Bernie Sanders invité au Vatican

C’est un « grand fan » du pape François qui débarque au Vatican. Bernie Sanders, candidat démocrate à la Maison-Blanche, participera vendredi 15 avril à une conférence sur les problématiques sociales, économiques et environnementales, organisée par l’Académie pontificale des sciences sociales, au Vatican.

La conférence s’inscrit dans le cadre du 25ème anniversaire de l’encyclique « Centesimus Annus » de Jean-Paul II. Un document magistériel, publié en 1991, qui met en garde contre les excès du libéralisme, en insistant sur la nécessité d’une éthique dans l’économie. C’est donc sur ce sujet que le sénateur socialiste, pourfendeur des inégalités, est invité à s’exprimer ce vendredi, aux côtés d’autres dirigeants mondiaux, experts et universitaires, dont le président équatorien Rafael Correa et son homologue bolivien Evo Morales.

Bernie Sanders, touché par cette invitation, l’a donc naturellement acceptée afin d’exprimer « l’urgence d’une économie morale ». De confession juive, mariée à une catholique, le sénateur du Vermont ne cache pas son admiration pour le Pape argentin qui « joue un rôle incroyable pour injecter une dimension morale dans l’économie », a-t-il déclaré sur la chaîne de télévision américaine MSNBC. Si bien qu’il « aimerait beaucoup » rencontrer le Souverain Pontife à l’occasion de son passage au Vatican.

« J’aimerais simplement le remercier » a indiqué M.Sanders dans une entrevue accordée à notre chaîne de télévision. Lors de l’entretien, l’homme politique se dit interpellé par l’audace et le courage du Saint-Père dont il salue « sa volonté de soutenir des vérités profondes dans une société corrompue et malade ». « Sa parole a un impact profond. Il ne fait pas seulement pointer du doigt les inégalités économiques, les plus démunis, les chômeurs ou les pauvres, et ce qui leur arrive. Il nous rappelle aussi que la vie est plus que l’accumulation d’argent. Et en tant qu’être humain […] nous devons reconnaître la souffrance autour de nous et y répondre. C’est ce qui nous rendra plus heureux », a poursuivi l’homme de gauche, aujourd’hui âgé de 74 ans.

Sur d’autres sujets en revanche, et pas des moindres, les deux hommes ne partagent pas la même vision, notamment sur les questions liées à la protection de la vie humaine, depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle. « Ce que je peux dire au mieux sur ces questions, commente Bernie Sanders, toujours sur Salt and Light TV, c’est : respectons-nous quand nous sommes en désaccord, et travaillons ensemble dans les domaines où nous sommes d’accord ».

Et quand bien même ils ne s’entendent pas sur ces points « non négociables » de l’enseignement de l’Église, une rencontre entre l’homme politique et l’homme d’Église, à quelques jours seulement d’une primaire cruciale à New York, pourrait certainement encourager bon nombre de catholiques à voter pour le candidat socialiste à l’investiture démocrate pour la présidentielle américaine. Mais à ce jour, « il n’y a aucune rencontre prévue avec le Pape » a déclaré à l’AFP le porte-parole du Saint-Siège.

En dépit de son désaccord affiché sur l’immigration avec le candidat républicain Donald Trump, le chef de l’Église catholique ne veut sans doute pas s’ingérer davantage dans la campagne présidentielle américaine.

Échos du Vatican

AMORIS LAETITIA : présentation et réactions après la publication de la nouvelle exhortation apostolique du pape François.

Amoris Laetitia ou la famille sur la voie de la charité

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Aujourd’hui même à midi heure de Rome, le pape François a publié sa très attendue exhortation apostolique intitulée Amoris Laetitia sur le thème de l’amour dans la famille. Ce document de 258 pages pour l’édition française est le fruit des travaux des deux synodes sur la famille qui ont eu lieu au Vatican en 2014 et 2015. Bien que, dès les premières pages du texte, le Pape « ne recommande pas une lecture générale hâtive » (no 7), la rédaction de ce premier article nécessitait que je le lise dans son entièreté assez rapidement… Toutefois, n’ayez crainte, nous aurons l’occasion d’en reparler dans une série d’articles dans lesquels nous nous arrêterons plus longuement sur les nombreux thèmes abordés. Je vous propose aujourd’hui mes premières impressions suite à ma lecture d’Amoris Laetitia, espérant que dans notre prochain rendez-vous, vous aurez eu l’occasion de parcourir cet important document vous-mêmes.

