L’univers se joue sur un verre d’eau donné aux petits

Miguel-Pro-croppedSolennité du Christ Roi de l’Univers

Ézékiel 34,11-12.15-17
1 Corinthiens 15,20-26.28
Matthieu 25,31-46

Pendant mes études de doctorat à l’Institut biblique pontifical de Rome à la fin des années 1980, j’ai eu plusieurs fois le privilège d’enseigner l’Écriture sainte aux Missionnaires de la charité, à leur maison de formation dans la banlieue romaine.  Assez souvent, alors que je travaillais avec les sœurs, Mère Teresa est venue visiter la communauté de formation. Je n’oublierai jamais  la silhouette courbée de cette petite femme d’origine albanaise assise sur le plancher de la chapelle tandis que j’animais pour les sœurs une réflexion biblique.   J’étais intimidé d’exposer l’Écriture sainte devant quelqu’un que déjà à l’époque plusieurs tenaient pour une sainte  : quelqu’un qui, sans connaître les langues anciennes ou les techniques de l’exégèse, avait de la Parole de Dieu une compréhension bien supérieure à celle que je pourrais jamais avoir.   Un soir que j’avais terminé mon exposé et que je ramassais mes papiers pour rentrer au Collège canadien, la Mère vint me parler. À la fin de notre échange, je lui demandai  : « Comment arrivez-vous à vivre tout cela jour après jour? Comment faites-vous avec les foules de gens qui essaient de vous voir dès que vous êtes en public? »  Elle leva la main et l’ouvrit devant mes yeux en écartant les doigts.  «Cinq mots, dit-elle, cinq mots  : You did it to me, c’est à moi que vous l’avez fait. »

« C’est à moi que vous l’avez fait. »

En ce dernier dimanche de l’année liturgique, connu aussi sous le nom de Solennité du Christ Roi, on nous présente le grand tableau du jugement dernier (Matthieu 25, 31-46), qui ne se trouve que dans l’Évangile de Matthieu. Le jugement dernier accompagnera la parousie (la seconde venue du Christ) et il fait l’objet du dernier enseignement de Jésus avant qu’il ne monte à Jérusalem affronter sa crucifixion et sa mort. Le refrain lancinant de l’Évangile d’aujourd’hui tient précisément dans ces quelques mots  : « C’est à moi que vous l’avez fait.» [Read more…]

Le Pape : « Ne nous enfermons pas dans un microclimat de personnes élues »


OSSROM12185_ArticoloDans l’Eglise il arrive que les chrétiens soient tentés d’être avec Jésus mais sans vouloir fréquenter les pauvres ou les personnes marginalisées, en s’isolant ainsi dans un « microclimat ecclésiastique » qui n’a rien d’authentiquement ecclésial. Voilà en résumé ce qu’a déclaré le Pape François dans son homélie de la messe célébrée ce lundi matin en la chapelle de la Maison Sainte Marthe au Vatican.

Regarder Jésus en oubliant de le voir dans le pauvre qui demande de l’aide, dans la personne marginalisée. Voilà bien la tentation qui guette l’Eglise aujourd’hui, la tentation de s’emmurer à l’intérieur d’un « microclimat ecclésiastique », comme le définit le Pape, plutôt que d’ouvrir les portes aux exclus sociaux. L’homélie de François s’est basée sur l’une des pages les plus intenses de l’Evangile, qui raconte l’épisode de l’aveugle de Jéricho. Cet homme, a souligné le Pape, représente cette « première catégorie de personnes » qui peuple le récit de l’Evangile de Luc. Un homme qui n’avait aucune importance, mais qui « avait envie de salut », « envie de guérison », et qui donc crie plus fort que le mur d’indifférence qui l’entoure jusqu’à ce qu’il gagne son pari et réussisse à frapper à « la porte du cœur de Jésus ». A cet homme s’oppose le cercle des disciples, qui prétendent de le faire taire pour éviter qu’il dérange et en faisant de la sorte, affirmait le Pape, ils éloignent « le Seigneur d’une périphérie » :

