Homélie du Pape au stade de Morelia

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Ci-dessous l’homélie du pape François, prononcée lors de la messe avec les prêtres, consacrés, et séminarites, au stade de Morelia, ce mardi 16 février 2016.

Un proverbe affirme : ‘‘dis-moi comment tu pries et je te dirai comment tu vis, dis-moi comment tu vis et je te dirai comment tu pries ; car en me montrant comment tu pries, je pourrai découvrir le Dieu que tu vis et en me montrant comment tu vis, je pourrai croire au Dieu que tu pries’’. En effet, notre vie parle de la prière et la prière parle de notre vie ; car notre vie parle dans la prière et la prière parle dans notre vie. En priant, on apprend à prier, comme nous apprenons à marcher, à parler, à écouter. L’école de la prière est l’école de la vie et c’est à l’école de la vie que nous fréquentons l’école de la prière.

Jésus a voulu introduire les siens dans le mystère de la Vie, dans le mystère de sa vie. Il leur a montré ce que signifie être Fils de Dieu, en mangeant, en dormant, en soignant, en prêchant, en priant. Il les a invités à partager sa vie, son intimité et en étant avec lui ; il leur a fait toucher dans sa chair la vie du Père. Il leur a fait expérimenter dans son regard, dans sa démarche, la force, la nouveauté de dire : ‘‘Notre Père’’. En Jésus, cette expression n’a pas ‘‘l’arrière-goût’’ de la routine ou de la répétition ; au contraire, elle a le goût de la vie, de l’expérience, de l’authenticité. Il a su vivre en priant et prier en vivant, disant : Notre Père.

Et il nous a invités à faire de même. Nous sommes d’abord appelés à faire l’expérience de cet amour miséricordieux du Père dans notre vie, dans notre histoire. Il nous appelle d’abord pour nous introduire dans cette nouvelle dynamique d’amour, de filiation. Nous sommes d’abord appelés à apprendre à dire : ‘‘Notre Père’’, à dire Abba. Malheur à moi, si je n’évangélise pas, dit Paul, malheur à moi ! Car, évangéliser – poursuit- il – n’est pas un motif de gloire mais une nécessité (1 Cor 9, 16).

Il nous a invités à participer à sa vie, à sa vie divine, malheur à nous si nous ne la partageons pas, malheur à nous si nous ne sommes pas des témoins de ce que nous avons vu et entendu, malheur à nous ! Nous ne sommes pas, ni ne voulons être des fonctionnaires du divin, nous ne sommes pas, ni ne voulons jamais être des employés de Dieu, car nous sommes invités à participer à sa vie, nous sommes invités à nous introduire dans son cœur, un cœur qui prie et qui vit en disant : Notre Père. Quelle est la mission, sinon celle de dire avec notre vie : Notre Père ?

C’est ce Père que nous prions avec insistance tous les jours : ne nous laisse pas tomber en tentation. Jésus lui-même l’a fait. Il a prié pour que ses disciples – d’hier et d’aujourd’hui – nous ne tombions pas en tentation. Quelle peut être l’une des tentations qui pourrait nous assiéger ? Quelle peut être l’une des tentations qui provient non seulement de la contemplation de la réalité mais aussi du fait de la vivre ? Quelle tentation peut venir de milieux souvent dominés par la violence, la corruption, le trafic de drogue, le mépris de la dignité de la personne, l’indifférence face à la souffrance et à la précarité ? Quelle tentation pouvons-nous avoir sans cesse face à cette réalité qui semble devenir un système inamovible ?

Je crois que nous pourrions la résumer par le mot résignation. Face à cette réalité, l’une des armes préférées du démon, la résignation, peut nous tenter. Une résignation qui nous paralyse et nous empêche non seulement de marcher, mais aussi de faire du chemin ; une résignation qui non seulement nous effraie, mais qui nous fait aussi nous retrancher dans nos ‘‘sacristies’’ et dans nos sécurités apparentes ; une résignation qui non seulement nous empêche d’annoncer, mais qui nous empêche aussi de louer. Une résignation qui non seulement nous empêche de prévoir, mais qui nous empêche aussi de prendre des risques et de transformer. Par conséquent, Notre Père, ne nous laisse succomber à la tentation.

Qu’il nous fait du bien de recourir, dans les moments de tentation, à notre mémoire ! Comme cela nous aide de regarder ‘‘l’étoffe’’ dont nous sommes faits. Tout n’a pas commencé avec nous, tout ne finira pas avec nous, par conséquent, cela nous fait du bien de récupérer l’histoire qui nous a conduits jusqu’ici !

 Et dans ce souvenir, nous ne pouvons pas passer sous silence une personne qui tant aimé cet endroit, qui s’est fait fils de cette terre. Une personne qui a su dire d’elle-même : ‘‘Ils m’ont arraché à la magistrature et ils m’ont placé au timon du sacerdoce à cause de mes péchés. Moi, inutile et entièrement inapte pour l’exécution d’une si grande entreprise ; moi, qui ne savais pas manier la pagaie, ils m’ont fait premier Evêque de Michoacán’’ (Vasco Vásquez de Quirogq, Lettre pastorale,

 Avec vous, je voudrais faire mémoire de cet évangélisateur, connu également comme Tata Vasco, comme ‘‘l’espagnol qui s’est fait indien’’. La réalité que vivaient les indiens Purhépecha décrits par lui comme ‘‘vendus, harcelés et errants dans les marchés, recueillant les miettes jetées au sol’’, loin de le conduire à la tentation et à la paresse de la résignation, a stimulé sa foi, a stimulé sa vie, a stimulé sa compassion et l’a incité à réaliser divers projets qui ont donné du ‘‘souffle’’ face à cette réalité si paralysante et injuste. La douleur de la souffrance de ses frères s’est faite prière et la prière s’est faite réponse. Cela lui a fait donner le nom parmi tous les indiens de ‘‘Tata Vasco’’ qui en langue purhépecha signifie : papa.

Voilà la prière, voilà l’expression à laquelle Jésus nous a invités. Père, papa, abba, ne nous laisse pas sucomber à la tentation de la résignation, ne nous laisse pas tomber dans la tentation de la perte de la mémoire, ne nous laisse pas tomber dans la tentation d’oublier nos anciens qui nous ont appris par leur vie à dire: Notre Père.

Discours du pape François lors de la Rencontre avec les familles à Tuxla Gutiérrez

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Vous trouverez ci-dessous le texte du discours du pape François à l’occasion de la Rencontre avec les familles au Stade «Víctor Manuel Reyna»de Tuxla Gutiérrez (lundi 15 février 2016).

Chers frères et sœurs,

Je voudrais rendre grâce de me trouver sur cette terre du Chiapas. Il est bon de se trouver sur ce sol, il est bon de se trouver sur cette terre, il est bon se trouver en ce lieu qui, avec vous, a un goût de famille, de foyer. Je rends grâce à Dieu pour vos visages et votre présence, je rends grâce à Dieu pour son émouvante présence dans vos familles. Merci également à vous, familles et amis, qui nous avez offert vos témoignages, qui nous avez ouvert les portes de vos maisons, de vos vies ; vous nous avez permis d’être à vos ‘‘tables’’ partageant le pain qui vous nourrit et la sueur face aux difficultés quotidiennes. Le pain des joies, de l’espérance, des rêves et la sueur face aux amertumes, face à la désillusion et aux chutes. Merci de nous permettre d’accéder à vos familles, à votre table, à votre foyer.

Manuel, merci pour ton témoignage et surtout pour ton exemple. L’expression que tu as utilisée m’a plu : ‘‘y mettre de l’enthousiasme’’ tout comme l’attitude que tu as adoptée après t’être entretenu avec tes parents. Tu as commencé à mettre de l’enthousiasme dans ta vie, à mettre de l’enthousiasme dans ta famille, à mettre de l’enthousiasme dans les rangs de tes amis et tu nous communiques de l’enthousiasme à nous ici réunis. Je crois que c’est ce que l’Esprit Saint veut toujours faire au milieu de nous : nous donner de l’enthousiasme, nous faire don de raisons de continuer à risquer, à rêver, et à construire une vie qui ait un goût de foyer, de famille.

Et c’est ce que Dieu le Père a toujours rêvé et ce pour quoi depuis longtemps il a lutté. Lorsque tout semblait perdu, cet après-midi-là, au jardin d’Eden, Dieu le Père a suscité l’enthousiasme chez ce jeune couple et lui a dit que tout n’était pas perdu. Lorsque le peuple d’Israël sentait qu’il n’en pouvait plus sur le chemin à travers le désert, Dieu le Père lui a donné de l’enthousiasme par la manne. Lorsqu’est arrivée la plénitude des temps, Dieu le Père a donnéCapture d’écran 2016-02-15 à 17.30.44 pour toujours de l’enthousiasme à l’humanité en nous envoyant son Fils.

De la même manière, nous tous ici présents, nous avons fait cette expérience, à bien des moments et sous diverse formes, Dieu le Père a donné de l’enthousiasme à notre vie. Pouvons-nous nous demander pourquoi ?  

