Toujours plus de persécution contre les chrétiens

po photo

La persécution contre les chrétiens a encore augmenté en 2015, et celle-ci touche de plus en plus de pays. C’est ce qui ressort de l’Index Mondial  de Persécution des Chrétiens 2016, publié par l’ONG Portes Ouvertes, qui recense chaque année les 50 pays dans lesquels les chrétiens sont le plus gravement persécutés.

En 2015, pour la 14ème année consécutive, c’est la Corée du Nord qui se retrouve en tête de classement, car dans ce pays le gouvernement considère le christianisme comme « ennemi de l’État ». Viennent ensuite l’Irak, l’Érythrée, l’Afghanistan et la Syrie.

Le rapport fait également une distinction entre deux formes principales de persécution : d’un côté la violence d’oppression au quotidien, qu’on appelle « persécution étau », et qui sévit en Corée du Nord. De l’autre, la « persécution marteau », qui concerne notamment le nombre de tués.

Selon l’ONG au moins 7 100 chrétiens ont été assassinés en 2015 pour des raisons liées à leur croyance, soit une augmentation de plus de 63% par rapport à l’année dernière.  Le Nigeria est le pays où le plus de chrétiens ont été tués pour leur foi, et Boko Haram, précise le document, est responsable de la plupart des violences commises contre les chrétiens dans ce pays.

Du reste, les pays africains sont nombreux dans le classement de l’Index mondial. Si bien que les 6 pays qui comptent le plus grand nombre de chrétiens assassinés pour leur foi en 2015 sont tous des pays d’Afrique Subsaharienne : Nigeria, Centrafrique, Tchad, République Démocratique du Congo, Kenya, Cameroun.

Cette région d’Afrique constitue le premier foyer d’extrémisme islamique au monde après le Moyen-Orient. D’ailleurs, parmi les tendances relevées par l’ONG dans son rapport, on note que cet islamisme est la première source de persécution antichrétienne. Il en est responsable dans 35 pays, sur les 50 que compte l’Index, que ce soit dans les pays du Moyen-Orient, d’Afrique Subsaharienne ou d’Asie.

Au Moyen-Orient et en Afrique, « le désir d’exterminer les églises sur certains territoires est sans précédent » lit-on dans ce rapport. « Au Nigeria, en Syrie, en Irak, au Soudan, en Somalie, au Kenya, la persécution a pour but de chasser les chrétiens de leurs terres ancestrales ». Si bien que dans certains de ces pays « des villes et des régions entières se vident de leur population chrétienne ».

L’influence de l’islamisme et notamment du groupe État Islamique « a pour effet une radicalisation des sociétés musulmanes » analyse l’ONG qui déplore dans le même temps « un rejet de plus en plus grand de toute présence chrétienne » dans ces sociétés.

« Boko Haram au Nord du Nigeria, ou encore les Shebab en Somalie ont prêté allégeance au groupe EI, et travaillent à élargir leur champ d’action aux pays voisins. Aujourd’hui l’Etat Islamique contrôle une région aussi vaste que la Grande-Bretagne, et les chrétiens sont toujours plus nombreux à partir ».

Toujours selon l’Index mondial, au moins 2 406 églises ont été visées (attaques, destructions, fermetures arbitraires…) en 2015. C’est là aussi plus du double par rapport à l’année précédente. « Une attaque sur une église, souligne Portes Ouvertes, peut avoir un effet destructeur sur tous les chrétiens qui fréquentaient cette église ». « Une église détruite et qui n’est jamais reconstruite reste un témoin de la vulnérabilité des chrétiens et de l’impunité des persécuteurs ».

Enfin, le document relève que même sur le continent le plus christianisé du monde, le persécution antichrétienne augmente. Le Mexique et la Colombie occupent respectivement la 40ème et 46ème place du classement.

Déclaration conjointe de la CECC et du Caucus rabbinique du Canada au ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion

blog_1450276548

Le 15 décembre 2015

L’honorable Stéphane Dion
Ministre des Affaires étrangères
Chambre des communes
Ottawa (Ontario)
K1A 0A6

Monsieur le Ministre,

Nous voulons tout d’abord vous offrir nos sincères félicitations pour votre nomination au poste de ministre des Affaires étrangères. Le fait que vous ayez été choisi pour représenter les valeurs canadiennes au sein de la communauté internationale atteste de l’étendue de vos connaissances, de la richesse de votre expérience et de la qualité de votre engagement au service de notre grand pays.

