Quand la République a peur des sectes…

Par Benoît Lévêque, séminariste en stage à Télévision Sel + Lumière

Le débat sur les sectes qui a agité durant quelques jours les politiciens français à la suite des déclarations d’Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet du président de la République, a donné l’opportunité d’ouvrir un débat trop souvent occulté. En réalité, la question n’est pas de savoir s’il faut interdire ou autoriser les sectes, même si la campagne en vue des élections municipales de dimanche prochain prête à ce raccourci, mais plutôt de déterminer précisément ce qu’est une secte.

A l’origine le terme n’a pas une connotation négative mais il désigne communément les organisations philosophiques ou religieuses manipulatrices et possiblement dangereuses pour leurs membres et pour la société. Selon quels motifs peut-on dissoudre un groupe, une association qui se réunit autour de croyances communes ?

Le premier article de la Constitution de 1958 précise que la France « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ». C’est donc très clair, les français peuvent adhérer à la religion ou à la secte de leur choix pourvu qu’ils ne portent pas atteinte à l’ordre public. La République laïque ne sachant pas distinguer ce qui est religieux de ce qui ne l’est pas ; son point d’appui ce sont les dérives sectaires. Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, a adressé une circulaire aux préfets le 25 février ordonnant de repérer les faits pénalement répréhensibles en précisant que l’arsenal juridique est « suffisant pour sanctionner les dérives sectaires ». La réalité, c’est que l’appréciation du problème n’est pas la même dans les différentes composantes de l’administration chargée de cette mission. Par exemple, le bureau des cultes du ministère de l’Intérieur reconnaît les Témoins de Jéhovah comme une religion alors que la Mivilitudes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires les considère comme fauteurs de trouble à l’ordre public. Il faut noter que ces deux institutions sont sous la responsabilité du même gouvernement. Ces divergences viennent sans doute d’un angle d’approche différent. Alors que les services du ministère de l’Intérieur se fient aux données judiciaires et policières qui relativisent l’importance des troubles à l’ordre public répréhensibles au vu du nombre de condamnations, la Mivilitudes qui travaille avec des groupes parlementaires et avec les associations d’aide aux victimes se montre beaucoup plus prompte à dénoncer la dangerosité de certains groupes. Ceci vaut à cette organisation d’être dénoncée par la Cour Européenne des droits de l’homme ou dans des rapports de l’ONU pour atteinte à la liberté de croyance. En effet, des groupes sont accusés de dérives sectaires selon des présomptions sérieuses mais qui relèvent de l’arbitraire.

Les catholiques ne peuvent que se féliciter de la vigilance de l’État à l’endroit des organisations déviantes qui prospèrent dans le milieu de la santé comme dans celui de l’entreprise. Mais depuis quelques années, la radicalisation des mouvements laïques ou « libres penseurs » dans la lutte contre les sectes inquiète. Le fait que les « experts » puissent déterminer si tel groupe ou telle communauté religieuse est une secte, est contesté par des religieux aussi bien que par des chercheurs qui mettent en doute le bien fondé des classements. La première version de la loi de lutte contre les dérives sectaires votée en 2001 donnait de larges possibilités pour les victimes présumées de se retourner contre les groupes religieux dont elles avaient fait partie. Avec l’objectif de rendre la vie des sectes plus difficile, la loi aurait aussi considérablement gêné les religions qui auraient été confrontées à des enquêtes judiciaires et policières pour déterminer si une personne a cru de son plein gré ou si elle a été endoctrinée.

Les anticléricaux qui luttent contre la présence des religions dans la sphère publique, trouvent dans les associations de lutte contre les dérives sectaires le lieu idéal pour poursuivre leur combat contre « les croyances qui aliènent les citoyens ». Ces « libres penseurs » se retrouvent alors dans le rôle des inquisiteurs qu’ils ont tant dénoncé.

L’aveugle-né ou comment fixer son regard sur la Lumière

Par le père Thomas Rosica, C.S.B.,

 

Dès le début de l’évangile de Jean, la question de l’origine est soulevée. Qui était Jésus? Qui l’a envoyé? Quelle école rabbinique a-t-il fréquentée? D’où tire-t-il son savoir? Où a-t-il appris à enfreindre la loi de Dieu? Ce sont de telles questions qui marquent le récit de la guérison de l’aveugle du quatrième évangile (Jn 9, 1-41).

