Ce baptême qui nous pousse à aller vers les autres

Par le père Thomas Rosica, c.s.b.

 

Le thème de l’épiphanie du Christ – de Jésus inaugurant sa mission divine sur la terre – parvient  à son accomplissement au jour du Baptême du Seigneur, que nous célébrons cette année le 13 janvier. La belle antienne de la prière du soir de la fête de l’Épiphanie (dimanche dernier) dit : « Nous célébrons trois mystères en ce jour : aujourd’hui l’étoile à conduit les mages vers la crèche ; aujourd’hui l’eau fut changée en vin aux noces de Cana ; aujourd’hui le Christ a été baptisé par Jean dans le Jourdain pour nous sauver. » Chaque événement est accompagné d’une théophanie, une preuve évidente de l’intervention divine. L’étoile, l’eau changée en vin, la voix venant du ciel et la colombe. Aujourd’hui nous assistons au baptême du Seigneur, celui dans lequel nous sommes nous-mêmes baptisés.

Le mot « épiphanie »  signifie « manifester ». Les épiphanies, grandes ou petites, sont plutôt des évènements privés, mais des évènements d’une grande portée pour les  témoins. Essayer de comparer les détails avec une autre épiphanie est compliqué ; les mots ne sont jamais tout à fait justes, et même l’auditeur le plus sympathique ne peut pas pleinement combler l’écart entre la description et l’évènement lui-même. Beaucoup d’entre-nous tenons notre expérience du sacré de nous-mêmes. Qui pourrait le croire ? Et qui pourrait vraiment comprendre? L’ironie est que les épiphanies sont faites pour partager, même si celles-ci sont impossibles à communiquer pleinement.

La puissance de la présence de Dieu dans notre expérience quotidienne ne doit pas être conservée pour nous-mêmes. Même si personne ne peut la comprendre complètement, nous devons essayer de la partager. Bien que nous devons être satisfaits d’avoir fait nous-mêmes l’expérience de l’épiphanie, il y aura toujours en nous un désir pour les rapports humains.

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus est bien le Serviteur du Seigneur, qui a reçu l’Esprit de Dieu pour pourvoir aux besoins de son peuple. Dans la scène du baptême, Matthieu (3, 13-17) ne montre pas seulement la relation intime entre le Père et le Fils, mais aussi les conséquences de cette relation. Le croyant est le serviteur de tous. Selon Matthieu, quand Jésus sort, trempé, des eaux du Jourdain, Jean est déjà en train de procéder au baptême suivant alors que la foule est en repentir. Jésus seul voit l’Esprit descendant sur des ailes de lumière et rester sur sa tête trempée. Lui seul entend la bienheureuse voix de Dieu l’appelant Fils Bien-aimé.  L’expérience le conduit dans le désert pendant 40 jours, seul, pour affûter sa vocation. Pas étonnant que lorsqu’il rentre pour débuter son ministère, l’une de ses premières actions est d’appeler ses disciples. C’en est assez de la solitude ! C’est le moment d’avoir de la compagnie!

En recevant la vie du Christ dans le baptême, nous chrétiens sommes appelés à soutenir la vie de l’Église. La foi implique le souci des autres. Comme le serviteur dans la lecture d’Isaïe d’aujourd’hui (Is 42, 1-4.6-7), nous devons remplacer les ténèbre par la lumière. Comme le Serviteur dans Matthieu, nous devons remplacer la douleur par la guérison. Loin d’être un don purement privé, la foi est une responsabilité commune.

Alors que j’étudiais à Rome, je suis tombé sur une histoire datant de l’Église primitive qui est très appropriée pour nous en cette fête. Au troisième siècle, Cyprien de Carthage écrivait à son amis Donatus : « C’est un monde mauvais, Donatus, dans lequel nous vivons. Mais au milieu de lui, j’ai découvert un groupe de personnes calme et saint. Ce sont des gens qui ont trouvé un bonheur qui est mille fois plus joyeux que tous les plaisirs de nos vies pécheresses. Ces personnes sont méprisées et persécutées, mais cela n’a pas d’importance pour elles. Ce sont des chrétiens Donatus, et moi je suis l’un d’eux. »

En nous rappelant du baptême de Jésus dans le Jourdain et de notre propre baptême, puissions-nous, nous aussi, nous lever debout et être compter du nombre. Prions pour que notre propre baptême nous aide à être lumière pour les autres et pour le monde, et nous donne le courage d’être différent, d’être compté parmi les amis de Jésus.

Le baptême – mystère et espérance du monde à venir – est le plus beau des dons de Dieu, nous invitant à devenir disciples du Seigneur. Il nous fait entrer dans l’intimité de Dieu, dans la vie trinitaire, dès aujourd’hui et jusque dans l’éternité. Il est une grâce donnée au pécheur, qui nous purifie du péché et nous ouvre un avenir nouveau. Il est un bain qui lave et qui régénère. Il est une onction, qui nous conforme au Christ, Prêtre, Prophète et Roi. Il est une illumination, qui éclaire notre route et lui donne tout son sens. …Revêtus de blanc au jour de notre baptême, comme nous le serons au dernier jour, nous sommes appelés à en garder chaque jour l’éclat et à le retrouver grâce au pardon, à la prière et à la vie chrétienne. Le Baptême est le signe que Dieu nous a rejoints sur notre route, qu’il embellit notre existence et qu’il transforme notre histoire en une histoire sainte. »

Jean-Paul II
JMJ de Paris, 1997