La destination illumine le chemin

Une réflexion pour le deuxième dimanche du carême

Qu’est-ce qui nous rend plus forts dans les moments difficiles ? Qu’est-ce qui inspire notre espérance quand la situation est morne ? Qu’est-ce qui nous amène à persévérer quand il serait si facile d’abandonner ?

Dans l’Évangile du deuxième dimanche du carême, nous voyons Jésus monter le mont Thabor avec les plus proches de Ses disciples – Pierre, Jacques, et Jean. Là Il s’est transfiguré devant leurs yeux et ils Le contemplent dans toute Sa gloire. Son visage brille comme le soleil ; Ses vêtements deviennent blancs comme la lumière. Il est difficile d’imaginer combien cette vue serait merveilleuse: être témoin de la lumière de Dieu !

Quel est le sens d’un tel évènement pour nous en cette saison du carême? Quel est la signification de ce témoignage de la gloire de Jésus avant de voir Son agonie dans quelques semaines ? La transfiguration est un avant-goût de la gloire de Dieu. Elle nous donne un aperçu de la résurrection de Jésus que nous nous préparons à célébrer. Elle nous montre que Jésus est Dieu. Elle nous rappelle que lorsque nous suivons Jésus, nous ne suivons pas un homme comme les autres, ni un sage maître, ni même un grand philosophe. À la suite de Jésus, nous sommes véritablement à la suite de Dieu.

Le chemin de Dieu n’est pas toujours glorieux. Pierre, Jacques, et Jean découvriront cela lorsqu’ils vivront personnellement la crucifixion de Jésus sur le Golgotha. Prisonnier de ses peurs, Pierre reniera Jésus trois fois. Au pied de la Croix, Jean verra la mort atroce de son Seigneur. Jacques abandonnera Jésus comme les autres apôtres. Quel contraste cruel entre la lumière du Thabor et la brutalité du Golgotha. Aucun parmi eux ne se souvenait ce qu’ils avaient vécu au sommet ?

La transfiguration de Jésus nous montre qu’il y a quelque chose au-delà de la Croix. La gloire qui rayonnait sur le mont Thabor nous élève dans nos moments de ténèbres vers le destin qui nous attend. La destination illumine le chemin. Nous ne nous sentons pas pareils lorsque nous allons à des funérailles et lorsque nous accourons réclamer le montant d’un billet de loto gagnant. Ce vers quoi nous nous dirigeons a des conséquences sur notre attitude, notre perspective, et nos actions. Qu’est-ce que cela change en nous si notre destination s’agit du paradis ? Si notre destination est la gloire de Dieu que Pierre, Jacques, et Jean ont vue sur le Mont Thabor ? Si même lorsque nous vivons la Croix nous sommes faits pour la gloire ?

Parfois on peut penser que croire au paradis c’est prendre ses désirs pour des réalités. Que le paradis est quelque chose que les petits enfants apprennent au catéchisme. Mais si c’est notre vrai destin ? Si ce n’est pas seulement l’« opiat de la foule » ni un vœu pieux, mais la réalisation véritable de tous nos espoirs et de nos désirs les plus profonds – pas seulement une fantaisie que nous avons créée mais la raison pour laquelle nous avons été faits ?

Comme le soldat inspiré par l’espérance de la victoire ! Comme la maman qui souffre lors de l’accouchement avant d’accueillir dans la joie son bébé ! Comme l’athlète qui persiste à s’entraîner et persévère dans l’espoir de gagner la médaille olympique ! La victoire de la vie c’est le paradis. Le travail de la vie mène à la joie éternelle. La médaille c’est de participer à la gloire de Dieu. Comment changerait-elle nos vies si nous permettons à cette destination d’illuminer notre chemin ? À quoi ressemble le Golgotha si nous nous souvenons du Thabor ? Endurons-nous nos souffrances différemment quand nous savons qu’il y a de la lumière au bout du tunnel, et quand cette lumière brille déjà ici et maintenant ? Même lors de la journée la plus pluvieuse, le soleil rayonne brillamment au-dessus. Même lors des moments les plus noirs sur terre, la gloire du ciel brille merveilleusement.

