (cf. Deutéronome 6,5; Lévitique 19,34) – et Jésus le répète dans l’Évangile (cf. Marc 12,19-31) – que tous les commandements se ramènent à l’amour de Dieu et à la tendresse pour le prochain. Chaque fois que les juifs récitent le « Shema, Israël » et que les chrétiens rappellent le premier et le second grand commandement, eux et nous, par la grâce de Dieu, nous rapprochons. Chaque fois que nous faisons le signe de la croix, nous traçons le Shema sur notre corps car nous nous touchons la tête (l’âme), le cœur et les épaules (la force) en les vouant au service de Dieu.

La Lectio Divina : écouter la Parole de Dieu

Les lectures d’aujourd’hui nous invitent à une forme particulière d’écoute de la Parole de Dieu. Cette écoute exige un silence prolongé pour que l’Esprit Saint puisse révéler l’intention et le sens de la Parole de Dieu, et s’unir à notre propre esprit (cf. Romains 8,26-27). À ce propos, j’aimerais faire quelques observations au sujet de l’art vénérable de la Lectio Divina. Verbum Domini, l’exhortation apostolique née du synode sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église, propose la Lectio Divina comme méthode pour approcher, comprendre, prier et aimer la Parole de Dieu.

Verbum Domini déclare en effet :

« Le Synode a insisté à plusieurs reprises sur l’exigence d’une approche priante du texte sacré comme élément fondamental de la vie spirituelle de tout croyant, dans les divers ministères et états de vie, en se référant notamment à la Lectio divina. La Parole de Dieu est, en effet, à la base de toute spiritualité chrétienne authentique. » (no 86)

Dans Verbum Domini, le pape Benoît décrit en détail la méthode de la Lectio Divina (no 87) :

« Je voudrais rappeler brièvement ici ses étapes fondamentales : elle s’ouvre par la lecture (lectio) du texte qui provoque une question portant sur la connaissance authentique de son contenu : que dit en soi le texte biblique? Sans cette étape, le texte risquerait de devenir seulement un prétexte pour ne jamais sortir de nos pensées.

« S’ensuit la méditation (meditatio) qui pose la question suivante : que nous dit le texte biblique? Ici, chacun personnellement, mais aussi en tant que réalité communautaire, doit se laisser toucher et remettre en question, car il ne s’agit pas de considérer des paroles prononcées dans le passé mais dans le présent.

« L’on arrive ainsi à la prière (oratio) qui suppose cette autre question : que disons-nous au Seigneur en réponse à sa Parole? La prière comme requête, intercession, action de grâce et louange, est la première manière par laquelle la Parole nous transforme.

« Enfin, la Lectio divina se termine par la contemplation (contemplatio), au cours de laquelle nous adoptons, comme don de Dieu, le même regard que lui pour juger la réalité, et nous nous demandons : quelle conversion de l’esprit, du cœur et de la vie le Seigneur nous demande-t-il? Saint Paul, dans la Lettre aux Romains affirme : “Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est par- fait” (12,2).

« La contemplation, en effet, tend à créer en nous une vision sapientielle de la réalité, conforme à Dieu, et à former en nous “la pensée du Christ” (1 Corinthiens 2,16). La Parole de Dieu se présente ici comme un critère de discernement : “elle est vivante, (…) énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants; elle pénètre au plus profond de l’âme, jusqu’aux jointures et jusqu’aux moelles; elle juge des intentions et des pensées du cœur (Hébreux 4,12). Il est bon, ensuite, de rappeler que la Lectio divina ne s’achève pas dans sa dynamique tant qu’elle ne débouche pas dans l’action (actio), qui porte l’existence croyante à se faire don pour les autres dans la charité. »

Par la simplicité de l’adhésion à tout le texte biblique et par le respect qu’elle lui témoigne, la Lectio divina est un exercice d’obéissance totale et inconditionnelle à Dieu qui parle aux êtres humains qui écoutent attentivement la Parole.

Maître, nous voulons voir !

Trentième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 28 octobre 2018

Dans l’Évangile de Marc, les récits de guérison de l’aveugle à Bethsaïde (8,22-26) et de Bartimée en route vers Jéricho (10,46-52) étaient incontestablement des récits très connus dans l’Église primitive. Ces miracles m’ont toujours fasciné, car j’ai grandi avec un père qui était optométriste. Combien de fois avons-nous discuté de déficiences de la vue, du stigmatisme, des cataractes et de la vision parfaite? Mon père était membre d’un organisme de charité qui venait en aide aux aveugles et je me souviens très bien de ce bénévolat, avec mon père et ses collègues également médecins, lors de fêtes de Noël organisées pour les aveugles.

En route vers Jéricho

L’auteur de l’Évangile selon St-Marc nous fait part de la rencontre de Jésus et de Bartimée, un mendiant aveugle (Mc 10,46-52) dans l’Évangile du 30e dimanche du temps ordinaire (Année B). Jésus avait effectué un long périple éprouvant à travers la vallée du désert à partir du Nord, en Galilée.  Il était alors en route pour Jérusalem, une montée peineuse d’une oasis du désert jusqu’aux collines de la Judée.

Comme Jésus arrivait à Jéricho, Bartimée perçut l’agitation de la foule, sentant qu’une occasion unique était à portée de main. Il devait assurément la saisir. Du bord de la route, il se mit à crier, « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! » Certains dans l’entourage de Jésus avaient honte de ce mendiant sale et insolent qui dérangeait le maître. Tant et si bien qu’ils tentèrent de le faire taire.

Pourquoi avaient-ils honte? Pourtant, Bartimée tentait simplement de prendre part à la culture environnante et de cette façon, faire valoir qu’il avait également le droit de voir Jésus. Si les gens de la foule avaient entendu les rumeurs à propos des pouvoirs de guérison de Jésus, n’auraient-ils pas exprimé un peu plus de compassion envers ce pauvre mendiant, et ne l’auraient-ils pas présenté à Jésus ?

Ni Bartimée ni Jésus ne seraient rejetés. Dès qu’il a entendu les cris du mendiant, Jésus écarta les réticences des disciples et appela l’aveugle.  Bartimée jeta son manteau et courut vers cette voix chaleureuse qui répondit immédiatement : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »

« Rabouni, que je voie. » Et Bartimée se mit à voir non seulement avec ses yeux, mais surtout, avec son coeur. Bien que Bartimée fût aveugle à bien des égards, il voyait clairement qui était Jésus.  L’objectif de la foi qui nous rend disciples est de « voir clairement qui est Jésus » En fin de compte, Bartimée se mit à voir et suivit Jésus sur la route. Étant donné que le verset suivant de l’Évangile de Marc raconte l’arrivée à Jérusalem, nous pouvons déduire avec certitude que Bartimée a suivi Jésus sur le chemin vers la croix.

La métaphore de l’aveugle

La compassion envers les parias a été une caractéristique importante du ministère de Jésus et dans l’Évangile, les récits de guérison ne consistent jamais en une simple transformation d’incapacités physiques. Dans les récits de ceux qui étaient « aveugles, mais se mettent à voir », il faut noter que le lien entre la vision et la foi est tellement fort que les miracles accomplis par Jésus se rapportent plus à la croissance spirituelle qu’à la disparition de la cécité.

Les disciples de Jésus ont des problèmes de vision.  Combien de fois fait-on usage de la métaphore d’aveuglement afin de décrire notre incapacité à saisir le sens des souffrances endurées ? Cet aveuglement est parfois décrit comme étant une incapacité de voir les arbres dans la forêt, mais ne serait-ce pas qu’une analyse simplifiée. L’aveuglement familial est encore plus inquiétant, car il suppose qu’il n’y aucune leçon à apprendre. L’aveuglement est souvent enraciné dans l’arrogance. Chaque jour, nous devons ajuster notre vue.

De nos jours, quels aspects de l’Église, de la société et de notre culture auraient sérieusement besoin de guérison, de restauration et de reformation ? Quels sont nos angles morts ? Quels sont les problèmes de myopie et d’hypermétropie les plus graves ? Combien de fois préférons-nous le monologue au dialogue tout en refusant de croire que nous pourrions apprendre de ceux qui sont d’avis contraire ou qui s’opposent à nous ? Autrement dit, nous refusons parfois de prendre part à la culture environnante en optant pour un mode de vie étroit, agressif et colérique? Et puis, combien de fois affirmons-nous qu’il n’existe aucune autre façon d’aborder le problème que la nôtre ?

Combien de fois nous comportons-nous comme ceux qui ont tenté d’empêcher Bartimée de voir et de rencontrer le Seigneur ? Face aux critiques des moqueurs et des cyniques parmi nous, osons-nous accompagner nos amis, nos collègues et nos êtres chers vers la présence même du Seigneur ? Pourquoi ne pas le faire lorsque nous connaissons le résultat d’une existence sans la présence du Christ ?

Prières pour la guérison, le rétablissement et la vision

Permettez-moi d’établir le lien entre l’Évangile d’aujourd’hui et une initiative très importante dans notre société, c’est-à-dire les activités pro-vie. Ils ont besoin de purification, de restauration, d’un renouvellement spirituel et d’une vision rectifiée. Je réalise de plus en plus lors d’entretiens avec des gens bien intentionnés qui se disent pro-vie que le renouvellement de la mission initiale, la recentralisation du dynamisme et des efforts sont essentiels dans le but d’inclure le plus possible de personnes aux efforts de préservation et de maintien de la dignité humaine. Si nous affirmons être pro-vie, nous devons inclure toute la culture environnante, au lieu de tout simplement la condamner.