Parce qu’il ne sait pas faire autrement. Il sait nous donner de l’enthousiasme, pourquoi ? Parce que son nom est amour, son nom est don, son nom est don de soi, son nom est miséricorde. Il nous l’a manifesté avec force et clarté en Jésus, son Fils qui a tout donné jusqu’à l’extrême pour rendre possible le Royaume de Dieu. Un Royaume qui nous invite à entrer dans cette nouvelle logique, qui suscite une dynamique capable d’ouvrir les cieux, capable d’ouvrir nos cœurs, nos esprits, nos mains et de nous stimuler par de nouveaux horizons. Un Royaume qui sait ce qu’est la famille, qui sait ce qu’est la vie partagée. En Jésus et avec Jésus, ce Royaume est possible. Il est capable de transformer nos regards, nos attitudes, nos sentiments souvent fades en vin de fête. Il est capable de guérir nos cœurs et de nous inviter sans cesse, soixante-dix fois sept fois à recommencer. Il est capable de toujours renouveler toute chose.

Tu m’as demandé, Manuel, de prier pour de nombreux adolescents découragés et en situations difficiles. De nombreux adolescents démoralisés, sans force, sans enthousiasme. Et comme tu l’as si bien dit, bien des fois cette attitude naît du fait qu’ils se sentent seuls, parce qu’ils n’ont pas avec qui parler. Et cela m’a rappelé le témoignage de Beatriz. Si je me souviens bien, Beatriz, vous avez dit : ‘‘le combat a été toujours difficile à cause de la précarité et de la solitude’’. La précarité, la pénurie, le manque fréquent du minimum peuvent nous désespérer, peuvent nous faire sentir une forte angoisse, puisque nous ne savons comment faire pour aller de l’avant et d’autant plus que nous avons des enfants à notre charge. La précarité non seulement menace l’estomac (et c’est déjà beaucoup), mais elle peut aussi menacer l’âme, elle peut démotiver, ôter la force et tenter avec des parcours ou des alternatives de solution apparente mais qui, en définitive, ne résolvent rien. Il existe une précarité qui peut être très dangereuse, qui peut se coller à nous sans que nous ne nous en rendions compte, c’est la précarité qui naît de la solitude et de l’isolement. Et l’isolement est toujours mauvais conseiller.

Tous deux, sans vous en rendre compte, vous avez utilisé la même expression, tous deux vous nous montrez comment souvent la plus grande tentation à laquelle nous sommes confrontés est Capture d’écran 2016-02-15 à 17.33.10de ‘‘nous enfermer’’ et loin de ‘‘mettre de l’enthousiasme’’, cette attitude, comme la mite, nous dessèche l’âme peu à peu.

La manière de combattre cette précarité et cet isolement, qui nous rendent vulnérables à tant de solutions apparentes, doit se situer à différents niveaux. D’une part, les législations, qui protègent et garantissent le minimum nécessaire pour que chaque famille et pour que chaque personne puisse se développer par la formation et un travail digne, représentent un niveau. D’autre part, comme le témoignage de Humberto et de Claudia l’ont si bien souligné, lorsqu’ils disaient qu’ils cherchaient la façon de communiquer l’amour de Dieu qu’ils avaient expérimenté dans le service et dans le don de soi aux autres. Des lois et un engagement personnel sont un bon binôme pour rompre la spirale de la précarité. 

De nos jours, nous voyons et nous expérimentons à travers différents visages comment la famille est affaiblie, remise en question. Comment on croit que c’est un modèle déjà dépassé et n’ayant plus de place dans nos sociétés qui, avec la prétention de la modernité, offrent toujours davantage un modèle fondé sur l’isolement.

Certes, vivre en famille n’est pas toujours facile, bien des fois c’est douloureux et fatiguant mais, comme je l’ai dit plus d’une fois de l’Eglise – je crois qu’on peut l’appliquer à la famille – : je préfère une famille blessée qui essaie tous les jours de vivre l’amour, à une société malade de l’enfermement et de la facilité de la peur d’aimer. Je préfère une famille qui essaie sans cesse de recommencer, à une société narcissiste et obnubilée par le luxe et le confort. Je préfère une famille au visage épuisé par le don de soi, aux visages maquillés qui n’ont pas su ce qu’est la tendresse et la compassion.

Vous m’avez demandé de prier pour vous et je voudrais commencer à le faire maintenant même, avec vous. Chers mexicains, vous avez un atout, vous avez un avantage. Vous avez une mère ; la Guadalupana a voulu visiter cette terre et cela nous donne la certitude de bénéficier de son intercession pour que ce rêve appelé famille ne se perde pas à cause de la précarité et de la solitude. Elle est toujours prête à défendre nos familles, notre avenir, elle est toujours prête à ‘‘mettre de l’enthousiasme’’, en nous donnant à son Fils. Voilà pourquoi je vous invite à nous tenir par les mains et à dire ensemble : Je vous salue Marie…

Homélie du pape François lors de la Messe à San Cristobal de las Casas, Mexique

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Vous trouverez l’homélie prononcée par le pape François lors de la Sainte Messe au Centre Sportif Municipal de San Cristobal de las Casas, Mexique (lundi 15 février 2016):

Li smantal Kajvaltike toj lek – La loi du Seigneur est parfaite qui redonne vie. Ainsi commence le psaume que nous avons écouté. La loi du Seigneur est parfaite ; et le psalmiste se charge d’énumérer tout ce que cette loi procure à celui qui l’écoute et qui l’observe : elle redonne vie, rend sage les simples, réjouit le cœur, clarifie le regard.

C’est cette loi que le Peuple d’Israël avait reçue des mains de Moïse, une loi qui devait aider le Peuple de Dieu à vivre dans la liberté à laquelle il avait été appelé. Une loi qui est destinée à êtrelumière sur le chemin du peuple et l’accompagner dans sa marche. Un peuple qui avait subi l’esclavage et le despotisme du Pharaon, qui avait expérimenté la souffrance et les abus, jusqu’à ce que Dieu dise : assez, jusqu’à ce que Dieu dise : ça suffit ! J’ai vu la misère, j’ai entendu les cris, je connais ses souffrances (cf. Ex 3, 9). Et là, le visage de notre Dieu se révèle, le visage du Père qui souffre devant la douleur, les abus, l’injustice subie par ses enfants ; et sa Parole, sa loi, devient symbole de liberté, symbole de joie, de sagesse et de lumière. Expérience, réalité qui trouve échodans cette expression qui naît de la sagesse bercée en ce pays depuis des temps lointains et qui, dans le Popol Vuh, dit ce qui suit : L’aube s’est levée sur toutes les tribus réunies. La face de la terre a tout de suite été assainie par le soleil. L’aube s’est levée pour les peuples qui ont sans cesse marché dans les diverses ténèbres de l’histoire. 

Dans cette expression, il y a une aspiration à vivre en liberté, il y a une aspiration qui a un goût de terre promise, où l’oppression, les mauvais traitements et la dégradation ne sont pas monnaie courante. Dans le cœur de l’homme, et dans la mémoire de beaucoup de nos peuples, est inscrit le désir d’une terre, d’un temps où le mépris sera vaincu par la fraternité, l’injusticeCapture d’écran 2016-02-15 à 11.22.18
par la solidarité, et où la violence sera 
réduite au silence par la paix. 

Notre Père non seulement partage ce désir, mais lui-même l’a aussi suscité et le suscite, en nous offrant son fils Jésus-Christ. En lui, nous trouvons la solidarité du Père qui marche à nos côtés. En lui, nous voyons comment cette loi parfaite prend chair, prend un visage, entre dans l’histoire pour accompagner et soutenir son peuple ; il se fait Chemin, il se fait Vérité, il se fait Vie pour que les ténèbres n’aient pas le dernier mot et que l’aube ne tarde pas à se lever sur la vie de ses enfants. 

De multiples façons et manières, on a voulu réduire au silence et taire ce désir ; de multiples façons, on a voulu anesthésier notre âme, de multiples manières on a essayé d’engourdir et d’endormir la vie de nos enfants et de nos jeunes par l’insinuation que rien ne peut changer ou que ce sont des rêves impossibles. Devant ces manières,  la création aussi sait élever sa voix, « cette sœur crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle. Nous avons grandi en pensant que nous étions ses propriétaires et ses dominateurs, autorisés à l’exploiter. La violence qu’il y a dans le cœur humain blessé par le péché se manifeste aussi dans les symptômes de maladie que nous observons dans le sol, dans l’eau, dans l’air et dans les êtres vivants. C’est pourquoi, parmi les pauvres les plus abandonnés et maltraités, se trouve notre terre opprimée et dévastée, qui « gémit en travail d’enfantement » (Rm 8, 22) » (Laudato si’, n.  2).

Le défi environnemental que nous vivons et ses racines humaines nous touchent tous (cf. Laudato si’, n. 14) et nous interpellent. Nous ne pouvons plus faire la sourde oreille face à l’une des plus grandes crises environnementales de l’histoire.

En cela, vous avez beaucoup de choses à nous enseigner. Vos peuples, comme l’ont reconnu les Évêques de l’Amérique Latine, savent entrer en relation, d’une manière harmonieuse, avec la Capture d’écran 2016-02-15 à 11.18.32nature qu’ils respectent comme « source de subsistance, maison commune et autel du partage humain » (Document d’Aparecida, n. 472).

Cependant, souvent, de manière systématique et structurelle, vos peuples ont été incompris et exclus de la société. Certains ont jugé inférieures vos valeurs, votre culture et vos traditions. D’autres, étourdis par le pouvoir, l’argent et les lois du marché, vous ont dépossédés de vos terres ou ont posé des actes qui les polluent. C’est si triste ! Que cela nous ferait du bien, à tous, de faire un examen de conscience et d’apprendre à dire : pardon ! Le monde d’aujourd’hui, dépouillé par la culture du déchet, a besoin de vous !