« Cette périphérie n’arrivait pas à s’approcher du Seigneur, parce que ce cercle, avec tellement de bonne volonté pourtant, fermait la porte. Et c’est ce qui arrive si fréquemment entre nous croyants : quand nous avons trouvé le Seigneur, sans nous en rendre compte, on crée ce microclimat ecclésiastique. Pas seulement les prêtres, les évêques, mais aussi les fidèles : « Nous sommes ceux qui sont aux côtés du Seigneur ! » « Et à force de regarder tellement le Seigneur nous ne regardons plus les besoins du Seigneur : nous ne regardons plus le Seigneur qui a faim, qui a soif, qui se trouve en prison, qui se trouve à l’hôpital. Ce Seigneur qui se trouve dans la personnes marginalisée. Et ce climat est délétère. » [Read more…]

Le Pape appelle les chrétiens à sortir de l’enfouissement


ANSA694958_ArticoloLors de son traditionnel Angélus prononcé depuis la fenêtre des appartements pontificaux, et devant une grande foule qui a encore profité d’un dimanche romain très ensoleillé, le Pape François a commenté l’Évangile de ce jour, tiré de Saint-Matthieu (25, 14-30), qui évoque la fameuse parabole des talents. « Il raconte l’histoire d’un homme qui, avant de partir en voyage, convoque ses serviteurs et leur confie son patrimoine en talents, une monnaie antique de très grande valeur. Ce maitre confie à son premier serviteur cinq talents, au deuxième deux talents, au troisième un seul. Durant l’absence du maître, les trois serviteurs doivent faire fructifier ce patrimoine. Le premier et le deuxième serviteur ramènent chacun le capital de départ, Le troisième, lui, par peur de perdre tout, a enseveli le talent reçu dans un trou. Au retour du maitre, les deux premiers reçoivent les félicitations et la récompense, alors que le troisième, qui restitue seulement la monnaie reçue, est réprouvé et puni.»

Pour le Pape François, « la signification de ceci est clair ! L’homme de la parabole est Jésus, les serviteurs sont les disciples, c’est à-dire nous-mêmes, et les talents sont le patrimoine que le Seigneur leur confie : sa Parole, l’Eucharistie, la foi dans le Père céleste, son pardon… En somme, ses biens les plus précieux. Le Seigneur ne nous les confie pas seulement pour les conserver, mais pour les faire croître, a insisté le Saint-Père. Alors que dans l’usage commun le terme « talent » indique une remarquable qualité individuelle, par exemple dans le sport ou la musique, dans cette parabole les talents représentent les biens du Seigneur, qu’il nous confie pour que nous les fassions fructifier. »

Et le Pape a lancé une pierre dans le jardin des chrétiens tentés par une spiritualité de l’enfouissement, qui gardent leur foi dans la sphère privée. « Le trou creusé dans le terrain par le serviteur méchant et paresseux indique la peur du risque qui bloque la créativité et la fécondité de l’amour. La peur des risques de l’amour nous bloque. Mais Jésus ne nous demande pas de conserver sa grâce dans un coffre-fort, mais veut que nous l’usions à l’avantage des autres. Tous les biens que nous avons reçus sont faits pour les donner aux autres. C’est comme s’il disait : « Voici ma miséricorde, ma tendresse, mon pardon : prends-les et fais-en un large usage. » Et nous qu’avons-nous fait ? Qui avons-nous « contaminé » avec notre espérance ? Combien d’amour avons-nous partagé avec notre prochain ? Ce sont des questions qui nous feront du bien ! » [Read more…]

Le Pape: « Transmettre la foi aux jeunes par l’exemple et non par des mots »


OSSROM12622_ArticoloPour transmettre la foi aux enfants et aux jeunes d’aujourd’hui, pour les aider à faire l’expérience “de la vérité et de l’amour”, les adultes doivent leur offrir des exemples plutôt que des mots. C’est ce qu’a affirmé le Pape François lors de l’homélie de la messe célébrée en la chapelle de la Maison Sainte-Marthe, où étaient présents un groupe considérable d’enfants et d’adolescents d’une paroisse romaine.

