11 septembre 1984

Par Sébastien Lacroix

Où étiez-vous il y a 23 ans? Jean-Paul II effectuait alors ce qui sera la plus longue visite apostolique de son pontificat, ici au Canada. Arrivé à Québec le 9 septembre, le Saint-Père sillona le pays pendant 12 jours, allant à la rencontre des centaine de milliers de personnes qui l’attendaient. (On peut d’ailleurs revoir en ligne les hauts moments de cette visite, entre autres sur LCN) Le 11 septembre, des milliers de personnes se trouvaient au Parc Jarry à Montréal pour assister à la toute première béatification à se déroulé en sol américain: celle de la bienheureuse Marie-Léonie Paradis, fondatrice de l’Institut des Petites Soeurs de la Sainte-Famille.

Ce jour là, Jean-Paul II a évoqué l’humilité et l’esprit de service de la bienheureuse:

Sœur Marie-Léonie Paradis ne craignait pas les diverses formes du travail manuel qui est le lot de tant de gens aujourd’hui, qui a été à l’honneur dans la Sainte Famille, dans la vie même de Jésus à Nazareth. C’est là qu’elle a vu la volonté de Dieu sur sa vie. C’est en accomplissant ces tâches qu’elle a trouvé Dieu. Avec les sacrifices inhérents à ce travail, mais offerts par amour, elle y a connu une joie et une paix profondes. Elle savait qu’elle rejoignait l’attitude foncière du Christ, « venu non pour être servi mais pour servir. » Elle était toute pénétrée de la grandeur de l’Eucharistie, et de la grandeur du sacerdoce. Oui, Dieu a jeté les yeux sur la sainteté de son humble servante, Marie-Léonie, qui s’est inspirée de la disponibilité de Marie. Et désormais sa Congrégation et l’Eglise la diront, d’âge en âge, bienheureuse (cf. Lc 1, 84).

Vingt-trois ans plus tard, les gens se souviennent. Mère Léonie a inspiré beaucoup de jeunes femmes à prendre la tenue de service. La mission de cette communauté vouée au service du clergé doit être prise dans le contexte de l’Église du XIXe et XXe siècle. Il n’en demeure pas moins que Marie-Léonie et ses filles continuent d’inspirer beaucoup de gens.

La communauté fut fondé à Memramcook, N.-B. en 1880. Faute de la reconnaissance de l’évêque du lieu, Marie-Léonie accepta l’invitation de Mgr Paul Laroque qui propose à la communauté de s’installer dans son diocèse, Sherbrooke. Avec regret, les habitants de Memramcook ont vu partir Mère Léonie et ses filles. Aujourd’hui encore, ils se souviennent de ce pilier de leur communauté. Un monument à la mémoire de la fondatrice se tient devant le collège où elle a travaillé. Le cimetière demeure toujours le lieu de repos des premières religieuses ainsi que du père Camille Lefebvre, qui a soutenu Marie-Léonie dès son arrivée au Nouveau-Brunswick.

Être pénétré de la grandeur de l’Eucharistie et, par cela, adopter la tenue de service, à l’image de Christ, voilà comment cette femme peut nous inspirer et nous servir de modèle encore aujourd’hui.

Bienheureuse Marie-Léonie, priez pour nous.

Dix ans plus tard, le chant de Mère Teresa se poursuit

Par le père Thomas Rosica, C.S.B.
Directeur général de la Fondation catholique Sel et Lumière Média

 

Il y a dix ans, le 5 septembre 1997, Mère Teresa de Calcutta mourut à l’âge de 87 ans à Calcutta. Née Agnes Gonxha Bojaxhiu le 27 août 1910 de parents Albaniens à Skopje (autrefois l’Albanie, aujourd’hui l’ancienne Yougoslavie). Elle joint les Sœurs de Lorette à l’âge de 18 ans. Après avoir reçu une inspiration divine lors d’un voyage en train, elle laissa le milieu aisé où elle servait et se rendit à Calcutta pour fonder une nouvelle congrégation religieuse, les Missionnaires de la Charité, dont la mission était de prendre soin des malades et des mourants des milieux les plus pauvres et misérables, d’éduquer les enfants de la rue, de venir en aide aux mendiants et de donner un refuge aux sans-abri.

En 1950, elle débuta ce qui devint son œuvre la plus connue en ouvrant à Calcutta le premier Nirmal Hriday (cœur tendre) pour les mourants et les délaissés. Les mots de Mère Thérésa demeure d’ailleurs toujours inscrits sur les murs de cette maison: «De nos jours, la maladie la plus horrible n’est ni la tuberculose, ni la lèpre. C’est le sentiment d’être indésirable, rejeté, abandonné par tous. » Elle était connue pour avoir dit à des chefs de gouvernements qui discutaient de la situation des pauvres: « Alors que vous poursuivrez vos discussions à-propos de causes et d’explications, j’irai m’agenouiller à côté des plus pauvre d’entre les pauvres et répondre à leurs besoins.»

Six ans après sa mort, en 2003, elle fut déclarée bienheureuse par son ami, le pape Jean-Paul II. Même lorsqu’elle était toujours vivante, parcourant les rues des bas fonds de Calcutta, des gens de partout dans le monde, de confessions différentes, appelaient Mère Teresa «la sainte des pauvres.»