Les jeunes d’aujourd’hui, exposés à une culture qui essaie de supprimer toutes les richesses et caractéristiques culturelles en vue d’un monde homogène, ont besoin que la sagesse de leurs anciens ne se perde pas ! 

Le monde d’aujourd’hui, pris par le pragmatisme, a besoin de réapprendre la valeur de la gratuité ! 

Nous célébrons la certitude que « le créateur ne nous abandonne pas, [que] jamais il ne fait marche arrière dans son projet d’amour, [qu’] il ne se repend pas de nous avoir créés » (Laudato si’, n. 13). Nous célébrons le fait que Jésus-Christ meurt encore et ressuscite en chaque geste que nous accomplissons envers le plus petit de ses frères. Ayons à cœur de continuer à être témoins de sa Passion, de sa Résurrection en donnant chair à Li smantal Kajvaltike toj lek – La loi du Seigneur est parfaite qui redonne vie.

Salutation du pape François lors de la visite à l’Hôpital Pédiatrique « Federico Gomez », Mexique

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Vous trouverez ci-dessous le texte de l’allocution du pape François lors de visite à l’hôpital pédiatrique Federico Gomez:

Monsieur le Président, Madame la Première Dame,  Madame la Secrétaire à la Santé, Monsieur le Directeur, Membres du Conseil d’Administration, Familles ici présentes, Chers amis, chers enfants,

Bonsoir,

Je rends grâce à Dieu de me donner l’occasion de pouvoir vous visiter, de m’unir à vous et à vos familles dans cet hôpital. Pouvoir partager un moment de vos vies, de la vie de toutes les personnes qui travaillent comme médecins, infirmiers, membres du personnel et bénévoles qui vous assistent.

Merci.

Il y a un bref passage de l’Évangile qui nous raconte la vie de Jésus quand il était enfant. Il était tout petit, comme certains d’entre vous. Un jour ses parents, Marie et Joseph, l’emmènent au Temple pour le présenter à Dieu. Ils rencontrent alors un vieillard appelé Siméon qui, en le voyant, d’une manière très décidée, plein de joie et de reconnaissance, le prend dans ses bras et commence à bénir Dieu. Voir l’Enfant Jésus a provoqué en lui deux choses : un sentiment de reconnaissance, et l’envie de bénir.Capture d’écran 2016-02-14 à 18.19.03

Siméon est le « grand-père » qui nous enseigne ces deux attitudes fondamentales : remercier, et en même temps, bénir.

Moi, ici (et pas seulement en raison de l’âge), je me sens très proche de ces deux enseignements de Siméon. D’une part, franchir cette porte et voir vos yeux, vos sourires, vos visages, a suscité l’envie de dire merci. Merci pour la tendresse que vous manifestez en me recevant, merci de voir la tendresse avec laquelle on vous soigne et on vous accompagne. Merci pour l’effort de tous ceux qui font du mieux possible pour que vous puissiez récupérer rapidement. 

Il est très important de se sentir soigné et accompagné, de se sentir aimé et de savoir que l’on cherche la meilleure manière de vous soigner, pour toutes ces personnes je dis : merci.

Capture d’écran 2016-02-14 à 18.14.36En même temps, je veux vous bénir. Je veux demander à Dieu de vous bénir, de vous accompagner ainsi que vos familles, toutes les personnes qui travaillent dans cette maison et qui cherchent à ce que ces sourires continuent de grandir de jour en jour ; à toutes les personnes qui non seulement avec les médicaments mais aussi avec la ‘‘thérapie de la tendresse’’ contribuent à ce que ce temps soit vécu dans une plus grande joie. 

Connaissez-vous l’indio Juan Diego ? Quand l’oncle du petit Juan était malade, ce dernier était très inquiet et angoissé. A ce moment, la Vierge de Guadalupe apparaît et lui dit : « Que ton cœur ne soit pas troublé, et que rien ne t’inquiète. Ne suis-je pas là, moi qui suis ta Mère ? »

Nous avons  notre Mère, demandons-lui de nous donner son Fils Jésus. Fermons les yeux et demandons-lui ce qu’aujourd’hui notre cœur désire, et disons ensuite ensemble :

Je vous salue Marie…

Que le Seigneur et la Vierge de Guadalupe vous accompagnent toujours. Merci beaucoup. Et, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi.

Angelus du pape François à la fin de la Messe à Ecatepec, Mexique

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Chers frères,

Dans la première lecture de ce dimanche, Moïse fait une recommandation au peuple. Lors de la moisson, dans l’abondance, lors des prémices n’oublie pas tes origines. L’action de grâce naît et grandit chez une personne et dans un peuple qui est capable de faire mémoire. Elle a ses racines dans le passé, qui, entre ombres et lumière, a progressivement généré le présent. Au moment où nous pouvons rendre grâce à Dieu parce que la terre a donné son fruit et produire ainsi du pain, Moïse invite son peuple à se souvenir en énumérant les situations difficiles qu’il a dû traverser (cf. Dt 26, 5-11). 

En ce jour de fête, en ce jour nous pouvons célébrer la bonté du Seigneur envers nous. Nous rendons grâce pour l’opportunité d’être réunis afin de présenter au Père plein de bonté les prémices de nos enfants, petits-enfants, de nos rêves et de nos projets. Les prémices de nos cultures, de nos langues et traditions. Les prémices de nos soucis… 

Que cela a été difficile à chacun de vous pour arriver jusqu’ici ! Combien chacun a-t-il dû « marcher » pour faire de ce jour une fête, une action de grâces ! Que de chemin d’autres ont fait, qui n’ont pas pu arriver, mais grâce à eux, nous avons pu continuer à avancer !

Aujourd’hui, suivant l’invitation de Moïse, nous voulons en tant que peuple faire mémoire, nous voulons être le peuple de la mémoire vivante du passage de Dieu au milieu son peuple, dans son peuple. Nous voulons regarder nos enfants, en sachant qu’ils hériteront non seulement d’une terre, d’une langue, d’une culture et d’une tradition, mais aussi du fruit vivant de la foi qui rappelle le passage assuré de Dieu en ce pays. La certitude de sa proximité et de sa solidarité. Une certitude qui nous aide à lever la tête et à espérer avec enthousiasme l’aurore. 

Avec vous aussi je m’unis à cette mémoire reconnaissante. A ce souvenir vivant du passage de Dieu dans vos vies. Regardant vos enfants, je ne peux pas ne pas faire miennes les paroles qu’un jour le bienheureux Paul VI a adressées au peuple mexicain :

« Un chrétien ne peut pas [ne pas] démontrer sa propre solidarité et ne peut pas donner le meilleur de lui-même pour résoudre la situation de tous ceux qui n’ont pas encore le pain de la culture ou l’opportunité d’un travail  digne […] On ne peut pas rester insensible alors que les nouvelles générations ne trouvent pas le moyen de transformer en réalité [leurs] légitimes aspirations ». Et il continue par une invitation à « être toujours en première ligne dans tous les efforts pour améliorer la situation de ceux qui sont dans le besoin », et à voir « en chaque homme, un frère, et en chaque frère, le Christ » (Paul VI, Message radiotélévisé aux Catholiques du Mexique, à l’occasion du 75ème anniversaire du couronnement de Notre-Dame de Guadalupe (12 octobre 1970), L’Osservatore Romano, éd. en langue française (23 octobre 1970), p. 1).

Je voudrais vous inviter de nouveau à être en première ligne, à être les premiers dans toutes les initiatives qui aident à faire de cette terre mexicaine bénie une terre d’opportunités, où il ne sera pas nécessaire d’émigrer pour rêver ; où il ne sera pas nécessaire d’être exploité pour travailler ; où il ne sera pas nécessaire de faire du désespoir et de la pauvreté d’un grand nombre l’opportunité de quelques-uns ;  une terre qui ne devra pas pleurer des hommes et des femmes, des jeunes et des enfants qui finissent, détruits, dans la main des trafiquants de la mort. 

Cette terre a le goût de la Guadalupana ; elle qui nous a toujours devancés dans l’amour, disons-lui :

Vierge Sainte « aide-nous à rayonner par le témoignage de la communion, du service, de la foi ardente et généreuse, de la justice et de l’amour pour les pauvres, pour que la joie de l’Évangile parvienne jusqu’aux confins de la terre, et qu’aucune périphérie ne soit privée de sa lumière » (Evangelii gaudium, n. 288).

Homélie du pape François lors de la Messe au Centre d’Études de Ecatepec, Mexique

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Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François lors de la Messe au Centre d’Études de Ecatepec au Mexique:

Mercredi dernier nous avons commencé le temps liturgique du Carême où l’Église nous invite à nous préparer à célébrer la grande fête de Pâques. C’est un temps spécial pour rappeler le don de notre baptême, lorsque nous avons été faits enfants de Dieu. L’Église nous invite à raviver le don qui nous a été fait, pour ne pas le laisser endormi comme une chose du passé, ou dans quelque « tiroir aux souvenirs ». Ce temps du Carême est un moment favorable pour retrouver la joie et l’espérance que nous ressentons du fait d’être enfants aimés du Père. Ce Père qui nous attend pour nous enlever les vêtements de la fatigue, de l’apathie, de la méfiance, et nous revêtir de la dignité que seuls un vrai père ou une vraie mère savent donner à leurs enfants, les vêtements qui naissent de la tendresse et de l’amour.

