« Communion dans un seul Baptême »

de Maria Voce, Présidente du mouvement des Focolari a donné son Témoignage. le voici « Communion dans un seul Baptême »

« Il y a dix ans je suis allée en Irlande pour la première fois. J’y suis venue pour être proche d’une grande amie, Lieta Betoňo, les derniers jours de sa vie ; Elle était argentine et avait passé trente ans de sa vis en Irlande, dans la communauté du mouvement des Focolari. Je l’ai souvent entendue parler de l’accueil chaleureux qu’elle avait reçu dans ce pays. Moi aussi, au cours de mon bref séjour, j’ai non seulement admiré de magnifiques arcs-en-ciel, mais j’ai bénéficié du chaleureux esprit de famille dans les communautés que j’ai rencontrées.
Je retrouve ce même esprit ici, parmi vous et je suis heureuse de participer à ce Congrès Eucharistique International.

On m’a demandé de donner un bref témoignage sur le thème : « Communion dans un seul baptême ».

Le Baptême. Sans aucun doute, le baptême est le sacrement qui relie tous les chrétiens. Il constitue un lien d’unité, sacramentel.
Comme l’affirme le huitième rapport du Groupe de travail conjoint, de l’Église Catholique et du Conseil œcuménique des Églises sur les implications ecclésiologiques et œcuméniques du baptême commun : « Tous les chrétiens qui reçoivent l’unique Baptême dans l’unique Corps du Christ, ont reçu, en même temps, un appel radical à la communion avec tous les baptisés ».
On peut donc dire que le baptême nous a non seulement donné le droit d’être appelés communément chrétiens, parce qu’incorporés au Christ, mais nous a confié aussi le devoir spécifique de construire la communion entre nous, en nous aiment les uns les autres comme Jésus nous a aimés.
Dire « oui » à cet appel, est la grande chance de notre vie. Ce n’est pas que nous devons dire « oui » mais nous pouvons dire « oui » ! Pouvoir le dire, et le dire ensemble, est l’expression de notre dignité de fils de Dieu.
Pour le réaliser, nous tous chrétiens, nous avons un grand trésor dans nos mains : le livre de l’Évangile. Je sais que le peuple irlandais, à bien des égards, est un peuple né de l’Évangile.
Dès les premiers jours du mouvement des Focolari, Chiara et ses premières compagnes ont découvert et choisi l’Évangile comme l’unique code de vie.
Le mouvement est né à Trente (Italie) en 1943. La guerre faisait rage. Les bombardements étaient permanents et à chaque fois que retentissait l’alarme, elles courraient dans les abris en n’emportant rien d’autre qu’un petit livre : l’Évangile. Chiara avait compris que Jésus est la Vérité et que c’est lui qu’elle devait suivre et non des livres et des théories mais lui, en concrétisant ses paroles.

Elles l’ouvraient. Et quelle surprise ! Ces paroles si souvent entendues jusque-là, parce qu’elles étaient chrétiennes, s’illuminaient comme si une lumière s’allumait en dessous. Elles le comprenaient de façon totalement nouvelle et se sentaient poussées, certainement par l’Esprit-Saint, à les mettre en pratique.
Chiara écrivait : « Ces paroles nous apparaissaient chargées d’une puissance révolutionnaire, d’une vitalité explosive, les seules capables de transformer radicalement la vie, même notre vie à nous, chrétiens de notre temps » .
Les personnes qui voulaient vivre comme Chiara, se plongeaient au fur et à mesure dans ces paroles de l’Évangile, s’en nourrissaient et expérimentaient, émues et comme grisées, que tout ce que Jésus dit et promet se réalise : « Donnez et il vous sera donné » . C’est leur expérience quotidienne. Elles donnent, donnent, donnent et reçoivent, reçoivent, reçoivent.
« Demandez et l’on vous donnera » . Elles demandent tout pour les nombreux besoins. C’est une période de guerre, il y a beaucoup de besoins autour d’elles. Elles demandent et dans un tel contexte général de pauvreté, il arrive des sacs de farine, des boîtes de lait, du bois, de la confiture…, qu’ensuite elles distribuent aux pauvres de la ville.
Ces expériences passent de bouche à oreilles. Elles sont comme un petit écho des paroles des apôtres. Les apôtres partaient annoncer au monde : « Le Christ est ressuscité ». Par leurs expériences elles disaient : « Le Christ est vivant ! Le Christ est vivant ! ».

