Compte-rendu de lecture : The Unbroken Thread

(Image : courtoisie de Unsplash)

La critique du caractère libéral, individualiste et matérialiste des sociétés occidentales n’est pas nouvelle, mais s’inscrit plutôt dans une longue tradition qui accompagne le développement de cet état particulier de la société. Le recours aux grandes œuvres et aux formes traditionnelles ou classiques de la sagesse comme remède à ces errances n’est pas plus original; c’est plutôt le contraire. 

C’est dans cette disposition particulière que je me suis trouvé lorsque j’ai pris connaissance du dernier livre de Sohrab Ahmari – The Unbroken Thread : Discovering the Wisdom of Tradition in an Age of Chaos, une livre qui n’est malheureusement pas encore disponible en français. Si le thème peut sembler convenu, l’approche de Sohrab Ahmari a été saluée par des figures de proue des cercles intellectuels chrétiens américains, dont le cardinal Timothy Dolan. 

Journaliste américain d’origine iranienne, Ahmari a publié en 2016 le récit de sa conversion au catholicisme dans le Catholic Herald sous le titre My journey from Tehran to Rome (Mon parcours de Téhéran à Rome), soulignant que la première expression de son désir de rejoindre l’Église catholique a coïncidé dans le temps avec le martyr du père Jacques Hamel. 

De manière générale, il convient de souligner l’originalité de son parcours. Issu d’un milieu intellectuel sophistiqué, Ahmari quitte l’Iran pour les États-Unis avec sa famille en 1998, à l’âge de 13 ans. Juriste de formation, il a été politisé par le soulèvement post-électoral de 2009 en Iran, et est devenu journaliste, publiant dans de grands médias tels que le Wall Street Journal et le magazine Commentary. Il a documenté son chemin de foi dans son livre From Fire, by Water, un ouvrage publié en 2019. 

Si l’auteur a pu montrer son goût pour la polémique à certaines occasions, on découvre dans son dernier ouvrage un père préoccupé et un intellectuel capable d’un raffinement et d’une subtilité qu’on ne lui a pas toujours reconnus. 

The Unbroken Thread est donc une entreprise de revalorisation des formes traditionnelles de sagesse qui dépasse largement les frontières de l’Église catholique. Essentiellement composé de deux parties, chacune subdivisée en chapitres, le livre s’articule autour d’une série de questions spécifiques auxquelles l’auteur se propose de trouver des réponses, en faisant appel à des personnages parfois bien connus du lectorat catholique, mais aussi très souvent issus d’un tout autre monde. 

Dans la première partie du livre, Ahmari aborde des questions qu’il considère comme étant l’affaire de Dieu : des sujets tels que le sens de la vie, la rationalité de la croyance en Dieu, et les origines du repos dominical, par exemple. Il aborde également des questions telles que la nature et la nécessité de la politique ou la possibilité d’une spiritualité qui s’affranchit de la religion en tant que telle.   

La deuxième partie du livre s’articule plutôt autour des affaires humaines, comme le dit l’auteur. Il aborde notre rapport à l’autorité parentale et à l’autonomie de la pensée, mais aussi, par exemple, la place de la sexualité humaine par rapport au bien commun. Si Ahmari convoque pour étayer sa réflexion des figures marquantes de l’histoire universelle, comme par exemple Confucius, le célèbre sage chinois, il se sert également des œuvres de figures contemporaines surprenantes, comme la militante féministe radicale Andrea Dworkin, dont il évoque les écrits polémiques contre la pornographie pour ouvrir une réflexion passionnante sur la fragilité intrinsèque de la sexualité humaine.  

De manière générale, ses réflexions sur notre rapport au corps sont parmi les éléments les plus forts de l’analyse d’Ahmari, à qui l’on pourrait reprocher le manque de subtilité de la distinction faite entre les affaires divines et humaines dans son cadre d’analyse. Mais ce qui donne sa force, son originalité et son raffinement à la réflexion de Sohrab Ahmari, c’est l’enracinement de son propos dans son expérience de jeune père. Son livre se présente ainsi comme une sorte de réflexion pour son fils Maximilian, nommé en mémoire de Saint Maximilien Kolbe, auquel Ahmari voue une dévotion particulière. 

Le projet de revalorisation des grandes œuvres et de la sagesse traditionnelle est certes important, mais souvent présenté de manière froide et peu raffinée. Ahmari reprend ici cette proposition, en l’enrichissant d’une diversité d’acteurs qui font son originalité, à son meilleur lorsqu’elle aborde les questions les plus proches de la dignité du corps humain.