Notre Père est le Père d’une grande famille, il est notre Père. Il sait nourrir un amour unique mais ne sait engendrer ni éduquer des « fils uniques ». C’est un Dieu qui sait ce qu’est le foyer, la fraternité, le pain rompu et partagé. Il est le Dieu du « Notre Père », non pas du « Mon Père », ni du « Votre Père ». 

En chacun de nous se trouve, vit ce rêve de Dieu qu’à chaque Pâques, dans chaque Eucharistie nous célébrons de nouveau : nous sommes enfants de Dieu. Rêve que beaucoup de nos frères ont vécu tout au long de l’histoire. Rêve dont ont témoigné beaucoup de martyrs d’hier et Capture d’écran 2016-02-14 à 12.55.13d’aujourd’hui, en versant leur sang. 

Le Carême est un temps de conversion parce que nous faisons quotidiennement l’expérience dans notre vie de la façon dont ce rêve est sans cesse menacé par le père du mensonge, par celui qui cherche à nous séparer, en créant une société divisée et qui s’affronte. Une société d’un petit nombre et pour un petit nombre. Que de fois ne faisons-nous l’expérience dans notre chair, ou dans notre famille, à travers nos amis ou nos voisins, de la douleur qui naît de ne pas voir reconnue cette dignité que nous portons tous en nous ! Que de fois n’avons-nous pas dû pleurer et regretter de ne nous être pas rendu compte que nous n’avons pas reconnu cette dignité dans les autres ! Que de fois  – et je le dis avec douleur – ne sommes-nous pas aveugles et insensibles devant le manque de reconnaissance de notre propre dignité et de celle d’autrui ! 

Le Carême est un temps pour ajuster les sens, ouvrir les yeux devant tant d’injustices qui portent atteinte directement au rêve et au projet de Dieu. C’est un temps pour démasquer ces trois grandes formes de tentations qui brisent, divisent l’image que Dieu a voulu former.

Trois tentations du Christ…

Trois tentations du chrétien qui essayent de détruire la vérité à laquelle nous avons été appelés.

Trois tentations qui cherchent à dégrader et à nous dégrader.

  1. La richesse, en nous appropriant de biens qui ont été donnés à tous, les utilisant seulement pour moi ou ‘‘pour les miens’’. C’est avoir le « pain » à la sueur du front de l’autre, voire au prix de sa vie. Cette richesse, qui est un pain au goût de douleur, d’amertume, de souffrance. Dans une famille ou une société corrompue, c’est le pain que l’on donne à manger à ses propres enfants. 
  2. La vanité ; elle est la recherche de prestige sur la base de la disqualification continuelle et constante de ceux qui « ne sont pas comme nous ». La recherche exacerbée de ces cinq minutes de gloire, qui ne supporte pas la « gloire » des autres. « Transformant l’arbre tombé en bois de chauffage», elle conduit  à la troisièmetentation :
  3. L’orgueil ; c’est-à-dire se mettre sur un plan de supériorité en tout genre, sentant qu’on ne partage pas ‘‘la vie du commun des mortels’’, et prier tous les jours : « Merci Seigneur parce que tu ne m’as pas fait comme eux ». 

Capture d’écran 2016-02-14 à 12.54.54Trois tentations du Christ…

Trois tentations que le chrétien affronte tous les jours.

Trois tentations qui cherchent à dégrader, détruire et ôter la joie ainsi que la fraîcheur de l’Évangile ; qui nous enferment dans un cercle de destruction et de péché.

Il vaut donc la peine de nous demander :

Jusqu’à quel point sommes-nous conscients de ces tentations dans notre personne, en nous-mêmes ? Jusqu’à quel point sommes-nous habitués à un style de vie qui pense que dans la richesse, dans la vanité et dans l’orgueil se trouvent la source et la force de la vie ? Jusqu’à quel point croyons-nous que l’attention à l’autre, notre souci  et occupation pour le pain, pour le nom et pour la dignité des autres sont source de joie et d’espérance ?

Nous avons choisi Jésus et non le démon, nous voulons suivre ses traces, mais nous savons que ce n’est pas facile. Nous savons ce que signifie être séduit par l’argent, la gloire et le pouvoir. C’est pourquoi l’Église nous offre ce temps, elle nous invite à la conversion avec une seule certitude : Lui nous attend et il veut guérir nos cœurs de tout ce qui le dégrade, en étant dégradé ou en dégradant. Il est le Dieu qui porte un nom : miséricorde. Son nom est notre richesse, son nom est notre gloire, son nom est notre pouvoir et en son nom, une fois de plus, nous redisons avec le Psaume : « Tu es mon Dieu, en toi j’ai mis ma confiance ». Nous pouvons le répéter ensemble « Tu es mon Dieu, en toi j’ai mis ma confiance ».

Qu’en cette Eucharistie le Saint Esprit renouvelle en nous la certitude que son Nom est miséricorde et qu’il nous fasse expérimenter chaque jour que « la joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus… Avec Jésus-Christ la joie naît et renaît toujours » (Evangelii gaudium, n. 1).

Homélie du pape François lors de la Messe à la Basilique de Guadalupe

Le pape François a célébré la Messe au Sanctuaire Notre-Dame de Guadalupe à Mexico. Voici son homélie à l’occasion de cette célébration dans la Basilique:

Homélie du Saint-Père

Messe dans la Basilique de Guadalupe

Samedi 13 février 2016

Nous avons entendu comment Marie a été à la rencontre de sa cousine Elisabeth. En hâte, sans hésiter, sans tarder, elle va assister sa parente dans les derniers mois de sa grossesse.

La rencontre avec l’ange ne retient pas Marie, car elle ne s’est pas sentie privilégiée, ni ne devait s’éloigner de la vie de ses proches. Au contraire, cette rencontre a ravivé et suscité une attitude qui fait et fera se souvenir toujours de Marie : la femme du oui, un oui du don d’elle-même à Dieu, et en en même temps, un oui du don à ses frères. C’est le oui qui l’a poussée à donner le meilleur en se mettant en route vers les autres.

Ecouter ce passage évangélique dans cette maison a une saveur spéciale. Marie, la femme du oui, a voulu également visiter les habitants de cette terre d’Amérique à travers la personne de l’indio saint Juan Diego. Tout comme elle a parcouru les routes de Judée et de Galilée, de la même manière, elle a sillonné le Tepeyac, revêtant ses costumes, utilisant sa langue, pour servir cette grande Nation. Tout comme elle a offert sa compagnie durant la grossesse d’Elisabeth, de même elle a accompagné et accompagne la gestation de cette terre mexicaine bénie. Tout comme elle s’est fait présente au petit Juan, de la même manière, elle continue d’être présente à nous tous ; surtout à ceux qui, comme lui, sentent « qu’ils ne valaient rien » (cf. Nican Mopohua, 55).  Ce choix particulier, disons préférentiel, n’a été contre personne mais en faveur de tous. Le petit indio Juan qui se désignait lui-même comme « mecapal, cacaxtle, queue, aile, entièrement dépendant d’autrui » (cf. Ibid, 55), devenait « l’ambassadeur, vraiment digne de confiance ».

Ce matin de décembre 1531, se produisait le premier miracle qui sera ensuite la mémoire vivante de tout ce que Sanctuaire protège. Ce matin-là, lors de cette rencontre, Dieu a éveillé l’espérance de son enfant Juan, l’espérance de son peuple. Ce matin, Dieu a réveillé et réveille l’espérance des petits, des souffrants, des déplacés et des marginalisés, de tous ceux qui sentent qu’ils n’ont pas une place digne sur cette terre. Ce matin, Dieu s’est approché et s’approche du cœur souffrant mais endurant de tant de mères, pères, grands-parents, qui ont vu leurs enfants partir, se perdre, voire être arrachés de manière criminelle.

Ce matin-là, le petit Juan expérimente dans sa propre vie ce qu’est l’espérance, ce qu’est la miséricorde de Dieu. Il est choisi pour superviser, soigner, protéger et encourager la construction de ce Sanctuaire. A plusieurs occasions, il a dit à la Vierge qu’il n’était pas la personne indiquée, qu’au contraire, si elle voulait mener à bien cette œuvre, elle devrait choisir d’autres personnes, puisqu’il n’était pas cultivé, instruit ou qu’il ne faisait pas partie de ceux qui pouvaient le faire. Marie, obstinée – de cette obstination qui naît du cœur miséricordieux du Père – lui dit non, qu’il sera, lui, son ambassadeur.

Ainsi, elle réussit à éveiller une chose qu’il ne savait pas exprimer, un vrai étendard d’amour et de justice : dans la construction de cet autre sanctuaire, celui de la vie, celui de nos communautés, de nos sociétés et de nos cultures, personne ne peut être marginalisé. Nous sommes tous nécessaires, surtout ceux qui normalement ne comptent pas parce qu’ils ne sont pas ‘‘à la hauteur des circonstances’’ ou n’ ‘‘apportent pas le capital nécessaire’’ à ces constructions. Le Sanctuaire de Dieu est la vie de ses enfants, de tous et dans toutes leurs conditions, surtout celle des jeunes sans avenir, exposés à d’interminables situations douloureuses, risquées, et celle des personnes âgées non reconnues, oubliées à tant d’endroits. Le Sanctuaire de Dieu, ce sont nos familles qui ont besoin du minimum nécessaire pour pouvoir se construire et grandir. Le Sanctuaire de Dieu, c’est le visage de tant de personnes qui croisent nos chemins…

En venant à  ce Sanctuaire, il peut nous arriver la même chose qu’à Juan Diego. Regarder la Mère avec nos douleurs, nos peurs, nos désespoirs, nos tristesses et lui dire :  ‘‘Que puis-je apporter si je ne suis pas instruit ?’’ Regardons la mère avec des yeux qui disent : les situations qui nous ôtent la force sont si nombreuse, qui font sentir qu’il n’y a pas de place pour l’espérance, pour le changement, pour la transformation.