La première chose qui me vient à l’esprit après la lecture d’Amoris Laetitia c’est que ce texte respire la préoccupation de l’Église et du pape François pour les familles d’aujourd’hui. Conscient de sa mission d’accompagner tous les fidèles et tous les humains, on perçoit avec quelle intensité le présent Pape souhaite que tous puissent découvrir la grandeur de cette vocation humaine. Pour cela, le Pape souhaite que l’on redécouvre l’essence de l’attitude de l’Église qui consiste en ce qu’il appelle la « via caritatis » (no 306) qui signifie en français la voie de la charité. En effet, on a souvent taxé l’Église d’être dogmatique et d’avoir un enseignement qui n’est plus en accord avec notre monde d’aujourd’hui. Il me semble que ce document répond magnifiquement à cette critique, à la fois, en manifestant que l’Église est non seulement parfaitement consciente et à l’écoute de la réalité contemporaine mais aussi qu’elle est capable d’un esprit critique envers elle-même et face au monde, esprit qu’elle puise à la lumière de la Révélation d’amour accomplie en Jésus-Christ.

En ce sens, les deux précédents synodes l’ont démontré : l’Église n’est pas cette institution fermée et rétrograde mais bien une communauté d’hommes et de femmes qui marchent ensemble à la suite du Christ; une communauté universelle qui s’interroge sur les meilleurs chemins à prendre pour rester le plus fidèle possible à l’amour qui repose en leur être depuis le baptême. Comment donc réaliser ce projet de Dieu sur nous dans nos familles aujourd’hui? C’est la question fondamentale à laquelle ce texte tente d’apporter sa contribution.

Pour ce faire, le pape manifeste que le dessein de Dieu sur la famille n’est pas un idéal abstrait mais une réalité concrète. C’est pourquoi, on ne doit jamais se décourager de nous-mêmes ou des situations dans lesquelles nous nous trouvons. Nous ne sommes pas parfaits et la perfection à laquelle nous sommes destinés n’est pas de ce monde. Les chutes et les échecs sur le chemin sont pour Dieu et pour nous des occasions de réconciliation dont le but sublime est de manifester la grandeur de la Miséricorde de Dieu.

C’est le deuxième point qui a attiré mon attention : ce souci de montrer que la miséricorde est la clé de compréhension de tout l’enseignement et de la pratique de l’Église. En effet, la miséricorde « n’est pas seulement l’agir du Père, mais elle devient le critère pour comprendre qui sont ses véritables enfants. En résumé, nous sommes invités à vivre de miséricorde parce qu’il nous a d’abord été fait miséricorde » (no 310). Selon moi, tout le texte tient à revisiter cet enseignement sur la famille si incompris par bon nombre de personnes aujourd’hui; parmi lesquelles on retrouve malheureusement beaucoup de catholiques. Que ce soit dans la présentation des enseignements bibliques et magistériels sur la famille (chapitre 1 et 3), dans l’analyse des défis contemporains auxquels toutes les familles font face dans leur volonté (consciente ou non) de réaliser leurs plus grandes aspirations (chapitre 2 et 5), dans la présentation de la beauté et de l’héroïcité nécessaires à la mise en pratique des exigences de l’amour véritable (chapitre 4 et 7) ou de l’approche pastorale nécessaire pour accompagner les familles dans la réalisation de leur vocation universelle à la sainteté (chapitre 6 et 8), l’ensemble du document semble être orienté vers la proximité avec Dieu qui se trouve aux côtés de chacun d’entre nous et qui nous invite à le connaître et l’aimer par l’entremise de nos relations familiales « où se reflète, par grâce, le mystère de la Sainte Trinité » ( no 86).

Nous reviendrons, dans les prochaines semaines, sur les différents thèmes abordés dans cette exhortation apostolique qui, des plus polémiques aux plus apparemment anodins, auront sans doute eu l’occasion de faire surface ici et là dans l’actualité. Entre temps, je vous recommande fortement la lecture de ce document qui saura réchauffer le cœur de tous les lecteurs qui forcément sentiront l’immense trésor de sagesse dont l’Église est dépositaire et dont elle nous fait part gratuitement s’appuyant sur ce don ultime de Dieu par son Fils sur la Croix.

Échos du Vatican

Dans cette émission le cardinal Georges Cottier (décédé le 31 mars dernier) revient sur ses souvenirs avec saint Jean-Paul II, dont nous commémorions le 11ème anniversaire de décès le 2 avril dernier.