La vie de Mère Teresa n’était pas un cliché. Nous vivons à l’ère des manchettes chocs. Alors que tout va très vite, on répond aux grands enjeux de notre époque sans réfléchir, comme des poules sans tête. La vie de Mère Térésa était une métaphore de dévouement désintéressé et de sainteté. C’est pourquoi tant de jeunes femmes de presque partout et de tant d’origines continuent d’entrer chez les Missionnaires de la Charité. Mère Teresa fonda un ordre qui compte désormais plus de 4500 femmes qui oeuvrent dans plus de cent pays. Elles gèrent plus de 500 maisons, hospices et refuges pour des milliers de mourants et de délaissés, en plus de centaines d’écoles, cliniques mobiles, maisons pour les lépreux et les sidéens. Bien que la chanteuse soit partie, le chant de l’amour, de la charité et de l’espérance continue d’être chanté par ces anges de la miséricorde qui découvre Jésus dans la détresse du pauvre.

Mère Teresa découvrit dans la prière la vérité essentielle qui est la source de l’enseignement social de l’Église et de son œuvre religieuse et humanitaire à travers les âges et à travers le monde : Jésus-Christ, le Verbe fait chair, le Sauveur de l’humanité, qui a voulut s’identifier à chaque personne, spécialement le pauvre, le malade et le laissé-pour-compte.  «C’est à moi que vous l’avez fait» répétait si souvent Mère Teresa, un message qui ne passera jamais.

Il existe des critiques de l’Église qui affirment que Mère Teresa personnifiait une vision de la foi pré-Vatican II et ne s’est pas attaquée à des maux systémiques comme les dépenses militaires. Ils la critiquent de même que ses partisans pour leur condamnation sans équivoque de l’avortement. Certains disent qu’elle était un modèle ‘sûr’, et que chaque prêtre et évêque pouvait la mettre sur un piédestal et dire aux femmes: «Soyez dociles, faites ce qui vous revient, mais n’allez pas critiquer autre chose.» Je connais moi-même plusieurs religieuses et prêtres qui sont très critiques à l’endroit de  Mère Teresa à cause de son manque d’appui pour leur style de vie et leur image alors que les religieux nord-américains mettent l’emphase sur la justice sociale et le renouveau religieux. Certains ont même déclaré qu’il n’y avait en Mère Teresa aucun élément de critique prophétique, tant dans son enseignement que dans son style de vie.

Il y a aussi les prophètes religieux autoproclamés qui clament que Mère Teresa de l’orthodoxie du progrès social américain si elle avait été davantage réformatrice que consolatrice. Au lieu de rapports de comités portant sur le nombre de personnes qu’elle a élevé au-delà du seuil de la pauvreté, tout ce qu’elle a sont quelques histoires de mourants qui étaient rejetés, qu’elle a pris dans ses bras… Au lieu d’œuvrer pour obtenir une subvention dans le but de créer un programme afin d’enrayer la pauvreté, elle est déménagée dans un quartier pour la partager avec ceux qui la vivent!

Pour nous Nord-américains capables de tout, qui croient qu’il y a une solution pour chaque problème et un baume pour chaque outrage, Mère Teresa apparaît comme l’incapable classique. On oublie sa beauté spirituelle. Elle possédait une rare fidélité à un sacré qui soutient et affirme chaque individu, où qu’il soit, et non pas là où Mère Teresa ou le responsable d’une agence d’aide ou le directeur d’un programme de travail, croit qu’ils doivent être.

Lorsque Mère Teresa parle de ‘partager la pauvreté,’ elle défie la logique des institutions qui préfèrent se fier à un agenda pour les pauvres, et non pas à la communion avec ces personnes pauvres. La communion fait fi des approches conventionnelles. Elle ne permettra peut-être jamais de trouver un emploi pour quelqu’un, encore moins de remettre cette personne sur les rails. C’est pourquoi les ‘praticiens’ de cette communion sont qualifiés d’impertinents. Il peut arriver, au pire, qu’on leur colle le titre de saint, comme Mère Teresa.    

Dieu merci pour des saints comme Teresa de Calcutta et ses disciples comme S. Nirmala Joshi qui continuent de nous rappeler que la sainteté, la bonté, la joie, la générosité et la paix demeurent possibles dans un monde si compliqué. De son vivant, Mère Teresa a dû faire face aux ombres du doute, à l’angoisse et à la nuit profonde de sa foi. Ces expériences l’ont purifiée et lui ont permis de rejoindre la multitude des saints, mystiques et bienheureux qui ont vécu des expériences similaires sur leurs chemins vers la sainteté.   

Il y a plusieurs années, lors de mes études post-universitaires à Rome, j’ai pu rencontré Mère Teresa alors que j’enseignais à ses filles dans un quartier démuni en bordure de la ville éternelle. À la fin de notre première rencontre, elle m’a béni sur le front et a posé dans mes mains une carte d’affaire comme je n’en n’avais jamais vue. On pouvait y lire:

« Le fruit du silence est la prière ; le fruit de la prière est la foi; le fruit de la foi est l’amour; le fruit de l’amour est le service; le fruit du service est la paix. Que Dieu vous bénisse. – Mère Teresa ». 