Nous devons mettre en évidence notre programme pro-vie et nos activités. L’avortement est la pire blessure infligée non seulement aux individus et à leurs familles, source de refuge pour la vie, mais également à  la société et sa culture. D’autant plus que les personnes qui devraient protéger et défendre la société en sont partiellement responsables. Il est important de rappeler la vision pro-vie et les paroles prononcées par le Pape Benoît XVI lors de cérémonie d’ouverture de la Journée mondiale de la jeunesse à Sydney, le 17 juillet 2008 :

C’est ainsi que nous sommes amenés à réfléchir sur la place qu’occupent dans nos sociétés les indigents, les personnes âgées, les immigrés, les sans-voix. Comment se fait-il que la violence domestique tourmente tant de mères et d’enfants ? Comment se fait-il que l’espace humain, le plus beau et le plus sacré qu’est le sein maternel, soit devenu un lieu de violence indicible ?

Une vision et des efforts qui ne ciblent que les atrocités contre l’enfant à naître risquent d’entraîner l’aveuglement. Dans cette optique, il est indispensable de porter attention aux grands défis qui accablent actuellement l’humanité. Plus précisément les questions complexes telles que le suicide assisté ou l’euthanasie qui, de nos jours, ne sont plus des sujets théoriques ou abstraits. La problématique concerne le grand public et fait l’objet de débats non seulement dans les congrès et les parlements, mais également dans les discussions de salon et dans les salles de classe. L’euthanasie est une compassion erronée et malavisée.

L’Église catholique romaine nous offre un enseignement sur les droits, le caractère sacré et la dignité de l’être humain, c’est-à-dire une vision parfaite à viser au quotidien si l’on se prétend pro-vie. L’opposition à l’avortement ne justifie pas l’indifférence envers ceux qui souffrent de pauvreté, de violence et d’injustice. Il faut ainsi s’efforcer de voir la situation dans son ensemble et ainsi d’éviter la vision étroite.

Se dire pro-vie signifie s’opposer à tous ceux qui portent atteinte à la vie tels que tous types de meurtre, de génocide, d’avortement, d’euthanasie ou d’autodestruction délibérée. Nous sommes catégoriquement contre tout affront à la dignité humaine tel que la mutilation, les tourments infligés sur le corps ou l’esprit, les tentations contre la volonté même, et tout ce qui agresse la dignité humaine tel que les conditions de vie inhumaines, l’emprisonnement pour des raisons arbitraires, la déportation, l’esclavage, la prostitution, le trafic de femmes et d’enfants ainsi que les conditions de travail honteuses auxquelles sont soumises des personnes traitées comme des outils de profit personnel plutôt que comme des personnes libres et responsables. Toutes ces choses et d’autres détruisent la vie humaine et empoisonnent la société.

Les valeurs pro-vie nous n’autorisent pas à dire ou à faire n’importe quoi, à se comporter de façon méchante ou encore, à détruire ceux qui ne partagent pas notre point de vue. Il ne faut jamais oublier les principes de politesse, de charité évangélique, d’éthique ou de justice. Nous devons ainsi éviter la malvoyance et la myopie de ceux qui, au départ, ont de bonnes intentions, mais qui sont aveuglés par leur propre zèle et qui sont incapables de mettre tout en perspective.  Le Cardinal Sean O`Malley, opm. cap., archevêque de Boston, a récemment écrit : « Notre capacité de transformer les cœurs et d’aider les autres à saisir l’importance de la dignité de la vie de chacun, des premiers instants de sa conception jusqu’aux derniers moments de sa mort naturelle, est directement liée à notre capacité d’accroître l’amour et l’unité dans l’Église, car les divisions et les disputes ne font qu’entraver la proclamation de la vérité.

La vision pro-vie est l’une des plus profondes expressions de notre baptême, car il s’agit de s’affirmer en tant que fils et filles de la lumière revêtus d’humilité et de charité, pleins de convictions, qui ne font qu’affirmer la vérité tout en la soutenant avec fermeté, conviction et détermination sans jamais perdre la joie ou l’espoir. Les activités pro-vie ne sont pas réservées à un parti politique en particulier. C’est une obligation pour tous que ce soit ceux de droite, de gauche ou les modérés. Si nous sommes pro-vie, nous devons tendre la main vers la société qui nous entoure plutôt que lui faire affront. Nous devons voir les autres comme l’a fait Jésus et nous devons aimer pour la vie, même ceux qui s’opposent à nous.

Comme nous avons pris connaissance des choses qui nous rendent aveugles au Seigneur et nous paralysent à tel point que l’on ne peut pas agir efficacement. Supplions sans cesse le Seigneur de nous guérir! Seigneur, fais que je puisse voir ! Puis lorsque notre vision sera rétablie, levons-nous afin de le suivre en route vers le royaume.

Prière pour la vision
Origène (185-253)

Que le Seigneur touche nos yeux
Comme il l’a fait pour les aveugles.
Pour que nous puissions ainsi rendre visibles
les choses qui sont invisibles.
Qu’il  puisse ouvrir nos yeux pour contempler non pas les réalités actuelles,
mais les bénédictions à venir.
Qu’il puisse ouvrir les yeux de nos cœurs pour fixer l’Esprit en Dieu
Par Jésus-Christ notre Seigneur,
à qui appartiennent la puissance et la gloire jusqu’à l’éternité. Amen.

L’œuvre sacerdotale de Jésus et notre propre sacerdoce

Vingt-neuvième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 21 octobre 2018

Les lectures du 29e dimanche du temps ordinaire nous invitent, par la prière, de songer à la prêtrise et au ministère sacerdotal. La première lecture est un passage d’Isaïe portant sur la souffrance mystérieuse du serviteur qui se consacre aux inégalités du peuple (Isaïe 53, 2-11). La deuxième lecture nous fait part du Christ, grand prêtre, soumis, comme nous, à l’épreuve à bien des égards, mais sans commettre le pêché. Ce passage de l’Évangile illustre que le Fils de Dieu a donné sa vie en rançon pour plusieurs (Marc 10, 35-45). Ces trois passages mettent au jour un aspect au cœur du fondement du ministère sacerdotal que l’on célèbre également ensemble comme Peuple de Dieu réunit par le mystère de l’eucharistie.

Je vous offre mes réflexions inspirées des deux lectures de ce dimanche et de celles de dimanche prochain (Lettre aux hébreux 4, 14-16 et 5, 1-5).

Le mystérieux serviteur Isaïe

Premièrement, permettez-moi de vous transmettre une simple réflexion sur la lecture d’aujourd’hui du prophète Isaïe (53, 10-11). Le personnage mystérieux d’Isaïe, « serviteur souffrant » est non seulement un signe de l’amour de Dieu, mais il représente également tout être humain tel qu’il est devant Dieu. Dieu seul peut être conscient de la vraie grandeur du serviteur. Il fut perçu comme un pêcheur en raison de sa souffrance et ainsi, comme une personne à dédaigner. En souffrant pour les péchés des autres, le serviteur subsista à la volonté divine et c’est pourquoi il sera récompensé par Dieu.

Jésus, notre grand prêtre par excellence

Dans la Lettre aux Hébreux 4, 14-16, l’auteur qualifie Jésus de grand prêtre par excellence (v 14). Jésus fut soumis à l’épreuve sous tous ses aspects sans pourtant succomber au péché (v 15); ce qui indique la familiarité de Jésus à la tradition de la tentation non seulement au tout début (tel qu’en 1, 13), mais tout au long de sa vie publique (Luc 22, 28). Les similitudes de la Lettre aux Hébreux 4, 16 jusqu’à 10, 19-22 indique que l’auteur tient compte de notre accessibilité confiante en Dieu rendu possible par les œuvres sacerdotales de Jésus. Les Écritures d’Israël sont insufflées dans la vie entière de Jésus de même qu’il a vécu selon la Parole de Dieu.

Notre « grand prêtre par excellence » est Jésus, l’enfant de Bethléem qui devint l’ «Ecce Homo» de Jérusalem, il ne se distance pas de nous et de notre condition humaine. Mais il est plutôt celui qui s’identifie à nous puisqu’il a vécu nos faiblesses et nos épreuves, même nos tentations (Lettre aux Hébreux 4, 14-15). Nous devons ainsi nous poser certaines questions : Suis-je de caractère sacerdotal tel que le fut Jésus? Est-ce que je m’offre aux autres? Est-ce que la société est devenue moins violente, moins malveillante, plus miséricordieuse, patiente, attentionnée et juste, à cause de ma personne?

En 1975, dans son Exhortation Apostolique, très mémorable et toujours actuelle, intitulée Evangelii Nuntiandi (sur l’évangélisation dans le monde moderne), le Pape Paul VI souligna justement : « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins. » Afin d’éviter l’inefficacité de notre ministère et la solitude, nous devons constamment nous poser les questions suivantes :

Suis-je intériorisé par la Parole de Dieu? Est-ce que la Parole est réellement la source qui me soutient, plus que le pain et les choses de ce monde? Est-ce que je connais cette parole? Est-ce que je l’aime? Est-ce que ma conduite reflète la Parole? Est-ce que je suis lié à la Parole à un tel point que ses effets animent ma vie, mûrissent mes réflexions puis deviennent source de motivation et d’inspiration qui incite les autres à agir?