La guerre sème ruines, décombres, morts ; Avec ses compagnes, Chiara Lubich se trouve un jour, pendant une alarme, dans une cave obscure, avec l’Évangile en main. Elle l’ouvre et à la lumière d’une bougie, elle lit la prière de Jésus avant de mourir : « Père… que tous soient un » (Gv 17, 11-21).
C’est un texte difficile étant donné leur formation, mais dans leur cœur, jaillît fortement la conviction que c’est pour cette page de l’Evangile qu’elles sont nées.
Elles se retrouvent pour la fête du Christ-Roi et disent à Jésus : « Toi, tu sais comment faire pour réaliser l’unité. Nous voici. Si tu le désires, sers-toi de nous ».

À nous aussi, ici, Chiara Lubich nous présente à nouveau, et uniquement, l’Évangile, parce que – comme elle le disait – pour retrouver le sens de la vie, le monde n’a pas tant besoin de personnes cultivées que de sages, de personnes emplies d’Esprit-Saint, d’hommes et de femmes vraiment évangéliques.

À une époque où la connaissance de l’Évangile était l’apanage de peu de monde, Martin Luther écrivait : « Nous devons être sûrs que l’âme peut se passer de tout sauf de la Parole de Dieu, et que tout est inutile sans la Parole de Dieu. Au contraire, quand il a la Parole de Dieu (…) il trouve dans la Parole (…) assez de nourriture, de joie, de paix, de lumière, d’intelligence, de justice, de vérité, de sagesse, de liberté et possède tous les biens en surabondance. »

C’est l’Évangile et la vie de la Parole qui peut, avant tout, nous évangéliser nous-mêmes et nous rendre capables d’éclairer la « cave obscure » qu’est le monde qui nous entoure, en répondant aux interrogations et aux défis que la vie met devant nous et devant tout homme sur la terre ;
Personnellement et tous ensemble, nous voudrions répéter avec Chiara : « Si tous les Évangiles de la terre venaient à être détruits, nous voudrions vivre de telle façon que les gens, considérant notre comportement, puissent, d’une certaine manière, réécrire l’Évangile ».

Nous trouvons presque un écho à ces mots, chez un théologien évangélique du XVIII° siècle, Gerhard Tersteegen qui écrit : « Ouvre-toi jusqu’au bout [au Christ] en silence et pleinement, comme une feuille blanche, de sorte qu’il écrive lui-même sa loi dans ton cœur par la main de l’Esprit Saint, afin que dans ton être et ta conduite de vie, tu deviennes une Écriture sainte, une lettre que tous les hommes puissent lire. L’Écriture reste alors un précieux témoignage du Christ et nous ne croirons pas seulement parce que nous l’avons lue mais parce que c’est Lui que nous avons écouté et rencontré. »

Le Mouvement s’est ensuite développé selon un dessein sûrement écrit au ciel et qui s’est dévoilé peu à peu . Par une diffusion que quelqu’un a défini « une explosion », le Mouvement a franchi les frontières, de l’Italie d’abord puis de l’Europe et il est arrivé sur tous les continents. Il est actuellement présent en 198 pays et en plus de 300 Églises de même que parmi des personnes de toutes religions et convictions.

Personnellement, ma rencontre avec cette expérience remonte à 1959. L’année précédente, au cours d’un pèlerinage, j’avais prié Dieu de me faire rencontrer quelqu’un ou quelque chose qui puisse remplir pleinement le vide que je percevais et que je ne m’expliquais pas étant donné que je pouvais dire que j’avais tout : une belle famille, le nécessaire pour vivre, des études réussies…
En 1959, dans la chapelle de l’université de Rome, j’ai été très frappée par un groupe de jeunes qui assistaient à la messe. On remarquait parmi eux une joie, une « atmosphère » différente. J’ai lié amitié avec eux et ils m’ont témoigné un style de vie absolument nouveau.
Je me souviens de ma première visite au focolare (la communauté qui est au cœur du Mouvement). Lorsque j’ai demandé : « que doit-on faire pour être comme vous ? », ils m’ont répondu qu’il suffisait de vivre l’Évangile parce qu’il s’agissait d’une vie et non d’une organisation. Jésus me demandait de commencer cette vie nouvelle avec Lui.
Ma première expérience fut celle d’écouter ma tante par amour pour Jésus – même si elle racontait des choses sans intérêt pour moi – parce qu’en elle, comme en chaque personne, je pouvais rencontrer et aimer Jésus lui-même ! En effet l’Évangile dit : « Tout ce que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Mt 25,40).

Dans les communautés des premiers temps ; comme aujourd’hui, on ressent l’exigence de se raconter les uns aux autres les expériences faites, c’est-à-dire de se communiquer les fruits de la Parole de vie vécue.
Dès cette époque, c’était évidemment un besoin du cœur. Une spiritualité de communion était en train de naître, la spiritualité de l’unité, qui nous portait à partager tous nos biens et non seulement nos biens matériels. Et quel bien plus grand que le fruit de la Parole vécue ?