Il n’y avait pas d’adresse postale, pas numéro de telephone ou de courriel sur la carte. Mère Teresa n’avait pas besoin d’une adresse à ce moment. Et la bienheureuse Teresa de Calcutta n’en a certainement pas besoin d’une aujourd’hui. Chacun sait où elle se trouve et comment la rejoindre.

Bienheureuse Teresa de Calcutta, priez pour nous.

Fais-le quand même…

Les gens sont souvent déraisonnables, illogiques et centrés sur eux-mêmes, Pardonne les quand même…
Si tu es gentil, les gens peuvent t’accuser d’être égoïste et d’avoir des arrières pensées,
Sois gentil quand même…
Si tu réussis, tu trouveras des faux amis et des vrais ennemis,
Réussis quand même…
Si tu es honnête et franc, il se peut que les gens abusent de toi,
Sois honnête et franc quand même…
Ce que tu as mis des années à construire, quelqu’un pourrait le détruire en une nuit,
Construis quand même…
Si tu trouves la sérénité et la joie, ils pourraient être jaloux,
Sois heureux quand même…
Le bien que tu fais aujourd’hui, les gens l’auront souvent oublié demain,
Fais le bien quand même…
Donne au monde le meilleur que tu as, et il se pourrait que cela ne soit jamais assez,
Donne au monde le meilleur que tu as quand même…
Tu vois, en faisant une analyse finale, c’est une histoire entre toi et Dieu, cela n’a jamais été entre eux et toi.

– Mère Teresa de Calcutta

Grand merci à nos séminaristes!

Nos séminaristes

Comme à chaque année, Télévision Sel + Lumière accueille des séminaristes en stage pour une partie de l’été. Nous avons été encore choyés cette saison avec 4 futurs prêtres nous provenant de la Colombie-Britannique, de l’Ontario et de Rome.

John, Stefano, Bryan et Pio (dans l’ordre sur la photo) nous ont donné un bon coup de main, mais ils sont surtout une inspiration pour toute l’équipe. Les vocations ne pleuvent pas de nos jours, mais ces jeunes qui entreprennent le chemin du sacerdoce ont la flamme. Nous sommes privilégiés d’avoir pu les croiser sur notre chemin et nous vous invitons à les garder dans vos prières.

Un merci tout spécial à Stefano qui a travaillé au secteur francophone tout le mois d’août. Tous les chemins mènent à Rome, nous nous reverrons donc bientôt cher Stefano!
(En fait, les abonnés de Sel + lumière auront l’occasion de le revoir au mois d’octobre, car nous avons enregistré avec lui cette semaine un Focus catholique sur la nouvelle évangélisation…).

Un beau cadeau pour l’Église que ces séminaristes à la foi contagieuse!

Merci!

Jasmin

La fêtes des tentes sur l’Île d’Orléans

Cette fin de semaine, allez faire un tour à cette belle activité organisée pour les 18-30 ans par la famille franciscaine. Les frais : avec une tente 25.00 $ en dortoir 50 $ (payable sur place) incluant 2 déjeuners, 2 dîners et 1 souper.
Pour renseignements, 3 numéros (514) 762-5092, (418) 524-8534, (613) 728-4310 ou par courriel : fetedestentes@hotmail.com.

La foi qui informe… DUC IN ALTUM !

Par Stefano Cascio

Voici la conclusion de notre étude qui chaque jour a cherché de mieux définir le rôle des chrétiens grace à l’article 43 de la constitution pastorale « Gaudium et Spes » du concile Vatican II