Homélie du pape François lors de la veillée de prière pour dimanche de la miséricorde

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Nous partageons avec joie et reconnaissance ce moment de prière qui nous introduit au Dimanche de la Miséricorde, tant désiré par saint Jean-Paul II – il y a onze ans, comme en ce jour, en 2005 il s’en est allé – ; et il voulait ceci pour accomplir une demande de sainte Faustine. Les témoignages qui ont été proposés – et dont nous remercions – et les lectures que nous avons entendues ouvrent des trouées de lumière et d’espérance pour entrer dans le grand océan de la miséricorde de Dieu. Combien sont les visages de sa miséricorde, avec lesquels il vient à notre rencontre ? Ils sont vraiment nombreux ; il est impossible de tous les décrire, parce que la miséricorde de Dieu est en croissance continuelle. Dieu ne se fatigue jamais de l’exprimer et nous ne devrions jamais nous habituer à la recevoir, à la rechercher, à la désirer ! C’est quelque chose de toujours nouveau qui provoque étonnement et surprise en voyant la grande imagination créatrice de Dieu quand il vient à notre rencontre avec son amour.

Dieu s’est révélé en manifestant plusieurs fois son nom, et ce nom est « miséricordieux » (cf. Ex. 34,6). Comme grande et infinie est la nature de Dieu, aussi grande et infinie est sa miséricorde, à tel point qu’il semble une entreprise ardue de pouvoir la décrire sous tous ses aspects. Parcourant les pages de la sainte Ecriture, nous trouvons que la miséricorde est avant tout la proximité de Dieu avec son peuple. Une proximité qui s’exprime et se manifeste principalement comme aide et protection. C’est la proximité d’un père et d’une mère qui se reflète dans une belle image du prophète Osée. Il dit ceci : « Je le guidais avec humanité, par des liens d’amour ; je le traitais comme un nourrisson qu’on soulève tout contre sa joue ; je me penchais vers lui pour le faire manger » (11, 4). L’accolade d’un père et d’une mère à leur enfant. Cette image est très expressive : Dieu prend chacun de nous et le soulève tout contre sa joue. Que de tendresse cela contient, que d’amour cela exprime ! Tendresse : mot presqu’oublié et dont le monde d’aujourd’hui – nous tous – nous avons besoin. J’ai pensé à cette parole du prophète quand j’ai vu le logo du Jubilé. Non seulement Jésus porte l’humanité sur ses épaules, mais sa joue est contre celle d’Adam, à tel point que les deux visages semblent se fondre en un.

Nous n’avons pas un Dieu qui ne saurait pas comprendre nos faiblesses et y compatir (cf. He 4, 15). Au contraire ! Justement en vertu de sa miséricorde Dieu s’est fait l’un de nous : « Par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. Il a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout, en tout semblable à nous, hormis le péché (Gaudium et spes, n. 22). En Jésus, donc, non seulement nous pouvons toucher de la main la miséricorde du Père, mais nous sommes poussés à devenir nous-mêmes instrument de la miséricorde. Il peut être facile de parler de miséricorde, alors qu’il est plus engageant d’en devenir concrètement des témoins. C’est un parcours qui dure toute la vie et ne devrait connaître aucune pause. Jésus nous a dit que nous devons être « miséricordieux comme le Père » (cf. Lc 6, 36). Et cela dure toute la vie !

Que de visages a donc la miséricorde de Dieu ! Elle nous est fait connaître comme proximité et tendresse, mais aussi en vertu de cela comme compassion et partage, comme consolation et pardon. Qui plus en reçoit, plus il est appelé à l’offrir, à la partager ; elle ne peut être tenue cachée ni gardée seulement pour soi-même. C’est quelque chose qui brûle le cœur et le provoque à aimer, reconnaissant le visage de Jésus Christ surtout en celui qui est plus loin, faible, seul, perdu et marginalisé. La miséricorde ne reste pas clouée sur place : elle va à la recherche de la brebis perdue, et quand elle la retrouve elle exprime une joie contagieuse. La miséricorde sait regarder dans les yeux chaque personne ; chacune est précieuse pour elle, parce que chacune est unique. Que de douleur nous éprouvons dans le cœur lorsque nous entendons dire : ‘‘Ces gens… ces gens, ces pauvres gens, mettons-les dehors, laissons-les dormir dans la rue…’’. Cela est-il de Jésus ?

Chers frères et sœurs, la miséricorde ne peut jamais nous laisser tranquilles. C’est l’amour du Christ qui nous « inquiète » tant que nous n’avons pas atteint l’objectif ; qui nous pousse à embrasser et à serrer contre nous, à impliquer tous ceux qui ont besoin de miséricorde pour permettre à tous d’être réconciliés avec le Père (cf. 2 Co 5, 14-20). Nous ne devons pas avoir peur, c’est un amour qui nous rejoint et nous implique au point d’aller au-delà de nous-mêmes, pour nous permettre de reconnaître son visage dans celui de nos frères. Laissons-nous conduire docilement par cet amour et nous deviendrons miséricordieux comme le Père.

