La pastorale de la famille face à de nouveaux défis : réflexion sur l’Instrumentum Laboris (3e partie)

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Photo: courtoisie CatholicNewsService

Dans sa deuxième partie, l’Instrumentum Laboris, document préparatoire du Synode extraordinaire des évêques d’octobre 2014, fait le point sur les différents défis auxquels la famille est aujourd’hui confrontée dans sa mission évangélisatrice.

Dans un premier temps, le document se réfère aux différentes propositions en cours, que ce soit au niveau de la préparation au mariage que de l’accompagnement des familles de la part de l’Église. Ces deux moyens sont rapidement identifiés comme ayant leur légitimité bien que leur mode de réalisation doive être mis à jour. Par exemple, on mentionne que la préparation au mariage a subi à de nombreux endroits « un changement substantiel, passant d’un service orienté vers le seul Sacrement à une première annonce de la foi »[1]. Nous pourrions noter l’importance d’une telle approche dans les pays plus sécularisés où les adultes cheminant vers le mariage ne peuvent plus se contenter d’une catéchèse centrée sur ce seul sacrement compte tenu de leur manque de connaissances ou du refus d’adhérer à certains « enseignements fondamentaux de l’Église »[2]. Ainsi, on propose de réfléchir sur une préparation au mariage plus près de la réalité des jeunes qui désirent s’engager dans cette voie en les aidant, entre autres, « à sortir d’une vision romantique de l’amour [par une] éducation de l’affectivité » ainsi qu’en leur manifestant « qu’ils ne sont pas seuls à construire leur famille, car l’Église est à leurs côtés comme « famille des familles » »[3].

Dans un deuxième temps, le document est plus explicite et énumère de manière assez exhaustive les différents défis que les familles d’aujourd’hui doivent affronter afin de permettre à la lumière du Christ de transparaître de manière plus efficace à travers elles. En effet, nous retrouvons une liste de problématiques internes dont les familles sont le lieu : difficulté de communication (no 64), fragmentation (no 65), culture de mort (no65), violence (no 66), dépendance de toutes sortes (no 68) et une succession de pressions négatives externes (no70) comme la mauvaise gestion du travail, l’émigration (no 72), la pauvreté (no 73), le consumérisme (no 74), les scandales dans l’Église (no 75), etc. Encore une fois, bien que le document associe les problèmes externes et internes dans la perspective d’une « crise de la foi » (no 62), il ne traite pas les familles comme des patients devant leur médecin mais comme des partenaires responsables.Cardinal speaks during press conference for release of working document for extraordinary Synod of Bishops on family

Par la suite, l’Instrumentum laboris manifeste différentes situations irrégulières en rappelant d’emblée que « ce sont les situations
qui sont « irrégulières », pas les personnes »[4]. En effet, nous ne devons pas oublier que le thème des « situations irrégulières » qui englobe des réalités très diverses comme le concubinage (no81), les unions de fait (no 83), le divorce (no 86), les mères célibataires (no 88) soulève beaucoup de questions. De fait, beaucoup de débats, souvent passionnels, sont en cours sur l’attitude pastorale adéquate à adopter pour faire face à ces situations. Une réflexion sur ce thème sera, en partie, le mandat des Synodes à venir.

De plus, on retrouve dans les différentes réponses au questionnaire, une présentation des diverses perspectives que les fidèles ont sur les enseignements de l’Église. Par exemple, on souligne les modes de régularisation des séparations (no 90-91) ainsi que « la souffrance causée par le fait de ne pas recevoir les sacrements »[5] chez certains fidèles, ce sentiment est souvent accompagné d’une perception erronée des raisons pour lesquelles ils se voient refuser l’Eucharistie. En effet, « certains ne perçoivent pas que c’est leur propre situation irrégulière qui constitue le motif de l’impossibilité à recevoir les sacrements; ils estiment plutôt que c’est la faute de l’Église qui n’admet pas ces circonstances »[6]. Devant un tel état de fait, l’Instrumentum Laboris fait mention, d’un côté, d’une « préoccupation » devant ce qui est appelé une « mentalité revendicative vis-à-vis des sacrements » (no92) et, de l’autre, la préoccupation de « se doter d’instruments pastoraux permettant d’ouvrir la possibilité d’exercer une plus vaste miséricorde, clémence et indulgence »[7]. Enfin, on peut noter l’apparition d’un enjeu souvent absent des débats de ces dernières années. Il s’agit des personnes « divorcés non remariés fidèles au lien nuptial » (no 97) et qui sont reconnues comme de « nouveaux pauvres » (no 87).

Enfin, on retrouve un long développement sur les unions entre personnes de même sexe. Le document propose d’abord une distinction entre trois contextes socioculturels dans lesquels peuvent se retrouver les personnes homosexuelles : celui où prévaut une attitude répressive et pénalisante (no 110); celui plus « fluide » où le comportement homosexuel « n’est pas puni mais toléré » (no 111) et, finalement, un contexte où « les États ont introduit une législation qui reconnaît les unions civiles homosexuelles » (no 112). Par la suite, l’Instrumentum Laboris, marque clairement une attitude collégiale puisque la juste attitude pastorale est présentée sous la responsabilité des Églises particulières (no 113) afin « d’étayer la recherche d’un équilibre entre l’enseignement de l’Église sur la famille et une attitude respectueuse qui ne juge pas les personnes »[8]. Dans ce dernier contexte, le document identifie clairement « l’idéologie du gender » comme négative puisque « derrière l’idée de faire disparaître l’homophobie, [elle] propose en réalité une subversion de l’identité sexuelle »[9]. Les réponses provenant des différents pays concernés manifestent bien l’attitude requise c’est-à-dire « respectueuse, qui ne juge pas, à l’égard de ces personnes, et en faveur d’une pastorale qui cherche à les accueillir. Cela ne signifie cependant pas que les fidèles doivent être en faveur d’une égalité entre mariage hétérosexuel et les unions civiles entre personnes du même sexe »[10]. Ainsi, ce respect se manifestera par un refus de réduire une personne en faisant « coïncider son identité à des expressions telles que « gay », « lesbienne », ou « homosexuelle » (no116). Enfin, après avoir repris l’expression du pape François selon laquelle « l’enfant, a le droit d’avoir une mère et un père »[11], l’Instrumentum Laboris mentionne comment les réponses au questionnaire montrent que les Églises particulières comprennent « que le petit doit être accueilli avec le même soin, la même tendresse et sollicitude que ceux que reçoivent les autres enfants »[12].

Dans le prochain article nous explorerons la dernière partie du document de base du synode extraordinaire d’octobre prochain sur : « L’ouverture à la vie et la responsabilité éducative ».

[1] Instrumentum Laboris, Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation, III Assemblée générale extraordinaire, Vatican, 2014, no 53. [2] Ibid, no 108. [3] Ibid, no 85. [4] Ibid, no 138. [5] Ibid, no 92. [6] Ibid, no 92. [7] Ibid, no 92. [8] Ibid, no 110. [9] Ibid, no 110. [10]Ibid, no 115.

[11]Discours à la Délégation du Bureau International Catholique de l’Enfance, 11 avril 2014)

[12] Instrumentum Laboris, op.cit. no 120.