Un carême contre « la mondialisation de l’indifférence »

MAN BEGS IN BUDAPEST, HUNGARY

Ce mardi 27 janvier le pape François rendait public son message de carême 2015. Dans cette lettre, intitulée « Tenez-ferme ! », le Pape s’arrête largement sur « la mondialisation de l’indifférence ». Une expression qui fait écho à son homélie, prononcée en juillet 2013, lors de son voyage à Lampedusa. En évoquant les migrants morts en mer, il dénonçait alors « la culture du bien-être qui nous rend insensibles aux cris des autres, nous fait vivre dans des bulles de savon, qui sont belles, mais qui ne sont rien. Elles sont l’illusion de la futilité, du provisoire, qui mène à l’indifférence, plus encore, à la mondialisation de l’indifférence ».

« Le carême, écrit le Pape en introduction de son message, est un temps de renouveau pour l’Église, pour les communautés et pour chaque fidèle ». « Dieu n’est pas indifférent à nous…mais il arrive que, quand nous allons bien et nous prenons nos aises, nous oublions sûrement de penser aux autres, nous ne nous intéressons plus à leurs problèmes, à leurs souffrances et aux injustices qu’ils subissent…alors notre cœur tombe dans l’indifférence ». Cette attitude égoïste déplore le pape, « a pris aujourd’hui une dimension mondiale ».

Pour dépasser l’indifférence donc, le Souverain pontife propose dans son message trois pistes à méditer :

D’abord il faut se laisser servir par le Christ, pour à notre tour apprendre à servir comme lui. Le Pape donne  l’exemple de Pierre au soir du Jeudi Saint : « Il ne voulait pas que Jésus lui lave les pieds, mais il a ensuite compris que Jésus ne veut pas être seulement un exemple de la manière dont nous devons nous laver les pieds les uns les autres. Ce service ne peut être rendu que par celui qui s’est d’abord laissé laver les pieds par le Christ ». Par l’Eucharistie, ajoute le Saint-Père, nous devenons ce que nous recevons : le corps du Christ. « Grâce à ce corps, cette indifférence, qui semble si souvent prendre le pouvoir sur nos cœurs, ne trouve plus de place en nous. Puisque ceux qui sont du Christ appartiennent à l’unique Corps du Christ et en lui personne n’est indifférent à l’autre ». « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie ».

La deuxième piste consiste à faire l’expérience de la communion des saints. Essayer d’appartenir à un seul corps. « Un corps qui connait et qui prend soin de ses membres les plus faibles, les plus pauvres et les plus petits ». « Pour recevoir et faire fructifier pleinement ce que Dieu nous donne, il faut dépasser les frontières de l’Église visible dans deux directions. D’une part en nous unissant à l’Église du ciel dans la prière…et d’autre part, chaque communauté chrétienne est appelée à franchir le seuil qui la met en relation avec la société qui l’entoure, avec les pauvres et ceux qui sont loin ».

Enfin il faut « tenir ferme ». « Nous sommes souvent tentés d’être indifférents à la misère des autres, explique le Pape. Nous somme saturés de nouvelles et d’images bouleversantes qui nous racontent la souffrance humaine et nous sentons en même temps toute notre incapacité à intervenir ». Pour ne pas se laisser absorber par cette spirale de peur et d’impuissance, le Souverain Pontife recommande, en plus de la prière, « d’aider les autres par des gestes de charité… Un signe, même petit, mais concret qui montre notre participation à notre humanité commune ».

Ce message du Pape a été présenté en début de semaine en salle de presse du Saint-Siège, par Mgr Giampietro Dal Toso, secrétaire du Conseil pontifical Cor Unum, et par Michel Roy, Secrétaire Général de Caritas Internationalis. Selon lui, cette lettre « est une invitation à sortir de soi et à aller vers les autres, à s’intéresser à ce qui se passe autour. La personne humaine n’est pas faite pour vivre seule mais elle est faite pour vivre avec d’autres. « Et l’Église, commente encore Michel Roy, nous encourage toujours à vivre, mais aussi à s’engager, avec ceux qui souffrent ».