En regardant aujourd’hui, le monde dans lequel nous vivons, il nous semble que c’est l’Esprit-Saint qui nous a suggéré cette pratique, cette méthode, disons, parce que face à l’actuel relativisme dominant qui rend souvent difficile l’explication ou la démonstration logique de la vérité, l’évidence de l’expérience vécue n’admet pas de discussion ; elle peut être comprise ou non, elle peut être appréciée ou non mais elle ne peut pas être contestée parce que c’est une expérience, c’est la vie.
Cette communion des expériences dans l’amour réciproque unit tous ceux qui y participent et est un témoignage comme le dit l’Évangile : « A ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jn 13,35).

J’ai vécu 10 ans en Turquie comme responsable dans cette zone géographique. C’était un pays dont je ne connaissais ni la culture ni la langue ; où souvent je ne savais pas comment m’y prendre ; où les nouvelles du monde chrétien n’arrivaient pas et où les signes extérieurs de la religion [chrétienne] étaient absents, les églises cachées, les cloches muettes, même le dimanche.
Et pourtant, là aussi, je me souviens de plusieurs moments où j’ai expérimenté la beauté de la famille que Jésus est venu composer sur la terre.
Un exemple : poussés par le désir de témoigner de notre proximité, nous sommes allés rendre hommage aux responsables des différentes Églises chrétiennes présentes en ces régions : notre évêque latin et l’évêque arménien mais aussi le Patriarche œcuménique de l’Église grecque-orthodoxe de Constantinople et l’évêque arménien apostolique ou l’évêque siro-jacobite ; des Églises toutes fortement minoritaires et en grande difficulté en tous genres au milieu de la grande majorité islamique. Cela voulait dire d’aller partager des souffrances, soutenir des espoirs, encourager des initiatives. On en retirait toujours la joie et une nouvelle ardeur.
Avec le Patriarche grecque-orthodoxe nous sommes liés par une longue histoire d’une amitié profonde qui est née en 1967 à l’occasion de plusieurs rencontres entre Chiara Lubich et le grand Patriarche Athënagoras et qui s’est poursuivie avec ses successeurs Dimitrios I° et Bartolomé I°.
Je me souviens que parmi les personnes avec lesquelles nous entrions peu à peu en contact, nous remarquions souvent qu’elles n’avaient pas clairement conscience de
leur appartenance à l’une ou l’autre Église. Tous se reconnaissaient chrétiens et si cela était positif et fructueux pour construire des rapports, cela pouvait cependant engendrer confusion et malentendus entre les responsables des Églises. Nous voulions les aider en portant un bon esprit œcuménique. Nous l’avons fait en essayant de favoriser les relations des membres du mouvement avec leurs Églises d’appartenance respectives.
Je me souviens que nous allions accompagner les groupes d’orthodoxes qui fréquentaient notre Mouvement à connaître personnellement leur Patriarche. C’étaient toujours de très belles rencontres, profondes, de famille, au cours desquelles les personnes redécouvraient qu’elles avaient un père et se retrouvaient enveloppées par la maternité de leur Église.
Le Patriarche, de son côté, ne manquait jamais de témoigner de son affection et de son estime pour notre engagement et il témoigne encore aujourd’hui, chaque fois qu’il en a l’occasion, de sa gratitude envers Chiara Lubich et le mouvement des Focolari pour son authentique œcuménisme vécu.

Les effets de la Parole de vie, vécue dans le mouvement au cours de ces presque 70 ans, ont été innombrables et nous ne pouvons pas les citer tous.
Mais l’un d’eux a été fondamental pour le dialogue œcuménique.
Dès les premiers moments de cette vie nouvelle, l’unité désirée par Jésus dans son testament, était devenue pour Chiara et ses compagnes, l’objectif vers lequel elles s’orientaient, en mettant en pratique l’amour réciproque.
Avant tout, elles l’ont réalisé entre elles, fidèles de l’Église catholique, sans imaginer les développements qui seraient dérivés dans l’avenir.
Mais très vite le mouvement s’est répandu dans le monde justement grâce à cette force évangélisatrice, fruit de l’unité, et il est venu en contact – sous la guide providentielle de Dieu – avec des personnes de différentes Églises, de différents crédos, ou même sans référence religieuse établissant des rapports d’amour réciproque avec tous.
Le cardinal Béa avait déjà rappelé que si les chrétiens de toute dénomination se mettent à vivre profondément l’Évangile, ils deviendront plus proches les uns des autres parce qu’en vivant ainsi, ils ressemblent davantage au Christ.
Nous trouvons cette affirmation, même si exprimée différemment, dans le document théologique entre l’Église catholique et la Fédération Luthérienne Mondiale, qui déclare : « (…) l’écoute communautaire de la Parole de Dieu et l’attachement fidèle à l’unique Évangile, (cf. Gal 1,6-10), sont des pas indispensables sur le chemin vers la pleine unité ».