La guérison de l’aveugle est racontée en seulement deux versets alors que la controverse entourant la guérison s’étend sur trente-neuf versets. La controverse occupe toute la place! En guise de réponse aux questions sur l’origine de Jésus, celui qui était aveugle répond : « J’étais aveugle et maintenant je vois. » L’aveugle passe des ténèbres à la lumière : il voit Jésus en tant qu’homme, puis comme un prophète, il confesse à la fin que Jésus est le Fils de Dieu. Les Pharisiens semblent d’abord accepter la guérison de l’aveugle, ils commencent ensuite à douter pour finalement nier les origines célestes de Jésus. La simplicité de l’aveugle confond les sages. Ils finissent par refuser de voir, et se rendent eux-mêmes aveugles. Il est facile de s’identifier aux Pharisiens : ils tentaient simplement de faire ce pour quoi beaucoup d’entre-nous sont aujourd’hui formés : observer, analyser, décrire et expliquer des phénomènes. 

Celui qui était autrefois aveugle ne connaissait pas tout le jargon pour interpréter son salut. Il n’était pas non plus pieux dans le sens traditionnel du terme ni respectueux des anciens. Il savait toutefois qu’auparavant, il était dans la noirceur et que maintenant, le monde entier était baigné de soleil. Voilà ce qu’il admit : « je sais une chose ». Comme si la chose la plus insignifiante qu’il puisse connaître était la personne qui l’avait sauvé!
 
L’homme qui a maintenant retrouvé la vue ne s’élance pas avec une connaissance particulière mais plutôt avec reconnaissance. Jésus est celui qui lui a donné la vie, qui l’a arraché de sa noirceur, qui lui a donné courage et espoir. Jésus est la clé, c’est Lui! L’aveugle n’est pas le seul à reconnaître Jésus. Les descendants spirituels de l’aveugle sont légions à travers l’histoire!

Des tentatives pour résoudre la question de la souffrance et de la mort ont bien souvent amené plus de souffrance que la douleur et l’angoisse à l’origine de ce questionnement. « Pourquoi moi? Pourquoi la souffrance? À qui la faute? Est-ce que la souffrance peut avoir un sens? Qui est à la source de cela? Pourquoi un tel mal doit-il exister? Pourquoi suis-je puni ainsi? » Nous utilisons souvent la métaphore de l’aveugle pour décrire notre inabilité à saisir le sens de la souffrance que nous endurons.

Si nous lisons cette histoire comme rien d’autre qu’une comédie satirique, nous manquons l’essentiel de la dernière scène, lorsque Jésus et l’aveugle guéri discutent devant la synagogue. La profession de foi de cet homme a une conséquence terrible pour lui et pour chacun de nous : il est rejeté de la synagogue. Il est coupé de la Torah, de sa famille, de la célébration du Sabbath et de la certitude de la loi, tout cela parce qu’il a fixé directement la lumière. C’était ce même regard fixe qui lui a amené une forme de guérison et une vision étranges.

Même aujourd’hui, plusieurs d’entre-nous sont très réticents à reconnaître la source de notre salut, le porteur d’espoir, la cause de notre joie. Nous avons peur de le nommer, craignant ce que les autres vont dire. Où est-ce  parce que nous ne sommes pas convaincus que Jésus est la clé?

Si je suis un jour près du ciel, je voudrais avoir une longue discussion avec les vedettes des évangiles de ces trois semaines de carême. La Samaritaine   (Jean 4), l’aveugle (Jean 9), et Lazare (Jean 11). Ils sont bénis car ils ont été renouvelés par les paroles personnelles du Christ, ses gestes consolateurs, son regard aimant et ses mots compatissants. Je voudrais leur poser à chacun trois questions : « D’où venait cet homme? Qu’avez vous senti lorsque vous l’avez regardé en face? Lorsqu’il vous a parlé‚ comment saviez-vous que c’était Lui?

Une prière pour voir

Que le Seigneur Jésus touche nos yeux,
Comme il toucha ceux de l’aveugle.
Alors nous pourrons voir ces choses qui sont invisibles.
Qu’Il ouvre nos yeux afin que nous fixions notre regard non pas sur les réalités présentes, mais sur les bénédictions à venir.
Qu’Il ouvre les yeux de notre cœur pour contempler Dieu qui est Esprit,
Par Jésus-Christ le Seigneur, à qui appartiennent la puissance et la gloire pour toute l’éternité. Amen.
-Origène(185-253)

“Seigneur donne-moi de cette eau, que je n’aie plus jamais soif”

Par le père Thomas Rosica, C.S.B.

Le Mont Garizim près du puit de Jacob est situé dans le centre d’Israël dans la ville biblique de Sichem, appelée aujourd’hui Naplouse. C’est la rencontre de Jésus avec la Samaritaine qui a rendu ce puit célèbre dans la tradition chrétienne. Plusieurs choses semblent anormales dans cette scène du puit de Jacob. Tout d’abord, le puit est un espace public accessible aux hommes et aux femmes, mais ils ne devraient pas être là en même temps.

