par le père Thomas Rosica, c.s.b.,
Directeur général de Télévision Sel + Lumière

Benoît XVI a conclu dimanche sa première visite en tant que pape aux États-Unis d’Amérique. Beaucoup se sont inquiétés de l’impact que le pape allemand pourrait avoir sur une Église plutôt assiégée. Ils se demandaient si Benoît XVI serait capable d’établir un rapport avec les gens comme son prédécesseur Jean-Paul II l’avait fait. Après tout, Benoît XVI est arrivé en Amérique à 80 ans alors que son prédécesseur avait seulement 59 ans lors de sa première visite en 1979.
Jusqu’à la semaine dernière, de nombreuses personnes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Église en Amérique du Nord, ne connaissaient tout simplement pas Joseph Ratzinger, certains ne voulant même pas le connaître. Ils connaissaient seulement des demies vérités à propos de ce « chien de garde du Vatican » qui a été souvent décrit comme un rat de bibliothèque strict et studieux qui n’avait pas le charisme et le talent de son prédécesseur sur le trône de Pierre. Mais la semaine passée, quelque chose a changé de manière significative dans la perception que les gens ont du pape Benoît XVI.
Le pèlerinage américain était soigneusement orchestré et planifié à la minute, avec un accueil royal à la Maison Blanche pour son 81ème anniversaire mercredi, une conférence majeure adressée aux présidents des universités catholiques et aux éducateurs, une rencontre privée et très émouvante avec les victimes d’abus sexuel du clergé à l’ambassade du Vatican à Washington, un discours aux représentants de plusieurs traditions religieuses, et une messe géante au Nationals Stadium.
Passant par la Big Apple pour la dernière étape du voyage, le souverain pontife a donné un discours important à l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations Unies suivi par un autre discours important adressé aux gens qui travaillent dans les coulisses de l’ONU : secrétaires, concierges, stagiaires et le personnel de service. (Rares sont les dirigeants politiques qui reconnaissent les petites gens qui font fonctionner les grandes organisations!)
Le pape allemand a aussi visité une synagogue de Manhattan la veille du premier jour de la Pâque juive. Il a célébré la messe marquant le troisième anniversaire de son élection comme pape le 19 avril dans ce que beaucoup considèrent comme le siège symbolique du catholicisme aux États-Unis – la cathédrale Saint Patrick de New York. Au cours de cette messe il a lancé un cri de ralliement pour un «nouveau printemps» dans une église qui, a-t-il dit, était trop divisée et blessée de nombreuses manières, spécialement par le scandale des abus sexuels commis par le clergé. Comme nos caméras de Sel et Lumière couvraient l’évènement, nous avons vu de nombreux prêtres, religieux et religieuses en pleurs pendant cette messe.
À la fin de la messe célébrée le jour du troisième anniversaire de son élection, Benoît XVI a parlé de façon personnelle et sans notes : « À ce moment-ci, je peux seulement vous remercier pour votre amour de l’Église et de notre Seigneur, et pour l’amour que vous montrez au pauvre successeur de Saint Pierre. Je vais essayer de faire tout ce qui est possible pour être un digne successeur du grand Apôtre, qui était aussi un homme avec des défauts et des péchés, mais qui est resté finalement le roc pour l’Église. Et moi aussi, avec toute mes pauvretés spirituelles, je peux être pour ce temps, en vertu de la grâce du Seigneur, le Successeur de Pierre… »
Le samedi soir, à l’image d’un grand-père, Benoît XVI‚ a stupéfié le monde, et lui-même, par une grande représentation d’humanité, de compassion, de conviction, de joie pure et de mots émouvants lors du rassemblement des jeunes au séminaire de New York à Yonkers. Avant d’entrer dans l’atmosphère des journées mondiales de la jeunesse dehors, le pape a rencontré des dizaines d’enfants atteints d’un handicap dans la chapelle du séminaire – la plupart en fauteuil roulant. Le pape descendait lentement l’allée, le long de laquelle les enfants étaient alignés. Il a les a pris par la main et a embrassé certains. Les parents et les soignants à proximité ont pleuré sans retenue.
Lors du rassemblement en plein air de près de 30 000 jeunes, Benoît XVI a fait une rare référence à son éducation dans l’Allemagne nazie. « Mes années d’adolescence ont été dévastées par un régime sinistre qui pensait avoir les réponses à tout. Son influence a grandi, – infiltrant les écoles et les milieux sociaux, politiques et religieux – avant d’être pleinement reconnu comme le monstre qu’il était. » a dit le pape, qui a déserté l’armée allemande vers la fin de la seconde guerre mondiale.
Tout au long de la semaine, le Vatican a fait très attention d’articuler la position du pape sur l’immigration, en exposant le besoin de protéger l’unité de la famille et les droits humains des immigrants, mais en évitant subtilement toute question spécifique concernant le débat sur l’immigration américaine, notamment celle d’accorder un statut légal aux immigrants illégaux. Chose certaine, les paroles de Benoît XVI de la semaine dernière ont agité le débat de la campagne présidentielle aux USA.
Durant cette visite, je me suis souvenu d’une ancienne expression latine, utilisée pour la première fois par Saint Ambroise au IV siècle: “Ubi Petrus ibi ecclesia” ce qui signifie “Là où se trouve Pierre, c’est là que se trouve l’église”.