Voilà pourquoi, un peu de silence peut nous faire du bien ; tout comme la regarder, elle, la regarder longuement et calmement, et lui dire comme l’a fait l’autre enfant qui l’aimait beaucoup : ‘‘te regarder simplement – Mère -, laisser ouvert uniquement le regard ; te regarder entièrement sans rien te dire, tout te dire, sans paroles et avec respect. Ne pas perturber le vent de ton visage ; uniquement bercer ma solitude violée, dans tes yeux de Mère amoureuses et dans ton nid de terre transparente.

Les heures s’évanouissent ; secoués, les hommes insensés mordent  les déchets de la vie et de la mort, bruyamment.

Te regarder, Mère ; rien que te contempler, le cœur muet dans ta tendresse, dans ton silence chaste de lys’’ (Hymne liturgique).

Et dans cette contemplation, l’écouter une fois de plus nous redire : ‘‘que se passe-t-il mon fils le plus petit ? qu’est-ce qui attriste ton cœur’’ (cf. Nican Mopohua, 107.118) ‘‘Ne suis-je pas ici moi, moi qui ai l’honneur d’être ta mère ?’’ (Ibid, 119).

Elle nous dit qu’elle a l’‘’honneur’’ d’être notre mère. Cela nous donne la certitude que les larmes de ceux qui souffrent ne sont pas stériles.  Elles sont une prière silencieuse qui monte vers le ciel et qui trouve toujours chez Marie une place sous son manteau. En elle et avec elle, Dieu se fait frère et compagnon de route, partage avec nous la croix pour que ne soyons pas écrasés par nos douleurs.

Ne suis-je moi, ta mère ? Ne suis-je pas présente ? Ne te laisse pas vaincre par tes douleurs, tes tristesses, nous dit-elle. Aujourd’hui, elle nous envoie de nouveau ; aujourd’hui, elle nous redit: sois mon ambassadeur, sois mon envoyé pour construire de nombreux et nouveaux sanctuaires, pour accompagner de nombreuses vies, pour essuyer de nombreuses larmes. Va simplement par les chemins du voisinage, de ta communauté, de ta paroisse comme mon ambassadeur ; bâtis des sanctuaires en partageant la joie de savoir que nous ne sommes pas seuls, qu’elle chemine avec nous. Sois mon ambassadeur, nous dit-elle, en donnant à manger à l’affamé, à boire à celui qui a soif, accueille celui qui est dans le besoin, habille celui qui est nu et visite le malade.  Va au secours du prisonnier, pardonne à celui qui t’a offensé, console celui qui est triste, sois patient avec les autres et surtout supplie et prie notre Dieu.

‘‘Ne suis-je pas ta mère ? Ne suis-je pas là ?’’, nous redit Marie. Va construire mon sanctuaire, aide-moi à bâtir la vie de mes enfants, tes frères.

Discours du pape François aux évêques du Mexique

Ce samedi 13 février, suite à sa rencontre avec le président, les autorités civiles et le corps diplomatique, le pape François s’est rendu à la cathédrale de Mexico pour rencontrer les évêques. Vous trouverez ci-dessous le discours qu’il leur a adressé:

Discours aux évêques

Cathédrale de Mexico, Mexique

Samedi 13 février 2016

Je suis heureux de pouvoir vous rencontrer le lendemain de mon arrivée dans ce pays bien-aimé, que, suivant les traces de mes Prédécesseurs, moi aussi, je viens visiter.

Je ne pouvais pas ne pas venir ! Le Successeur de Pierre, appelé du lointain sud latino-américain, pouvait-il se priver de l’opportunité de poser son regard sur la ‘‘Vierge Morenita’’ ?

Je vous remercie pour m’avoir accueilli dans cette Cathédrale, ‘‘petite maison’’ agrandie mais toujours ‘‘sacrée’’, qu’a demandée la Vierge de Guadalupe, et pour l’aimable mot de bienvenue que vous m’avez adressé.

Sachant qu’ici se trouve le cœur secret de chaque mexicain, j’entre sur la pointe des pieds comme il convient d’entrer dans la maison ainsi que dans l’âme de ce peuple, et je vous suis profondément reconnaissant de m’ouvrir la porte. Je sais qu’en contemplant les yeux de la Vierge, j’atteins le regard de votre peuple qui, en elle, a appris à se manifester. Je sais qu’aucune autre voix ne peut exprimer avec autant de profondeur le cœur mexicain comme la Vierge peut m’en parler ; elle protège ses plus hautes aspirations et ses espérances les plus cachées, elle recueille ses joies et ses larmes ; elle comprend ses nombreuses langues et leur répond avec la tendresse de Mère, parce que ce sont ses propres enfants.

Je suis heureux de vous rencontrer, ici dans les environs du ‘‘Mont du Tepeyac’’, comme à l’aube de l’évangélisation de ce Continent et, s’il vous plaît, je vous demande de me permettre d’exprimer tout ce que j’ai à vous dire en partant de la Guadalupan. Comme je voudrais que ce soit elle-même qui vous exprime, jusqu’au plus profond de vos âmes de Pasteurs et, par vous, à chacune de vos Eglises particulières présentes dans ce vaste Mexique, tout ce qui s’écoule intensément du cœur du Pape.

Comme le fit saint Juan Diego et comme le firent les générations successives des enfants de la Guadalupana, le Pape également, depuis longtemps cultivait le désir de la regarder. Mieux, je voulais, moi-même, être sous son regard maternel. J’ai beaucoup réfléchi sur le mystère de ce regard et je vous prie d’accueillir ce qui jaillit de mon cœur de Pasteur en ce moment.

Un regard de tendresse !

Avant tout, la ‘‘Vierge Morenita’’ nous enseigne que l’unique force capable de conquérir le cœur des hommes est la tendresse de Dieu. Ce qui enchante et attire, ce qui fait fléchir et vainc, ce qui  ouvre et déchaîne, ce n’est pas la force des instruments ou la dureté de la loi, mais la faiblesse toute-puissante de l’amour divin, qui est la force irrésistible de sa douceur et la promesse irréversible de sa miséricorde.

Un remuant et important homme de lettres, (Octavio Paz), a dit qu’à Guadalupe, on ne demande plus l’abondance des récoltes ou la fertilité de la terre, mais qu’on y cherche un sein à travers lequel les hommes, toujours orphelins et déshérités, sont à la recherche d’un abri, d’un foyer.

Des siècles après l’évènement fondateur de ce pays et de l’évangélisation du Continent, le besoin de sein qui fait languir le cœur du peuple qui vous a été confié s’est-il estompé, est-il oublié ?

Je connais la longue et douloureuse histoire que vous avez traversée, non sans répandre beaucoup de sang, non sans de fortes et déchirantes convulsions, non sans violence et incompréhensions. Avec raison, mon vénéré et saint Prédécesseur, qui, au Mexique, se sentait comme dans sa maison, a voulu rappeler que : «[son] histoire est traversée, comme des fleuves parfois occultes mais toujours abondants, par trois réalités qui se rencontrent à certains moments et qui à d’autres révèlent leur différences complémentaires, sans jamais se confondre entièrement: l’ancienne et riche sensibilité des peuples autochtones qui aimèrent Juan de Zumárraga et Vasco de Quiroga, que beaucoup de ces peuples continuent à appeler pères, le christianisme enraciné dans l’âme des Mexicains et la rationalité moderne, d’origine européenne, qui a tant de fois voulu exalter l’indépendance et la liberté» (Jean-Paul II, Discours lors de la cérémonie de bienvenue au Mexique, le 22 janvier 1999).

Et dans cette histoire, le sein maternel qui a continuellement engendré le Mexique, même si parfois il paraissait un ‘‘filet qui recueillait cent cinquante-trois poissons’’ (Jn 21, 11) ne s’est jamais révélé stérile, et les fractures menaçantes se sont toujours résorbées.

C’est pourquoi je vous invite à repartir de ce besoin de sein qui émane de l’âme de votre peuple. Le sein de la foi chrétienne est capable de réconcilier le passé souvent marqué de solitude, d’isolement et de marginalisation, avec l’avenir continuellement relégué à un lendemain qui s’esquive. Ce n’est que dans ce sein qu’on peut, sans renoncer à sa propre identité, «[découvrir] la profonde vérité de la nouvelle humanité, dans laquelle tous sont appelés à être fils de Dieu » (Id., Homélie à l’occasion de la canonisation de saint Juan Diego).

Inclinez-vous donc, délicatement et avec respect, sur l’âme profonde de votre peuple, descendez en faisant attention et déchiffrez son mystérieux visage. Le présent, fréquemment dissous dans la dispersion et la fête, n’introduit-il pas à Dieu qui est uniquement et pleinement présent ? La familiarité avec la douleur et la mort ne sont-elles pas des formes de courage et des chemins vers l’espérance ? Percevoir que le monde doit être toujours et seulement sauvé n’est-ce pas un antidote contre l’autosuffisance arrogante de ceux qui croient pouvoir se passer de Dieu ?