Les prêtres de l’Ancien Testament et les prêtres du Nouveau Testament

L’Ancien Testament n’aurait jamais exigé que le grand prêtre se comporte à la manière de ses frères et ses sœurs. À l’opposé, les auteurs ont plutôt voulu les différencier. Aucun texte n’a requis une conduite irréprochable de la part des prêtres. Dans l’Ancien Testament, la compassion envers le pécheur semble incompatible avec la prêtrise.

Contrairement aux prêtres lévitiques, la mort de Jésus fut essentielle pour sa prêtrise. Il est prêtre de la compassion. Nous sommes attirés vers son autorité en raison de sa compassion. En fin de compte, Jésus existe pour nous. Il existe pour nous servir. Comme nous, il fut soumis à l’épreuve à bien des égards. C’est pourquoi il connait toutes nos faiblesses; il connait notre condition humaine de façon intérieure comme extérieure; il est un homme conforté par ses expériences à partir desquelles il soutira une profonde habileté de compassion.

Le contraire de la vie sacerdotale est la consommation, c’est-à-dire l’existence que mène la personne qui achète, amasse et accumule les choses. Le prêtre est celui qui offre ses dépenses et le don de lui-même aux autres. Faut-il s’étonner que les vocations à la prêtrise fassent face à des défis colossaux dans cette culture de la richesse, de l’abondance, de la surconsommation et de tous les excès?

Pouvez-vous boire à la coupe?

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus pose une question complexe : « Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ? » (Marc 10, 38-40). Dans l’Ancien Testament, on évoque cette métaphore de la coupe pour faire référence à l’acceptation du destin attribué par Dieu. Dans le cas de Jésus, ce parallèle désigne également le jugement divin sur le péché que Jésus l’innocent doit expier de la part des coupables (Marc 14, 24; Isaïe 53, 5). Son baptême deviendra sa crucifixion et sa mort pour le salut de l’humanité. La demande de Jacques et de Jean pour leur part de la gloire (Marc 10, 35-37) doit nécessairement inclure une part des souffrances de Jésus et des adversités dont il a souffert pour l’Évangile (Marc 10, 39). L’autorité d’assigner les places d’honneur dans le royaume est réservée à Dieu (Marc 10, 40).

Peu importe l’autorité qu’exercent les disciples, ils doivent la convertir aux services des autres, comme l’a fait Jésus (Marc 10, 45), plutôt que pour des fins personnelles (Marc 10,42-44). Le service de Jésus se traduit par sa passion et sa mort pour les péchés commis par l’humain. (Marc 10,45)

L’extrait de l’Évangile d’aujourd’hui apporte en conclusion une des expressions les plus importantes qui souligne également la mission messianique de Jésus : « car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » Jésus n’est pas venu dans ce monde pour son gain personnel, pour des privilèges ou pour le prestige. Il est plutôt venu pour servir, ce qui impliquait le don de sa vie en rançon.

L’Ancien Testament n’explique pas la raison pour laquelle Dieu pouvait «se sacrifier » pour son peuple. Seules sa passion, sa souffrance et sa mort pour son Fils unique mettent en évidence ce sacrifice de Dieu. Le don de notre chair et de notre sang nous a rendus capables d’accéder au salut. Le péché et le mal dans le monde qui nous entoure doivent être portés sur nos épaules et par notre chair. De cette manière, nous partageons cette douleur dans notre propre chair et notre corps pour qu’elle fasse partie de notre être tel que Jésus l’a fait. St-Paul le décrit dans sa deuxième lettre aux Corinthiens : «Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu.» (2 Cor 5, 21)

Le sacerdoce de nos jours

En tant que bergers sacerdotaux, on nous a offert une part d’un devoir à la fois ardu et grandiose surtout durant ces temps difficiles et éprouvants. Nous sommes ordonnés dans le but de réunir le peuple de Dieu, de proclamer audacieusement la Parole du Seigneur, de baptiser, de célébrer en rompant le Pain, et de constamment rendre grâce au Seigneur pour ces innombrables dons. Nous sommes également appelés à venir en aide à ceux qui sont dans le besoin et à inciter la générosité envers les pauvres. Notre ministère exige que l’on montre l’exemple sans réserve.

Nous sommes tout de même des serviteurs indignes qui effectuons pourtant le travail du Christ. Qui parmi nous peut réellement être digne d’un tel appel ? En tant qu’être humain, nous, les prêtres, pouvons nous tromper, mais nos gestes sacerdotaux accomplis à l’autel ou au confessionnal ne sont pas invalides ou inefficaces en raison de nos faiblesses ou nos péchés. Le peuple de Dieu et le nôtre ne seront pas dépourvus de la grâce divine en raison de notre propre indignité. Après tout, c’est le Christ qui baptise, célèbre, réconcilie et pardonne; le prêtre n’est que l’outil.

Face à notre exemple du berger serviteur qui souffre, les gens seront frappés par l’appel de Jésus à prendre soin des autres et à laver les pieds de l’humanité. Nous serons seulement de bons prêtres, si notre cœur est brisé encore et encore, au réjouissant service du peuple de Dieu, nous serons des prêtres utiles et de bons bergers pour le peuple du Seigneur.

Un cœur brisé et blessé est le fondement du véritable ministère et du rôle du berger dans l’Église actuelle. Plus précisément, il s’agit d’un cœur ouvert à l’amour qui enlace le monde plutôt qu’un cœur brisé dans un état de désespoir. Un cœur brisé qui mène à la joie ultime, car nous l’avons offert à Dieu et nous avons fait place au monde entier dans notre propre cœur.

Jésus est le prêtre parfait puisqu’il existe en lui un feu intérieur et soutenu qui jaillit pour ses frères et ses sœurs. Il est celui qui donna sa vie pour les autres. Le serviteur souffrant du Seigneur vit en union, en communion et en sympathie pour toute la famille humaine. Tout comme le fils de Dieu n’est pas venu pour se faire servir, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour nous.

Au-delà des paroles éloquentes de ses homélies et de ses textes, nous devons connaitre le Christ et l’aimer. Cette amitié à lui sera contagieuse aux yeux de nos contemporains et d’autres pourront ainsi reconnaître la noblesse, la beauté et la grandeur par nos visages, nos sourires, nos mains, nos pieds, nos cœurs et nos faiblesses. Nous ne pouvons pas oublier que, malgré nous, les gens tomberont amoureux du Seigneur, mais espérons que ce soit également à cause de nous.

Comment recevoir la vie éternelle…

Vingt-huitième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 14 octobre 2018

Le récit de la rencontre entre Jésus et l’homme qui cherche la vie éternelle est essentiellement le récit d’un appel (Mc 10, 17-30). Il s’agit du seul récit de Marc où l’individu interpellé ne répond pas positivement à l’invitation de Jésus plutôt, il s’en va. On trouve ce récit dans les trois évangiles synoptiques. Matthieu (19, 16-22) nous dit que l’homme était jeune. Seul Luc (18, 18-23) nous informe qu’il était un notable. Les trois évangélistes s’entendent pour dire que l’homme était riche, la seule description que nous donne Marc. L’homme riche veut « recevoir la vie éternelle en partage. »

Considérons quelques aspects de ce que nous présente Marc dans cet épisode de l’évangile. D’abord, Jésus répudie le terme « bon » pour lui-même et le dirige plutôt vers Dieu, la source de toute bonté qui seul peut accorder le don de la vie éternelle.

Est-ce que cette directive à cet homme avec de grands biens est une exigence pour tous ceux et celles qui veulent recevoir la vie éternelle? Est-il vrai que Jésus n’a pas demandé à d’autres disciples de vendre leurs biens (1 Tm 6, 17-19)? Pierre n’a-t-il pas pu conserver sa maison et son bateau pour une courte période de temps (Mc 1, 29; Jn 21, 3)? Les femmes de Galilée n’ont-elles pas continué à accéder à leurs ressources matérielles personnelles (Mc 15, 41), tout comme Joseph d’Arimathie (15, 43)?

Il semble que Jésus fait une invitation très personnelle pour cet homme qui avait de grands biens, et ce pour des raisons très spécifiques. Pourquoi cet homme trouve-t-il l’enseignement de Jésus si difficile à accepter? Dans l’Ancien Testament, la richesse et les biens matériels sont considérés des signes de la faveur de Dieu (Job 1, 10; Psaume 128, 1-2; Isaïe 3, 10). Les Juifs fervents croyaient que la richesse était un signe de bénédiction divine. Les riches étaient perçus comme ceux que Dieu avait bénis alors que les pauvres étaient maudits de Dieu.

Un enseignement sur le pouvoir des biens matériels

Les paroles de Jésus dans Marc 10, 23-25 provoquent la stupéfaction des disciples parce qu’elles semblent contredire le concept de l’Ancien Testament (Mc 10, 24. 26). Puisque la richesse, le pouvoir et le mérite génèrent un faux sentiment de sécurité, Jésus les rejette catégoriquement comme des éléments pou réclamer une place dans le Royaume. Le résultat négatif de la décision de l’homme de s’en aller dénote un certain réalisme. Il rappelle aussi le pouvoir particulier des biens matériels qui empêchera plusieurs chrétiens d’être de véritables disciples. Jésus se sert du départ de l’homme riche pour enseigner à ses disciples que les biens terrestres, le succès et la prospérité peuvent être de dangereux pièges. Un détachement complet de ses biens est exigé de chaque disciple authentique. Jésus voyait les dangers des biens matériels. Ils peuvent détourner notre cœur vers le monde et nous faire voir tout en terme de prix et non en terme de valeur.