Pourquoi cette femme vient-elle au puit à midi? Probablement parce que les femmes de son village l’évitent à cause de son comportement honteux (elle a eu cinq maris et elle vie maintenant avec un autre homme qui n’est pas son mari vv. 16-18). Elle parle avec un homme étranger en public. Elle admet même cette incongruité : « Comment toi, un juif, tu me demande à boire, à moi une Samaritaine ? » (v. 9). Pour un homme, parler à une femme laissée à elle-même sur une place publique, est très suspect. Les disciples sont profondément choqués (une fois de plus) par le comportement de Jésus.

La femme, surprise, a demandé à Jésus s’il pensait qu’il était plus grand que «notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » (Jn 4, 12). Au cours du dialogue avec la Samaritaine, Jésus révèle qu’il est en fait plus grand que le patriarche Jacob. Et que lui, Jésus, inaugure une nouvelle alliance, un nouveau culte et une nouvelle révélation. La Samaritaine est invitée par Jésus à voir à un tout autre niveau : il y a l’eau et puis il y a l’eau vive ; le pain et la nourriture qui vient de Dieu ; Jacob et Jésus ; le Messie annoncé et Jésus ; des idées sur le culte et le culte véritable ;  la liste est longue…

La Samaritaine est la personne de l’Évangile de Jean qui a été catéchisée avec le plus d’attention et d’intensité. Cette femme, à qui Jésus a révélé la vérité sur sa vie, a laissé sa cruche d’eau et est allée dans la ville pour inviter les gens à venir voir Jésus : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Messie ? » Cela ne prendrait-il pas sens pour nous qui avons déjà fait l’expérience de la foi, et puis maintenant, pour tout ce que nous faisons de le but de persuader les autres à venir à LUI, la source ?

Si vous avez déjà connu la famine ou la sécheresse, vous savez quelle bénédiction l’eau peut être. Si pendant des mois ou des années il n’a pas plu, la terre asséchée se fissure et la poussière étouffe toute créature vivante. Quand la pluie tombe sur cette terre désolée, il s’agit d’un don de Dieu. Elle rafraîchit le sol. Une odeur rafraîchissante surgit de la terre, et en quelques jours, le désert se transforme en paradis fleurissant. Nous sommes souvent comme une terre sans eau. Dieu tient prête pour nous, une eau merveilleuse et rafraîchissante. « Seigneur, donne-la-moi, cette eau : que je n’aie plus soif ».

Se repentir, c’est reconnaître nos besoins vitaux au milieu du désert, c’est faire tomber les barrières qui existent entre nous, c’est trouver l’eau vive qui va réellement désaltérer notre soif.
 
 

Sept heures du matin dans un hôtel du centre-ville…

Par Sébastien Lacroix

Sept heures du matin dans un grand hôtel du centre-ville de Toronto. Une centaine d’hommes et de femmes en complet étaient réunis pour entendre un conférencier leur dire d’être attentifs… au Seigneur! L’archevêque de Toronto lui-même avait lancé l’invitation aux gens d’affaires. La rencontre, organisé presqu’à l’impromptu, consistait en la célébration de la messe suivie d’un déjeuner-conférence sur le sens du carême. Quelques gens de S+L ont aidé à la logistique de l’événement et j’ai ainsi pu être témoin de cette rencontre entre Mgr Thomas Collins et des gens pour qui chaque minute compte.

Et ils n’ont pas perdu leur temps ce matin! Le message de Mgr Collins était simple et efficace. Le carême est un temps qui nous est donnés pour être plus attentif au Seigneur, comme Samuel qui fini par répondre : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute. » L’archevêque a comparé les gens d’affaires à une roue. Plus la roue tourne vite, disait-il ce matin, et plus elle doit être attachée solidement à son centre. Pour que cette attache soit solide – i.e. pour nous rapprocher de Dieu – le carême nous propose la prière, le jeûne et l’aumône. L’archevêque a suscité beaucoup d’intérêt lorsqu’il a invité les gens à faire usage du sacrement du pardon, ‘comme une auto a besoin d’un changement d’huile’ ou ‘comme on doit sortir les déchets de sa maison’…

On sentait ce matin que Mgr Collins s’intègre très bien à son diocèse et à la métropole – utilisant des métaphores à saveur locale ou en soulevant des enjeux-clés du diocèse. Une période de questions à la fin de la conférence a permis au chef de l’Église catholique à Toronto de faire un portrait très juste de la situation de bien des paroisses, et pas seulement à Toronto : que ce sont souvent les mêmes gens qui font tout en paroisse, au risque de se brûler. Ceux-là se plaignent qu’il n’y a pas de nouvelle gens qui s’implique alors que les nouveaux se plaignent justement que ce sont toujours les mêmes qui font tout. Le problème est là et Mgr Collins veut susciter la participation de plus de gens dans les activités des communautés chrétiennes.