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« Nimis optimiscum » (trop optimiste), c’est ainsi que certains Pères ont jugé la vision du monde contenu dans Gaudium et Spes. Face à un monde en pleine mutation, où la conquête de l’espace et du temps mais aussi de l’homme lui-même se développe sans limite, où les moyens de communication contribuent à une accélération de l’histoire et à un mouvement d’unification (la mondialisation) en diffusant une information engendrant des réactions immédiates et universelles, le Concile Vatican II a voulu donner des réponses aux inquiétudes naissantes. La modification des structures sociales (la disparition des familles stables : premières cellules de socialisation), la prédominance de la société industrielle et de la civilisation urbaine qui engendre une société de consommation, les changements psychologiques, moraux, religieux, la remise en cause des valeurs traditionnelles, l’expansion de la culture scientifico-technique, provoquent un essor de l’esprit critique et un matérialisme pratique. L’athéisme ou l’agnosticisme ne se cantonnent plus au monde philosophique, mais à la littérature, l’art, les sciences humaines, l’histoire et le droit. L’humanisme actuel considère que pour que l’homme soit, il faut nier ou ignorer Dieu. De plus, la misère et l’abrutissement empêchent l’homme d’avoir une claire perception de la situation.
Pourtant, il y a un accroissement du désarroi d’un grand nombre dans un monde qui n’a plus de sens, des déséquilibres et des tensions au cœur même de la personne déchirée. La situation actuelle du monde, jette un défi à l’homme (GS n°4 §5). l’Eglise veut aider l’homme a répondre à ce défi car elle est engagée, comme l’humanité, dans le monde et l’histoire. « l’homme prend conscience que de lui dépend la bonne orientation des forces qu’il a mises en mouvement et qui peuvent l’écraser ou le sauver. » C’est pourquoi il s’interroge lui-même (GS n°9). La requête de sens ne peut trouver de réponse dans un univers d’incertitudes, plus que jamais des repères sont nécessaires. La crise morale actuelle est une absence de goût et une perte du sens de la vérité. La vérité n’a plus d’existence publique, elle ne sert plus à vivre ensemble. Ce sont les conséquences des grandes idéologies du XXème siècle. Puisque la vérité dans sa dimension publique et sa capacité à réaliser la communion était devenue irréelle, on a conclu que la vérité se contentait du seul assentiment intérieur de l’esprit et que sa manifestation par des signes était tout à fait accessoire, voire dangereuse. Le problème est donc la question de la possibilité d’un discours de vérité concernant l’existence religieuse de l’homme et qui ait une portée publique, c’est-à-dire qui dépasse les convictions intimes. La fin des idéologies contraint le chrétien à remettre au centre de sa foi le mystère de la croix et la résurrection du Christ comme lumière nécessaire à la compréhension de ce monde et de son déchirement. Ce numéro 43 de Gaudium et Spes cerne le problème majeur de notre époque, celui de l’insertion des chrétiens dans le monde et le témoignage qu’ils doivent y porter. Le titre même du numéro situe bien le problème : aide que l’Eglise, par les chrétiens, cherche à apporter à l’activité humaine. La sympathie pour ce monde n’exclut d’ailleurs pas la critique et c’est cet équilibre qui donne au texte son objectivité. Les Pères condamnent fortement « l’opposition artificielle entre les activités professionnelles et sociales d’une part, de la vie religieuse d’autre part ». Il ne peut donc pas y avoir dissociation de l’Eglise et des hommes, divorce de la foi et des activités terrestres. Dans ce texte, le concile redit avec force au chrétien de prendre l’exemple du Christ vrai Dieu et…vrai homme. Le Christ est venu au monde au nom de l’alliance de l’homme avec la sagesse éternelle. L’homme doit croître et se développer à partir du fondement divin de son humanité comme image et ressemblance de Dieu. Il est fils de l’adoption divine. Le message traduit une relation si étroite de l’homme avec son créateur qu’il valorise tous les aspects de la vie. Et Cela s’adresse « au monde où l’homme à peur de l’homme, peur de la vie tout autant et peut-être plus encore que de la mort » comme l’écrit Frossard 1. Ce numéro est en quelque sorte la charte du laïc témoin de l’Eglise dans le monde de ce temps. Il donne une définition positive des laïcs qui sont liés par essence au caractère séculier. Les Pères considèrent que les activités terrestres ont une valeur propre et encouragent les laïcs à être actifs pour imprégner le monde d’esprit chrétien. Il y a trois orientations fondamentales à suivre : respecter les règles qui régissent ces activités et acquérir une compétence dans son domaine pour la promotion personnelle, collaborer sur des projets communs et enfin, prendre des initiatives en les conduisant jusqu’à leur terme. Maîtrisant son corps et dominant la terre, la personne déploie des capacités à leur tour “ créatrices ”. Cela a contribué au développement des sciences et de la technique. La conception biblique de l’homme a permis aux Européens de soutenir une haute notion de la dignité de la personne. La démarche du fidèle est donc active. Il a une véritable responsabilité pour « préparer le champ de la semence ». L’Eglise affirme qu’il est en l’homme une conscience capable de connaître sa dignité propre et de l’ouvrir à l’absolu, une conscience qui est le lieu d’une liberté responsable. La conscience de chaque chrétien joue un rôle essentiel dans leur mission : « l’inscription de la loi divine dans la vie temporelle ». Mais cette conscience doit être « préalablement formée » par l’Eglise et ses pasteurs pour la dignité humaine et le projet de Dieu. Il faut être témoin du Christ en vivant selon sa conscience, en suivant l’éclairage de la Sagesse qui illumine et soutient la façon dont il faut se conduire dans la recherche de solutions concrètes. Ce numéro est aussi un appel au dialogue et au respect de l’opinion et donc de la conscience individuelle mais distingue fortement l’opinion personnelle et l’autorité de l’Eglise qu’aucun laïc ne peut s’approprier « d’une manière exclusive ».
Les chrétiens ont toujours conçu leur existence comme une authentique catéchèse (Vous êtes la lumière du monde. » Mt 5,14). La vérité publique de l’Evangile ne peut pas être manifestée autrement que par des signes qui en constituent la manifestation et l’attestation. « Au milieu de la communauté humaine » les laïcs sont appelés à être des « coopérateurs de vérité » comme l’écrit l’apôtre Jean. Leur apostolat est destiné à évangéliser et sanctifier. L’existence chrétienne sert alors de témoignages de vie qui attirera les hommes à Dieu. Les laïcs doivent approfondir, appliquer, défendre les principes chrétiens, en annonçant le Christ. Il est impossible de dissocier la vérité elle-même des signes (témoignages) par lesquels et dans lesquels elle se manifeste. La foi ne divise pas l’homme, bien au contraire elle l’unifie. C’est l’affirmation de l’homme tout entier dans sa constitution spirituelle et corporelle. Le Concile Vatican II aura parfaitement suivi l’orientation donnée par le pape Jean XXIII qui, le 11 septembre 1962 (un mois avant l’ouverture du Concile ), dans un « message au monde entier » déclarait :
La raison d’être du Concile, ce pourquoi on le salue, on le prépare, on l’attend, c’est qu’il continuera, ou mieux, qu’il reprendra avec plus de forces la réponse du monde entier, du monde moderne au testament que le Seigneur, les mains étendues vers les extrémités du monde, formula en ces mots empreints de solennité divine : « Allez donc! De toutes les nations, faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tous les commandements que je vous ai donnés ».

