Le baptême : un appel a une carrière prophétique

Fête du Baptême du Seigneur – dimanche 13 janvier 2019

Isaïe 42,1-4.6-7
Actes 10,34-38
Luc 3,15-16.21-22

Le thème de l’Épiphanie du Christ, de Jésus qui inaugure sa mission divine sur terre, atteint sa plénitude dans la fête du Baptême du Seigneur. Cette fête semble mettre fin à la saison de Noël. En réalité, la fête de la Présentation du Seigneur célébrée le 2 février est la grande conclusion de Noël.

Dans le récit de l’évangile de ce dimanche [Luc 3,15-16.21-22], Jésus commence son ministère en Galilée après le baptême prêché par Jean. En décrivant l’attente du peuple [3,15], Luc contextualise la prédication de Jean de la même manière qu’il avait déjà qualifié la situation d’autres Israélites pieux dans le récit de l’enfance [2,25-26.37-38]. Jean le Baptiste parle de celui qui est plus grand que lui, avec un baptême encore plus puissant.

Contrairement au baptême de Jean avec de l’eau, on dit que Jésus baptisera dans l’Esprit Saint et le feu [v.16]. Du point de vue de la première communauté chrétienne, l’Esprit et le feu doivent avoir été compris à la lumière du symbolisme du feu de l’effusion de l’Esprit à la Pentecôte [Actes 2,1-4], mais dans le cadre de la prédication de Jean, l’Esprit et le feu devraient être liés à leurs propriétés de purifier et de raffiner [Ezéchiel 36,25-27 ; Malachie 3,2-3].

Lorsque Jésus est baptisé, la voix du ciel se fait entendre et l’appelle : « C’est toi mon Fils: moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » Cette affirmation est un moment déterminant pour le prophète de Nazareth. Elle est la déclaration d’amour de Dieu au nouvel Israël, c’est la nomination de Dieu à la responsabilité suprême, c’est la surprise de Dieu qui vient à la rencontre du monde des orgueilleux et des puissants.

Grâce à son baptême par Jean dans les eaux boueuses du Jourdain, Jésus nous ouvre la possibilité d’accepter notre condition humaine et de nous lier à Dieu. Jésus accepte la condition humaine, qui comprend la souffrance et la mort. Il étendit les bras dans le fleuve du Jourdain et sur la croix. Jésus reçut sa mission dans le Jourdain. Il l’acheva sur la croix. Baptisé par Jean dans le Jourdain, Jésus est profondément identifié au peuple qu’il est venu racheter.

Nous aussi, nous sommes appelés à une carrière prophétique

Lorsque nous avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés dans sa mort. Notre baptême est une onction publique, prophétique et royale. Nous recevons la vie de l’Église et sommes appelés à nourrir cette vie de foi. La foi, c’est avoir le souci des autres. La foi, c’est une responsabilité publique, non privée.

Le baptême est un appel à une carrière prophétique. Les manières de le vivre peuvent varier d’une personne à l’autre. Elles n’ont pas à être aussi dramatiques que les aventures d’un Isaïe ou d’un Jean-Baptiste, et pourtant elles font partie cette même grande tradition prophétique. Être prophétique exige de s’engager et de se salir les mains.

Grâce à notre baptême, nous pouvons devenir une lumière pour les autres, comme Jésus est une lumière pour nous, et pour le monde. Notre propre baptême nous remplit d’une certaine audace, de confiance et d’enthousiasme, et nous rappelle que l’Évangile doit être proclamé avec gratitude pour toute sa beauté.

Lorsque nous découvrons peu à peu les exigences de cette foi, là où la voie du repentir conduit, lorsque nous pouvons distinguer le bien du mal, lorsque nous recherchons ce que Dieu veut faire dans nos vies et lui demandons de nous aider à l’accomplir, lorsque nous apprenons tout ce que nous pouvons au sujet de Dieu et de son monde, lorsque nous arrivons près de Dieu, alors, à ce moment, la personne pour qui le ciel s’est ouvert se révèle aussi à nous.

Le baptême dans l’Église aujourd’hui

Dans de nombreuses régions du monde aujourd’hui, baptiser les enfants est déjà devenue l’exception. Le nombre d’enfants, de jeunes et d’adultes non baptisés est à la hausse. La baisse de la pratique du baptême est le résultat d’une érosion des liens familiaux et d’un abandon de l’Église. Lors de nombreuses retraites de prêtres, des rassemblements de prêtres et curés, j’ai souvent entendu des discussions où l’on affirmait que lorsque le prêtre ne voit pas de signes visibles de la pratique de la foi, alors l’Église aurait le droit de refuser les sacrements aux personnes, en particulier le baptême. Il s’agit d’une question très complexe.

