La liberté de pouvoir rire de soi-même

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Image: Courtoisie de CNS

À la fin de l’année 2014, toute l’équipe de Sel et Lumière a eu l’occasion de se rassembler pour un après-midi de retraite à la maison mère des Basiliens à Toronto. Lors de ce moment de recueillement et de rencontre privilégié avec le Seigneur, j’ai réfléchi à ma vie de chrétien en regardant ce qui dans ma vie est cohérent avec les invitations constantes que me fait l’Esprit Saint d’être davantage en communion avec l’Amour du Père et de son Fils Jésus-Christ. Comme chaque année, ce qui est ressorti de mon examen personnel c’est l’orgueil. Un grand manque d’humilité qui se manifeste le plus explicitement lorsque je reçois des critiques. Que ce soit au travail, dans mes relations avec ma famille ou mes amis, j’ai toujours beaucoup de difficulté lorsque d’autres ne sont pas d’accord avec moi.

Ma réflexion a refait surface ce matin après presque une journée entière passée sur fond de tristesse et d’indignation suite à l’attaque terroriste et inhumaine perpétrée contre les employés du magazine Charlie Hebdo à Paris, en France. En effet, la motivation des terroristes qui ont abattu de sang froid leurs frères en humanité m’a rappelé à quel point l’humilité et cette capacité d’accepter la critique est une grâce qui manifestement, n’est pas partagée par tous. Lorsque je pense à mes propres réactions quand je suis critiqué, je vois que je ressens souvent des sentiments de frustration, d’incompréhension et même parfois de colère. Toutefois, contrairement à ce que certains peuvent penser, la véritable force de caractère se mesure justement dans la capacité à maintenir cette force qui me pousse à me perdre dans ces sentiments. Ainsi, je me suis mis à penser en quoi la critique est une réalité très saine pour notre vie psychologique, sociale et, même, spirituelle. Deux raisons on particulièrement retenues mon attention.

La première se trouve dans le fait que la critique me pousse à raffiner les raisons ou motivations justifiant mes positions ou décisions. Elle est bonne non seulement lorsqu’elle m’est adressée directement mais également quand la critique est indirecte : par Gunmen kill 12 at French magazine Charlie Hebdoexemple, lorsqu’on attaque une idée ou une institution à laquelle je suis très attaché (l’Église, le Québec, la Démocratie, etc.). Suis-je à la hauteur de la liberté à laquelle je suis appelé face à moi-même lorsque l’on me demande de changer telle ou telle chose de mon comportement ou de mes idées ? Voilà le type de question que je me pose. En ce sens, il est possible de juger de la qualité de notre humilité en regardant l’Humble par excellence : Jésus-Christ. Suis-je rancunier et renfermé sur moi-même lorsque je subis une réelle injustice? A fortiori, lorsqu’on me porte des accusations objectivement injustes, ai-je tendance à vouloir me venger ou à pardonner? La réponse à cette question nous montrera jusqu’à quel point nous sommes unis à Jésus. À l’Innocent par excellence qui a subi les pires affronts par Amour pour ses enfants.

La deuxième raison pour être reconnaissant devant celui qui me critique est que cette dernière me permet de mesurer la solidité de mes décisions, de mes croyances mais, aussi et surtout, de mon ouverture à l’amélioration. Suis-je prêt à reconnaître que je suis toujours capable de faire mieux, de donner toujours plus de mon temps au prochain? Ou suis-je satisfait de ma situation, content de ce que j’ai accompli, prêt à me reposer sur mon divan? Bienheureuse Mère Theresa de Calcutta avait pour expression : « J’aurai toute l’éternité pour me reposer! » La critique a cet effet bénéfique de nous remettre en question devant les limites de notre situation et nous invite à un dépassement toujours plus grand. Sans elle, le monde deviendrait stagnant comme un marécage.

Dans un premier temps, les événements tragiques des derniers jours en France m’ont fait prendre conscience de la nécessité sociale et personnelle de cette humilité que le Christ nous offre gratuitement si nous nous confions à sa cure. Quelle liberté que de pouvoir rire de soi-même! Comme croyant, je dois revendiquer mon droit d’être critiqué, à être mis devant la réalité de mes faiblesses, même de façon brusque et parfois maladroite. Deuxièmement, je me sens de plus en plus redevable des critiques, qu’elles soient médiatiques ou intellectuelles, à l’endroit de cette institution qu’est l’Église catholique et que j’aime tant. En effet, elles nous permettent de nous mettre toujours devant les yeux la Personne que nous représentons c’est-à-dire que nous sommes sensés rendre présent aux hommes et femmes de notre temps. Le risque de l’hypocrisie étant toujours à nos trousses, la critique, virulente parfois, à l’égard de l’Église est parfois le meilleur remède à cette maladie spirituelle et morale si décriée par Jésus Lui-même.

Prions pour toutes les victimes et leur famille et prenons toujours davantage conscience de l’importance des institutions médiatiques et de la liberté qu’elle présuppose.