Dans ces presque 70 ans de vie du Mouvement, nous avons constaté que la spiritualité communautaire et œcuménique que nous essayons de vivre, fruit d’un charisme envoyé par l’Esprit-Saint pour notre temps, relie tous ceux qui le vivent, si bien que, d’une certaine façon, on ressent que nous sommes déjà un : un seul peuple chrétien.
C’est ainsi que se réalise ce que nous avons appelé le « dialogue du peuple », le « dialogue de la vie », parmi tous les chrétiens. Dialogue d’autant plus urgent dans la mesure où l’histoire a démontré que les conclusions et les prises de positions même les plus avancées parmi les théologiens d’avant-garde, ne suffisent pas si le peuple n’est pas préparé.
Unis par cette spiritualité, nous voudrions être levain parmi toutes nos Églises et contribuer à accélérer le chemin vers la pleine communion jusqu’à être visible et même eucharistique.

Une expérience concrète qui porte témoignage et fait progresser ce dialogue est « Ensemble pour l’Europe » : une réalité extraordinaire de communion entre communautés et mouvements chrétiens (environ 250 à l’heure actuelle, dont certains à Belfast et en d’autres parties d’Irlande). Ils sont de différentes dénominations, de la presque totalité des pays d’Europe, engagés sur un chemin de partage, de reconnaissance réciproque, d’accueil et de collaboration en faveur du véritable bien du continent européen et pas seulement.

Dans cette intervention, j’ai voulu montrer à quel point l’Évangile vécu ensemble, nous fait devenir un.

Dès les débuts du Mouvement, dans les longues heures passées dans les abris, les phrases de l’Évangile qui sont venues particulièrement en évidence, sont celles qui parlaient de l’amour : « Aime ton prochain » (Mt 19,19) ; « Aimez vos ennemis » (Mt 5,44) ; « Aimez-vous les uns les autres » (Jn 15,17) ; « Ayez avant tout un amour constant les uns pour les autres » (1Pt 4,8)…
Or, si nous sommes plusieurs à vivre ainsi en essayant de réaliser concrètement le commandement de Jésus par excellence : « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,34), l’amour devient réciproque.
Et l’amour réciproque vécu produit un effet qui est, pour ainsi dire, un point fort de la communion entre baptisés : permettre à Jésus d’être présent parmi plusieurs chrétiens réunis en son nom. « Là où deux ou trois – a dit Jésus – se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. » (Mt 18,20)
Lorsque nous vivons avec Jésus au milieu de nous, nous nous insérons de manière plus vitale en Jésus présent dans son Église. Sa présence au milieu de nous nous fait être Église.
Jésus entre un catholique et un anglican qui s’aiment, entre un anglican et un orthodoxe, entre une personne de l’Église arménienne et une autre réformée, entre un méthodiste et un quaker…
Cette présence de Jésus est l’aide la plus puissance pour le chemin des chrétiens vers la pleine communion ; elle donne la lumière sur les pas à faire, elle donne le courage de réaliser les résolutions prises, elle fait mettre en commun les joies et les souffrances.
En outre, Jésus nous pousse à regarder le monde, ensemble, tel que Lui, le regardait : pour l’aimer, pour le sauver, pour faire expérimenter à tous les hommes, la paix, la lumière qu’il apporte.
L’Église dépasse ainsi, d’une certaine façon, les frontières des édifices du culte et dans la pleine communion entre tous, elle se rend plus proche de l’humanité d’aujourd’hui pour répondre à toutes ses exigences et ses questions en apportant les réponses que seul l’Évangile peut offrir.

Je voudrais conclure par une affirmation de David Stevens, presbytérien de l’Irlande du Nord, récemment disparu, ex-leader de Corrymeela, qui parle justement de l’espace que le Ressuscité nous ouvre lorsque nous vivons ensemble l’Évangile. Il dit : « L’Évangile nous invite à entrer dans cet espace créé par Dieu et à rencontrer là ceux qui avaient été nos ennemis… C’est la vision d’une humanité nouvelle, réconciliée en Christ, qui vit dans une nouvelle communauté ».

Que le Ressuscité nous accorde, par le baptême et l’Évangile vécu, de contribuer à rendre réel et visible le merveilleux de cette vision et nous donne la joie d’expérimenter toujours plus sa présence parmi nous. »