Nous avons écouté l’Évangile : Thomas était un homme têtu. Il n’avait pas cru. Et il a trouvé la foi précisément lorsqu’il a touché les plaies du Seigneur. Une foi qui n’est pas capable de se mettre dans les plaies du Seigneur n’est pas la foi ! Une foi qui n’est pas capable d’être miséricordieuse, comme les plaies du Seigneur sont signe de miséricorde, n’est pas la foi : c’est une idée, c’est une idéologie. Notre foi est incarnée dans un Dieu qui s’est fait chair, qui s’est fait péché, qui a été plaie pour nous. Mais si nous voulons croire vraiment et avoir la foi, nous devons nous approcher et toucher cette plaie, caresser cette plaie et également abaisser la tête pour laisser les autres caresser nos plaies.

Il est bien alors que ce soit l’Esprit Saint qui guide nos pas : C’est lui l’Amour, c’est lui la Miséricorde qui se communique à nos cœurs. Ne mettons pas d’obstacles à son action vivifiante, mais suivons-le docilement sur les sentiers qu’il nous indique. Demeurons avec le cœur ouvert, pour que l’Esprit puisse le transformer ; et ainsi, pardonnés, réconciliés, immergés dans les plaies du Seigneur, devenons des témoins de la joie qui jaillit du fait d’avoir rencontré le Seigneur ressuscité, vivant au milieu de nous.

[Bénédiction]

L’autre jour, en parlant avec les dirigeants d’une association d’aide, de charité, a émergé cette idée, et j’ai pensé : ‘‘Je l’exprimerai à Place [Saint Pierre], le samedi’’. Qu’il serait beau que comme souvenir, disons, comme un ‘‘monument’’ de cette Année de la Miséricorde, il y ait dans chaque diocèse une œuvre, sous la forme d’une structure, de miséricorde : un hôpital, une maison pour les personnes âgées, pour les enfants abandonnés, une école là où il n’y en a pas, une maison pour récupérer les toxicomanes… Tant de choses qu’on peut faire… Il serait beau que chaque diocèse y pense : que puis-je laisser comme souvenir vivant, comme œuvre de miséricorde vivante, comme plaie de Jésus vivant à l’occasion de cette Année de la Miséricorde ? Pensons-y et parlons- en avec les Evêques. Merci !

[00501-FR.02] [Texte original: Italien]

Mgr Donald Bolen sur la réponse des catholiques aux Appels à l’action de Vérité et Réconciliation

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Pourquoi l’Église catholique au Canada publie-t-elle des déclarations sur la doctrine de la découverte et sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones?

Les déclarations sont l’une et l’autre des réponses à des Appels à l’action de la Commission de Vérité et Réconciliation (CVR). Les Appels à l’action 46 et 49 invitent les communautés croyantes à répudier les concepts qui ont servi à justifier la domination européenne sur les territoires et les peuples autochtones, comme la doctrine de la découverte et le principe de terra nullius. L’Appel à l’action 46 demande aussi l’adoption et l’application complète de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. L’Appel à l’action 48 va plus loin en attirant l’attention sur le droit à l’autodétermination en matière de spiritualité, en appelant à des réformes là où elles s’imposent, en encourageant le dialogue public et l’action à l’appui de la Déclaration. Comme plusieurs autres communautés chrétiennes, l’Église catholique a soutenu le processus de la CVR et elle tient à donner suite à ses Appels à l’action.

Pourquoi maintenant?

La CVR avait demandé spécifiquement à chaque confession religieuse de publier une déclaration, au plus tard le 31 mars 2016, pour indiquer comment elle entend appliquer la Déclaration de l’ONU. Au sujet de la doctrine de la découverte, il y a déjà plus d’un an que la Commission Justice et Paix de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) travaille à un texte. Les controverses autour de la portée de la doctrine de la découverte imposaient sa répudiation et les appels lancés de certains côtés pour que le pape François révoque des décrets pontificaux du 15e siècle invitaient un commentaire et une clarification.

Au sujet de la Déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones, est-ce la première fois que l’Église catholique réagit à ce texte?

Non. Le Vatican et l’Église catholique de différents pays – dont le Canada – ont réagi très positivement à la Déclaration. La CECC a écrit au Gouvernement du Canada (avec d’autres Églises chrétiennes en 2010 et directement en 2015) pour lui demander d’appuyer la Déclaration après qu’il eut manifesté une certaine réticence.

