Une rencontre inattendue

par S. Marie-Pierre Delorme

Mon Dieu qu’il y a avait du monde à la prière de Taizé d’hier soir !! C’était la dernière de la JMJ, alors ma dernière chance d’y aller. Je suis donc arrivée un peu en retard, après le travail, et suis tombée sur une église plus que pleine : des gens faisaient la queue pour entrer. J’ai finalement réussi à me faufiler dans le hall d’entrée : il y avait un bouchon de monde sous l’arche qui permettait l’accès dans l’église. Ce fut seulement environ une heure après le début de la prière, alors que certains groupes finissaient par sortir, que j’ai pu me trouver une petite place sur le sol vers l’avant de l’église. La croix était déposé par terre, des gens venaient pour la vénérer, d’autres prenaient des photos, d’autres étaient bien concentrés dans la prière ou le chant. Le prieur de la communauté de Taizé, le frère Alois, était là avec 3 autres frères.

Personne ne semblait remarquer ou faire attention à un homme assis tranquillement au 2e banc, je l’ai regardé quelques instants… je pense qu’il a senti mon regard sur lui et qu’il pouvait deviner la question qui me traversait l’esprit en le voyant : « Est-ce que je rêve, ou vous êtes le premier ministre de l’Australie? »

De fait, c’était lui !! Kevin Rudd est resté près de deux heures au milieu des jeunes de partout, pratiquement incognito. Quand il est parti, on a vu une demi douzaines de personnes partir avec lui dont son épouse et certainement un garde du corps, très discrètement. Le frère Alois l’a accompagné à la sortie et échangé quelques mots avec lui, mais le chant a continué, le tout s’est fait dans la plus grande simplicité.

Il va sans dire que j’ai été très impressionnée. Je n’imagine pas Steven Harper ou Jean Chrétien faire une chose pareille! Déjà mardi, il a prononcé un mot de bienvenue à la messe d’ouverture qui a émerveillé tout le monde (pour un homme politique, il savait si bien parler de la beauté de la foi!) et maintenant ceci… Je crois qu’il vaudra la peine de suivre un peu la politique Australienne : ils ont à leur tête un chrétien engagé, ouvert et articulé.

En faisant un peu de recherches, j’ai trouvé ceci : dans un essai publié dans « The Monthly », Rudd écrit (il s’agit ici de ma traduction):

Une perspective chrétienne sur la politique contemporaine peut ne pas prévaloir. Elle doit pourtant pouvoir être défendue. Et une fois entendue, elle doit être pesée, conjointement à d’autres arguments venant des différentes traditions philosophiques, dans une politique séculière pleinement contestable. Une perspective chrétienne, informée par un « social gospel » ou une tradition socialiste chrétienne, ne devrait pas être rejetée avec mépris par les politiciens séculiers, comme si ces vues constituaient une intrusion qui nétait pas la bienvenue dans la sphère politique. Si les Églises sont empêchées de participer dans les grands débats sur les valeurs qui fondent notre société, notre économie et notre politique, alors nous en sommes arrivés, de fait, à un monde très étrange.