C’est aussi dans cette perspective que le Pape Jean-Paul II au début de son pontificat exhorte les chrétiens à ne pas avoir peur de mettre le Christ au centre de leur vie. Saint Pierre lui-même, dans sa première lettre ne considère-t-il pas que l’on « doit être prêt à défendre la foi et à rendre compte de l’espérance qui vit en nous » ?
Ce numéro 43 en définissant la mission, qui découle de la foi, invite le chrétien, et en particulier le fidèle laïc, à entendre les paroles du Christ : « suis-moi ». Après la souffrance, les larmes, l’angoisse de la passion, la croix, Jésus est là, ressuscité, et sa joie embrase le monde. Le Concile Vatican II nous dit que « contempler la vie des hommes qui ont suivi fidèlement le Christ est un nouveau stimulant à rechercher la Cité à venir, et en même temps nous apprenons par là à connaître le chemin très sûr par lequel, à travers les vicissitudes du monde et selon l’état et la condition propre à chacun, il nous sera possible de parvenir à l’union parfaite avec le Christ, c’est à dire la sainteté ». Les chrétiens sont appelés à se laisser envahir par l’Esprit de Pentecôte pour réveiller la flamme intérieure et « avancer vers le large ».
Duc in Altum !

La foi qui informe… « au millieu de la communauté humaine ». (Suite 6)

par stefano Cascio

Les laïcs, qui ont un rôle actif à jouer dans l’ensemble de la vie de l’Eglise, sont non seulement tenus d’imprégner le monde d’esprit chrétien, mais ils sont appelés à être en tout, justement « au milieu de la communauté humaine », les témoins du Christ.

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B / « Au milieu de la communauté humaine »

Le Concile rappelle aux laïcs le rôle de témoignage qui leur appartient. Un témoignage qui comme le montre ce numéro est actif et qui a été repris et développé dans Apostolicam Actuositatem. Les laïcs sont des coopérateurs de la vérité et des évangélisateurs.

« Coopérateurs de la vérité » (3 Jn8)

Le numéro 6 de Apostolicam Actuositatem, parle de la complémentarité entre les pasteurs et les laïcs. Tous les membres de l’Eglise doivent annoncer le message du Christ. C’est un apostolat d’évangélisation et de sanctification. Le témoignage d’une vie chrétienne et les œuvres faites dans “ un esprit surnaturel, attirent les hommes à la foi et à Dieu ”. mais cela ne suffit pas et les Pères insistent sur l’insuffisance d’un tel témoignage s’il n’y a pas annonce du Christ.

« Malheur à moi si je n’évangélise pas » (1Co 9, 16)

Ce témoignage et cette annonce doivent être fait non seulement aux croyants pour les fortifier, les encourager dans une constante conversion, mais également aux incroyants pour qu’ils puissent rencontrer le Christ et son Eglise. Le Concile “ exhorte ” les laïcs selon leurs charismes à l’approfondissement, la défense et l’application contemporaine des principes chrétiens dans la société.
La mission du laïc n’est donc pas simplement d’être une image du Christ, mais de vivre dans une unité intérieure ce témoignage. C’est à la fois, être à l’écoute de la sagesse divine qui habite en l’homme, et jouer son rôle dans la société : Etre à la fois exemple et propagateur du message chrétien.

suite et fin demain…

La foi qui informe… Témoin du Christ (suite 5)

Les laïcs […] sont aussi appelés à être en tout, justement au milieu de la communauté humaine, témoin du Christ.
Etre témoin du Christ c’est vivre guidé par sa conscience chrétienne et pour les laïcs, au milieu de la communauté humaine

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Témoin du Christ
A / Vivre selon sa conscience

Que les laïcs attendent des prêtres lumière et force spirituelle.
Les Pères conciliaires mettent en relief l’attitude du laïc face aux prêtres et son attente légitime. Le pasteur est là pour donner un conseil ou un encouragement spirituel mais n’est pas pourvoyeur de solutions précises. Les Pères considèrent, comme primordial, l’éclairage de Dieu et le respect de la diversité d’opinion.

1 Éclairage de la sagesse de Dieu

Cependant, qu’ils ne pensent pas que leurs pasteurs ont toujours assez de compétence pour pouvoir fournir une solution concrète et toute prête pour toute question, même grave, qui se pose, ou qu’ils ont été envoyés pour cela ; mais qu’eux-mêmes, éclairés par la sagesse chrétienne et apportant une soigneuse attention à la doctrine du Magistère, assument la part qui leur est propre.