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Réponse catholique à l’Appel à l’action 48 de la Commission de vérité et réconciliation

(Sur l’adoption et l’application de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones)

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1. Introduction : La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones

Voilà presque un an, la Commission de vérité et réconciliation du Canada publiait 94 Appels à l’action. L’un de ceux-ci demande aux groupes confessionnels au Canada d’« adopter officiellement et de respecter les normes et les principes de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones en tant que cadre de réconciliation ». Les évêques catholiques, les instituts de vie consacrée, les sociétés de vie apostolique et les autres organisations catholiques au Canada appuient la Déclaration et ils estiment que son esprit peut être le point de départ d’une réconciliation entre autochtones et non-autochtones au Canada. D’ailleurs, le bureau du Saint-Siège qui intervient aux Nations Unies – l’Observateur permanent du Saint-Siège à l’ONU – a appuyé explicitement cette Déclaration à plusieurs occasions2345 .

La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones été adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2007. Sur le plan technique, il s’agit d’un « instrument de défense des droits de la personne », et non d’un traité ou d’une convention : une fois adoptée, elle n’a donc pas à être signée ou ratifiée. Elle s’adresse aux gouvernements des États nations; en ce sens, elle ne fait pas référence aux églises ou aux groupes religieux. Ce qui ne veut pas dire que les églises et les groupes religieux ne peuvent pas chercher à mettre en pratique les principes qu’elle formule. Étant donné que les églises et les groupes religieux font partie intégrante de la société au nom de laquelle parle et agit le gouvernement, il nous importe de nous faire entendre.

Les grands thèmes de la Déclaration présentent une forte convergence avec diverses déclarations qu’a déjà faites l’Église catholique par la voix de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) ou du Saint-Siège. C’est le cas notamment du droit des peuples autochtones à l’autodétermination, à l’autonomie gouvernementale et à leurs propres institutions, du droit à leurs territoires traditionnels, du droit à un processus équitable dans le règlement des revendications territoriales, du droit à leurs coutumes et à leurs traditions culturelles, du droit de pratiquer et de manifester leurs coutumes et leurs traditions spirituelles, du droit de préserver leurs langues, du droit à leurs propres établissements d’enseignement, du droit à l’amélioration de leur situation économique et sociale, du droit de diriger leur propre développement et du droit à la reconnaissance et à l’application des traités.

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La « doctrine de la découverte » et la terra nullius : Réaction catholique

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Le texte suivant examine et rejette des concepts et des principes dénués de fondement dont se sont servis les Européens pour justifier la saisie de territoires qui appartenaient à des peuples autochtones, et souvent connus sous le nom de « doctrine de la découverte » et de terra nullius. Une annexe fournit un aperçu historique de l’évolution de ces concepts en regard de la doctrine catholique et retrace leur répudiation. Les présupposés qui sous-tendent ces concepts ont aussi inspiré la politique profondément déplorable qui a amené à arracher des enfants autochtones à leurs familles et à leurs cultures pour les placer dans des pensionnats indiens. Le texte comprend des engagements qui sont recommandés pour une meilleure façon de cheminer avec les peuples autochtones.

Préambule

Ces dernières années, le processus de Vérité et Réconciliation nous a amenés à reconnaître de nouveau les abus commis dans le passé envers les peuples autochtones de notre pays. C’est avec émotion et beaucoup d’humilité que nous avons écouté des témoignages courageux et détaillés sur la violence, les traitements inhumains et le dénigrement culturel perpétrés par le système des pensionnats indiens. La brève note que voici traduit notre détermination à collaborer avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis afin d’aller de l’avant et veut aussi répondre en partie aux Appels à l’action de la Commission de Vérité et Réconciliation : nous entendons notamment revenir sur la façon dont la terre a souvent été arrachée à ses habitants autochtones sans leur consentement ou sans aucune justification juridique. La Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), le Conseil autochtone catholique du Canada et d’autres organisations catholiques réfléchissent depuis un certain temps aux notions de « doctrine de la découverte » et de terra nullius (on trouvera en annexe une analyse historique plus poussée).

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Échos du Vatican

Retour dans cette émission sur la fête de Pâques et les célébrations de la semaine sainte au Vatican

Office de la Passion : homélie du père Cantalamessa

 

Capture d’écran Cantalamessa

« LAISSEZ-VOUS RECONCILIER AVEC DIEU »

« Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation […].Nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu. En tant que coopérateurs de Dieu, nous vous exhortons encore à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de lui. Car il dit dans l’Écriture : Au moment favorable je t’ai exaucé, au jour du salut je t’ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut! (2 Cor 5, 18-21- 6,1-2).