Pierre était aux États-Unis la semaine dernière, dans les jardins de la Maison Blanche et à l’Université catholique de l’Amérique (CUA). Le grand sourire de Pierre et sa sérénité évidente ont enflammé d’espoir une nation, une église et un continent au milieu du désespoir et du cynisme de beaucoup qui aimeraient accélérer la mort d’une église qui est vivante et jeune. Les mots de Pierre adressés à plus de 190 membres des Nations Unies parlaient de droits humains, de dignité, de dialogue et de paix dans un monde en guerre dans plusieurs lieux. Le silence éloquent de Pierre, sa prière et ses gestes à Ground Zero ont apporté guérison et paix aux victimes des attaques terroristes du 11 septembre.
Dans le Nouveau Testament, les Actes des Apôtres nous racontent «que l’on sortait les malades dans les rues et qu’ils étaient étendus sur des palettes afin que lorsque Pierre passerait, son ombre pourrait tomber sur chacun d’eux. Les gens des alentours aussi accourraient ensemble, amenant leurs malades ou ceux atteints d’esprits mauvais et ils étaient tous guéris.»
Benoît XVI est venu aux États-Unis la semaine dernière apporter guérison et espoir. Ses paroles et ses attitudes simples étaient désespérément attendues par une nation, déchirée par le terrorisme et les guerres, ainsi que par une église divisée. Seuls le temps, la réflexion et la prière révèleront si la guérison des catholiques américains a commencé la semaine dernière et portera du fruit pour l’Église de ce pays.
Une chose est cependant claire: la semaine dernière l’ombre de Pierre planait sur des millions de personnes aux États-Unis et bien au-delà. Et beaucoup ont reçu espoir et guérison de nos différents maux. Une autre chose s’est produite: Joseph Ratzinger s’est révélé. Même s’il a été élu et installé comme pape il y a 3 ans, je pense que sa papauté a réellement commencé dans les esprits et les coeurs des Nord-américains la semaine dernière alors que « Pierre était au milieu de nous ».
Le pape souriant et visiblement à l’aise, a répondu au discours d’accueil du président des Etats-Unis en déclarant qu’il était heureux d’être là comme un invité de tous les américains. «Je viens comme un ami, un prédicateur de l’Évangile et avec un grand respect pour cette vaste société pluraliste». Après avoir souligné l’excellente contribution des catholiques à la vie de leur pays, il a salué la vivacité de la vie religieuse américaine, soulignant qu’ «historiquement, non seulement les catholiques mais tous les croyants avaient trouvé ici la liberté d’adorer Dieu en accord avec leur conscience».
Qu’avons-nous vu et entendu à-propos de la résurrection au cours des dernières semaines? Nous avons vu la nouvelle création, la marche au désert, l’arche traversant les eaux, de verts pâturages, le jardin d’un amoureux, le temple céleste, la ville qui attend depuis longtemps notre retour : la Nouvelle Jérusalem. Vivre en ressuscité signifie alors d’être baptisés et re-créés en Jésus, venir à la table, survivre le déluge, entendre la voix du berger, être le bien-aimé de Dieu, être l’héritier du trône, prêtre du temple et citoyen de la cité céleste.
Benoît XVI a reçu la semaine passée les participants à la XVIII Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la famille, qui s’est tenue du 3 au 5 avril sur la mission des grands-parents dans la famille. Ce fut l’occasion pour le pape de rappeler que l’Église a toujours reconnu leur importance sociale et spirituelle et il a constaté « qu’ils avaient autrefois un rôle important dans l’existence et le développement de la famille ». Il s’inquiète cependant des évolutions culturelles qui marginalisent les personnes âgées : « La culture de la mort avance malheureusement et touche aussi le troisième âge. Avec de plus en plus d’insistance -a souligné le Saint-Père- on propose l’euthanasie comme solution aux situations difficiles (…). Si, comme on le dit souvent ici et là, les personnes âgées constituent une présence vivante dans la famille, l’Église et la société…elles doivent continuer à marquer l’unité et diffuser les valeurs d’un amour fondé sur la fidélité, qui seul engendre la foi et la joie de vivre».
L’Evangile d’Emmaüs nous fait comprendre que nous sommes aussi attendus pour un autre repas. Le Seigneur se met à table avec nous. Il prend le pain, le bénit et nous le donne. C’est un geste qui résume toute la mission du Christ. Rien n’est plus utile à l’humanité que ce partage concret et fraternel.
C’est un homme de foi qui a osé poser des gestes forts de réconciliation, qui aimait communiquer la bonne nouvelle de l’évangile, qui a créé des ponts entre les personnes de différentes croyances, générations et peuples, qui a voyagé, n’a pas compté sa peine pour rencontrer des personnes que les chefs d’état vont rarement visiter comme les prisonniers, sans parler de l’homme qui avait voulu le tuer.
Il existe un proverbe qui dit: « Si le coeur n’y est pas, les mains hésitent. » Ce proverbe convient bien à ce deuxième dimanche de Pâques où nous lisons le récit de Thomas, celui que l’on appelle souvent ‘le sceptique’. Thomas, le disciple qui n’était pas présent lors de la première apparition de Jésus qui, à son retour fera une exceptionnelle rencontre avec son Seigneur et Sauveur, Jésus.