Ne pourrions-nous pas aussi écouter de nouveau l’injonction missionnaire de l’Évangile de « baptiser, prêcher et enseigner » non pas en attendant que les gens viennent à nous, mais en allant à la rencontre des gens là où ils sont dans le monde chaotique d’aujourd’hui ? Voilà ce qui nous est demandé : une nouvelle ferveur missionnaire et un zèle qui ne nécessitent pas d’événements extraordinaires. C’est dans l’ordinaire, dans la vie quotidienne, que le travail missionnaire se fait. Le baptême est absolument fondamental pour cette ferveur et ce zèle. Les sacrements sont pour la vie des hommes et des femmes tels qu’ils sont, non pas comme nous voudrions qu’ils soient ! Je peux entendre Saint Jean-Paul II s’écriant: « Duc in altum ! » Ce n’est pas dans les eaux tranquilles et peu profondes que vous trouverez ceux et celles qui ont le plus besoin de vous !

Le dilemme d’empêcher ou non l’accès au baptême et à d’autres sacrements à des personnes considérées inaptes à les recevoir a toujours été présent dans l’Église. C’est un dilemme que le cardinal Joseph Ratzinger a vécu personnellement en tant que jeune homme, et qu’il a pu résoudre plus tard dans sa vie. Écoutez ce que Ratzinger, aujourd’hui le pape émérite Benoît XVI, a dit en répondant à une question d’un prêtre de Bressanone dans le nord de l’Italie, lors d’une séance de questions-réponses avec le clergé du diocèse, le 6 août 2008. A cette occasion, le prêtre, Paolo Rizzi, curé et professeur de théologie, a interrogé Benoît XVI à propos des baptêmes, confirmations et premières communions :

Saint-Père, il y a trente-cinq ans, je pensais que nous nous préparions à être un petit troupeau, une communauté minoritaire plus ou moins dans toute l’Europe. Que l’on ne devait donc donner les sacrements qu’à celui qui s’engage véritablement dans la vie chrétienne. Par la suite, grâce aussi au style du pontificat de Jean-Paul II, j’ai reconsidéré les choses. S’il est possible de faire des prévisions pour l’avenir, qu’en pensez-vous ? Quelles attitudes pastorales pouvez-vous nous indiquer ?

Benoît XVI a répondu par ces mots, très à-propos pour nous en cette Fête du Baptême du Seigneur:

Je dois dire que j’ai parcouru une route similaire à la vôtre. Quand j’étais plus jeune, j’étais plutôt sévère. Je disais : les sacrements sont les sacrements de la foi, et donc là où il n’y a pas de foi, où il n’y a pas de pratique de la foi, le sacrement ne peut pas être conféré. Et puis, quand j’étais archevêque de Munich, j’ai toujours dialogué avec mes paroissiens : là aussi, il y avait deux écoles, une sévère et une clémente. Et moi aussi, j’ai compris dans le temps que nous devons plutôt suivre l’exemple du Seigneur, qui était très ouvert même envers les personnes aux marges de l’Israël de l’époque. Il était un Seigneur de la miséricorde, trop ouvert – selon les autorités officielles – avec les pécheurs, en les accueillant ou en se laissant accueillir par eux à leurs tables, en les attirant vers lui dans sa communion […]

Je dirais donc que, dans le contexte de la catéchèse des enfants, le travail avec les parents est toujours très important. Et c’est justement une occasion de rencontrer les parents, en montrant de nouveau la vie de la foi aux adultes également, parce que – me semble-t-il – ils peuvent eux-mêmes réapprendre des enfants la foi et comprendre que cette grande solennité n’a de sens, n’est vraie et authentique, que si elle se fait dans le contexte d’un cheminement avec Jésus, dans le contexte d’une vie de foi. Il faut donc convaincre un peu les parents, à travers leurs enfants, de la nécessité d’un chemin préparatoire, qui se montre dans la participation aux mystères et commence à faire aimer ces mystères.

Je dirais que c’est certainement une réponse assez insuffisante, mais la pédagogie de la foi est toujours un cheminement et nous devons accepter les situations d’aujourd’hui, mais également les ouvrir un peu plus, pour qu’il ne reste pas à la fin qu’un souvenir extérieur de choses, mais que le cœur soit véritablement touché. Au moment où nous sommes convaincus, le cœur est touché, a senti un peu l’amour de Jésus, a éprouvé un peu le désir de se mouvoir et de se diriger sur cette ligne et dans cette direction, à ce moment, me semble-t-il, nous pouvons dire que nous avons fait une vraie catéchèse. Le vrai sens de la catéchèse, en effet, devrait être celui-ci : porter la flamme de l’amour de Jésus, même si elle est faible, aux cœurs des enfants et à travers les enfants aux parents, ouvrant à nouveau ainsi les lieux de la foi à notre époque.

Puisse la fête du Baptême du Seigneur être une invitation à nous rappeler avec gratitude de notre baptême et à renouveler nos promesses baptismales. Revivons le moment où l’eau tombe sur nous. Prions pour que la grâce de notre propre baptême nous aide à être lumière pour les autres et pour le monde, et nous donne la force et le courage de faire une différence dans le monde et dans l’Église.

(Image : Baptême du Christ par Navarrete el Mudo)