Le Premier Synode des Évêques pour le Moyen-Orient a Rome (I)

Synode des évêques pour le Moyen-Orient: Signification et importance

« Franchir le meme seuil ensemble », tel est la désignation du mot «Synode » (Σύνοδος), qui n’est autre que le doublet d’origine grecque classique-attique du mot français « concile ». Dans l’Église catholique, ce concept institué en 1965 par le pape Paul VI à l’issu du concile Vatican II consiste en fait en une assemblée locale, régionale, provinciale d’évêques qui se réunissent pour s’assurer que l’Église vit pleinement sa mission. Au Moyen-Orient, il s’agit d’une communion de 7 églises entre elles et avec l’Eglise catholique universelle. Chacune de ces dernières est assignée à un pasteur appelé Patriarche, et est gouvernée par le Synode qui décide de sont sort et élit son Patriarche ainsi que ses évêques.

L’Assemblée spéciale des évêques pour le Moyen-Orient qui s’est tenue au Vatican du 10 au 24 octobre 2010 est un évènement historique d’une grande envergure, aussi bien pour les 7 églises catholiques moyen-orientales, pour tous les Chrétiens du Moyen-Orient que pour l’Eglise Universelle. D’autre part, ce premier Synode est également important pour les autres confessions du Moyen-Orient, car il concerne le présent et le futur de tous les membres d’une même famille qui habite cette région depuis l’aube des temps. Juifs, Chrétiens et Musulmans y trouvent tous leurs origines confessionnelles. Toutefois, il est erroné de limiter la définition des peuples du Moyen-Orient uniquement à leur croyance religieuse, car il existe d’autres facteurs qui leur confère leur identité moyen-orientale,  a commencer par la géographie qui joue un grand rôle dans le développement d’une culture moyen-orientale unique mais qui se caracterise par une riche diversité.La réaction fut unanime concernant la question du vrai sens de ce synode, comme l’a résumé Monseigneur Guy-Paul Noujeim, Vicaire général patriarcal maronite de Sarba, lors de ma rencontre avec lui vers la fin de la première semaine. Son Eminence Monseigneur Guy-Paul Noujeim,  a souligné qu’outre l’importance de la dynamique des Congrégations synodales, les réunions officieuses de tous des pasteurs, religieux et religieuses entre eux ainsi qu’avec des représentants Musulmans et Juifs, dans un contexte familial où ils étaient tous réunis sous un même toit au Vatican, est tout aussi indispensable pour consolider les liens ‘familiaux’ qui associent ces derniers : « On sent encore plus que l’on appartient à une même culture moyen-orientale, à une même famille. C’est ca la communion, d’ou l’importance et le sens de ce Synode » a-t-il ajouté.

Première Semaine : « Semaine d’échauffement »

La première semaine du Synode était une semaine d’échauffement qui a permis aux pères synodaux, aux autres religieux et religieuses, ainsi qu’aux participants laïcs de vivre plus profondément une ambiance familiale particulière qui a cree une ambiance de partage  et de témoignages mutuels d’experiences, voire, des épreuves et des achèvements vécus au sein de leurs églises respectives, avec plus d’ouverture. Cette ouverture manifestee dans un contexte paisible comme celui du Vatican est indubitablement thérapeutique pour ces champions des églises orientales qui continuent a guider leurs troupeaux vers le Royaume pendant des années d’extrême difficultés et d’épreuves parfois impossible à survivre. En écoutant un grand nombre parmi ces braves pasteurs parler des bénéfices de cette assemblée spéciale, il m’est devenu de plus en plus clair que le Pape Benoît XVI – que l’on a tendance a décrire comme un « suiveur» et qui, comme l’a signalé Rabbi David Rosen au cours de sa conférence de presse a Rome durant le Synode, ‘chemine sur les pas de Jean Paul II’ (comme par sa visite en Terre-Sainte) – est aussi un innovateur, ne serait-ce que par la convocation de ce synode, et, pour une toute première fois a Rome. En effet, la réalité des églises du Moyen-Orient ne serait sans doute pas arrivée a son état actuel si un tel synode – qui se veut avant tout un message pastoral de paix et de convivialité – aurait été convoqué bien avant 2010, peut être il y a 60 ans. En tout état de cause, il s’agit la d’une ‘assemblée de sauvetage’ non seulement des églises catholiques du Moyen-Orient, mais de tous les chretiens du Moyen-Orient ainsi que de leurs frères et sœurs Musulmans, Juifs, que ces deux derniers en soient conscients ou pas encore. Ce grimoire est local, régional et également global, et il revient a tous de le résoudre ensemble afin d’assurer un meilleur futur. C’est d’ailleurs pour cette raison que des representants juifs et musulmans ont assisté au Synode et y ont contribué.