D’autres pasteurs pourraient s’inspirer des gestes et paroles de Thomas Collins. En anglais, l’expression ‘to reach out’ englobe bien ce que nous sommes appelés à faire, « aller vers », sortir de notre amorphisme ou de notre léthargie, et d’aller de l’avant pour relever les défis qui nous attendent. Les gens qui étaient à ce premier déjeuner ce matin ont été touché par leur rencontre avec leur archevêque parce qu’il est allé à leur rencontre. Et ils ont retenu que le chemin des Cendres à la Lumière nous conduit sur le chemin de la Liberté.

Thabor et Golgotha: Quand l’obscurité peut être éblouissante.

Par le père Thomas Rosica, C.S.B. 

L’impressionnante histoire de la Transfiguration du Seigneur est au cœur de l’Évangile du second dimanche de carême. Nous ne pouvons que spéculer sur ce qui se cache derrière cette histoire –  l’un des évangiles les plus mystérieux et l’une des visions les plus impressionnantes (Mc 9, 2-9 ; Mt 17, 1-8 ; Lc 9, 28-36). Pierre, Jacques et Jean ont fait une expérience bouleversante avec le Seigneur au Mont Thabor. Après la nuit de la tentation et les ténèbres du Golgotha, les rayons glorieux de la transfiguration jaillissent. Sous leurs yeux, Jésus qu’ils avaient connu et avec qui ils avaient marché fut transfiguré. Son visage était radieux, ses vêtements resplendissaient d’une lumière blanche. À ses côté, enveloppé dans la gloire, se tenaient Moïse, le puissant libérateur qui avait sortit Israël de l’esclavage, Élie, le plus grand des prophètes d’Israël.

Sur la sainte montagne, Pierre, Jacques et Jean discutaient avec Jésus au sujet de sa mort et de sa résurrection qui devaient avoir lieu à Jérusalem. Les trois disciples étaient complètement confus et émerveillés. Pierre essaya maladroitement de dire quelques mots. « Maître, il est heureux que nous soyons ici ; laisse nous dresser trois tentes, une pour toi, une pour Élie et une pour Moïse. » Mais tout à coup, venant d’un nuage translucide, une voix semblable au tonnerre, la voix de Dieu : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ».

L’expérience de la transfiguration de Jésus nous donne l’opportunité d’examiner nos propres expériences sur la montagne. Comment de telles expériences mettent-elle en lumière l’ombre et l’obscurité de la vie. Que seraient nos vies sans ces expériences dans les hauteurs ? Combien de fois nous sommes-nous tournés vers ces expériences, petites mais importantes pour trouver force et courage ? Lorsque nous redescendons dans la vallée, il nous est difficile de voir la gloire du Christ.

Quand Jésus se mit en route pour son « exode », et que ses disciples ont vu ce que cela signifiait pour lui – quand il ont vu son visage lumineux ensanglanté, sous les crachats et ses vêtements resplendissants déchirés, leurs souvenirs en lambeaux – ils ont du penser que la gloire était remise en question. Son visage n’était pas lumineux et resplendissant sur la croix. Pas de char de feu envoyé par l’Esprit pour l’éloigner de là. Aucune musique de tonalité glorieuse et victorieuse n’a résonné sur le Golgotha. Et nous pourrions très bien nous demander : Pourquoi Dieu a-t-il caché toute la gloire sur le Mont Thabor, où personne ne pouvait le voir ? Pourquoi Dieu ne l’a-t-il pas réservée pour la croix ?

Jésus est mort d’une façon très semblable à ceux qui sont mort de chaque côté de lui, l’un d’eux lui demandant de le sauver de ce qui lui arrivait, l’autre demandant à Jésus de ne pas l’oublier lorsqu’il serait au paradis. Jésus n’a rien pu faire pour celui qui voulait être délivré, mais il a donné une réelle faveur à celui que la tradition a appelé « Dismas », ce qui signifie celui qui meurt.

Il lui dit que la noirceur était éclatante et qu’au bout se trouvait le paradis pour chacun d’eux. Jésus avait appris cela au Mont Tabor, alors que la lumière jaillit pour montrer à Jésus de quoi il était fait.