Bien entendu, en raison de tout cela, un regard capable de refléter la tendresse de Dieu est nécessaire. Soyez, par conséquent, des Evêques au regard limpide, à l’âme transparente, au visage lumineux. N’ayez pas peur de la transparence. L’Eglise n’a pas besoin de l’obscurité pour travailler. Veillez à ce que vos regards ne soient pas obscurcis par les pénombres du brouillard de la mondanité ; ne vous laissez pas corrompre par le matérialisme trivial ni par les illusions séductrices des accords [conclus] en dessous de la table ; ne mettez pas votre confiance dans les ‘‘chars et les chevaux’’ des pharaons actuels, car notre force est la ‘‘colonne de feu’’ qui divise les eaux de la mer en les fendant en deux, sans grand bruit (Ex 14, 24-25).

Le monde dans lequel le Seigneur nous appelle à accomplir notre mission est devenu très complexe. Et cela, bien que l’arrogante idée du ‘‘cogito’’, qui ne niait pas qu’il y ait au moins un roc sur le sable de l’être, soit aujourd’hui dominée par une conception de la vie, jugée par beaucoup, plus que jamais, vacillante, errante et affaiblie parce que sans substrat solide. Les frontières si fortement invoquées et soutenues sont devenues perméables à la nouveauté d’un monde dans lequel la force de certains ne peut plus se maintenir sans la vulnérabilité des autres. L’irréversible caractère hybride de la technologie rend proche ce qui était lointain, mais malheureusement, il éloigne ce qui devrait être proche.

Et précisément c’est dans ce monde que Dieu vous demande d’avoir un regard capable de saisir l’interrogation fusant du cœur de votre peuple, l’unique qui a dans son calendrier une ‘‘fête du cri’’. A ce cri, il faut répondre que Dieu existe et est proche à travers Jésus. Que seul Dieu est la réalité sur laquelle on peut construire, car « Dieu est la réalité fondatrice, non pas un Dieu seulement pensé ou hypothétique, mais bien un Dieu au visage humain » (Benoît XVI, Discours inaugural de la Vème Conférence générale du CELAM, 13 mai 2007).

Dans vos regards, le peuple mexicain a le droit de trouver les traits de ceux qui ‘‘ont vu le Seigneur’’(cf. Jn 20, 25), de ceux qui ont été avec Dieu. C’est l’essentiel. Ne perdez donc pas du temps et des énergies dans les choses secondaires, dans les commérages et les intrigues, dans les vains projets de carrière, dans les plans vides d’hégémonies, dans les clubs stériles d’intérêts ou de coteries. Ne vous laissez pas entraîner par les rumeurs et les médisances. Introduisez vos prêtres dans cette compréhension du ministère sacré. Nous autres, ministres de Dieu, la grâce de ‘‘boire le calice du Seigneur’’, le don de protéger la part de son héritage qui nous est confiée, nous suffit, même si nous sommes des administrateurs inexpérimentés.  Laissons le Père nous assigner la place qui nous a été préparée (Mt 20, 20-28). Pouvons-nous vraiment nous occuper d’affaires autres que celles du Père ? En dehors des ‘‘affaires du Père’’(Lc 2,48-49), nous perdons notre identité et, de manière coupable, nous rendons vaine sa grâce.

Si notre regard ne témoigne pas d’avoir vu Jésus, alors ses paroles dont nous faisons mémoire ne représenteraient que des figures rhétoriques vides. Peut-être exprimeraient-elles la nostalgie de ceux qui ne peuvent pas oublier le Seigneur, mais de toute façon, elles ne seraient que le balbutiement d’orphelins près du tombeau. Des mots en fin de compte incapables d’empêcher que le monde soit abandonné et réduit à sa propre puissance désespérée.

Je pense à la nécessité d’offrir un sein maternel aux jeunes. Que vos regards soient capables de croiser leurs regards, de les aimer et de saisir ce qu’ils cherchent avec ce courage avec lequel beaucoup, comme eux, ont quitté barques et filets sur l’autre rive de la mer (Mc 1, 17-18), ont abandonné des bancs d’extorsions en vue de suivre le Seigneur de la vraie richesse (Mt 9, 9).

Je suis particulièrement préoccupé par beaucoup d’entre eux, qui, séduits par la puissance du monde, exaltent les chimères et se revêtent de leurs macabres symboles pour commercialiser la mort en échange de trésor qu’en fin de compte les mites et la rouille dévorent, et qui incite les voleurs à percer les murs (cf. Mt 6, 20). Je vous demande de ne pas sous-évaluer le défi moral et anticivique que représente le narcotrafic pour la société mexicaine, y compris l’Eglise.

La proportion du phénomène, la complexité de ses causes, l’immensité de son extension comme une métastase qui dévore, la gravité de la violence qui désagrège, tout comme ses connexions néfastes, ne nous permettent pas à nous, Pasteurs de l’Eglise, de nous réfugier derrière des condamnations génériques. Mais tout cela exige un courage prophétique ainsi qu’un projet pastoral sérieux et de qualité, pour contribuer, progressivement, à resserrer ce délicat réseau humain, sans lequel tous, nous serions dès le départ vaincus par cette insidieuse menace. En commençant d’abord par les familles ; en nous approchant et en embrassant la périphérie humaine et existentielle des territoires dévastés de nos villes ; en impliquant les communautés paroissiales, les écoles, les institutions communautaires, les communautés politiques, les structures de sécurité ; c’est seulement ainsi qu’on pourra se libérer totalement des eaux dans lesquelles malheureusement se noient tant de vies, que ce soit celle de celui qui meurt comme victime, que ce soit celle de celui qui devant Dieu aura toujours du sang sur les mains, même s’il a les poches pleines d’argent sale et la conscience anesthésiée.

Un regard capable de tisser

Dans le manteau de l’âme mexicaine, Dieu a tissé, avec le fil des empreintes métisses de son peuple, le visage de sa manifestation dans la ‘‘Morenita’’. Dieu n’a pas besoin de couleurs ternes pour peindre son visage. Les desseins de Dieu ne sont pas conditionnés par les couleurs et par les fils, mais ils sont déterminés par l’irréversibilité de son amour qui veut avec persistance s’imprimer en nous.

Soyez, par conséquent, des Evêques capables d’imiter cette liberté de Dieu en choisissant ce qui est humble pour rendre visible la majesté de son visage et de faire vôtre cette patience divine en tissant, avec le fil fin de l’humanité que vous trouvez, cet homme nouveau que votre pays espère. Ne vous laissez pas guider par le vain désir de changer de peuple comme si l’amour de Dieu n’avait pas assez de force pour le changer.

Redécouvrez, en effet, la constance sage et humble avec laquelle les Pères de la foi de ce pays ont su introduire les générations successives dans la sémantique du mystère divin. D’abord, en apprenant, et ensuite, en enseignant la grammaire nécessaire pour dialoguer avec ce Dieu, caché durant les siècles de leur recherche et fait proche dans la personne de son Fils Jésus, qu’aujourd’hui tant de personnes reconnaissent dans la figure ensanglantée et humiliée, comme symbole de leur propre destin. Imitez sa condescendance et sa capacité de s’abaisser. Nous ne comprendrons jamais assez le fait qu’avec les fils métis de notre peuple Dieu a tissé le visage par lequel il se fait connaître ! Jamais, nous ne serons assez reconnaissants.

Je vous demande un regard d’une délicatesse singulière pour les peuples indigènes et pour leurs fascinantes cultures souvent occultées. Le Mexique a besoin de leurs racines amérindiennes pour ne pas être réduit à une énigme irrésolue. Les indigènes du Mexique attendent encore qu’on reconnaisse effectivement la richesse de leur contribution et la fécondité de leur présence pour assumer cette identité qui fait de vous une Nation unique et non seulement une parmi d’autres.

On a souvent évoqué le présumé destin inachevé de cette Nation, le ‘‘labyrinthe de la solitude’’ dans lequel elle serait emprisonnée, la géographie comme destin qui la piège. Pour certains, tout cela serait un obstacle au projet d’un visage unitaire, d’une identité adulte, d’une position singulière dans le concert des nations et d’une mission partagée.

Pour d’autres, l’Eglise au Mexique serait également condamnée à choisir entre subir l’infériorité à laquelle elle a été reléguée dans certaines périodes de son histoire, comme lorsque sa voix a été étouffée et qu’on a cherché à limiter sa présence, ou à s’aventurer dans les fondamentalismes pour réacquérir des certitudes provisoires en oubliant d’enraciner dans son cœur la soif de l’Absolu et le fait qu’elle est appelée dans le Christ à réunir tous et non seulement une partie (cf. Lumen gentium, 1, 1).

Ne vous lassez pas en revanche de rappeler à votre peuple combien sont puissantes les racines anciennes qui ont permis la vivante synthèse chrétienne de communion humaine, culturelle et spirituelle qui a été forgée ici. Souvenez-vous que les ailes de votre peuple se sont déjà déployées plusieurs fois au-dessus de nombreuses vicissitudes. Préservez la mémoire du long chemin parcouru jusqu’à présent et sachez susciter l’espérance de nouveaux objectifs, car demain sera une terre ‘‘riche de fruits’’ même s’il nous confronte à des défis non négligeables (Nm 13, 27-28).

Que vos regards, posés toujours et uniquement sur le Christ, soient capables de contribuer à l’unité de votre peuple ; de favoriser la réconciliation de ses différences et l’intégration de ses diversités ; de promouvoir la solution de ses problèmes endogènes ; de rappeler le haut niveau que le Mexique peut atteindre s’il apprend à s’appartenir avant d’appartenir à d’autres ; d’aider à trouver des solutions partagées et durables à ses misères ; de motiver la Nation tout entière à ne pas se contenter de moins que ce qu’elle espère de la façon mexicaine d’habiter le monde.