Jésus essayait de renverser complètement ce que les apôtres et tous les bons juifs avaient appris. Son enseignement sur la richesse était toutefois incompréhensible pour son auditoire. Lorsque Jésus dit, « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu, » l’évangile nous dit, «De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : ‘Mais alors, qui peut être sauvé ? » (v. 26).

N’importe qui d’entre nous poserait naturellement la même question! Jésus leur a rappelé que le salut est pur don de Dieu. La Grâce est un don de Dieu et seul ceux dont les bras et les mains sont vidés d’eux-mêmes peuvent s’ouvrir pour recevoir le don de la grâce. L’accomplissement du salut est au-delà du la capacité humaine et dépend uniquement de la bonté de Dieu qui l’offre comme un don (Mc 10, 27).

Un défi pour chaque chrétien

Dans plusieurs sociétés, la richesse est encore un signe de l’approbation de Dieu alors que la pauvreté et les épreuves sont le contraire. Chaque chrétien est mis au défi par l’enseignement de Jésus et par les valeurs de la société selon laquelle seuls les biens matériels ont une véritable valeur, par exemple par le nombre de voitures que nous possédons, la grandeur de notre maison, le montant de nos investissements en bourse.

Lorsque des systèmes capitalistes sont menés que par les lois du marché, sans cœur et matérialiste, ils contredisent les enseignements de Jésus dans l’évangile. L’évangile de Jésus met au défi la mentalité de ‘l’évangile de la prospérité’. Jésus ne parlent pas contre la richesse matérielle, mais condamnent que l’on soit esclave de ou enchaîné à la richesse. Elle devient une bénédiction lorsqu’elle est partagée avec d’autres et elle devient un obstacle et une prison pour ceux qui n’ont pas la sagesse de la partager avec d’autres.

En regardant le jeune homme riche, Jésus regardait chacun de nous avec amour. Il nous rappelle qu’il faut faire ce « petit effort de plus. » Nous sommes invités à laisser cet amour pénétrer nos cœurs et, contrairement au jeune homme, nous devons être ouvert à l’idée de transformer nos vies et réarranger nos priorités.

Lorsque, considérant son langage trop exigent, plusieurs disciples quittèrent Jésus, ce dernier demanda à ceux qui restaient : « « Voulez-vous partir, vous aussi ? »

Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 67-68). Et ils choisirent de demeurer avec lui. Ils sont restés parce que le Maître avait ‘les paroles de la vie éternelle’, des paroles qui étaient promesse d’éternité et qui donnaient un sens à la vie sur terre.

Appliquer l’évangile de ce dimanche à la vie de tous les jours

Après lecture de l’évangile de ce dimanche, je vous encourage à considérer trois enseignements importants de notre Tradition catholique, du catéchisme de l’Église catholique et de l’encyclique de Benoît XVI, Caritas in Veritate.

1- Le catéchisme de l’Église catholique enseigne (2404-2405) que nos biens matériels nous sont confiés par Dieu non pas à notre avantage mais pour le privilège de les utiliser pour le bien des autres. L’homme, dans l’usage qu’il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes: en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui, mais aux autres  » (GS 69, § 1). La propriété d’un bien fait de son détenteur un administrateur de la Providence pour le faire fructifier et en communiquer les bienfaits à autrui, et d’abord à ses proches. Les biens de production – matériels ou immatériels – comme des terres ou des usines, des compétences ou des arts, requièrent les soins de leurs possesseurs pour que leur fécondité profite au plus grand nombre. Les détenteurs des biens d’usage et de consommation doivent en user avec tempérance, réservant la meilleure part à l’hôte, au malade, au pauvre.

2- La seconde vérité est que le développement authentique de l’homme concerne unitairement la totalité de la personne dans chacune de ses dimensions. Sans la perspective d’une vie éternelle, le progrès humain demeure en ce monde privé de souffle. Enfermé à l’intérieur de l’histoire, il risque de se réduire à la seule croissance de l’avoir. L’humanité perd ainsi le courage d’être disponible pour les biens plus élevés, pour les grandes initiatives désintéressées qu’exige la charité universelle. L’homme ne se développe pas seulement par ses propres forces, et le développement ne peut pas lui être simplement offert. Tout au long de l’histoire, on a souvent pensé que la création d’institutions suffisait à garantir à l’humanité la satisfaction du droit au développement. (Caritas in Veritate, 11)

3- Tandis que les pauvres du monde frappent aux portes de l’opulence, le monde riche risque de ne plus entendre les coups frappés à sa porte, sa conscience étant désormais incapable de reconnaître l’humain. Dieu révèle l’homme à l’homme; la raison et la foi collaborent pour lui montrer le bien, à condition qu’il veuille bien le voir; la loi naturelle, dans laquelle resplendit la Raison créatrice, montre la grandeur de l’homme, mais aussi sa misère, quand il méconnaît l’appel de la vérité morale. (Caritas in Veritate, 75)

L’avenir de l’humanité passe par le mariage et la famille

Vingt-septième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 7 octobre 2018

Plutôt que de commenter dans le détail chacune des lectures pour le vingt-septième dimanche du temps ordinaire (Année B), j’aimerais offrir une réflexion générale découlant des lectures de ce dimanche sur le mariage et la famille. Dans l’évangile de ce dimanche (Marc 10, 2-16), les pharisiens confrontent Jésus une fois de plus avec la question du divorce et de sa légitimité : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme? »

« Que vous a prescrit Moïse? », demande Jésus. Ils répondent que Moïse permet à un homme d’établir un acte de répudiation et d’ainsi renvoyer sa femme. Jésus déclare que si la loi de Moïse permet le divorce (Deutéronome 24, 1), c’est uniquement à cause de l’endurcissement des cœurs (Marc 10, 4-5). En citant Genèse 1, 27 et 2, 24, Jésus proclame que, au sujet du mariage humain, l’intention divine, c’est la permanence, et ce, depuis le commencement de la création (Marc 10, 6-8). Il réaffirme ceci en déclarant que ce que Dieu a uni, aucun être humain ne devrait le séparer (verset 9).

Avec prudence et sagesse, Jésus répond à cette question piège en faisant appel au plan de Dieu pour une unité et une égalité complète entre l’homme et la femme lorsqu’il les unit dans le mariage. Il affirme que le mari et la femme sont unis si intimement qu’en fait, ils ne font plus qu’un. Ils deviennent indivisibles. En répondant à une question directe conçue délibérément pour le prendre au piège, Jésus parle de la nature du mariage et uniquement de cela. Il met l’accent sur la sainteté du mariage et sur l’alliance de fidélité, pas sur la légitimité du divorce. Le but du mariage n’est pas le divorce ni l’annulation !

Divorce, annulation et remariage

Jésus ne condamnait pas les gens qui ont fait de leur mieux et se sont quand même retrouvés avec un divorce. Il ne jugeait pas ces gens-là, ne les jetait pas hors de la communauté de l’Église ni ne leur assignait des places en enfer. Il se contentait d’affirmer la perspective que les couples eux-mêmes ont lorsqu’ils se présentent devant un ministre de l’Église et prononcent leurs vœux de mariage.

De nos jours, l’annulation catholique paraît pour plusieurs comme un simple divorce catholique. Le divorce proclame que la réalité du mariage a existé au commencement de l’union et que cette réalité est désormais brisée. L’annulation est une déclaration que la réalité du mariage n’a jamais existé. L’Église déclare plusieurs mariages invalides sur la base de la présence d’obstacles ou d’empêchements au moment du mariage.

Au fil des mes années de ministère pastoral, j’ai rencontré plusieurs personnes divorcées qui se sentaient très aliénées de l’Église. Pour nombre d’entre elles, le divorce était la dernière chose à laquelle elles avaient jamais rêvé ou désiré. Dans plusieurs cas, cela leur est tombé dessus de façon inattendue et tragique. Aucune des personnes que j’ai rencontrées ne m’a dit qu’elle attendait avec impatience le divorce, qu’elle en ait jamais eu envie. Elles ne voyaient tout simplement pas d’autre alternative.

Il est arrivé que des hommes et des femmes divorcés se soient fait dire à tort par des personnes bien intentionnées qu’ils étaient excommuniés de l’Église catholique, ce qui est absolument faux. Leur souffrance est souvent considérable, tout comme leur besoin d’être compris et accepté. Ils ont besoin d’enseignements catholiques sans ambiguïté pour les éclairer et les conduire vers le Christ. Ils ont besoin d’amis, de gens qui prient pour eux et avec eux. Ils ont besoin de Dieu dans leurs vies au milieu de toute cette rupture et de ces brisures. Ils méritent notre compréhension et notre attention priante.

Un enseignement positif sur la question des annulations de mariage devrait être offert dans toutes les communautés paroissiales. Bien qu’une annulation puisse être une démarche fastidieuse et douloureuse pour certaines personnes, elle peut être un instrument de grâce, de guérison, de clôture et de paix d’esprit et de cœur.

