Pour le religieux sur la place publique

Par Sébastien Lacroix

L’Assemblée des évêques catholiques du Québec a présenté cet après-midi son mémoire devant la Commission Bouchard-Taylor. Son président, Mgr Martin Veillette, a demandé que soit respectée la place de la religion dans l’espace public et que soit assuré aux immigrants un accueil authentique par la société québécoise. L’AECQ dit souhaiter que l’Etat adopte une attitude positive par rapport aux églises et mouvements religieux en vue du bien commun de la société.

Les évêques ont rappelé  que promouvoir une politique d’immigration implique d’être capable de reconnaître l’apport positif des immigrants et d’avoir la volonté de faire des ajustements pour favoriser leur insertion dans la société d’accueil. Il faut, affirme les évêques, aller au-delà d’une approche individualiste pour évoquer des valeurs de solidarité, de justice sociale, de partage des richesses, qui plongent leurs racines dans l’histoire de ce pays. Le mémoire des évêques du Québec est disponible sur le site de l’AECQ. 

On ne se surprendra pas des questions posées par le commissaire Bouchard aux évêques. La question de la place des femmes a d’abord été soulevée. Mgr Veillette a affirmé à cet effet que les femmes occupent toute la place qu’elles peuvent avoir. Il a insisté que ces décisions relevaient non seulement du pape, mais de l’ensemble des évêques qui se réunissent en concile. L’évêque de Trois-Rivières a toutefois laissé ouverte la porte à un changement de position de l’Église, à tout le moins des évêques du Québec à ce sujet.

Plusieurs ont été surpris que le mémoire de l’AECQ ne fasse aucune allusion au cours d’Éthique et de culture religieuse qui débutera en septembre prochain dans les écoles du Québec. Les évêques du Québec étudient présentement la version finale du programme et feront connaître leur avis en mars prochain, après leur plénière annuel. D’ici là, « rien n’empêche un évêque de faire connaître sa position personnelle sur le sujet. » Il sera intéressant de suivre la réflexion des évêques à ce sujet, surtout depuis que l’opposition officielle à Québec a demandé un moratoire sur le cours d’Éthique et de culture religieuse au primaire en exigeant que le Ministère de l’Éducation revoit son contenu pour qu’il reflète la réalité québécoise et l’importance de l’héritage religieux au Québec.  Plusieurs parents catholiques se tourneront-ils vers l’ADQ pour défendre leur droit de choisir le type d’éducation donnée à leurs enfants? Chose certaine, il faut moins de temps à l’ADQ pour reviser un programme scolaire qu’aux évêques du Québec.

Enfin, monsieur Bouchard n’a pas manqué de retourner sur la lettre ouverte du cardinal Ouellet qui demandait pardon à la société québécoise pour tout le mal causé par l’Église. Le commissaire voulait savoir si l’AECQ avait l’intention de faire quelque chose de semblable. Mgr Veillette a retracé l’initiative personnelle de l’archevêque de Québec à l’initiative du pape Jean-Paul II à l’occasion du jubilé de l’an 2000 et a affirmé que les évêques ne se sont pas parlé en vue de faire une déclaration ou une demande commune. Le cardinal Jean-Claude Turcotte a par la suite pris la parole affirmant que le geste de son confrère était courageux mais soulève aussi des questions. Pour l’archevêque de Montréal, il faut bien réfléchir avant de faire une telle sortie publique.

Les trois représentants de l’AECQ ont présenté de bons points à la Commission. Ils ont toutefois montré patte blanche et se sont bien gardé d’insister sur certains aspects de l’enseignement de l’Église catholique  qui ne passe tout simplement pas auprès de plusieurs Québécois. Mais qui a dit que pour vivre ensemble il fallait éviter de faire des vagues?