Un synode sous le signe de la liberté

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Hier nous avons fait mention de l’importance du regard de foi sur les événements qui touchent l’Église et le monde et de ne jamais nous éloigner trop de cette perspective si nous désirons garder un regard juste. Cette nouvelle façon de faire du journalisme me semblait tellement contraster avec ce que je lisais ailleurs que je me suis mis à douter de la validité de mon approche. C’est à ce moment qu’est apparu sur l’écran de mon ordinateur le tweet du pape François « Viens, Esprit Saint. Fais descendre sur nous tes dons durant le Synode »[1].


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Tous mes doutes étant écartés par cette confirmation du Saint Père, j’allais me lancer dans ma réflexion sur les événements des deux derniers jours.

La première question qui m’est venue à l’esprit fut celle de savoir par quel don du Saint Esprit commencer. Je me suis dit qu’il fallait commencer par le commencement puisque le Synode se devait de grandir en sagesse au fur et à mesure de l’écoulement des jours. C’est ainsi que je me suis mis à méditer sur le premier don du Saint Esprit, la crainte filiale. Qu’est-ce que cette crainte filiale traditionnellement appelée « crainte de Dieu »? N’est-il pas contradictoire de parler d’un Dieu bon que l’on devrait craindre ? Effectivement, le don de la crainte filiale n’est certainement pas la peur d’un Dieu tyran qui se nourrirait du frémissement des âmes. Il s’agit plutôt d’une prise de conscience de notre propre faiblesse et, ainsi, de notre absolue dépendance par rapport à Dieu. De cela, et le Synode, et la famille dans son ensemble en ont grandement besoin. On peut donc s’interroger et discerner sur certains signes qui nous permettent de croire que nos prières à l’Esprit Saint ont été exaucées. En d’autres termes, est-il possible de voir si Dieu a envoyé le don de crainte filiale au Synode afin qu’il puisse, à son tour, mieux répandre cette grâce au monde?

Selon moi la réponse est oui. Oui parce que le mot qui est revenu le plus souvent dans les deux derniers jours, lors des conférences de presse auxquelles j’ai assisté, est celui de « liberté ». En effet, dans son premier discours lors de la première congrégation du synode extraordinaire des évêques, Papa Francesco, comme l’appellent les Italiens, a bien précisé que la collégialité épiscopale demandait une pleine confiance des frères évêques entre eux et avec le pape comme il l’affirmait d’un ton amical :

« Cette voix, vous la porterez en synodalité. C’est une grande responsabilité: porter les réalités et les problématiques des Eglises, pour les aider à cheminer sur cette voie qu’est l’Evangile de la famille… Une condition générale de base est de parler clairement. Que personne ne dise: cela je ne peux pas le dire, on penserait ceci ou cela de moi.»[2]

Le Saint Père ne s’est toutefois pas contenté de l’affirmer par des paroles, il l’a montré par ses actions. De fait, on se rappellera que durant le dernier consistoire, il avait invité le Cardinal Kasper à s’exprimer devant les cardinaux sur le thème de la famille dans notre monde. Celui-ci avait alors émis certaines opinions sur la question de l’admission à la communion des divorcés remariés. Hier, en conférence de presse, le Cardinal André Vingt-Trois affirmait sans aucun scrupule qu’il « ne partageait pas certaines conséquences pratiques du Cardinal Kasper ». Différents points de vue peuvent donc s’exprimer librement et dans le respect. Cet imageesprit de liberté de parole, « l’écoute dans l’humilité »[3], comme l’affirme François, a donc pu s’instaurer grâce à l’Esprit agissant par l’entremise de ses paroles et de ses actes. Cela peut paraître banal mais il s’agit d’une véritable grâce puisque cet esprit est toujours à reconquérir et à réapprendre. Comme le disait Mgr Bruno Forte, « l’exercice de la synodalité est un processus d’apprentissage continuel ». Quel est donc le lien entre cette atmosphère très cordiale où, pour reprendre les mots du Cardinal Nichols, « les évêques s’expriment comme des pasteurs eux-mêmes membres d’une famille » et le don de la crainte filiale?

Le rapport se trouve dans le fait que la crainte filiale a pour conséquence directe la vraie liberté. Et, cela peut se vérifier à deux niveaux. D’abord dans le fait que ce don de l’Esprit Saint nous fait relativiser la valeur de la reconnaissance des autres sur nous-mêmes et, ainsi, il tempère notre désir de plaire aux hommes plutôt qu’à Dieu. En ce sens, la liberté d’expression des pères synodaux peut clairement être vue comme un signe de la réception du don de l’Esprit. Dans un deuxième temps, il est possible de faire un tel constat puisque ce don nous permet d’être humble. En effet, l’humilité, rendue possible grâce à la crainte filiale, nous permet de nous considérer comme faillible. Relativisant notre propre jugement, cela nous rend plus disponible à l’écoute charitable de l’autre et, ce, même lorsque son opinion s’oppose à la nôtre.

Le déroulement même du Synode des évêques semble déjà porter les fruits de la prière des fidèles du monde entier. Porter un regard de foi sur les événements ecclésiaux me semble renfermer des trésors auxquels je ne m’attendais pas. Qu’en pensez-vous?