Les Béatitudes révèlent la justice ultime de Dieu

Sixième dimanche du Temps ordinaire, Année C – 17 février 2019

Jérémie 17,5-8
1 Corinthiens 15,12.16-20
Luc 6,17.20-26

L’évangile de ce dimanche nous présente les Béatitudes de Luc (6,17-26) enseignées à une multitude de personnes venant d’horizons divers. La référence à la région côtière de Tyr et de Sidon au verset 17 signifie que non seulement les juifs de Judée et Jérusalem, mais même les Gentils hors de Palestine, viennent écouter Jésus. La version de Luc et le sermon sur la montagne de Matthieu (Matthieu 5,7) offrent quelques similitudes mais aussi des différences. Matthieu a neuf béatitudes et aucune malédiction, Luc en a quatre de chaque. Luc compare la bénédiction du pauvre, de l’affamé, du malheureux et du persécuté à la tristesse du célèbre, du suffisant, du repu et du riche. « Malédiction » est pour Luc la manière de décrire ce qui va advenir à ceux qui ne veulent pas reconnaître Dieu comme seule source de vrai sens et de la joie qui dure.

Ce texte de Luc (Luc 6,17; 20-26) est formé d’une partie de l’introduction du sermon et des bénédictions et malédictions concernant les conditions économiques et sociales de l’humanité. En contraste, Matthieu accentue les valeurs religieuses et spirituelles des disciples dans le Royaume inauguré par Jésus (« pauvre de cœur », Mt 5,5 ; « affamé et assoiffé pour la justice » Mt 5,6). Dans toutes ces bénédictions et malédictions, la condition des personnes auxquelles elles s’adressent changera complètement dans l’avenir. L’enseignement de Jésus sur l’amour pour ses ennemis est au cœur de la version de Luc (6,27-36) faisant référence à la compassion de Dieu pour toute l’humanité (6,37-42), caractérisée par le pardon et la générosité. On trouve presque toutes les paroles de Jésus rapportées par Luc dans la version de Matthieu.

La proximité prophétique de Jésus

Le ministère entier de Jésus, qui était centré sur la proclamation du Royaume de Dieu, a eu lieu au Nord du rivage de la Mer de Galilée, dans une région réputée pour sa violence et ses factions rivales. Jésus cherche à y apporter la justice. Les foules qui écoutèrent Jésus sont subjuguées parce qu’il parlait avec autorité, avec la force de quelqu’un qui connaissait la vérité et l’offrait librement aux autres. Les Béatitudes révèlent la justice ultime de Dieu. Elles soulignent la proximité prophétique envers ceux qui vivent aux franges de la société. Dans cette magnifique scène, surplombant la Mer, Jésus met la justice biblique en pratique en proclamant les Béatitudes. La justice authentique est un élan de soi-même vers le malade, l’infirme, le pauvre et l’affamé.

Jésus est le nouveau code de sainteté

Les Béatitudes ne sont pas un code de bonnes manières. Jésus est le pauvre de cœur, l’humble, le persécuté et le pacificateur. Il est le nouveau « code de sainteté » qui doit être gravé dans les cœurs, et contemplé à travers l’action du Saint Esprit. Sa Passion et sa Mort sont le couronnement de sa sainteté.

La sainteté est une manière de vivre qui implique engagement et action. Ce n’est pas un effort passif mais plutôt un choix continuel d’approfondir sa relation avec Dieu et ensuite d’autoriser cette relation à guider toutes ses actions dans le monde. La sainteté requiert un changement radical dans nos mentalités et attitudes. L’acceptation de l’appel à la sainteté place Dieu comme but final dans tous les aspects de nos vies. Cette orientation fondamentale envers Dieu enveloppe et maintient notre relation avec les autres êtres humains.

Devenir le peuple des Béatitudes

Je ne peux lire, prier ou entendre les Béatitudes proclamées sans réentendre avec grande émotion la voix du pape Jean-Paul II parlant des Béatitudes aux centaines de milliers de jeunes qui s’étaient rassemblés à Toronto, au Canada pour la Journée Mondiale de la Jeunesse 2002. Le thème des Béatitudes a guidé notre expérience des JMJ et nous a profondément marqués à la Télévision Sel et Lumière, née au Canada sur les ailes de cet événement béni. Rappelons-nous avec gratitude les paroles de Saint Jean-Paul II :

Chers jeunes […] L’homme est fait pour le bonheur. Votre soif de bonheur est donc légitime. Le Christ a la réponse à votre attente. Il vous demande donc de lui faire confiance. La joie véritable est une conquête, qui ne s’obtient pas sans une lutte longue et difficile. Le Christ possède le secret de la victoire.