Comment se transmet la foi à ceux qui sont nés dans l’ère du digital ? Par une modalité qui plus que les autres, permet d’avoir prise sont ceux qui sont constamment stimulés par les images : l’exemple. En ce jour, une partie des bancs de la chapelle de la maison Sainte-Marthe ressemble à une JMJ en miniature- avec un groupe de jeunes qui une fois surmontée la timidité initiale, passe à un tac au tac d’une grande vivacité avec le Pape François qui se met dans la peau d’un catéchiste et au même moment, dans la peau du formateur des catéchistes. On semble assister à la « messe des jeunes » dit-il et regarder ces jeunes, poursuit-il, « c’est regarder une promesse, c’est regarder le monde de demain ». Mais que laisse-t-on au futur ?

« Enseignons-nous ce que nous avons entendu dans la Première lecture : marcher dans l’amour et dans la vérité ? Ou bien nous l’enseignons par des mots en menant notre propre vie ? Pour nous, faire attention à ces jeunes est une responsabilité ! Un chrétien doit prendre soin des jeunes, des enfants et transmettre la foi, transmettre ce qu’il vit, ce qui est dans son cœur. Nous ne pouvons pas ignorer les petites plantes qui poussent ! ». [Read more…]

Le Pape : « Le Règne de Dieu grandit dans le silence, pas dans le vacarme »

OSSROM12578_ArticoloHomélie du jeudi 13 novembre 2014

Le Règne de Dieu grandit dans le silence, qui sait, d’une maison où « on arrive à la fin du mois avec un seulement la moitié d’un euro ». Il ne grandit pas dans le vacarme, et « ce n’est pas un spectacle », mais bien « une fête », même si « notre faiblesse humaine préfère le spectacle » , le Pape citant alors la célébration du mariage, qui pour être pourtant un sacrement, en est parfois réduit à n’être qu’un spectacle. « Un défilé de mode, pour se montrer, avec vanité ».Voilà en résumé le thème développé par le Pape François ce jeudi matin, dans son homélie de la messe célébrée en la chapelle de la Maison Sainte Marthe au Vatican.

« Dans le silence d’une maison où l’on arrive peut-être à la fin du mois avec la moitié d’un euro, mais où l’on continue de prier et de s’occuper de ses enfants et des grands-parents, c’est là que se trouve le Règne de Dieu », a expliqué le Pape François. « Loin du bruit, parce que le Règne de Dieu n’attire pas l’attention », exactement comme n’attire pas l’attention la semence qui grandit sous terre.

Le Pape , pour son homélie, est parti du passage de l’Evangile de saint Luc, où à la question des disciples ‘Quand viendra le Règne de Dieu?’ « Le Règne de Dieu, a précisè le Pape, n’est pas un spectacle. Tant de fois, le spectacle est la caricature du Règne de Dieu » « Jamais le Seigneur ne dit que le Règne de Dieu est un spectacle ». « C’est une fête, une très belle fête. Une grande fête, car le Ciel sera une fête, mais pas un spectacle ». « C’est notre faiblesse humaine qui préfère le spectacle ». « En réalité, a ajouté le Pape, le Règne de Dieu est silencieux, il grandit à l’intérieur. C’est l’Esprit Saint qui le fait grandir avec notre disponibilité, dans notre terre, que nous devons préparer ».

Et d’ajouter en citant les paroles de Jésus : « Le Règne de Dieu connaîtra pourtant le moment de la manifestation de sa force, à la fin des temps ». « Le jour où il fera du bruit, il le fera comme l’éclair qui fend le ciel. » « Sinon pour l’heure, le Règne de Dieu est caché dans la sainteté de la vie quotidenne, cette sainteté de tous les jours. Parce que le Règne de Dieu n’est pas éloigné de nous, il est proche . C’est une de ses caractéristiques : sa proximité de tous les jours ». « La souffrance, la croix, ajoutait le Pape, la croix quotidienne de la vie, la croix du travail, de la famille, de bien faire les choses, cette petite croix quotidienne fait partie du Règne de Dieu ». « Le Règne de Dieu est humble, comme la semence : humble mais pour grandir ensuite, par la force de l’Esprit Saint. Nous n’avons qu’à le laisser grandir en nous, sans nous vanter : laisser l’Esprit venir en nous, nous transformer et nous porter de l’avant dans le silence, dans la paix, dans la sérénité, dans la proximité avec Dieu, avec les autres, dans l’adoration de Dieu, sans spectacle ».

