Du deuil à la foi avec le frère André

par Sabrina Di Matteo, rédactrice en chef de la revue Haute Fidélité
Lamphone Phonevilay dans la chapelle votive de l'Oratoire (Photo: DI MATTEO)

Lamphone Phonevilay dans la chapelle votive de l'Oratoire (Photo: DI MATTEO)

MONTRÉAL – Deux jours après la canonisation du frère André, des gens continuent de témoigner de sa signification dans leur vie et des moments entourant la proclamation de « saint André Bessette ».

Lamphone Phonevilay, originaire du Laos, s’est rendu à l’Oratoire Saint-Joseph dans la nuit du 17 octobre dernier, afin de visionner la célébration diffusée en direct de Rome à 4h00 du matin. « L’Oratoire est le premier site religieux où mes parents nous ont amenés, après notre immigration au Québec », a dit le jeune homme de 31 ans, expliquant qu’il associe  depuis sa jeune enfance la figure de l’humble portier au sanctuaire sur le Mont-Royal.

Pourtant, c’est l’expérience d’un passage difficile, il y a deux ans, qui a conduit Lamphone à s’approcher du frère André et à faire un pas dans la foi : « Une de mes amies a été assassinée, il y a deux ans. Je broyais du noir et j’avais pris mes distances de l’Église depuis un bon moment déjà, mais j’ai senti un besoin profond de me retrouver dans une église, tout simplement. » Étudiant à l’Université de Montréal, il a fait un détour tous les jours pendant deux ans pour venir se recueillir à l’Oratoire. « C’est ici que j’ai retrouvé la paix et la sérénité. Je crois que le frère André y est pour beaucoup. Il soulageait la souffrance de son vivant et il a continué de le faire après sa mort. »

Frère André rappelait aux personnes malades qui le visitaient que c’était leur propre foi qui pouvait les guérir – il ne se considérait pas comme un guérisseur. Pourtant, les processus de béatification et de canonisation requièrent l’analyse scientifique de deux guérisons inexplicables afin d’attribuer ces miracles à l’intercession du futur saint.

Pour M. Phonevilay, la canonisation de saint André Bessette confirme ce qu’il a ressenti dans son cheminement de foi récent : « Je crois que le frère André accompagne chacune des personnes qui entre à l’Oratoire et qu’il intercède pour eux auprès de Dieu. »

En ce pays…

Aujourd’hui 24 juin, fête de Saint-Jean Baptiste, fête de la Saint-Jean, Fête Nationale… notre manière de vivre cette journée dépend de l’endroit où nous nous trouvons et de notre regard sur l’histoire. Québécois expatrié, Franco-Ontarien d’adoption, cette fête revêt désormais  pour moi une nouvelle signification. La langue et la culture qui m’ont façonné, m’ont permis d’entrer en relation avec les autres, de découvrir un univers riche en mots, en paroles et en humanité.

Cette richesse apparaît d’autant plus belle à la lumière de la foi. Lorsque l’on connaît l’histoire de notre peuple, sa résistance, sa résilience mais aussi sa joie et sa fierté, il est difficile de cacher les fondations chrétiennes qui ont été le ciment de cette société. Je n’oserais ici me prendre pour un père Lacroix, que j’aime beaucoup d’ailleurs, mais si nous sommes d’accord que l’appel à la mémoire d’un groupe, d’un peuple, est important, on ne peut commencer la ligne du temps aux années soixante-dix, ni choisir les facettes de notre histoire qui nous plaisent le plus. Comment autrement pouvons-nous devenir ce que nous devons être? Comment imaginer l’avenir? Comment espérer?

Il aura fallu que je quitte mon pays, à l’image d’Abraham, pour découvrir la richesse d’une terre qui va plus loin que le Saint-Laurent ou la Baie James, plus loin même que l’Atlantique ou le Pacifique. Une terre où foi, langue et culture se conjuguent au présent, au passé et au futur.

Il m’arrive parfois d’avoir l’impression de prêcher dans le désert. Mais le Baptiste l’a fait. C’est vrai, il a perdu la tête… mais la mienne est bien ancrée, remplie d’histoires de ces ancêtres qui ont travaillé dur, qui marchaient pieds nus pour aller à la messe pour ne pas briser leurs chaussures, qui savaient danser et se réjouir avec simplicité.   J’aspire à avoir du cœur comme eux et elles. Un cœur à l’ouvrage, mais surtout un cœur qui espère pour les siens, pour son peuple et pour son Église.

Romantique, oui! Bonne Saint-Jean!

Un chant pour aujourd’hui: En ce pays – Robert Lebel

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