Tragédie à Lac-Mégantic un an plus tard

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Il y a maintenant un an, un terrible accident ferroviaire venait toucher la communauté de Lac-Mégantic emportant avec lui 47 personnes. Devant un tel drame, il est parfois difficile de trouver les mots justes pour tenter de découvrir le sens que peuvent revêtir la souffrance et la détresse. Une telle entreprise n’est toutefois pas dénuée de pertinence. En effet, depuis toujours, la souffrance représente pour l’homme un véritable scandale. Cela est dû au fait qu’il y a dans le cœur humain un désir d’absolu si grand qu’il se sent rapidement trahi lorsqu’il est confronté à sa propre finitude. Les chrétiens ne sont pas à l’abri de ce sentiment puisque Dieu leur a révélé qu’Il se faisait proche d’eux et attentif à tous leurs besoins comme un Père pour ses enfants. Comment donc un Dieu Tout-Puissant et, à fortiori, Tout-Aimant peut-Il laisser une catastrophe pareille arriver et une peine pareille être infligée? La réponse se trouve dans la reformulation de cette même question.

L’Église et l’expérience chrétienne enseignent que « la foi en Dieu le Père Tout-Puissant peut être mise à l’épreuve par l’expérience du mal et de la souffrance. Parfois Dieu peut sembler absent et incapable d’empêcher le mal » (CEC no 272).[1] L’expérience du mal et sa conséquence, la souffrance, génèrent presque nécessairement un sentiment de révolte et d’incompréhension. Cependant, en se faisant proche de ceux qui souffrent, l’Église rend témoignage de la présence du Christ au milieu d’eux. D’un côté, elle reconnaît en eux la présence du Christ souffrant mais à son tour elle apporte la lumière du Christ présent dans les sacrements, spécialement l’Eucharistie. Cela apparaît effectivement mystérieux puisque en ce sens c’est le Christ qui se rencontre lui-même en nous! Effectivement, le mystère de l’Église, Corps mystique du Christ, se révèle à travers toutes les dimensions de la vie humaine (naissance, mariage, etc.) mais également dans les moments de souffrance. C’est dans ces circonstances que le Christ manifeste le plus pleinement son Amour pour l’humanité. Nous pouvons voir quelque chose de semblable dans les relations humaines. De fait, c’est lorsque nous sommes dépouillés de nos sécurités (perte d’emploi, de réputation, deuil, etc.) que l’on voit, d’un côté, qui sont nos vrais amis et, de l’autre, à quel point nous avons besoin d’eux. Cela se manifeste avec Dieu de manière analogue. Lorsque tout va mal, on se rend compte, d’une part, de la grandeur de la fidélité de Dieu et, d’autre part, de notre absolu dépendance à l’égard de son Amour. C’est pourquoi l’Église enseigne que « Dieu le Père a révélé Sa Toute Puissance de la façon la plus mystérieuse dans l’abaissement volontaire et dans la Résurrection de son Fils, par lesquels Il a vaincu le mal » (CEC no 272). Ainsi, bien qu’il soit légitime de rechercher la présence de Dieu à travers les événements tragiques, nous ne devons pas tenter de rechercher sa Toute Puissance à la manière d’un « Superman ». C’est plutôt dans son abaissement que nous la retrouverons. En effet, « seule la foi peut adhérer aux voies mystérieuses de la Toute Puissance de Dieu » (CEC no 272) puisque c’est seulement par ce nouveau regard que nous pourrons percevoir la Toute-Puissance de Dieu dans la souffrance et la mort puisqu’elle s’est révélée dans l’Incarnation du Fils Unique de Dieu qui a pris « la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Phi 2, 7-8). Ainsi, ce passage difficile de l’acceptation de la mort est rendu possible grâce à la croix du Christ et c’est ainsi que nous serons amené jusqu’à la Résurrection.

Les gens touchés par la tragédie de Lac-Mégantic ont dû surmonter la plus grande épreuve de l’expérience humaine. Pour cette raison, l’Église qui souffre et protège ses enfants à la manière d’une mère compatissante, continue d’incarner la présence du Christ au centre de cette communauté qui commémore aujourd’hui le premier anniversaire de cet événement dramatique. Prions pour la reconstruction et la guérison de ce qui ne sera pleinement rétabli qu’à la Résurrection des morts.

[1] Catéchisme de l’Église catholique, no 272.