Ceci semble signifier que les laïcs sont libres de leurs actions. c’est à eux de trouver des solutions pratiques aux problèmes rencontrés. Le Concile les responsabilise en les invitant à rechercher les solutions appropriées par l’éclairage apporté par l’enseignement du magistère ou d’un pasteur. Mais surtout en étant à l’écoute de la « sagesse chrétienne » qui comme nous le rappelle le numéro 15 de GS, invite l’esprit de l’homme « à rechercher et à aimer le vrai et le bien », à parfaire son intelligence, le laïc doit demander la sagesse à Dieu : le don de sagesse (LG 35). L’homme reçoit, alors des clartés nouvelles de cette éternelle sagesse qui depuis toujours était auprès de Dieu (GS 57) et qui doit imprégner toute conscience chrétienne. En effet, la conscience nous fait connaître la loi inscrite par Dieu, au cœur de l’homme (GS 16). Et le numéro 36 de Lumen Gentium considère que « dans n’importe quelle affaire temporelle, (les laïcs) doivent se laisser guider par leur conscience chrétienne car aucune activité humaine ne peut être soustraite à la souveraineté de Dieu ».
Les Pères vont inévitablement faire le constat de la diversité d’opinions qui existe entre chrétiens dans le choix des solutions à apporter.

2 Respect de l’opinion (de la conscience individuelle)

Assez souvent la vision chrétienne des choses les inclinera à une solution déterminée dans certaines situations. Mais d’autres fidèles, poussés par une sincérité non moins grande, pourront en juger autrement, comme cela arrive assez fréquemment et d’ailleurs à bon droit.

Le Concile reconnaît non seulement qu’il existe une diversité d’opinions pour un même problème et ajoute, en montrant qu’il fait preuve de réalisme, « assez fréquemment « , mais en plus, considère cette disparité dans la proposition de solutions comme légitime. Il ne s’agit donc pas ici de se croire porteur d’une solution suprême ou de vouloir imposer d’une manière despotique une solution. Le texte précise : « Il peut se faire que les solutions proposées par les uns et les autres soient facilement mises en rapport par beaucoup avec le message évangélique ». Il peut donc exister un lien entre la position du chrétien et le message évangélique, ce qui soulève le problème de la distinction entre l’opinion personnelle et l’autorité de l’Eglise.

(…) même contre la volonté des intéressés, il faut se rappeler que personne n’a le droit, dans de tels cas de revendiquer de manière exclusive pour son opinion l’autorité de l’Eglise.

Il est évident que dans une telle affirmation les Pères ont pris soin de peser chaque mot.. L’Eglise donne une orientation qui sera suivie dans la pratique ; mais la résolution concrète des problèmes peut faire naître une diversité de solutions. Aucune de ces solutions ne peut être prise pour elle-même comme la pensée de l’Eglise. Les Pères réaffirment la grande autorité de la voix de l’Eglise et la responsabilité qui en dépend.
Ce paragraphe se termine sur une exhortation à accepter ces différences dans la charité, « le dialogue sincère », « en ayant avant tout le souci du bien commun. » Les Pères encouragent une fois de plus, l’esprit de communion et invitent les hommes à oublier leurs intérêts particuliers.
Les laïcs sont appelés à être, en tout, témoins du Christ dans la société.

à suivre…

La foi qui informe… La responsabilité du laïcs (suite 4)

par stefano Cascio

Les trois règles vues précedemment sont la mise en pratique des thèmes développés au numéro 36 de Lumen Gentium. Selon ce numéro, les laïcs doivent s’entraider pour vivre saintement et « que le monde soit imprégné de l’esprit de Dieu ». Ils doivent apporter une « contribution efficace » afin que l’activité humaine soit accomplie pour l’homme. Les fidèles doivent s’unir pour « assainir les institutions » et les conditions de vie dans le monde. Cela préparera le monde à recevoir la Parole de Dieu qui pourrait être rejetée, et permettre à l’Eglise de faire parvenir son message de paix.
Le laïc est l’éclaireur, dégageant le chemin à la vérité. L’inscription de la loi divine dans le monde ne peut se faire sans son action : action unie et compétente.
Le fidèle laïc a donc une véritable responsabilité mais son action doit se faire de concert avec sa conscience qui le guide.

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L’action du chrétien n’est rien s’il n’agit pas selon sa conscience. Bien que son rôle soit primordial, les Pères ont ajouté qu’elle devait être « préalablement formée ».

Il appartient à leur conscience, préalablement formée de façon appropriée, d’inscrire la loi divine dans la vie terrestre.

1 Le rôle de la conscience
LG 36 précise « que dans n’importe quelle affaire temporelle [ les chrétiens ] doivent se laisser guider par la conscience chrétienne « . Bien que s’inspirant de ce numéro, les Pères ont préféré dans le cas présent utiliser un adjectif possessif (« il revient à leur conscience »), pour marquer la liberté du chrétien auquel on demande d’agir selon sa conscience (respect de la conscience individuelle).
Son rôle est donc essentiel dans l’action chrétienne.
L’homme perçoit, dans l’intimité de son cœur, des directives qui lui indiquent le bien à faire. A la lumière de sa conscience il peut juger de l’orientation de son action et rechercher des solutions concrètes aux problèmes qui pourront surgir.
La médiation de la conscience étant incontournable, dans l’action du fidèle, il est nécessaire qu’elle soit préalablement bien formée.