L’avenir de l’humanité passe par le mariage et la famille

Dans les encycliques papales Humanae Vitae (1968) et Evangelium Vitae (1995) et en particulier dans l’exhortation apostolique Familiaris Consortio (1981) et dans la magnifique Lettre aux familles (1994), les papes Paul VI et Jean-Paul II ont consacré une grande attention au mariage et à la famille dans la culture d’aujourd’hui. Depuis la première année de son pontificat, Jean-Paul II a constamment mis l’accent sur le fait que « la famille est la voie de l’Église ». La famille est une école de communion, basée sur les valeurs de l’Évangile. En 2008, à l’occasion du 40e anniversaire de l’encyclique Humanae Vitae, les évêques du Canada ont publié un document très important dans lequel ils écrivent (No 19) :

« En somme, l’encyclique Humanae Vitae de Paul VI, et à sa suite la « théologie du corps » élaborée par le pape Jean-Paul II, lancent un défi immense à un monde trop souvent occupé à se protéger de l’extraordinaire potentiel de vie de la sexualité. À la suite de ces deux papes au regard prophétique, l’Église « experte en humanité » lance un message inattendu : la sexualité est une amie. Un don de Dieu. Elle nous est révélée par le Dieu trinitaire qui nous demande d’en révéler à notre tour la grandeur et la dignité à nos contemporains en ce début de troisième millénaire. Certains comparent la théologie du corps à une véritable révolution qui pourrait produire ses fruits au cours du XXIe siècle du christianisme. Nous invitons les baptisés à être les premiers à en expérimenter le potentiel libérateur. »

Des signes d’espoir pour le mariage, la vie de famille et les vocations

Pour accepter l’enseignement de Jésus en matière de mariage, il faut avoir la même ouverture qu’ont les enfants et le sens de la dépendance envers la force de Dieu, semblable au sens de dépendance de l’enfant envers ses parents. Lorsque l’amour est authentique, fort, sincère et ferme, il s’accompagne d’une vision, de joie, de créativité, d’une nouvelle vie et d’un désir de sainteté. Lorsque des couples mariés permettent au Christ d’être au centre de leur projet, ils ressentent fortement la paix déversée par Dieu – une paix qui jaillit jusque sur leurs enfants et leurs petits-enfants.

La crise des vocations en Occident nécessite que nous repensions non seulement notre façon de promouvoir les vocations, mais le terrain où les semences de vocations sont semées. Cette terre fertile pour les vocations, c’est la famille, l’Église domestique. Cette réalité est occasionnée par la présence du Christ dans la maison, par les grâces des sacrements, spécialement l’eucharistie, et par la fidélité à l’Évangile et aux enseignements de l’Église.

Il y a des voix dans notre société et dans notre Église qui ont peu d’espoir pour le sacrement du mariage et pour la vie de famille. Je vous supplie de différer d’avec de telles voix de malheur et de désespérance. Chacun de nous est responsable de favoriser une véritable culture du mariage et de la vie de famille, autant qu’une culture de vocations au sacerdoce et à la vie religieuse ou consacrée.

Au cours de la dernière année en particulier, j’ai été témoin de signes emplis d’espoir pour le mariage et la vie de famille chez de jeunes adultes provenant de diverses parties du monde. J’ai eu le privilège de prêcher deux retraites à des étudiants universitaires – l’une à l’aumônerie catholique Jean-Paul II de l’Université Sheffield à Hallam en Angleterre et l’autre pour l’Association des étudiants catholiques de l’Université de Victoria en Colombie-Britannique au Canada.

Le leadership ecclésial avisé des aumôniers universitaires – Sœur Anne Lea, n.d.s., à Hallam et père Dean Henderson à Victoria – a rassemblé de remarquables jeunes adultes provenant de plusieurs pays du monde. Il y avait des jeunes hommes et femmes des générations des papes Jean-Paul II et Benoît XVI, libérés de la mainmise idéologique et de la stérilité spirituelle des « terres abandonnées » de ma génération. Leurs yeux sont tournés vers le Christ et ils aiment l’Église avec toute son ombre et toute sa lumière.

Je n’ai jamais eu plus de conversations ouvertes à propos du mariage et de la vie de famille que lorsque j’étais avec ces étudiants à Hallam et à Victoria ces derniers mois. Plusieurs parlaient ouvertement de leurs parents qui ont divorcé et étaient éloignés ou tout simplement absents de l’Église. Ces étudiants disaient qu’ils avaient appris des erreurs et des deuils de leurs parents et qu’ils voulaient suivre la voie d’un mariage sacré et d’une vie de famille. Ils désirent, avec le Christ, que la vie sacramentelle et les enseignements de l’Église soient au centre de leurs vies.

J’ai aussi été ému et édifié par les jeunes hommes et femmes qui forment l’équipe du réseau de télévision Sel + Lumière au Canada. Leur foi simple et claire, leur joie profonde, leur engagement sans équivoque, leur amour visible pour le Christ et pour l’Église et leur désir ardent d’évangélisation est inspirant. Au cours des six dernières années, j’ai été le témoin privilégié de professions religieuses et d’ordinations de plusieurs collègues à Sel + Lumière et j’ai célébré sept mariages parmi les gens de mon personnel – parmi lesquels plusieurs ont travaillé avec moi à préparer les Journées mondiales de la jeunesse en 2002. Nous en sommes maintenant à la saison des baptêmes! C’est de cette génération d’enfants que sortiront des vocations pour l’Église. Comment n’y aurait-il pas de vocations lorsque le terrain est si fertile et que les parents sont si ouverts à l’Évangile et à l’Église?

Pour réfléchir, discuter et prier

Nous ne devons jamais oublier qu’il existe dans la société d’autres liens d’amour et d’interdépendance, d’engagement et de responsabilité mutuelle. Ils peuvent être bons, ils peuvent même être reconnus par la loi. Ils ne sont clairement pas l’équivalent du mariage; ils sont quelque chose d’autre. Aucun prolongement de la terminologie pour fin légale ne changera la réalité observable que seule l’union engagée d’un homme et d’une femme porte non seulement le lien d’interdépendance entre deux adultes, mais aussi la capacité de donner vie à des enfants.

Cette semaine, réengageons-nous à construire la famille humaine, à renforcer le mariage, à bénir et à élever les enfants et à faire de nos maisons, de nos familles et de nos communautés paroissiales des lieux sacrés et accueillants pour les femmes et les hommes de toutes races, langues, orientation et mode de vie.

Dans notre prédication, nos stratégies et nos programmes pastoraux, comment accueillons-nous le rôle sanctifiant de Jésus-Christ dans le mariage d’un homme et d’une femme? Sommes-nous prêts à offrir l’enseignement de Jésus sur le mariage avec l’ouverture à la vie? Quelles sont les fragilités et les situations souffrantes qui affligent les mariages de nos jours? Ces mariages peuvent-ils être sauvés et la cassure dans la relation entre mari et femme peut-elle être guérie? Quel est le rôle de la foi dans tout ceci?

Prions aujourd’hui pour les personnes mariées, pour qu’elles puissent croître dans la conscience de la sacramentalité du mariage et sa capacité à refléter l’amour de Dieu pour notre monde. Continuons de nous entraider à porter les blessures, les fardeaux et les croix que le Seigneur nous a donnés. N’oublions jamais ceux qui ont aimé et perdu, ceux qui ont souffert la douleur de la séparation, du divorce et de l’aliénation. Puissent-il trouver la guérison au sein de la communauté de l’Église et accueillir ceux dont le mariage a porté beaucoup de fruits.

*Cette réflexion biblique fut publiée pour la première fois en 2009.

[Les lectures pour ce dimanche sont : Genèse 2, 7.8.18-24 ; Psaume 128 ; Hébreux 2, 9-11 ; Marc 10, 2-16.]

(Image : CNS Photo)

Sur l’importance de l’autocritique et de l’humilité

Vingt-sixième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 30 septembre 2018

Les prophètes bibliques sont ceux qui ont reçu un appel divin à devenir messager et interprète de la Parole de Dieu. La parole qui rejoint le prophète l’oblige à parler. Alors, Amos demanda : « Quand le Seigneur Dieu a parlé, qui ne prophétiserait? » (Amos 3,8) Jérémie est abattu face au message de souffrance qu’il n’arrivait pas à transmettre aux personnes qu’il aimait. Ce qui étouffe la parole : « Je me disais : “Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. ”, Mais il y avait en moi comme un feu dévorant, au plus profond de mon être. Je m’épuisais à le maîtriser, sans y réussir. » (Jérémie 20,9) Peu importe le format du message la vraie vison de Dieu, typiquement israélite, du prophète l’a imprégné au plus profond de sa pensée de sorte qu’il voit les choses selon le point de vue de Dieu et qu’il est convaincu qu’il les perçoit ainsi. L’obéissance à la Parole de Dieu est essentielle à la mission du prophète.

Pour faire de tout le peuple du SEIGNEUR, un peuple de prophètes!

Dans la première lecture d’aujourd’hui tirée du Livre des Nombres (11,25-29), Dieu a donné le don de prophétisme à certains, ce qui surprit Moïse. Plus tôt, il s’était plaint à Dieu soutenant qu’il lui était impossible de subvenir aux besoins d’Israël à lui seul dans le désert. Comme solution, Dieu promit de conférer cet esprit prophétique de Moïse à soixante-douze anciens. Bien qu’Eldad et Medad ne soient pas venus à la tente de la rencontre lorsque l’esprit de Dieu reposa  sur Moïse, ils reçurent tout de même ce don et se mirent à prophétiser.