Nous vous écrivons pour vous faire part de notre profonde inquiétude au sujet du sort tragique qui continue d’être infligé aux chrétiens du Moyen-Orient et de l’Afrique. Tout en reconnaissant que plusieurs communautés religieuses et ethniques subissent des préjudices dans plusieurs pays, de nombreux observateurs relèvent depuis quelques années que les chrétiens sont soumis à une persécution religieuse qui dépasse globalement et en chiffres absolus ce qu’ont pu subir les autres groupes religieux.

Selon un reportage publié le 4 décembre 2010 dans le Toronto Star,

Presque tous les groupes de défense des droits de la personne et toutes les agences des gouvernements occidentaux qui observent la situation des chrétiens à travers le monde en arrivent pratiquement à la même conclusion : de 200 à 230 millions d’entre eux sont confrontés chaque jour à des menaces de mort, de coups, d’emprisonnement et de torture, et de 350 à 400 millions sont victimes de discrimination dans des domaines comme l’emploi et le logement.

Le 26 février dernier, le Pew Research Center a publié des observations confirmant que les chrétiens de partout dans le monde font l’objet de plus de persécutions, de restrictions, d’hostilité et de harcèlement que tout autre groupe religieux (Latest Trends in Religious Restrictions and Hostilities; http://www.pewforum.org/). L’Aide à l’Église en Détresse, qui publie régulièrement des études approfondies sur la situation de la liberté religieuse dans le monde, en arrive à des conclusions semblables. Son dernier rapport, publié en 2014, indique que les chrétiens demeurent la religion la plus persécutée dans le monde et que les niveaux de persécution les plus graves sont observés dans plusieurs pays du nord de l’Afrique, du Moyen-Orient et dans une bonne partie de l’Asie (Religious Freedom in the World Report – 2014; http://religion-freedom-report.org.uk/full-report/).

Le pape François a fait appel plusieurs fois à la communauté internationale de protéger les chrétiens et les autres minorités victimes de persécution au Moyen-Orient. Le 25 septembre dernier, devant l’Assemblée générale des Nations Unies, il a réitéré ses « appels incessants concernant la douloureuse situation de tout le Moyen-Orient, du nord de l’Afrique et d’autres pays africains, où les chrétiens, avec d’autres groupes culturels ou ethniques, y compris avec les membres de la religion majoritaire qui ne veulent pas se laisser gagner par la haine et la folie, ont été forcés à être témoins de la destruction de leurs lieux de culte, de leur patrimoine culturel et religieux, de leurs maisons comme de leurs propriétés, et ont été mis devant l’alternative de fuir ou bien de payer de leur propre vie, ou encore par l’esclavage, leur adhésion au bien et à la paix. »

Observant la façon dont les chrétiens sont persécutés au Moyen-Orient, le rabbin Jonathan Sacks, ancien grand rabbin des United Hebrew Congregations of the Commonwealth, qui intervenait devant la Chambre des lords britanniques le 16 juillet 2015, a appelé « les croyants de toutes les allégeances et aussi les non-croyants » à « serrer les rangs… car nous sommes tous en danger ». Le pape François et le rabbin Sacks parlent tous les deux de génocide pour décrire la persécution infligée aux chrétiens dans certaines régions du Moyen-Orient et de l’Afrique.

De l’Égypte à l’Iran et de l’Irak au Nigeria, les communautés chrétiennes vivent différentes formes de persécution, de la discrimination à l’intimidation de la part des populations locales aux attaques de groupes terroristes contre des églises. Dans certains pays, la situation a provoqué un véritable exode des chrétiens, ce qui constitue encore une autre tragédie étant donné que ces communautés existent depuis des millénaires dans une région qui est le berceau du christianisme.

Nous comprenons que vous devez composer avec une liste écrasante d’impératifs politiques divergents. Néanmoins, nous demandons humblement au gouvernement du Canada pour que la priorité soit donnée à la défense des communautés chrétiennes menacées du Moyen-Orient et de l’Afrique et d’explorer des façons nouvelles et efficaces de leur fournir une assistance diplomatique et humanitaire capable d’atténuer leurs souffrances.

Nous vous remercions sincèrement, Monsieur le Ministre, de l’attention que vous porterez à cette urgente et tragique question, et nous attendons vos réflexions à ce sujet.