Radio Vatican

Audience générale du mercredi 12 novembre 2014

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« Prêtres et évêques, soyez accueillants, sobres, bons et patients »

Lors de l’audience générale de ce mercredi au Vatican, le Pape François s’est une nouvelle fois employé à définir les qualités que devraient avoir les évêques, les prêtres, les diacres, les invitant à être « accueillants, sobres, patients, fiables, bons ». Le Pape voit en ces qualités « typiquement humaines » « une grammaire de base » pour l’exercice du ministère pastoral. Exhortation qui s’inscrit dans le cycle de catéchèses consacrées à l’Eglise. L’avertissement du Pape a été à nouveau très clair, comme lors de récentes homélies du matin, en la chapelle de la Maison Sainte-Marthe : il faut à tout prix éviter tout comportement d’orgueil.

« Sans cette prédisposition belle et naturelle à ces qualités, ajoutait le Pape, il est impossible d’offrir un service et un témoignage joyeux et crédible ». Et de rappeler notamment aux évêques qu’ils ne le sont pas « parce que plus intelligents et plus capables mais seulement par le don d’amour de Dieu pour le bien de son peuple ». « Il faut avoir conscience que tout ce qui est autour est grâce », ajoutait-il encore en mettant en garde contre « la tentation de ne compter que sur ses propres forces ». « Comme il serait dangereux qu’un prêtre ou un évêque puisse penser tout savoir. Alors qu’au contraire, il doit tendre à l’humilité et à la compréhension envers les autres. A l’écoute des gens : conscient d’avoir toujours quelque chose à apprendre, même de ceux qui sont encore éloignés de la foi et de l’Eglise ».

Nouvel appel du Pape François pour les chrétiens persécutés

Le Pape François, au terme de l’audience générale de ce mercredi matin, a voulu aborder une fois encore la question des chrétiens persécutés dans le monde en raison de leur foi. En déclarant : « Je suis avec un grand effroi les situations dramatiques des chrétiens dans différentes parties du monde où ils sont persécutés et tués en raison de leur foi religieuse ». [Read more…]

Le Pape : « Le chrétien doit pardonner et ne jamais être scandaleux »

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Homélie du lundi 10 novembre 2014

Tout chrétien, quelle que soit sa vocation, doit savoir pardonner, toujours, et ne jamais être scandaleux, parce que « le scandale détruit la foi ». Le Pape François l’a rappelé ce lundi matin en commentant les lectures de la messe du matin, célébrée dans la chapelle de la Maison Sainte Marthe.

Mieux vaut se jeter à la mer avec une pierre au cou. Jésus préfère parler de manière directe et sans prendre de gants, quand il dit à ses disciples ce qu’il pense de ceux qui sont objet de scandale. Le Pape François articule l’homélie en retenant le trois paroles clé de l’Evangile de Saint Luc : scandale, pardon, foi. «  Honte à celui qui crée le scandale », affirme Jésus avec autorité, alors que dans le passage de sa Lettre à Titus, Saint Paul donne des indications précises sur comment doit être le style de vie d’un prêtre – non violent, sobre – en un mot « irréprochable », et donc aux antipodes du scandale. Mais cela, a ajouté le Pape, vaut pour tous les chrétiens et non pas seulement pour les prêtres. Le scandale, ajoutait-il, « c’est dire et professer un style de vie –‘je suis chrétien’, et puis vivre en païen, qui ne croit en rien ». Cela est scandaleux « parce que le témoignage en pâtit », alors que « la foi confessée, insistait le Pape François, c’est en fait la vie vécue » :