Lorsque Josué, l’assistant de Moïse, voulut taire cette prétendue rébellion contre l’autorité, Moïse répliqua: « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes! » (Nb 11,29) Moïse est content que l’esprit du prophétisme soit partagé avec ceux qui n’étaient pas présents au premier envoi des anciens. On reproche à Josué sa jalousie. L’autorité spirituelle peut engendrer de graves abus. Il doit être géré prudemment, humblement et avec dignité. Les leçons apprises nous communiquent que la capacité de Dieu à partager l’esprit n’est pas restreinte: Dieu seul en est la mesure.

L’inutilité toujours actuelle de la richesse

Dans la deuxième lecture de la Lettre de St-Jacques (5,1-6), un reproche sur un ton sévère nous rappelle ceux des prophètes de l’Ancien Testament (ex. : Amos 8,4-8). Ce passage n’est pas prévu pour les riches à qui il s’adresse pourtant par des figures de style, mais il sert plutôt d’avis salutaire aux croyants de la foi horrible de ceux qui abusent des richesses et peut-être même de consolation à ceux qui sont opprimés par les riches (Jc 2,5-7) Le mode d’introduction identique dans 5, 1-6 et 4, 13-17 et la façon dont l’auteur s’adresse directement au peuple indique le parallèle entre les deux parties. Toutefois, le passage actuel porte un ton beaucoup plus dur que le premier d’autant plus qu’il ne semble pas offrir la chance de se repentir. Dans 5, 2-3, l’usage du passé composé (ex. : richesses sont pourries et vêtements sont mangés) nous indique probablement l’inutilité toujours actuelle de la richesse. Bien que l’argent et l’or, en fait, ne rouillent pas (v.3), l’expression qui les désigne nous indique clairement leur inutilité.

Cette lecture de St-Jacques ne semble pas analogue aux deux autres, particulièrement en ce qui concerne les dons spirituels qui se manifestent à l’extérieur du groupe des disciples de Jésus. Néanmoins, il s’agit de propos sévères contre les riches qui profitent de leurs employés ou retiennent leur paye de même qu’un aperçu des abus de pouvoir. St-Jacques nous parle explicitement de l’univers séculier de l’emploi, des salaires et tous simplement du droit à une récompense pour le travail accompli. L’auteur de la Lettre de St-Jacques maintient que les riches ont maltraité leurs employés. Les riches ont refusé aux pauvres le salaire qui leur revenait, et par conséquent, leur argent et leur or rouilleront et leurs vêtements seront ravagés par les mites. Les riches n’ont pas réalisé que Dieu est le Dieu des pauvres et intercède en leur nom.

La communauté ecclésiale de Marc est en difficulté

Le passage de l’Évangile d’aujourd’hui (Mc 9, 38-43, 45, 47-48) a été assemblé rapidement et reflète ainsi les difficultés de la communauté ecclésiale de Marc. Premièrement, il y a un entretien entre Jean et Jésus au sujet du mauvais esprit (9,38) qui est suivi du rejet par Jésus de l’élitisme des disciples (39-40). En deuxième partie (41), quiconque donne un verre d’eau aux disciples appartiendra au Christ; en troisième partie (42), Jésus souligne que les petits seraient entièrement dépendants de Dieu et que personne ne devrait les détourner du droit chemin.

L’explication de Jésus, quant aux actes des disciples qui ont tenté d’arrêter ce mauvais esprit, marque une certaine ironie. Dans 9, 14-29, les disciples n’arrivent pas par eux-mêmes à expulser un esprit mauvais d’un jeune garçon et c’est pourquoi ils sont réprimandés par Jésus. À ce moment-là, ils voulaient retenir un exorciste qui avait réussi simplement parce qu’il ne faisait pas partie de leur propre groupe. Ainsi, la question ne se pose pas si l’esprit agit au nom et au pouvoir de Jésus, mais bien s’il fait partie de leur propre regroupement d’élus. Ainsi, on expose aux yeux de tous les attitudes élitistes des disciples. Le succès de l’exorciste étranger menace leur statut de disciples «officiels»! Jésus leur répond avec un simple mot inclusif qui pourtant reconnaît réellement la problématique du ministère non autorisé (9,39). Les disciples doivent laisser grandir ces dons de générosité et de miséricorde.

La nécessité de l’autocritique

Dans la deuxième moitié du passage, nous constatons qu’un agencement de dictons nous appelle à prendre une position autocritique. Les disciples sont poussés à réfléchir sur leur propre style de vie et leur ministère. Est-ce que leurs paroles ou leurs actes serviront, en partie, comme pierre d’achoppement pour les fils et les filles de l’église? Marc fait usage des paroles de Jésus au sujet du scandale et du mauvais usage des mains, des yeux et des pieds. Jésus n’ordonne pas la mutilation. Il utilise simplement les expressions sémitiques typiques de son époque, c’est-à-dire de façon vive, intense et souvent exagérée. Rien ne surpasse le Christ. Lorsque Jésus ordonne «coupe-le», il ne s’agit pas de mutilation, mais plutôt une incitation à la libération de manière à nous libérer pour aimer sans réserve, contrairement aux emprises de l’amour de soi-même où tout, peut-être tout le monde, même Dieu, doit être axé sur nous. Un des paradoxes fascinants de ce récit est le suivant : Plus on se fixe sur le Dieu présent en nous, sur les personnes dans le besoin que Dieu chéri et sur la terre que Dieu a perçue comme étant « très bon » (Gn 1,31), alors plus enrichissante sera l’amour de soi. La vie humaine est une question de relations avec Dieu, avec les gens et avec la terre.

Malgré son discours décousu, le passage de l’Évangile d’aujourd’hui sert de parfaits antidotes aux tentations omniprésentes qu’ont les humains de surestimer leur position d’élus de Dieu. La nature humaine a tendance à porter des jugements catégoriques qui causent parfois l’élitisme, c’est-à-dire conclure que les autres ne méritent pas notre lien. Nous ignorons ainsi la consécration de Dieu de nos mains pour travailler, de nos yeux pour la perception et de nos pieds pour marcher à la manière spéciale de Dieu. Nous rejetons les autres comme des exclus, étrangers à nos rangs et à notre statut. Au lieu de remettre en question le bien-fondé des autres groupes efficaces et même appréciés, on nous rappelle d’une manière vive l’importance de l’autocritique et de l’humilité.

Sur l’humilité

Jésus a affirmé « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. » (Mt 11,29) La plupart des saints ont prié pour l’humilité qui s’est également manifestée dans leurs vies. Plusieurs d’entre nous vivent dans une société et une culture où la seule façon d’avancer et de faire une différence est de mettre en valeur la promotion de ses mérites, sa capacité de s’affirmer, sa compétitivité et ses moyens de mettre en évidence ses exploits.

La vertu d’humilité est une qualité des personnes qui, face à leurs défauts, se perçoivent d’une manière modeste et se soumettent volontiers à Dieu et aux autres pour l’amour de Dieu. Comment atteindre un équilibre entre l’humilité et la docilité tout en s’affirmant assez pour réussir dans le monde d’aujourd’hui? Devons-nous en sacrifier l’un pour l’autre ? En menant sa vie avec justesse et droiture, nous pouvons devenir des leaders humbles. Ce qui diffère des habilités de réussite et d’être promu à des postes qui comportent plus de responsabilités.

L’humilité de Mère Cabrini

J’ai grandi dans un foyer italo-américain où mes parents et mes grands-parents me racontaient souvent des contes au sujet des saints et des béatifiés. Évidemment, deux Italiens figuraient en tête de liste: Mère Cabrini et Padre Pio ! Sainte Françoise-Xavière Cabrini (1850-1917) était la première Américaine ‘canonisée’ par l’Église. Quand j’étais jeune, on nous donnait la prière d’humilité de Mère Cabrini que je conserve dans ma bible depuis mon enfance. La vie de Mère Cabrini et les paroles de sa prière incarnent plusieurs idées qui se retrouvent dans les lectures bibliques d’aujourd’hui.

Seigneur Jésus-Christ, je prie afin que tu puisses me fortifier avec la grâce de l’Esprit Saint et que tu donnes ta paix à mon esprit, pour me libérer de toutes craintes et inquiétudes qui ne valent pas la peine. Aide-moi à vouloir ce qui te plait et qui t’est acceptable, pour que ta volonté puisse être ma volonté.

Libère-nous des désirs impurs et que pour ton amour, je puisse demeurer inconnu dans ce monde et n’être connu que par toi.

Ne me permets pas de m’attribuer le bien que tu accomplis en moi et par ma personne, mais plutôt de te conférer tout honneur. Ne puis-je qu’admettre mes infirmités de façon à renoncer sincèrement toute gloire vaine qui provient du monde terrestre pour que je puisse aspirer à la vérité et à la gloire infinie qui provient de toi seul. Amen.

Le sens de la Sagesse chrétienne

Vingt-cinquième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 23 septembre 2018

Dans la première lecture d’aujourd’hui, l’image du juste du Livre de la Sagesse est fondée sur  le quatrième chant du Serviteur (Isaïe 52,13-52,12) ainsi qu’Isaïe 42,1 et le psaume 22,8. Bien que les rabbins de Palestine n’aient pas intégré le Livre de la Sagesse dans le canon, ces Écrits auraient néanmoins influencé  les auteurs du Nouveau Testament qui dressent une  image précise  de Jésus, c’est-à-dire celle du juste qui fut injustement condamné.