Le Mont Tabor est en réalité une fenêtre ouverte sur notre futur. Le sens profond de la Transfiguration nous assure que nos l’opacité de nos corps sera un jour transformée en lumière. Mais Tabor nous enseigne également quelque chose du présent, en soulignant ce que nos corps sont déjà : le temple de l’Esprit.

Le message le plus réconfortant de la Transfiguration est probablement pour ceux et celles qui souffrent et ceux qui observent la déformation de leur propre corps et le corps de gens qu’ils aiment. «  Il transfigurera nos misérables corps, les conformant à son corps glorieux. » Les corps humiliés par la maladie et la mort seront rachetés. Même Jésus sera défiguré au cours de la Passion, mais il s’élèvera dans son corps glorieux dans lequel il vivra pour l’éternité et, c’est ce que la foi nous enseigne, avec lequel il nous retrouvera lorsque nous quitterons cette vie.

Nous devons ainsi traverser les ténèbres avant que la lumière nous enveloppe. Avant que les cieux s’ouvrent à nous, il nous faut marcher dans la boue et la saleté. Nous devons faire l’expérience des deux montagnes, Tabor et Golgotha, afin de voir la Gloire de Dieu.  La transfiguration nous enseigne que la mort faisait partie de la vie lumineuse de Dieu et qu’il est impossible de la contourner, il faut la traverser. Elle nous rappelle également que l’obscurité qui nous fait peur peut aussi être éclatante et resplendissante. Dans les moments de transfiguration, Dieu pénètre les régions dures, incrédules et même troublées de notre être avec lesquelles nous ne savons pas quoi faire et laisse sur elles l’empreinte de son visage, dans toute la gloire et la splendeur de sa beauté.

Le charisme de compassion

Par Sébastien Lacroix 

Nous avons souligné lundi dernier la Journée mondiale du malade qui coïncide avec la fête de Notre-Dame de Lourdes. En songeant aux malades, je pense également à tous ces hommes et ses femmes qui oeuvrent auprès d’eux, leur apportant soins, confort et réconfort. La dimension spirituelle de l’être faisant partie intégrante de la personne, les sciences de la santé reconnaissent que l’humain ne peut être considéré comme une machine, mais comme une personne.

L’Église catholique a joué et joue encore un rôle important dans les soins aux malades. Combien d’instituts ont été fondé par des soeurs, des frères, des missionnaires! Encore aujourd’hui dans certains endroits du monde, des populations entières comptent sur eux pour obtenir des soins primaires. Les soins spirituelles sont également essentielles pour les malades et leur proches.

À Ottawa, les Soeurs de la Charité ont bâti un réseau qui fait la fierté de tous. Le ministère de compassion des filles d’Élisabeth Bruyère, fondatrice de la communauté d’Ottawa, demeure au coeur des Services de santé SCO, qui s’assure de toujours garder l’esprit de leurs pionnières.

À Sherbrooke, l’abbé Mario Grenier est à l’écoute des malades et de leur proche depuis bientôt 5 ans. Il a ainsi redécouvert sa vocation de prêtre. Pour lui, il serait impossible d’exercer ce ministère sans sa foi Dieu, qui lui donne la force d’offrir, au nom de l’Église et au nom de Jésus-Christ, un peu de compassion et de soutien.

Tel est le sujet de Focus catholique: la pastorale en milieu hospitalier en onde vendredi et dimanche, 15 et 17 février, à 19h30HE, sur nos ondes.

Les voies du désert…

Par le père Thomas Rosica, C.S.B.
(Matthieu 4, 1-11)

Est-ce qu’il y a vraiment quelqu’un qui attend le carême avec impatience? Qu’est-ce qui nous attire dans le carême? Quels aspects de cette démarche nous mettent à l’épreuve? Pour nous aider, les textes de l’Écriture de ce temps liturgique ont été soigneusement choisis pour rejouer l’histoire du salut sous nos yeux. 

Nous commençons avec Jésus dans le désert… l’Évangile du premier dimanche de carême. Le désert, le soleil et les affres de la faim et de la soif conjurent le démon sur Lui.  Marc présente Jésus aux prises avec le pouvoir de Satan, seul et silencieux dans le désert. Dans Matthieu et Luc, le prince du mal tente de détourner Jésus de la Foi et de l’intégrité au cœur de sa mission messianique. Mais si Israël a échoué dans le désert, Jésus n’échoua pas. Son lien avec son Père était trop fort pour que les démons puissent le briser.

