À qui le Salut de Dieu s’étend-il?

Par le père Thomas Rosica, c.s.b.,
Directeur général de Télévision Sel et Lumière

Ceux parmi nous qui attendent une histoire familiale de Noël sont surpris d’entendre Matthieu commencer abruptement son récit de l’enfance du Christ avec ces mots : « Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ.» Où est l’introduction du couple sans domicile cherchant un abri au moment où la femme se prépare à donner naissance? Où est la description de l’étable, crue et nue, et de l’enfant Jésus couché sur un lit de paille, entouré par les bêtes? Où sont les bergers dans les champs, les anges annonçant la Bonne nouvelle et chantant les louanges de Dieu? Si nous lisons plus loin en Matthieu, nous trouvons l’histoire familière des hommes sages, qui ont suivi l’étoile et ont apporté les cadeaux d’or, d’encens et de myrrhe. Mais l’histoire de la naissance de Jésus est racontée depuis une perspective très différente. Luc se concentre sur la personne de Marie – sa rencontre avec l’ange, son accouchement, Jésus dans les langes et ses réflexions sur les événements. L’histoire de Matthieu elle, se concentre sur Joseph.

Peut-être que Matthieu et Luc ne sont pas si différents. Chacun raconte l’histoire d’une grossesse imprévue ainsi que la crainte et la consternation qui accompagnent initialement l’annonce de cette grossesse. Chacun raconte l’histoire d’une rencontre avec un ange qui offre des encouragements par la prédiction de la mission de l’enfant qui naîtra. Chacun raconte l’histoire d’un parent acceptant cette étonnante nouvelle dans une humble obéissance à Dieu.

La promesse d’un sauveur est une étonnante nouvelle pour le peuple qui était désespéré d’un sauveur. En Isaïe quand le roi Achaz fut démis par des forces étrangères, il a cherché à faire alliance avec l’un des rois étrangers. Mais Isaïe conseilla la confiance en Dieu pas en un gouvernement extérieur. Isaïe promit alors la naissance d’un enfant appelé Emmanuel, « Dieu avec nous. » Dans l’histoire de Matthieu, l’enfant Emmanuel est Jésus, Dieu avec nous, celui qui sauvera le peuple de ses péchés.

Une partie de cette étonnante surprise de cette annonce du sauveur est son inclusivité. D’un côté, Jésus est un juif descendant d’Abraham, Isaac et Jacob, un homme d’ascendance royal descendant du renommé Roi David. D’un autre côté, le salut incarné en Jésus s’étend au-delà du peuple d’Israël pour inclure les nations païennes. Ceci est implicite dans la généalogie qui introduit la narration de la naissance de Jésus dans l’évangile de Matthieu. La généalogie nomme non seulement Abraham et David mais aussi Rahab, Ruth, des païennes qui se marièrent dans la lignée juive. Paul met en lumière l’inclusion des païens dans sa lettre aux Romains, leur disant qu’il était envoyé vers les païens, incluant ceux de Rome.

Pour nous, la distinction entre juifs et païens n’a pas la signification qu’elle avait dans le monde scripturaire du premier siècle. Mais qu’en est il des distinctions contemporaines crées par les frontières ou les identités ethniques et raciales ? Qu’en est il des distinctions entre chrétiens, juifs, musulmans? À qui le Salut de Dieu est-il étendu?

La narration de la naissance de Jésus ne fournit pas de réponses toutes prêtes à de telles questions. À la conclusion de l’évangile de Matthieu, le Christ ressuscité envoie les disciples vers toutes les nations, leur demandant de porter le message qu’ils ont reçu de lui. Peut-être qu’en l’histoire de la naissance non conventionnelle de Jésus nous avons une petite idée de ce que fut le premier miracle de Jésus: en lui Dieu vient pour tous. Peut-être que, comme nous entendons encore la naissance non conventionnelle de Jésus, nous pourrions être ouvert au salut de Dieu qui pourrait apparaître en des lieux nouveaux et parfois surprenant.

Au nom de tous à Télévision Sel et Lumière, je vous souhaite un Noël saint, joyeux et rempli de paix!