La première lecture d’aujourd’hui (Sg 2 ,12 et 17-20) peint un portrait des méchants qui veulent tendre un piège au juste. Une image qui risque de choquer les auditeurs.  D’autant plus que les actes et les pensées des méchants sont froides et délibérées: « Voyons si ses paroles sont vraies, regardons où il aboutira. Si ce juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et le délivrera de ses adversaires. Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. Condamnons-le à une mort infâme, puisque, dit-il, quelqu’un veillera sur lui.» (2, 17-20)

On attaque le juste puisque  son mode de vie réprouve celui des méchants : «il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu» (2,12).  On reconnaît  la fidélité du juste. Ainsi, la communauté qu’il partage avec Dieu n’est pas la cause de sa mort. Le juste, caractérisé par sa douceur et patience, est mis à l’épreuve, persécuté et même tué par les méchants, pleins d’assurance. Ils veulent à tout prix persécuter le juste, car sa vie et ses paroles mettent leurs faiblesses en évidence (2,12-16) et ils sont déterminés à éprouver les affirmations du juste (vv. 17-20). Par ses méfaits, les méchants suscitent la mort.

Qui est sage parmi nous?

Au début de la Lettre de St-Jacques (ch.3), la question suivante suscite la discussion: « Y a-t-il parmi vous un homme de sagesse et d’expérience? » Autrement dit, comment perçoit-on la sagesse? Le passage de Jacques 3,13-4,3 présente  les signes de sagesse, celle de Dieu et également, les autres types de la sagesse qui sont « terrestre, purement humaine, diabolique » (3,17). Dans 4,14, St-Jacques énonce une dichotomie prononcée entre le sage et son contraire, il décrit le sage comme étant ennemi du monde terrestre et l’autre comme étant «ennemi de Dieu» (4,4). « Au contraire, la sagesse qui vient de Dieu est d’abord droiture, et par la suite elle est paix, tolérance, compréhension ; elle est pleine de miséricorde et féconde en bienfaits, sans partialité et sans hypocrisie. » (3,17)

L’association des divers  vices et vertus  aux différentes sagesses s’accentue dans 4,1-3 lorsque l’auteur aborde la problématique des conflits internes. Quand les motifs et les comportements  s’opposent, il est évident que la sagesse est absente. L’auteur de la Lettre de St-Jacques définit la Sagesse comme étant docile, clémente et pacifique. Ce sont toutes des qualités attribuables aux enfants, pourtant Jacques et les écrits du Livre de la Sagesse les reconnaissent comme étant également des qualités d’un adulte mature. À l’opposé, une personne dépourvue de telles qualités risque de se transformer en un monstre coupable de conflits, de disputes, de guerres, de meurtres, de  jalousie, de querelles et de bagarres. De telles personnes gaspillent, pour leurs propres plaisirs, tout ce qu’ils ont reçu. La vraie sagesse chrétienne se dévoue aux autres alors que la jalousie et les conflits sont égocentriques. Ce passage nous indique clairement que nous devrions copier ce modèle de sagesse chrétienne plutôt que celui de la gloire et de la fortune.

Les éléments de la sagesse chrétienne

Le passage de l’Évangile d’aujourd’hui  (Marc 9,30-37) est le deuxième des prédictions de la passion de Jésus dans l’Évangile de Marc. Jésus annonce sa passion et sa mort, ce qui laisse ses disciples bouche bée. Entre-temps, ils s’obstinèrent entre eux à savoir qui était le plus important. On retrouve le même modèle que dans l’Évangile de la semaine dernière, c’est-à-dire la prédiction, les malentendus et les directives sur le caractère de l’apostolat.

Pour Marc, ces scénarios comportent tous les éléments de la sagesse chrétienne. Comme les autres prédictions, le passage d’aujourd’hui est suivi d’une série de dictons au sujet de l’apostolat (9,30-37). Dans cette brève discussion avec Jésus, trois éléments de l’apostolat nous sont révélés.

Premièrement, les disciples sont choisis parmi d’autres pour des directives particulières  même à la suite d’échecs. L’incident, directement avant, nous fait le récit de disciples incapables d’aider un père et son  fils qui était possédé par un esprit impur (9,14-29). Jésus les réprimande sévèrement, car leur échec a causé  une autre confrontation avec les scribes : « Combien de temps devrai-je vous supporter ? » (9,19) pourtant, les faiblesses des disciples n’ont pas atténué sa ferveur quant à leur préparation pour la vie dans le royaume de Dieu.

Deuxièmement, le message de Jésus est déroutant pour les disciples. Pour une deuxième fois, Jésus prévoit ce qui va se passer à Jérusalem, mais les disciples n’arrivent pas à le comprendre et ils sont tellement intimidés qu’ils  ont peur de l’interroger (9,32). Lorsque Jésus leur demande de quoi ils discutaient en chemin, embarrassés, ils se turent. Bien que n’ayant  peut-être pas compris grand-chose, ils savaient certainement  que leur dispute avait été totalement hors sujet. Ils étaient humiliés et avaient un air penaud. Pourtant, Jésus n’allait pas les laisser tomber.

Troisièmement, les disciples reçoivent  une leçon en profondeur sur ce que signifie être serviteur. Lorsque Marc utilise le mot « serviteur » dans l’Évangile d’aujourd’hui, il l’écrit en grec, ce qui signifie également diacre. Ce mot parait tout d’abord dans le récit des serviteurs qui servent de l’eau changée en vin au festin des noces  à Cana (Jn 2, 5-9). Matthieu en fait usage pour les serviteurs de l’empereur  dans la parabole du festin nuptial (Mt 22,13). St-Paul se décrit comme étant ministre de l’Évangile (Col 1,23; Eph 3,7), ministre de l’Église (Col 1,25) et ministre d’une Alliance nouvelle dans l’Esprit du Dieu vivant (2 Cor 6,4). Ce qui désigne, dans Jean,  généralement  tous ceux qui  adhérent à Jésus, c’est-à-dire qu’ils sont ses «diacres», ses serviteurs (Jn 12,26).

Jésus nous dit qu’il n’est pas venu sur terre pour être servi, mais pour servir (Mt 20,28; Mc 10,45). Lorsque Jésus parle du dernier de tous et du serviteur de tous (9,35), il rajoute un sens particulier aux paroles précédentes sur le fait de porter sa croix et perdre sa vie (8,34-38).

Redéfinir la notion de grandeur

La notion de grandeur est complètement redéfinie pour les disciples. De nouvelles catégories vont établir le succès et l’échec, le gagnant et le perdant, la réussite et l’inachèvement. À ce moment précis, Jésus place l’enfant au milieu d’eux. L’accent n’est pas mis sur la naïveté,  l’innocence, la confiance ou l’enjouement  de l’enfant, mais plutôt sur son statut modeste puisqu’il serait toujours sous une autorité quelconque et ses droits seraient empiétés. Jésus façonne de nouveaux modèles de relations: Accueillez un enfant en mon nom et c’est moi que vous accueillez. Accueillez-moi et c’est Dieu même que vous accueillerez. Une communion d’hospitalité est établie entre l’enfant, Jésus et Dieu.

L’enfant est un bon symbole d’impuissance et d’une dépendance totale aux autres. Marc nous enseigne d’accueillir les impuissants et ceux qui sont privés de leurs droits. Par ce geste, Jésus nous illustre les qualités d’enfants en chacun de nous. Jésus possède en lui les qualités de cet enfant et il ne s’attend ni plus ni moins qu’à ces qualités de la part de ses disciples.

Les disciples deviennent l’image même de notre propre reflet. Leurs échecs et leurs incompréhensions caractérisent les modèles des générations futures de disciples qui, comme nous, seront un peu lents à comprendre le message  radical de Jésus.

Nos propres habiletés de vertu et de sagesse

Une des  leçons  universelles les plus profondes sur l’acquisition de la vraie sagesse fut enseignée par l’un des serviteurs de Dieu, Jean Paul II, lors de son discours historique à l’assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies à New York le 5 octobre 1995. Aujourd’hui, ces paroles sonnent toujours vraies dans mon cœur et mon esprit. Le Saint-Père prononça ces paroles en s’adressant aux chefs des pays du monde :

Nous devons vaincre notre peur de l’avenir. Mais nous ne pourrons la vaincre entièrement qu’ensemble. La « réponse » à cette peur, ce n’est pas la coercition ni la répression, ni un « modèle » social unique imposé au monde entier. La réponse à la peur qui obscurcit l’existence humaine au terme du vingtième siècle, c’est l’effort commun pour édifier la civilisation de l’amour, fondée sur les valeurs universelles de la paix, de la solidarité, de la justice et de la liberté. Et l’ « âme » de la civilisation de l’amour, c’est la culture de la liberté: la liberté des individus et des nations, vécue dans un esprit oblatif de solidarité et de responsabilité.

Nous ne devons pas avoir peur de l’avenir. Nous ne devons pas avoir peur de l’homme. Ce n’est pas par hasard que nous nous trouvons ici. Toute personne a été créée à « l’image et à la ressemblance » de Celui qui est à l’origine de tout ce qui existe. Nous sommes capables de sagesse et de vertu. Avec ces dons et avec l’aide de la grâce de Dieu, nous pouvons construire dans le siècle qui est sur le point d’arriver et pour le prochain millénaire une civilisation digne de la personne humaine, une vraie culture de la liberté. Nous pouvons et nous devons le faire! Et, en le faisant, nous pourrons nous rendre compte que les larmes de ce siècle ont préparé la voie d’un nouveau printemps de l’esprit humain.

Prions pour que le Seigneur fasse germer en nous les graines de la droiture d’esprit, de la sagesse et de la vertu, semées dans nos cœurs humains.  La civilisation d’amour et la culture de liberté, dont on rêve tous, seront impossibles sans ces dons.