2 « préalablement formée de façon appropriée »

Cette formation préalable n’est pas un endoctrinement, mais un éclairage pour le respect de la dignité humaine et le projet de Dieu
Pour la dignité de l’homme :
Il est évident, ici, que cette formation se fera au sein de l’Eglise. L’aide que l’Eglise peut apporter au monde se précise. Le numéro 41 affirme qu’il n’y a pas d’opposition entre la loi divine et les droits de la personne sinon « la dignité de la personne humaine […] se perd » Le numéro 42 exprime la capacité de l’Eglise de renforcer, « d’affermir la communauté des hommes selon la loi divine ». C’est donc, dans le numéro 43, une Eglise qui connaît la vocation de l’homme, grâce à la Révélation, qui va intervenir dans le monde.
Pour le projet de Dieu :
l’Eglise est présente pour que le monde corresponde au projet de Dieu. Dans ce numéro, le Concile précise la mission du laïc appuyée et suscitée par l’Eglise. Le laïc concrétise l’action de l’Eglise en transformant le monde en vue d’accomplir sa vocation propre et véritable. Mais le Concile a considéré que si la préparation et le soutien de l’Eglise était nécessaire, il reste une liberté individuelle qui permet au chrétien d’incarner ou non sa mission.
Les laïcs ne sont pas uniquement missionnaires par leurs actes, ils le sont également par leur vie. Ils doivent être les témoins du Christ au milieu des hommes.

La foi qui informe… »Imprégner le monde d’esprit chrétien (suite 3)

par Stefano Cascio

Nous continuons notre étude du chapitre 43 de « Gaudium et Spes », et en particulier le devoir du chrétien dans le monde. Le pape dernièrement lors d’une audience a invité de jeunes espagnols à porter à leurs contemporains « le bonheur indescriptible de se savoir aimé par Dieu, l’unique amour qui ne déçoit pas »… une invitation pour les jeunes et les moins jeunes…

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Chapitre II « Imprégner le monde d’esprit chrétien »

Les laïcs, qui ont un rôle actif à jouer dans l’ensemble de la vie de l’Eglise, sont […] tenus d’imprégner le monde d’esprit chrétien
 » Le Concile a revalorisé la place et le rôle du laïc dans l’Eglise. Lumen Gentium présente de manière positive la mission des baptisés. En effet les fidèles participent à l’unique mission de l’Eglise, aucun ne peut se dégager de cette mission, mais chacun la vit selon son Charisme. Ainsi, la mission des laïcs se trouve essentiellement dans les activités séculières. Ces activités ont une valeur propre, une « autonomie légitime » comme le souligne le numéro 36 de GS
« Si, par autonomie des réalités terrestres, on veut dire que les choses créées et les sociétés elles-mêmes ont leurs lois et leurs valeurs propres, que l’homme doit peu à peu apprendre à connaître, à utiliser et à organiser, une telle exigence d’autonomie est pleinement légitime : non seulement elle est revendiquée par les hommes de notre temps, mais elle correspond à la volonté du Créateur ».
C’est sur cette valeur propre que nous allons, tout d’abord, centré notre attention.

A / Valeur propre des activités séculières

Aux laïcs reviennent en propre, quoique de façon non exhaustive, les charges et les activités séculières.

Le laïc n’est donc pas défini comme n’étant ni un clerc ni un religieux mais de manière positive chargé d’une mission qui lui est propre (mais non exclusive) dans le monde séculier. Le numéro 36 de Lumen Gentium décrit déjà le rôle des fidèles laïcs :
Le Seigneur désire étendre son royaume également grâce au concours des fidèles laïcs […] par leurs activités même séculières ils doivent s’aider mutuellement en vue d’une vie plus sainte, de façon que le monde soit imprégné de l’esprit du Christ et atteigne plus efficacement sa fin dans la justice, la charité et la paix. Pour l’accomplissement de ce devoir dans son universalité, les laïcs occupent une place privilégiée
Le rôle du laïc est primordial dans la construction du monde. L’orientation pour agir d’une manière prioritaire dans les tâches séculières est nettement affirmée, et semble constitutive de l’identité du laïc.
Trois repères sont donnés aux laïcs dans ces activités.