« Quand un chrétien ou une chrétienne, qui va à l’église, qui fréquente la paroisse, ne vit pas vraiment l’Evangile, il est scandaleux. Mais combien de fois nous avons entendu :’Mais moi je ne vais pas à l’Eglise – des hommes ou des femmes – parce que c’est mieux d’être honnête chez soi plutôt que d’aller à l’église comme celui-là ou celle-là qui va à l’Eglise et puis se comporte de telle ou telle manière…’. Le scandale détruit, détruit  la foi ! Et pour cela, Jésus est si fort : ‘Soyez attentifs ! Soyez attentifs!’.  Et il faut le répéter aujourd’hui: ‘Soyez attentifs à vous-mêmes !’ Tous nous sommes capables d’être scandaleux ». [Read more…]

Pape François : « Nous avons besoin de ponts, pas de murs »

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« Nous avons besoin de ponts, pas de murs ». Le Pape François ne pouvait pas manquer d’évoquer, ce dimanche 9 novembre, le 25° anniversaire de la chute du Mur de Berlin, « symbole de la division idéologique de l’Europe et du monde entier ». Il l’a fait à l’occasion de la prière de l’Angélus, devant des milliers de personnes rassemblées sur la place Saint-Pierre. Le Souverain Pontife a rendu hommage aux nombreuses personnes qui ont « lutté, prié et souffert » pour que cela se produise, certaines jusqu’au sacrifice de leur vie. Parmi elles, le saint Pape Jean-Paul II qui a joué un rôle de premier plan. Et le Pape François a profité de cet anniversaire pour inviter les fidèles à prier en faveur d’une culture de la rencontre, susceptible de « faire tomber tous les murs qui divisent encore le monde et pour que plus jamais des personnes innocentes ne soient persécutés et même tuées à cause de leur foi et de leur religion. »

Transcription de l’évocation par le Pape de la chute du Mur de Berlin :

« Il y a 25 ans, le 9 novembre 1989, tombait le Mur de Berlin, qui pendant tant de temsp avait coupé en deux la ville, et qui a symbolisé la division idéologique de l’Europe et du monde entier. La chute du Mur est advenue à l’improviste, mais elle fut rendue possible par le long et laborieux effort de tant de personnes qui pour cela ont lutté, prié et souffert, certains jusqu’à sacrifier leur vie. Parmi eux, le saint Pape Jean Paul II a joué un rôle de protagoniste. Prions pour qu’avec l’aide du Seigneur et la collaboration de tous les hommes de bonne volonté, se diffuse toujours davantage une culture de la rencontre, capable de faire tomber tous les murs qui divisent encore le monde, et qu’il n’arrive plus que des personnes innocentes soient persécutées et même tuées en raison de leur foi et de leur religion. Nous avons besoin de ponts, pas de murs ! »

Radio Vatican

Le Pape : « Certains chrétiens n’en ont que le vernis »

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Homélie du vendredi 7 novembre 2014

« Un jour un pourboire, un autre jour un pot-de-vin, et de fil en aiguille on arrive à la corruption ». Et cela arrive même aux « personnes qui n’ont de chrétien que le vernis ». C’est la mise en garde lancée par le Pape François, lors de l’homélie de la messe célébrée ce vendredi matin en la chapelle de la Maison Sainte Marthe au Vatican. Une homélie centrée sur le risque de n’être que « des chrétiens mondains, des païens recouverts de deux coups de pinceau de christianisme », « habitués à la médiocrité ». Ces chrétiens-là, a souligné le Pape, ont une mentalité mondaine au lieu « d’être des chrétiens des cieux », et ils sont attachés à l’argent.

La réflexion du Pape François a pris pour point d’appui l’épître de Saint Paul aux Philippiens, sur les chrétiens qui se comportent « en ennemis de la croix du Christ » : « païens recouverts de deux couches de vernis de chrétien, pour apparaître comme des chrétiens, mais ce sont des païens ». « Aujourd’hui encore , a déclaré le Pape François, il y en a tellement ! Nous aussi nous devons être attentifs à ne pas glisser vers ce chemin-là : n’être chrétiens que dans l’apparence. Et la tentation de s’habituer à cette médiocrité, voilà leur perte, parce que le cœur devient tiède, ils deviennent tièdes ». Saint Paul, a poursuivi le Pape, parle donc de la « citoyenneté » des chrétiens.