Dans la première tentation au désert, Jésus résiste au mal, non pas en niant la dépendance de l’homme à l’égard de la nourriture, mais plutôt en mettant la vie humaine et sa finalité en perspective. Ceux qui suivent Jésus ne peuvent pas devenir dépendant des choses de ce monde. Quand nous sommes  plus dépendant des choses matérielles que de Dieu, nous cédons à la tentation et au péché.

La deuxième tentation porte sur l’adoration du diable plutôt que de Dieu. Jésus rappelle une fois encore que Dieu est plus fort que le mal. Ceci est important à entendre pour nous, surtout lorsque nos tentations semblent nous dominer, quand tout autour de nous semble indiquer l’échec, l’ombre, l’obscurité et le mal. En fin de compte, c’est Dieu qui est en charge de notre destinée.

Dans la troisième tentation, le diable demande une révélation ou une manifestation de l’amour de Dieu pour Jésus. Jésus lui répond en disant qu’il n’avait à prouver à personne que Dieu l’aimait.

La tentation est tout ce qui nous rend petit, laid et méchant. La tentation utilise les stratégies les plus rusées que le mal puisse imaginer. Plus le diable nous contrôle, moins nous voulons reconnaître qu’il se bat pour dominer chaque millimètre de cette Terre. Jésus ne l’a pas laissé s’en tirer comme ça. Au tout début de sa campagne pour ce monde et pour chacun de nous, Jésus s’est ouvertement confronté à l’ennemi. Il a commencé sa lutte en utilisant le pouvoir de l’Écriture pendant une nuit de doute, de confusion et de tentation. Nous ne devons jamais oublier l’exemple de Jésus, ainsi  nous ne serons jamais séduits pas les tromperies du diable.

De Jésus nous apprenons que Dieu est présent et qu’il nous soutient au milieu de l’épreuve, de la tentation et même du péché. Nous nous rendons compte que nous devons avoir un espace spirituel dans nos vies où nous pouvons nous dépouiller de ce  qui est faut et qui s’accroche à nous et ainsi respirer de la vie nouvelle et repartir de nouveau. Nous en venons à croire que Dieu peut prendre notre espérance asséchée pour la rendre florissante. Tels sont les enseignements du désert. C’est pourquoi nous avons besoin, même dans les activités de la vie quotidienne, de moments de prière, de silence et d’écoute de la voix de Dieu.

Nous rencontrons Dieu au milieu des déserts de notre péché, de l’égoïsme, de la jalousie, de l’efficacité, de l’isolement, du cynisme et du désespoir. Et en plein milieu du désert nous entendons ce que Dieu fera si nous lui ouvrons nos cœurs et si nous le suivons pour rendre notre propre désert fleurissant. Les voies du désert étaient profondément encrées dans le cœur de Jésus, et cela doit être de même pour tous ceux et celles qui le suivent.

D’un défi à l’autre: quand le Service nous appelle

Par Sébastien Lacroix 

Vous l’avez peut-être appris mardi sur Zoom: notre collègue Jasmin fait l’objet d’un prêt de service au Congrès eucharistique internationale de Québec. Avec sa petite famille, il s’installera temporairement à Québec pour prêter main forte à l’équipe organisatrice du CEI 2008. Il va sans dire que Jasmin assurera le lien privilégié entre le CEI et Sel  Lumière en vue de notre grande couverture des événements de juin prochain.

Jasmin est l’une des figures les plus connues de S+L et certainement un pilier de la programmation française. Il assurait également le leadership en marketing pour la station. Il connait à fond le domaine des communications et a une expérience d’Église sans pareil, ayant travaillé dans son domaine tant pour l’Église catholique à Québec qu’au JMJ de Toronto en 2002.

Toute l’équipe de Télévision Sel + Lumière se réjouit pour Jasmin. Nos prières t’accompagnent, ainsi que ta famille, alors que tu t’apprêtes à relever un beau défi! N’oublie pas de nous revenir en juillet.

Tous, nous pouvons prier pour le succès de cet événement important dans la vie de notre Église.

Et si, chers lecteurs, vous voulez suivre pas à pas les préparatifs à cet célébration, rendez-vous au cei2008.ca  Pas encore inscrit? Vous pouvez encore profiter du tarif réduit jusqu’au 15 février…

Il a fallu quarante jours…

Par le père Thomas Rosica, C.S.B.

Le mercredi des Cendres, le 6 février, l’Église commence son grand itinéraire de carême avec Jésus sur le chemin de Jérusalem. Depuis des siècles, le carême est un itinéraire et une expérience spirituelle très intense pour les disciples de Jésus-Christ. Pourquoi y a-t-il quarante jours dans le carême ? Il a fallu quarante jours pour noyer l’immoralité dans les flots avant une nouvelle création dont pouvait hériter la terre. Il a fallu quarante ans pour que la génération d’esclaves meure avant que la nouvelle génération puisse entrer dans la Terre Promise. Pendant quarante jours Moïse, Élie et Jésus ont jeûné et prié pour se préparer à l’œuvre de leur vie.