1 Les trois règles fondamentales :

En tant que « citoyens du monde », les fidèles laïcs doivent dans leurs actions avoir trois exigences :
Respect et compétence :
Lorsqu’ils agissent, soit individuellement soit en étant associés, en tant que citoyens du monde, non seulement ils observeront les lois propres à chacune des disciplines, mais ils s’efforceront d’acquérir une véritable compétence dans ces domaines.
Le Concile demande de développer les compétences liées aux diverses disciplines et de respecter la juste « autonomie des réalités terrestre » par la reconnaissance des lois qui régissent l’activité. Il faut donc une connaissance de ces lois et tendre vers une maîtrise de la matière avant d’agir dans un domaine particulier. Mais cette intervention ne doit pas se faire seule.
Collaboration :
Ils collaboreront volontiers avec les hommes qui poursuivent les mêmes objectifs.
Les Pères vont par la suite souvent insister sur la collaboration qui est ouverture à l’autre, union dans le travail et donc force supplémentaire. Cela doit être « volontaire », c’est-à-dire franc et sincère, venant de la libre volonté de la personne et permettant ainsi d’être un vrai projet commun. Cette collaboration est précise, il faut poursuivre un objectif commun. Le chrétien ne s’engagera qu’à la condition que le projet soit défini, le but de cette union clarifié. il faut donc à la base de cette collaboration un désir commun de réaliser un objectif particulier.
Initiatives et réalisation
Conscients des exigences de la foi et revêtus de sa force, ils prendront sans hésiter de nouvelles initiatives et, si besoin est, en assureront la réalisation.
C’est la force de la foi qui va éclairer le fidèle dans son action. Le Concile veut faire prendre conscience que cet engagement est actif. Le chrétien est appelé à être un moteur dans son champ d’action, il doit, s’il le peut, innover et porter jusqu’à son terme le projet.
Le laïc a un rôle important qui ne peut se faire sans la grâce, force reçue dans la foi qui impose une vraie responsabilité.

La foi qui informe…(suite 2)

Par stefano Cascio

Hier, nous avons vu que les Pères conciliaires ont condamné deux attitudes de chrétiens, l’une négligeant les devoirs de “citoyens du monde”, la seconde réduisant la foi à sa plus simple expression. Aujourd’hui nous apprendrons que distinguer ne veut pas dire opposer…

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B / Distinguer les deux cités sans les opposer

C’est l’affirmation positive du Concile qui rappelle à l’homme qu’il doit rechercher son unité : sans omettre ses devoirs et en suivant le Christ, nouvel Adam.
1 La responsabilité du chrétien

Les Pères Conciliaires définissent clairement la responsabilité du croyant dans l’ordre temporel, car même s’il est légitime que les cités soient distinctes, il ne faut pas « les opposer artificiellement ». Les conséquences d’un tel acte n’engagent pas uniquement le chrétien car nous rappelle le Concile « négliger les devoirs temporels », c’est négliger « son devoir envers le prochain », et « envers Dieu ». L’homme trouve sa finalité dans une relation interpersonnelle où manquer à ses obligations c’est ne pas respecter l’autre.
En citant Dieu et le prochain, les pères semblent vouloir établir le lien que le Christ lui-même a développé, s’identifiant à chaque homme. Ce qui est fait au prochain est identiquement compris comme une attitude envers Dieu (Mt 25,31-46).
L’ordre temporel est ici dépassé, le concile s’intéresse à l’homme unifié et tente de faire prendre conscience aux fidèles de cette double nature étroitement liée dans chaque être humain.
« Aux hommes, Dieu accorde même de pouvoir participer librement à sa providence en leur confiant la responsabilité de soumettre la terre et de la dominer. Dieu donne ainsi aux hommes d’être causes intelligentes et libres afin de compléter l’œuvre de la création, en parfaire l’harmonie pour leur bien et celui de leurs prochains. Coopérateurs souvent inconscients de la volonté divine, les hommes peuvent entrer délibérément dans le plan divin, par leurs actions, par leurs prières, mais aussi par leurs souffrances. Ils deviennent alors pleinement « collaborateurs de Dieu » (1 Co 3, 9 ; 1 Th3, 2) et de son royaume » (Catéchisme de l’eglise Catholique n°307)

Les activités terrestres ont donc une signification eschatologique qui permet de mieux comprendre l’expression, utilisée par le Concile de « mise en danger du salut éternel » du croyant qui ne tendrait pas vers cette union.

2 Le Christ : exemple parfait

Mais la synthèse par excellence, celle que les Pères conciliaires vont nommer la « vivante synthèse » est celle qui existe dans le Christ « vrai Dieu » et « vrai homme ». Après avoir dénoncé « l’une des erreurs les plus graves de notre temps », le Concile veut apporter une réponse : la solution est la figure du Christ, modèle à suivre. Était vrai homme, il a su allier les deux composantes de l’être et rendre visible l’unicité de la vocation humaine. Le chrétien doit pouvoir réaliser de manière pratique cette synthèse. Cela permet son plein épanouissement en vivant sa vocation divine.
Le concile invite le chrétien à se réjouir car, cette unité profonde de la vie lui permettra d’être, à son tour un témoin, un signe que la synthèse des « activités terrestres » et des « valeurs religieuses » non seulement respecte l’autonomie de la personne mais « coordonne ses activités à la gloire de Dieu ».
Ainsi la vie des fidèles peut apaiser la crainte des hommes d’aujourd’hui de se laisser « envahir » par la religion. Mais les Pères, après s’être intéressés au chrétien en général vont, dans les paragraphes suivants, préciser comment la foi informe la vie du laïc qui doit « imprégner le monde d’esprit chrétien », en respectant la juste autonomie des activités séculières sans omettre ses responsabilités. Cela ne pouvant se faire sans être témoin du Christ, en vivant selon sa conscience au milieu de la communauté humaine.

à suivre…