« Notre citoyenneté », a-t-il fait remarquer, « est dans les cieux. La leur est terrienne. Ce sont des citoyens du monde, non pas des cieux ». Le Pape a donc suggéré de s’interroger sur nous-mêmes et nos « défauts mondains » : « est-ce que j’aime me vanter ? est-ce que j’aime l’argent ? Suis-je orgueilleux ? Suis suffisant ? Où ai-je mes racines, autrement dit, d’où suis-je citoyen ? Du ciel ou de la terre ? Dans le monde ou dans l’esprit mondain ? Notre citoyenneté est dans les cieux et de là nous attendons, comme Sauveur, notre Seigneur Jésus-Christ. Et leur citoyenneté ? Leur sort final sera la perdition ! Ces chrétiens qui n’en ont que le vernis finiront mal… Sachez donc que la citoyenneté mondaine te porte à la catastrophe, et la citoyenneté de la Croix du Christ à la rencontre avec Lui ».

Après l’épître aux Philippiens, le Pape François a commenté la parabole de l’administrateur qui vole son patron. « Comment en est-il arrivé là cet administrateur de l’Evangile, à voler son maître », s’est interrogé le Pape. Comment cela a-t-il pu arriver ? D’un jour à l’autre ? Non! Petit à petit. Un jour un pourboire, un autre jour un pot-de-vin. Et ainsi on en arrive à la corruption. Le chemin de la mondanité de ces ennemis de la Croix du Christ est ainsi, il te porte à la corruption ! Et puis tu finis comme cet homme-là ? non ? en volant ouvertement… »

Radio Vatican

Un message au Peuple de Dieu

SynodFathers

Les Pères synodaux un bref message pastoral, à la cloture du Synode extraordinare des évêques sur la famille, le dimanche 19 octobre 2014.

Nous, Pères synodaux réunis à Rome autour du Pape François pour l’Assemblée générale extraordinaire du Synode des évêques, nous nous adressons à toutes les familles des divers continents, et en particulier à celles qui suivent le Christ, Chemin, Vérité et Vie. Nous manifestons notre admiration et notre gratitude pour le témoignage quotidien que vous nous offrez, ainsi qu’au monde, par votre fidélité, votre foi, votre espérance et votre amour.

Nous aussi, pasteurs de l’Église, nous sommes nés et avons grandi dans des familles aux histoires et vicissitudes les plus diverses. En tant que prêtres et évêques, nous avons rencontré et avons vécu aux côtés de familles qui nous ont raconté en parole et révélé en actes toute une série de merveilles mais aussi de difficultés.

La préparation même de cette assemblée synodale, à partir des réponses au questionnaire envoyé aux Églises du monde entier, nous a permis de nous mettre à l’écoute de nombreuses expériences familiales. Notre dialogue durant les jours du Synode nous a ainsi enrichis mutuellement, nous aidant à regarder la réalité vivante et complexe dans laquelle évoluent les familles.

À vous, nous proposons cette parole du Christ : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. » (Ap 3, 20). Comme il le faisait durant ses pérégrinations sur les routes de la Terre Sainte, entrant dans les maisons des villages, Jésus continue à passer aussi aujourd’hui par les rues de nos villes. Dans vos foyers, vous faites l’expérience d’ombres et de lumières, de défis exaltants, mais parfois aussi d’épreuves dramatiques. L’obscurité se fait encore plus épaisse, jusqu’à devenir ténèbres, lorsque le mal et le péché s’insinuent au cœur même de la famille.