Ce sont les paroles de Saint Paul dans sa deuxième lettre aux Corinthiens. L’appel de l’apôtre à se réconcilier avec Dieu ne regarde pas la réconciliation historique entre Dieu et l’humanité (celle-ci – il vient de le dire – a eu lieu par le Christ sur la croix) ; ni même la réconciliation sacramentelle qui a lieu dans le baptême et dans le sacrement de la réconciliation; il renvoie à une réconciliation existentielle et personnelle à mettre en pratique maintenant, dans l’instant présent. L’appel s’adresse aux chrétiens de Corinthe qui sont baptisés et vivent dans l’Eglise depuis longtemps ; il s’adresse donc aussi à nous, maintenant et ici. « Le moment favorable, le jour du salut » c’est, pour nous, l’année de la miséricorde que nous sommes en train de vivre.

Mais que signifie, dans un sens existentiel et psychologique, se réconcilier avec Dieu? Une des causes, peut-être la principale, de l’éloignement de l’homme moderne de la religion et de la foi est l’image déformée que celui-ci a de Dieu. Quelle est, en effet, l’image « prédéfinie » de Dieu dans l’inconscient humain collectif? Pour le découvrir, posons-nous la question: « Quelle association d’idées faisons-nous et comment réagissons-nous, sans même réfléchir, quand, dans la prière du « Notre Père », arrive le moment de dire: « Que ta volonté soit faite » ?

On prononce la phrase en baissant intérieurement la tête, comme résigné, comme si on se préparait au pire. Inconsciemment, on relie la volonté de Dieu à tout ce qui est désagréable, douloureux, à ce qui, d’une façon ou d’une autre, sera vu comme quelque chose qui porte atteinte à la liberté et au développement individuel, nous mutile. Un peu comme si Dieu était l’ennemi de toute fête, de toute joie et de tout plaisir. Un Dieu hargneux et inquisiteur.

Dieu est vu comme l’Etre suprême, le Tout-puissant, le Seigneur du temps et de l’histoire, c’est-à-dire comme une entité qui s’impose à l’individu de l’extérieur; aucun détail de la vie humaine ne lui échappe. Enfreindre sa Loi entraine inexorablement un désordre qui exige une réparation adéquate que l’homme sait ne pas être en mesure de lui donner. D’où la peur et parfois cette sourde rancune contre Lui. Nous avons là les restes de l’idée païenne de Dieu, jamais tout à fait déracinée, et peut-être bien indéracinable, du coeur humain. Toute la tragédie grecque est basée sur ça; Dieu intervient, par punition divine, pour remettre en place l’ordre moral qui vient d’être bouleversé.

Certes, dans le christianisme, la miséricorde de Dieu n’a jamais été ignorée! Mais on ne lui reconnaissait pour seule tâche que celle de modérer les rigueurs absolues de la justice. La miséricorde était l’exception, pas la règle. L’année de la miséricorde est l’occasion pour ramener au jour la vraie image du Dieu biblique, un Dieu qui ne se limite pas à faire miséricorde, mais qui est miséricorde.

Cette affirmation audacieuse se base sur le fait que « Dieu est amour » (1 Jn 4, 8.16). Dans la Trinité seulement, Dieu est amour, sans être « miséricorde ». Que le Père aime le Fils, n’est pas une grâce ou une concession ; c’est une nécessité ; il a besoin d’aimer pour exister en tant que Père. Que le Fils aime le Père, n’est pas un acte de miséricorde ou une grâce ; même très libre, c’est une nécessité ; il a besoin d’être aimé et d’aimer pour être « Fils ». Pareil pour l’Esprit Saint qui est l’amour personnifié.

C’est quand Dieu crée le monde et y met des créatures libres, que son amour cesse d’être de l’ordre de la nature et devient une grâce. Cet amour est une libre concession, qui pourrait ne pas exister; il est ḥesed, grâce et miséricorde. Le péché de l’homme ne change pas la nature de cet amour, mais provoque en lui un saut de qualité: de la miséricorde comme don on passe à la miséricorde comme pardon. D’un amour de donation, on passe à un amour de souffrance, parce que Dieu souffre de voir son amour refusé. « J’ai fait grandir des enfants, je les ai élevés, mais ils se sont révoltés contre moi » (Is 1, 2). Demandons à tant de pères et tant de mères qui en ont fait l’expérience, s’il ne s’agit pas là d’une souffrance, et parmi les plus amères de la vie.

* * *

Et qu’en est de la justice de Dieu? Serait-elle oubliée, sous-estimée? Saint Paul a répondu une fois pour toutes à cette question. Dans sa Lettre aux Romains, il commence son annonce du salut en disant: «Maintenant la justice de Dieu s’est révélée» (Rom 3, 21). On se demande : quelle justice ? Celle qui donne « unicuique suum », à chacun ce qui lui revient, autrement dit des récompenses ou des châtiments selon ses mérites? Bien sûr, le jour arrivera où cette justice de Dieu, qui consiste à donner à chacun ce qu’il mérite, aura lieu. Car, comme écrit l’apôtre, Dieu,

« rendra à chacun selon ses oeuvres. Ceux qui font le bien avec persévérance et recherchent ainsi la gloire, l’honneur et une existence impérissable, recevront la vie éternelle ; mais les intrigants, qui se refusent à la vérité pour se donner à l’injustice, subiront la colère et la fureur » (Rom 2, 6-8).