Compte-rendu de lecture : The Religion of the Apostles

(Image : courtoisie de Wikimedia)

Le paysage religieux de la société américaine se caractérise depuis ses origines par une grande diversité d’appartenances communautaires, une multiplication des conceptions de la foi chrétienne sous les auspices du protestantisme, généralement entendu, et une histoire ponctuée de vagues successives d’éveils spirituels.

Cependant, le protestantisme, ou le catholicisme, n’épuise pas la diversité du christianisme américain, tandis que l’Église orthodoxe est pleinement implantée sous la forme de nombreuses églises particulières généralement associées à un héritage issu des nombreuses vagues de migration qui ont fait de la société américaine contemporaine ce qu’elle est aujourd’hui.

Il serait erroné de réduire l’orthodoxie américaine à un phénomène migratoire, car elle comprend également une variété de convertis d’origine ouest-européenne. C’est à tous ces groupes et au-delà que semble s’adresser The Religion of the Apostles, du prêtre orthodoxe américain Stephen De Young, un livre malheureusement seulement disponible en Anglais à l’heure actuelle.

Titulaire d’un doctorat en études bibliques, le père De Young est le pasteur de l’Église orthodoxe antiochienne Archange Gabriel de Lafayette, en Louisiane. Il est également l’auteur du blog The Whole Counsel, dans lequel il discute des Saintes Écritures d’un point de vue chrétien orthodoxe. Il anime le balado The Whole Counsel of God, où il aborde les mêmes sujets. Avec le père Andrew Stephen Damick, il coanime The Lord of Spirits, une émission de radio où ils abordent les questions liées aux êtres spirituels d’un point de vue chrétien orthodoxe.

The Religion of the Apostles se propose de démontrer que dans l’Église orthodoxe subsiste la religion pratiquée par les apôtres de Jésus-Christ, qui étaient eux-mêmes informés par le judaïsme du Second Temple. En un sens, le livre a donc un caractère apologétique, bien qu’il vise également à éduquer le public intéressé sur les fondements anciens de la religion chrétienne, dans son expression orthodoxe, fondements qui, pour l’auteur, ont tendance à être écartés ou discrédités dans une société américaine contemporaine matérialiste.

Parlant ici d’un point de vue catholique, mon objectif n’est pas de contester la thèse de l’auteur, mais de mettre en évidence la structure du livre et les bénéfices éventuels que le lecteur peut en tirer, parmi lesquels le développement d’une vision réenchantée du monde, cohérente avec la foi chrétienne et une meilleure compréhension de son enracinement dans la tradition judaïque.

The Religion of the Apostles est essentiellement divisé en quatre sections, chacune subdivisée en chapitres. Tout d’abord, l’auteur traite directement de la figure de la divinité en relation avec l’idée de la Sainte Trinité. L’auteur déploie une argumentation approfondie visant à démontrer la continuité entre le judaïsme du Second Temple et le christianisme orthodoxe sur cette question.

La deuxième partie du livre de De Young est à mon avis la plus intéressante et la plus significative. L’auteur y expose sa conception du Conseil divin, mettant en relation les différents êtres et réalités spirituels officiant sous l’autorité du seul vrai Dieu. Avec sa compréhension sophistiquée et son savoir encyclopédique, De Young traite des créatures spirituelles – anges, démons, saints, géants, dieux, etc. – illustrant la profondeur et l’ampleur de leur importance dans la conception chrétienne de l’ordre créé en les mettant en relation avec la cosmologie antique. De Young s’attache ensuite à donner un sens à son entreprise en expliquant les implications de ses affirmations pour notre compréhension des faiblesses et des espoirs humains.

La troisième partie du livre se concentre sur les notions de création et de salut, en expliquant le sens de l’idée d’expiation dans sa conception chrétienne. Enfin, l’auteur aborde dans la quatrième et dernière partie la notion de peuple de Dieu et son évolution aux temps bibliques.

S’il met évidemment en valeur certaines particularités de la théologie orthodoxe qui ne sont pas toujours partagées par la Tradition catholique, et s’il est construit autour d’une argumentation que l’on serait tenté de remettre en question, le livre de De Young est aussi une occasion privilégiée de rencontrer une conception holistique de la Création – matérielle et immatérielle – qui, si elle trouve sa place dans les enseignements de l’Église catholique, n’est plus nommée ni prise au sérieux dans certains de nos milieux.