Il y a, avant tout, le grand défi de la fidélité dans l’amour conjugal. L’affaiblissement de la foi et des valeurs, l’individualisme, l’appauvrissement des relations, le stress d’une frénésie qui empêche la réflexion marquent aussi la vie familiale. On assiste alors à de nombreuses crises matrimoniales, affrontées souvent de façon expéditive, sans avoir le courage de la patience, de la remise en question, du pardon mutuel, de la réconciliation et même du sacrifice. Ces échecs sont ainsi à l’origine de nouvelles relations, de nouveaux couples, de nouvelles unions et de nouveaux mariages, qui créent des situations familiales complexes et problématiques quant au choix de la vie chrétienne.

Parmi ces défis, nous souhaitons ensuite évoquer les épreuves de l’existence même. Pensons à la souffrance qui peut apparaître lorsque qu’un enfant est handicapé, lors d’une grave maladie, lors de la dégénérescence neurologique due à la vieillesse, lors de la mort d’une personne chère. La fidélité généreuse de tant de familles qui vivent ces épreuves avec courage, foi et amour est admirable, lorsqu’elles les considèrent non comme quelque chose qui leur a été arrachée ou imposée, mais comme quelque chose qui leur a été donné et qu’ils offrent à leur tour, voyant en toutes ces personnes éprouvées le Christ souffrant lui-même.

Nous pensons aux difficultés économiques causées par des systèmes pervers, par le « fétichisme de l’argent » et par « la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain » (Evangelii gaudium, 55) qui humilie la dignité de la personne. Nous pensons aux pères et aux mères sans emploi, impuissants face aux besoins les plus élémentaires de leur famille ; et à ces jeunes qui se trouvent devant des journées désœuvrées et sans espérance, proies potentielles des dérives de la drogue et de la criminalité.

Nous pensons enfin à la foule des familles pauvres, à celles qui s’agrippent à une barque pour atteindre des moyens de survie, aux familles de réfugiés qui émigrent sans espoir à travers des déserts, à celles qui sont persécutées simplement à cause de leur foi et de leurs valeurs spirituelles et humaines, à celles qui sont frappées par la brutalité des guerres et des oppressions. Nous pensons aussi aux femmes qui subissent la violence et sont soumises à l’exploitation, à la traite des personnes, aux enfants et aux jeunes victimes d’abus même de la part de ceux qui devraient en prendre soin et les faire grandir en confiance, aux membres de tant de familles humiliées et en difficulté. «La culture du bien-être nous anesthésie et […] toutes ces vies brisées par manque de possibilités nous semblent un simple spectacle qui ne nous trouble en aucune façon. (Evangelii gaudium, 54). Nous faisons appel aux gouvernements et aux organisations internationales pour promouvoir les droits de la famille en vue du bien commun.

Le Christ a voulu que son Église soit une maison avec la porte toujours ouverte et accueillante, sans exclure personne. Nous sommes ainsi reconnaissants envers les pasteurs, les fidèles et les communautés prêts à accompagner et à porter les déchirures internes et sociales des couples et des familles.

***

Cependant, il y a également la lumière qui brille le soir derrière les fenêtres dans les maisons des villes, dans les modestes résidences des périphéries ou dans les villages et même dans les baraquements : celle-ci brille et réchauffe les corps et les âmes. Cette lumière, dans les vicissitudes de la vie nuptiale des conjoints, s’allume grâce à une rencontre : il s’agit d’un don, d’une grâce qui s’exprime -comme le dit la Genèse (2,18)- quand deux visages se retrouvent chacun l’un « en face » de l’autre, comme une «aide qui lui corresponde », c’est-à-dire à la fois semblable et complémentaire. L’amour de l’homme et de la femme nous enseigne que chacun des deux a besoin de l’autre pour être soi-même, chacun demeurant pourtant différent de l’autre dans son identité qui s’ouvre et se révèle dans le don réciproque. C’est ce qu’exprime de façon suggestive la femme du Cantique des Cantiques : « Mon bien-aimé est à moi, et moi, je suis à lui […] Je suis à mon bien-aimé, mon bien-aimé est à moi » (Ct 2, 16 ; 6,3).