Le carême nous invite à nous détourner de nous-mêmes, de notre péché, et à nous réunir en communauté. L’abnégation est le moyen d’exprimer notre repentance. Selon l’Évangile de saint Matthieu l’abnégation est triple. Nous prions : « Va dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton Père dans le secret ». Nous jeûnons : « Nul ne doit voir que vous jeûner mais votre Père ». Nous donnons l’aumône : « Gardez vos actes de miséricorde secrets, et votre Père qui voit ce que vous faites dans le secret vous le rendra ». Durant les exercices de carême, par la prière, le jeûne et l’aumône, nous remettons notre vie en ordre et nous aiguisons nos sens, pour désirer et pour faire advenir le règne de Dieu parmi nous.

De ces trois pratiques de carême, le jeûne est aujourd’hui ouvert aux plus mauvaises interprétations. Le jeûne est devenu une pratique ambiguë. Dans l’antiquité, seul le jeûne religieux était connu ; aujourd’hui, un jeûne politique et social existe (grève de la faim), un jeûne pour la santé ou idéologique (végétarien), un jeûne pathologique (anorexie), un jeûne esthétique (le culte du corps mince). Malheureusement, il y a avant tout un jeûne forcé : celui de millions d’êtres humains qui manquent du minimum indispensable et qui meurent de faim.

Ces jeûnes n’ont pas de raisons religieuses ou esthétiques en eux-mêmes. Un jeûne esthétique peut parfois « mortifier » le péché de gourmandise dans l’unique but d’obéir à un autre péché capital, celui de la fierté ou de la vanité. Le jeûne en lui-même est quelque chose de bon et souhaitable. Il traduit des attitudes religieuses fondamentales : la révérence à Dieu, la reconnaissance de ses péchés, la résistance aux désirs de la chair, et le souci de la solidarité avec les pauvres… Toutefois, comme pour toutes choses humaines, il peut être détourné par « les présomptions de la chair ». Les mots du pharisien dans le Temple nous le rappellent : « Je jeûne deux fois par semaine » (Lc 18 : 12).

Le carême est le temps qui nous fait découvrir la signification de la discipline et des dévotions de notre tradition catholique. Qu’avons-nous fait de l’importante pratique du jeûne pendant le carême ? Si Jésus était ici pour parler à ses disciples d’aujourd’hui, sur quoi mettrait-il le plus l’accent ? Nous considérons comme plus important la nécessité de « partager le pain avec celui qui a faim et vêtir celui qui est nu ».  Nous avons en fait honte d’appeler « jeûne » le fait d’être au pain et à l’eau – ce qui serait pour nous le comble de l’austérité quand pour des millions de gens, ce serait déjà un luxe extraordinaire, surtout s’il s’agit de pain frais et d’eau pure.

Le jeûne nous aide à ne pas être réduit à de simple « consommateurs », il nous aide à acquérir le précieux « fruit de l’Esprit », qui est la « maîtrise de soi », il nous prédispose à la rencontre de Dieu. Nous devons nous  vider nous-mêmes afin d’être remplis par Dieu. Le jeûne crée une solidarité authentique avec des millions d’affamés à travers le monde. Nous ne devons toutefois pas oublier qu’il y a des formes alternatives au jeûne et à l’abstinence de nourriture. Nous pouvons jeûner du tabac et de l’alcool qui ne sont bons ni pour l’âme ni pour le corps. Il y a le jeûne des images de violence et de sexe dont la télévision, les films, les magazines et l’Internet nous bombardent chaque jour en maltraitant la dignité humaine. Il y a aussi le jeûne de la médisance et du rejet des autres : une pratique trop répandue dans l’Église d’aujourd’hui.

« C’est maintenant le moment favorable ! C’est maintenant le jour du salut ! » Nous avons besoin du carême pour nous aider à reconnaître que notre identité et notre mission ont pour racine la mort et la résurrection de Jésus. La prière, le jeûne et l’aumône sont les piliers du temps de carême pour les chrétiens. Le carême est un temps de jeûne de certaines choses mais aussi un temps de fête pour d’autres. Jeûne du mécontentement, de la colère, de l’amertume, de la préoccupation de soi, du découragement, de la paresse, de la suspicion et de la culpabilité. Fête de la gratitude, de la patience, du pardon, de la compassion pour les autres, de l’espérance, de l’engagement, de la vérité et de la miséricorde de Dieu. Le carême est un temps de jeûne et de fête !
 

