Guérir les fièvres de la vie

Cinquième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 4 février 2018

La pièce maîtresse des ruines de pierre du village de Capharnaüm sur la rive nord-ouest de la mer de Galilée est l’église octogonale noire du Panis Vitae (le Pain de Vie), construite directement au-dessus de ce qu’on croit être la maison de Simon-Pierre. Voilà le décor du récit de l’évangile de cette fin de semaine-ci (Marc 1, 29-39). L’un de mes mentors et professeurs, feu le père passioniste Carroll Stuhlmueller, m’a dit un jour que la véritable pièce maîtresse de Capharnaüm devrait plutôt être une immense statue commémorative dédiée à toutes les belles-mères du monde!

Essayez pour un moment d’imaginer le contexte de cette journée dans la vie de Jésus. Le groupe nouvellement constitué de disciples qui avaient laissé leurs filets, leurs bateaux, leurs employés et même leur père pour suivre le Seigneur (Marc 1, 16-20), sont ravi en Sa présence. Les paroles et les gestes de Jésus dominent totalement le mal. Sa personnalité est tellement convaincante et tellement attirante. Quittant la synagogue où un esprit mauvais avait été vaincu, Jésus et ses disciples font à peine quelques pas avant de croiser sur leur chemin d’autres maux, ceux de la maladie, des préjugés et des tabous. Nous lisons : « la ville entière se pressait à la porte » (Marc 1, 33-34). Quelle agitation!

Dans l’évangile de Marc, la toute première guérison de Jésus implique une femme. Il s’approche de la belle-mère de Simon, « au lit avec de la fièvre ». Il la prend par la main et il la fait revenir à la santé (Marc 1, 31). De tels gestes étaient inacceptables de la part d’un homme – encore moins de la part de quelqu’un qui prétendait être une personnalité ou un chef religieux. Non seulement il touche la femme malade, mais en plus il permet ensuite à la femme de le servir, lui et ses disciples. À cause des strictes lois de pureté du temps, Jésus brise un tabou en la prenant par la main, en la ramenant à la santé et en lui permettant de le servir à table.

La réponse de la belle-mère de Pierre à sa guérison par Jésus est une attitude de disciple et d’humble service, un exemple que Jésus invitera régulièrement ses disciples à suivre tout au long de l’évangile et dont il fait la démonstration lui-même dans sa vie. Certains diront que le récit de l’évangile de cette fin de semaine-ci a pour but de nous rappeler que la place de cette femme, c’est d’être à la maison. Tel n’est pas le but de l’histoire. La réaction de la belle-mère contraste fortement avec celle de son gendre, Simon, qui attire l’attention de Jésus sur la foule qui réclame plus de guérisons (Marc 1, 37), mais qui ne fait rien lui-même à propos de tous ces gens..

Dans les récits de l’évangile de Marc concernant la pauvre veuve (Marc 12, 41-44), la femme à la pommade (Marc 14, 3-9), la femme au pied de la croix (Marc 15, 40-41) et les femmes au tombeau (Marc 16, 1), les femmes représentent la réponse correcte à l’invitation de Jésus à vivre en disciple. Elles contrastent fortement avec la grande insensibilité et incompréhension des disciples masculins. La présence de Jésus apporte intégrité, sainteté et dignité aux femmes. Combien souvent nos coutumes humaines préjudiciables empêchent les gens de vivre véritablement dans l’intégrité, la sainteté et la dignité?

Dans la lecture tirée de l’Ancien Testament (Job 7, 1-7), Job ne le sait pas encore, mais il fait partie d’un « test » conçu entre Satan et Dieu. Avant les versets lus ce dimanche-ci, Job a enduré d’immenses souffrances et pertes. Il sait que les explications théologiques peu profondes de ses amis ne sont pas les voies de Dieu; tout de même, il a de la peine à comprendre sa propre souffrance. Job se plaint du dur labeur, des nuits sans sommeil, d’une terrible maladie et de la brièveté de sa vie sans espoir. Pour Job, toute la vie est une terrible fièvre! Ne connaissons-nous pas souvent des moments « Job » dans nos propres vies, alors que nos fièvres se consument?

La guérison de la belle-mère de Simon proclame la puissance de Jésus pour guérir toutes sortes de fièvres. Vers l’an 400 av. J.-C., saint Jérôme prêchait l’évangile de ce dimanche-ci à Bethléem :

« Ô qu’il vienne et entre dans notre maison et qu’il guérisse la fièvre de nos péchés par son commandement! Car chacun et chacune de nous souffre de la fièvre. Lorsque je me mets en colère, je suis fiévreux. Autant de vices, autant de fièvres! Demandons aux apôtres de faire appel à Jésus pour qu’il vienne à nous et touche notre main, car s’il touche notre main, la fièvre s’envolera sur le champ. » (« Corpus Christianorum », LXXVIII 468)

Avec Jésus, la guérison de l’esprit et du corps devient un signe clair que le Royaume de Dieu est déjà présent. Guérisseuse, la Parole de puissance de Jésus atteint toute la personne : elle guérit le corps et, de façon plus importante, elle rétablit ceux qui souffrent dans une relation saine avec Dieu et avec la communauté.

Puissions-nous prier avec confiance les paroles du Cardinal John Henry Newman dans son Sermon sur la Sagesse et l’innocence : « Puisse-t-il nous soutenir tout au long du jour, jusqu’à ce que les ombres s’allongent, et que vienne le soir, et que soit étouffé le monde bruyant, et que soit partie la fièvre de la vie, et que soit terminé notre travail. Alors dans sa miséricorde, puisse-t-il nous donner un logement sûr et un saint repos et, à la fin, la paix. »

Finalement, il est important de reconnaître ce que Jésus a fait après qu’il eu guéri la femme dans l’histoire de ce dimanche-ci. Il a pris un temps à l’écart pour se fortifier par la prière. Faisons-nous de même au milieu des mondes occupés où nous vivons, au milieu des fièvres dévorantes de la vie, au milieu des fardeaux de notre travail quotidien?

Puisse ces premiers instants du ministère de Jésus dans l’évangile de Marc nous enseigner à reconnaître la bonté que Dieu apporte dans nos vies, mais aussi que cette bonté ne nous appartient pas. La puissance guérisseuse de Jésus est toujours à l’œuvre aujourd’hui – elle nous tend la main pour nous guérir et pour rendre à la vie.