par Mgr André Tiphane, P.H., vicaire épiscopal de la Région Est de l’archidiocèse de Montréal
[NDLR: Mgr André Tiphane accompagne un groupe de pèlerins à Rome, du 15 au 22 octobre. Il nous livre ici ses impressions personnelles et ses coups de cœur au fil des moments forts de son séjour.]
ROME – Samedi, le 16 octobre à 16h00, nous sommes plus de 1 000 pèlerins dans l’église Sant’Andrea della Valle pour la vigile de prière. Nous constatons que la canonisation a fait bouger du monde! Les pèlerins rassemblés se préparent intérieurement à la canonisation du lendemain, par un temps de prière qui leur permet de se recentrer, après la fatigue du voyage, le décalage horaire ou les nombreuses préoccupations du pèlerinage qui les tiraillent extérieurement.
J’ai un coup de cœur pour ce passage d’une prière au frère André, lue à la vigile : « Béni sois-tu, car dans les humbles travaux, partout où tu poses le pied, Dieu est avec toi. Garde-moi dans ce lien afin que personne ne m’arrache à sa main. » Je prie chaque jour pour que jamais ce lien ne se brise!
Une célébration de canonisation impressionnante
Dimanche matin, 17 octobre, les pèlerins commencent à affluer vers la place Saint-Pierre, dès 8h00. Les meilleurs sièges sont courus, les préparatifs observés, la foule fébrile, jusqu’à ce que ce qu’il soit enfin le temps de faire silence, afin que « Quelqu’un » nous parle. Réussirons-nous à être silencieux, en ce moment attendu depuis des semaines, des mois, des années ? Surprise! L’assemblée devient attentive. Elle prie. Elle écoute. Ces six personnes qui ont marqué la foi de millions de gens sont présentées au pape Benoit XVI, qui, agissant bien humblement au nom de toute l’Église, reconnaît la sainteté de ces témoins. Ainsi commence cette célébration qui a été vécue dans une relative sobriété, priante et joyeuse à la fois, où des centaines de québécois sont heureux de pouvoir enfin invoquer « saint frère André ».
Dieu semble tellement étonnant, si différent de nos idées préconçues – suffit de penser au témoin qu’est le frère André : rien de triomphant, rien d’érudit, rien de carriériste. À bien y réfléchir, après Jésus, Marie et tant d’autres, Dieu est fidèle à lui-même, tout simplement!
Mon coup de cœur de la canonisation : ma propre émotion, qui me prend par surprise, lorsque pour la première fois, le nom de « Alfred Bessette » résonne sur la grande place remplie de fidèles. Voilà un homme de chez nous, que plusieurs ont connu et dont on entend parler dans notre coin de pays… J’en suis saisi !
Jubilation et action de grâces
Lundi, le 18 octobre, lendemain de la canonisation, les pèlerins québécois se sont de nouveau retrouvés dans l’église de Sant’Andrea della Valle, pour une célébration d’action de grâces présidée par le cardinal Jean-Claude Turcotte.
L’esprit est à la fête! Dès les premiers moments de la célébration, nous pressentons que les gens sont contents de se retrouver comme « en famille », même si la foule rassemblée compte probablement plus de 1 500 personnes… La joie s’exprime librement au début de l’homélie, alors qu’éclate spontanément une ovation soutenue à la première mention du frère André. Mgr Turcotte préside à une atmosphère de simplicité, d’unité et de fierté.
Un coup de cœur, cette fois? Je réalise soudainement que le climat qui règne en cette action de grâce détone par rapport au climat de « décroissance » que nous ressentons habituellement. Je me dis que l’Église de demain sera très vivante parce qu’elle sera à la mesure de ces fidèles moins nombreux, mais convaincus, qui se réuniront au nom de leur foi.










Demain matin, le frère André sera canonisé à Rome. Il sera offert en exemple au monde entier. Cet humble frère a été un homme de foi et de prière. Sa confiance en Dieu et en saint Joseph était absolue, lui qui disait : « Quand saint Joseph pousse avec Dieu, ça pousse fort. » Homme de prière, on disait de lui : « Il parle de Dieu aux hommes et il parle à Dieu des hommes. » Chaque jour, il faisait son chemin de croix en méditant sur la passion du Christ, il disait son chapelet en méditant les mystères du Rosaire. La nuit, pendant que quelque pèlerin dormait sur sa couche, lui, regardant le tabernacle par la petite fenêtre dans le mur de sa chambre, il priait pour toutes les personnes qu’il avait rencontrées et il parlait à Jésus son ami. Au père Deguire, son supérieur, qui s’inquiétait de le voir ainsi prier toute la nuit, il avait répondu : « Si vous saviez l’état du monde, vous ne parleriez pas ainsi. » Mais il invitait aussi les gens à prier Dieu par l’intercession de saint Joseph ; il les invitait à se confesser, à participer à la messe et à communier. Pour lui, le plus important ce n’était pas les guérisons mais la foi. « Beaucoup, disait-il, me demandent la guérison mais très peu la foi. » Et à ceux qui lui demandaient la guérison, il disait : « Priez Dieu pour obtenir la grâce d’accepter sa volonté sur vous. S’il veut vous guérir, remerciez-le ; mais si telle n’est pas sa volonté, demandez-lui la force de vivre avec votre maladie. » Il invitait les pèlerins à la confiance en Dieu : « Mais faites-lui donc confiance ! » Il insistait sur la proximité aimante de Dieu pour chacun de nous : « Entre Dieu et nous, il n’y a que l’épaisseur d’un voile. » Ou encore : « Quand nous disons le Notre Père, c’est comme si Dieu avait l’oreille collée à notre bouche. » Le frère André a été toute sa vie, tant dans les moments de joie que dans les épreuves, un homme de foi et de prière persévérante. Oui, il est vraiment le Saint Frère André !
Par François Gloutnay, rédacteur du blogue Nouvelles de l’ACPC