Le « Discours sur la Montagne » trace la carte de ce chemin. Les huit Béatitudes sont les panneaux signalétiques qui indiquent la direction à suivre. C’est un chemin qui monte, mais Jésus l’a parcouru le premier. Et il est prêt à le parcourir de nouveau avec vous. Il déclara un jour: « Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres » (Jn 8,12). Et dans une autre circonstance il ajouta: « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie » (Jn 15,11). […]

Rassemblés autour de la Croix du Seigneur, nous nous tournons vers lui: Jésus ne s’est pas contenté d’énoncer les Béatitudes. Il les a vécues. Parcourant de nouveau sa vie, relisant l’Évangile, nous restons émerveillés: le plus pauvre parmi les pauvres, l’être le plus doux parmi les humbles, la personne au cœur le plus pur et miséricordieux, c’est précisément lui, Jésus. Les béatitudes ne sont que la description d’un visage, son Visage !

En même temps, les Béatitudes décrivent le chrétien. Elles sont le portrait du disciple de Jésus, la photographie de l’homme qui a accueilli le règne de Dieu et qui veut harmoniser sa vie avec les exigences de l’Évangile. Jésus s’adresse à cet homme en l’appelant « heureux ».

La joie que les Béatitudes promettent est la joie même de Jésus: une joie cherchée et trouvée dans l’obéissance au Père et dans le don de soi à ses frères. […] Regardant Jésus, vous pouvez apprendre ce que signifie être pauvre de cœur, humble et miséricordieux, ce que veut dire rechercher la justice, avoir un cœur pur, être un artisan de paix. […]

Chers amis, l’Église aujourd’hui vous regarde avec confiance et attend que vous deveniez le peuple des béatitudes. Heureux êtes vous si vous êtes comme Jésus, pauvres de cœur, bons et miséricordieux; si vous savez chercher ce qui est juste et droit; si vous avez un cœur pur, si vous êtes artisans de paix, si vous aimez et servez les pauvres. Heureux êtes-vous !

Jésus seul est le Maître véritable, Jésus seul propose un message qui ne change pas, mais qui répond aux attentes les plus profondes du cœur de l’homme, parce lui seul sait « ce qu’il y a dans l’homme » (Jn 2,25). Aujourd’hui, il vous appelle à être sel et lumière du monde, à choisir la bonté, à vivre dans la justice, à devenir instruments d’amour et de paix. Son appel a toujours demandé un choix entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres, entre la vie et la mort. La même invitation vous est adressée aujourd’hui à vous qui êtes ici, sur les rives du lac Ontario.

Mettre les Béatitudes en pratique aujourd’hui

Nous devons tenir les Béatitudes comme un miroir dans lequel nous examinons nos vies et consciences. En regardant Jésus, nous voyons ce que signifie être pauvre de cœur, doux et miséricordieux, pleurer, se soucier de ce qui est droit, d’avoir le cœur pur, d’être artisan de paix, d’être persécuté.

Comment pouvons-nous être disciples de Jésus et mettre en pratique l’enseignement des Béatitudes en pratique ? Cette semaine, posons-nous quelques questions sérieuses au sujet de cette leçon de Jésus sur la colline de Galilée.

La différence entre les Béatitudes chez Matthieu et chez Luc m’apporte t-elle quelques nouvelles révélations ? Quelle béatitude me touche le plus ? Pourquoi ? Suis-je pauvre de cœur ? Suis-je humble et miséricordieux ? Ai-je un cœur pur ? Est-ce que j’apporte la paix ? Suis-je « béni » en d’autres termes, heureux ? Que veut dire justice biblique pour moi ? Comment je la pratique dans ma vie ?

Et prions avec le Pape Jean-Paul II :

Seigneur Jésus Christ, proclame encore une fois
tes Béatitudes devant ces jeunes,
rassemblés à Toronto pour leur Journée mondiale.

Regarde avec amour et écoute ces jeunes cœurs,
qui sont disposés à risquer leur avenir pour Toi.
Tu les as appelés à être « sel de la terre et lumière du monde ».

Continue à leur enseigner la vérité et la beauté
des perspectives que tu as annoncées sur la Montagne.

Rends-les hommes et femmes des Béatitudes !

Fais resplendir en eux la lumière de ta sagesse,
afin que, par leurs paroles et par leurs actes ils sachent
répandre dans le monde la lumière et le sel de l’Évangile.

Fais de toute leur vie un reflet lumineux de Toi,
qui es la lumière véritable, venue en ce monde,
afin que quiconque croie en toi ne meure pas,
mais ait la vie éternelle (cf. Jn 3,16) !

(Image : Sermon sur la Montagne par Carl Heinrich Bloch)