En un sens, la difficulté qui a motivé De Young à écrire ce livre, à savoir l’appauvrissement de la tradition spirituelle au contact de la modernité occidentale, est une difficulté partagée. Ainsi, le livre dont il est question ici est certainement une pierre de touche digne de considération.

Chaque enfant compte

Choc. Indignation. Tristesse. Souffrance.  Ce ne sont là que quelques-unes des émotions qui ont secoué notre pays et en particulier les communautés autochtones depuis la découverte de 215 enfants enterrés près de l’ancien pensionnat de Kamloops.

Aucune parole ne suffit pour rendre justice devant de telles horreurs. Aucun geste ne pourra compenser pour les violences commises à travers le Canada au cours des décennies et des siècles de notre histoire. Pourtant, nous devons faire briller la lumière de la transparence sur tout ce qui s’est passé.

Nous savons que de nombreux dirigeants ont une responsabilité réelle et urgente à cet égard. Il en va de même pour nous.

Nos cœurs, nos prières et notre solidarité se tournent vers les victimes et les survivants de tous les pensionnats, ainsi qu’à tous nos frères et sœurs autochtones partout au Canada. En même temps, nous devons écouter et avancer ensemble, main dans la main, vers la guérison, la justice, la réconciliation, la dignité et l’espérance d’un meilleur avenir.

Par où pouvons-nous commencer ?

Écouter. Les histoires des anciens élèves des pensionnats autochtones ont souvent rencontré l’indifférence plutôt que l’attention et le profond respect qu’elles méritent. Pour aller de l’avant, il faut comprendre les besoins et les témoignages réels de ceux qui ont souffert. Que peuvent faire chacun et chacune d’entre nous, pour se sensibiliser à la souffrance passée et présente des peuples autochtones ? 

Soutenir. De nombreuses façons, la détresse des peuples autochtones est la blessure la plus profonde de l’histoire canadienne. Il est de plus en plus évident que notre solidarité doit se traduire par des actes concrets de soutien qui promeuvent la dignité et les conditions de vie des personnes autochtones à travers le Canada. Quelles actions pouvez-vous poser dès maintenant ?

Être solidaire. Derrière les tragédies qui défilent dans les émissions d’actualité, il y a des visages, des histoires personnelles, des noms et des prénoms. Que pouvons-nous faire afin de développer des relations personnelles et des amitiés avec nos compatriotes autochtones ? Comment pouvons-nous nous engager personnellement ?

Sel + Lumière Média rend hommage au caractère sacré des vies qui ont été perdues. Chaque enfant compte.

Notre foi nous indique que la vie de chaque être humain est égale aux yeux de Dieu. Les paroles du pape François nous inspirent à reconnaître la dignité de tous les enfants de Dieu : 

« Il est quelque chose de fondamental et d’essentiel à reconnaître pour progresser vers l’amitié sociale et la fraternité universelle : réaliser combien vaut un être humain, combien vaut une personne, toujours et en toute circonstance. Si tous les hommes et femmes ont la même valeur, il faut dire clairement et fermement que ”le seul fait d’être né en un lieu avec moins de ressources ou moins de développement ne justifie pas que des personnes vivent dans une moindre dignité” (Evangelii Gaudium, no. 190) Il s’agit d’un principe élémentaire de la vie sociale qui est souvent ignoré de différentes manières par ceux qui estiment qu’il n’apporte rien à leur vision du monde ni ne sert à leurs fins. » (Fratelli Tutti, no. 106).

On a déjà beaucoup discuté de la nécessité d’une action de la part de l’Église face à ces révélations tragiques. Nous avons confiance que les responsables ecclésiastiques vont travailler avec assiduité pour aborder ce problème d’une manière qui corresponde à la gravité de cette tragédie.

En même temps, nous sommes l’Église. Le chemin de conversion de l’Église passe par chacune de nos vies.

Nous avons, toutes et tous, un rôle à jouer. Nous devons faire notre part pour honorer dignement la mémoire des 215 enfants décédés et rendre hommage à tous ceux qui ont souffert pendant tant d’années.

Que l’Esprit de notre Créateur nous guide sur ce chemin, des profondeurs de la nuit à la clarté d’une aube nouvelle.

 

Père Alan Fogarty, S.J.

Président-Directeur général

Fondation catholique Sel et Lumière média

 

Traduit de l’original anglais

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