Un regard attentif et proche, pas endormi

Je vous prie de ne pas tomber dans la paralysie de donner de vieilles réponses aux questions nouvelles. Votre passé est une source de richesses à creuser qui peut inspirer le présent et illuminer l’avenir. Malheur à vous, si vous vous endormez sur vos lauriers ! Il ne faut pas mépriser l’héritage reçu, sauvegardez-le par un travail constant. Vous êtes assis sur les épaules de géants : évêques, prêtres, religieux, religieuses et les laïcs, fidèles ‘‘jusqu’au bout’’,  qui ont offert la vie pour que l’Eglise puisse accomplir sa propre mission. Du haut de ce podium, vous êtes appelés à lancer un large regard sur le champ du Seigneur pour planifier la semence et attendre la récolte.

Je vous invite à vous fatiguer sans peur dans la mission d’évangéliser et d’approfondir la foi à travers une catéchèse mystagogique qui sache faire trésor de la religiosité populaire de vos gens. Notre temps demande une attention pastorale aux personnes et aux groupes, qui  espèrent pouvoir aller à la rencontre du Christ vivant. Seule une courageuse conversion pastorale de nos communautés peut retrouver, générer et nourrir les disciples actuels de Jésus (Document d’Aparecida, 226, 368, 370).

Par conséquent, nous autres pasteurs, il nous faut surmonter la tentation de la distance et du cléricalisme, de la froideur et de l’indifférence, du triomphalisme et de l’autoréférentialité. Guadalupe nous enseigne que Dieu a un visage familier, que la proximité et la bienveillance peuvent plus que la force.

Comme l’enseigne la belle tradition  de Guadalupe, la ‘‘Morenita’’ protège les regards de ceux qui la contemplent, reflète le visage de ceux qui la rencontrent. Il faut apprendre qu’il y a une chose d’unique dans chacun de ceux qui, à la recherche de Dieu, nous regardent. Il nous revient de ne pas nous rendre imperméables à ces regards, de garder en nous chacun d’eux, de les conserver dans le cœur, de les sauvegarder.  

Seule une Eglise qui sait garder le visage des hommes qui vont frapper à sa porte est capable de leur parler de Dieu. Si nous ne déchiffrons pas leurs souffrances, si nous ne nous rendons pas compte de leurs besoins, nous ne pourrons rien leur offrir. La richesse que nous avons ne coule que lorsque nous rencontrons la petitesse de ceux qui mendient et, précisément, cette rencontre se réalise dans notre cœur de Pasteurs.

Le premier visage que je vous supplie de protéger dans votre cœur est celui de vos prêtres. Ne les laissez pas exposés à la solitude et à l’abandon, en proie à la mondanité qui dévore le cœur. Soyez attentifs et apprenez à lire [dans] leurs regards pour vous réjouir avec eux lorsqu’ils sentent la joie de raconter ce qu’ils « ont fait et enseigné » (Mc 6, 30), et également pour ne pas reculer lorsqu’ils se sentent un peu abattus et ne peuvent que pleurer parce qu’ils « ont renié le Seigneur » (Lc 22, 61-62), et aussi pour les soutenir, en communion avec le Christ, quand l’un ou l’autre, sortira avec Judas « dans la nuit » (Jn 13, 30). Que jamais, dans ces situations, ne manque votre paternité, en tant qu’Evêques, à vos prêtres. Encouragez la communion entre eux ; promouvez leurs dons ; intégrez-les dans les grandes causes, car le cœur de l’apôtre n’a pas été fait pour des choses petites.

Le besoin de familiarité habite dans le cœur de Dieu. Notre Dame de Guadalupe ne demande, en effet, qu’une « petite maison sacrée ». Nos peuples latino-américains comprennent bien le langage diminutif et très volontiers l’utilisent. Peut-être ont-ils besoin de diminutif parce qu’autrement ils se sentiraient perdus. Ils se sont adaptés au fait de se sentir diminués et sont habitués à vivre dans la modestie.

L’Eglise, lorsqu’elle se réunit dans une majestueuse Cathédrale, ne pourra s’empêcher de se comprendre comme un ‘‘petite maison’’ dans laquelle ses enfants peuvent  se sentir à l’aise. On se maintient devant Dieu seulement si on est petit, si on se sent orphelin, si on est mendiant.

‘‘Petite maison’’ familiale et en même temps ‘‘sacrée’’, car la proximité est remplie de la grandeur toute-puissante. Nous sommes les gardiens de ce mystère ! Peut-être avons-nous perdu ce sens de l’humble mesure divine et nous sommes fatigués d’offrir aux nôtres la ‘‘petite maison’’ dans laquelle ils se sentiront en intimité avec Dieu. Il se peut également qu’ayant découvert un peu le sens de sa grandeur, on ait perdu une partie de la crainte révérencielle envers cet amour. L’homme ne peut accéder à l’endroit où Dieu habite, sans y être admis et il n’y entre qu’en ôtant ses sandales (cf. Ex 3, 5) pour confesser sa propre insuffisance.

Ce fait d’avoir oublié d’‘‘ôter les sandales’’ pour entrer, n’est-il vraisemblablement pas à la racine de la perte du sens de la sacralité de la vie humaine, de la personne, des valeurs essentielles, de la sagesse accumulée au long des siècles, du respect de la nature ? Sans récupérer, dans la conscience des hommes et de la société, ces racines profondes, il manquera, même au travail généreux en faveur des droits humains légitimes, la sève vitale qui peut provenir uniquement d’une source que l’humanité ne pourra jamais se donner elle-même.

Un regard d’ensemble et d’unité

Rien qu’en regardant la ‘‘Morenita’’, on saisit entièrement le Mexique. Par conséquent, je vous invite à comprendre que la mission que l’Eglise vous confie demande ce regard qui embrasse la totalité. Et cela ne peut se réaliser de manière isolée, mais seulement en communion.

La Gudalupana  est ceinte d’une cordon qui annonce sa fécondité. C’est la Vierge qui a déjà dans son sein le Fils attendu par les hommes. C’est la Mère qui a déjà conçu l’humanité du nouveau monde naissant. C’est l’Epouse qui préfigure la maternité féconde de l’Eglise du Christ. Vous avez la mission de ceindre l’entière Nation mexicaine de la fécondité de Dieu. Aucune partie de ce cordon ne peut être méprisée.

L’épiscopat mexicain a accompli de remarquables progrès en ces années conciliaires ; ses membres ont augmenté ; la formation continue et qualifiée a été promue ; le climat fraternel n’a pas manqué ; l’esprit de collégialité a crû ; les interventions pastorales ont eu un impact sur vos Eglises et sur la conscience nationale ; les travaux pastoraux  partagés ont été fructueux dans les domaines essentiels de la mission ecclésiale tels que la famille, les vocations, la présence sociale.

Tandis que nous nous réjouissons du parcours de ces années, je vous demande de ne pas vous laisser décourager par les difficultés et de ne ménager aucun effort possible pour promouvoir, entre vous et dans vos diocèse, le zèle missionnaire, surtout en direction des régions qui ont le plus besoin de l’unique corps de l’Eglise mexicaine. Redécouvrir que l’Eglise est mission est fondamental pour son avenir, car seul ‘‘l’enthousiasme, l’émerveillement convaincu’’ des évangélisateurs a la force pour entraîner. Je vous demande, par conséquent, de prendre spécialement soin de la formation et de la préparation des laïcs, en surmontant toute forme de cléricalisme et en les impliquant activement dans la mission de l’Eglise, surtout dans la tâche de rendre présent, par le témoignage de leur propre vie, l’évangile du Christ dans le monde.  

Un témoignage unificateur de la synthèse chrétienne et une vision partagée de l’identité ainsi que du destin de vos gens aideraient beaucoup ce peuple mexicain. Dans ce sens, il serait très important que l’Université Pontificale du Mexique soit toujours davantage au cœur des efforts de l’Eglise pour assurer ce regard d’universalité sans laquelle la raison, réduite à des unités partielles, renonce à sa plus haute aspiration de recherche de la vérité.

La mission est vaste et la faire progresser exige de multiples voies. Et avec la plus vive insistance, je vous exhorte à conserver la communion et l’unité entre vous. La communion est la forme vitale de l’Eglise et l’unité de ses pasteurs donne la preuve de sa véracité. Le Mexique ainsi que sa vaste et multiforme Eglise ont besoin d’Evêques serviteurs et gardiens de l’unité fondée sur la Parole du Seigneur, alimentée par son Corps et guidée par son Esprit qui est le souffle vital de l’Eglise.

Les ‘‘principes’’ ne sont pas nécessaires, mais une communauté de témoins du Seigneur l’est. Le Christ est l’unique lumière ; il est la source d’eau vive ; de son souffle émane l’Esprit qui déploie les voiles de la barque ecclésiale. Dans le Christ glorifié, que les gens de ce peuple aiment honorer comme Roi, allumez ensemble la lumière, soyez comblés de sa présence qui ne s’épuise pas ; respirez à pleins poumons l’air de son Esprit. Il vous revient de semer le Christ dans cette terre, de maintenir allumée son humble lumière qui éclaire sans aveugler, d’assurer que la soif du peuple soit étanchée par ses eaux ; d’étendre les voiles pour que le souffle de l’Esprit les déploie et que la barque de l’Eglise au Mexique ne fasse pas naufrage.