Pour que cette rencontre soit authentique, le cheminement commence avec le temps des fiançailles, temps de l’attente et de la préparation. Il s’actualise pleinement dans le sacrement du mariage où Dieu appose son sceau, sa présence et sa grâce. Ce chemin passe aussi par la sexualité, la tendresse, la beauté, qui perdurent même au-delà de la vigueur et de la fraîcheur de la jeunesse. De par sa nature, l’amour tend à rimer avec toujours, jusqu’à donner sa vie pour la personne qu’on aime (cf. Jn 15,13). À cette lumière, l’amour conjugal, unique et indissoluble, persiste malgré les nombreuses difficultés des limites humaines ; c’est l’un des plus beaux miracles, bien qu’il soit aussi le plus commun.

Cet amour se déploie au travers de la fécondité et de la générativité qui ne sont pas seulement procréation mais aussi don de la vie divine dans le baptême, éducation et catéchèse des enfants. Il s’agit aussi d’une capacité à offrir la vie, de l’affection et des valeurs. Cette expérience est possible même pour ceux qui n’ont pu avoir d’enfant. Les familles qui vivent cette aventure lumineuse deviennent pour tous un témoignage, en particulier pour les jeunes.

Durant ce cheminement, qui s’avère parfois un sentier ardu avec ses difficultés et ses chutes, on retrouve toujours la présence et l’accompagnement de Dieu. La famille en fait l’expérience dans l’affection mutuelle et le dialogue entre époux et épouse, entre parents et enfants, entres frères et sœurs. Elle le vit aussi en se mettant ensemble à l’écoute de la Parole de Dieu et en partageant la prière commune : petite oasis spirituelle à mettre en place à un moment chaque jour. Il y a aussi l’engagement quotidien de l’éducation à la foi, à la beauté de la vie évangélique et à la sainteté. Ce devoir est souvent partagé et exercé avec beaucoup d’affection et de dévouement aussi par les grands-parents. Ainsi la famille se présente comme une authentique Église domestique, qui s’ouvre sur cette famille de familles qu’est la communauté ecclésiale. Les époux chrétiens sont alors appelés à devenir des maîtres dans la foi et dans l’amour également auprès des jeunes couples.

Il y a ensuite une autre expression de la communion fraternelle, celle de la charité, du don, de la proximité auprès des laissés pour compte, des marginalisés, des pauvres, des personnes seules, des malades, des étrangers, des familles en crise, gardant en mémoire la parole du Seigneur : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35). Il s’agit d’un don de biens partagés, de présence, d’amour et de miséricorde et aussi d’un témoignage de vérité, de lumière, de sens donné à la vie.

Le sommet qui recueille et récapitule tous ces liens de la communion avec Dieu et le prochain est l’Eucharistie dominicale, lorsque, avec toute l’Église, la famille prend place à la table du Seigneur. Lui-même se donne à nous tous, pèlerins de l’histoire en route vers la rencontre ultime lorsque le «Christ sera tout en tous» (Col 3,11). Pour cela, dans la première étape de notre chemin synodal, nous avons réfléchi à l’accompagnement pastoral et à la question de l’accès aux sacrements des personnes divorcées-remariées.

Nous, pères synodaux, vous demandons de cheminer avec nous vers le prochain synode.

Que demeure sur vous la présence de la famille de Jésus, Marie et Joseph réunis dans leur modeste maison. Ensemble, tournés vers la Famille de Nazareth, faisons monter vers notre Père à tous notre invocation pour les familles de la terre.

Père, donne à toutes les familles la présence d’époux courageux et remplis de sagesse, qui soient source d’une famille libre et unie.

Père, donne aux parents d’avoir une maison où vivre dans la paix avec leur famille.

Père, donne aux enfants d’être signes de confiance et d’espérance, et aux jeunes le courage de l’engagement stable et fidèle.

Père, donne à tous de pouvoir gagner leur pain de leurs propres mains, de jouir de la sérénité d’esprit et de garder allumé le flambeau de la foi même dans les moments d’obscurité.

Père, donne-nous de voir fleurir une Église toujours plus fidèle et crédible, une cité juste et humaine, un monde qui aime la vérité, la justice et la miséricorde.

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