L’ébauche du Message final a été présenté par le Rapporteur Général samedi 16 octobre passé, au terme de la première « semaine d’échauffement » qui avait débuté le 10 octobre. Ce dernier consistait en 12 paragraphes comprenant préoccupations, défis et attentes des églises catholiques moyen-orientales. Cependant, comme son Eminence Monseigneur Georges Khodr – métropolite de l’Archevêché Grec orthodoxe de Byblos (Jbeil), Botris (Mont Liban) de l’Eglise d’Antioche qui est renommé pour son approche d’ouverture et de renouveau de l’Eglise orthodoxe au Liban et en Syrie – me l’avait signalé, ces préoccupations, défis et attentes concernent également les orthodoxes ainsi que tous les Chrétiens du Moyen-Orient. Parmi les questions urgentes abordées sur desquels dépend en grande partie l’existence même des Chrétiens au Moyen-Orient :

  • la liberté religieuse, la liberté de conscience : problème qui relève des droits des êtres humains, où l’Église qui condamne ouvertement tout genre de prosélytisme et de fondamentalisme, réclame son droit naturel de vivre sa mission et de témoigner pacifiquement de sa foi chrétienne;
  • les marées d’immigrations simultanément du et au Moyen-Orient (immigration des moyen-orientaux Chrétiens et Musulmans et déferlement de milliers d’immigrants Chrétiens asiatiques) : question liée a l’instabilité politique et économique, ainsi qu’à la liberté religieuse et de conscience;
  • le besoin de d’une coexistence conviviale et viable entre les différentes confessions (œcuménisme ad intra et ad extra l’Eglise catholique) : cette question est une lame à double tranchants, une question centrale qui concerne d’une part la division des églises en dépit de la communion partiale vécue par les fideles, et d’autre part la nécessité de maintenir un dialogue profond, fondé sur le respect mutuel et l’acceptation entre les différentes confessions chrétienne, musulmane et juive;
  • la situation critique de la paix en Israélo-Palestinienne : cette question d’ordre politique, économique touche aussi au facteur confessionnel-religieux;
  • les atrocités qu’endurent les Chrétiens d’Iraq : autre grave problème de balayage systémique des chrétiens à travers différentes formes de persécutions et de violences qui s’opposent catégoriquement aux droits humains et humanitaires;
  • le statut des Chrétiens minoritaires et de seconde classe dans cette région du monde notamment dans des pays instables à majorité musulmane ou dans un état qui se qualifie comme ‘l’unique démocratie civile et se déclare religieux’ au dire de Sa Béatitude Antonios Naguib, plus précisément en Israël: ce thème touche directement a l’identité des chrétiens du Moyen-Orient et de leur raison d’être et relève de divers problèmes parmi lesquels ceux énumérés ci-dessus. Lors de la conférence de presse inaugurale du synode, Son Eminence Monseigneur Béchara Rai, Évêque du diocèse maronite de Jbeil au Liban, a évoqué le besoin d’avoir une citoyenneté positive qui sépare État et Religion où tous les citoyens bénéficient d’un traitement égal par le gouvernement. À cet égard Son Eminence Monseigneur Rai a donné le Liban comme exemple  à suivre en évoquant l’article 9 de la Constitution libanaise établie en 1943 qui garantit «  (…) le libre exercice de tous les rites religieux (…) et de tous les intérêts religieux de la population. »

D’autre part l’appel lancé lundi 11 octobre passé par le Rapporteur général, SB Monseigneur Antonios Naguib, Patriarche actuel de l’Eglise copte catholique d’Egypte, nouvellement élu cardinal par le pape Benoît XVI, est très clair aussi bien sur la position des différentes églises catholiques du Moyen-Orient – voire de celle de l’Église catholique universelle ainsi que de l’integralité des églises du Moyen-Orient – et de son rôle dans cette région du monde. Dans sa présentation du Relatio Post Disceptationem (synthèse des différentes interventions et discussions en carrefours linguistiques) SB Naguib fit appel aux différentes communautés religieuses du Moyen-Orient – chrétiens, musulmans et juifs – de dépasser la violence, de vivre au sein de cette même famille qui est la leur dans la paix et la convivialité. Pour ce faire il est impératif qu’ils « travaillent tous ensemble pour préparer une nouvelle aube au Moyen-Orient ». Sa Béatitude Naguib a réitéré  l’impérative d’un dialogue ouvert et une communion concrète entres les différentes églises du Moyen-Orient et entre toutes les confessions qui devrait se baser sur la liberté religieuse et le respect des autres. Un conseil spécial pour le Moyen Orient du Secrétariat général du Synode des évêques présidé par Sa Béatitude Ignace Youssef Younan, Patriarche syrien d’Antioche fut élu suite a la 10ème Congrégation générale lors de laquelle a été débattu et élaboré le projet de message synodal.