Souvenez-vous-en, l’Epouse sait bien que le Pasteur bien-aimé (Ct 1, 7) ne se trouvera que là où le pâturage est vert et où les cours d’eau sont cristallins. L’Epouse ne fait pas confiance aux compagnons de l’Epouse qui, parfois soit par négligence soit par incapacité conduisent le troupeau par des endroits arides et rocheux. Malheur à nous pasteurs, compagnons du Pasteur Suprême, si nous laissons son Epouse errer parce que l’Epoux ne se trouve pas dans la tente que nous avons construite !

Permettez-moi un dernier mot pour exprimer l’appréciation du Pape pour tout ce que vous faites afin d’affronter le défi de notre époque représentée par les migrations. Ce sont des millions d’enfants de l’Eglise qui vivent aujourd’hui dans la diaspora ou en transit, se déplaçant vers le Nord à la recherche de nouvelles opportunités. Beaucoup d’entre eux laissent derrière eux leurs propres racines pour aller à l’aventure, même dans la clandestinité qui implique tout genre de risques, en quête du ‘‘feu vert’’ qu’ils considèrent comme leur espérance. Tant de familles sont divisées ; et l’intégration dans la supposée ‘‘terre promise’’ n’est pas toujours aussi facile qu’on le croit.

Chers frères, que vos cœurs soient capables de les suivre et de les rejoindre au-delà des frontières. Renforcez la communion avec vos frères de l’épiscopat des Etats-Unis d’Amérique pour que la présence maternelle de l’Eglise maintienne vivantes les racines de leur foi, les raisons de leurs espérances et la force de leur charité.  Leurs harpes pendues, que leurs joies ne se taisent pas, qu’ils n’oublient pas Jérusalem et ne deviennent pas des ‘‘exilés hors d’eux-mêmes’’ (Ps 136). Qu’ils témoignent ensemble que l’Eglise est gardienne d’une vision unitaire de l’homme et ne peut accepter qu’il soit réduit à une pure ‘‘ressource’’ humaine.

L’empressement de vos diocèse à passer un peu de baume sur les pieds meurtris de ceux qui traversent vos territoires et à dépenser pour eux l’argent difficilement recueilli ne sera pas vain ; le Samaritain divin, en fin de compte, enrichira celui qui n’est pas passé, indifférent, devant lui lorsqu’il gisait au sol sur le chemin (Lc 10, 25-37).

Chers frères, le pape est sûr que le Mexique et son Eglise arriveront à temps au rendez-vous avec eux-mêmes, avec l’histoire, avec Dieu. Peut-être une pierre en chemin retardera-t-elle la marche, et la fatigue du voyage exigera-t-elle un arrêt, mais ce ne sera jamais suffisant pour faire manquer le but. Car, peut-il arriver tard celui qui a une mère qui l’attend ? Celui qui peut sentir sans cesse résonner dans son propre cœur ‘‘ne suis-je pas ici, moi qui suis ta Mère’’ ?

Discours du pape François aux autorités civiles du Mexique

Ce samedi 13 février, le pape François a rencontré les autorités civiles et le corps diplomatique au Palais national à Mexico. Voici le discours qu’il a prononcé:

Monsieur le Président,

Membres du Gouvernement de la République,

Distinguées autorités,

Représentants de la société civile,

Mes frères dans l’Episcopat,

Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie, Monsieur le Président pour les paroles de bienvenue que vous m’avez adressées. C’est un motif de joie de pouvoir fouler cette terre mexicaine qui occupe une place spéciale dans le cœur des Américains. Aujourd’hui, je viens comme missionnaire de miséricorde et de paix mais également comme un fils qui veut rendre hommage à sa mère, la Vierge de Guadalupe, et se laisser regarder par elle.

En cherchant à être un bon fils, en suivant les traces de la Mère, je veux, en même temps, rendre hommage à ce peuple et à cette terre si riche de cultures,  d’histoire et de diversité. A travers votre personne, Monsieur le Président, je voudrais saluer et embrasser le peuple mexicain dans ses multiples expressions et dans les situations les plus variées  qu’il vit. Merci de me recevoir aujourd’hui sur cette terre.

Le Mexique est un grand pays, doté d’abondantes ressources naturelles et d’une énorme biodiversité qui s’étend sur tout son vaste territoire. Sa position géographique privilégiée en fait un point de référence pour l’Amérique ; et ses cultures indigènes, métisses et créoles lui confèrent une identité propre qui lui offre une richesse culturelle qu’il n’est pas toujours facile de trouver et surtout de valoriser. La sagesse ancestrale liée à sa multi-culturalité est, de loin, l’une de ses meilleures ressources identitaires. Cette identité, qu’elle a appris progressivement à gérer dans la diversité, constitue sans doute un riche patrimoine à mettre en valeur, à promouvoir et à préserver.

Je pense et j’ose dire que la principale richesse du Mexique aujourd’hui a un visage jeune ; oui, ce sont ses jeunes. Un peu plus de la moitié de la population est jeune. Cela permet de penser et de préparer l’avenir, le lendemain. Cela offre espérance et perspective. Un peuple jeune est un peuple capable de se rénover, de se transformer ; c’est une invitation à élever le regard avec espoir vers l’avenir et – en même temps – cela nous interpelle positivement dans le présent. Cette réalité nous conduit inévitablement à réfléchir sur notre propre responsabilité dans la construction du Mexique que nous appelons de tous nos vœux, le Mexique que nous voulons léguer aux futures générations. Cela nous conduit à nous rendre compte également qu’un avenir d’espérance se forge dans la vie présente d’hommes et de femmes justes, honnêtes, capables de s’engager pour le bien commun, ce ‘‘bien commun’’ qui, en ce XXIème siècle, n’est pas très prisé. L’expérience nous montre que chaque fois que nous cherchons la voie du privilège ou du bénéfice de quelques-uns au détriment du bien de tous, tôt ou tard, la vie en société devient un terrain fertile pour la corruption, le narcotrafic, l’exclusion des cultures différentes, la violence, y compris pour le trafic de personnes, la séquestration et la mort, causant la souffrance et freinant le développement.

Le peuple mexicain met son espérance dans l’identité qui s’est forgée dans de durs et difficiles moments de son histoire par de remarquables témoignages de citoyens qui ont compris que, pour pouvoir surmonter les situations nées de la fermeture de l’individualisme, était nécessaire l’accord des Institutions politiques, sociales et économiques, ainsi que celui de tous les hommes et femmes engagés dans la recherche du bien commun et dans la promotion de la dignité de la personne.  

Une culture ancestrale et un capital humain prometteur, comme les vôtres, doivent être la source d’inspiration pour que nous trouvions de nouvelles formes de dialogue, de négociation, de ponts capables de nous guider sur la voie de l’engagement solidaire. Un engagement dans lequel tous, en commençant par nous qui nous appelons chrétiens, nous devons nous consacrer à la construction d’«une politique vraiment humaine » (Gaudium et spes, n. 73) et d’une société dans laquelle personne ne doit se sentir victime de la culture de rejet.

Il revient, de façon spéciale, aux dirigeants de la vie sociale, culturelle et politique, de travailler pour offrir à tous les citoyens l’opportunité d’être de dignes acteurs de leur propre destin, dans leur famille et dans tous les domaines où se développe la société humaine, en leur facilitant un accès réel aux biens matériels et spirituels indispensables : logement décent, travail digne, nourriture, justice réelle, sécurité effective, un environnement sain et de paix.

Il ne s’agit pas seulement d’une affaire de lois qui exigent des mises à jour et des amendements – toujours nécessaires –, mais d’une formation urgente à la responsabilité personnelle de chacun dans le plein respect de l’autre en tant que coresponsable de la cause commune de promotion du développement national. C’est une tâche qui implique tout le peuple mexicain dans les diverses instances aussi bien publiques que privées, autant collectives qu’individuelles.

Je vous assure, Monsieur le Président, que dans cet effort, le Gouvernement mexicain peut compter sur la collaboration de l’Eglise catholique, qui a accompagné la vie de cette Nation et qui renouvelle son engagement ainsi que sa volonté de servir la grande cause de l’homme : l’édification de la civilisation de l’amour.

Je me prépare à parcourir ce beau et grand pays en qualité de missionnaire et de pèlerin qui veut revivre avec vous l’expérience de la miséricorde comme un nouvel horizon de possibilité qui est inévitablement porteur de justice et de paix.

Et je me place sous le regard de Marie la Vierge de Guadalupe afin que, par son intercession, le Père miséricordieux fasse que ces journées et l’avenir de cette terre soient une opportunité de rencontre, de communion et de paix.

Merci beaucoup !

Église en sortie 12 février 2016

Cette semaine à l’émission Église en sortie, nous vous offrons une édition spéciale sur le Congrès national Rise Up 2015 de CCO/Mission Campus qui a eu lieu à Montréal du 28 au 31 décembre dernier. Dans cet épisode, nous vous présentons un résumé de cette conférence suivie d’une entrevue réalisée avec Mme Leah Darrow, conférencière et auteure catholique. Elle s’est entretenue avec Francis Denis sur son parcours personnel ainsi que sur l’importance de la foi dans sa vie. En troisième partie de l’émission, nous vous proposons une entrevue avec le Dr. Andrew Bennett, ambassadeur canadien pour la liberté religieuse. Il nous parle de la mission du bureau dont il est responsable et de l’enjeu crucial que représente la promotion de la liberté religieuse dans le monde d’aujourd’hui.

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