Mais l’apôtre ne parle pas de cette justice-là quand il écrit: «Maintenant la justice de Dieu s’est révélée». Dans le premier cas il s’agit d’un événement futur, dans le deuxième d’un événement en cours, qui se réalise « maintenant ». Si ce n’était pas le cas, l’affirmation de Paul serait absurde, démentie par les faits. Du point de vue de la justice rétributive, rien n’a changé dans le monde avec la venue du Christ. On continue, disait Bossuet1, à voir souvent les coupables sur le trône et les innocents à l’échafaud ; mais pour qu’on ne croit pas qu’il existe une quelconque justice ou ordre fixe dans le monde, même si dans le sens opposé, voilà qu’il nous arrive parfois de voir le contraire, autrement dit l’innocent sur le trône et le coupable à l’échafaud. Non, ce n’est pas cela la nouveauté apportée par le Christ. Ecoutons ce que nous dit l’apôtre:

« Tous les hommes ont péché, ils sont privés de la gloire de Dieu, et lui, gratuitement, les fait devenir justes par sa grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus. Car le projet de Dieu était que le Christ soit instrument de pardon, en son sang, par le moyen de la foi. C’est ainsi que Dieu voulait manifester sa justice, lui qui, dans sa longanimité, avait fermé les yeux sur les péchés commis autrefois. Il voulait manifester, au temps présent, en quoi consiste sa justice, montrer qu’il est juste et rend juste celui qui a foi en Jésus. » (Rm 3, 23-26).

Dieu manifeste sa justice, en manifestant sa miséricorde! Voilà la grande révélation. L’apôtre dit que Dieu est « juste et rend juste », c’est-à-dire qu’il est juste avec lui-même, quand il rend juste l’homme ; il est à la fois amour et miséricorde; c’est pourquoi il est juste avec lui-même – c’est-à-dire, qu’il se montre vraiment pour ce qu’il est – quand il exerce sa miséricorde.

Mais on ne comprend rien de tout cela, si l’on ne comprend pas ce que veut dire exactement l’expression « justice de Dieu ». Il y a risque que l’on entende parler de cette justice mais qu’au lieu de nous sentir encouragés, nous en ayons peur parce qu’on ignore son sens. Saint Augustin l’avait déjà clairement expliqué: « La ‘justice de Dieu’, écrivait-il, est celle par laquelle sont justes les hommes que Dieu justifie par sa grâce, exactement comme ‘le salut du Seigneur’ (salus Domini) (Sal 3,9) est celui par lequel le Seigneur nous sauve »2. En d’autres termes, la justice de Dieu est l’acte par lequel Dieu rend justes ceux qui croient en son Fils. Ce n’est pas se faire justice, mais rendre justes.

Luther a eu le mérite de ramener au jour cette vérité, après des siècles d’oubli, du moins dans la prédication chrétienne, et c’est de cela que la chrétienté est surtout redevable à la Réforme, qui célèbrera l’année prochaine son cinquième centenaire. « Quand je découvris cela, avait écrit plus tard le réformateur, je me sentis carrément renaître et il me sembla entrer au paradis même par des portes grandes ouvertes 3.Mais Augustin et Luther ne furent pas les premiers à expliquer de la sorte le concept de « justice de Dieu » ; les Ecritures elles-mêmes l’avaient fait avant eux:

« Lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde.” (Tt 3, 4-5). « Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. » (Ep 2, 4-5)

Donc dire que « la justice de Dieu s’est manifestée », revient à dire que Dieu a manifesté sa bonté, son amour, et sa miséricorde. Non seulement la justice de Dieu ne contredit pas sa miséricorde, mais c’est en cela qu’elle consiste!