Laissons la véritable œuvre de Noël commencer…

Par le père Thomas Rosica, c.s.b.

La fête de la présentation de Jésus dans le temple de Jérusalem est célébrée le 2 février, le quarantième jour après la naissance de Jésus. Cette fête a marqué la fin du temps de Noël depuis le 5ème siècle. Le récit d’un antique pèlerin chrétien à Jérusalem dit que cette fête était célébrée avec la même joie et la même ferveur que Pâques.

Dans le récit évangélique qui marque cette fête, les figures extraordinaires des vieux Siméon et Anne dans le Temple, à côté de celles de Marie et Joseph, sont des icônes ou des fenêtres pour nous sur les Écritures hébraïques. Siméon et Anne portent à l’intérieur d’eux-mêmes l’espérance de leur peuple. Le vieil homme Siméon, tenant l’enfant, et la vieille femme, Anne, représentent chacun de nous confronté à la « nouveauté » de Dieu. Cette nouveauté de Dieu est comme un petit enfant devant nous. Nos  vieilles manières de faire les choses, nos peurs, nos jalousies, nos soucis, nos luttes pour le pouvoir et le prestige, sont confrontés avec la bonté de Dieu. Siméon pris l’enfant Jésus dans ses bras, en disant :

 Maintenant, ô Maître,
tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix,
selon ta parole.
Car mes yeux ont vu ton salut,
que tu as préparé à la face de tous les peuples :
lumière pour éclairer les nations païennes,
et gloire d’Israël ton peuple.

Dans le Temple, Siméon et Anne nous engagent à considérer les moyens que nous mettons en œuvre pour le changement et la vie nouvelle au milieu de nous. Sommes nous prêt à prendre l’enfant dans nos bras, à l’accueillir, à préparer une chambre pour lui dans nos vies ? Laisserons-nous entrer cette nouveauté dans nos vies, ou allons nous essayer de mettre l’ancien et le nouveau ensemble en espérant que la nouveauté de Dieu ne nous causera qu’un dérangement minimal ? Ces nouvelles réalités nous font-elles peur ? Comment sommes-nous lumière et salut pour les autres? Comment voyons-nous la gloire de Dieu dans nos vies? Sommes-nous assoiffé de justice et paix ? Quelles sont les situations et les nouvelles personnes qui sont entrées dans nos vies ces derniers temps ?

Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix (Edith Stein), la carmélite allemande juive qui est morte dans le camp de concentration d’Auschwitz, a écrit ces mots à propos de la présentation de notre Seigneur dans le Temple de Jérusalem :

Les mystères chrétiens sont un tout indivisible. Si nous sommes immergés dans l’un d’eux, nous sommes conduits à tous les autres. Ainsi le chemin conduit inévitablement de Bethléem au Golgotha, de la crèche jusqu’à la croix. Lorsque la bienheureuse Vierge porta l’enfant au Temple, Siméon a prophétisé que son âme serait transpercée par une épée, que l’enfant provoquera la chute et le relèvement d’un grand nombre et qu’il sera un signe de contradiction. Sa prophétie annonçait la Passion, la lutte entre la lumière et les ténèbres qui avait déjà commencée devant la crèche.

Célébrer véritablement le mystère de Noël signifie nous immerger nous-mêmes dans tous les mystères du Christ. La vraie compréhension de Noël commence quand nous accompagnons l’enfant Jésus à Bethléem, à Nazareth, à Capharnaüm et jusqu’à Jérusalem. La prophétie de Siméon a en effet annoncé la passion, la lutte entre la lumière et les ténèbres qui commence devant la crèche à Bethléem. Mais en tant que Chrétiens, nous avons la consolation et la certitude que cette « lumière brille dans les ténèbres, et que les ténèbres ne l’ont pas arrêtée » (Jn 1, 5). Permettez-moi de vous laisser avec cette prière de la communauté de Shaker :

Quand le chant des anges s’éloigne,
quand l’étoile dans le ciel est passée,
quand les rois sont rentrés chez eux,
quand les bergers sont retournés avec leurs troupeaux
quand Siméon et Anne sont allés vers leur Maître dans la paix,
alors, l’œuvre de Noël commence :
pour trouver les perdus, pour guérir les brisés,
pour libérer les prisonniers, pour reconstruire les nations,
pour apporter la paix à tous les peuples,
pour mettre de la musique dans les cœurs.

Il n’est pas trop tard pour laisser la véritable oeuvre de Noël commencer dans nos vies et dans notre monde.