Par Sébastien Lacroix
Est-ce moi, ou peu de gens ont porté attention à la discète annonce du Ministère des Affaires étrangères à l’effet que le gouvernement canadien n’interviendra plus pour un citoyen canadien condamné à mort dans un pays démocratique. Pourtant, les médias n’ont pas manqué de souligner la chose. Ce matin en page éditorial du Devoir, Bernard Descôteaux explique en quoi la nouvelle position du gouvernement ne tient pas:
Cette nouvelle politique constitue un retour en arrière radical qui remet en cause des principes et des valeurs qu’on croyait acquis à tout jamais. Ceux-ci ont été consacrés par la Cour suprême en 2001 lorsqu’elle avait confirmé que le Canada ne pouvait pas extrader un étranger vers un pays qui impose la peine capitale à moins d’obtenir l’assurance qu’il n’y soit pas soumis. Ce qui est valable pour un étranger devrait l’être tout autant pour un Canadien, croyait-on. C’était à tort, faut-il conclure. Il y a donc rupture de l’équilibre des droits reconnus aux citoyens canadiens.
Ce changement d’attitude correspond à l’esprit de la loi et de l’ordre qui anime le gouvernement conservateur, qui a fait du durcissement du système de justice canadien un des axes principaux de son récent discours du Trône. C’est ce même esprit qu’on retrouvait dans les propos du ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day, qui justifiait ce virage la semaine dernière en disant: «Nous ne tenterons pas de ramener au Canada un meurtrier reconnu comme tel dans un État démocratique.» On ne pouvait pas recevoir de réponse plus démagogique, car d’aucune façon il ne s’agit de ramener Ronald Allen Smith au Canada. Il ne s’agit pas non plus, en réclamant la clémence, de justifier le crime commis mais de dire que la peine de mort est un acte inacceptable car immoral. Une société civilisée ne combat pas le meurtre par le meurtre.
Il est inconcevable de nos jours qu’un pays démocratique comme les États-Unis considère la peine de mort comme un juste moyen de pénaliser une personne coupable et donner une leçon à la population. Que le Canada ne fasse rien pour empêcher la mise à mort de l’un de ses citoyens devraient soulever toutes les personnes qui sont en faveur de la vie. Meurtrier ou non, il s’agit d’une PERSONNE, au même titre, aux yeux de l’Église, qu’un foetus ou un vieillard.
On ne peut choisir ni décider qu’une vie vaut plus qu’une autre. Défenseurs de la vie, levez-vous!
C’est dans la lumière de la fête de tous les saints que nous faisons mémoire, le 2 novembre, de tous les fidèles défunts. Ce jour est un jour où l’on se souvient, mais aussi où l’on peut parler de la mort et en parler sereinement, puisque nous ne sommes pas dans le moment du deuil.
Être délivrés de la mort ? Nous le pouvons avec le Christ : Premier-né de toute créature, il est aussi le Premier-né d’entre les morts (Col 1, 13-18). La résurrection du Christ – et le Christ ressuscité lui-même – est principe et source de notre résurrection future. Mais déjà, vivant avec lui, nous n’avons plus peur de la mort. La mort que nous redoutions, que nous haïssions, la mort au «dard venimeux» (1 Co 15, 56) n’a plus d’emprise sur nous. Saint Paul va jusqu’à dire qu’elle «représente un gain» (Ph 1, 21-23). Elle nous fait mesurer combien chaque instant est précieux, chaque rencontre est unique, chaque amour est fragile. Envisagée dans la foi au Christ, elle devient le lieu de notre rencontre heureuse avec lui: « Le péché nous fait vivre à la surface de nous-mêmes; nous ne rentrons en nous que pour mourir, et c’est là qu’il nous attend. »