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(Image : Jésus et le petit enfant par James Tissot)

Affirmation, identité et objectif de la mission de Jésus

Vingt-quatrième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 16 septembre 2018

Le récit de l’évangile de ce dimanche (Marc 8, 27-35) porte sur l’affirmation, l’identité et l’objectif de la mission de Jésus. Marc fait de cet épisode le cœur de son évangile. On le trouve immédiatement après le récit de la guérison de l’aveugle de Bethsaïde.

Cette restauration de la vue prépare la scène à la profession de foi de Pierre et au moment glorieux de la Transfiguration. La nature véritable de Jésus est graduellement révélée aux disciples. Leur cécité est guérie mais ils ne saisissent toujours pas pleinement le sens de ce qu’ils voient. À partir de ce moment, tous les éléments de l’évangile de Marc portent vers la crucifixion.

S’il y avait un «point tournant» dans la description du ministère public de Jésus que fait Marc, c’est bien l’évangile de ce dimanche. Au cours de mes études postuniversitaires en Israël dans les années 90, j’ai eu le privilège de travailler avec l’équipe archéologique qui effectuait les excavations à Césarée-de-Philippe, aujourd’hui appelé «Banias», qui réfère à «Paneas» ou au dieu grec Pan. Luxure et violence étaient monnaie courante dans ce lieu où était adoré ce dieu.

Au temps de Jésus, ce temple était reconnu comme le lieu d’un culte pour la fertilité très populaire. Nous sommes au nord d’Israël, à la frontière de la Syrie, au pied du majestueux mont Hébron. Jésus et ses disciples arrivent dans la région de Césarée-de-Philippe au cours d’un long périple qui les menait loin de chez eux.

Césarée-de-Philippe avait été construite par Philippe, une autre génération de la famille hérodienne. Il s’agissait d’une ville garnison pour l’armée romaine. Au cœur de ce lieu de culte païen au dieu grec, Jésus questionne ses disciples au sujet de son identité. Jésus demande ce que les autres disent de lui. Comment percevaient-ils son œuvre? Qui est-il selon eux? Probablement surpris par cette question, les disciples ratissent leurs souvenirs pour une conversation passée, une opinion ou une rumeur qui circulaient dans l’une des villes aux alentours du lac. Jésus lui-même est bien au courant de ce qu’on dit de lui et connaît trop bien les attitudes blessantes de ses propres concitoyens de Nazareth.

En réponse à la question de Jésus, les disciples dressent une série de qualificatifs que les gens lui accolent. Ces noms révèlent les diverses attentes des gens à son endroit. Certains le voyaient comme Élie qui œuvrait pour une véritable confrontation avec les pouvoirs en place. D’autres le reconnaissaient plutôt à l’image de Jérémie, non moins véhément mais insistant surtout sur le cheminement intérieur, la dimension privée de la vie.

Jésus pousse la question plus loin: « Et vous, que dites-vous? » Pierre lui répond, « tu es le Messie » du Dieu unique. Jésus reconnaît cette identification mais interdit que l’on fasse connaître son rôle messianique afin d’éviter les confusions avec des idées contemporaines ambigües rattachées à ce titre. Jésus affirme ensuite, d’une manière énigmatique, que le Fils de l’Homme doit souffrir, être rejeté, mourir et ressusciter trois jours après.

Le concept de messie dans le judaïsme

À l’époque, le judaïsme avait plusieurs conceptions du messianisme. L’idée du Messie qui a reçu l’onction comme roi idéal descendant de David en est le portrait le plus récent, mais au cours de la période Maccabéenne (163-63 avant J.-C.) des testaments grecs des Douze Patriarches démontrent la croyance en un Messie de la tribu de Lévi, à laquelle appartenait la famille maccabéenne. Les Manuscrits de la Mer morte renferment diverses idées : un Messie prêtre et un Messie (laïc) d’Israël; un prophète comme Moïse (Dt 18, 18-19) qui est également l’étoile de Jacob (Nb 23, 15-17) ; mais aussi le Messie davidique. Melchizedek est aussi un libérateur, sans toutefois être qualifié de Messie.

Proclamer que Jésus est le Messie était donc une affirmation lourde de sens et dangereuse. C’était tout ce que les ennemis de Jésus cherchaient à utiliser contre lui, et il y en avait déjà plusieurs qui étaient prêts à s’enregistrer sous la bannière de prétendant royal. Le destin de Jésus ne correspondait pas à ce rôle… Il n’allait pas, ni n’aurait pu, être ce genre de Messie politique ou militariste.

Identifier le rôle de Jésus aujourd’hui

Les discussions pour identifier Jésus et son rôle messianique se poursuivent de nos jours. Certains affirment que chaque chrétien de même que l’Église entière devraient être à l’image d’Élie qui confrontait publiquement les institutions, le systèmes et les règles établis. C’est ainsi qu’il voyait son rôle. Lisez le premier livre des Rois (chapitres 17 à 21) pour constater ce que Élie a enduré. Ceux qui sont remplis de violence n’apportent pas souvent la paix et la justice dans des situations qui sont à la fois injustes et mal. D’autres disent, comme Jérémie, que le règne du Christ, par son Église, est le côté privé de la vie. Et il y a ainsi bien des gens dans notre onde aujourd’hui qui souhaiteraient réduire la religion et la foi à la sphère privée.

Jésus sonde au-delà de ces deux approches et demande : «Vous, qui dites-vous que je suis?» Dans la réponse de Pierre, « Tu es le Messie, » lancée avec son impétuosité habituelle, nous découvrons un concept qui implique les deux idées et qui va même plus loin. Le Messie est venue dans le monde, et dans les vies individuelles, d’une manière absolue, réconciliant ainsi la distinction entre la sphère privée et la sphère publique. La qualité de notre réponse à cette question est la meilleure mesure de la qualité de notre manière d’être disciples. Chacun de nous doit passer par Césarée de Philippe et répondre à la question : «Pour vous, qui suis-je?»

Quelques faits au sujet de Jésus

Alors que nous continuons de répondre à la question «Qui est Jésus pour nous?», rappelons certains faits sur l’identité et la mission de Jésus qui ont préparé la mission de l’Église dans le monde aujourd’hui.

1- Jésus est né d’une tribu de Judée – ce n’est pas la tribu sacerdotale de Lévi ou la famille sacerdotale de Zaddock. Jésus n’était pas un politicien.

2- Jésus avait tout de même une acuité politique certaine. Une mission à l’échelle du monde ne peut être entreprise indépendement, sans interaction avec le politique.

3- Jésus s’est installé à Capharanaüm et non à Qumran dans le désert ou dans quelque village ou havre loin de l’action. À Capharnaüm, sur la rive nord-ouest de la rivière de Galilée était un carrefour important. Jésus se sentait bien à Capharnaüm, bien plus qu’à Jérusalem.

4- Jésus s’est attaché aux impurs, aux malades, aux mourants, aux pécheurs et à tous ceux qui vivent en marge de la société. Toute sa vie durant, Jésus met la justice biblique en pratique en proclamant les Béatitudes. La vraie justice est l’affiliation avec le malade, le pauvre, l’affamé, le handicapé. Mais Jésus n’a pas négligé les autres pour autant. Il mangeait avec les riches et les puissants de même qu’avec les pauvres et les abandonnés. Il s’est fait l’ami des pécheurs et des misérables sans jamais condamner leurs comportements, mais les invitant plutôt à adopter un autre style de vie. Jésus nous enseigne qu’en étant avec tout ce monde, il enseigne et guérit aussi. Sa solidarité avec les impurs, les injustes et les pécheurs sauve aussi.

5- Jésus n’a pas prêché le royaume politique de David mais plutôt le Royaume de Dieu. Il avait le don de ratisser large et d’intégrer toutes les dimensions dans sa vision du royaume. Tout au long de sa vie terrestre, il a voulu combler les espoirs d’Israël. La Bonne Nouvelle qu’il prêchait portait d’abord sur l’amour. Contrairement à certaines opinions toujours répandues de nos jours, Jésus n’était pas un révolutionnaire, encore moins un socialiste. Il ne dénonçait pas les injustices, mais les confrontait avec amour. Il est frappait de voir combien de ses paraboles portent sur des situations injustes, non pas pour condamner l’injustice, plutôt pour montrer le zèle, l’ingéniosité et la persévérance de l’injuste comme modèle pour ceux qui vivraient par amour. Encore là, les injustes ne s’y méprennent pas et  reconnaissent en Jésus et ses disciples une remise en question fondamentale de leur style de vie.

Suivre Jésus aujourd’hui

« Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l’Évangile la sauvera. » (vv 34-35) Ses paroles de Jésus à la fin de l’évangile de ce dimanche mettent au défi tous les croyants afin qu’ils soient des disciples authentiques, engagés pour lui et en lui, dans le renoncement et l’acceptation de la croix, jusqu’au sacrifice de sa vie. La voie de la croix n’était pas seulement pour Jésus mais pour tous ceux qui affirment le suivre. La victoire et la gloire pointent peut-être à l’horizon, mais seulement pour ceux qui auront embrassé la croix. Quiconque comme Pierre rejette cette demande est avec Satan. La vie centrée sur la vie terrestre, niant le Christ, finit dans la destruction, mais lorsqu’elle est vécue en fidélité au Christ, malgré la mort terrestre, conduit à la plénitude.

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