Si nous nous dirigeons vers le ciel, le ciel imprègnera aussi ce que nous vivons ici-bas. Le Royaume de Dieu n’est pas seulement là où nous espérons l’atteindre un jour ; il est le Règne de Dieu présent dans notre vie quotidienne. C’est le règne de la paix, de la miséricorde, de la justice, de la compassion, de l’unité, et de l’amour. C’est nous tous ensemble comme frères et sœurs avec Jésus et notre Père unique. C’est le règne du soin donné aux uns et aux autres, de l’espérance donnée, de la persévérance soutenue. Notre destination éclaire les vraies épreuves que nous subissons sur le chemin de la vie. Le ciel illumine notre façon de vivre déjà ici sur terre.

La transfiguration de Jésus est la gloire de Dieu qui touche la vie de Pierre, de Jacques, et de Jean. C’est un moment qui révèle l’espérance qui survit même dans les ténèbres de la Croix. Laissons cette gloire entrer dans notre vie. Que nos combats soient illuminés par l’espérance qui nous élève. Comme il est grand de savoir, même sur nos propres golgothas, que la destination de notre chemin est la gloire de Dieu !

Dernier Angélus du Pape Benoît XVI

Chers frères et sœurs!

Mercredi dernier, avec le traditionnel rite des cendres, nous sommes entrés dans le Carême, temps de conversion et de pénitence en préparation à Pâques. L’Eglise, qui est mère et maîtresse, appelle tous ses membres à se renouveler dans l’esprit, à se réorienter résolument vers Dieu, en reniant l’orgueil et l’égoïsme pour vivre dans l’amour. En cette Année de la foile Carême est un temps favorable pour redécouvrir la foi en Dieu comme critère de base de notre vie et de la vie de l’Eglise. Ceci comporte toujours une lutte, un combat spirituel, parce que l’esprit du mal, naturellement, s’oppose à notre sanctification et cherche à nous faire dévier de la voie de Dieu. C’est la raison pour laquelle, chaque année, est proclamé l’Evangile des tentations de Jésus dans le désert, lors du premier dimanche de Carême.

En effet, après avoir reçu l’«investiture» comme Messie — «Oint» de l’Esprit Saint — lors du baptême dans le Jourdain, Jésus fut conduit par le même Esprit dans le désert pour être tenté par le diable. Au moment de commencer son ministère public, Jésus a dû démasquer et repousser les fausses images de Messie que le tentateur lui proposait. Mais ces tentations sont aussi de fausses images de l’homme, qui en tout temps tendent des pièges à la conscience, en prenant la forme de propositions avantageuses et efficaces, voire bonnes. Les évangélistes Matthieu et Luc présentent trois tentations de Jésus, qui ne se distinguent en partie que par leur ordre. Leur noyau central consiste toujours à instrumentaliser Dieu pour ses propres intérêts, en accordant plus d’importance au succès ou aux biens matériels. Le tentateur est sournois: il ne pousse pas directement au mal, mais à un faux bien, en faisant croire que les vraies réalités sont le pouvoir et ce qui satisfait les besoins fondamentaux. De cette façon, Dieu devient secondaire, il se réduit à un moyen, en définitive il devient irréel, il ne compte plus, il disparaît. En ultime analyse, dans les tentations, c’est la foi qui est en jeu parce que c’est Dieu qui est en jeu. Dans les moments décisifs de la vie, mais aussi, à bien y regarder, à chaque instant, nous nous trouvons face à un carrefour: est-ce que nous voulons suivre notre «moi» ou Dieu? L’intérêt individuel ou bien le vrai Bien, c’est-à-dire ce qui est réellement bon? [Read more…]