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Qu’est-il arrivé de si important sur la croix qui justifie un changement aussi radical dans le destin de l’humanité ? Dans son livre sur Jésus de Nazareth, Benoît XVI écrit:

« L’injustice, le mal comme réalité, ne peut pas être simplement ignoré, ne peut être laissé là. Il doit être éliminé, vaincu. C’est là seulement la vraie miséricorde. Et puisque les hommes n’en sont pas capables, Dieu lui même s’en charge maintenant – c’est là la bonté inconditionnelle de Dieu »4

Dieu ne s’est pas contenté de pardonner à l’homme ses péchés. Il a fait infiniment plus, il a pris sur lui ces péchés, les a portés sur ses épaules. Le fils de Dieu, dit saint Paul, « s’est fait péché pour nous ». Une parole terrible! Déjà au Moyen Age certains avaient du mal à croire que Dieu exige la mort de son Fils pour se réconcilier avec le monde. Saint Bernard leur répondait: « Ce n’est pas la mort du Fils qui lui a plu mais sa volonté de mourir spontanément pour le salut du monde »: « Non mors placuit sed voluntas sponte morientis »5. Ce n’est donc pas la mort qui nous a sauvés mais l’amour!

L’amour de Dieu a rejoint l’homme dans ses retranchements les plus extrêmes, c’est-à-dire dans la mort. La mort du Christ devait apparaître aux yeux de tous comme la preuve suprême de la miséricorde de Dieu envers les pécheurs. Et c’est pourquoi elle n’a pas non plus la majesté d’une mort solitaire, mais liée à la mort de deux brigands. Jésus veut rester l’ami des pécheurs jusqu’au bout. Il meurt donc comme eux et avec eux.

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L’heure est venue de nous rendre compte que l’opposé de la miséricorde n’est pas la justice, mais la vengeance. Jésus n’a pas opposé la miséricorde à la justice, mais à la loi du talion: «OEil pour oeil dent pour dent ». En pardonnant les péchés, Dieu ne renonce pas à la justice, mais à la vengeance; il ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et vive (cf. Ez 18, 23). Jésus sur la croix n’a pas demandé au Père de venger sa cause ; il lui a demandé de pardonner à ceux qui l’ont crucifiés.

La haine et la brutalité des attaques terroristes de cette semaine à Bruxelles nous aident à comprendre la force divine contenue dans les dernières paroles du Christ: «Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font» (Lc 23, 34). Pour grande qu’elle soit la haine des hommes, l’amour de Dieu a été, et sera, toujours plus fort. C’est à nous qu’elle est adressée, dans les circonstances actuelles, l’exhortation de l’apôtre Paul: «Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien » (Rm 12,

Nous devons démythifier la vengeance! Celle-ci est devenue un mythe envahissant qui contamine tout et tout le monde, à commencer par les enfants. Une grande partie des histoires portées à l’écran et des jeux électroniques sont des histoires de vengeance, que l’on fait parfois passer pour une victoire du gentil héros. 50%, voire plus, de la souffrance présente dans le monde (quand il ne s’agit pas de maux naturels) vient du désir de vengeance, tant dans les relations interpersonnelles que dans les rapports entre Etats et peuples.

Dostoïevski a dit que « la beauté sauvera le monde »6; mais la beauté peut aussi porter à la ruine. La miséricorde est la seule chose qui puisse vraiment sauver le monde! La miséricorde de Dieu pour les hommes et des hommes entre eux. Et celle-ci peut sauver, aujourd’hui tout particulièrement, ce qu’il y a de plus précieux et de plus fragile en ce moment dans le monde : le mariage et la famille.

Dans le mariage il arrive en quelque sorte ce qui est arrivé entre Dieu et les hommes, dans leurs relations, que l’Eglise décrit en utilisant justement l’image des noces. Au tout début, disais-je, est présent l’amour, pas la miséricorde. Dans le mariage aussi, au début il n’y a que l’amour. On ne se marie pas par miséricorde mais par amour. Mais après des années, ou des mois, de vie commune, des limites commencent à apparaître de part et d’autre, des problèmes de santé, de finance, des enfants. La routine s’installe et la joie s’éteint.

Ce qui peut sauver un mariage de la dégringolade et l’aider à remonter la pente c’est la miséricorde, comprise au sens biblique, c’est-à-dire non seulement comme pardon réciproque mais comme un « revêtement de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience » (Col 3, 12). La miséricorde ajoute l’agape à l’eros, l’amour du don de soi et la compassion à celui de la recherche. Dieu « prend pitié » de l’homme (Ps 102, 13): mari et femme ne

devraient-ils pas prendre pitié l’un de l’autre? Et ne devrions-nous pas, nous qui vivons en communauté, avoir pitié les uns des autres, au lieu de nous juger?

Prions. Père céleste, pour les mérites de ton Fils qui « s’est fait péché » sur la croix pour nous, sors le désir de vengeance du coeur des personnes, des familles et des peuples, et fais-nous aimer la miséricorde. Fais en sorte que l’intention du Saint-Père à proclamer cette année sainte de la miséricorde, trouve une réponse concrète dans nos coeurs et nous fasse tous connaître la joie d’être réconcilié avec Toi au plus profond de nous mêmes. Ainsi soit-il !

 

 

 

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